De la tunique de Jésus crucifié à la robe du Fils de l’homme ! 2. Le toucher de la foi
De la tunique de Jésus crucifié à la robe du Fils de l’homme !
2. Le toucher de la foi
On doit enfin se transporter à ce moment cruel où, après avoir crucifié Jésus, les soldats se partagent ses vêtements… sauf « la tunique[1] qui était sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut » (Jn 19,23) qu’ils choisirent de tirer au sort ! (Ps 22,19).
Comment ici ne pas faire référence à la si riche interprétation de la Tradition : D’abord on peut vraiment avancer que cette « Tunique » unique avait été réalisée par la tendresse de Marie… et ce qu’elle a tissé patiemment par amour pour son Fils, elle le réalise pour nous aujourd’hui en nous aidant à « tisser dans la foi », jour après jour, notre robe du Ciel : elle sera « décisive » pour notre entrée dans le Royaume ! Souvenons-nous ici de la parabole du festin nuptial et de ce moment redoutable où se manifeste le Regard du Roi :
« Le Roi entra pour regarder les invités, et il aperçut là un homme qui ne portait pas le vêtement de noces ! Et il lui dit : « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un vêtement de noces ? » L’homme resta muet. Alors le Roi dit aux serviteurs : « Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents ! » Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus… » (Mt 22,11-14).
C’est une évidence : à la fin, nous nous révolterons de ne pas avoir aimé Celui qui nous a aimé « à en mourir » (Mt 27,50). Si cet Evangile peut nous sembler rude et affreux, n’oublions jamais que le Roi nous a aimé à « en mourir » sur une Croix et que dans la réponse à cette folie de Dieu se joue notre éternité… D’ailleurs, chez Saint Luc, le Maître désire tant que les invités à la noce répondent que, face au refus des premiers invités, il ordonne d’aller chercher dans « les rues de la ville, les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux… » (Lc 14,21) et l’ampleur de son invitation est telle que le Maître dit au serviteur de dépasser les bornes et les frontières ! L’invitation se veut sans limites :
« Va-t-en par les routes et les jardins, et oblige les gens à entrer pour que ma maison soit remplie ! Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner ! » (Lc 14,23-24).
Et de fait, on peut avancer ici que la question du Roi suscitait une réponse… et que si celui que le Roi appelle « ami » avait crié avec insistance comme l’aveugle de Jéricho : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » (Lc 18,38) La porte du Roi serait restée ouverte… mais la « voix » de l’enfance évangélique qui ouvre les portes du Royaume (Lc 18,16) semble morte en son cœur où rode déjà un silence qui enferme… Il y a un silence qui « dit » l’amour, et un autre silence où règne la mort !
Face à notre monde actuel si « éclaté » de bruits et abruti par une information continue, il est urgent de stopper souvent cet envahissement qui nous assujetti… En ce sens, écoutons ici le message libérateur d’un moine chartreux sur le silence :
« Notre silence n’est pas un silence de mort, c’est le recueillement d’un sanctuaire. Nos maisons et nos âmes sont occupées par Quelqu’un : « Le Maître est là, et il t’appelle ! » (Jn 11,28)… C’est que le silence, dont il s’agit, n’est pas un vide et un néant ; c’est, au contraire, l’Etre en sa plénitude féconde… le fond d’un être doit être occupé par le silence… et cet être ne parle une parole vraie et profonde que si elle part de ce silence, si elle en est l’expression… Voilà pourquoi le langage du monde, les conversations, les journaux sont vides et fatiguent au lieu de reposer et nourrir. Voilà pourquoi au contraire en Chartreuse, on goûte tant de paix. Tout y procède des profondeurs calmes de l’âme où elle se recueille et fait silence. C’est là que Dieu demeure… Celui qui demeure en nous y parle silencieusement, et nous invite à venir l’écouter[2]… »
Ainsi, la tunique dont Jésus est découvert au pied de la Croix nous parle mystérieusement de ce dépouillement du silence qui met à nu le cœur pour qu’il soit transperce et traversé par l’Amour… Cet amour infini dépouille « tout » de l’esprit du monde pour laisser place à l’habit de gloire qui vient de Dieu seul ! On n’entrera jamais au Ciel avec les fausses vêtures du monde !
Alors, qu’en est-il pour les croyants aujourd’hui ? Car Jésus est remonté au Ciel et l’on ne peut plus le voir, ni le toucher… C’est vrai dans le sens historique des Evangiles, mais le Seigneur a répondu à cette objection par le « don de la foi » : en effet, à chaque instant nous pouvons « toucher Jésus » par le regard, les cris et les mains de la foi !
Et par-dessus tout, dans le sacrement sublime où sa mystérieuse « Présence » est là, cachée, mais si « touchable » par le regard de la foi… car chaque église est l’écrin de sa Sainte Présence : dans le Tabernacle, Il est là et Il m’attend… mieux : à chaque Messe, il s’offre à moi dans la Sainte Eucharistie où « le sacrifice de la Messe rend présent le sacrifice de la Croix… ainsi, les deux mille ans qui nous séparent de la Croix sont abolis, nous sommes là comme l’étaient la Sainte Vierge et Saint Jean[3] ! » Et à chaque Communion à son Corps et à son Sang, Jésus-Hostie vient me « toucher » pour enflammer mon pauvre cœur…
N’oublions donc jamais que nous avons à chaque instant le regard et les mains de la foi pour toucher Jésus… La foi qui « persévère » comme la Cananéenne est d’une telle puissance qu’elle peut guérir les malades, délivrer ceux qui se perdent et ressusciter les morts !
Il est donc urgent en cette extrême fin des temps d’écouter le « cri » d’éveil de Saint Paul : « C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil ; le salut est maintenant plus prés de nous qu’au temps où nous avons cru. La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons-là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière… Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ ! » (Ro 13,11-14).
Et, comme Saint Jean, nous découvrirons qu’Il est toujours là, toujours humblement caché derrière nous, mais attendant de nous cet unique regard : « Je me retournai pour regarder la voix qui me parlait ; et m’étant retourné, je vis sept candélabres d’or, et, au milieu des candélabres, comme un Fils d’homme revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or… Ses yeux sont comme une flamme ardente et son Visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat ! » (Ap 1,12-15).
+M Mickaël
[1] On peut faire ici référence au célèbre et premier film en cinémascope « The Robe » (La Tunique) de 1953, avec Richard Burton et Jean Simmons.
[2] Dom Augustin Guillerand, chartreux, Ecrits spirituels, Tome II, Préface Daniel-Rops de l’Académie française, introduction du Père André Ravier, S.J., Editions Benedettine di Priscilla, Roma, 1967.
[3] Cardinal Journet, Le mystère de l’Eucharistie, Pierre Téqui éditeur, 2018.