« En ce jour, les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes… »

« En ce jour, les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes et je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approchent de la source de ma miséricorde ; toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leurs peines …

En ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoulent les grâces ; qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate ! » (Petit journal, 699).

 

      Nous allons maintenant découvrir le bouleversant mystère du « Jour » que Révèle pour nous le Christ miséricordieux à Sainte Faustine. Et je préfère prévenir que cette méditation sera plus longue que d’habitude en vous invitant à aller jusqu’au bout… car un « trésor unique » ici nous est donné ! Et nous découvrirons qu’il y a « un avant et un après » à travers la Révélation de la Miséricorde dont l’Eglise est la voix et la gardienne. Pour l’approcher quelque peu dans son sens ultime, nous méditerons d’abord quelques textes majeurs de la Parole de Dieu.

         Le premier se situe au début de l’Evangile de Saint Luc où dans son Cantique, Zacharie prophétise à son fils Jean-Baptiste :

« Et toi petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut devant le Seigneur pour préparer ses voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut, par le pardon de ses péchés, grâce aux « entrailles de la miséricorde de Dieu » par lesquelles nous visiteras l’Astre d’en Haut, pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas vers un chemin de paix ! » (Lc 1,76-79).

Contemplons ici le mystère insondable de ces « entrailles de la miséricorde de Dieu ». En effet, au niveau théologique, la miséricorde divine n’est pas un simple sentiment de compassion… c’est selon Saint Thomas d’Aquin « l’attribut même de Dieu » : la manière dont son amour se manifeste face au mal, à la souffrance et au péché. Dans sa Somme théologique, Saint Thomas d’Aquin la définit splendidement : « La miséricorde est attribuée à Dieu au plus haut point… Car avoir compassion, c’est avoir un cœur misérable face à la misère de l’autre, et s’efforcer de la dissiper comme si c’était la sienne propre !… Il appartient à Dieu d’exercer sa toute-puissance surtout en pardonnant et en faisant miséricorde[1] ! »

        Cela nous renvoie à l’hébreu biblique qui emploie deux termes précis pour la miséricorde :

Hesed : il s’agit ici de l’inclination du cœur à faire preuve d’une « grâce surprenante » à l’égard de la personne aimée… Ainsi, « hesed » décrit souvent la miséricorde et la compassion de Dieu. Un bel exemple est l’intercession de Moïse lorsqu’il fait appel à la « bonté » de Dieu face au peuple infidèle :

« L’Eternel est lent à la colère et riche en bonté (hesed)… Pardonne-la faute de ce peuple, conformément à la grandeur de ta bonté (hesed), tout comme tu lui as pardonné depuis l’Egypte jusqu’ici… » (Nombres 14,18-19).

Rahamim : ce second terme est encore plus fort et révélateur du Cœur de Dieu : Dieu éprouve pour nous ce qu’une mère ressent pour l’enfant né de ses entrailles ! Il s’agit ici d’un amour d’une telle

Profondeur… et qui ne peut renier le fruit de son sein ! Le terme grec ancien « éléos » signifie « compassion » et donnera dans la version latine « miséricorde » : Cœur qui se donne à la misère !

Il faut se souvenir ici de ce moment phare de l’Evangile où Le Seigneur s’adresse aux pharisiens :

« Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez donc apprendre le sens de cette parole : « C’est la miséricorde (eleos) que je désire et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ! » (Mt 9,12-13).

Nous sommes là au cœur de la Révélation où « Dieu qui est riche en miséricorde (eleos), à cause  du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ ! » (Ep 2,4). Et comment oublier ici l’affirmation de l’Apôtre et Evangéliste Saint Jean qui est le véritable « Cœur de l’Ecriture » : « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour ! » (1 Jn 4,8).

En effet, seule « la miséricorde » transforme la dureté du regard de notre cœur  sur l’autre et sur la vie… et elle nous fait basculer du côté de la tendresse de Dieu dont le regard est juste parce que miséricordieux !  Comment ne pas écouter ici l’audacieuse sagesse du nouveau « Docteur de l’Eglise ? »  Sainte Petite Thérèse est « une voix unique » de la Miséricorde pour notre temps :

« A moi, Il a donné sa Miséricorde infinie et c’est à travers elle que je contemple et adore les autres perfections Divines !… Alors, toutes m’apparaissent rayonnantes d’amour, la Justice même (et peut-être encore plus que tout autre) me semble revêtue d’amour…

       Quelle douce joie de penser que le Bon Dieu est Juste, c’est-à-dire qu’Il tient compte de nos faiblesses, qu’Il connaît parfaitement la fragilité de notre nature. De quoi donc aurais-je peur ?…

       Le Dieu infiniment juste qui daigna pardonner avec tant de bonté toutes les fautes de l’enfant prodigue (Lc 15,21-24), ne doit-il pas être juste envers moi qui « suis toujours avec Lui [2]? » (Lc 15,31).

      Aussi, ne loupons pas le grand rendez-vous avec Miséricorde que Jésus a fixé lui-même en Eglise à travers Sainte Faustine et Saint Jean-Paul II[3]. Ce dernier n’a-t-il pas annoncé dans son admirable Lettre Encyclique « Dieu riche en miséricorde » :

« Le Christ confère à toute la tradition vétéro-testamentaire de la miséricorde divine sa signification définitive. Non seulement il en parle et l’explique à l’aide d’images et de paraboles, mais surtout il l’incarne et la personnifie. Il est lui-même, en un certain sens, la miséricorde. Pour qui la voit et la trouve en Lui, Dieu devient « visible » comme le Père « riche en miséricorde[4] » (Ep 2,4).

Et « le Pape marial » qu’était Jean-Paul II ne pouvait oublier ici la participation unique de la Vierge Marie au mystère de la miséricorde :

« Marie est aussi celle qui, d’une manière particulière et exceptionnelle a expérimenté la miséricorde… car le sacrifice de Marie est une participation spécifique à la Révélation de la miséricorde… Personne n’a expérimenté autant que la Mère du Crucifié le mystère de la Croix, la rencontre bouleversante de la justice divine transcendante avec l’amour :

        Ce « baiser » donné par la miséricorde à la justice (Ps 85,11). Personne autant qu’elle, Marie, n’a accueilli aussi profondément dans son cœur ce mystère… Marie est donc celle qui connaît le plus à fond le mystère de la miséricorde divine. Elle en sait le prix, et sait combien il est grand… et cet amour ne cesse pas, en elle et grâce à elle, de se révéler dans l’histoire de l’Eglise et de l’humanité[5] »

Quelle invitation pour nous tous à « découvrir  de plus en plus le secret de l’infinie Miséricorde » qui est le « cœur de l’Evangile ! » Alors, durant cette Pâque 2026 où nous sommes habités par la joie de la « Résurrection du Sauveur » ; réalisons à nouveau combien « les promesses de Jésus miséricordieux »  viennent nous inviter à ce rendez-vous décisif ! Repassons encore et encore en notre cœur ses paroles éblouissantes :

« En ce jour, les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes et je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approchent de la source de ma miséricorde ; toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leurs peines …

        En ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoulent les grâces ; qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de moi [6]… »

     Nous voici donc prévenus ! Tout est dit… et il faut sans hésitations nous ouvrir « dans la confiance » à l’infinie Miséricorde qui vient, avec une incompréhensible tendresse, frapper à la porte de nos cœurs … » Alors, concrètement, vivons avec ferveur la neuvaine de prière à la miséricorde divine du Vendredi Saint au deuxième Dimanche de Pâques : chaque jour, nous méditerons les textes prévus et nous prierons le chapelet de la Miséricorde. Et le Dimanche de la miséricorde, Jésus nous fait cette promesse inouïe qu’il faut méditer et accueillir comme une opportunité « unique » dans notre vie :

« Toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses péchés et la remise de leurs peines … En ce jour sont ouvertes toutes les sources divines ! »

       Cela signifie que dans « l’accomplissement fidèle » de cette fête une grâce absolument unique est offerte[7] !  Alors,   accueillons avec amour et reconnaissance « l’ultime cri » de Jésus miséricordieux pour notre temps :

« La Fête de la Miséricorde a jailli de mes entrailles pour la consolation du monde entier !… car les âmes périssent malgré mon amère Passion. Je leur offre une dernière planche de salut, c’est la fête de ma Miséricorde. Si elles n’adorent pas ma miséricorde, elles périront pour l’éternité. Secrétaire de ma miséricorde, écris, parle aux âmes de ma grande miséricorde !…

         Je poursuis les pécheurs de ma Miséricorde sur tous leurs chemins… Dis aux pécheurs que Je les attends toujours [8]… »

 

                                                                              +Marie-Mickaël

 

[1] Somme théologique, Ia, q.21.

[2] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes –  Manuscrit A, Cerf-DDB, 1992, p.211-212.

[3] Le 30 avril 2000, jour de la canonisation de Sainte Faustine, le Pape Jean-Paul II déclara à Rome : « Désormais, le 2° dimanche de Pâques, dans toute l’Eglise, prendra le nom de « Dimanche de la Divine Miséricorde ».

[4] Saint Jean-Paul II, Dieu riche en miséricorde, 1980, n° 2.

[5] Saint Jean-Paul II, Dieu riche en miséricorde, 1980, n° 9.

[6] Petit Journal, 699.

[7] « Le Seigneur a promis que si nous recevons les sacrements de la pénitence et de l’Eucharistie lors de la Fête de la Miséricorde, la peine éternelle, mais aussi la peine temporelle de nos péchés seraient remises ! Nous recevons ainsi une indulgence plénière ! C’est une très bonne nouvelle à communiquer autour de nous… » Jésus, Roi de miséricorde, Association pour la miséricorde, 25 mars 2014, p. 90.

[8] Petit Journal, 1517 / 965 / 1728.




« Mon inconcevable miséricorde ! »

« Ma fille, parle au monde entier de mon inconcevable miséricorde !

Petit journal, 699

     Dieu fait de grandes choses par des voies si pauvres et des moyens qui peuvent nous sembler dérisoires… Comment oublier ici le salut de l’humanité qui a commencé par un évènement « unique », mais caché aux yeux de tous : L’Annonciation de l’Ange Gabriel à la Vierge de Nazareth et son « Fiat secret » au Très-Haut (Lc 1,38) qui a engendré la venue du Fils de Dieu fait homme ! Ainsi, le plus grand prodige de l’histoire humaine s’est réalisé dans le silence et l’humilité ! Et ensuite, avant que ne débute son ministère sacré de trois ans, les trente premières années de Jésus se sont passées dans l’effacement d’une vie de charpentier… (Mt 13,55) ?  N’est-ce-pas là aussi un signe admirable de son « inconcevable miséricorde ? » Miséricorde signifie « Cœur qui se donne à la misère » ! Mais le plus fou est que Dieu se donne à notre misère « en l’épousant » sur une Croix…

Il nous faut donc découvrir la secrète humilité de la miséricorde : à savoir que le Cœur de Dieu aime plus que tout se donner à celui ou celle, pauvre, qui n’a plus que Lui… car « Lui », selon Petite Thérèse, est « ce Dieu qui devient mendiant de notre amour[1] ! »

La Vierge reflète comme personne l’infinie miséricorde de Jésus, et les pécheurs que nous sommes tous n’ont pas fini de découvrir son abyssale tendresse maternelle… telle une Brigitte Bardot qui en témoigne dans une interview saisissante sur sa vie ! Certes, elle n’a pas suivi un chemin de foi très clair avec  le mystère de l’Eglise. Et elle a ce qu’on peut appeler une foi marginale un peu trop construite sur les limites de son approche. Mais sa relation sincère et fidèle à la Vierge Marie l’a, en quelque sorte, liée à l’Eglise hors les murs… car les voies de la miséricorde de Dieu nous surprendront toujours : Il est venu « chercher et sauver ce qui était perdu ! » (Lc 19,10) et après 2000 ans d’évangélisation, il y encore et toujours « de la place » (Lc 14,22) dans le Royaume des cieux. Alors, dans son incompréhensible amour, Dieu désire tant que la salle des noces soit pleine qu’Il envoie chercher les brebis les plus lointaines avec une stupéfiante insistance ! (Lc 14,23). BB ne fait-elle pas partie de ces mystérieuses brebis de l’Eglise hors les murs à qui Dieu a envoyé sa Sainte Mère ? En l’écoutant, on ne peut en douter :

« J’ai besoin de Dieu et de la Vierge Marie. J’aspire à la spiritualité dans un monde qui m’effraie et je me place sous leur protection, en particulier celle de la Vierge Marie, pour laquelle j’ai une dévotion totale ! Je lui ai fait construire une petite chapelle parmi les pins dans le parc de ma villa à Saint Tropez, où je me retire chaque fois que je le peux…

         La Sainte Vierge me soutient depuis longtemps. C’est une présence intime et bienveillante. Je suis soutenue par cette idée de douceur, de pureté et de luminosité qu’Elle inspire… de générosité inconditionnelle et aussi de protection maternelle. Elle aussi a souffert, sur terre. La seule douleur qu’elle ait vraiment vécue est la perte et la crucifixion de son Fils… c’est quelque chose d’énorme, cela ma touche profondément. La douleur dans la chair, elle l’a connue… et elle ne peut qu’être sensible à celle des autres.

          Elle me protège : je sais qu’elle me protège. Si elle ne m’avait accompagnée de sa miséricorde au moment opportun, je serais morte depuis longtemps. J’en suis convaincue[2]… »

 

                                                                                                         +Marie+Mickaël

       

[1] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, Lettre 191, Cerf-DDB 1992,. P.543.

[2] Extraits d’une interview de Paolo Marie Filipazzi, www.benoit-et-moi.fr




Ma Miséricorde est plus grande que ta misère !

« Ma Miséricorde est plus grande que ta misère

et celle du monde entier ! »

Petit journal, 1485

 

1 – Présentation et méditation des révélations

De Jésus miséricordieux à Sainte Faustine

    Durant ce temps de Carême qui va nous manifester à nouveau jusqu’où est allé le Dieu-Amour pour nous sauver… nos cœurs de pauvres pécheurs sont déjà « secrètement » orientés vers la joie de la Résurrection ! La vie du Christ sur terre est une histoire qui, humainement, fini mal dans un déluge de douleur sur une Croix… mais « secrètement », elle est une victoire éclatante de la lumière et de la joie sur le péché, le démon et le monde !

« Je vous ai dit ces choses pour que vous ayez la paix en moi…

       Dans le monde, vous aurez à souffrir !

       Mais gardez courage, J’ai vaincu le monde ! » (Jn 16,33).                              

Ici, seule la puissance de la foi peut y avoir accès en découvrant peu à peu l’infinie tendresse de Dieu… Qui ne connaît, aujourd’hui, la prière phare enseignée par Jésus miséricordieux à Sainte Faustine : « Jésus, j’ai confiance en Toi ! »

    Alors, durant la semaine Sainte qui approche, et où commence le Vendredi Saint la neuvaine à la divine Miséricorde, nous allons commencer à méditer sur les paroles uniques du Christ à Sainte Faustine pour la fête de la Miséricorde. Aussi, laissons-les résonner dès maintenant en notre cœur pour approcher enfin de ce mystère de la Miséricorde… Car en dehors de lui, on ne peut rien comprendre à la Parole de Dieu et à la mission de l’Eglise depuis 2000 ans ! Ce n’est pas uniquement de l’ordre d’une quelconque « dévotion », mais il se cache et s’offre là le cœur de la Révélation biblique… Il est donc temps d’être enfin attentif pour s’ouvrir à l’attente inouïe du Cœur de Dieu…

                                                                                                   +Marie-Mickaël

 

« Ma fille, parle au monde entier de mon inconcevable miséricorde ! Je désire que la fête de la Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs…

        En ce jour, les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes et je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approchent de la Source de ma miséricorde ; toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition ; en ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoulent les grâces ; qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate !…

       Ma miséricorde est si grande que, pendant toute l’éternité, aucun esprit, ni humain ni angélique ne saurait l’approfondir ! Tout ce qui existe est sorti des entrailles de ma miséricorde… Chaque âme en relation avec moi, méditera mon amour et ma miséricorde durant toute l’éternité !

      La fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles, je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques. Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de ma miséricorde ! »

                                            Petit journal de Sainte Faustine, 699




La Miséricorde est « venue » jusqu’à nous !

« Etendant la main, il le toucha… » (Lc 5,13)

     La guérison du lépreux dans l’Evangile se situe dans le début du ministère de Jésus et elle dévoile une vérité capitale qui va bouleverser l’histoire de l’humanité : l’Agneau mystérieux va porter sur la Croix le péché du monde pour l’en délivrer ! Le regard prophétique et émouvant de Saint Jean-Baptiste le proclame quand il voit Jésus venir à lui :

      « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ! C’est de Lui que j’ai dit :

         Il vient après moi un homme qui est passé devant moi

         parce qu’avant moi il était ! » (Jn 1,29-30)

L’Evangile de Saint Matthieu précise que la guérison du lépreux se situe juste après le long « Sermon sur la montagne » (Mt 8,1-4). Elle fait partie intégrante des nombreux miracles où les auditeurs du Christ peuvent voir et toucher ce qu’il annonce… et découvrir la grande vérité qu’attend toute l’humanité : « Le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous ! » (Mt 12,28). Et cette guérison de la lèpre a aussi une portée symbolique immense dans le mystère du salut. Car au-delà des personnages de l’Evangile, cette main du Messie s’étend sur tous les maux de l’humanité. Cela n’a pas échappé au Pape Benoît XVI :

      « Comme l’exprime saint Augustin dans l’une de ses prières : « Seigneur, ayez pitié de moi ! Hélas ! Voilà mes blessures, je ne les cache pas. Vous êtes le médecin, je suis le malade ; vous êtes miséricordieux, je suis un misérable ». (Conf. Livre X, n. 39).

         Le Christ est le vrai « médecin » de l’humanité, que le Père céleste a envoyé dans le monde pour guérir l’homme, marqué dans son corps et son esprit par le péché et ses conséquences… l’Évangile de Marc nous présente Jésus qui, au début de son ministère public se consacre tout entier à la prédication et à la guérison des malades dans les villages de Galilée. Les innombrables signes prodigieux qu’il accomplit sur les malades confirment la « bonne nouvelle » du Royaume de Dieu.

          L’Évangile d’aujourd’hui raconte la guérison d’un lépreux et exprime avec une grande force l’intensité de la relation entre Dieu et l’homme, résumée dans un merveilleux dialogue : « Si tu le veux, tu peux me purifier », dit le lépreux. « Je le veux, sois purifié », répond Jésus, le touchant de la main et le libérant de la lèpre (Mc 1, 40-42). Nous voyons ici en quelque sorte concentrée toute l’histoire du salut. Ce geste de Jésus qui tend la main et touche le corps couvert de plaies de la personne qui l’invoque, manifeste parfaitement la volonté de Dieu de guérir sa créature déchue, en lui redonnant la vie « en abondance » (Jn 10, 10), la vie éternelle, pleine, heureuse. Le Christ est « la main » de Dieu tendue à l’humanité pour qu’elle puisse sortir des sables mouvants de la maladie et de la mort et se remettre debout sur le roc solide de l’amour divin[1] (Ps 39, 2-3). »

Comme le remarque Benoît XVI avec tant de justesse : « Nous voyons ici en quelque sorte concentrée toute l’histoire du salut ! » En effet, tous marqués par la lèpre du péché, il nous faut imiter la démarche du lépreux, si touchante d’une foi pleine d’humilité et d’audace !

Saint Luc signale qu’il est « rempli de lèpre » (Lc 5,12), ce qui indique symboliquement une plénitude dans l’ordre du péché. Malgré la difformité et les interdits qui entraînent  exclusion et solitude (Lv 13,45-46), il s’approche de Jésus avec une confiance étonnante qui fait prosterner son corps et supplier ses lèvres (Lc 5,12)… Et sa prière est si simple et si juste que les synoptiques sont unanimes sur la formulation : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me guérir ! » (Mt 8,2 / Mc 1,40 / Lc 5,12).

  Comment ne pas voir ici dans l’attitude du lépreux une foi qui frappe fort à la Porte de la Miséricorde, mais aussi une admirable humilité qui s’abandonne entre les bras du Fils de Dieu : tu le peux, si tu le veux ! Rien de forcé ou de démesuré, mais une immense attente qui ne force pas la porte du Cœur de Dieu… Le lépreux semble dire : Tu me guériras si tu estimes que c’est bon pour moi ! Et ainsi, la finalité est entre les mains de la Sagesse incarnée qui dira un jour : Il vaut mieux entrer estropié ou borgne « dans la Vie » que d’être jeté avec tes deux pieds ou tes deux yeux « dans le feu éternel ! » (Mt 18,8-9).

Devant tant de souffrance et une telle foi qui s’abandonne, l’Evangile de Marc est le seul à rapporter le bouleversement du Cœur de Jésus, ému de compassion devant le lépreux à genoux :

« Remué jusqu’aux entrailles[2], Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : Je le veux, sois guéri ! Et aussitôt, la lèpre le quitta et il fut guéri… » (Mc 1,41-42).

Il faut mesurer ici la portée de cet évènement évangélique qui vient bouleverser l’ordre établi. Tout bascule autour d’un geste inouï de la miséricorde : « Etendant la main, il le toucha ! » (Lc 5,13). En effet, Jésus dépasse ici la limite fixée par la Loi mosaïque qui interdisait tout contact avec un lépreux. A travers cet homme à la dignité retrouvée, il nous fait passer une frontière pour entrer dans le merveilleux Royaume de l’Agneau : Il va prendre sur lui la lèpre du péché durant sa Passion pour enlever le péché du monde… Ainsi, nous pouvons désormais affirmer avec Saint Jean Apôtre : « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru : Dieu est Amour ! » (1 Jn 4,16). Mais dans l’Evangile, cet amour a une exigence absolue qu’il ne faut jamais oublier : « Tu ne saurais aimer Dieu que tu ne vois pas, si tu n’aimes pas ton frère que tu vois ! » (1 Jn 4,20). Saint Jean Chrysostome le confirme : « Si vous ne trouvez pas le Christ dans le mendiant à la porte de l’église, vous ne le trouverez pas non plus dans le calice ! »             

Comment imaginer la joie du lépreux guéri par Jésus ? L’Evangile de Marc nous rapporte qu’à peine « sorti, il se mit à parler sans fin et à répandre la nouvelle ! » (Mc 1,45). Le secret messianique voulu par le Maître (Mc 1,44) vole en éclat dans une joyeuse désobéissance ! Mais comment taire la folle joie d’une telle guérison qui déjà annonce celle de la Résurrection ?

La Miséricorde est venue jusqu’à nous et Elle s’est revêtue de notre misère pour la transfigurer !  Saint Syméon le Nouveau Théologien nous le laisse deviner dans un texte d’une rare tendresse… et sur ce chemin, tracé par l’infinie Miséricorde du Christ, je peux aussi me reconnaître :

« Tandis que je tombais aux pieds de Celui qui m’avait illuminé…

         Il touche de ses mains mes liens et mes blessures ;

         là où touche sa main… aussitôt tombent mes liens !

         Le voici qui me tend une main divine, il me retire du bourbier…

         Il se jette à mon cou, il me couvre de baisers…

         Il me prend sur ses épaules,

         il me donne à contempler par quel étrange remodelage

         Lui-même m’a repétri et m’a arraché à la corruption…

         Il m’a fait don d’une vie immortelle

         et m’a revêtu d’une robe immatérielle et lumineuse…

         Et j’ai admiré, j’ai été ravi, rempli de crainte et aussi de joie[3] ! »

                                                                 +Marie-Mickaël

    

[1] Benoît XVI, Angélus du 12 février 2006.

[2] Traduction de Sœur Jeanne d’Arc, op, Les quatre Evangiles, DDB, 1994.

[3] Syméon le Nouveau Théologien, Hymnes II, Sources chrétiennes, 174, Cerf, 1971, p.357.




L’Amour sait attendre – 2

« Ma folie à moi, c’est d’espérer…

Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras me chercher ! »

Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B

 

       Dans la dernière méditation, Thérèse proclamait cette grande vérité de la foi qui doit resplendir au plus profond d’une vie : savoir que « par delà les nuages, le soleil brille toujours ! » Si elle avait vécue à notre époque, je devine qu’elle aurait été ravie de prendre l’avion un jour de pluie pour se retrouver en « plein soleil » en altitude…

Thérèse est pour notre temps le grand « prophète de l’espérance » et il faut revenir sur cette bouleversante parabole du soleil et du petit oiseau : là est le cœur de sa voie d’enfance spirituelle. Car la foi seule a le pouvoir de transformer la fragilité en confiance ! Et elle devient un chant d’amour au cœur de la nuit… c’est pourquoi il faut écouter longtemps le chant d’amour de Thérèse pour que cette sagesse des « petits » de l’Evangile (Lc 10,21) ouvre peu à peu nos cœurs :

« Jésus, je suis trop petite pour faire de grandes choses, et ma folie à moi, c’est d’espérer !… Aussi longtemps que tu le voudras, ô mon Bien-Aimé, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, toujours il demeurera les yeux fixés sur toi, il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour… Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras ma chercher [1]… »

       « Ma folie à moi, c’est d’espérer ! » C’est comme ici le Credo silencieux de Thérèse !  En réalité, ce cri traverse toute sa vie de carmélite. Car attendre dans la nuit sans rien voir venir la situe au cœur de cette vie théologale où la nuit de la foi fait lever une folle espérance… seule elle attire le feu de l’Amour : « Dans le Cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour… ainsi, je serai tout… ainsi, mon rêve sera réalisé[2] ! »

Comment oublier ici « l’histoire de la pécheresse convertie qui est morte d’amour » : elle a tant bouleversé et confirmé Thérèse sur la voie de l’infinie Miséricorde :

« Non, personne ne pourrait m’effrayer ; car je sais à quoi m’en tenir sur son amour et sa miséricorde. Je sais que toute cette multitude d’offenses s’abîmerait en un clin d’œil, comme une goutte d’eau dans un brasier ardent !

        Il est rapporté dans la Vie des Pères du désert, que l’un d’eux convertit une pécheresse publique dont les désordres scandalisaient une contrée entière. Cette pécheresse, touchée de la grâce, suivait le saint dans le désert pour accomplir une rigoureuse pénitence, quand, la première nuit du voyage, avant même d’être rendue au lieu de sa retraite, ses liens mortels furent brisés par l’impétuosité de son repentir plein d’amour : et le solitaire vit, au même instant, son âme portée par les Anges dans le sein de Dieu…

       Voilà un exemple bien frappant de ce que je voudrais dire, mais ces choses ne peuvent s’exprimer [3]… »

      Ce témoignage fulgurant a de quoi nous surprendre et nous interroger sur les étroitesses cachées de nos cœurs dans notre quotidien trop souvent linéaire…  pour accéder au mystère de l’infinie miséricorde, notre pauvreté doit être traversée par une audacieuse et folle confiance ! Cela peut nous paraître contradictoire ; mais dans cette attente épuisante s’opère une création nouvelle et cachée où le cœur apprend à aimer en vérité comme l’enseigne Thérèse :

 « Pour aimer Jésus… il faut consentir à rester pauvre et sans force, et voilà le difficile… C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour [4] ! »

     Thérèse insiste tant sur ce « rien ». Elle sait combien, avec les meilleures intentions, notre confiance est encore trop souvent un mélange où notre moi garde secrètement le contrôle. L’esprit d’enfance n’a pas encore pénétré en profondeur car « pour attendrir Dieu il faut être vraiment pauvre. Et qu’y a-t-il de plus pauvre que d’essayer de porter sa croix sans y parvenir ? Les riches veulent bien porter leur croix à condition d’y arriver. Sinon, ils refusent parce que cela ne sert à rien. Les pauvres ne sont pas ceux qui attendent passivement comme les quiétistes. Ce sont ceux qui essaient de réussir… Au fond, c’est très « calé », mais à l’envers, un jeu de qui perd gagne. Il faut faire des efforts, épuiser ses forces, se donner totalement, faire tout ce qu’on peut, mais pour tout rater ! Non qu’on veuille rater, on essaie de réussir, mais on comprend et on accepte de mieux en mieux que nos forces soient dépensées en pure perte. Cette « pure perte » est ce qu’il y a de plus précieux aux yeux de Dieu, parce que c’est « le chant de notre amour [5] ! »

C’est sans doute ce que voulait exprimer Saint Jean Chrysostome quand il affirmait : « Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler… » Et Thérèse va jusqu’à affirmer : « T’aimer Jésus, quelle perte féconde [6] ! »

     Seule l’attente pauvre et persévérante de notre foi fera monter en nos cœurs ce gémissement de l’espérance… et laissons Thérèse nous partager son cœur intime quand elle nous confie :

     « Peut-être vas-tu croire que je fais toujours ce que je dis, oh non, je ne suis pas toujours fidèle, mais je ne me décourage jamais, je m’abandonne dans les bras de Jésus [7] ! »

 

                                                                                                              +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.231.

[2] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.226.

[3] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, p.1293.

[4] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes –  Lettre 197, p.553.

[5] Marie Dominique Molinié, Qui comprendra la Cœur de Dieu ? Saint Paul 1994, p.80.

[6] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Poésie 17,

[7] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Lettre 143, p.467.




L’Amour sait attendre – 1

« Malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin… »

Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B

 

     En ce temps béni de Noël, écouter le « chant d’amour » de Thérèse pour Jésus est tellement bénéfique pour fortifier notre espérance… car dans ce monde postmoderne où l’avenir de l’homme semble s’effacer, l’espérance a comme disparue ! On n’espère plus aller au Ciel d’en-haut que le Christ a ouvert sur la Croix. On célèbre déjà un autre ciel sur la terre : la 4° révolution industrielle où le transhumanisme ouvre une porte qui semble « fascinante autant qu’inquiétante », car elle pourrait être la fin de l’homme… Le célèbre astrophysicien Stephen Hawking s’est est inquiété :

    « Le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité ». Science fiction ou réalité ? La frontière n’a jamais été aussi mince[1]. »

Le bien-être et la satisfaction quasi immédiate qu’apporte la technologie actuelle a développé en nous un pouvoir dangereux… et Il nous faut être « délivré » de l’orgueil d’une société qui pousse à « vouloir tout, tout de suite ! » De mon portable, je peux pratiquement tout voir, tout acheter, tout communiquer ; mais dans ce déluge d’informations, de relations et de consommation, un vide nous envahit… et sans nous en rendre compte, nous perdons la beauté du regard !

       Car en vérité, celui qui aime sait attendre : la patience est la profondeur de l’Amour ! Dieu le sait et il ne brusque pas les étapes. Il a inscrit le mystère de la croissance dans sa création. L’arbre a besoin de saisons pour donner tout son fruit… Et d’ailleurs, qu’adviendrait-il de nous sans l’infinie patience de Dieu ? L’Amour sait nous attendre et cela s’appelle la Miséricorde !

Avec le poids de l’expérience, Saint Pierre nous prévient en ce sens :

« Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers nous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. Il viendra, le jour du Seigneur, comme un voleur… » (2 P 3,9-10)

En effet, le temps est une durée qui exprime la miséricorde : qu’en serait-il de nous si nous devions paraître « maintenant » devant notre Dieu ? Laissons ici « la plus grande Sainte des temps modernes [2] » parler à notre cœur : parce qu’elle avait un désir fou d’aimer Jésus et de sauver  les âmes, « petite Thérèse » a su attendre avec confiance ! A travers le symbole du « petit oiseau », elle nous révèle un autre aspect de la voie d’enfance évangélique. Etre petit, c’est aussi ne pas se lasser d’espérer en attendant tout du « Soleil de l’amour »…

A travers un langage qui peut paraître puéril à certains, une profonde sagesse issue de l’Evangile se déploie ici car la Révélation qui resplendit dans le Fils porte un redoutable secret : le Père l’a cachée « aux sages et aux savants », mais l’a « révélée aux tout petits ! » (Mt 11,25). Thérèse, la dite « Petite », en est un immense témoin pour notre époque et il nous faut décrypter en profondeur son message. Laissons résonner son chant d’amour en nos cœurs et nous nous reconnaîtrons :

« Je me considère comme un faible petit oiseau… Je ne suis pas un aigle, j’en ai simplement les yeux et le cœur car malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin, le Soleil de l’amour… Le petit oiseau voudrait bien voler vers ce brillant Soleil mais s’envoler, cela n’est pas en son petit pouvoir ! Que va-t-il devenir ? Mourir de chagrin en se voyant aussi impuissant ? Non ! Le petit oiseau ne va même pas s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son divin Soleil… Rien ne saurait l’effrayer, ni le vent, ni la pluie… Il sait que par-delà les nuages, son Soleil brille toujours[3] ! »    

                                                                                  +Marie-Mickaël                                   

[1] Antoine Pasquier, Le transhumanisme ou la tentation de l’homme parfait, Famille chrétienne, n° 1926, 2014.

[2] Expression prophétique du Pape Saint Pie X.

[3] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.229-231.




Saint Jean – le Théologien 2

« Fortifie nos cœurs dans la profondeur du silence marial…

Toi qui fût le premier des Apôtres à croire à la Résurrection… (Jn 20,8)

Affermis nos cœurs dans la foi en Jésus Ressuscité et Vivant ! (Jn 20,29 / 21,7)

 

     Jean a été l’Apôtre qui s’est vite rapproché de la Vierge Marie dans une communion par « silence de regard »très tôt, Il a croisé, admiré et contemplé « le regard de la Mère » dans la profondeur de son silence d’amour… Il a comme été emporté par Elle à la suite du Christ à travers l’humble puissance cachée de son Cœur Immaculé : et il est ainsi le seul Apôtre présent au pied de la Croix ! Son cœur était déjà enfoui en celui de la Mère de Dieu…

Voilà pourquoi Jésus le lui confirme du haut de la Croix : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,28) Et qu’il confirme à Marie, sa Mère, que Jean est « son premier enfant » dans le mystère du temps de l’Eglise qui commence : « Femme, voici ton Fils ! » (Jn 19,26). En employant le terme décisif de « Femme », comme déjà à Cana, (Jn 2,4), sa Parole créatrice de Fils de Dieu « ouvre » le Cœur de Marie à une tendresse maternelle universelle qui s’exercera dans le temps sur tous et chacun à la fois : la « Femme » de l’Apocalypse (Ap 12,1)  qui est la Mère de Dieu devient Ma Mère !

      Le Pape Saint Jean-Paul II l’a magnifiquement contemplé et annoncé  lors d’une homélie à Fatima :

« Depuis le temps où Jésus, en mourant sur la Croix, a dit à Jean : « Voici ta Mère !… » Depuis le temps où le disciple la prit « chez lui », le mystère de la maternité spirituelle de Marie a eu son accomplissement dans l’histoire avec une ampleur sans limites… car lorsque Jésus dit sur la Croix : « Femme, voici ton Fils ! » Il ouvrit d’une manière nouvelle le Cœur de sa Mère… Marie est Mère de tous les hommes et son empressement pour la vie de l’homme est de portée universelle[1]… »

    Ainsi donc, quand du haut de la Croix, le Christ fait de sa Mère « notre Mère », cela la lie à jamais au mystère de l’Eglise à travers le temps… l’Eglise des fidèles mais aussi l’Eglise hors les murs : Marie reçoit de son Fils la mission de veiller maternellement sur tous les hommes et chaque homme en particulier pour les protéger et les conduire vers son Fils Sauveur. Elle est le visage maternel de l’Esprit-Saint qui offre en douceur la puissance du salut ! Qui comprendra la silencieuse et inépuisable tendresse du Cœur de la Mère ?

Ecoutons à nouveau Saint Jean-Paul II : « Dans le Christ, au pied de la Croix, elle a accepté Jean, et elle a accepté tout homme et tout l’homme ! Marie les embrasse avec une sollicitude particulière dans l’Esprit-Saint. C’est Lui, en effet, comme nous le professons dans le Credo qui « donne la vie » ! C’est Lui qui donne la plénitude de la vie ouverte vers l’éternité. La maternité de Marie est donc une participation à la puissance de l’Esprit [2]… »

    Alors, très tôt attentif et silencieusement attiré par la présence de la Mère de Jésus ; Saint Jean l’a suivie dans  la plénitude de sa foi… et c’est pourquoi il est le premier, après Marie, à croire à la Résurrection du Christ : on se souvient de sa course rapide où il devance Saint Pierre vers le tombeau de Jésus ( Jn 20,3-9) mais entre après lui. Et devant les signes du suaire, « roulé à part à sa place » et des linges, « posés à plat »… Saint Jean devine que les Anges sont passés par là et que Jésus est vivant ! Et c’est pourquoi « il vit et il crut » (Jn 20,8). Car « il a expérimenté que tout était signe dans la vie et la mort de Jésus… et cela l’a persuadé qu’il était nécessaire d’aller au-delà des apparences afin de percer son mystère[3] ! » Tel est le regard contemplatif de Jean dans sa foi…

Enfin, nous demandons à Saint Jean de le suivre sur les chemins de sa foi profonde : « Affermis nos cœurs dans la foi en Jésus ressuscité et vivant ! » Cela signifie que notre foi doit devenir de plus en plus ferme, forte et lumineuse… et elle ne se laissera pas engloutir par les épreuves imprévues de la vie ! Et elle traversera chaque nuit comme « un lieu de naissance » qui rapproche du Ciel… car Jésus l’a proclamé : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » (Jn 20,29). Et sous un certain angle, nous sommes donc plus heureux que les Apôtres.

D’autre part, les Pères de l’Eglise remarquent souvent que les Apôtres n’ont pas été « à l’abri du doute ». Saint Cyrille d’Alexandrie en témoigne clairement sur l’Evangile de Jean qui rapporte la forte incrédulité de Saint Thomas :

« On nous rapporte que Thomas fut le seul à dire : « Si je n’avance pas mes mains, si je ne vois pas la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » (Jn 20,25). Mais le péché de l’infidélité était en quelque sorte commun à tous, et nous ne constatons pas que l’esprit des autres disciples ait été à l’abri du doute, bien qu’ils aient tous dit : « Nous avons vu le Seigneur ! » (Jn 20,25). Saint Luc écrit à leur sujet : « Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement ! » (Lc 24,41)… Vous voyez comment la pensée incrédule n’a pas son siège chez Thomas seulement, mais que le cœur des autres disciples souffrait de la même maladie…

       Celui qui n’a pas vu, mais qui accueille et tient pour vrai ce que l’initiateur aux mystères lui a dit à l’oreille, honore d’une foi remarquable ce que son Maître lui a proclamé. Par conséquent, on appelle bienheureux tous ceux qui ont cru grâce à la parole des Apôtres, eux qui ont été les témoins oculaires des grands actions du Christ [4]… »

      La foi qui fait confiance « sans avoir vu » est le merveilleux héritage des chrétiens dans le temps de l’Eglise… et c’est un trésor sans fond qui faisait dire à Sainte Elisabeth de la Trinité :

« Que je sois toute disponible, toute éveillée dans la foi, afin que le Maître puisse m’emporter partout où Il voudra [5]… »

 

                                                                                         +Marie-Mickaël

 

[1] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[2] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[3] Jean-Michel Castaing, Site internet Aleteia, 12 avril 2020.

[4] Saint Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’Evangile de Jean.

[5] Sainte Elisabeth de la Trinité, Lettre 165.




Marie Corédemptrice : la Note vaticane qui efface trois siècles de Magistère

Tribune Chrétienne, 8 décembre 2025, par Quentin Finelli
Une association mariale internationale, regroupant cardinaux, évêques, théologiens et laïcs, publie un vaste document pour répondre à la Note du Dicastère pour la Doctrine de la Foi sur les titres de Marie. Selon eux, la nouvelle position vaticane sur la Corédemption et la Médiation, si elle n’est pas clarifiée, risque d’effacer trois siècles d’enseignement papal et d’affaiblir la confiance des fidèles

Depuis la publication de Mater Populi Fidelis, un malaise a gagné de nombreux fidèles. Comment un titre marial utilisé par des papes, des saints et des mystiques pourrait-il soudainement devenir inconvenant ou inapproprié ? Face à ce climat de confusion, l’Association mariale internationale a décidé de répondre, invoquant le droit et parfois le devoir des fidèles de manifester leur pensée pour le bien de l’Église. Le média italien Bussola a présenté aujourd’hui le document de sa Commission théologique, qui analyse ce que la Note du Dicastère pour la Doctrine de la Foi a provoqué d’inquiétude et de perplexité.

La loi de l’Église rappelle en effet que chaque fidèle peut et parfois doit faire connaître son avis aux pasteurs, dans le respect de la foi et de la dignité de chacun. C’est à partir de ce principe que la Commission théologique de l’International Marian Association, composée d’une quarantaine de membres, a publié un texte destiné à éclairer et corriger certains points de Mater Populi Fidelis. Leur propos n’est ni polémique ni émotionnel, mais s’appuie sur une démarche de continuité et de fidélité à l’enseignement constant du Magistère.

Au cœur du débat se trouve la manière dont la Note du DDF qualifie le titre de Corédemptrice. Dans les versions italienne, anglaise et allemande, il est dit « toujours inapproprié ». Dans les versions française, espagnole et portugaise, « toujours inopportun ». Cette divergence n’est pas anecdotique.

Dire qu’un titre est inopportun, c’est le juger pastoralement risqué. Dire qu’il est inapproprié, c’est le considérer impropre ou doctrinalement erroné. Si ce titre est « toujours » inapproprié, alors ceux qui l’ont utilisé – Léon XIII, Pie XI, Jean-Paul II, mais aussi Padre Pio, Maximilien Kolbe ou sœur Lucie de Fatima – auraient agi de manière imprudente. Cette simple conséquence interroge. Comment expliquer qu’un langage pontifical répété pendant des siècles devienne soudainement fautif ?

Le texte de l’Association rappelle donc que Pie XI expliquait publiquement pourquoi Marie pouvait être invoquée comme Corédemptrice, car elle a donné le Sauveur et s’est associée à son sacrifice jusque sous la Croix. Jean-Paul II, lui aussi, a indiqué que Marie a accepté et assisté au sacrifice de son Fils et que son rôle ne s’est pas arrêté au Calvaire. Le problème soulevé est simple: la Note vaticane ne nie pas que Marie ait un rôle unique, mais elle ne dit jamais que ce rôle est redempteur. Elle omet également de citer Lumen Gentium 58, pourtant l’un des passages les plus nets sur l’union de Marie au sacrifice de son Fils, où elle consent amoureusement à l’immolation de la victime qu’elle avait engendrée. Cette absence est remarquable, car ignorer un texte conciliaire aussi central modifie la perception doctrinale.L’analyse se poursuit sur le titre de Médiatrice de toutes les grâces. La Note préfère réduire la médiation maternelle de Marie à une simple intercession. Or, douze papes, depuis le XVIIIe siècle jusqu’à François, ont parlé de Marie comme Médiatrice ou Dispensatrice de toutes les grâces. Plusieurs enseignements de haut niveau l’énoncent explicitement.

Le fait que la Note les passe sous silence crée un déséquilibre. Il ne s’agit pas ici d’une spéculation marginale, mais d’un enseignement ordinaire, réitéré, parfois sous forme liturgique, puisque Benoît XV a approuvé une fête de Marie Médiatrice de toutes les grâces.

Une difficulté provient d’une confusion entre source et instrument. Seul Dieu donne la grâce, mais cela n’exclut pas que Dieu se serve de médiations secondaires.

Les sacrements sont déjà ainsi compris. Saint Thomas d’Aquin l’enseigne. Si Dieu peut communiquer la grâce par le baptême ou l’eucharistie, il peut le faire aussi à travers la maternité spirituelle de Marie. La Note du DDF craint que Marie devienne un intermédiaire parallèle qui ferait écran entre Dieu et les âmes. L’Association répond que la causalité instrumentale ne concurrence pas la causalité première. Elle la présuppose. Le Christ reste l’unique Médiateur. Mais Dieu a choisi d’associer Marie à son œuvre. Le refus de reconnaître cette causalité secondaire appauvrit le mystère de la grâce et réduit la maternité spirituelle de Marie à un simple encouragement moral.Cette réduction est précisément ce que le document met en évidence. Marie ne se limite pas à prier pour nous. Selon Paul VI, dans Signum Magnum, elle coopère à la naissance et au développement de la vie divine dans les âmes. Cette vérité, dit-il, doit être tenue par la foi par tous les chrétiens. Cela dépasse largement la seule intercession.

Il s’agit d’une véritable maternité spirituelle qui englobe la conception, la naissance et la croissance des âmes dans la vie de Dieu. La Note, en n’évoquant que la disposition ou l’intercession, passe à côté de cette dimension doctrinale.

Enfin, la Commission évoque les conséquences pastorales. Ce sont elles qui inquiètent le plus. Les pratiques les plus aimées du peuple chrétien – Rosaire, Scapulaire, consécration à la Vierge – reposent sur la réalité de la médiation et de la corédemption. La Legio Mariae, présente dans le monde entier, en fait explicitement usage. Si des titres longtemps enseignés par les papes sont désormais présentés comme inappropriés, comment demander aux fidèles de continuer à faire confiance au Magistère ? La question n’est pas rhétorique. Elle touche à la crédibilité de l’autorité doctrinale. Un changement si brusque risque de créer de la confusion et de la défiance.Ainsi, le document de l’Association mariale internationale ne conteste pas l’autorité de l’Église. Il demande une clarification. Il rappelle des enseignements constants. Il souligne des omissions significatives. Il défend une herméneutique de continuité, celle que Benoît XVI a souvent recommandée. L’intention n’est pas d’opposer la piété populaire au discernement théologique, mais de préserver la cohérence.

En définitive, la question posée est simple et grave: peut-on qualifier d’inapproprié ce que l’Église a enseigné, prié et célébré pendant des siècles, ou faut-il au contraire en approfondir la compréhension ?

Ce document répond par la seconde option. Il appelle non à la polémique, mais à la fidélité. Il s’appuie sur les papes, sur le Concile, sur l’histoire. Il montre que la doctrine mariale n’a pas besoin d’être réécrite, mais rendue visible dans toute sa richesse. La confiance des fidèles dépend de cette continuité, car ce qui touche à Marie touche aussi à l’image que l’Église donne d’elle-même. Une tradition ouverte au discernement, mais fidèle à son langage, reste une source de lumière. C’est cette lumière que le texte cherche à raviver.




Saint Jean, le Théologien – 1

O Saint Jean, le Théologien…

Toi qui as sondé les indicibles mystères du « Verbe fait chair »… (Jn 1,14)

Toi qui as tant écouté le Cœur attentif de la Vierge

où s’est enfoui l’Evangile du Sauveur… (Lc 2,19 / Lc 2,51 / Jn 2,1-5)

 

L’Eglise va bientôt fêter Saint Jean Apôtre le 27 décembre. C’est l’occasion de continuer à « méditer » une de nos prières quotidiennes à l’Apôtre bien-aimé, celle de chaque mardi. Elle commence par l’affirmation qui le caractérise : « O Saint Jean, le Théologien ! »

A travers la Tradition, on a vite remarqué que son annonce de l’Evangile du Christ n’était pas seulement narrative ou pédagogique, mais aussi profondément théologique. C’est l’Evangile spirituel par excellence ! Il nous a fait entrer dans les mystères du Dieu fait homme d’une manière inédite dés son prologue :

« Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.

       Il était au commencement tourné vers Dieu.

       Tout fut par Lui et sans Lui rien ne fut.

       De tout être Il était la vie et la vie était la lumière des hommes…

       Et le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous,

       et nous avons vu sa gloire,

       gloire qu’Il tient de son Père comme Fils unique,

       plein de grâce et de vérité. » (Jn 1,1-4 / 1,14)

Pour nous faire saisir le mystère inouï qui a traversé la vie de Jean, Origène, dès le 3° siècle a écrit dans un commentaire : « Il faut oser dire que, de toutes les Ecritures, les Evangiles sont les prémices et que, parmi les Evangiles, les prémices sont celui de Jean… dont nul ne peut saisir le sens s’il n’a reposé sur la poitrine de Jésus et n’a reçu de Jésus Marie pour Mère[1] ! »

     Saint Thomas d’Aquin écrira aussi admirablement sur celui qui est l’aigle parmi les évangélistes : « Le symbole de Jean est l’aigle. Voici pourquoi : les trois autres évangélistes se sont occupés de ce que le Christ a accompli dans la chair… Jean, lui, volant comme un aigle au-dessus des nuages de la faiblesse humaine, contemple la lumière de l’immuable Vérité avec les yeux du cœur, du regard le plus pénétrant… Attentif à la divinité même de notre Seigneur Jésus-Christ par laquelle il est égal au Père… Le privilège de Jean fut d’être parmi tous les disciples du Seigneur, celui qui fut le plus aimé du Christ : Jean fut en effet « le disciple que Jésus aimait » (Jn 21,20) comme lui-même l’a dit sans se nommer. Le Christ a donc révélé ses secrets de façon toute spéciale à ce disciple très spécialement aimé[2]… »

« Toi qui as sondé les indicibles mystères du « Verbe fait chair… » (Jn 1,14)

C’est la seconde affirmation sur l’Apôtre bien-aimé : après l’avoir quelque peu contemplé dans son altitude d’Aigle comme « Théologien » incomparable, nous sommes invités ici à entrer dans sa vision de Dieu fait homme : « Et le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous… » Jean nous ouvre ici la porte de l’insondable mystère où le Verbe qui  était éternellement « tourné vers Dieu » s’est, par un incompréhensible amour, « tourné vers les hommes » !

      Ainsi, mon Créateur et mon Sauveur est venu jusqu’à moi dans un visage d’homme… c’est le plus grand mystère de toute l’histoire humaine : voilà pourquoi elle est classée entre « avant et après Jésus-Christ ! » Car Il est venu bouleverser notre monde en envoyant l’Esprit d’amour qui conduit l’Eglise à travers les remous du monde pécheur et l’adversité du démon. Et Saint Jean nous a clairement prévenus sur l’ennemi de Dieu qui met tant de confusion dans le monde actuel. Retenons sa mise en garde pour fortifier la vigilance de notre foi :

« A ceci nous savons qu’Il demeure en nous : à l’Esprit qu’Il nous a donné…

       Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits

       pour voir s’ils viennent de Dieu,

       car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde !

       A ceci reconnaissez l’Esprit de Dieu :

       tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu ;

       et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu ;

       c’est là l’esprit de l’Antichrist !

       Vous avez entendu qu’il allait venir…

       Et dés maintenant, il est déjà dans le monde…

       Mais Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde ! »

                                                       (1 Jn 3,34 / 4,1-4)

    Pour rester fidèle à la vraie foi au mystère du Christ à la suite de Saint Jean, Origène affirmait plus haut qu’il faut s’approcher et reposer sur « la poitrine de Jésus »… Là, on entend  battre le Cœur de l’infinie tendresse de Dieu ! Telle est La découverte toujours nouvelle de l’Amour de Jésus dont le mystère insondable retentit dans la vie des Saints : ne sont-ils pas beaux d’une Lumière qui n’est pas de ce monde, mais resplendit au cœur de ce monde ? Ne sont-ils pas l’avenir de l’humanité ?

C’est pourquoi un Saint Bernard nous invite à découvrir ce Dieu qui, toujours, s’offre à nous et fait naître les Saints et Saintes de tous les temps :

« Le nom de Jésus n’est pas seulement une lumière, c’est aussi un aliment. Jésus est miel à la bouche, mélodie à l’oreille, Jubilation au cœur ! Mais il est aussi un remède. Quelqu’un de nous est-il triste ? Que le nom de Jésus vienne en son cœur et de là bondisse à ses lèvres… et voici qu’à l’aurore de ce nom, tout nuage s’enfuit, la sérénité revient[3] ! »

    La seconde affirmation d’Origène : « Et n’a reçu de Jésus, Marie pour Mère… » Nous ouvre au mystère de celle, immense, qui s’est dite « Servante du Seigneur » (Lc 1,38). Car, dans la contemplation de sa foi, Origène a bien saisi que le mystère de Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes est un des grands dons du Cœur de Dieu ouvert sur la Croix…  le « Voici ta Mère ! » résonnera dans l’histoire du monde à travers le mystère de l’Eglise… et comme l’affirme le Concile Vatican II : la Vierge Marie est « Celle qui occupe dans la Sainte Eglise la place la plus élevée au dessous du Christ[4] et nous est toute proche[5]… »

                                                                                                          +Marie-Mickaël

 

 

[1] Origène, Commentaire sur Saint Jean, Livre I,23.

[2] Saint Thomas d’Aquin (1225-1274), Commentaire sur l’Evangile de Jean, Prologue de Saint Thomas, Tome I,11.

[3] Saint Bernard, Homélie sur le Cantique des Cantiques, 15,6 – Patrologie Latine 183-847.

[4] Et l’on pourrait préciser : « aux côtés du Christ ! »

[5] Concile Vatican II, Lumen gentium, 54.




L’Avent silencieux du cœur… avec Sainte Elisabeth de la Trinité !

« Voici le saint temps de l’Avent… c’est tout spécialement celui des âmes intérieures,

de celles qui vivent sans cesse cachées en Dieu avec Jésus-Christ ! »

Elisabeth de la Trinité, Lettre 250

 

Elisabeth de la Trinité et sa soeur Marguerite

 

      Nous voici arrivé dans la plénitude de l’Avent, à quelques jours de l’indicible jour de Noël : joie si douce où la plus belle des femmes nous offre le Sauveur, sous le regard unique de Joseph le silencieux… et durant ces derniers jours, l’Eglise plonge dans une plénitude de silence contemplatif ! Quelles que soient nos activités, orientons notre attente vers l’Enfant Dieu caché dans le sein de Marie… car, comme le remarque Sainte Faustine : « Le cœur pur, Seigneur, te pressent de loin ! » Certes, nous sommes tous des pécheurs au cœur lourd et si dispersé ; mais si nous nous tournons vers la « pleine de grâce », nous deviendrons si « attentifs » au Mystère de Dieu que nous découvrirons l’indicible sourire de son Visage d’Enfant…

Supplions le Ciel de ne jamais nous « habituer » au plus grand évènement caché de l’histoire des hommes ! Au début de sa première Epitre qui renvoie au Prologue de son Evangile, Saint Jean en témoigne dans une contemplation unique où s’ouvre le Ciel sur la terre :

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie ; car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue ! » (1 Jn 1,1-2).

 

A la suite des Apôtres et à travers son immense cohorte de ses Saints connus ou cachés, l’Eglise est intarissable sur le sujet : elle est à jamais traversée par « la Tendresse » de ce Dieu qui nous aimé jusqu’à se laisser voir, toucher et entendre en notre humanité ! Et c’est pourquoi elle ne cesse de proclamer sa joie et sa contemplation de l’Eternel qui s’est fait pour nous si petit… Telle est désormais le mystère qui ravit le Ciel et la terre ! Et pour y pénétrer, écoutons une Sainte Elisabeth de la Trinité qui nous invite à entrer « en l’âme et l’amour de la Vierge » :

« Voici le saint temps de l’Avent, il me semble que c’est tout spécialement celui des âmes intérieures, de celles qui vivent sans cesse et à travers tout « cachées en Dieu avec Jésus-Christ » (Col 3,3) au centre d’elles-mêmes… et dans l’attente du grand Mystère, j’aime approfondir ce beau psaume 18 : « Il a placé son pavillon dans le soleil et cet astre, semblable à un jeune époux qui sort de sa couche, s’est élancé comme un géant pour parcourir sa carrière ; il est sorti de l’extrémité du ciel, sa révolution s’est faite jusqu’à l’autre extrémité ; et nul ne se dérobe à sa chaleur…

Penses-tu ce que ce devait être en l’âme de la Vierge, lorsqu’après l’Incarnation elle possédait en Elle le Verbe Incarné… en quel silence, quel recueillement, quelle adoration elle devait s’ensevelir au fond de son âme pour étreindre ce Dieu dont elle était Mère… »

 

Et, dans cette lettre à sa sœur, Elisabeth conclut par une invitation où se déploie point par point toute l’orientation de l’Avent : « Ma petite Guite, Il est en nous. Oh ! Tenons-nous tout près de Lui, en ce silence, avec cet amour de la Vierge ; c’est comme cela que nous passerons l’Avent [1] »  Alors, en ces derniers jours avant la naissance du Messie, méditons ses conseils spirituels si simples et si précieux :

Première affirmation qui lui est la plus chère car elle orientera en profondeur toute sa vie de foi : « Il est en nous !… » Cette réalité de l’inhabitation du Christ en nos cœurs par l’état de grâce est le mystère qui a traversé toute sa vie. Et dans le monde actuel sursaturé d’images, de bruits et d’informations, il est urgent de protéger le « ciel de notre âme » en vivant les sacrements et en priant silencieusement  Celui qui est caché au fond de notre cœur.

Elisabeth carmélite avait ces paroles uniques pour sa sœur Guite tant aimée, mère de famille et grande contemplative : « Je viens causer avec toi, sous le regard de Celui que nous aimons. J’ai pris une grande feuille car, lorsque je suis avec ma Guite, il vient tant de choses sous ma plume… tu sais, j’aime tant quand tu me permets d’entrer en ton Ciel, en celui que l’Esprit Saint crée en toi… Toi qui es mère et qui sait quelles profondeurs le bon Dieu a mises en ton cœur pour tes enfants, tu peux saisir la grandeur de ce mystère…

Oh ! ma Guite, ce Ciel, cette maison de notre Père, il est au centre de notre âme ! Comme tu le verras dans Saint Jean de la Croix, lorsque nous sommes en notre centre le plus profond, nous sommes en Dieu[2]! N’est-ce pas que c’est simple et consolant ? A travers tout, parmi tes sollicitudes maternelles, tandis que tu es toute aux petits anges, tu peux te retirer en cette solitude pour te livrer à l’Esprit Saint afin qu’Il te transforme en Dieu, qu’Il imprime en ton âme l’Image de la beauté divine, afin que le Père en se penchant sur toi ne voie plus que son Christ…

Oh, petite sœur, au Ciel je me réjouirai en voyant paraître mon Christ si beau en ton âme !… en attendant, « croyons à l’amour » avec Saint Jean (1 Jn 4,16)… et attendons dans la foi[3] ! »

Ici, comme dans tant de lettres, quelle démocratisation de la contemplation : sous la plume d’Elisabeth, elle n’est plus réservée au monde des monastères, mais offerte à toute vocation laïque en plein monde…

Deuxième affirmation : « Oh ! Tenons-nous près de Lui, en ce silence… » C’est ici l’attitude simple et contemplative qui a traversé peu à peu toute la vie d’Elisabeth : pour elle, le silence est le signe majeur de l’amour et elle vient nous poser une question majeure :

« N’avez-vous pas cette passion de l’écouter ? Parfois, c’est si fort ce besoin de se taire[4]… »

« Je vous donne rendez-vous en l’Infini de Dieu, en sa Charité : voulez-vous que ce soit le désert où, avec notre divin Epoux, nous allons vivre en une profonde solitude, puisque c’est dans cette solitude qu’Il parle au cœur[5]… »

     Troisième affirmation : « Avec cet amour de la Vierge… » Elisabeth nous invite ici à entrer dans le silence d’amour de la Mère de Dieu car pour elle, « l’attitude de la Vierge durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre au-dedans, au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par Elle[6] ! »

Ainsi, Elisabeth conclut en nous invitant à la suivre : « C’est comme cela que nous passerons l’Avent ! » Nous voici donc éclairés pour réveiller et orienter notre cœur en cette fin du temps béni de l’Avent. En ce monde au bord du gouffre, il est si urgent de nous préparer à la joie unique de Noël où, à travers les bras de Marie, l’Enfant-Dieu s’offre à nous avec une tendresse qui n’est pas de ce monde…

                                                                                                 +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Cerf 1991, Lettre 250 et Lettre 183.

[2] Référence Saint Jean de la Croix dans Vive flamme d’amour 465, strophe 1, verset 3. On peut donc déduire qu’Elisabeth a prêté son livre à Guite.

[3] Elisabeth de la Trinité, Lettre 239.

[4] Elisabeth de la Trinité, Lettre 158

[5] Elisabeth de la Trinité, Lettre 156.

[6] Elisabeth de la Trinité, Le Ciel dans la foi, 40.