Charles Peguy : s’adresse hardiment à celle qui est infiniment belle…

« Par la prière, il vous les avait mis. Tout tranquillement dans les bras de celle qui est chargée de toutes les douleurs du monde. Et qui a les bras si chargés, car le Fils a pris tous les péchés. Mais la mère a pris toutes les douleurs. Il y a des jours dans l’existence où on sent qu’on ne peut plus se contenter des saints patrons. Soit dit sans offenser personne… Il faut monter directement jusqu’au bon Dieu et à la Sainte Vierge, (et elle, qui les avait pris, elle avait tant d’enfants sur es bras. Tous les enfants des hommes. Depuis ce premier qu’elle avait porté dans ses bras. Ce petit bonhomme qui riait comme un bijou. Et qui depuis lui avait causé tant de tourments. Parce qu’il était mort pour le salut du monde.) Et elle, qui les avait pris, elle était si ardente et si pure. Il y a des jours où on sent bien que l’on ne peut plus se contenter des saints ordinaires. Que les saints ordinaires ne suffisent plus. Et elle, qui les avait pris, elle était si jeune et si puissante. Si puissante auprès de Dieu. Si puissante auprès du Tout-Puissant. Et elle qui les avait pris, elle était si chargée de douleurs. Et elle qui en avait tant vu depuis ce petit bonhomme qui riait en tétant. Car il y a longtemps qu’elle n’est plus la mère des Sept Douleurs. Les sept douleurs, c’était pour commencer. Et il y a longtemps qu’elle est et que nous l’avons faite la mère des septantes et septantes fois septantes douleurs. Il y a des jours où les patrons et les saints ne suffisent pas… Alors il faut prendre son courage à deux mains et s’adresser directement à celle qui est au-dessus de tout. Etre hardi. Une fois. S’adresser hardiment à celle qui est infiniment belle… »

Charles Péguy, Le porche du mystère de la deuxième vertu, extraits.