Le Diviseur est entré dans l’Eglise… mais la Mère de l’Eglise la protège !

« L’Eglise a ses racines dans le Ciel…

et ses feuilles dans la tempête !

Cardinal Journet

          Après les derniers rebondissements autour des « bénédictions » de couples divorcés-remariés ou homosexuels promus par Rome[1] et les « confessions » télévisées étonnantes du Pape François sur l’Enfer vide[2], toute l’Eglise se retrouve troublée et divisée…

Le « Diviseur » est entré au cœur de l’Eglise et notre épreuve ne fait que commencer ! Comme je l’ai avancé dans mon article récent[3] : les prophéties de la Vierge à Akita se déroulent sous nos yeux !

 

La dernière publication de Mark Mallett l’explicite remarquablement : « La récente correction fraternelle des Evêques n’est pas une déloyauté ou un rejet du Pape, mais un soutien à sa charge… vous n’avez donc pas à choisir votre camp : choisissez la Tradition sacrée puisque, en fin de compte, la papauté n’est pas un Pape ! Quelle grande tragédie pour le monde qui nous regarde lorsque les catholiques provoquent un scandale, soit en tombant dans le schisme, soit en promouvant un culte de la personnalité autour du Pape plutôt que de Jésus… Je sens que c’est l’Esprit qui appelle l’Eglise, de haut en bas, à se mettre à genoux et à se replonger dans la Parole de Dieu… Saint Paul nous dit : « Le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle pour la sanctifier, la purifiant par le bain d’eau avec la Parole… » (Ep 5,25-26).

Reprenons nos Bibles et laissons Jésus nous baigner dans sa Parole – la Bible dans une main et le Catéchisme dans l’autre – Quant à ceux flirtent avec le Schisme, n’oubliez pas : le seul son que vous entendrez si vous sautez de la Barque de Pierre est « splash ! » Et ce n’est pas un bain sanctifiant[4] ! »

Nous sommes entrés dans l’urgence de l’extrême fin des temps ; et si nous voulons être, sur les traces de petite Thérèse, « l’Amour au cœur de l’Eglise », nous sommes appelés à faire des choix décisifs dans la prière continuelle, l’humilité, l’espérance et la paix du cœur… convaincus que toute vie chrétienne authentique s’enracine dans la lumière et la force de la vie sacramentelle : de la Confession régulière des péchés dans le Sacrement de la réconciliation à la Sainte Messe du Dimanche… et cette charité fraternelle qui doit s’incarner sans cesse dans l’attention aux autres.

Dans le mystère de l’Eglise, le visage du lépreux est transfiguré par la tendresse du Christ qui le touche… et derrière chaque pauvre se cache un saint ou une sainte ! On peut donc affirmer que le chemin de « la foi est de rencontrer l’Eglise sous les haillons dont la recouvre la folie de ses enfants ; de toucher la paix des profondeurs sous l’agitation des tempêtes… L’Eglise n’est pas faite que de nos défauts et de nos défaillances, elle est faite de la grandeur de Dieu qui est en elle, et « nous portons le trésor de Dieu dans des vases fragiles » (2 Co 4,7). C’est vrai, nous le savons bien, mais c’est le trésor de Dieu[5] ! »

Aussi, si pauvre et si blessée soit-elle, l’Eglise n’est pas née pour se taire : elle est habitée par Celui la sauve et c’est pourquoi, dans un amour irrésistible, elle est envoyée à tous les hommes ! « Certes, nous devons rester modestes et proclamer la vérité avec humilité et non en surplomb. Toutefois, l’humilité ne consiste pas à s’incliner devant le monde, mais précisément à servir la Vérité et s’effacer devant elle, avec la conviction que nous parlons au nom d’un autre qui seul a « les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68) et qui nous a précisément envoyés dans le monde pour « rendre témoignage à la vérité[6] » (Jn 18,37).

A la suite de Saint Jean-Paul II, on ne dira jamais assez que nous sommes entrés dans le temps de « la grande épreuve » et de « la grande espérance » car, après la terrible Epreuve de la Babylone infernale (Ap 17 et 18), la « Civilisation de l’Amour » jaillira ! (Ap 19 et 20). Et c’est pourquoi nous est donnée « la Femme » (Ap 12,1) pour traverser la grande Epreuve : cette Femme est à la fois l’Eglise et la Mère de l’Eglise, si bien que nous sommes invités à aimer l’Eglise de l’amour même du Cœur Immaculé de Marie, Mère de l’Eglise ! Oui, la Vierge est le Cœur caché de l’Eglise-Epouse qui brûle d’un amour fou pour le Christ-Epoux. Cela signifie que la beauté et l’invincibilité de l’Eglise est cachée dans sa pauvreté… Et des cendres jaillira le Feu !

Alors la prière suppliante et mariale d’un homme d’Eglise doit être la nôtre :

« Aujourd’hui, Vierge Sainte, nous tournons nos regards vers vous avec plus d’insistance. Vous savez que dans notre pays, comme dans le monde entier, se joue l’avenir de l’être humain, de la famille, de la civilisation et de la vie. Vous voyez que les forces de destruction de l’homme sont à l’œuvre comme jamais, séduisant les esprits et les cœurs…

Vous êtes la Femme de l’Apocalypse qui, avec l’aide des Anges, combattez le Démon. Prenez-nous en pitié. Ne nous abandonnez pas dans le combat. Ecoutez les humbles prières que nous faisons vers vous avec un cœur d’enfant… Faites de nous des hommes et des femmes courageux et fervents… préparant des générations futures qui continueront l’œuvre de l’amour dans notre pays et sur toute la terre[7] ! »

                                                                                                   + Marie-Mickaël

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Notes

[1] « Fiducia supplicans » (Confiance suppliante), Déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF), publiée le 18 décembre 2023 et approuvée par le Pape François.

[2] « Ce que je vais dire n’est pas un dogme de foi mais quelque chose de personnel : j’aime penser que l’Enfer est vide, et j’espère que c’est la réalité ! » Cette déclaration sous forme de confidence sème à nouveau le doute et la division car elle va à l’encontre de la Parole de Dieu (Mt 25,41), du Catéchisme de l’Eglise Catholique (Voir 1033 à 1037) où des Apparitions de la Vierge à Fatima : le 13 juillet, Elle révèle l’Enfer aux trois enfants… et il n’est pas vide ! C’est une telle invitation de Marie à la prière, la supplication et la pénitence !

[3] Voir sur notre site : « Akita : une prophétie de la Vierge se déroule sous nos yeux ! » du 5 janvier 2024.

[4] Mark Mallett, Schisme, dites-vous ? The now word, reflections on our times, 19 janvier 2024.

[5] Cardinal Journet, Comme une flèche de feu, Le Centurion 1981, p.103 et Les dons du Saint-Esprit, Retraite 1972, p.22.

[6] Mgr Marc Aillet, Le temps des saints – Ne soyons pas des chiens muets, Artège 2023, p.9-10.

[7] Cardinal Paul Poupard, Président émérite du Conseil Pontifical pour la culture, Rome, I° janvier 2018.




Schisme, dites-vous ? Par Mark Mallett

Par Mark Mallett, 19 janvier 2024

Quelqu’un m’a demandé l’autre jour: «Vous ne quittez pas le Saint-Père ou le vrai magistère, n’est-ce pas?» J’ai été surpris par la question. « Non, qu’est-ce qui t’a donné cette impression ? » Il a dit qu’il n’en était pas sûr. Je l’ai donc rassuré que le schisme n’est pas sur la table. Explication.

La parole de Dieu

Sa question arrive à un moment où un feu a brûle dans mon âme pour la Parole de Dieu. J’en ai parlé à mon directeur spirituel, et même lui connaissait cette faim intérieure. Peut-être que vous êtes aussi… C’est presque comme si les controverses dans l’Église, la politique, la mesquinerie, les jeux de mots, l’ambiguité, l’approbation des agendas mondiaux, etc., me ramènent dans la Parole de Dieu brute et non diluée. Je veux la dévorer. Et Les Écritures ne sont jamais épuisées parce qu’elles enseignent toujours, toujours nourrissantes, toujours éclairantes.

En effet, la parole de Dieu est vivante et efficace, plus vive que n’importe quelle épée à deux tranchantss, pénétrant même entre l’âme et l’esprit, les articulations et la moelle, et capable de discerner les réflexions et les pensées du cœur. (Hb 4,12)

Et pourtant, nous savons en tant que catholiques que l’interprétation subjective de l’Écriture a des limites. Que le sens ultime des paroles du Christ a été compris par les apôtres et confiés à eux, et que leur enseignement nous a été transmis à travers les siècles de succession apostolique.[2] Ainsi, avec ceux que le Christ a commandés pour nous enseigner,[3] nous nous tournons vers cette Tradition Sacrée immuable et infaillible. Dans le cas contraire, il y aurait un chaos doctrinal.

En même temps, le pape et les évêques en communion avec lui ne sont que des serviteurs de la Parole de Dieu. En tant que tels, nous sommes tous des disciples de cette Parole, des disciples de Jésus (voir je suis un Disciple de Jésus-Christ). D’où…

… l’Église catholique n’est pas l’Église du pape et les catholiques ne sont donc pas des papistes mais des chrétiens. Le Christ est le chef de l’Église et de Lui toute la grâce divine et la vérité passe aux membres de Son corps, qui est l’Église… les catholiques ne sont pas les sujets des supérieurs ecclésiastiques, auxquels ils doivent l’obéissance aveugle comme dans un système politique totalitaire. En tant que personnes dans leur conscience et leur prière, elles vont directement à Dieu en Christ et dans le Saint-Esprit. L’acte de foi est dirigé directement vers Dieu, tandis que le magistère des évêques n’a que la tâche de préserver fidèlement et complètement le contenu de la Révélation (donnée dans l’Écriture sainte et la Tradition apostolique) et de le présenter à l’Église comme révélé par Dieu. Cardinal Gerhard Muller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, 18 janvier 2024,

Cette définition de base est un puits de lumière parfaitement actuelle dans le brouillard de confusion qui a divisé les catholiques ces dernières semaines. Les récents procès sont dus en grande partie à une compréhension exagérée de l’infaillibilité papale et même des attentes fausses de l’homme qui occupe la fonction. Comme le note le cardinal dans la même interview, « en termes de profondeur théologique et de précision de l’expression, le pape Benoît XVI était une exception plutôt que la norme dans l’histoire mouvementée des papes ». En effet, nous avons apprécié l’enseignement immaculé, même dans le commentaire non-magistral de nos papes au cours du siècle dernier. Même moi, j’an étais arrivé au point de prendre pour acquis la facilité avec laquelle je pouvais les citer…

Récupération de la perspective

Mais le pontife argentin est une autre histoire et un rappel que l’infaillibilité d’un pape se limite aux rares occasions qu’il « confirme ses frères dans la foi et proclame par un acte définitif une doctrine relative à la foi ou à [5] morale ». Par conséquent, la correction fraternelle n’est pas au-delà d’un pape – « la plus connue est la question de l’hérésie et de l’excommunication du pape Honorius Ier », note le cardinal Müller.

Barque de Peter/Photo par James Day

Par conséquent, je crois que le Saint-Esprit utilise cette crise actuelle pour purger l’Église de la papolâtrie – la notion errante que nos papes sont « un souverain absolu, dont les pensées et les désirs sont la loi ».[7] Tout en donnant l’apparence de consolider l’unité, cette fausse croyance provoque en fait une division impie :

Chaque fois que quelqu’un dit, « J’appartiens à Paul », et un autre, « J’appartiens à Apollos », n’êtes-vous pas seulement humain ?… car personne ne peut jeter un fondement autre que celui qui est là, à savoir Jésus-Christ. (1 Corinthiens 3:4, 11)

Dans le même temps, la Tradition elle-même affirme la primauté de Pierre – et l’impossibilité du schisme comme voie pour le troupeau :

 

Ils marchent donc sur le chemin d’une erreur dangereuse qui croient qu’ils peuvent accepter le Christ comme le chef de l’Église, tout en n’adhérant pas loyalement à Son vicaire sur terre. Ils ont enlevé la tête visible, brisé les liens visibles de l’unité et laissé le Corps mystique du Rédempteur si obscurci et si mutilé, que ceux qui cherchent le havre du salut éternel ne peuvent ni le voir ni le trouver. Pape PIUS XII, Mystici Corporis Christi (Sur le corps mystique du Christ), 29 juin 1943; n. 41; vatican.va

Cette loyauté envers le pape n’est cependant pas absolue. Elle est dûe lorsqu’il exerce son « magistère authentique »- exprimant des enseignements ou des déclarations « qui doivent toutefois être explicitement ou implicitement contenues dans [9] la révélation », ajoute le cardinal Müller. C’est ce qui rend l’enseignement du successeur de Pierre « authentique » et essentiellement « catholique ». Par conséquent, la récente correction fraternelle des évêques n’est pas une déloyauté ou un rejet du pape, mais un soutien de ses fonctions.

Il ne s’agit pas d’être «pro-» pape François ou «contra-» pape François. Il s’agit de défendre la foi catholique, et cela signifie défendre le Bureau de Pierre auquel le pape a succédé. Cardinal Raymond Burke, The Catholic World Report, 22 janvier 2018

Vous n’avez donc pas besoin de choisir les côtés – choisissez la Tradition Sacrée puisque, en fin de compte, La papauté n’est pas un pape. Quelle grande tragédie que le monde regarde les catholiques causant le scandale, soit en tombant dans le schisme, soit en promouvant un culte de la personnalité autour du Pape, plutôt qu’autour de Jésus.

Le temps du bain

Que comprendre à travers ces évènements aujourd’hui ? Je pense que c’est l’Esprit qui appelle l’Église, de haut en bas, à tomber sur nos genoux et à nous immerger à nouveau dans la Parole de Dieu qui nous a été donnée dans les Saintes Écritures. Comme je l’ai écrit en Novum, Notre Seigneur Jésus se prépare une Epouse sans tâche ni ride. Dans ce même passage dans Éphésiens, Saint Paul nous dit comment :

Le Christ a aimé l’église et s’est livré pour elle pour la sanctifier, la purifiant par le bain d’eau avec la Parole (Ep 5, 25-26)

Oui, c’est le « mot de maintenant » pour aujourd’hui : prenons nos bibles, chers frères et sœurs, et laissons Jésus nous baigner dans Sa Parole – la Bible d’une main, le Catéchisme de l’autre.

Quant à ceux qui flirtent avec le schisme, souvenez-vous… le seul son que vous entendrez si vous sautez de la Barque de Pierre est « splash ». Et ce n’est pas un bain sanctifiant.

 




Le mystère de la Miséricorde surprend les anges !…

       Nous l’avons approché précédemment : le temps de l’Extrême Miséricorde touche à sa fin car par son terrible égarement, l’humanité actuelle lui tourne le dos et bascule dans le redoutable temps de la justice ! Il est donc temps de se « convertir » en entrant dans l’Arche du Cœur Immaculé de Marie ! Là, règne la paix de Dieu ! Précisons bien ici que convertir signifie « se tourner » vers la Lumière… c’est la fameuse « métanoïa » évangélique où s’opère un « changement de mentalité », un « retournement », un « bouleversement » où la lumière du Christ envahit peu à peu notre vie par les choix et les orientations visibles de notre cœur ! La conversion à la Lumière se voit dans les actes. Un Saint Jean Apôtre si contemplatif nous y invite avec force en proclamant l’Évangile de la charité :

« Celui qui aime son frère demeure dans la lumière… et nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères !… Petits enfants, n’aimons ni de mots ni de langue, mais en acte et en vérité ! A cela, nous aurons que nous sommes de la vérité, et devant lui nous apaiserons notre cœur, si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout ! »   (1 Jn 2,10 et 3,14-16-20)

Ces paroles de Jean sont à graver au plus profond de nous… A travers l’humilité et l’espérance, elles expriment notre plus grand combat spirituel[1]. Mais cette lutte doit être devancée et fondée sur la plus grande découverte du mystère de la foi : l’indicible secret de la Miséricorde ! en effet, « elle est comme le deuxième nom de l’Amour, et elle est en même temps la manière propre dont il se révèle et se réalise pour s’opposer au mal qui est dans le monde, qui tente et assiège l’homme, s’insinue jusque dans son cœur et peut « le faire périr dans la géhenne ! » (Mt 10,28) … aucun péché de l’homme ne peut prévaloir sur cette force, ni la limiter[2]… »

En effet, le mystère fou de la Miséricorde divine étonne autant les Anges qu’il bouleverse le cœur des hommes ! La sainte Ecriture le proclame tant de fois : « Seigneur, ta miséricorde est sans mesure ! » (Ps 118,156). D’ailleurs, la signification du mot latin « misericordare » est déjà si éclairante : « Cœur qui se donne à la misère ! » (miseri-cor-dare).

La Sainte Bible renferme deux autres sources lumineuses : tout d’abord à travers le visage de David, figure du Christ, qui exerce vis-à-vis de Saül, son persécuteur, la « Hésed » qui est « une miséricorde d’Elohim » (2 Samuel 9,3). L’autre source est les « Rahamim » : les « entrailles » du Cœur de Dieu qui se révèlera transpercé sur la Croix… (Jn 19,33-34) et dont la blessure se révèle déjà dans son ministère quand il est bouleversé en voyant tant de « brebis sans berger ! » (Mt 9,36). L’Evangile de Luc en témoigne magnifiquement par le regard de Jésus sur la veuve de Naïm (Lc 7,13) ou le retour de l’enfant prodigue ! (Lc 15,20).

Cette folle et indicible miséricorde de Dieu est presque toujours incompréhensible aux yeux de l’homme pécheur, voire révoltante ! On aimerait que le Dieu du Ciel se bouge et exerce sur terre sa puissante justice face à la violence et l’horreur des hommes ! Mais lui, attaché à la Croix, s’offre pour tous les sauver… et il ose cette parole qui traverse l’histoire : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Lc 23,34).

N’est-ce pas donc sur la Croix que tout est dit ? N’est-ce pas sur la Croix que Dieu révèle son Visage et son Cœur ? Tel est le mystère central de la foi à longuement contempler… et il faut bien saisir ici que « le don du Saint-Esprit, c’est de savoir regarder le Christ en Croix comme la la manifestation du secret le plus intime de Dieu, celui de son amour pour nous… Les impies « vident crucem, non vident unctionem », ils voient la Croix, ils ne voient pas l’onction, c’est-à-dire le Ciel. Si nous voyons la Croix sans voir le Ciel, nous sommes en danger de perdre la foi comme les Apôtres. Il faut demander la grâce de sentir le Ciel à travers le regard du Christ nous disant : « Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le Paradis ! » (Lc 23,43). Jésus nous a ouvert les portes, et nous pouvons être possédés dès maintenant par sa gloire dans l’obscurité de la foi. Alors, nous commençons à entrevoir le mystère de la Miséricorde[3]… »

Comment ici ne pas laisser résonner les paroles de feu de Sainte Faustine qui nous ouvrent les portes de la Miséricorde :

« Oh, comme la bonté de Dieu est grande, plus grande que ce que nous pouvons en concevoir. Il y a des moments et des mystères de la miséricorde divine à la vue desquels les Cieux sont surpris ! »

La miséricorde de Dieu est plus forte que notre misère. Une seule chose est nécessaire : que le pécheur entrouvre, ne serait-ce qu’un peu, les portes de son cœur aux rayons de la miséricorde divine, et Dieu fera le reste…

La perdition est pour l’âme qui veut se perdre, mais celui qui désire le salut trouve la mer inépuisable de la miséricorde du Seigneur. Seule l’âme qui le voudra elle-même sera damnée, car Dieu ne condamne personne…

Même si j’avais eu sur la conscience les péchés de tous les damnés, je n’aurais pas douté de la miséricorde de Dieu, mais, le cœur contrit, je me serais jetée dans l’abîme de ta miséricorde ! Je crois, O Jésus, que tu ne m’aurais pas repoussée loin de Toi ! Car l’âme rend la plus grande gloire à son Créateur lorsqu’elle se tourne avec confiance vers la miséricorde divine[4]… »

Alors, pour répondre au cri bouleversant de Sainte Faustine, laissons-nous toucher par cette parole de Saint Augustin où résonne le cri de toute sa vie, et surement de la nôtre :

« Tard je t’ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée. C’est que tu étais au-dedans de moi, et, moi, j’étais en dehors de moi… Tu m’as touché, et je brûle du désir de ta paix !…  Quand je te serai attaché de tout mon être, il n’y aura désormais nulle part pour moi de douleur et de fatigues ; ma vie, toute pleine de toi, sera alors la véritable vie…

Toute mon espérance n’est que dans l’étendue de ta miséricorde[5] ! »

                                                                                                       +M-Michaël

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Notes

[1] Ce combat spirituel s’actualise dans la prière la plus puissante et la plus apaisante : le Rosaire quotidien de la Vierge, don de son Cœur Immaculé, qui est la porte ouverte sur la prière continuelle… Vient ensuite la vie sacramentelle à travers la Confession des péchés et le trésor de la Sainte Eucharistie ! Et plus l’amour de Dieu nous habitera, plus grande sera alors l’attention aux autres dans la charité fraternelle ! Saint Jean est formel : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas ! » (1 Jn 4,20).

[2] Saint Jean-Paul II, Encyclique Dives in Miséricordia, Dieu riche en miséricorde, 1980, n°7.

[3] Marie Dominique Molinié, Qui comprendra le Cœur de Dieu, Saint Paul 1994, p.152-153.

[4] Le Rosaire, textes de Sainte Faustine, Petit Journal, Monastère de Chambarand, 1997, p.36-37.

[5] Saint Augustin, Les Confessions, Chapitre 27-28-29.




Le temps de l’extrême Miséricorde…

« O malheureux, qui ne profitez pas maintenant

de ce miracle de la miséricorde divine ;

en vain vous appellerez, il sera déjà trop tard ! »

Jésus à Sainte Faustine, Petit Journal, 1448

      Cette parole peut nous sembler dure et menaçante, d’autant plus qu’elle vient du Christ miséricordieux. N’a-t-il pas affirmé à Sainte Faustine : « Ma miséricorde est plus grande que ta misère et celle du monde entier. Qui a pris la mesure de ma bonté[1] ? » Mais ne lui a-t-il pas dit aussi : « Tu prépareras le monde à mon ultime venue ! » Cela signifie que ce monde actuel aura une fin et qu’un dévoilement terrible s’opérera par la lumière du Seigneur : le temps de la miséricorde si peu accueillie et si souvent piétinée… laissera place au temps de la justice qui sera une stupéfiante mise en lumière ! Jésus ne l’a-t-il pas laissé entendre à Faustine : « Avant de venir comme Juge équitable, j’ouvre d’abord toutes les portes de ma miséricorde. Qui ne veut pas passer par la porte de ma miséricorde, doit passer par la porte de ma justice…[2] »

Or, force est de constater que cette civilisation du bruit, de la jouissance et des loisirs n’écoute plus : elle est dominée par la « dictature du relativisme » selon la si juste expression de Benoît XVI. Elle est « ailleurs », enfermée dans les délires jouissifs du progrès sans fin dont le « transhumanisme » est l’étape ultime et sans retour !… Certes, l’infinie miséricorde du Cœur de Dieu est éternelle et offerte à chaque instant ; mais si l’Enfer existe, c’est parce qu’il est aussi possible à notre liberté responsable de la refuser jusqu’au bout. Les paroles du Père des Cieux à Sainte Catherine de Sienne sur « le désespoir de Judas » nous éclairent sur ce terrible mystère où l’homme joue son éternité :

« Le péché impardonnable, dans ce monde et dans l’autre, c’est celui de l’homme qui, en méprisant ma miséricorde, n’a pas voulu être pardonné. C’est pourquoi je le tiens pour le plus grave, et c’est pourquoi le désespoir de Judas m’a attristé plus moi-même et a été plus pénible à mon Fils que sa trahison. Les hommes seront donc condamnés pour ce faux jugement qui leur fait croire que leur péché est plus grand que ma miséricorde[3] ! »

Telle est la leçon ultime de l’Evangile : aucun péché, si horrible soit-il, n’est plus fort que l’infinie miséricorde de Dieu ! N’oublions donc jamais qu’au moment où le Cœur de Jésus s’est ouvert sur la Croix :  le flot d’amour sans fond de l’Esprit a jailli (Jn 19,34) pour s’offrir à tout homme à travers l’histoire ! Il faut croire et tenir à cette vérité plus que tout car on est ici au cœur du mystère du salut : là se joue notre rédemption et notre vie éternelle !

Le mystère de la miséricorde est donc au cœur de notre foi et nous n’avons que cette vie pour découvrir la bouleversante vérité annoncée par Jean, l’Apôtre bien-aimé : « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru : Dieu est Amour ! » (1 Jn 4,16). Ainsi, nos choix et notre persévérance préparent en cette vie notre éternité. Alors, blottissons-nous dans les bras de Marie car « l’Immaculée nous couvrira de son manteau devant la justice de Dieu… la victoire est sûre dans la douceur de ses mains immaculées[4]… »

                                                                                                  +M-Mickaël

[1] Petit Journal, 1485 : Parole et Dialogue, 2004. Préface du Cardinal Paul Poupard.

[2] Petit Journal, 1146.

[3] Saint Catherine de Sienne (1347-1380), Docteur de l’Eglise, Livre des dialogues, 37.

[4] Saint Maximilien-Marie Kolbe, Conférences, 30 mai 1935 et Notes personnelles, août 1918.




De Sion, Dieu resplendit…

« De Sion, Beauté parfaite, Dieu resplendit ! » (Ps 49,2)

De Marie, toute belle, le Messie sortira…

 

Le temps de l’Avent est l’espace béni où va murir notre attente… une attente traversée par la plus belle espérance : Dieu va venir au cœur de notre humanité ! Dieu va me regarder et me parler à travers un visage humain. Je ne serai jamais plus seul ! Et face à cet insondable mystère, la contemplation de l’Apôtre Jean vient illuminer notre regard d’Avent :

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu,

et le Verbe était Dieu, il était au commencement tourné vers Dieu…

Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous,

et nous avons contemplé sa gloire,

gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique,

plein de grâce et de vérité ! »   (Jn 1,1 et 14)

Désormais, le salut est à portée de regard et de geste : mon Sauveur va prendre mon visage… Et Jean Baptiste, le plus grand des prophètes, aura ce regard ultime : « Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi, il était… » (Jn 1,15)

Ce « avant moi, il était » nous ouvre la porte du mystère de Dieu dont le Christ est l’Unique Révélation : « Je suis la voie, la vérité et la vie ! » (Jn 14,6). En son humanité, je touche Dieu ! en son regard, je vois Dieu ! Et c’est ici qu’un Père de l’Eglise nous ouvre, à son tour, une porte :

« Je pense que les quatre Evangiles sont les éléments essentiels de la foi de l’Eglise… et que, parmi les Evangiles, les prémices sont dans celui de Jean, dont nul ne peut saisir le sens s’il ne s’est penché sur la poitrine de Jésus (Jn 21,20) et n’a reçu de Jésus, Marie pour Mère (Jn 19,27) … et quand Jésus dit à sa Mère : « Voici ton fils ! » (Jn 19,26) … C’est comme s’il lui disait : « Voici ton fils que tu as enfanté[1] ! » Et pour approcher ce mystère, le regard unique de Saint Jean-Paul II nous est si précieux :

« La maternité de Marie commence par sa sollicitude maternelle pour le Christ. Dans le Christ, au pied de la Croix, elle a accepté Jean, et elle a accepté tout homme et tout l’homme. Marie les embrasse avec une sollicitude particulière dans l’Esprit-Saint… car la maternité de Marie est une participation à la puissance de l’Esprit… et quand Jésus dit sur la Croix : « Femme, voici ton fils ! » (Jn 19,26), il ouvrit d’une manière toute nouvelle le Cœur de sa Mère… Marie est ainsi Mère de tous les hommes et son empressement pour la vie de l’homme est de portée universelle[2] ! »

Alors, en cet Avent 2023, ouvrons les yeux sur « Sion, beauté parfaite, où Dieu resplendit ! » (Ps 49,2). Car de Marie, toute belle, le Messie sortira… Et comme il faut « s’éveiller » et ne pas s’habituer à ce temps unique : « Je veille donc sans cesse et je tends l’oreille, O Seigneur, comme Ta bien-aimée que Tu as élue. Car je sais que Tu aimes venir inaperçu. Mais je T’attends, Seigneur, dans le calme et le silence… Viens donc enfin, mon très doux Seigneur[3] ! »

                                                                                               +M-Mickaël

[1] Origène, Commentaire sur l’Evangile de Jean, I, 21-25 ; SC 120.

[2] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[3] Sainte Faustine, Petit Journal 




L’Immaculée est une mer de cristal !…

« Marie est mer que nul n’épuise,

Plus y trouve qui plus y puise… »

Gauthier de Coincy (12ème siècle)

 

Au début de l’Avent, le 8 décembre, la liturgie de l’Eglise nous invite à contempler le mystère de l’Immaculée Conception de Marie, « pleine de grâce » (Lc 1,28) … C’est en effet le 8 décembre 1854 que le Pape Pie IX, après avoir consulté les Evêques du monde entier, promulgue le dogme dans la bulle « Ineffabilis Deus ». Et une fois dans sa vie, il faut avoir lu et médité cette splendide vérité qui fait partie de notre foi catholique :

« Par l’autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui affirme que la bienheureuse Vierge Marie fut dès le premier instant de sa Conception, par une grâce et un privilège spécial de Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tâche du péché originel, est révélée de Dieu, et que par conséquent, elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. »

Quatre ans après, en 1858, la Vierge apparaît 18 fois à Bernadette de Lourdes. Mais c’est à la seizième Apparition que la Dame révélera son nom, confirmant l’Eglise : « Elle leva les yeux au ciel, joignant en signe de prière ses mains qui étaient tendues et ouvertes vers la terre, et me dit : « Que soy era l’Immaculada Councepciou… Je suis l’Immaculée Conception ! » On comprend l’éblouissement de Bernadette : « La Dame était jeune et belle, belle surtout, comme je n’en avais jamais vu !… Que j’aime à me rappeler ces doux moments passés sous vos yeux pleins de bonté et de miséricorde pour nous… » Et Bernadette nous l’assure : « L’âme qui implore Marie ne peut périr, elle garde la paix au milieu de la tempête[1] ! »

Pour approcher ce mystère de la foi, il faut se souvenir ici d’un passage de l’Annonciation dans l’Evangile selon Saint Luc : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre… » (Lc 1,35). Cet Esprit qui vient sur Marie opérer en son sein le prodige de l’Incarnation du Verbe est aussi Celui qui l’a créée « toute belle » au premier instant de sa vie. En « la » regardant, on le devine… Saint Maximilien-Marie Kolbe a d’ailleurs des paroles saisissantes dans l’approche de ce mystère : « On peut affirmer que l’Immaculée est, en un certain sens, « l’incarnation de l’Esprit-Saint ». En Elle, c’est l’Esprit que nous aimons, et par elle, le Fils… La Vierge Marie existe pour que soit mieux connu l’Esprit-Saint[2] ! »

Une autre résonance biblique de cette « Femme », traversée par la splendeur du Très-Haut, nous a été donnée à deux reprises dans l’Apocalypse de Saint Jean :

D’abord au chapitre 12 où apparait « un signe grandiose dans le ciel : une Femme ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ! » (Ap 12,1). Les Pères de l’Eglise et les saints y ont toujours vu le mystère de l’Eglise, mais aussi de Marie, Mère de l’Eglise ! Et la première originalité de cette « Femme » est d’être enveloppée par le soleil, traversée par sa lumière : elle « resplendit » ce soleil comme personne !… Car Marie est rendue belle dès sa naissance par l’Esprit de Celui qui va devenir son Enfant et son Sauveur. Au-delà des saints et bien avant eux, la robe de l’Immaculée a été plongée dans le Sang de l’Agneau ! (Ap 7,14). Transparence indicible de la beauté de Dieu, elle devient la plus belle louange du salut : « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a abaissé son regard sur son humble servante… Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse ! » (Lc 1,46-48).

L’autre passage symbolique se situe au chapitre 15 où Jean voit « une mer de cristal, mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout prés de cette mer de cristal ! » (Ap 15,2). Ici, « la mer de cristal » semble dévoiler l’aboutissement ecclésial céleste du mystère unique de la Rédemption en Jésus-Christ dont la « pleine de grâce » (Lc 1,28) est la plénitude : Elle est Mère de Dieu, de l’Eglise et de toute l’humanité ! Elle est « Celle qui porte Celui qui porte tout », comme le chante la liturgie orientale…

Cependant, la vie de Marie a été sur terre ce printemps de Dieu où le sublime le plus spirituel se cache et se déploie dans « l’ordinaire » le plus modeste… Le Cœur Immaculé de Marie est déjà cette « Mer ce cristal », mais cette beauté reste cachée dans l’humilité. L’humble quotidien de sa foi persévérante a été la mesure de sa beauté intérieure toujours plus fulgurante !

 

En clôturant l’Année mariale, en 1988, Saint Jean-Paul II faisait cette prière prophétique pour notre temps où il attendait tout de cette « Beauté » victorieuse de l’Immaculée :

 

« O Marie, accompagne nos pas vers les frontières de l’humanité sauvée et pacifiée !

Réjouis notre cœur, affermis-le dans la certitude

que le Dragon n’est pas plus fort que ta Beauté !

L’Année mariale se termine, mais le temps des yeux levés vers Marie commence… »

 

+ M-Mickaël

 

[1] Carnet Reine du Ciel, 12 mai 1866 et Notes de retraite 1876-1877.

[2] Conférences, 5 février 1941 et 25 septembre 1937.




L’humble beauté de Marie face à la séduction du Diable…

Notre civilisation post moderne sombre en masse aujourd’hui dans une sous culture qui flirte sans cesse avec la « beauté du Diable » : beauté dangereuse et trompeuse où le pouvoir du Mal se revêt d’une séduction autant attractive que dominatrice ! Depuis le livre de la Genèse, c’est toujours la même dynamique : la fausse liberté proposée par le Mal par la tentation du « sans limite » … vertige du pire où « la mort de Dieu » dans l’âme est célébrée comme une libération : « Vous serez comme des dieux ! » (Gn 3,5). Tel est le poison qui va se répandre dans le cœur de l’homme…

Depuis cette terrible « brisure » du péché originel, il va s’ensuivre dans la vie de l’homme deux conséquences majeures : la peur de Dieu (Gn 3,10) et ce besoin impérieux de « se revêtir » (Gn 3,7-8). Une tentative désespérée de « sauver la face » où Adam et Eve se réfugient dans l’illusion du paraître : car l’homme cherche d’abord à se parer… mais face au regard de Dieu, cette apparence s’écroule : « C’est voir s’étaler aux yeux de tous cette humiliation du péché que l’on porte au fond de soi-même : la nudité exprime d’abord cet effondrement du personnage que la parure s’évertuait à créer[1] ! »

Or, quand tout s’écroule, l’homme pécheur est dévoilé : c’est l’épreuve douloureuse de la vérité, mais tout peut alors se reconstruire dans cette lumière qui ouvre à l’infinie miséricorde de Dieu… et « le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché ! » (1 Jn 1,7). Dans le retour vers son père, l’enfant-prodigue de l’Evangile (Lc 15,18-19) est fermé à cette miséricorde du Père : il garde en lui la fausse image d’un Père irrité et impitoyable… son égarement a effacé en lui le vrai Visage de Dieu qui est la conséquence profonde du péché. Et c’est ici que le Christ veut nous délivrer en nous révélant qui est Dieu pour le fils perdu : en effet, avec des motivations très primaires, ce dernier commence à prendre le chemin du retour quand le Père l’aperçoit dans un regard d’une infinie tendresse : « Tandis qu’il était encore loin, son père le vit et en fut ému jusqu’aux entrailles… Il courut vers lui, le serra contre lui et le couvrit de baisers ! » (Lc 15,20). Tel est le sommet de l’Evangile : quelques pas vers Dieu du fils égaré et Dieu court vers lui à la vitesse lumière ! Qui comprendra le Cœur de Dieu ? Et c’est pourquoi, jour après jour, il nous faut « revenir » au cœur de la Révélation chrétienne pour être délivré peu à peu de cette fausse image de Dieu qui nous emprisonne.

          D’ailleurs, dès que Marie fait une Apparition sur terre, les voyants n’ont pas peur mais sont fascinés autant par sa bonté que par sa beauté ! Elle met de suite en confiance par son regard de maternelle tendresse… A Lourdes, la petite Bernadette en témoigne merveilleusement :

          « Je l’ai vue ! Oh ! qu’elle est belle et que j’ai hâte d’aller la voir [2] ! Que mon âme était heureuse, bonne Mère, quand j’avais le bonheur de vous contempler ! Que j’aime à me rappeler ces doux moments passés sous vos yeux pleins de bonté et de miséricorde pour nous[3]… »   

              A Fatima, juste après la première Apparition de la Vierge, Lucie sera très éprouvée dans sa famille et face au curé. Décidée de ne plus revenir, elle pense que c’est une tentation du Démon. Elle le voit d’ailleurs une nuit déployer ses griffes pour l’emporter en enfer ! Pour reprendre confiance, il faudra qu’elle soit confrontée à la détermination de la petite Jacinta qui restera très ferme sur la vérité de l’Apparition. Quand Lucie exprime ses doutes, elle lui répond avec cette « évidence » des vérités de la foi :

« Non, ce n’est pas le Démon ! On dit que le Démon est très laid et qu’il est en dessous de la terre, en enfer. Cette Dame est si belle ! Et nous l’avons vue monter au Ciel [4]! »

Cette beauté de Marie traversera la culture chrétienne et sera si présente dans les œuvres artistiques, de la peinture à la musique en passant par la sculpture !… Malgré la terrible déchristianisation actuelle, on la retrouve étonnamment parfois dans la culture moderne : « Sergio Ramos, le footballeur emblématique du Réal de Madrid et la Roya, exprime sa foi par un splendide tatouage de la Vierge Marie sur son bras ! »

              Toujours et encore le signe décisif de la beauté !… Une splendeur maternelle qui ravit, en faisant participer à sa plénitude de grâce ! Vers la fin de sa vie, la petite Thérèse fera sur la « prédication mariale » une remarquable mise au point avec une étonnante justesse théologique.  Et notons, au passage, sa liberté d’expression évangélique pour l’époque ! Ecoutons-là attentivement :

« Pour qu’un sermon sur la Sainte Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable, faire ressortir ses vertus, dire qu’elle vivait de foi comme nous, en donner des preuves par l’Evangile…

On sait bien que la Sainte Vierge est la Reine du Ciel et de la terre, mais elle est plus Mère que reine, et il ne faut pas dire à cause de ses prérogatives qu’elle éclipse la gloire de tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu ! que cela est étrange ! Une Mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants ! Moi, je pense tout le contraire, je pense qu’elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus[5] ! »

En ce sens, Marie est si bien décrite à travers cette « Mer de cristal » de l’Apocalypse[6] : son « Fiat » perpétuel laisse la Lumière la traverser pour tous les enfants de Dieu ! C’est tout le contraire de la Bête qui « par ses prodiges égare les habitants de la terre ! » (Ap 13,14). L’orgueil enferme dans la violence et le désespoir… l’humilité laisse passer la Lumière du Christ, « doux et humble de Cœur » (Mt 11,29). Ainsi, « Dieu donne aux humbles l’éclat du salut ! » (Ps 149,4). Tel est le centre caché de toute la Bible…

 

                                                                                                             + Marie-Mickaël

 

 

[1] P. Dominique Barthélemy, Dieu et son image, ébauche d’une théologie biblique, Cerf 1973, p.47.

[2] André Ravier, Bernadette et son chapelet, Ed. Couvent Saint Gildard, 1958, p.73.

[3] Carnet Reine du Ciel, 12 mai 1866.

[4] Mémoires de Sœur Lucie, Carmel de Coïmbra, Compilation P. Luis Kondor, août 1997, p.72.

[5] Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes : derniers entretiens – Carnet jaunes, Cerf – DDB 1992, p.1103.

[6] « Et je vis comme une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom (666), debout près de cette mer de cristal ! » (Ap 15,2).




Lettre pastorale de Mgr Strickland : Erreur des évêques allemands et véritable développement de la doctrine

Lettre pastorale du 29 mars 2023.

« Le temps viendra certainement où les gens n’accepteront pas un enseignement solide, mais leurs oreilles seront avides de nouveauté et ils rassembleront toute une série d’enseignants selon leurs propres goûts ; et alors ils fermeront leurs oreilles à la vérité… » 2 Tim. 3, 4,5

L’apôtre Paul a adressé cet avertissement à son disciple Timothée dans la deuxième lettre qu’il lui a écrite. Certes, ce « temps » est venu à d’autres occasions tout au long de l’histoire de l’Église. Mais il ne fait aucun doute que cet avertissement est très révélateur de l’époque dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

Au début de la Lettre de Jude, l’Apôtre utilise une phrase d’une grande importance. La lettre a été écrite pour faire face à une fumée de confusion similaire à celle que nous observons dans l’Église primitive dans l’Église allemande et que nous vivons de plus en plus dans l’Église entière aujourd’hui. Les doctrines fondamentales de la foi chrétienne étaient contestées et, dans certains cas, rejetées et remplacées par l’erreur. Jude écrit : « Bien-aimé, étant très désireux de vous écrire au sujet de notre salut commun, j’ai jugé nécessaire de vous écrire pour vous appeler à lutter pour la foi qui a été transmise une fois pour toutes aux saints. »

Ce « une fois pour toutes » est toujours d’actualité – et il doit être défendu contre ceux qui cherchent à changer l’immuable. Nous devons « lutter pour cette foi ». Même certains dirigeants ordonnés disent aux fidèles, au milieu de toute la fumée de notre confusion théologique actuelle, que certains enseignements et pratiques errants sont un « développement de la doctrine ». Mais ce concept de développement est utilisé à tort comme couverture pour tenter de changer ce qui est immuable.

Le 28 novembre 2012, Son Éminence le cardinal Daniel Dinardo m’a ordonné quatrième évêque catholique de Tyler, Texas, dans un petit auditorium juste en bas de la rue de la cathédrale de l’Immaculée Conception et de son école primaire paroissiale, St. Gregory.

L’auditorium m’était très familier car à plusieurs reprises j’avais rejoint les étudiants dans leurs comédies musicales annuelles dans le même auditorium. Mais ce jour-là, les enfants m’ont rejoint pour ce qui est probablement le jour le plus important de ma vie.

C’est sur cette scène, devant 1 800 personnes, que Son Éminence, lors du rite d’ordination, m’a posé plusieurs questions, dont deux sont essentielles à ma mission d’évêque. Premièrement : « Êtes-vous résolu à être fidèle et constant dans la proclamation de l’Évangile du Christ ? et deuxièmement : « Êtes-vous résolus à maintenir le dépôt de la foi, entier et incorruptible, tel que transmis par les apôtres et professé par l’Église partout et à tout moment ? Ma réponse aux deux questions a été un  « Je le suis ! »

C’est à ce moment-là que le sens le plus profond de l’expression « dépôt de foi » a pris vie pour moi. J’ai également commencé à comprendre mon rôle dans l’enseignement magistral et mon appel sérieux, en tant que successeur des Apôtres, à la tâche permanente de « garder le dépôt de la foi » confiée par le Seigneur Jésus-Christ lui-même aux Apôtres et transmise depuis lors. Ces deux questions puissantes, et ma réponse à celles-ci, continuent de me guider dans mon rôle dans le magistère de l’enseignant et mon rôle de berger du troupeau de Jésus-Christ dans le diocèse catholique de Tyler, au Texas.

En tant que chrétiens baptisés, nous avons tous reçu, d’une manière ou d’une autre, ce dépôt de foi du Seigneur lui-même, transmis aux apôtres, ainsi que la charge d’en assurer la garde. Il s’agit d’un dépôt que nous ne pouvons et ne devons pas chercher à modifier. Le dépôt de la foi est la vérité, qui nous est donnée par Celui qui est le chemin, la vérité et la vie (Jean 14, 6). Il doit être transmis sans altération.

Jésus a clairement indiqué dans sa charge aux premiers apôtres d’enseigner aux nations « tout ce que je vous ai commandé ». Il a promis « sachez que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 18-20). Et il est toujours avec nous, par la puissance du Saint-Esprit, dans son Église. Il est le chef de son Église. Nous sommes membres de son corps mystique. Nous devons enseigner ce que la tête nous a donné à enseigner.

Malheureusement, certains s’efforcent de plus en plus de nier l’existence même d’un tel dépôt de foi. Et même par certains exerçant un ministère ordonné, pour changer l’immuable. L’exemple le plus flagrant et le plus évident de cette erreur s’est peut-être récemment produit en Allemagne. J’affirme et soutiens une déclaration publiée par mon frère évêque, Son Excellence Donald J. Hying, le 21 mars 2023. L’intégralité de la déclaration peut être lue ici, dans le Catholic Herald du diocèse de Madison.

L’évêque a écrit :  » Depuis trois ans, les dirigeants de l’Église catholique d’Allemagne sont impliqués dans leur « Voie synodale », un processus de conversation et de décisions entre les évêques et les laïcs, concernant la doctrine et la pratique de l’Église, qui a récemment abouti à trois jours de vote sur des questions particulières. La majorité a approuvé la bénédiction des unions homosexuelles, l’ordination des femmes et des personnes transgenres, un changement fondamental dans l’autorité gouvernementale des évêques et une réécriture radicale de la moralité sexuelle catholique. »

Il ajoute, vers la fin de sa déclaration : « …Personne n’a le pouvoir de changer l’enseignement de l’Église, comme si la vérité donnée était malléable et s’adaptait à l’évolution des normes culturelles. Une telle voie conduirait à la fois à l’erreur et à la non-pertinence. Quand les gens m’expriment leur consternation face aux turbulences dans l’Église et aux nombreuses opinions contradictoires sur la doctrine et la morale, je réaffirme simplement que la Foi ne change pas. Nous avons les Écritures, la Tradition et le Catéchisme. »

Je me joins à mon frère évêque dans cette réaffirmation que la foi ne change pas. Je le remercie également pour la clarté et la charité qui se reflètent dans sa déclaration du 21 mars. Dans cette lettre, je souhaite aborder la tentative d’utiliser une fausse notion du concept de « développement de la doctrine » pour changer une doctrine immuable.

Le concept de « développement de la doctrine » n’est pas en soi une doctrine. C’est une théorie par laquelle nous expliquons comment notre compréhension de la doctrine s’approfondit et se développe, et comment notre expression de la doctrine immuable peut également se développer. À la suite de la canonisation bien accueillie du cardinal saint John Henry Newman, il semble y avoir un effort concerté de la part de certains pour utiliser à mauvais escient son enseignement sur le développement de la doctrine comme moyen de promouvoir de faux enseignements. C’est une trahison de l’enseignement de ce Saint.

Pour son Essai sur le développement de la doctrine chrétienne de 1845, le cardinal Saint John Henry Newman s’est inspiré du moine et théologien du Ve siècle, Saint Vincent de Lérins. Les écrits de ce saint sur la bonne compréhension du développement de la doctrine se trouvent dans ce qu’on appelle le Commonitorium. Dans un article paru dans First Things intitulé « Quatre idées sur le développement », Michael Pakaluk, professeur d’éthique à l’Université catholique d’Amérique, a expliqué :

« Si vous lisez effectivement le traité Commonitorium de saint Vincent de Lérins – souvent cité comme l’origine de la théorie du développement – ​​vous verrez que sa principale préoccupation est de montrer que la foi ne change jamais. La devise du pape Jean-Paul II pour le tournant du millénaire était « Jésus-Christ est le même, hier, aujourd’hui et demain ».

Le pape Saint Jean-Paul II citait la Lettre aux Hébreux (Hébreux 13, 8). L’utilisation abusive de la théorie du développement de la doctrine pour tenter de changer ce qui est immuable est davantage un mauvais fruit découlant d’un développement doctrinal dangereux et croissant. Relativisme au sein de l’Église catholique qui, parfois, semble même nier l’existence même de la vérité objective.

Le 18 avril 2005, à la veille de la convocation au cours de laquelle il serait choisi pour succéder à Pierre et prendre le nom de Benoît XVI, le cardinal Joseph Ratzinger a prononcé une homélie dans laquelle il a mis en garde contre les dangers de propagation de ce type de relativisme dans le pays. l’enseignement de l’Église qu’il a aimé et servi avec tant de fidélité. Voici ses paroles, qui semblent étrangement encore plus importantes à l’heure actuelle :

« …Combien de vents doctrinaires avons-nous connus au cours des dernières décennies, combien de courants idéologiques, combien de façons de penser… Le petit bateau de la pensée de nombreux chrétiens a souvent été ballotté par ces vagues – projeté d’un extrême à l’autre. : du marxisme au libéralisme, voire au libertinage ; du collectivisme à l’individualisme radical ; de l’athéisme à un vague mysticisme religieux ; de l’agnosticisme au syncrétisme, etc.

« Chaque jour de nouvelles sectes se créent et se réalise ce que dit saint Paul de la supercherie humaine, avec une ruse qui cherche à les entraîner à l’erreur (cf. Ep. 4, 14). Avoir une foi claire, basée sur le Credo de l’Église, est souvent qualifié aujourd’hui de fondamentalisme. Alors que le relativisme – qui consiste à se laisser ballotter et « emporter à tous les vents de l’enseignement » – apparaît comme la seule attitude acceptable dans les standards d’aujourd’hui. Nous nous dirigeons vers une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme certain et qui a pour objectif le plus élevé son propre ego et ses propres désirs.»

Le cardinal Joseph Ratzinger, futur pape Benoît XVI, poursuit dans cette homélie, en appelant l’Église à une « foi adulte » :

« Cependant, nous avons un objectif différent : le Fils de Dieu, véritable homme. Il est la mesure du véritable humanisme. Être « adulte » signifie avoir une foi qui ne suit pas les vagues des modes d’aujourd’hui ni les dernières nouveautés. Une foi profondément enracinée dans l’amitié avec le Christ est adulte et mûre. C’est cette amitié qui nous ouvre à tout ce qui est bon et nous donne la connaissance de juger le vrai du faux et la tromperie du vrai.

« Nous devons devenir mûrs dans cette foi adulte ; nous devons guider le troupeau du Christ vers cette foi. Et c’est cette foi – la foi seule – qui crée l’unité et prend forme dans l’amour. Sur ce thème, saint Paul nous offre de belles paroles — en contraste avec les hauts et les bas continus de ceux qui étaient comme des enfants ballottés par les vagues : (dit-il) faire la vérité dans l’amour, comme formule de base de l’existence chrétienne. En Christ, la vérité et l’amour coïncident. Dans la mesure où nous nous rapprochons du Christ, dans notre propre vie, la vérité et l’amour se confondent. L’amour sans vérité serait aveugle ; la vérité sans amour serait comme ‘un gong qui retentit ou une cymbale qui retentit’ (1 Cor. 13,1).»

En effet, les évêques, tout le clergé, les religieux, les consacrés et les laïcs de l’Église, devraient continuellement réfléchir dans la prière sur ce beau dépôt de foi. Nous devons nous efforcer de le connaître, de le comprendre, de l’aimer, de l’enseigner fidèlement et de le vivre. C’est le véritable critère de mesure de cette foi mûre à laquelle le regretté pape Benoît XVI nous a tous appelés dans l’homélie citée ci-dessus.

Sous l’inspiration du Saint-Esprit, nous pouvons et devons rechercher des manières toujours nouvelles de présenter et d’appliquer le dépôt de la foi. C’est la bonne compréhension du développement de la doctrine. Mais nous n’avons ni le droit de changer la doctrine ni l’autorité de la modifier.

Tous les évêques doivent suivre la promesse solennelle, celle que nous avons faite lors de notre ordination épiscopale, de « conserver le dépôt de la foi, entier et incorruptible, tel que transmis par les apôtres et professé par l’Église partout et à tout moment ». C’est un devoir sacré.

Elle s’impose également à tout le clergé, voire à tous les membres de l’Église. Pour les évêques, si nous manquons à notre devoir, non seulement nous ferons souffrir les fidèles, mais nous offenserons Dieu – et nous ferons face à de graves conséquences pour ne pas avoir respecté la mission qui nous a été confiée lors de notre ordination épiscopale.

En conclusion : même si la compréhension de l’Église de ce corps d’enseignement, de ce dépôt sacré, peut se développer et se développe correctement dans la manière dont il s’exprime, et s’approfondit dans la manière dont il est compris, elle ne peut jamais être modifiée dans sa substance.

Le Catéchisme de l’Église catholique note : « Les apôtres ont confié le dépôt sacré de la foi [le depositum fidei ; voir 1 Tim. 6, 20 ; 2 Tim. 1, 12-14] contenus dans la Sainte Écriture et la Tradition, à toute l’Église. En adhérant à (cet héritage) le peuple saint tout entier, uni à ses pasteurs, reste toujours fidèle à l’enseignement des apôtres, à la fraternité, à la fraction du pain [l’Eucharistie] et aux prières. Ainsi, dans le maintien, la pratique et la profession de la foi transmise, il doit y avoir une remarquable harmonie entre les évêques et les fidèles » (CEC, n. 84).

Mgr Joseph Strickland, 29 mars 2023




Lettre pastorale de Mgr Strickland aux fidèles avant le Synode sur la synodalité

22 août 2023

Mes chers fils et filles dans le Christ :

Que l’amour et la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ soient toujours sur vous !

En ces temps de grande agitation dans l’Église et dans le monde, je me dois de vous parler d’un cœur de père pour vous avertir des maux qui nous menacent et pour vous assurer de la joie et de l’espérance que nous avons toujours en notre Seigneur Jésus-Christ. Le message mauvais et faux qui a envahi l’Église, l’Épouse du Christ, est que Jésus n’est qu’un parmi d’autres, et qu’il n’est pas nécessaire que son message soit partagé avec toute l’humanité. Cette idée doit être rejetée et réfutée à chaque fois. Nous devons partager la joyeuse bonne nouvelle que Jésus est notre seul Seigneur, et qu’Il désire que toute l’humanité, pour tous les temps, puisse embrasser la vie éternelle en Lui.

Une fois que nous avons compris que Jésus-Christ, le Fils divin de Dieu, est la plénitude de la révélation et l’accomplissement du plan de salut du Père pour toute l’humanité et pour tous les temps, et que nous l’embrassons de tout notre cœur, nous pouvons alors aborder les autres erreurs qui affligent notre Église et notre monde et qui ont été provoquées par un éloignement de la Vérité.

Dans sa lettre aux Galates, saint Paul écrit : « Je m’étonne que vous abandonniez si vite celui qui vous a appelés par {la} grâce {du Christ} pour un autre Évangile {non pas qu’il y en ait un autre}. Mais il y a des gens qui vous troublent et qui veulent pervertir l’Évangile du Christ. Si nous-mêmes ou un ange du ciel vous annonçait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, que celui-là soit anathème ! Nous l’avons dit et je le répète, si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! (Gal 1:6-9)

En tant que père spirituel, je pense qu’il est important de réitérer les vérités fondamentales suivantes qui ont toujours été comprises par l’Église depuis des temps immémoriaux, et de souligner que l’Église existe non pas pour redéfinir les questions de foi, mais pour sauvegarder le dépôt de la foi tel qu’il nous a été transmis par Notre Seigneur lui-même par l’intermédiaire des apôtres, des saints et des martyrs. Encore une fois, en s’inspirant de l’avertissement de saint Paul aux Galates, toute tentative de pervertir le véritable message de l’Évangile doit être catégoriquement rejetée comme préjudiciable à l’Épouse du Christ et à chacun de ses membres.

  1. Le Christ a établi une seule Église – l’Église catholique – et, par conséquent, seule l’Église catholique fournit la plénitude de la vérité du Christ et le chemin authentique vers son salut pour chacun d’entre nous.
  1. L’Eucharistie et tous les sacrements sont divinement institués, et non développés par l’homme. L’Eucharistie est vraiment le Corps et le Sang, l’Âme et la Divinité du Christ, et le recevoir dans la Communion de manière indigne (c’est-à-dire dans un état de péché grave et impénitent) est un sacrilège dévastateur pour l’individu et pour l’Église. (1 Cor 11:27-29)
  1. Le sacrement du mariage est institué par Dieu. Par la loi naturelle, Dieu a établi le mariage entre un homme et une femme, fidèles l’un à l’autre pour la vie et ouverts à la procréation. L’humanité n’a ni le droit ni la capacité réelle de redéfinir le mariage.
  1. Chaque personne humaine est créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, homme ou femme, et tous les individus devraient être aidés à découvrir leur véritable identité en tant qu’enfants de Dieu, et non soutenus dans une tentative désordonnée de rejeter leur indéniable identité biologique et donnée par Dieu.
  1. L’activité sexuelle en dehors du mariage est toujours un péché grave et ne peut être tolérée, bénie ou jugée admissible par quelque autorité que ce soit au sein de l’Église.
  1. La croyance selon laquelle tous les hommes et toutes les femmes seront sauvés, quelle que soit leur manière de vivre (concept communément appelé universalisme) est fausse et dangereuse, car elle contredit ce que Jésus nous dit à plusieurs reprises dans l’Évangile. Jésus dit que nous devons « renoncer à nous-mêmes, nous charger de notre croix et le suivre ». (Il nous a donné le chemin, par sa grâce, de la victoire sur le péché et la mort par le repentir et la confession sacramentelle. Il est essentiel que nous accueillions la joie et l’espoir, ainsi que la liberté, qui découlent du repentir et de la confession humble de nos péchés. Grâce au repentir et à la confession sacramentelle, chaque bataille contre la tentation et le péché peut être une petite victoire qui nous conduit à embrasser la grande victoire que le Christ a remportée pour nous.
  1. Pour suivre Jésus-Christ, nous devons volontairement choisir de prendre notre croix au lieu d’essayer d’éviter la croix et la souffrance que Notre Seigneur offre à chacun d’entre nous individuellement dans notre vie quotidienne. Le mystère de la souffrance rédemptrice – c’est-à-dire la souffrance que Notre Seigneur nous permet d’expérimenter et d’accepter dans ce monde, puis de lui offrir en retour en union avec sa souffrance – nous ébranle, nous purifie et nous entraîne plus profondément dans la joie d’une vie vécue en Christ. Cela ne veut pas dire que nous devons apprécier ou rechercher la souffrance, mais si nous sommes unis au Christ, en faisant l’expérience de nos souffrances quotidiennes, nous pouvons trouver l’espoir et la joie qui existent au milieu de la souffrance et persévérer jusqu’à la fin dans toutes nos souffrances. (cf. 2 Tim 4:6-8)

Je vous exhorte, mes fils et mes filles dans le Christ, à vous assurer que le moment est venu de vous appuyer fermement sur la foi catholique de toujours. Nous avons tous été créés pour chercher le Chemin, la Vérité et la Vie, et en cette époque moderne de confusion, le vrai chemin est celui qui est éclairé par la lumière de Jésus-Christ, car la Vérité a un visage et c’est bien le sien. Soyez assurés qu’il n’abandonnera pas son Épouse.

Je reste votre humble père et votre serviteur,

Mgr Joseph E. Strickland

Évêque de Tyler