L’Amour sait attendre – 2

« Ma folie à moi, c’est d’espérer…

Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras me chercher ! »

Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B

 

       Dans la dernière méditation, Thérèse proclamait cette grande vérité de la foi qui doit resplendir au plus profond d’une vie : savoir que « par delà les nuages, le soleil brille toujours ! » Si elle avait vécue à notre époque, je devine qu’elle aurait été ravie de prendre l’avion un jour de pluie pour se retrouver en « plein soleil » en altitude…

Thérèse est pour notre temps le grand « prophète de l’espérance » et il faut revenir sur cette bouleversante parabole du soleil et du petit oiseau : là est le cœur de sa voie d’enfance spirituelle. Car la foi seule a le pouvoir de transformer la fragilité en confiance ! Et elle devient un chant d’amour au cœur de la nuit… c’est pourquoi il faut écouter longtemps le chant d’amour de Thérèse pour que cette sagesse des « petits » de l’Evangile (Lc 10,21) ouvre peu à peu nos cœurs :

« Jésus, je suis trop petite pour faire de grandes choses, et ma folie à moi, c’est d’espérer !… Aussi longtemps que tu le voudras, ô mon Bien-Aimé, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, toujours il demeurera les yeux fixés sur toi, il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour… Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras ma chercher [1]… »

       « Ma folie à moi, c’est d’espérer ! » C’est comme ici le Credo silencieux de Thérèse !  En réalité, ce cri traverse toute sa vie de carmélite. Car attendre dans la nuit sans rien voir venir la situe au cœur de cette vie théologale où la nuit de la foi fait lever une folle espérance… seule elle attire le feu de l’Amour : « Dans le Cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour… ainsi, je serai tout… ainsi, mon rêve sera réalisé[2] ! »

Comment oublier ici « l’histoire de la pécheresse convertie qui est morte d’amour » : elle a tant bouleversé et confirmé Thérèse sur la voie de l’infinie Miséricorde :

« Non, personne ne pourrait m’effrayer ; car je sais à quoi m’en tenir sur son amour et sa miséricorde. Je sais que toute cette multitude d’offenses s’abîmerait en un clin d’œil, comme une goutte d’eau dans un brasier ardent !

        Il est rapporté dans la Vie des Pères du désert, que l’un d’eux convertit une pécheresse publique dont les désordres scandalisaient une contrée entière. Cette pécheresse, touchée de la grâce, suivait le saint dans le désert pour accomplir une rigoureuse pénitence, quand, la première nuit du voyage, avant même d’être rendue au lieu de sa retraite, ses liens mortels furent brisés par l’impétuosité de son repentir plein d’amour : et le solitaire vit, au même instant, son âme portée par les Anges dans le sein de Dieu…

       Voilà un exemple bien frappant de ce que je voudrais dire, mais ces choses ne peuvent s’exprimer [3]… »

      Ce témoignage fulgurant a de quoi nous surprendre et nous interroger sur les étroitesses cachées de nos cœurs dans notre quotidien trop souvent linéaire…  pour accéder au mystère de l’infinie miséricorde, notre pauvreté doit être traversée par une audacieuse et folle confiance ! Cela peut nous paraître contradictoire ; mais dans cette attente épuisante s’opère une création nouvelle et cachée où le cœur apprend à aimer en vérité comme l’enseigne Thérèse :

 « Pour aimer Jésus… il faut consentir à rester pauvre et sans force, et voilà le difficile… C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour [4] ! »

     Thérèse insiste tant sur ce « rien ». Elle sait combien, avec les meilleures intentions, notre confiance est encore trop souvent un mélange où notre moi garde secrètement le contrôle. L’esprit d’enfance n’a pas encore pénétré en profondeur car « pour attendrir Dieu il faut être vraiment pauvre. Et qu’y a-t-il de plus pauvre que d’essayer de porter sa croix sans y parvenir ? Les riches veulent bien porter leur croix à condition d’y arriver. Sinon, ils refusent parce que cela ne sert à rien. Les pauvres ne sont pas ceux qui attendent passivement comme les quiétistes. Ce sont ceux qui essaient de réussir… Au fond, c’est très « calé », mais à l’envers, un jeu de qui perd gagne. Il faut faire des efforts, épuiser ses forces, se donner totalement, faire tout ce qu’on peut, mais pour tout rater ! Non qu’on veuille rater, on essaie de réussir, mais on comprend et on accepte de mieux en mieux que nos forces soient dépensées en pure perte. Cette « pure perte » est ce qu’il y a de plus précieux aux yeux de Dieu, parce que c’est « le chant de notre amour [5] ! »

C’est sans doute ce que voulait exprimer Saint Jean Chrysostome quand il affirmait : « Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler… » Et Thérèse va jusqu’à affirmer : « T’aimer Jésus, quelle perte féconde [6] ! »

     Seule l’attente pauvre et persévérante de notre foi fera monter en nos cœurs ce gémissement de l’espérance… et laissons Thérèse nous partager son cœur intime quand elle nous confie :

     « Peut-être vas-tu croire que je fais toujours ce que je dis, oh non, je ne suis pas toujours fidèle, mais je ne me décourage jamais, je m’abandonne dans les bras de Jésus [7] ! »

 

                                                                                                              +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.231.

[2] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.226.

[3] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, p.1293.

[4] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes –  Lettre 197, p.553.

[5] Marie Dominique Molinié, Qui comprendra la Cœur de Dieu ? Saint Paul 1994, p.80.

[6] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Poésie 17,

[7] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Lettre 143, p.467.




L’Amour sait attendre – 1

« Malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin… »

Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B

 

     En ce temps béni de Noël, écouter le « chant d’amour » de Thérèse pour Jésus est tellement bénéfique pour fortifier notre espérance… car dans ce monde postmoderne où l’avenir de l’homme semble s’effacer, l’espérance a comme disparue ! On n’espère plus aller au Ciel d’en-haut que le Christ a ouvert sur la Croix. On célèbre déjà un autre ciel sur la terre : la 4° révolution industrielle où le transhumanisme ouvre une porte qui semble « fascinante autant qu’inquiétante », car elle pourrait être la fin de l’homme… Le célèbre astrophysicien Stephen Hawking s’est est inquiété :

    « Le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité ». Science fiction ou réalité ? La frontière n’a jamais été aussi mince[1]. »

Le bien-être et la satisfaction quasi immédiate qu’apporte la technologie actuelle a développé en nous un pouvoir dangereux… et Il nous faut être « délivré » de l’orgueil d’une société qui pousse à « vouloir tout, tout de suite ! » De mon portable, je peux pratiquement tout voir, tout acheter, tout communiquer ; mais dans ce déluge d’informations, de relations et de consommation, un vide nous envahit… et sans nous en rendre compte, nous perdons la beauté du regard !

       Car en vérité, celui qui aime sait attendre : la patience est la profondeur de l’Amour ! Dieu le sait et il ne brusque pas les étapes. Il a inscrit le mystère de la croissance dans sa création. L’arbre a besoin de saisons pour donner tout son fruit… Et d’ailleurs, qu’adviendrait-il de nous sans l’infinie patience de Dieu ? L’Amour sait nous attendre et cela s’appelle la Miséricorde !

Avec le poids de l’expérience, Saint Pierre nous prévient en ce sens :

« Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers nous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. Il viendra, le jour du Seigneur, comme un voleur… » (2 P 3,9-10)

En effet, le temps est une durée qui exprime la miséricorde : qu’en serait-il de nous si nous devions paraître « maintenant » devant notre Dieu ? Laissons ici « la plus grande Sainte des temps modernes [2] » parler à notre cœur : parce qu’elle avait un désir fou d’aimer Jésus et de sauver  les âmes, « petite Thérèse » a su attendre avec confiance ! A travers le symbole du « petit oiseau », elle nous révèle un autre aspect de la voie d’enfance évangélique. Etre petit, c’est aussi ne pas se lasser d’espérer en attendant tout du « Soleil de l’amour »…

A travers un langage qui peut paraître puéril à certains, une profonde sagesse issue de l’Evangile se déploie ici car la Révélation qui resplendit dans le Fils porte un redoutable secret : le Père l’a cachée « aux sages et aux savants », mais l’a « révélée aux tout petits ! » (Mt 11,25). Thérèse, la dite « Petite », en est un immense témoin pour notre époque et il nous faut décrypter en profondeur son message. Laissons résonner son chant d’amour en nos cœurs et nous nous reconnaîtrons :

« Je me considère comme un faible petit oiseau… Je ne suis pas un aigle, j’en ai simplement les yeux et le cœur car malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin, le Soleil de l’amour… Le petit oiseau voudrait bien voler vers ce brillant Soleil mais s’envoler, cela n’est pas en son petit pouvoir ! Que va-t-il devenir ? Mourir de chagrin en se voyant aussi impuissant ? Non ! Le petit oiseau ne va même pas s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son divin Soleil… Rien ne saurait l’effrayer, ni le vent, ni la pluie… Il sait que par-delà les nuages, son Soleil brille toujours[3] ! »    

                                                                                  +Marie-Mickaël                                   

[1] Antoine Pasquier, Le transhumanisme ou la tentation de l’homme parfait, Famille chrétienne, n° 1926, 2014.

[2] Expression prophétique du Pape Saint Pie X.

[3] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.229-231.




Saint Jean – le Théologien 2

« Fortifie nos cœurs dans la profondeur du silence marial…

Toi qui fût le premier des Apôtres à croire à la Résurrection… (Jn 20,8)

Affermis nos cœurs dans la foi en Jésus Ressuscité et Vivant ! (Jn 20,29 / 21,7)

 

     Jean a été l’Apôtre qui s’est vite rapproché de la Vierge Marie dans une communion par « silence de regard »très tôt, Il a croisé, admiré et contemplé « le regard de la Mère » dans la profondeur de son silence d’amour… Il a comme été emporté par Elle à la suite du Christ à travers l’humble puissance cachée de son Cœur Immaculé : et il est ainsi le seul Apôtre présent au pied de la Croix ! Son cœur était déjà enfoui en celui de la Mère de Dieu…

Voilà pourquoi Jésus le lui confirme du haut de la Croix : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,28) Et qu’il confirme à Marie, sa Mère, que Jean est « son premier enfant » dans le mystère du temps de l’Eglise qui commence : « Femme, voici ton Fils ! » (Jn 19,26). En employant le terme décisif de « Femme », comme déjà à Cana, (Jn 2,4), sa Parole créatrice de Fils de Dieu « ouvre » le Cœur de Marie à une tendresse maternelle universelle qui s’exercera dans le temps sur tous et chacun à la fois : la « Femme » de l’Apocalypse (Ap 12,1)  qui est la Mère de Dieu devient Ma Mère !

      Le Pape Saint Jean-Paul II l’a magnifiquement contemplé et annoncé  lors d’une homélie à Fatima :

« Depuis le temps où Jésus, en mourant sur la Croix, a dit à Jean : « Voici ta Mère !… » Depuis le temps où le disciple la prit « chez lui », le mystère de la maternité spirituelle de Marie a eu son accomplissement dans l’histoire avec une ampleur sans limites… car lorsque Jésus dit sur la Croix : « Femme, voici ton Fils ! » Il ouvrit d’une manière nouvelle le Cœur de sa Mère… Marie est Mère de tous les hommes et son empressement pour la vie de l’homme est de portée universelle[1]… »

    Ainsi donc, quand du haut de la Croix, le Christ fait de sa Mère « notre Mère », cela la lie à jamais au mystère de l’Eglise à travers le temps… l’Eglise des fidèles mais aussi l’Eglise hors les murs : Marie reçoit de son Fils la mission de veiller maternellement sur tous les hommes et chaque homme en particulier pour les protéger et les conduire vers son Fils Sauveur. Elle est le visage maternel de l’Esprit-Saint qui offre en douceur la puissance du salut ! Qui comprendra la silencieuse et inépuisable tendresse du Cœur de la Mère ?

Ecoutons à nouveau Saint Jean-Paul II : « Dans le Christ, au pied de la Croix, elle a accepté Jean, et elle a accepté tout homme et tout l’homme ! Marie les embrasse avec une sollicitude particulière dans l’Esprit-Saint. C’est Lui, en effet, comme nous le professons dans le Credo qui « donne la vie » ! C’est Lui qui donne la plénitude de la vie ouverte vers l’éternité. La maternité de Marie est donc une participation à la puissance de l’Esprit [2]… »

    Alors, très tôt attentif et silencieusement attiré par la présence de la Mère de Jésus ; Saint Jean l’a suivie dans  la plénitude de sa foi… et c’est pourquoi il est le premier, après Marie, à croire à la Résurrection du Christ : on se souvient de sa course rapide où il devance Saint Pierre vers le tombeau de Jésus ( Jn 20,3-9) mais entre après lui. Et devant les signes du suaire, « roulé à part à sa place » et des linges, « posés à plat »… Saint Jean devine que les Anges sont passés par là et que Jésus est vivant ! Et c’est pourquoi « il vit et il crut » (Jn 20,8). Car « il a expérimenté que tout était signe dans la vie et la mort de Jésus… et cela l’a persuadé qu’il était nécessaire d’aller au-delà des apparences afin de percer son mystère[3] ! » Tel est le regard contemplatif de Jean dans sa foi…

Enfin, nous demandons à Saint Jean de le suivre sur les chemins de sa foi profonde : « Affermis nos cœurs dans la foi en Jésus ressuscité et vivant ! » Cela signifie que notre foi doit devenir de plus en plus ferme, forte et lumineuse… et elle ne se laissera pas engloutir par les épreuves imprévues de la vie ! Et elle traversera chaque nuit comme « un lieu de naissance » qui rapproche du Ciel… car Jésus l’a proclamé : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » (Jn 20,29). Et sous un certain angle, nous sommes donc plus heureux que les Apôtres.

D’autre part, les Pères de l’Eglise remarquent souvent que les Apôtres n’ont pas été « à l’abri du doute ». Saint Cyrille d’Alexandrie en témoigne clairement sur l’Evangile de Jean qui rapporte la forte incrédulité de Saint Thomas :

« On nous rapporte que Thomas fut le seul à dire : « Si je n’avance pas mes mains, si je ne vois pas la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » (Jn 20,25). Mais le péché de l’infidélité était en quelque sorte commun à tous, et nous ne constatons pas que l’esprit des autres disciples ait été à l’abri du doute, bien qu’ils aient tous dit : « Nous avons vu le Seigneur ! » (Jn 20,25). Saint Luc écrit à leur sujet : « Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement ! » (Lc 24,41)… Vous voyez comment la pensée incrédule n’a pas son siège chez Thomas seulement, mais que le cœur des autres disciples souffrait de la même maladie…

       Celui qui n’a pas vu, mais qui accueille et tient pour vrai ce que l’initiateur aux mystères lui a dit à l’oreille, honore d’une foi remarquable ce que son Maître lui a proclamé. Par conséquent, on appelle bienheureux tous ceux qui ont cru grâce à la parole des Apôtres, eux qui ont été les témoins oculaires des grands actions du Christ [4]… »

      La foi qui fait confiance « sans avoir vu » est le merveilleux héritage des chrétiens dans le temps de l’Eglise… et c’est un trésor sans fond qui faisait dire à Sainte Elisabeth de la Trinité :

« Que je sois toute disponible, toute éveillée dans la foi, afin que le Maître puisse m’emporter partout où Il voudra [5]… »

 

                                                                                         +Marie-Mickaël

 

[1] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[2] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[3] Jean-Michel Castaing, Site internet Aleteia, 12 avril 2020.

[4] Saint Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’Evangile de Jean.

[5] Sainte Elisabeth de la Trinité, Lettre 165.




Marie Corédemptrice : la Note vaticane qui efface trois siècles de Magistère

Tribune Chrétienne, 8 décembre 2025, par Quentin Finelli
Une association mariale internationale, regroupant cardinaux, évêques, théologiens et laïcs, publie un vaste document pour répondre à la Note du Dicastère pour la Doctrine de la Foi sur les titres de Marie. Selon eux, la nouvelle position vaticane sur la Corédemption et la Médiation, si elle n’est pas clarifiée, risque d’effacer trois siècles d’enseignement papal et d’affaiblir la confiance des fidèles

Depuis la publication de Mater Populi Fidelis, un malaise a gagné de nombreux fidèles. Comment un titre marial utilisé par des papes, des saints et des mystiques pourrait-il soudainement devenir inconvenant ou inapproprié ? Face à ce climat de confusion, l’Association mariale internationale a décidé de répondre, invoquant le droit et parfois le devoir des fidèles de manifester leur pensée pour le bien de l’Église. Le média italien Bussola a présenté aujourd’hui le document de sa Commission théologique, qui analyse ce que la Note du Dicastère pour la Doctrine de la Foi a provoqué d’inquiétude et de perplexité.

La loi de l’Église rappelle en effet que chaque fidèle peut et parfois doit faire connaître son avis aux pasteurs, dans le respect de la foi et de la dignité de chacun. C’est à partir de ce principe que la Commission théologique de l’International Marian Association, composée d’une quarantaine de membres, a publié un texte destiné à éclairer et corriger certains points de Mater Populi Fidelis. Leur propos n’est ni polémique ni émotionnel, mais s’appuie sur une démarche de continuité et de fidélité à l’enseignement constant du Magistère.

Au cœur du débat se trouve la manière dont la Note du DDF qualifie le titre de Corédemptrice. Dans les versions italienne, anglaise et allemande, il est dit « toujours inapproprié ». Dans les versions française, espagnole et portugaise, « toujours inopportun ». Cette divergence n’est pas anecdotique.

Dire qu’un titre est inopportun, c’est le juger pastoralement risqué. Dire qu’il est inapproprié, c’est le considérer impropre ou doctrinalement erroné. Si ce titre est « toujours » inapproprié, alors ceux qui l’ont utilisé – Léon XIII, Pie XI, Jean-Paul II, mais aussi Padre Pio, Maximilien Kolbe ou sœur Lucie de Fatima – auraient agi de manière imprudente. Cette simple conséquence interroge. Comment expliquer qu’un langage pontifical répété pendant des siècles devienne soudainement fautif ?

Le texte de l’Association rappelle donc que Pie XI expliquait publiquement pourquoi Marie pouvait être invoquée comme Corédemptrice, car elle a donné le Sauveur et s’est associée à son sacrifice jusque sous la Croix. Jean-Paul II, lui aussi, a indiqué que Marie a accepté et assisté au sacrifice de son Fils et que son rôle ne s’est pas arrêté au Calvaire. Le problème soulevé est simple: la Note vaticane ne nie pas que Marie ait un rôle unique, mais elle ne dit jamais que ce rôle est redempteur. Elle omet également de citer Lumen Gentium 58, pourtant l’un des passages les plus nets sur l’union de Marie au sacrifice de son Fils, où elle consent amoureusement à l’immolation de la victime qu’elle avait engendrée. Cette absence est remarquable, car ignorer un texte conciliaire aussi central modifie la perception doctrinale.L’analyse se poursuit sur le titre de Médiatrice de toutes les grâces. La Note préfère réduire la médiation maternelle de Marie à une simple intercession. Or, douze papes, depuis le XVIIIe siècle jusqu’à François, ont parlé de Marie comme Médiatrice ou Dispensatrice de toutes les grâces. Plusieurs enseignements de haut niveau l’énoncent explicitement.

Le fait que la Note les passe sous silence crée un déséquilibre. Il ne s’agit pas ici d’une spéculation marginale, mais d’un enseignement ordinaire, réitéré, parfois sous forme liturgique, puisque Benoît XV a approuvé une fête de Marie Médiatrice de toutes les grâces.

Une difficulté provient d’une confusion entre source et instrument. Seul Dieu donne la grâce, mais cela n’exclut pas que Dieu se serve de médiations secondaires.

Les sacrements sont déjà ainsi compris. Saint Thomas d’Aquin l’enseigne. Si Dieu peut communiquer la grâce par le baptême ou l’eucharistie, il peut le faire aussi à travers la maternité spirituelle de Marie. La Note du DDF craint que Marie devienne un intermédiaire parallèle qui ferait écran entre Dieu et les âmes. L’Association répond que la causalité instrumentale ne concurrence pas la causalité première. Elle la présuppose. Le Christ reste l’unique Médiateur. Mais Dieu a choisi d’associer Marie à son œuvre. Le refus de reconnaître cette causalité secondaire appauvrit le mystère de la grâce et réduit la maternité spirituelle de Marie à un simple encouragement moral.Cette réduction est précisément ce que le document met en évidence. Marie ne se limite pas à prier pour nous. Selon Paul VI, dans Signum Magnum, elle coopère à la naissance et au développement de la vie divine dans les âmes. Cette vérité, dit-il, doit être tenue par la foi par tous les chrétiens. Cela dépasse largement la seule intercession.

Il s’agit d’une véritable maternité spirituelle qui englobe la conception, la naissance et la croissance des âmes dans la vie de Dieu. La Note, en n’évoquant que la disposition ou l’intercession, passe à côté de cette dimension doctrinale.

Enfin, la Commission évoque les conséquences pastorales. Ce sont elles qui inquiètent le plus. Les pratiques les plus aimées du peuple chrétien – Rosaire, Scapulaire, consécration à la Vierge – reposent sur la réalité de la médiation et de la corédemption. La Legio Mariae, présente dans le monde entier, en fait explicitement usage. Si des titres longtemps enseignés par les papes sont désormais présentés comme inappropriés, comment demander aux fidèles de continuer à faire confiance au Magistère ? La question n’est pas rhétorique. Elle touche à la crédibilité de l’autorité doctrinale. Un changement si brusque risque de créer de la confusion et de la défiance.Ainsi, le document de l’Association mariale internationale ne conteste pas l’autorité de l’Église. Il demande une clarification. Il rappelle des enseignements constants. Il souligne des omissions significatives. Il défend une herméneutique de continuité, celle que Benoît XVI a souvent recommandée. L’intention n’est pas d’opposer la piété populaire au discernement théologique, mais de préserver la cohérence.

En définitive, la question posée est simple et grave: peut-on qualifier d’inapproprié ce que l’Église a enseigné, prié et célébré pendant des siècles, ou faut-il au contraire en approfondir la compréhension ?

Ce document répond par la seconde option. Il appelle non à la polémique, mais à la fidélité. Il s’appuie sur les papes, sur le Concile, sur l’histoire. Il montre que la doctrine mariale n’a pas besoin d’être réécrite, mais rendue visible dans toute sa richesse. La confiance des fidèles dépend de cette continuité, car ce qui touche à Marie touche aussi à l’image que l’Église donne d’elle-même. Une tradition ouverte au discernement, mais fidèle à son langage, reste une source de lumière. C’est cette lumière que le texte cherche à raviver.




Saint Jean, le Théologien – 1

O Saint Jean, le Théologien…

Toi qui as sondé les indicibles mystères du « Verbe fait chair »… (Jn 1,14)

Toi qui as tant écouté le Cœur attentif de la Vierge

où s’est enfoui l’Evangile du Sauveur… (Lc 2,19 / Lc 2,51 / Jn 2,1-5)

 

L’Eglise va bientôt fêter Saint Jean Apôtre le 27 décembre. C’est l’occasion de continuer à « méditer » une de nos prières quotidiennes à l’Apôtre bien-aimé, celle de chaque mardi. Elle commence par l’affirmation qui le caractérise : « O Saint Jean, le Théologien ! »

A travers la Tradition, on a vite remarqué que son annonce de l’Evangile du Christ n’était pas seulement narrative ou pédagogique, mais aussi profondément théologique. C’est l’Evangile spirituel par excellence ! Il nous a fait entrer dans les mystères du Dieu fait homme d’une manière inédite dés son prologue :

« Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.

       Il était au commencement tourné vers Dieu.

       Tout fut par Lui et sans Lui rien ne fut.

       De tout être Il était la vie et la vie était la lumière des hommes…

       Et le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous,

       et nous avons vu sa gloire,

       gloire qu’Il tient de son Père comme Fils unique,

       plein de grâce et de vérité. » (Jn 1,1-4 / 1,14)

Pour nous faire saisir le mystère inouï qui a traversé la vie de Jean, Origène, dès le 3° siècle a écrit dans un commentaire : « Il faut oser dire que, de toutes les Ecritures, les Evangiles sont les prémices et que, parmi les Evangiles, les prémices sont celui de Jean… dont nul ne peut saisir le sens s’il n’a reposé sur la poitrine de Jésus et n’a reçu de Jésus Marie pour Mère[1] ! »

     Saint Thomas d’Aquin écrira aussi admirablement sur celui qui est l’aigle parmi les évangélistes : « Le symbole de Jean est l’aigle. Voici pourquoi : les trois autres évangélistes se sont occupés de ce que le Christ a accompli dans la chair… Jean, lui, volant comme un aigle au-dessus des nuages de la faiblesse humaine, contemple la lumière de l’immuable Vérité avec les yeux du cœur, du regard le plus pénétrant… Attentif à la divinité même de notre Seigneur Jésus-Christ par laquelle il est égal au Père… Le privilège de Jean fut d’être parmi tous les disciples du Seigneur, celui qui fut le plus aimé du Christ : Jean fut en effet « le disciple que Jésus aimait » (Jn 21,20) comme lui-même l’a dit sans se nommer. Le Christ a donc révélé ses secrets de façon toute spéciale à ce disciple très spécialement aimé[2]… »

« Toi qui as sondé les indicibles mystères du « Verbe fait chair… » (Jn 1,14)

C’est la seconde affirmation sur l’Apôtre bien-aimé : après l’avoir quelque peu contemplé dans son altitude d’Aigle comme « Théologien » incomparable, nous sommes invités ici à entrer dans sa vision de Dieu fait homme : « Et le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous… » Jean nous ouvre ici la porte de l’insondable mystère où le Verbe qui  était éternellement « tourné vers Dieu » s’est, par un incompréhensible amour, « tourné vers les hommes » !

      Ainsi, mon Créateur et mon Sauveur est venu jusqu’à moi dans un visage d’homme… c’est le plus grand mystère de toute l’histoire humaine : voilà pourquoi elle est classée entre « avant et après Jésus-Christ ! » Car Il est venu bouleverser notre monde en envoyant l’Esprit d’amour qui conduit l’Eglise à travers les remous du monde pécheur et l’adversité du démon. Et Saint Jean nous a clairement prévenus sur l’ennemi de Dieu qui met tant de confusion dans le monde actuel. Retenons sa mise en garde pour fortifier la vigilance de notre foi :

« A ceci nous savons qu’Il demeure en nous : à l’Esprit qu’Il nous a donné…

       Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits

       pour voir s’ils viennent de Dieu,

       car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde !

       A ceci reconnaissez l’Esprit de Dieu :

       tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu ;

       et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu ;

       c’est là l’esprit de l’Antichrist !

       Vous avez entendu qu’il allait venir…

       Et dés maintenant, il est déjà dans le monde…

       Mais Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde ! »

                                                       (1 Jn 3,34 / 4,1-4)

    Pour rester fidèle à la vraie foi au mystère du Christ à la suite de Saint Jean, Origène affirmait plus haut qu’il faut s’approcher et reposer sur « la poitrine de Jésus »… Là, on entend  battre le Cœur de l’infinie tendresse de Dieu ! Telle est La découverte toujours nouvelle de l’Amour de Jésus dont le mystère insondable retentit dans la vie des Saints : ne sont-ils pas beaux d’une Lumière qui n’est pas de ce monde, mais resplendit au cœur de ce monde ? Ne sont-ils pas l’avenir de l’humanité ?

C’est pourquoi un Saint Bernard nous invite à découvrir ce Dieu qui, toujours, s’offre à nous et fait naître les Saints et Saintes de tous les temps :

« Le nom de Jésus n’est pas seulement une lumière, c’est aussi un aliment. Jésus est miel à la bouche, mélodie à l’oreille, Jubilation au cœur ! Mais il est aussi un remède. Quelqu’un de nous est-il triste ? Que le nom de Jésus vienne en son cœur et de là bondisse à ses lèvres… et voici qu’à l’aurore de ce nom, tout nuage s’enfuit, la sérénité revient[3] ! »

    La seconde affirmation d’Origène : « Et n’a reçu de Jésus, Marie pour Mère… » Nous ouvre au mystère de celle, immense, qui s’est dite « Servante du Seigneur » (Lc 1,38). Car, dans la contemplation de sa foi, Origène a bien saisi que le mystère de Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes est un des grands dons du Cœur de Dieu ouvert sur la Croix…  le « Voici ta Mère ! » résonnera dans l’histoire du monde à travers le mystère de l’Eglise… et comme l’affirme le Concile Vatican II : la Vierge Marie est « Celle qui occupe dans la Sainte Eglise la place la plus élevée au dessous du Christ[4] et nous est toute proche[5]… »

                                                                                                          +Marie-Mickaël

 

 

[1] Origène, Commentaire sur Saint Jean, Livre I,23.

[2] Saint Thomas d’Aquin (1225-1274), Commentaire sur l’Evangile de Jean, Prologue de Saint Thomas, Tome I,11.

[3] Saint Bernard, Homélie sur le Cantique des Cantiques, 15,6 – Patrologie Latine 183-847.

[4] Et l’on pourrait préciser : « aux côtés du Christ ! »

[5] Concile Vatican II, Lumen gentium, 54.




L’Avent silencieux du cœur… avec Sainte Elisabeth de la Trinité !

« Voici le saint temps de l’Avent… c’est tout spécialement celui des âmes intérieures,

de celles qui vivent sans cesse cachées en Dieu avec Jésus-Christ ! »

Elisabeth de la Trinité, Lettre 250

 

Elisabeth de la Trinité et sa soeur Marguerite

 

      Nous voici arrivé dans la plénitude de l’Avent, à quelques jours de l’indicible jour de Noël : joie si douce où la plus belle des femmes nous offre le Sauveur, sous le regard unique de Joseph le silencieux… et durant ces derniers jours, l’Eglise plonge dans une plénitude de silence contemplatif ! Quelles que soient nos activités, orientons notre attente vers l’Enfant Dieu caché dans le sein de Marie… car, comme le remarque Sainte Faustine : « Le cœur pur, Seigneur, te pressent de loin ! » Certes, nous sommes tous des pécheurs au cœur lourd et si dispersé ; mais si nous nous tournons vers la « pleine de grâce », nous deviendrons si « attentifs » au Mystère de Dieu que nous découvrirons l’indicible sourire de son Visage d’Enfant…

Supplions le Ciel de ne jamais nous « habituer » au plus grand évènement caché de l’histoire des hommes ! Au début de sa première Epitre qui renvoie au Prologue de son Evangile, Saint Jean en témoigne dans une contemplation unique où s’ouvre le Ciel sur la terre :

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie ; car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue ! » (1 Jn 1,1-2).

 

A la suite des Apôtres et à travers son immense cohorte de ses Saints connus ou cachés, l’Eglise est intarissable sur le sujet : elle est à jamais traversée par « la Tendresse » de ce Dieu qui nous aimé jusqu’à se laisser voir, toucher et entendre en notre humanité ! Et c’est pourquoi elle ne cesse de proclamer sa joie et sa contemplation de l’Eternel qui s’est fait pour nous si petit… Telle est désormais le mystère qui ravit le Ciel et la terre ! Et pour y pénétrer, écoutons une Sainte Elisabeth de la Trinité qui nous invite à entrer « en l’âme et l’amour de la Vierge » :

« Voici le saint temps de l’Avent, il me semble que c’est tout spécialement celui des âmes intérieures, de celles qui vivent sans cesse et à travers tout « cachées en Dieu avec Jésus-Christ » (Col 3,3) au centre d’elles-mêmes… et dans l’attente du grand Mystère, j’aime approfondir ce beau psaume 18 : « Il a placé son pavillon dans le soleil et cet astre, semblable à un jeune époux qui sort de sa couche, s’est élancé comme un géant pour parcourir sa carrière ; il est sorti de l’extrémité du ciel, sa révolution s’est faite jusqu’à l’autre extrémité ; et nul ne se dérobe à sa chaleur…

Penses-tu ce que ce devait être en l’âme de la Vierge, lorsqu’après l’Incarnation elle possédait en Elle le Verbe Incarné… en quel silence, quel recueillement, quelle adoration elle devait s’ensevelir au fond de son âme pour étreindre ce Dieu dont elle était Mère… »

 

Et, dans cette lettre à sa sœur, Elisabeth conclut par une invitation où se déploie point par point toute l’orientation de l’Avent : « Ma petite Guite, Il est en nous. Oh ! Tenons-nous tout près de Lui, en ce silence, avec cet amour de la Vierge ; c’est comme cela que nous passerons l’Avent [1] »  Alors, en ces derniers jours avant la naissance du Messie, méditons ses conseils spirituels si simples et si précieux :

Première affirmation qui lui est la plus chère car elle orientera en profondeur toute sa vie de foi : « Il est en nous !… » Cette réalité de l’inhabitation du Christ en nos cœurs par l’état de grâce est le mystère qui a traversé toute sa vie. Et dans le monde actuel sursaturé d’images, de bruits et d’informations, il est urgent de protéger le « ciel de notre âme » en vivant les sacrements et en priant silencieusement  Celui qui est caché au fond de notre cœur.

Elisabeth carmélite avait ces paroles uniques pour sa sœur Guite tant aimée, mère de famille et grande contemplative : « Je viens causer avec toi, sous le regard de Celui que nous aimons. J’ai pris une grande feuille car, lorsque je suis avec ma Guite, il vient tant de choses sous ma plume… tu sais, j’aime tant quand tu me permets d’entrer en ton Ciel, en celui que l’Esprit Saint crée en toi… Toi qui es mère et qui sait quelles profondeurs le bon Dieu a mises en ton cœur pour tes enfants, tu peux saisir la grandeur de ce mystère…

Oh ! ma Guite, ce Ciel, cette maison de notre Père, il est au centre de notre âme ! Comme tu le verras dans Saint Jean de la Croix, lorsque nous sommes en notre centre le plus profond, nous sommes en Dieu[2]! N’est-ce pas que c’est simple et consolant ? A travers tout, parmi tes sollicitudes maternelles, tandis que tu es toute aux petits anges, tu peux te retirer en cette solitude pour te livrer à l’Esprit Saint afin qu’Il te transforme en Dieu, qu’Il imprime en ton âme l’Image de la beauté divine, afin que le Père en se penchant sur toi ne voie plus que son Christ…

Oh, petite sœur, au Ciel je me réjouirai en voyant paraître mon Christ si beau en ton âme !… en attendant, « croyons à l’amour » avec Saint Jean (1 Jn 4,16)… et attendons dans la foi[3] ! »

Ici, comme dans tant de lettres, quelle démocratisation de la contemplation : sous la plume d’Elisabeth, elle n’est plus réservée au monde des monastères, mais offerte à toute vocation laïque en plein monde…

Deuxième affirmation : « Oh ! Tenons-nous près de Lui, en ce silence… » C’est ici l’attitude simple et contemplative qui a traversé peu à peu toute la vie d’Elisabeth : pour elle, le silence est le signe majeur de l’amour et elle vient nous poser une question majeure :

« N’avez-vous pas cette passion de l’écouter ? Parfois, c’est si fort ce besoin de se taire[4]… »

« Je vous donne rendez-vous en l’Infini de Dieu, en sa Charité : voulez-vous que ce soit le désert où, avec notre divin Epoux, nous allons vivre en une profonde solitude, puisque c’est dans cette solitude qu’Il parle au cœur[5]… »

     Troisième affirmation : « Avec cet amour de la Vierge… » Elisabeth nous invite ici à entrer dans le silence d’amour de la Mère de Dieu car pour elle, « l’attitude de la Vierge durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre au-dedans, au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par Elle[6] ! »

Ainsi, Elisabeth conclut en nous invitant à la suivre : « C’est comme cela que nous passerons l’Avent ! » Nous voici donc éclairés pour réveiller et orienter notre cœur en cette fin du temps béni de l’Avent. En ce monde au bord du gouffre, il est si urgent de nous préparer à la joie unique de Noël où, à travers les bras de Marie, l’Enfant-Dieu s’offre à nous avec une tendresse qui n’est pas de ce monde…

                                                                                                 +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Cerf 1991, Lettre 250 et Lettre 183.

[2] Référence Saint Jean de la Croix dans Vive flamme d’amour 465, strophe 1, verset 3. On peut donc déduire qu’Elisabeth a prêté son livre à Guite.

[3] Elisabeth de la Trinité, Lettre 239.

[4] Elisabeth de la Trinité, Lettre 158

[5] Elisabeth de la Trinité, Lettre 156.

[6] Elisabeth de la Trinité, Le Ciel dans la foi, 40.




L’Église vient de Marie

« Le mystère de la Vierge est le premier contrecoup du mystère de l’Incarnation. Il en va du mystère de la Vierge comme lorsque l’on jette une pierre dans l’eau : il se produit une première onde qui sera la cause de toutes les autres. Ce premier cercle concentrique, c’est la Vierge Marie par rapport à l’Incarnation. Et les ondes vont continuer jusqu’à la fin des temps, et ce sera l’Église. »

Cardinal Charles Journet (1) – Entretiens sur Marie – ed Parole et Silence 2001

(1) Charles Journet, (1891-1975) est un théologien catholique suisse d’expression francophone. Créé cardinal par le pape Paul VI en 1965, il a joué un rôle déterminant au concile de Vatican II, notamment dans la rédaction de la constitution Gaudium et Spes.




L’indicible bonheur du Ciel ! (2)

« Jésus dit alors : « Laissez les petit enfants venir à moi ;

car le Royaume des Cieux appartient à ceux qui sont comme eux… »

Matthieu 19,14

 

« La communion des saints est précisément l’Eglise…

Puisque tous les croyants forment un seul corps,

le bien des uns est communiqué aux autres… »

Catéchisme de l’Eglise Catholique, 946-947

        Juste avant de quitter la terre, Sainte Faustine a une parole prophétique qui demeure toujours si actuelle en cette fin des temps agitée : « Je sens bien que ma mission ne finira pas à ma mort mais qu’elle commencera alors… O âmes qui doutez, je soulèverai le voile du Ciel pour vous convaincre de la bonté de Dieu, pour que vous ne blessiez plus par votre incrédulité le très doux Cœur de Jésus ! Dieu est Amour et Miséricorde [1] ! »

« O âmes qui doutez, je soulèverai le voile du Ciel pour vous convaincre de la bonté de Dieu ! » A travers l’audace folle de Sainte Faustine, prophète de la Miséricorde, c’est une parole prophétique étonnante qui laisse deviner « l’urgence du temps » dans lequel nous vivons… et d’autant plus la «hâte éperdue» du Cœur de Jésus de ramener vers le Père, comme dans l’Evangile, tous ses enfants perdus : « Va-t-en par les chemins… et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse ! » (Lc 14,23). Ne sommes-nous pas arrivés à ce moment de l’histoire du salut où cette Parole de Dieu va se réaliser en plénitude ? Oui, sans aucun doute, et nous y reviendrons en début 2026…

Cela rejoint aussi l’autre annonce prophétique phénoménale de Sainte petite Thérèse sur le grand combat eschatologique qu’elle mènera jusqu’à la fin du monde :

« Je sens que je vais entrer dans le repos… Mais je sens surtout que ma mission va commencer, ma mission de faire aimer le bon Dieu comme je l’aime, de donner ma petite voie aux âmes… Si le bon Dieu exauce mes désirs, mon Ciel se passera sur la terre jusqu’à la fin du monde. Oui, je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre. Ce n’est pas impossible, puisqu’au sein même de la vision béatifique, les Anges veillent sur nous ! »

Quel sens étonnant du Ciel chez Thérèse où l’amour des pauvres à sauver demeure si fort ! Si bien que son Ciel devient « missionnaire » jusqu’à ce que le nombre des élus soit complet :

« Je ne puis pas me faire une fête de jouir, je ne peux pas me reposer tant qu’il y aura des âmes à sauver… Mais lorsque l’Ange aura dit : « Le temps n’est plus ! » Alors je me reposerai, je pourrai jouir, parce que le nombre des élus sera complet et que tous seront entrés dans la joie et dans le repos. Mon cœur tressaille de joie à cette pensée [2]… »

Il existe en effet une mystérieuse « Communion » de l’Eglise du Ciel et de la terre comme l’affirme clairement le catéchisme de l’Eglise Catholique : « Etant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du Ciel contribuent à affermir plus solidement l’Eglise en sainteté… Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus… Ainsi, leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité[3]. »

Habité par cette certitude de la « communion de tous » en Eglise, Saint Dominique consolait ses frères juste avant son départ pour le Ciel : « Ne pleurez pas, je vous serez plus utile après ma mort et je vous aiderai plus efficacement que pendant ma vie[4] ! » Ainsi, la forte intuition de Petite Thérèse sur sa mission céleste jusqu’à la fin des temps est confirmée : « Je sens que ma mission va commencer… mon Ciel se passera sur la terre jusqu’à la fin du monde ! »

Ainsi, la « communion des saints » est une merveilleuse réalité dans la foi de l’Eglise comme l’affirme le Concile Vatican II repris par le Catéchisme : « Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du Ciel, tous ensemble formant une seule Eglise, et nous croyons que dans cette communion l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières [5]. »

Evidemment, si dans le mystère de la foi la communion est « réelle » entre l’Eglise du Ciel et de la terre ; la réalité et le vécu du Ciel demeure un au-delà de toute représentation… Saint Augustin s’est bien sûr posé la question : « Que me réserves-tu dans le Ciel ? Qu’est-ce qui m’attend là-haut ? La vie éternelle, la royauté avec le Christ, la société des Anges. Là, plus de trouble, plus d’ignorance, plus de dangers, plus de tentations… La vraie, la certaine, l’immuable sécurité[6] ! Là, nous n’aurons d’autres désirs que d’y rester éternellement… »

Pourtant, certains ont fait, sur terre, l’expérience inédite du Ciel… comment oublier ici le témoignage de Saint Paul qu’il faut relire en entier : il fût « ravi jusqu’au Paradis…et entendit des paroles ineffables, qu’il n’est pas permis à un homme de redire ! » (2 Co 12,1-10). Et au début du livre de l’Apocalypse, sur l’île de Patmos, Saint Jean rapporte une « vision » splendide du Fils de l’homme : « Son Visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat !… A sa vue, je tombai à ses pieds, comme mort ; mais Lui me toucha de sa main droite en disant : « Ne crins rien, c’est moi, le Premier et le Dernier, le Vivant ; j’ai été mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clef de la Mort et de l’Hadès. Ecris donc tes visions : le présent et ce qui doit arriver plus tard… » (Ap 1,9-19).

Alors, pour conclure en revenant à notre vie ordinaire où se cache l’extraordinaire Présence de Dieu… à nous de trouver déjà « notre Ciel sur la terre » comme nous y invite la si étonnante et ravissante Elisabeth de la Trinité :

« Vivons avec Dieu comme avec un Ami, rendons notre foi vivante pour communier à Lui à travers tout, c’est ce qui fait les Saints. Nous portons notre Ciel en nous puisque Celui qui rassasies les glorifiés dans la lumière de la vision se donne à nous dans la foi et le mystère, c’est le Même ! Il me semble que j’ai trouvé mon Ciel sur la terre… Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé pour moi et je voudrais dire ce secret tous bas à ceux que j’aime[7]… »

Ainsi, dans l’obscurité de la foi, l’indicible bonheur du Ciel est déjà là, caché en nos cœurs… et nous savons qu’un jour, nous le « verrons » car nous ne sommes nés que pour « voir Dieu ! »

 

+Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Faustine, Le petit journal, n° 281.

[2] Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Œuvres complètes, Derniers entretiens, 17 juillet 1897, Cerf-DDB 1992, p.1050.

[3] Catéchisme de l’Église Catholique, n° 956.

[4] Voir Jourdain de Saxe, lib.93.

[5] Lumen Gentium, 50 cité dans le Catéchisme de l’Eglise catholique n° 962.

[6] Saint Augustin, Sermon 19,5.

[7] Sainte Elisabeth de la Trinité, Lettre 122.




L’indicible bonheur du Ciel ! (1)

« Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton Royaume ! »

Il lui répondit : « En vérité, je te le dis,

dès aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis ! »

Lc 23,42-43

 

« Le cœur en haut et du ciel plein les yeux !… Vivons dans le Ciel de notre âme… »

Sainte Elisabeth de la Trinité, Poésie 83 et Lettre 210

 

          Parmi tant de Saints, la jeune Elisabeth de la Trinité pourrait être celle qui a exprimé le mieux que le Ciel est déjà là, au plus profond de notre âme… Dans sa splendide prière à la Trinité, elle en témoigne avec une telle densité :

« O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité ! Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous… mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que sois là tout entière, toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre Action créatrice[1]… »                                                   

Il faut remarquer ici le « comme si déjà mon âme était dans l’éternité » : cela signifie que pour elle, dans l’obscurité de la foi, notre âme fait déjà l’expérience de l’infini bonheur du Ciel… car Dieu est là, caché mais si présent au fond de nos cœurs ! D’ailleurs, dans une lettre intime à Françoise de Sourdon, une jeune pleine de vie, Elisabeth dévoile, avec une telle liberté,  le secret du vrai bonheur :

« Oh, ma chérie, que l’on est heureux quand on vit dans l’intimité avec le bon Dieu, quand on fait de sa vie un cœur à cœur, un échange d’amour, quand on sait trouver le Maître au fond de son âme. Alors, on n’est plus jamais seul… Vois-tu, ma Framboise, il faut lui donner sa place dans ta vie, dans ton cœur qu’il a fait si aimant, si passionné. Oh ! si tu savais comme Il est bon, comme Il est tout Amour ! Je lui demande de se révéler à ton âme, d’être l’Ami que tu saches toujours trouver, alors tout s’illumine et c’est si bon de vivre[2] ! »

En effet, si déjà sur terre on peut avoir un tel bonheur de vivre « le Ciel dans la foi », on pressent quelque peu au fond de nos cœurs ce que sera l’infini bonheur du Ciel ! Or la foi de l’Eglise l’affirme : nous sommes nés pour « voir Dieu »… et « le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu ; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher[3]… » Ainsi, comme l’affirme le psaume : « Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu ! » (Ps 105,3). Et « si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur[4] ! »

Et ici, il faut entrevoir combien chaque instant de notre vie sur terre oriente et décide de l’avenir… car, dés qu’on aborde la destinée éternelle de l’homme, on doit en saisir toutes les conséquences ! C’est sans aucun doute « un électrochoc » pour notre mentalité moderne, enfermée dans « le plaisir de l’immédiat. » Mais c’est le début de la sagesse et elle doit engendrer en notre cœur un regard nouveau, délivré des idoles !

Alors, laissons-nous remuer par cette réalité du « grand passage » telle que la donne le Catéchisme : « Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dés sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer dans la béatitude du Ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours… Au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’amour [5] ! »

Nous sommes « nés pour le Ciel » et le Cœur ouvert du Seigneur Jésus sur la Croix est la seule Porte pour y entrer ! Et il n’y a rien de plus beau et de plus immense : ni aucun bonheur sur terre, ni les dernières fascinations du progrès : si transhumanistes soient-elles ! Ni la conquête spatiale, ni la rencontre avec les soi-disant extra terrestres, ni les facéties trompeuses des démons à la fin des temps !… Que le cri de Saint Paul délivre notre pauvre cœur :

« Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ?… Mais en tout cela, nous n’avons aucune peine à triompher par Celui qui nous a aimés !… Oui, j’en ai l’assurance, ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni présent, ni avenir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus Notre Seigneur ! » (Ro 8,35-39).

Une fois de plus, affirmons cette vérité absolue : nous sommes nés pour le Ciel ! Et la Parole de Dieu nous le confirme en un langage unique :

« Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira… Le nourrisson s’amusera sur le nid di cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra la main… » (Is 11,6-8)

« On ne brandira plus l’épée nation contre nation ; on n’apprendra plus la guerre ! » (Is 2,4).

« Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : « Je pars vous préparer une place ? » (Jn 14,2).

« L’un des sept Anges vint me dire : «Viens, que je te montre l’Epouse de l’Agneau ! » En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu ; son éclat était celui d‘une pierre très précieuse, comme du jaspe cristallin ! » (Ap 21,9-11).

« Puis l’Ange me montra le fleuve de Vie, limpide comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau… De malédiction, il n’y en aura plus ; le trône de Dieu et de l’Agneau sera dressé dans la ville et les serviteurs de Dieu l’adoreront ; ils verront sa Face, et son Nom sera sur leurs fronts. De nuit, il n’y en aura plus ; ils se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles !

Puis l’Ange me dit : « Ces paroles sont certaines et vraies ; le Seigneur Dieu, qui inspire les prophètes, a dépêché son Ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt ! Voici que mon retour est proche ! Heureux celui qui retient les paroles prophétiques de ce livre ! »

C’est moi, Jean, qui voyais et entendais tout cela… Il me dit encore : « Ne tiens pas secrètes les paroles de ce livre, car le Temps est proche ! » (Ap 22, 1-12)

Ainsi, portés sur le Cœur de Marie, contemplons comme Saint Jean la fulgurante beauté du « Fils de l’homme… son Visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat ! » (Ap 1,16). Et cette blessure de la gloire de Dieu nous traversera pour toujours ! Nous en aurons une telle nostalgie et une telle soif que le combat de la foi pour « entrer au Ciel » deviendra, sur terre, l’urgence de notre vie. Alors, écoutons maintenant  la lumineuse foi de l’Eglise à travers le catéchisme :

« Par sa mort et sa Résurrection, Jésus-Christ nous a « ouvert » le Ciel. La vie des bienheureux consiste dans la possession en plénitude des fruits de la Rédemption opérée par le Christ qui associe à sa glorification céleste ceux qui ont cru en Lui et qui sont demeurés fidèles à sa volonté. Le Ciel est la communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés à Lui[6]. »

« Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiés, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu’ils Le voient « tel qu’Il est » (1 Jn 3,2), « face à face » (1 Co 13,12).

Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les Anges et tous les bienheureux est appelée « le Ciel ». Le Ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif… Vivre au Ciel, c’est « être avec le Christ [7] ». Les élus vivent « en Lui », mais ils y gardent, mieux, ils y trouvent leur vraie identité, leur propre nom [8] ! » (Ap 2,17).

Le catéchisme insiste enfin sur le mystère de « dépassement » qu’implique le bonheur du Ciel :

« A cause de sa transcendance, Dieu ne peut être vu tel qu’Il est que lors qu’Il ouvre Lui-même son mystère à la contemplation immédiate de l’homme et qu’Il lui en donne la capacité. Cette contemplation de Dieu dans sa gloire céleste est appelée par l’Eglise la « vision béatifique » !

Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Ecriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis : « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui L’aiment [9] ! » (1 Co 2,9).

A la source de chaque vie humaine, il y a cette vérité première de l’Evangile qui traverse le temps : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle !… (Jn 3,16).

Mais il en découle une autre, tout aussi fondamentale : Nous n’irons au Ciel que si notre regard de foi  a adoré Jésus jusqu’au bout ; et que si nous nous sommes battus « jour et nuit » dans la prière et l’amour pour que tous entrent au Ciel ! Telle est la vérité de l’Evangile où chacun est unique mais mystérieusement lié à tous… Il n’y a donc pas de salut sans l’amour de l’autre car « tu ne saurais aimer Dieu que tu ne vois pas, si tu n’aimes pas ton frère que tu vois ! » (1 Jn 4,20).

L’Evangile nous apprend enfin que ceux et celles qui cherchent vraiment Dieu, même très pécheurs et sur des voies de perdition, devancent les croyants qui ne cherchent qu’à moitié[10] ! Marie-Madeleine ou le bon Larron en sont, avec tant d’autres, les témoins admirables… Car la vraie humilité est la « seule terre » d’où naît une folle confiance en Jésus, notre Sauveur !  C’est pourquoi le Cœur humble et Immaculé de Marie est notre voie unique de chaque instant… car à travers Elle peut toujours renaître en nous la Source cachée de l’Esprit !

 

                                                                                                                            +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Note intime 15, Cerf 1991, p.907.

[2] Sainte Elisabeth de la Trinité, Lettre 161.

[3] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 27.

[4] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 30.

[5] Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 1022 avec citation finale de Saint Jean de la Croix.

[6] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1026.

[7] Jn 14,3 / Ph 1,23 / 1 Th 4,17.

[8] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1023-1024-1025.

[9] Catécisme de l’Eglise Catholique, n° 1028-1027.

[10] Ce qui faisait dire à Sainte Bernadette de Lourdes : « Je ne crains qu’une chose… ce sont les mauvais catholiques ! »




« L’horreur de l’Enfer ! » 2

2 – « Je ne sais d’où vous êtes !

Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal ! »

(Lc 13,27)

 

« Rendez-vous puissants dans le Seigneur…

pour pouvoir résister aux ruses du Diable ! »

(Ep 6,10-11)                                       

 

Dans cette seconde approche sur l’enfer, je ne veux pas « lourdement » insister… et la prochaine fois, nous terminerons par une méditation sur l’indicible bonheur du Ciel où Dieu nous appelle tous ! Mais il faut être « réaliste » avec les vérités de la foi : mal les connaître, les rejeter ou les mettre entre parenthèses est dangereux selon la sagesse de l’Evangile. Il ne s’agit donc pas de se faire peur, mais de les regarder en face dans la paix du cœur pour mener le « bon combat » vers la joie du Ciel… Et ici, n’oublions jamais la vérité première de notre foi catholique : le Père veut « tous » nous sauver à travers son Fils crucifié et vainqueur de la mort par sa Résurrection ! Ainsi, la puissance de L’Esprit nous est donnée par le Cœur ouvert de Jésus sur la Croix… (Jn 19,34) qui nous a offert également la tendresse de sa Mère (Jn 19,27) pour le suivre…

En cette période où, plus que jamais, le Tentateur assaille notre civilisation sur tous les fronts ; Saint Pierre nous dévoile « le combat primordial » qui se cache derrière tous les autres : « Soyez sobres, veillez ! Votre adversaire, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, fermes dans la foi ! » (1 P 5,8-9). Il est donc urgent de faire la lumière en nos vies. Dans la puissance et la persévérance de la foi à travers les sacrements de l’Eglise, nous avons la force pour vaincre l’enfer sous toutes ses formes et cheminer courageusement vers le Ciel !…

Ainsi, pour comprendre l’enjeu primordial  de nos vies où se joue notre éternité, écoutons encore la sagesse des Saints ! Et d’abord Sainte Thérèse d’Avila : Docteur de l’Eglise et Fondatrice du Carmel réformé, elle est un des plus grands maîtres spirituels de tous les temps. Femme réaliste et pleine d’humour, ses Ecrits spirituels demeurent une référence pour tous ! Du « Chemin de la perfection » au « Château de l’âme », celle qu’on appelle souvent « la Madre » a reçu du Seigneur Jésus une admirable sagesse sur les voies de l’oraison silencieuse et le mystère de l’âme. Et cependant, cette Sainte si attachante peut nous paraître parfois un aigle mystique de haut vol, hors de notre portée !

Comprenons bien que si les Saintes et les Saints nous ravissent et nous aident par leurs vies et leurs écrits, Dieu ne nous demande pas de devenir leur « photocopie » ! Comme l’a si bien compris Sainte Petite Thérèse, (qui n’était « pas facile à décourager… »), la sainteté « unique » de chaque enfant de Dieu se joue d’abord dans la découverte des bras du Sauveur : « L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus !… Il faut donc que je reste petite, que je le devienne de plus en plus[1] ! » Et Saint Jean Chrysostome ajouterait : « Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler ! » La réussite ne se fera pas sans notre effort constant, mais la sainteté est aussi et surtout l’œuvre mystérieuse de la Miséricorde… Les Saints sont, comme nous, des pécheurs sauvés et transfigurés par l’amour du Christ, et cela est tellement vrai que la grande Sainte Thérèse d’Avila a vu en enfer la « place » qu’elle avait méritée pour ses péchés ! Alors pour rectifier notre regard parfois trop peu évangélique, écoutons ici son témoignage :

« Un jour, étant en oraison… Je me trouvais subitement, sans savoir comment, transportée tout entière en enfer. Le Seigneur, je le compris, voulait me montrer la place que les démons m’y avaient préparée et que j’avais méritée par mes péchés. Cette vision dura très peu… mais il me serait impossible d’en perde jamais le souvenir.

L’entrée me parut semblable à une ruelle très longue et très étroite… à un four extrêmement bas, obscur et resserré. Le fond était comme une eau fangeuse, très sale, infecte et remplie de reptiles venimeux. A l’extrémité se trouvait une cavité creusée dans une muraille en forme d’alcôve où je me vis placée très à l’étroit…

Quant à la souffrance que j’endurai dans ce réduit, il me semble impossible d’en donner la moindre idée ; on ne saurait la comprendre. Je sentis dans mon âme « un feu » dont je suis impuissante à dire la nature, tandis que mon corps passait par des tourments intolérables ! J’avais cependant enduré dans ma vie des souffrances bien cruelles… mais tout cela n’est rien en comparaison de ce que je souffris dans ce cachot ! De plus, je voyais que ce tourment devait être sans fin et sans relâche ! Et cependant, toutes ces souffrances ne sont rien encore auprès de l’agonie de l’âme. Elle éprouve une oppression, une angoisse, une affliction si sensible et si profonde, que je saurais l’exprimer… ici, c’est l’âme elle-même qui se met en pièces !… Je le répète, ce qu’il y a de plus affreux, c’est ce feu intérieur et ce désespoir de l’âme !…

Je compris bien que c’était une grande grâce et que le Seigneur voulait me faire voir de mes propres yeux l’abîme d’où sa miséricorde m’avait délivrée[2]… »

On a souvent sur terre comme des surgissements de l’enfer à travers des meurtres atroces, les horreurs des guerres où celles des camps de concentration durant la 2° guerre mondiale. Mais comme le décrit Sainte Thérèse d’Avila : « La torture du feu de ce monde est bien peu de chose en comparaison du feu de l’enfer ! » Et contrairement à l’état d’esprit de nos contemporains qui refusent, pour la majorité, ce mystère de la foi…  la Madre témoigne que cette vision de l’enfer a été une des plus grandes grâces de sa vie accordée par le Seigneur : « Elle a produit en moi le plus grand profit. Elle m’a ôté la crainte des tribulations et des contradictions de la vie, elle m’a donné le courage de les supporter ; et elle m’a stimulée à remercier le Seigneur de m’avoir délivrée… Depuis lors, je le répète, tout me paraît facile en comparaison d’un seul instant de ces tortures !… Et cette vision m’a procuré, en outre, une douleur immense de la perte de tant d’âmes… et les plus ardents désirs d’être utile aux âmes[3] ! »

Dans le cheminement de notre foi, il est précieux de comprendre à nouveau que notre passage « unique » sur terre prépare notre éternité… et de bien saisir que la vie actuelle de chacune et chacun est d’abord un combat où nos choix pèsent lourd ! C’est pourquoi le témoignage des Saints sur l’enfer est si précieux pour nous garder éveillés dans la vérité et l’amour.

Au XV° siècle, Sainte Françoise Romaine[4] est sans aucun doute celle qui donne les précisions les plus terribles et le plus précises sur les réalités de l’enfer… Dans les 93 visions qu’elle a dictées à son confesseur, elle rapporte sa vision de la splendeur au Ciel, et en particulier celle de la Sainte Vierge avec ses trois couronnes : « Virginité, Humilité et Gloire ! » Dans la 17° vision, Dieu lui a montré sa divinité comme « un Principe sans principe et une fin sans fin ! » Sainte Marie-Madeleine et Sainte Agnès lui apprirent comment « entrer dans le Cœur de Jésus… en se faisant si petit comme un grain de millet jeté au fond d’une rivière profonde ! » Elle tint aussi « Jésus sur ses genoux qui avait la forme d’un petit agneau… »

Mais le plus connu de ses écrits fut son « Traité de l’enfer » (1414). Elle y fut conduite par l’Archange Raphaël et arrivée à la porte de ce royaume effroyable, elle lut ces paroles écrites en lettres de feu :

« Ce lieu est l’enfer, où il n’y a ni repos, ni consolation, ni espérance !… La porte s’ouvrit et Françoise regarda : « elle vit un abîme si profond, si épouvantable, d’où s’échappaient des cris affreux et des odeurs si insupportables que depuis, elle n’en pouvait parler sans que son sang se glaçât dans ses veines…

Dans cet abîme effroyable, vivait un immense dragon qui en occupait toute la longueur… Elle aperçut Satan sous la forme la plus terrifiante qu’il soit possible d’imaginer… Une de ses mains menaçait le Ciel, et l’autre semblait indiquer le fond du précipice !… A cette vision en succéda une autre. La servante de Dieu aperçut de tous côtés des âmes que les esprits qui les avaient tentées ramenaient dans cette affreuse demeure… Tout ce que la bienheureuse voyait et entendait la remplissait d’épouvante ; mais son guide (Saint Raphaël Archange) avait grand soin de la rassurer et de la fortifier. »

Tout cela peut nous paraître irréel dans notre civilisation pourtant si folle et si décadente : on refusera l’enfer « taxé » de vision moyenâgeuse au nom de l’évolution moderne ; mais en même temps, on accueille sans problèmes l’influence ténébreuse « d’Halloween » sur nos enfants ou les signes démoniaques des « festivals de l’enfer – Hellfest » pour une jeunesse envoutée par la musique métal et les signes démoniaques !

Aussi, comme l’a dit Saint Paul, il nous faut revêtir aujourd’hui plus que jamais « l’armure de Dieu » pour résister à cette invasion des ténèbres :

« Rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force ! Revêtez l’armure de Dieu, pour pouvoir résister aux manœuvres du Diable. Car ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les Esprit du Mal qui habitent les espaces célestes. C’est pour cela qu’il vous faut endosser l’armure de Dieu afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister et rester ferme… Vivez dans la prière et les supplications, priez en tout temps, dans l’Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les saints ! » (Ep 6,10-13 et 18-19).

Plus près de nous, Sainte Faustine dont le message unique sur la miséricorde est devenu universel, a aussi visité les horreurs de l’enfer : « Aujourd’hui, j’ai été dans les gouffres de l’enfer, introduite par un Ange. C’est un lieu de grands supplices et son étendue est terriblement grande…  et le premier supplice qui fait l’enfer, c’est la perte de Dieu !… avec la continuelle compagnie de Satan… un désespoir terrible, la haine de Dieu, les malédictions, les blasphèmes ! Ces sont des supplices que tous les damnés souffrent ensemble… Il y a de terribles cachots, des gouffres de torture où chaque supplice diffère de l’autre ; je serais morte à la vue de ces terribles souffrances, si la toute-puissance de Dieu ne m’avait soutenue… J’écris cela sur l’ordre de Dieu pour qu’aucune âme ne puisse s’excuser en disant qu’il n’y a pas d’enfer, ou que personne n’y a été et ne sait comment c’est[5] ! »

Concluons par les Apparitions de la Vierge aux trois enfants à Fatima en 1917 car elles sont un « tournant décisif » dans le grand combat des derniers temps ! Le 13 juillet, en particulier, Notre Dame souleva le voile de l’invisible et fit vivre à Lucia, Jacinta et Francisco une expérience qui bouleversera leur vie…  C’est la terrible vision sur l’horreur de l’enfer ! Lucia en a témoigné en des termes très précis :

« La Vierge ouvrit de nouveau les mains, comme les deux derniers mois. Le reflet de la lumière parut pénétrer la terre et nous vîmes comme un océan de feu, et plongés dans ce feu, les démons et les âmes (des damnés). Celles-ci étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant des formes humaines. Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes, avec des nuages de fumée… Elles retombaient de tous côtés, comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur ! Les démons se distinguaient par des formes horribles et répugnantes d’animaux effrayants et inconnus, mais transparents comme des charbons noirs embrasés… »

Ensuite, Lucia précise : « Effrayés, comme pour demander secours, nous avons levés les yeux vers Notre Dame ! Cette vision ne dura qu’un moment, grâce à notre bonne Mère du Ciel qui, lors de la première Apparition, nous avait promis de nous emmener au Ciel ! Sans quoi, je crois que nous serions morts d’épouvante et de peur ! »

Cette vision nous révèle à nouveau de quelle horreur éternelle Jésus est venu nous « sauver » ! Et elle nous laisse aussi deviner le sens profond des combats de ce monde…  Remarquons également que dans la pédagogie de la Vierge, la perspective du Ciel est première dans l’expérience : ce n’est qu’après cette finalité promise d’aller au Ciel que Marie révèle un court instant la réalité de l’enfer aux enfants de Fatima.

Prenons conscience que ce terrible message, Notre Dame l’adresse à « chacun de nous » ! Sa maternelle tendresse nous prévient et veut nous protéger de l’horreur d’être « loin de Dieu » pour toujours… C’est une leçon décisive pour notre foi, car dans le salut offert à travers le Christ en Croix, le Ciel s’ouvre en son Cœur transpercé ! (Jn 19,34). Ainsi, ce « désir du Ciel » doit sans cesse orienter et soulever nos vies en s’incarnant dans une prière continuelle et une charité rayonnante… Nous sommes nés pour « voir Dieu » ! (Jn 3,2).

                                                                                                 +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres Complètes, Manuscrit C, p. 238. Cerf-DDB, 1992.

[2] Sainte Thérèse de Jésus, Vie écrite par elle-même, Traduction Grégoire de Saint Joseph, Seuil 1949, Chap. 32, p.344-346,

[3] Sainte Thérèse de Jésus, Vie, op. cit., Chap. 32, p. 346-347.

[4] Sainte Françoise Romaine, 1384 – 1440.

[5] On peut retrouver le témoignage complet de Sainte Faustine au n° 741 de son « Petit Journal ».