Les saints du Carmel : Sainte Elisabeth de la Trinité
O mon Dieu, Trinité que j’adore !
Dans l’histoire de l’Eglise, cette prière d’Elisabeth de la Trinité est unique ! Et c’est pourquoi nous allons la méditer sur plusieurs semaines pour l’approcher, l’approfondir et la contempler. Toujours mieux découvrir qui est Dieu est l’unique sens de nos vies… Et, en ce sens, Elisabeth nous pose la seule question qui doit traverser nos cœurs :
« Comprendrons-nous jamais combien nous sommes aimés[1] ? »
Et elle ne tarde pas à répondre et à témoigner en regardant éperdument le Christ :
« Il t’aime aujourd’hui comme Il t’aimait hier, comme Il t’aimera demain !… Celui qui nous aime d’un amour que nous ne pourrons jamais comprendre[2] ! » Car Elisabeth l’affirme : « L’âme du Christ me livre tous les secrets du Père[3] ! »
Et la jeune Carmélite peut conclure : « Le Ciel, il est en nous, et l’Esprit Saint Lui-même veut le renouveler en l’ardeur de ses feux[4] ! »
Et ainsi, Elisabeth nous découvre ici le secret central de la vie chrétienne et, à partir de cette grande Révélation, elle entrevoit sa mission future :
« Il me semble que j’ai trouvé mon Ciel sur la terre puisque le Ciel, c’est Dieu, et Dieu, c’est mon âme. Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé en moi et je voudrais dire ce secret tout bas à ceux que j’aime[5]… »
Dans l‘Evangile, le Seigneur a demandé à tous ses disciples la vigilance de la prière continuelle : « Veillez et priez en tout temps ! » (Lc 21,36). Vers la fin de sa vie, Elisabeth a découvert qu’elle aurait au Ciel une grande mission pour notre époque prisonnière du matérialisme et de l’éphémère: être Prophète de la Présence de Dieu pour nous attirer à cette intimité avec Lui dans le Ciel de notre âme :
« Il me semble qu’au Ciel, ma mission sera d’attirer les âmes en les aidant à sortir d’elles pour adhérer à Dieu dans un mouvement tout simple et tout amoureux, et de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles, de les transformer en Lui-même…
Il me semble que maintenant, je vois toutes choses à la lumière du bon Dieu, et si je recommençais ma vie, oh, comme je voudrais ne plus perdre un instant !… Mon Maître me presse, Il ne me parle plus que de l’éternité d’amour. C’est si grave, si sérieux ; je voudrais vivre chaque minute pleine[6]… »
+Marie-Mickaël
La Prière à la Trinité
« O mon Dieu, Trinité que j’adore ! »
Méditons cette semaine la prière en entier d’Elisabeth de la Trinité que nous commenterons ensuite en quatre parties distinctes pour l’approcher en profondeur…
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« O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité…
Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là toute entière, toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre Action créatrice…
O mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous-même », d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit plus qu’un rayonnement de votre Vie !
Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur. O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire toute enseignable, afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière… Ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je puisse plus sortir de votre rayonnement…
O Feu consumant, Esprit d’amour, « survenez en moi », afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère !
Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances… »
O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs ! »
21 novembre 1904
[1] Lettre 296.
[2] Lettre 298 et 142.
[3] Note intime 12.
[4] Poésie 89.
[5] Lettre 122.
[6] Lettre 335.