L’indicible bonheur du Ciel ! (1)
« Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton Royaume ! »
Il lui répondit : « En vérité, je te le dis,
dès aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis ! »
Lc 23,42-43
« Le cœur en haut et du ciel plein les yeux !… Vivons dans le Ciel de notre âme… »
Sainte Elisabeth de la Trinité, Poésie 83 et Lettre 210
Parmi tant de Saints, la jeune Elisabeth de la Trinité pourrait être celle qui a exprimé le mieux que le Ciel est déjà là, au plus profond de notre âme… Dans sa splendide prière à la Trinité, elle en témoigne avec une telle densité :
« O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité ! Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous… mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que sois là tout entière, toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre Action créatrice[1]… »
Il faut remarquer ici le « comme si déjà mon âme était dans l’éternité » : cela signifie que pour elle, dans l’obscurité de la foi, notre âme fait déjà l’expérience de l’infini bonheur du Ciel… car Dieu est là, caché mais si présent au fond de nos cœurs ! D’ailleurs, dans une lettre intime à Françoise de Sourdon, une jeune pleine de vie, Elisabeth dévoile, avec une telle liberté, le secret du vrai bonheur :
« Oh, ma chérie, que l’on est heureux quand on vit dans l’intimité avec le bon Dieu, quand on fait de sa vie un cœur à cœur, un échange d’amour, quand on sait trouver le Maître au fond de son âme. Alors, on n’est plus jamais seul… Vois-tu, ma Framboise, il faut lui donner sa place dans ta vie, dans ton cœur qu’il a fait si aimant, si passionné. Oh ! si tu savais comme Il est bon, comme Il est tout Amour ! Je lui demande de se révéler à ton âme, d’être l’Ami que tu saches toujours trouver, alors tout s’illumine et c’est si bon de vivre[2] ! »
En effet, si déjà sur terre on peut avoir un tel bonheur de vivre « le Ciel dans la foi », on pressent quelque peu au fond de nos cœurs ce que sera l’infini bonheur du Ciel ! Or la foi de l’Eglise l’affirme : nous sommes nés pour « voir Dieu »… et « le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu ; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher[3]… » Ainsi, comme l’affirme le psaume : « Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu ! » (Ps 105,3). Et « si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur[4] ! »
Et ici, il faut entrevoir combien chaque instant de notre vie sur terre oriente et décide de l’avenir… car, dés qu’on aborde la destinée éternelle de l’homme, on doit en saisir toutes les conséquences ! C’est sans aucun doute « un électrochoc » pour notre mentalité moderne, enfermée dans « le plaisir de l’immédiat. » Mais c’est le début de la sagesse et elle doit engendrer en notre cœur un regard nouveau, délivré des idoles !
Alors, laissons-nous remuer par cette réalité du « grand passage » telle que la donne le Catéchisme : « Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dés sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer dans la béatitude du Ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours… Au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’amour [5] ! »
Nous sommes « nés pour le Ciel » et le Cœur ouvert du Seigneur Jésus sur la Croix est la seule Porte pour y entrer ! Et il n’y a rien de plus beau et de plus immense : ni aucun bonheur sur terre, ni les dernières fascinations du progrès : si transhumanistes soient-elles ! Ni la conquête spatiale, ni la rencontre avec les soi-disant extra terrestres, ni les facéties trompeuses des démons à la fin des temps !… Que le cri de Saint Paul délivre notre pauvre cœur :
« Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ?… Mais en tout cela, nous n’avons aucune peine à triompher par Celui qui nous a aimés !… Oui, j’en ai l’assurance, ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni présent, ni avenir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus Notre Seigneur ! » (Ro 8,35-39).
Une fois de plus, affirmons cette vérité absolue : nous sommes nés pour le Ciel ! Et la Parole de Dieu nous le confirme en un langage unique :
« Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira… Le nourrisson s’amusera sur le nid di cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra la main… » (Is 11,6-8)
« On ne brandira plus l’épée nation contre nation ; on n’apprendra plus la guerre ! » (Is 2,4).
« Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : « Je pars vous préparer une place ? » (Jn 14,2).
« L’un des sept Anges vint me dire : «Viens, que je te montre l’Epouse de l’Agneau ! » En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu ; son éclat était celui d‘une pierre très précieuse, comme du jaspe cristallin ! » (Ap 21,9-11).
« Puis l’Ange me montra le fleuve de Vie, limpide comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau… De malédiction, il n’y en aura plus ; le trône de Dieu et de l’Agneau sera dressé dans la ville et les serviteurs de Dieu l’adoreront ; ils verront sa Face, et son Nom sera sur leurs fronts. De nuit, il n’y en aura plus ; ils se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles !
Puis l’Ange me dit : « Ces paroles sont certaines et vraies ; le Seigneur Dieu, qui inspire les prophètes, a dépêché son Ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt ! Voici que mon retour est proche ! Heureux celui qui retient les paroles prophétiques de ce livre ! »
C’est moi, Jean, qui voyais et entendais tout cela… Il me dit encore : « Ne tiens pas secrètes les paroles de ce livre, car le Temps est proche ! » (Ap 22, 1-12)
Ainsi, portés sur le Cœur de Marie, contemplons comme Saint Jean la fulgurante beauté du « Fils de l’homme… son Visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat ! » (Ap 1,16). Et cette blessure de la gloire de Dieu nous traversera pour toujours ! Nous en aurons une telle nostalgie et une telle soif que le combat de la foi pour « entrer au Ciel » deviendra, sur terre, l’urgence de notre vie. Alors, écoutons maintenant la lumineuse foi de l’Eglise à travers le catéchisme :
« Par sa mort et sa Résurrection, Jésus-Christ nous a « ouvert » le Ciel. La vie des bienheureux consiste dans la possession en plénitude des fruits de la Rédemption opérée par le Christ qui associe à sa glorification céleste ceux qui ont cru en Lui et qui sont demeurés fidèles à sa volonté. Le Ciel est la communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés à Lui[6]. »
« Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiés, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu’ils Le voient « tel qu’Il est » (1 Jn 3,2), « face à face » (1 Co 13,12).

Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les Anges et tous les bienheureux est appelée « le Ciel ». Le Ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif… Vivre au Ciel, c’est « être avec le Christ [7] ». Les élus vivent « en Lui », mais ils y gardent, mieux, ils y trouvent leur vraie identité, leur propre nom [8] ! » (Ap 2,17).
Le catéchisme insiste enfin sur le mystère de « dépassement » qu’implique le bonheur du Ciel :
« A cause de sa transcendance, Dieu ne peut être vu tel qu’Il est que lors qu’Il ouvre Lui-même son mystère à la contemplation immédiate de l’homme et qu’Il lui en donne la capacité. Cette contemplation de Dieu dans sa gloire céleste est appelée par l’Eglise la « vision béatifique » !
Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Ecriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis : « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui L’aiment [9] ! » (1 Co 2,9).
A la source de chaque vie humaine, il y a cette vérité première de l’Evangile qui traverse le temps : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle !… (Jn 3,16).
Mais il en découle une autre, tout aussi fondamentale : Nous n’irons au Ciel que si notre regard de foi a adoré Jésus jusqu’au bout ; et que si nous nous sommes battus « jour et nuit » dans la prière et l’amour pour que tous entrent au Ciel ! Telle est la vérité de l’Evangile où chacun est unique mais mystérieusement lié à tous… Il n’y a donc pas de salut sans l’amour de l’autre car « tu ne saurais aimer Dieu que tu ne vois pas, si tu n’aimes pas ton frère que tu vois ! » (1 Jn 4,20).
L’Evangile nous apprend enfin que ceux et celles qui cherchent vraiment Dieu, même très pécheurs et sur des voies de perdition, devancent les croyants qui ne cherchent qu’à moitié[10] ! Marie-Madeleine ou le bon Larron en sont, avec tant d’autres, les témoins admirables… Car la vraie humilité est la « seule terre » d’où naît une folle confiance en Jésus, notre Sauveur ! C’est pourquoi le Cœur humble et Immaculé de Marie est notre voie unique de chaque instant… car à travers Elle peut toujours renaître en nous la Source cachée de l’Esprit !
+Marie-Mickaël
[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Note intime 15, Cerf 1991, p.907.
[2] Sainte Elisabeth de la Trinité, Lettre 161.
[3] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 27.
[4] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 30.
[5] Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 1022 avec citation finale de Saint Jean de la Croix.
[6] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1026.
[7] Jn 14,3 / Ph 1,23 / 1 Th 4,17.
[8] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1023-1024-1025.
[9] Catécisme de l’Eglise Catholique, n° 1028-1027.
[10] Ce qui faisait dire à Sainte Bernadette de Lourdes : « Je ne crains qu’une chose… ce sont les mauvais catholiques ! »