« L’horreur de l’Enfer ! » 1

1 – « large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition ! »

Mt 7,13

« La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu

en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur… »

Catéchisme de l’Eglise catholique, 1035

     Le terrible mystère de l’enfer est une « vérité de la foi » toujours délicate à aborder, et d’autant plus aujourd’hui où les notions de mal et de péché sont devenues relatives, jusqu’à être souvent dépassées, discréditées… c’est le dramatique glissement de « l’inversion des valeurs » où le mal est devenu peu à peu un bien et une soi-disant libération sans limites ; et voici que désormais le vrai, le bien et le beau inscrits dans la Création sont suspectés d’être un frein néfaste et oppressif pour l’homme d’aujourd’hui :  telle est le progressisme constant de nos sociétés dites « évoluées » !

Le bulldozer de l’évolution à « sens unique » vient  écraser toute résistance en écartant tôt ou tard tout dialogue pour arriver à ses fins… Comment ne pas deviner ici l’influence du Démon, à la fois subtile et puissante, sur l’égarement fou et normalisé de notre civilisation postmoderne ?

Alors, en préliminaire, mettons-nous à l’écoute d’une grande Sainte pour notre temps : Elisabeth de la Trinité ! Remarquable pianiste, elle a tant aimé la vie, la création, l’amitié et même s’habiller élégamment, belle époque oblige[1] ! Tout en étant très engagée dans sa paroisse, elle affectionnait les sorties, les amis, la mer, la montagne, la danse… elle aimait tout de la vie, mais elle en voyait le vrai sens : elle avait déjà cette sagesse des Saints qui font du Christ le centre et la passion de chaque instant de leur vie : « Il me semble que rien ne peut me distraire de Lui… même au milieu du monde, on peut l’écouter dans le silence d’un cœur qui ne veut être qu’à Lui [2] ! »

Elisabeth de la Trinité peut nous communiquer ce sens ultime de la vie qui vient faire échec aux ténèbres. Dans une de ses dernières lettres, qui nous est aussi destinée, elle écrivait avec beauté et gravité :

« L’heure approche où je vais passer de ce monde à mon Père, et avant de partir je veux vous envoyer un mot de mon cœur, un testament de mon âme. Jamais le Cœur du Maître ne fut si débordant d’amour qu’à l’instant suprême où Il allait quitter les siens ! (Jn 13,1). Il me semble qu’il se passe quelque chose d’analogue en sa petite épouse au soir de sa vie, et je sens comme un flot qui monte de mon cœur jusqu’au vôtre !… A la lumière de l’éternité, l’âme voit les choses au vrai point ; oh ! Comme tout ce qui n’a pas été fait pour Dieu et avec Dieu est vide ! Je vous en prie…  marquez tout avec le sceau de l’amour ! Il n’y a que cela qui demeure…

Que la vie est quelque chose de sérieux : chaque minute nous est donnée pour nous « enraciner [3]» plus en Dieu, selon l’expression de Saint Paul… Je vous laisse ma foi en la présence de Dieu, du Dieu tout Amour habitant en nos âmes. Je vous le confie : c’est cette intimité avec Lui « au-dedans » qui a été le beau soleil irradiant ma vie, en faisant déjà comme un Ciel anticipé[4]… »

Retenons ce « cri » d’Elisabeth qui vient interpeller notre vie actuelle quand elle affirme : « La vie est quelque chose de sérieux… Comme tout ce qui n’a pas été fait pour Dieu et avec Dieu est vide ! » C’est là que commence le glissement vers le non-sens abyssal des ténèbres qui peut mener à l’enfer…

Le Catéchisme de l’Eglise catholique nous prévient sur la « responsabilité » de chaque personne humaine dont les choix « persistants » en cette vie déterminent son éternité :

« Dieu ne prédestine personne à aller en enfer ; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu’à la fin. Dans la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes de ses fidèles, l’Eglise implore la miséricorde de Dieu, qui veut « que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir [5]» (2 P 3,9)

Et le Catéchisme nous avertit avec force et clarté pour nous délivrer de toute illusion et nous garder « vigilants » à demeurer coûte que coûte en état de grâce ! Sur la terre, tout passe… et nous avons à mener une lutte jour après jour pour ne pas louper le plus grand rendez-vous de nos vies : « Soyons dans la joie… car voici les noces de l’Agneau et son épouse s’est faite belle ! » (Ap 19,7). Laissons-nous encore enseigner et saisir par les vérités de la foi catholique issues de l’Evangile :

« Jésus parle souvent de la « géhenne » du « feu qui ne s’éteint pas[6] », réservée à ceux qui refusent jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir, et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le corps (Mt 10,28). Jésus annonce en termes graves qu’Il « enverra ses Anges qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité… et les jetteront dans la fournaise ardente ! » (Mt 13,41-42).

La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire…

Les affirmations de la Sainte Ecriture et les enseignements de l’Eglise au sujet de l’enfer sont un appel à la responsabilité avec laquelle l’homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un appel pressant à la conversion : « Entrez par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent ; mais étroite est la porte et resserré est le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent[7]! » (Mt 7,13-14)

Cette terrible réalité de l’enfer n’est pas une invention de l’Eglise, mais une vérité de la foi qui repose sur l’affirmation de la Parole de Dieu[8]. A une époque où règne un dangereux désert spirituel, on constate « un terrible silence » des pasteurs sur les conséquences éternelles du péché ! D’ailleurs, dans la prédication, qui parle encore du Purgatoire, de l’Enfer ou du Ciel ? Très peu de monde…

Où est donc passé le principe de « finalité » qui doit soulever toute la foi des chrétiens ? C’est parce que les choix de ma vie orientent toute mon éternité que mon regard de foi doit percevoir les réalités ultimes ! Alors, si le présent prépare à chaque instant l’éternité, avec quelle urgence le témoignage de la charité doit d’abord « retentir dans l’Eglise »… avant de déborder sur toutes les réalités sociales du monde. Saint Jean rapporte cette parole déterminante de Jésus qui traversera toute l’histoire de l’Eglise : « A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres ! » (Jn 13,35). Et l’on dira des premiers chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment ! »

L’enfer est la fermeture définitive à cet amour du Christ qui a donné sa vie sur la Croix pour que tous soient sauvés. Lors de plusieurs Audiences du mercredi, Le Pape Saint Jean-Paul II a abordé clairement ce mystère des fins dernières. Il a dit en particulier sur l’enfer :

« La «damnation» ne doit donc pas être attribuée à l’initiative de Dieu, car dans son amour miséricordieux, il ne peut vouloir que le salut des êtres qu’il a créés. En réalité, c’est la créature qui se ferme à son amour. La «damnation» consiste précisément dans l’éloignement définitif de Dieu librement choisi par l’homme et confirmé à travers la mort qui scelle pour toujours ce choix. La sentence de Dieu ratifie cet état. La foi chrétienne enseigne que, dans le risque du «oui» et du «non» qui distingue la liberté de la créature, certains ont déjà dit non. Il s’agit des créatures spirituelles qui se sont rebellées à l’amour de Dieu et qui sont appelées démons (cf. Concile du Latran IV: DS 800-801). Pour nous, êtres humains, leur vie résonne comme un avertissement: il s’agit d’un rappel constant à éviter la tragédie dans laquelle débouche le péché, et à modeler notre existence sur celle de Jésus qui s’est déroulée sous le signe du «oui» à Dieu.

La damnation demeure une possibilité réelle, mais il ne nous est pas donné de connaître, sans révélation divine particulière, quels êtres humains sont effectivement concernés. La pensée de l’enfer – et plus encore la mauvaise utilisation des images bibliques -, ne doit pas créer de psychose ni d’angoisse, mais représente un avertissement nécessaire et salutaire à la liberté, au sein de l’annonce selon laquelle Jésus le Ressuscité a vaincu Satan, nous donnant l’Esprit de Dieu, qui nous fait invoquer «Abba, Père» (Rm 8, 15; Ga 4, 6).

Cette perspective riche d’espérance prévaut dans l’annonce chrétienne. Elle est effectivement reprise dans la tradition liturgique de l’Eglise, comme en témoignent par exemple les paroles du Canon romain : «Accepte avec bienveillance, ô Seigneur, l’offrande que nous te présentons, nous tes ministres et toute ta famille… Sauve-nous de la damnation éternelle, et accueille-nous dans le troupeau des élus [9] ».

Durant ses nombreuses Apparitions, la Sainte Vierge revient régulièrement sur les conséquences éternelles du péché. Sa tendresse maternelle à notre égard la pousse à nous visiter et à nous avertir des dangers extrêmes d’une vie sans prière et sans conversion ! Elle vient faire résonner pour toute l’humanité le cri initial de son Fils dans l’Evangile : « Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout proche, convertissez-vous et croyez à l’Evangile ! » (Mc 1,15).

Et se convertir et croire à l’Evangile signifie « aimer » en suivant Jésus jusqu’à la plénitude de son Cœur ouvert sur la Croix… là, et pas ailleurs, est la victoire absolue sur l’enfer ! Comme dans le film de Mel Gibson « la Passion du Christ » : au moment où le Sauveur meurt sur la Croix, Satan est définitivement vaincu car le Ciel est à jamais « ouvert » et le salut est offert à chaque personne humaine ! Alors, laissons retentir en nos vies cet appel  biblique « majeur » à vivre  cette double vigilance du cœur qui n’en fait qu’une : celle de la prière incessante et de la charité sans limites ! On est là au cœur de l’Evangile :

« Veillez et priez en tout temps, afin d’avoir afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme ! » (Lc 21,36). Et l’Ancien testament nous avait déjà orientés vers cette vigilance intense du cœur : « Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore ! » (Ps 129,6) car « sa venue est certaine comme l’aurore ! » (Os 6,3).

Et selon l’Evangile, cette vigilance extrême du cœur pour « la Venue » du Seigneur doit aussi se manifester dans l’amour des pauvres qui nous entourent : aux pauvres de moyens comme aux pauvres de sens… Jean, le plus contemplatif des Apôtres l’a prophétisé :

« Les ténèbres s’en vont et la véritable lumière brille déjà… Quant à nous, aimons, puisque Lui nous a aimés le premier !… Et voici le commandement reçu de Lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère ! » (1 Jn 2,8 et 4,19 ;21).

                                                                                                      +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, 18 juillet 1880 – 9 novembre 1906. Voir mes deux livres : Une soif d’infini, Elisabeth de la Trinité, sa vie, son visage, le Jubilé, 2006 et Toucher l’Infini, Elisabeth de la Trinité, une spiritualité prophétique, le Jubilé, 2007.

[2] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Lettre 38, Cerf 1991, p.278.

[3] Col 2,7 et Ep 3,17

[4] Lettre 333.

[5] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1037.

[6] Mt 5,22 et 29 ; 13,42 et 50 / Mc 9,43-48.

[7] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1034 / 1035 / 1036.

[8] Pour ne citer que quelques passages : Mt 25,41-46 / Lc 12,5 / Lc 16,27-31 / Mc 9,43-48 / 1 Cor 6,9-10 / 2 Th 1,9 / Ap 21,8.

[9] Saint Jean-Paul II, Les fins dernières, la vie, la mort, le Ciel, le purgatoire, l’enfer / Audiences du mercredi, 28 juillet 1999.




Le feu purificateur du Purgatoire !

« N’hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis

et à offrir nos prières pour eux ! »

Saint Jean Chrysostome

      L’existence du Purgatoire est un effet de l’infinie miséricorde de Dieu. Il a inventé ce lieu pour l’ultime purification de beaucoup de ses enfants pas encore totalement traversés par son feu d’amour. Là s’achève leur transformation vers la sainteté pour rejoindre la Jérusalem céleste !…

Dès les premiers temps de l’Eglise, la tradition liturgique a mentionné l’existence d’un état après le passage de la mort : là, les âmes sont « purifiées » avant de parvenir au Ciel à la plénitude de la gloire. Cet état, la Tradition l’appelle « Purgatoire » qui vient du latin « purgare » (purifier, nettoyer, clarifier…). Ainsi, il ne s’agit pas ici d’une certaine approximation mais d’une vérité de foi. Le catéchisme de l’Eglise Catholique nous rappelle que le mystère du Purgatoire fait partie de la doctrine de la foi et qu’il est donc à recevoir avec sérieux par tous les croyants :

« Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du Ciel.

L’Eglise appelle « Purgatoire » cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L’Eglise a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence et de Trente. La tradition de l’Eglise, faisant référence à certains textes de l’Ecriture, parle d’un feu purificateur[1]. »

Sainte Catherine de Gênes a reçu de Dieu des lumières décisives  sur l’expérience de chaque âme au Purgatoire. Elle écrit en particulier dans son Traité sur le Purgatoire : « L’âme quittant le corps et ne trouvant pas en elle cette pureté dans laquelle elle a été créée, voyant aussi les empêchements qui retardent son union avec Dieu, comprenant que le Purgatoire peut seul les écarter, s’y jette d’elle-même promptement et volontairement… » Et Sainte Catherine poursuit avec une remarquable précision théologique : « L’âme est consciente de l’immense Amour et de la parfaite Justice de Dieu et, par conséquent, souffre de ne pas avoir répondu de façon parfaite à cet Amour, tandis que l’Amour même de Dieu la purifie des scories de son péché… Ainsi le cœur humain est-il envahi par l’amour de Dieu qui devient l’unique guide, l’unique moteur de son existence[2]. »

Sainte Faustine, prophète de la miséricorde, est aussi un témoin plus récent qui a visité le Purgatoire. Dans son « Petit journal », elle relate son expérience saisissante du Purgatoire :

« Je vis mon Ange Gardien qui m’ordonna de le suivre. En un instant, je me trouvai dans un endroit brumeux, rempli de feu, et là une multitude d’âmes souffrantes. Ces âmes prient avec ferveur, mais sans efficacité pour elles-mêmes, nous seuls pouvons les aider. Les flammes qui les brulaient ne me touchaient pas. Mon Ange Gardien ne me quittait pas un seul instant. Et je demandai à ces âmes quelle était leur plus grande souffrance. Elles me répondirent d’un commun accord, que leur plus grande souffrance était la nostalgie de Dieu…

J’ai vu la Mère de Dieu, visitant les âmes au Purgatoire. Les âmes l’appellent « Etoile de la mer ». Elle leur apporte du soulagement. Je voulais encore leur parler, mais mon Ange Gardien m’a donné le signal du départ… Depuis ce moment, je suis en relations plus étroites avec les âmes souffrantes[3] ! »

La réalité du Purgatoire contribue à nous donner un autre regard sur le sens du péché et du bonheur en nos vies. Oui, le Christ dans l’Evangile nous appelle tous à la seule plénitude dont la  joie ne passera pas… mais peu comprennent que le mystère de la Croix en est l’unique porte ! Il ne s’agit pas de ne plus aimer la vie, mais de tomber follement amoureux de Celui qui est « la Voie, la Vérité et la Vie ! » (Jn 14,6). N’est-ce pas le témoignage éloquent des Saints de toutes sortes et de tous les milieux qui sont la « la lumière du monde » à travers les siècles ? (Mt 5,14).

En effet, quand cet amour Unique habite nos cœurs ; alors nos épreuves sur la terre, souvent bien lourdes et incompréhensibles, ont un sens et deviennent des préparations purificatrices « si » nous les vivons dans la grâce de la foi, la puissance de l’amour et la force de la prière… ainsi, jaillit alors en nos vies « la lumière de l’espérance » qui nous prépare dans la patience à une autre Vie, belle au-delà de toute attente… Car dans l’amour infini et sauveur de Jésus-Christ, Dieu  nous appelle tous au bonheur éternel du Ciel dans son Royaume avec la multitude des Anges et des Saints!

Relisons souvent le Chapitre 21 de l’Apocalypse de Saint Jean pour nous laisser saisir par la beauté de « l’Epouse de l’Agneau… avec en elle, la gloire de Dieu ! » (Ap 21,9 et 11). N’oublions jamais que sur terre, « le désir du Ciel » est à cultiver en demandant souvent à la Sainte Vierge la grâce de « la persévérance finale » !

Le purgatoire témoigne enfin de l’infinie miséricorde de Dieu pour les pécheurs si fragiles que nous sommes… Le Saint Padre Pio avait cette réflexion si juste : « Le Purgatoire est doux car on y souffre pour l’amour de Dieu ! » Et il ajoutait cette vérité qui doit aussi traverser notre vie jusqu’au dernier instant :

« J’ai une telle confiance en Jésus que, même si je voyais l’enfer ouvert devant moi et que je me trouvais au bord de l’abîme, je ne douterai pas de Lui, je ne désespérerai pas, je me fierai à Lui ! Voilà la confiance que sa Bonté m’inspire… car s’Il ne m’avait pas tendu la main, qui sait combien de fois ma foi aurait vacillé, mon espérance et ma charité se seraient affaiblies et mon intelligence se serait obscurcie, si Jésus, Soleil éternel, ne l’avait pas illuminée !… Je reconnais que tout est l’œuvre de son Amour infini. Non seulement Il ne m’a rien refusé, mais je tiens à déclarer qu’Il m’a donné plus que je lui ai demandé[4] ! »

Le Purgatoire est « un lieu de douleur » où l’âme est purifiée du non-amour de ses  péchés en ayant une incessante nostalgie de Dieu… mais c’est aussi et surtout « un lieu d’espérance » où l’âme reçoit ce désir d’être transformée dans le feu de l’Amour : car au bout du tunnel, elle aboutira au Ciel

où éclatent la Lumière et la Joie de Dieu ! L’âme enfin traversée par l’infini bonheur du Très-Haut  se joindra « pour toujours » à la Cour céleste des Anges et des Saints ! Elle connaîtra enfin la gloire de la Miséricorde dans les bras du Christ Sauveur qui lui dira : « Au Vainqueur, je donnerai de la manne cachée ; je lui donnerai aussi un caillou blanc… portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit ! » (Ap 2,17).

                                                                                               +Marie-Mickaël

[1] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1030 – 1031.

[2] Citations tirées de la catéchèse sur Sainte Catherine de Gênes (1447-1510) du Pape Benoît XVI le 12 janvier 2011.

[3] Sainte Faustine, Petit Journal, n° 20.

[4] Saint Padre Pio, Lettre au Père Agostino, 2 décembre 1912.




Tous saints en Marie ! Les saints du 3°millénaire naîtront du Cœur Immaculé de Marie !

« Heureuse et mille fois heureuse est l’âme ici-bas,

à qui le Saint-Esprit révèle le secret de Marie… »

Saint Louis Marie de Montfort

Le secret de Marie, 20

         Nous avons tous à mieux découvrir les voies du Saint Esprit dans l’œuvre du salut pour éclairer et fortifier notre foi en Jésus-Christ. Et c’est pourquoi il faut toujours revenir à ce si simple et indicible mystère « Source » qu’est l’Annonciation. Là, l’Esprit fait par Marie[1] et en Marie « l’œuvre indicible » du Verbe fait chair ! Et ce que laisse pressentir les paroles de L’ange devrait nous bouleverser : « L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu ! » (Lc 1 ,35). Il faut peser chaque mot et chaque promesse car ici, tout bascule, tout commence et se renouvèle dans un monde qui était si loin de Dieu… et auquel Dieu se lie et se livre à jamais !

Il faudrait revenir ici à l’expérience « unique » du prophète face à fidélité de Dieu qui est folle, démesurée car « ce jour-là, Osée a compris, et on n’avait jamais compris avant lui, quels étaient les motifs secrets de la jalousie de Dieu. Que cette jalousie, c’était en réalité l’envers, et en même temps la pierre de touche, d’un sentiment qu’on aurait jamais imaginé chez le Créateur à l’égard de sa créature : que Dieu soit amoureux de sa créature, amoureux de ce qui ne tient sa vie que de lui… et cependant il ne s’agit pas seulement de pitié, de compassion, de « se pencher vers », il s’agit d’aimer. Or, il n’y a pas d’amour sans admiration… dans la pitié, il y a la certitude qu’on est mieux placé que l’autre, on se penche vers la misère de l’autre, tandis qu’un amour authentique dit toujours admiration. Et quand Dieu dit qu’il aime, c’est très grave, cela voudrait dire qu’il admire… Oh ! que le miséricordieux en soit attendri tant qu’on voudra, mais qu’il aime[2] ? »

Il est capital d’être habité par cette découverte incontournable du prophète Osée si l’on veut quelque peu approcher la folie de l’Amour de Dieu dans le mystère de l’Incarnation…  et que Saint Jean a résumé d’une phrase qui traverse les siècles : « Dieu est Amour ! » (1 Jn 4,16). Et « le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ! » (Jn 1,14).

Et le plus grand des mystères s’est opéré dans le sein d’une jeune fille de Nazareth : « Et le nom de la vierge était Marie ! » (Lc 1,27).   il faut ici en percevoir toutes les conséquences : de la Visitation au pied de la Croix (Jn 19,26-27) et de la Pentecôte (Ac 1,14) à l’Assomption ; nous avons à découvrir combien l’Esprit est toujours intimement uni à son Epouse. Ils sont à jamais liés dans le Cœur de l’Eglise pour une mystérieuse fécondité… Un des grands chantres de Marie l’a proclamé :

« Marie a produit, avec le Saint-Esprit, la plus grande chose qui ait été et sera jamais, qui est un Dieu-Homme, et elle produira conséquemment les plus grandes choses qui seront dans les derniers temps… La formation des grands saints qui seront sur la fin du monde lui est réservée ; car il n’y a que cette Vierge singulière et miraculeuse qui peut produire, en union du Saint-Esprit, les choses singulières et extraordinaires… Quand le Saint-Esprit, son Epoux, l’a trouvée dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment et autant qu’elle donne place à son Epouse[3]… »

Ce mystère de l’Union sacrée entre l’Esprit et Marie pour la sanctification des élus a ses prophètes à travers plusieurs  grands saints de l’époque récente[4]… mais ils ne font qu’annoncer l’apogée des « grands saints des derniers temps » entrevue par De Montfort : ils seront enfantés dans le sein de Marie selon une intuition magistrale du plus grand des Pères de l’Eglise :

« Saint Augustin se surpassant soi-même et tout ce que je viens de dire, dit que tous les prédestinés, pour être conforme à l’image du Fils de Dieu, sont en ce monde cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris, entretenus et agrandis par cette bonne Mère, jusqu’à ce qu’elle les enfante à la gloire, après la mort, qui est proprement le jour de leur naissance, comme l’Eglise appelle la mort des justes. O mystère de grâce inconnu[5] !… »

La sainteté du 3°millénaire sera démesurément « mariale » dans l’humilité de la Vierge et la puissance du Saint-Esprit : là, les plus petits brilleront de l’invincible tendresse du Cœur Immaculé de Marie… car son Cœur est le « Refuge » unique et secret des derniers temps en lequel, face à Dieu, nous serons « Saints et immaculés en sa présence dans l’amour… » (Ep 1,4)

                                                                                          +Marie-Mickaël

 

[1] Elle est celle dont l’abandon personnel à Dieu, l’amour pour Dieu, l’humilité furent tels que Dieu put naître d’elle… L’Incarnation eût été tout aussi impossible sans le « voici la servante du Seigneur » de la Vierge que sans la volonté du Père ! » Antoine Bloom, Evêque orthodoxe, L’école de la prière, Seuil 1972, p. 151-152.

[2] Dominique Barthélémy, op., Dieu et son image, ébauche d’une théologie biblique, Cerf 1973, p. 159-160.

[3] Saint Louis-Marie de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 35-36.

[4] Pensons à Saint Jean Bosco, Sainte Bernadette de Lourdes, Saint Maximilien-Marie Kolbe, Saint Padre Pio… et tant d’autres !

[5] Saint Louis-Marie de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 33.




« Lui ouvrir dès qu’il viendra ! »

« Soyez semblables à des gens qui attendent leur Maître à son retour de noces,

afin de lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera !

Heureux ces serviteurs

que le Maître, à son arrivée, trouvera fidèles à veiller ! » (Luc 12,36-37)

     Dans les temps qui sont les nôtres, revenons d’urgence aux Evangiles des temps de la fin. Il ne s’agit pas d’une fuite vers l’avant…  mais d’une foi  habitée par le réalisme eschatologique de la Parole de Dieu : « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour va venir votre Maître ! » (Mt24,42). Car selon l’Evangile, la « Source » de l’Amour résonne à travers deux appels qui viennent frapper à notre porte : d’abord, l’appel au silence du cœur pour laisser résonner « le cri » de l’incessante prière vers la Présence cachée, mystérieuse, mais non moins réelle du Seigneur ressuscité. N’a-t-il pas affirmé avant de monter vers le Père : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps !… » (Mt 28,20). « Veillez et priez en tout temps ! » (Lc 21,36). Et aussi cet autre appel, indissociable du premier, où s’accomplit la plénitude de l’amour de Dieu : « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas !… Si Dieu nous a tant aimés, nous devons nous aimer les uns les autres ! (1 Jn 4,20 et 11) Telle est la Parole de Dieu qui nous interpelle, puisque proclamée par le plus contemplatif des Apôtres !

Ainsi, à la suite des Apôtres et des premiers chrétiens, les Saints et les Saintes de tous les temps sont les témoins lumineux de ces deux absolus de l’Evangile. Ils furent tous de grands priants débordants de charité fraternelle ! Mais la vie de certains a mis plus en relief l’un ou l’autre appel : pensons à Saint Bruno, fondateur des Chartreux, qui, par toute sa vie, a témoigné de cette vocation contemplative où, dans la solitude du désert, Dieu révèle son Visage… Dans un appel au silence fondé sur l’Evangile, n’écrivait-il pas à son meilleur ami :

« Quelle utilité, quelle joie divine la solitude et le silence du désert apportent à qui les aime, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience… Ici, on s’efforce d’acquérir cet œil dont le clair regard blesse l’Epoux d’amour et dont la pureté donne de voir Dieu ! Ici, on jouit d’un loisir sans oisiveté, on se repose dans une action tranquille. Ici, pour le labeur du combat, Dieu donne à ses athlètes la récompense désirée : une paix que le monde ignore et la joie dans l’Esprit-Saint. Telle est la meilleure part que Marie a choisie (Lc 10,42) et qui ne sera pas enlevée[1] ! »

Ecoutons maintenant un Saint Vincent de Paul qui fût pour les plus pauvres ce merveilleux visage du Christ : « Les âmes humbles, simples et charitables sur la terre, sont des soleils que Dieu dans le Ciel montrent aux bienheureux qui l’entourent… car dans l’autre monde, ce seront les pauvres qui ouvriront les portes à leurs bienfaiteurs[2] ! »

Quelles merveilles a fait naître l’Evangile pour nous tous dans l’histoire de l’Eglise ! Et il nous faut retrouver d’urgence cette indicible joie de veiller dans la prière et dans l’amour… avec ce bonheur d’attendre avec patience car nous n’avons qu’une vie pour dire à Dieu : « Je t’aime plus que tout ! » N’est-il pas notre Créateur et notre Sauveur ? Les Saintes et les Saints l’ont proclamé par toute leur vie : la persévérance dans « l’attente joyeuse » est le signe lumineux de la grâce et de l’élection ! Cela vient contredire avec force « l’immédiateté » consommatrice de notre civilisation décadente… car Il y a un « bonheur de la patience » fondé sur la force de l’humilité qui vient nous délivrer de l’orgueil de vouloir dominer toujours et partout ! Dans une entreprise comme dans une vie, ceux et celles qui ne voient que la performance deviennent inhumains… ils sont devenus incapables de cette « écoute miséricordieuse » qu’a eu le Christ avec les pauvres et les pécheurs que nous sommes tous !

Je pense ici à une remarque de sagesse sur la mission de Saint Jean Chrysostome qui affirmait :

« Dieu ne nous demande pas de réussir mais de travailler ! Or, notre travail ne sera pas moins récompensé parce qu’on ne nous aura pas écoutés… Le Christ savait bien que Judas ne se convertirait pas et pourtant jusqu’à la fin il essayait de le convertir, en lui reprochant sa faute dans les termes les plus touchants : « Ami, pourquoi es-tu venu ? » (Mt 26,50). Or, si le Christ, le modèle des pasteurs a travaillé jusqu’à la fin à la conversion d’un homme désespéré, que ne devons-nous pas faire pour ceux envers qui il nous est ordonné de toujours espérer[3] ! »

Cet élan de gratuité des « pauvres de cœur » est déjà l’œuvre de l’espérance : ils désirent sans cesse la victoire de la Lumière et de l’Amour… mais ils sont libres face à  l’immédiateté de l’issue et de la réussite que Dieu seul donnera par des chemins qui nous échappent ! Cela vaut autant pour la mission que pour la conversion : l’important n’est pas de réussir mais de se battre jusqu’au bout ! La Tradition de l’Eglise appelle ce trésor le don de la « persévérance finale ». Cela implique que notre cœur soit habité par « un incessant désir » qui soulève notre prière ! Car « le cœur qui crie » brûle d’un amour déjà éternel comme l’a admirablement découvert Saint Augustin :

« Tout mon désir est devant Toi ! » (Ps 37,10). Non pas devant les hommes qui ne sauraient voir le cœur ; mais c’est « sous tes yeux que sont mes désirs… Et mon Père qui voit dans le secret te le rendra ! »(Mt 6,6). Car ton désir, c’est ta prière ; et si ton désir est continuel, ta prière est continuelle. Aussi, n’est-ce pas en vain que l’Apôtre a dit : « Priez sans cesse ! » (1 Th 5,17)… mais je ne crois pas que nous puissions le faire sans relâche.  Il est cependant dans l’âme une autre prière incessante, qui est le désir. Quoi que tu fasses, tu ne cesses point de prier, si tu désires le repos du Ciel. Si donc tu ne veux pas interrompre ta prière, n’interromps pas ton désir. Un désir incessant est une voix continuelle. Te taire, ce serait ne plus aimer. Qui donc se sont tus ? Ceux dont il est dit : « Et comme l’iniquité se multiplie, la charité de beaucoup se refroidira ! » (Mt 24,12). La charité qui se refroidit, c’est le silence du cœur ; la flamme de la charité au contraire est le cri du cœur ! Si ta charité demeure fervente, tu cries toujours ; si tu cries sans cesse, tu désires toujours[4] ! »

Ainsi, comme l’affirme Saint Paul : « Espérer ce que nous ne voyons pas, c’est l’attendre avec constance ! » (Ro 8,25). Et c’est sans aucun doute l’œuvre mystérieuse de l’Esprit au plus profond de notre cœur : « L’Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons pas prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables… et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu ! » (Ro 8,26-27).

                                                                                          +Marie-Mickaël

 

[1] Lettre à Raoul le Verd, Sources Chrétiennes, n° 88, p.71.

[2] Maximes spirituelles, 1576.

[3] Saint Jean Chrysostome (345-407), Commentaire Evangile de Saint Matthieu.

[4] Saint Augustin, Discours sur les psaumes, Psaume 37, n° 14, Tome1, Sagesses chrétiennes, Cerf 2007, p.553.




Les mystères cachés de l’Assomption à « la Maison de Marie » : partage d’un pèlerinage…

 Les mystères cachés de l’Assomption à « la Maison de Marie »

Partage d’un pèlerinage

La Vierge Marie, statue à l’entrée du sanctuaire. « Ils m’ont établie leur gardienne ».

      Venir en pèlerinage à « Meryemana Evi », la Maison de Marie sur la montagne prés d’Ephèse en Turquie, n’est plus aujourd’hui une démarche assez unique et solitaire puisque des centaines de milliers de pèlerins y montent chaque année ! Après la découverte de ce lieu marial unique à la fin du 19° siècle sur les révélations de la Bienheureuse Catherine Emmerich[1], la « Maison de Marie » n’a cessé d’attirer… et c’est l’un des sanctuaires les plus visités de la chrétienté[2].

A commencer par les derniers Papes dont la venue marque l’importance du lieu dans l’histoire de l’Eglise : le Pape Paul VI en juillet 1967, le Pape Saint Jean-Paul II le 30 novembre 1979 qui y célèbrera la Messe, et enfin le Pape Benoît XVI qui a vécu une journée de prière silencieuse en ce lieu marial béni et a célébré également la Messe devant une nombreuse assemblée :

Benoît XVI en prière dans la maison de Marie

« Avant la bénédiction finale, le Pape a voulu encenser l’icône de la Vierge Marie qui se trouve devant l’autel, et déposer aux pieds de la Vierge un chapelet blanc, en guise de don pour le sanctuaire et de souvenir pour son pèlerinage[3]… »

Il reste vrai que la visite de ce lieu où La Vierge Marie a vécu dans le silence et l’effacement les dernières années de sa vie invite au silence contemplatif et à l’humilité… cela nous rappelle aussi l’importance de la terre de Turquie dans l’histoire biblique qui commence en Genèse 12 avec la vocation d’Abraham à Harran (sud-ouest du pays)… et finit encore en Turquie avec l’Apocalypse de Saint Jean par les lettres aux 7 Eglises (Ap 2 et 3).

 

On est donc ici en présence d’un lieu unique de prière, de silence et de découverte : « Un lieu où des groupes de pèlerins chrétiens provenant du monde entier célèbrent la Sainte Messe dans la mémoire de l’Assomption au Ciel de Marie, et où de nombreux visiteurs, chrétiens et musulmans, s’arrêtent pour une prière silencieuse. La Vierge Marie donne beaucoup de grâces, surtout à ceux qui demandent avec foi et avec le cœur repenti de tout péché. La Vierge Marie vous attend, adressez-vous à Elle avec foi et dévotion[4]… »

Et si ce lieu béni nous a été donné par la Providence pour la fin des temps, comment oublier ici qu’il a été découvert à travers les révélations privées offertes par le Ciel à la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich. Ecoutons avec action-de-grâce le témoignage de ses visions sur le départ et l’Assomption de la très Sainte Vierge :

« Au crépuscule, quand elle se rendit compte que son heure approchait, la Sainte Vierge, suivant la volonté de Jésus, pris congé des Apôtres, des disciples et des femmes présentes. Et là, j’ai vu quelque chose d’émouvant et de merveilleux :

Son visage était radieux et serein comme dans sa jeunesse. Ses yeux, pleins d’une sainte joie, étaient tournés vers le Ciel. J’eus alors une vision merveilleusement touchante. Le toit de la cellule de Marie avait disparu, et à travers le ciel ouvert mon regard pénétra dans la Jérusalem céleste. Il en descendit deux nuées éclatantes où se montraient de nombreux anges. Entre ces deux nuées une voie lumineuse s’abaissa vers la Sainte Vierge ; puis une montagne de lumière parut s’élever de Marie jusqu’à la Jérusalem céleste…

Elle étendit ses bras vers le Ciel avec un désir infini ; son corps fut soulevé et plana au-dessus de sa couche. Je vis son âme, comme une lueur brillante infiniment pure, sortir de son corps, les bras étendus et monter sur la voie lumineuse jusqu’au Ciel… Je la vis entrer dans la Jérusalem céleste et monter vers le trône de l’adorable Trinité !… Jésus la reçut avec un amour tout divin, lui présenta comme un sceptre et lui montra la terre au-dessous d’elle, comme pour lui conférer un pouvoir spécial… Pierre, Jean et quelques autres disciples eurent sans doute la même vision, car ils avaient les yeux levés vers le ciel. Les autres étaient, pour la plupart, prosternés la face contre terre. Tout était inondé de lumière et de splendeur, comme au Jour de l’Ascension de Jésus-Christ[5] ! »

La petite chambre de la Vierge où eut lieu son Assomption

Les dernières années de la Sainte Vierge à Ephèse nous laissent deviner sa vie « cachée » dans le silence d’un amour sublime où règne l’humilité : elle s’abîme à chaque instant en cette pauvreté de cœur où elle contemple la vie et la Passion de son Fils Bien-aimé… Tout repasser (Lc 2,19) en son Cœur douloureux et Immaculé est son programme ! Car toute son espérance est tournée vers le jour de l’indicible Rencontre ! Et c’est pourquoi ce qui traverse sa vie doit influencer grandement la nôtre : Elle est pour nous le signe que Dieu n’est attiré que par l’effacement des petits et la passion des Saints pour le Sauveur !

Dans l’histoire du salut, la beauté de Dieu ne resplendit que dans la puissance de la Croix où triomphe l’Amour à travers une indicible douleur : tel est le mystère sans fond du Cœur ouvert de Jésus… et c’est pourquoi Marie et Jean furent pour toujours « traversés » et « habités » par cette vision d’un Dieu crucifié qui sauve l’humanité sur une Croix !

On le sent si bien quand on prie en silence dans la « Maison de Marie » : ce lieu empreint d’humilité pousse à se taire et ramène au cœur profond où Dieu seul parle… Ainsi, retenons le témoignage de cette petite Maison qui nous rappelle que l’essentiel de notre vie chrétienne est de rayonner l’amour de Jésus à partir du silence de la prière et de l’humilité de la Croix : la Femme splendide à l’indicible tendresse qui ne cesse de nous « appeler » à la conversion à travers ses Apparitions contemporaines (Ap 12,1)… est aussi la Mère de l’Eglise qui nous enfante dans la douleur (Ap 12,2) pour nous tourner vers le Sauveur !

D’une manière mystérieuse, elle est toujours « près de la Croix de Jésus » (Jn 19,25) pour rassembler les enfants de Dieu jusqu’au Jour où « apparaîtra dans le ciel le Signe du Fils de l’homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine ; et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire ! Il enverra ses Anges avec une trompette sonore, pour rassembler ses élus des quatre vents, d’une extrémité des cieux à l’autre… » (Mt 24,30-31).

Le temps est proche, préparons-nous plus que jamais en nous blottissant sur le Cœur Immaculé de Marie par la fidélité au Rosaire : La Vierge est notre Arche de tendresse pour vivre les épreuves des derniers temps  en restant « debout » dans l’espérance…

 

+Marie-Mickaël et Marie+Jacinta

 

 

[1] Catherine Emmerich a été béatifiée le 3 octobre 2004 par le Pape Jean-Paul II.

[2] Il attire environ huit cent mille visiteurs et pèlerins du monde entier chaque année.

[3] P. Oriano Granella, Recteur du Saunctuaire, MERYEMANA – Guide pour la visite au Sanctuaire de Maryemana et à l’histoire chrétienne d’Ephèse, 2011, p.62.

[4] Meryemana, op. cit., p.12.

[5] Bienheureuse Catherine Emmerich, Visions, Chapitre XV.




L’homélie choc du Cardinal Sarah à Sainte Anne d’Auray




La bataille, lettre de Mgr Strickland

Transcript of A Shepherd’s Voice – 23 juin 2025

Mes chers frères et sœurs en Christ,

Nous vivons à une époque où la bataille n’est plus cachée. Elle fait rage sur chaque front. Elle explose dans les cieux au-dessus des villes. Elle pénètre dans le sanctuaire. Elle transperce l’âme des fidèles. Et à travers tout cela, le cœur blessé du Christ bat encore – encore des appels – continue de saigner.

Les États-Unis ont lancé une attaque directe contre l’Iran. La menace d’une guerre mondiale n’est plus lointaine ou théorique. C’est ici. C’est maintenant. C’est le fruit d’un monde qui a rejeté la loi de Dieu, l’ordre de Dieu et la paix de Dieu. Quand les nations abandonnent le Prince de la Paix, la guerre suit. Il ne s’agit pas simplement de politique. C’est la conséquence du péché.

En même temps – l’Église – appelée à être la lumière dans l’obscurité – est elle-même engloutie dans la fumée. La bataille à l’extérieur est féroce. Mais la bataille à l’intérieur est pire.

Au fur et à mesure que des missiles sont lancés, nous devons nous demander : où est l’Église ? Où est sa voix claire ? Où est l’appel au repentir, la proclamation du Christ, la défense de la vérité ?

Pendant plus d’une décennie, nous avons enduré un pontificat sous le pape François qui a semé la confusion là où il aurait dû y avoir de la clarté. Il a permis aux idoles d’entrer dans les lieux saints. Il a fait l’éloge des hommes qui se moquent de la loi morale. Il a réduit au silence les bergers qui parlaient clairement. Il a commencé la campagne de restriction de la messe latine traditionnelle – la messe des saints, les martyrs, la mémoire de l’Église.

Nous avons maintenant un nouveau pape, Léon XIV.

Beaucoup espéraient que son élection apporterait la lumière. Et encore, nous prions pour lui. Nous honorons son bureau. Mais nous devons dire en toute vérité – le silence continue.

Le cardinal Victor Manuel Fernandez, auteur de Fiducia Supplicans, le document qui permet des bénédictions pour les couples de même sexe, reste en place.

Ce même cardinal a écrit un livre intitulé Heal Me with Your Mouth: The Art of Kissing, rempli d’un langage sensuel déguisé en théologie. Il a longtemps promu l’idée que la doctrine peut « changer dans son expression » – une trahison du Christ, qui est le même hier, aujourd’hui et pour toujours.

C’est l’homme qui supervise maintenant la doctrine de toute l’Église catholique.

Pourquoi le pape Léo ne l’a-t-il pas enlevé ?

Et puis il y a Fr. James Martin, S.J. – un homme qui affirme défile la Fierté, défend les relations homosexuelles et refuse d’appeler le péché comme c’est. Sous François, il est promu. Sous le pape Léon, il n’est toujours pas corrigé.

Et plus encore : le pape Léon a nommé des évêques qui remettent ouvertement en question l’enseignement de l’Église sur l’ordination des femmes – des hommes comme Shane Mackinlay (voir à la fin de cet article), aujourd’hui archevêque de Brisbane, qui a qualifié les femmes de « possibilité que l’Église devrait explorer ».

Et bien que la confusion soit intronisée dans l’Église, la messe latine traditionnelle est supprimée. Diocèse après le diocèse, elle est chassé des églises, de la vie des fidèles. La messe qui a formé les saints est maintenant traitée comme dangereuse.

Quel message cela envoie-t-il ?

Cela dit aux fidèle s: «Vous devez tolérer l’hérésie, mais vous ne vous agenouillerez peut-être pas au pas de l’ancien autel. Vous pouvez dire des bêtises, mais pas le latin. Vous pouvez interroger le Credo, mais ne murmurez pas le Confiteor dans le silence de la révérence.

C’est de la fumée.

Et beaucoup demandent : où est l’épée ?

Alors que la guerre se déroule dans le monde et que les festivités de trahison dans l’Église, nous devons nous rappeler : il ne s’agit pas seulement d’une bataille politique ou institutionnelle. C’est une guerre spirituelle.

Comme St. Paul écrit :

« Mettez-vous sur l’armure de Dieu, afin que vous puissiez vous opposer aux mensonges du diable. Car notre lutte n’est pas contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les dirigeants du monde de cette obscurité, contre les esprits de la méchanceté dans les hauts lieux » (Éphesiens 6:11-12).

Le diable orchestre le chaos.

Il est le père du mensonge, et ses mensonges sont maintenant prêchés avec des microphones dans les paroisses et repris dans des bureaux de chancellerie.

Il est le meurtrier dès le début – et sa culture de la mort gouverne maintenant les nations, alimente les guerres, massacre les enfants à naître, mutile les enfants et divise l’homme contre la femme, le prêtre contre le prêtre.

Il a même tourné une partie de l’Église contre elle-même.

Ce n’est pas un hasard si, de nos jours, les femmes religieuses sont placées dans l’autorité sur les communautés d’hommes, sur les séminaires, sur les congrégations du clergé. Ce n’est pas de l’humilité, c’est du désordre. Cela viole la structure même de l’autorité divine que le Christ lui-même a donnée à l’Église.

Tout cela est coordonné. Ce n’est pas simplement une confusion humaine. C’est une inversion diabolique.

Cependant, au milieu de la fumée et de la trahison, quelque chose de calme et de puissant se lève. Cela provient des foyers de familles fidèles. Des messes latines. Des prêtres qui osent prêcher la vérité même quand ils sont punis pour elle.

Tel est le petit reste prédit par l’Ecriture et redouté par l’ennemi.

La fraternité sacerdotale de Saint-Pierre, la Société de Saint-Pie X, l’Institut du Christ Prêtre Souverain et d’autres communautés de messes latines fidèles – sans parler des innombrables paroisses tranquilles du monde sont devenues des refuges de foi et de respect. Pas parfait, peut-être – mais fidèle. Pas révolutionnaire – mais enracinée.

Ces communautés ne cherchent pas le pouvoir. Elles sont à la recherche du Christ. Elless n’essayent pas de « faire reculer l’horloge ». Elles essaient de se rappeler ce que l’Église a appris avant d’essayer d’oublier.

Elles n’ont pas abandonné l’Église. Elles sont restés fidèles à ce qu’est l’Église – sainte, hiérarchisée, apostolique, mariale et eucharistique.

Ce reste augmente. Parce que les fidèles meurent de faim.

Si le champ de bataille est global et spirituel, alors le centre de la résistance doit être Eucharistique.

La Sainte Eucharistie n’est pas un symbole. Ce n’est pas un collage social pour un club de fraternité. C’est le Corps, le Sang, l’Ame et la Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est vraiment Emmanuel, Dieu avec nous. Et il est profané.

Combien de tabernacles sont ignorés chaque jour ? Combien reçoivent Notre Seigneur avec désinvolture, le péché toujours accroché à l’âme ? Combien de prêtres traitent la messe comme un spectacle de scène ?

Et pourtant, Il reste.

Le Sacré-Cœur attend toujours. J’adore toujours. Toujours des saignements.

Quelle doit être notre réponse?

Réparation.

Heures saintes. Jeûne. Actes d’amour. Visites du tabernacle. Messes offertes en silence et dévouement. De petits actes qui secouent l’enfer.

St. Padre Pio a dit :

« Il serait plus facile pour le monde de survivre sans le soleil que de se passer de la messe. »

Et pourtant, la messe est moquée, ignorée, et dans de nombreux endroits – réprimée. Mais les fidèles ne doivent pas l’abandonner. Ils doivent construire leur vie autour d’elle.

Dans cette guerre, l’autel est notre champ de bataille, et l’adoration est notre épée.

À tous les âges de l’obscurité, Notre-Dame se tient avec les fidèles. Elle est la nouvelle Eve. La Reine du Ciel. La Mère de l’Église.

Elle était là à la Croix quand les apôtres se sont enfuis. Elle est avec nous maintenant, sous la croix d’une église qui souffre.

À Fatima, elle nous a mis en garde contre les erreurs de la Russie – des erreurs qui s’étendraient et engloutiraient le monde dans le sang et la ruine. Nous voyons ces erreurs maintenant : l’athéisme, le matérialisme, l’effondrement de la famille, la confusion entre les sexes, la guerre.

Elle a également promis qu’à la fin, son Cœur Immaculé triompherait.

Mais d’abord, elle a demandé la pénitence, le Rosaire, la consécration et la réparation.

Elle ne nous appelle pas au réconfort. Elle nous appelle au combat.

Avec Marie à nos côtés et le Christ dans l’Eucharistie, nous n’avons pas peur.

Mes frères et sœurs, la guerre a commencé. Pas seulement les missiles. Pas seulement les hérésies. La guerre pour les âmes.

Nous devons nous battre – non pas avec la violence, mais avec la vérité. Pas avec la rage, mais avec l’amour. Pas avec des slogans, mais avec l’Évangile.

Permettez-moi de parler clairement :

N’abandonnez pas l’Église, quelles que soient ses souffrances.

Ne suivez pas les loups, aussi doux que soient leur ton.

Ne soyez pas étouffé par la peur ou soudoyé par le confort.

Soyez fidèle.

Prenez votre Rosaire comme une épée. Allez à la confession. Allez à l’adoration. Retour à la révérence. Retour au Christ. Il appelle. Il attend.

Ce n’est pas le moment de fuir. C’est le moment de se tenir debout.

Comme St. Jeanne d’Arc a dit :

« Je n’ai pas peur… Je suis née pour cela. »

Telles étaient les suivantes :

La fumée est épaisse. Mais l’épée est tirée.

L’heure de se battre est maintenant – où la bataille fait rage le plus.

Et donc, chers amis, nous soulevons la croix.

Nous nous confions au Sacré-Cœur de Jésus, au Cœur Immaculé de Marie, et à la direction sûre du Saint-Esprit. En cette période de guerre, de confusion et de silence, puissions-nous être retrouvés fidèles – brûlant de vérité, ancrés dans la charité, et ancrés dans le Christ.

Que le feu de Son amour consume toute peur.

Que sa lumière perce les ténèbres.

Que Sa vérité règne dans Son Église et dans le monde.

Et maintenant je vous bénis :

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Mgr Joseph E. Strickland

 

A propos de Mgr Mackinlay

18 juin 2025

Profondément préoccupé par le sort des fidèles de l’Église, je me sens obligé d’aborder la récente nomination de Mgr Shane Mackinlay comme archevêque de Brisbane par Sa Sainteté le pape Léon XIV. Si nous devons respect filial et obéissance au Saint-Père dans les domaines relevant de son autorité, cette nomination soulève de graves questions pastorales et doctrinales.

Mgr Mackinlay a publiquement exprimé son soutien à la possibilité d’ordonner des femmes au diaconat – une position qui non seulement crée une grave confusion, mais remet directement en cause l’enseignement et la tradition de l’Église catholique. Comme l’a déclaré sans équivoque le pape Jean-Paul II dans Ordinatio Sacerdotalis, « l’Église n’a aucune autorité pour conférer l’ordination sacerdotale aux femmes », et ce principe s’étend, par cohérence logique et théologique, au diaconat sacramentel, qui fait partie intégrante de l’Ordre sacré.

La volonté de redéfinir le diaconat pour y inclure les femmes n’est pas une question de discipline mineure ou d’adaptation pastorale : c’est une rupture avec la tradition ininterrompue de l’Église et un pas vers la remise en cause de la nature même du sacerdoce sacramentel. Si les femmes ont toujours occupé une place éminente dans l’Église – en tant que martyres, mystiques et saintes –, leur dignité ne se renforce pas en imitant les rôles masculins, mais en vivant pleinement la vocation unique que Dieu leur a donnée.

Nommer un évêque qui partage de telles opinions pour diriger un archidiocèse majeur est source de scandale et de division. Les fidèles méritent la clarté, non l’ambiguïté ; la fidélité, non l’expérimentation.

En cette période de confusion, j’encourage tous les catholiques à rester fermes dans la vérité transmise par les Apôtres. Le Christ est le Chef de l’Église, et son dessein pour les sacrements ne peut être altéré par la pression du monde ou par des tentatives de modernisation malavisées.

Prions pour l’archevêque Mackinlay, afin qu’il réaffirme son engagement envers l’enseignement immuable de l’Église. Et prions pour le pape Léon XIV, afin qu’il soit guidé par l’Esprit Saint pour nommer des pasteurs qui défendent la plénitude de la vérité catholique sans compromis.

Dans le Sacré-Cœur de Jésus,

Évêque Joseph E. Strickland

 




« L’intimité avec Notre-Seigneur sera beaucoup facilitée par notre dévotion à Marie »

A propos des fondements de la vie intérieure, on ne peut traiter de l’action du Christ, médiateur universel, sur son Corps mystique, sans parler aussi de l’influence de Marie médiatrice.

Plusieurs, disions-nous, se font illusion, qui prétendent parvenir à l’union à Dieu sans recourir constamment à Notre-Seigneur, qui est la voie, la vérité et la vie. Il y aurait aussi une erreur à vouloir aller à Notre-Seigneur sans passer par Marie, que l’Église appelle, dans une fête spéciale, Médiatrice de toutes les grâces. (…)

Sans aller jusqu’à cette déviation, il est des Catholiques qui ne voient certainement pas assez la nécessité de recourir à Marie pour arriver à l’intimité du Sauveur. Le Bienheureux (saint Louis Marie) Grignion de Montfort parle même de « Docteurs qui ne connaissent la Mère de Dieu que d’une manière spéculative, sèche, stérile et indifférente ; qui craignent qu’on abuse de la dévotion à la Sainte Vierge, qu’on fasse injure à Notre-Seigneur en honorant trop sa sainte Mère. S’ils parlent de la dévotion à Marie, c’est moins pour la recommander que pour détruire les abus qu’on en fait » ; ils semblent croire que Marie soit un empêchement pour arriver à l’union divine.

Il y a, dit saint Grignion de Montfort, un manque d’humilité à négliger les médiateurs que Dieu nous a donnés à cause de notre faiblesse. L’intimité avec Notre-Seigneur dans l’oraison nous sera beaucoup facilitée par une vraie et profonde dévotion à Marie.

 

P. Réginald Garrigou-Lagrange, OP, Les trois âges de la vie intérieure, ch. VI ; éditions Le Cerf, 1938




La mesure du charpentier : l’intégrité standard et doctrinale du Christ. Mgr Strickland

Bienvenue dans un autre épisode de « La Voix d’un berger ».

Un mur bien construit a quelque chose de profondément satisfaisant. Non pas une cloison sèche moderne avec des clous et des vis, mais un mur en pierre posé à la main ou une structure en bois dont la solidité repose sur un alignement précis. Et pour ce genre de travail, un outil est essentiel : le fil à plomb. Un simple poids suspendu à une corde révèle la verticale absolue, quoi que l’œil puisse suggérer.

Imaginez maintenant le Christ dans son atelier de menuiserie. Avant de prêcher une parabole, avant de guérir un aveugle, avant de gravir le Calvaire, il a façonné le bois. Et peut-être – comme le suggèrent la tradition et une imagination respectueuse – a-t-il utilisé les mêmes outils que tout artisan : une équerre, une règle et, oui, un fil à plomb.

L’image est pertinente, car le Christ n’est pas seulement le charpentier de Nazareth ; il est l’architecte de l’Église. Il ne construit pas sur du sable mouvant ni selon le consensus populaire. Il construit selon une mesure divine, et sa doctrine – ce qu’il a enseigné et transmis – est le fil à plomb.

Cet épisode de « La Voix d’un berger » s’intitule « La mesure du charpentier : la norme du Christ et l’intégrité doctrinale ». Nous allons examiner ce qu’est cette norme, pourquoi elle est immuable et comment l’Église, particulièrement aujourd’hui, doit s’y conformer.

À chaque génération, la tentation surgit de modifier légèrement la norme, d’adapter la doctrine à l’époque. Mais la vérité a un poids. Elle tombe du ciel, comme le fil à plomb du prophète Amos, comme l’outil tenu dans la main ferme du charpentier de Nazareth. On ne peut pas déplacer un fil à plomb. Et on ne peut pas incliner la doctrine sans s’éloigner du Christ.

Le prophète Amos nous en donne l’image : « Voici, l’Éternel se tenait sur un mur fait d’un fil à plomb, et il tenait un fil à plomb dans sa main. L’Éternel me dit : Que vois-tu, Amos ? Je répondis : Un fil à plomb. L’Éternel dit : Voici, je vais mettre un fil à plomb au milieu de mon peuple d’Israël ; je ne l’épargnerai plus. » (Amos 7:7-8).

L’image est claire. Dieu ne mesure pas Israël à l’aune de ses voisins ou de sa propre perception. Il la mesure à l’aune de sa propre justice, et elle se trouve tortueuse.

Le fil à plomb n’est pas punitif. Il est révélateur. Il montre le vrai et le faux, l’honnête et le voilé. Il ne plie pas. Il n’accommode pas. Il révèle simplement ce qui est.

Un fil à plomb n’est pas un instrument de compromis. Il ne vacille pas et ne se courbe pas contre le mur. Il révèle la vérité. Si le mur est tordu, ce n’est pas le fil à plomb qui est faux.

Il en va de même pour la doctrine. La révélation de Dieu est le fil à plomb tombé du ciel – sa vérité descendant dans notre monde, insensible aux vents du changement. C’est le Christ lui-même, le Verbe fait chair.

Pendant trente ans, le Christ a vécu caché à Nazareth. Le Créateur de toutes choses a travaillé le bois et la pierre – Lui qui soutient l’univers était obéissant au métier de père adoptif. L’imaginez-vous ? Penché sur l’établi, outils en main, patient et fort. Parmi ses outils, il y avait certainement le fil à plomb.

Il est venu redresser ce qui est tordu. Non pas en courbant le fil à plomb pour nous, mais en nous appelant à nous redresser selon sa mesure.

Et lorsqu’il enseignait, il enseignait avec autorité – ne modifiant jamais la vérité pour l’adapter à la foule, ne cédant jamais aux tergiversations des scribes. Il a dit : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Matthieu 24:35). Il est la mesure. Et il a confié cette mesure à l’Église.

La foi de l’Église n’est pas un ensemble de politiques à ajuster, ni une plateforme politique à négocier. Elle est le dépôt confié aux apôtres, l’héritage des saints, la règle de foi transmise intégralement.

Saint Paul écrit à Timothée : « Retiens le modèle des saines paroles que tu as entendues de moi, avec foi et dans l’amour qui est en Jésus-Christ. Garde le bon dépôt par le Saint-Esprit qui habite en nous » (2 Timothée 1:13-14).

Et aux Galates, il a averti avec une sainte sévérité : « Si nous-mêmes, ou un ange du ciel, vous annonçait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème ! » (Galates 1:8).

Telle est la mission apostolique : non pas innover, mais tenir bon. Et pourtant, combien il est tentant de tenter de « repousser le fil à plomb », de déformer la doctrine pour l’adapter à une époque en mutation. Mais un véritable fil à plomb ne cède pas. Si vous essayez de faire paraître droite une poutre tordue en tirant sur la corde, le fil retombera. Il est tout simplement impossible de la déplacer. De même, la vérité divine ne cède pas à la pression humaine.

Aujourd’hui, on nous dit que le monde a changé – et donc que l’Église doit changer. La loi morale doit évoluer, les commandements s’adoucir et la doctrine devenir plus « pastorale ». Mais on ne peut pas repousser un fil à plomb. On peut le repousser, il ne bougera pas.

On peut se plier, ou briser le mur, mais le fil reste.

Pensez à saint Athanase, qui a tenu bon face à l’hérésie arienne. Le monde entier semblait devenu fou. Évêques et empereurs, conciles et prêtres insistaient sur le fait que le Christ n’était pas consubstantiel au Père – qu’il n’était qu’une créature, bien qu’exaltée.

Mais saint Athanase resta ferme. Exilé à cinq reprises, qualifié de perturbateur de la paix, il ne nia pas pour autant la consubstantialité du Christ au Père. Il évaluait la doctrine à l’aune du charpentier, et non de la pression impériale.

Arius, prêtre d’Alexandrie, enseignait que le Fils de Dieu avait été créé par le Père et n’était donc pas coéternel. En bref, les ariens croyaient qu’« il fut un temps où il n’existait pas ».

Cela contredisait directement l’enseignement apostolique selon lequel Jésus est vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père – une doctrine que l’Église a formellement définie au concile de Nicée en 325 apr. J.-C. dans le Credo de Nicée.

Athanase tenait à la vérité immuable selon laquelle le Christ est consubstantiel au Père, même lorsque cela impliquait l’exil, la calomnie et la perte personnelle. L’Église n’avait pas encore défini dogmatiquement le terme « consubstantiel » lorsqu’Arius commença à propager son hérésie. Une pression politique et sociale énorme s’exerçait pour trouver un « terrain d’entente » et l’unité. Nombreux étaient ceux qui étaient prêts à abandonner la doctrine au nom de la paix.

Saint Jérôme écrivit plus tard : « Le monde entier gémissait et s’étonnait de se trouver arien. »

Mais Athanase le savait : la doctrine ne se construit pas par consensus. Elle se mesure à l’aune de ce qui a été transmis – ce qui est conforme à l’Évangile, au témoignage apostolique et à la révélation claire de la divinité du Christ. Il voyait clairement que si le Christ n’était pas vraiment Dieu, alors nous ne sommes pas vraiment sauvés.

Il aurait pu éviter le conflit en adoucissant sa position, mais il ne l’a pas fait. Tel un charpentier vérifiant le mur au fil à plomb, il a comparé l’enseignement à la norme et a déclaré : « Ceci n’est pas conforme.» Le fait qu’il ait été exilé cinq fois pour sa fidélité ne fait que prouver la justesse de sa mesure. Le mur était tordu, mais la ligne était droite. Comme le dit le dicton : « Athanase contre le monde ». Mais en réalité, c’était le monde qui était penché. Il ne faisait que tenir bon.

Sainte Jeanne d’Arc, condamnée comme hérétique par un clergé corrompu, est restée fidèle à sa mission et à sa foi. Elle mourut avec le nom du Christ sur les lèvres, non pas parce qu’elle s’était conformée, mais parce qu’elle refusait.

Autre exemple : sainte Catherine de Sienne. Tertiaire dominicaine, laïque – et non religieuse cloîtrée –, elle resta fidèle à la vérité malgré la corruption et la crise. Elle rappela le pape à Rome. Elle confronta les évêques, les prêtres, et même le Saint-Père lui-même – non pas avec arrogance, mais avec une charité surnaturelle. Elle écrivit : « Soyez ce que Dieu a voulu que vous soyez, et vous embraserez le monde.»

Et saint Ignace d’Antioche, au début du IIe siècle, écrivit sur son chemin vers le martyre : « Ne faites rien sans l’évêque, mais surtout écoutez la doctrine du Christ… Tenez ferme comme une enclume sous le marteau.» Il parlait des évêques comme d’une protection, mais pas seulement par leur fonction. Leur fonction n’est une protection que s’ils tiennent bon.

Pendant la révolte protestante, saint Thomas More préféra donner sa vie plutôt que de reconnaître un roi comme chef de l’Église. Il a dit : « Je suis le bon serviteur du roi, mais le premier de Dieu. » Il est mort pour un fil à plomb. Pour une norme invisible pour beaucoup, mais essentielle à la structure.

Ces saints ne recherchaient pas le conflit. Ils refusaient simplement de transiger avec la vérité. Le monde les qualifiait d’obstinés. L’Église les qualifie de saints.

Leur alignement sur le fil à plomb leur a coûté cher, mais leur a tout apporté.

Lorsque Pierre et Jean furent traduits devant le Sanhédrin et sommés de ne pas parler au nom de Jésus, ils répondirent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5:29).

Les premiers évêques de l’Église ont rendu témoignage non seulement en paroles, mais aussi par le sang.

Et saint Paul fut battu, emprisonné, naufragé, lapidé – et pourtant, il écrivit avec joie, depuis ses chaînes : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi » (2 Timothée 4:7).

Saint Jean, le dernier des premiers apôtres, a témoigné du Verbe incarné jusqu’à un âge avancé, protégeant la vérité des faux docteurs qui cherchaient à déformer l’identité du Christ.

Ces hommes n’étaient pas des innovateurs. Ils étaient des gardiens. Comme l’exhortait saint Jude aux premiers fidèles : « Combattez pour la foi transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 1, 3).

De tout temps, des pressions ont été exercées pour redéfinir la doctrine : pour adoucir les enseignements moraux, pour réinterpréter les dogmes, pour substituer les sentiments aux vérités.

Qu’est-ce que cela signifie pour nous ?

Cela signifie que nous ne pouvons pas nous fier simplement à l’opinion majoritaire, aux reportages, ni même à l’autorité humaine lorsqu’elle s’écarte de l’enseignement du Christ. Nous devons tout éprouver à l’aune de la mesure – la mesure du charpentier.

Les fidèles doivent se familiariser avec la vraie doctrine, non pas comme une liste d’interdits, mais comme la structure de la vie éternelle. Lisez le catéchisme. Étudiez les conciles. Connaissez les Écritures.

« Jésus-Christ, hier et aujourd’hui, et le même pour toujours » (Hébreux 13, 8).

Il ne change pas. Ses paroles ne changent pas. Et ceux qui s’attachent à lui ne doivent pas changer non plus.

Comme le pape Pie X l’a averti dans Pascendi Dominici Gregis : « Les véritables amis du peuple ne sont ni des révolutionnaires ni des novateurs, mais des traditionalistes.»

Nous ne nous accrochons pas aux choses anciennes pour elles-mêmes. Nous nous accrochons à la mesure du Christ – parce qu’elle est divine.

C’est la vérité du Christ, mesurée par sa propre main – la mesure du charpentier. Ne cherchons pas à la déplacer, mais à nous déplacer nous-mêmes. Bâtissons sur le roc, avec des murs tendus par la règle de sa Parole, et des cœurs façonnés par l’amour de la vérité.

De nos jours, nous avons vu le fil à plomb trembler, mais jamais rompu. Certaines déclarations du pape François ont malheureusement semé la confusion, car elles semblaient s’écarter de la mesure claire de l’enseignement du Christ.

Un exemple frappant est le Document sur la fraternité humaine de 2019, signé à Abou Dhabi, qui stipulait que « la diversité des religions… est voulue par Dieu dans sa sagesse ». Cela a provoqué une profonde confusion. L’Église a toujours enseigné que les fausses religions naissent de la quête de Dieu par l’homme, et que, même si des graines de vérité peuvent s’y trouver, une seule foi est révélée et voulue par Dieu dans sa plénitude : la foi catholique. Comme le dit saint Paul : « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Éphésiens 4, 5).

Parler comme si toutes les religions étaient également voulues par Dieu n’est pas de la miséricorde, c’est un décalage. Le fil à plomb n’est pas une mesure de sincérité, mais de vérité. Et la vérité a un nom : Jésus-Christ, qui a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14,6).

Prenons l’ambiguïté entourant la bénédiction des couples de même sexe. Si l’Église doit toujours accueillir chaque âme avec amour, sa doctrine ne peut se contredire : elle ne peut bénir ce qui est contraire à la loi de Dieu. Un fil à plomb ne se plie pas aux sentiments. Le Christ a accueilli la femme surprise en adultère, mais lui a aussi dit : « Va, et maintenant ne pèche plus » (Jean 8,11).

Dans de tels moments, les fidèles ne doivent ni paniquer, ni abandonner l’Église, mais se souvenir de la mesure du charpentier. Les paroles du Christ demeurent la règle. Nous ne sommes pas appelés à juger les cœurs, mais à nous attacher fermement à la vérité, surtout lorsque même les hautes fonctions de l’Église semblent fluctuer au gré du vent.

Alors que l’Église entre dans un nouveau chapitre avec l’élection d’un nouveau pape, nous espérons et prions pour qu’il prenne la mesure du charpentier avec révérence et détermination. Nous prions pour qu’il réoriente ce qui a été laissé pencher, clarifie ce qui est devenu confus et prêche la vérité non pas en termes vagues, mais avec l’audace des Apôtres. Un successeur de Pierre n’est pas appelé à réinventer l’Église, mais à fortifier ses frères et à garder le dépôt de la foi. Puisse-t-il être un homme qui se place sous le fil à plomb du Christ, et non au-dessus – et qui, ce faisant, contribue à ramener l’Église à une intégrité doctrinale visible.

Comme le dit le Psaume 18 :

« La loi de l’Éternel est sans tache, elle restaure les âmes ; le témoignage de l’Éternel est fidèle, il donne la sagesse aux tout-petits. » (Psaume 18:8).

Prions pour être en phase avec cette mesure. Ne dépassons pas le fil à plomb, ne l’ignorons pas, ne le déformons pas. Tenons-nous en dessous et redressons-nous.

Et si nous sommes trouvés tortueux ? Confessons-le et redressons-nous. L’Église n’est pas une maison tortueuse. C’est un temple bâti sur la pierre angulaire. Puissions-nous ne rien construire qui ne résiste à la mesure du charpentier.

Que le Seigneur, qui est la pierre angulaire et le maître d’œuvre de son Église, vous accorde la grâce de demeurer fermes dans la vérité, de marcher avec droiture dans la foi et d’être mesurés selon sa norme parfaite en toutes choses. Que vos cœurs soient fortifiés, vos esprits éclairés et vos vies alignées sur le fil à plomb du Christ, qui est la Vérité.

Et que la bénédiction de Dieu Tout-Puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, descende sur vous et demeure avec vous pour toujours. Amen.

Mgr Strickland




Jésus est avec nous à chaque instant…

Les Evangiles nous invitent à faire « l’expérience » de la Présence du Christ ressuscité à chaque instant ! Là est le cœur de notre foi catholique : le mystère de la Résurrection est le fondement même de l’envoi en mission (Mt 28,16-19) et Jésus l’affirme avec une telle amplitude dans le verset final de Saint Matthieu :

« Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ! » (Mt 28,20)

Ecoutons un instant la magnifique approche de Saint Jean Chrysostome :

« Comme il vient de leur faire des commandements d’une haute importance, il relève leur courage en ajoutant : « Et voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles », paroles dont voici la signification : Ne dites pas que les commandements que je vous fais sont difficiles, car je suis avec vous, moi qui rend toutes choses légères (Mt 11,20-30). Et il leur promet d’être, non seulement avec eux, mais encore avec tous ceux qui croiront après eux, car les Apôtres ne devaient pas vivre jusqu’à la fin des siècles, et le Seigneur s’adresse à tous les fidèles… »

Frères et sœurs bien-aimés, le mois de Marie approche et réjouissons-nous avec Elle et en Elle de cette Présence de Jésus vivant, qui nous fera traverser toutes les épreuves… car il vient irradier nos cœurs d’une paix et d’une joie que nul ne pourra nous ravir !

En ce samedi commence le temps de désert du « silence pascal »… J’aurais la joie début mai d’être un temps à Lourdes où je confierai vos intentions à Notre Dame ! Et je vous donne rendez au 17 mai pour le mois de Marie : nous y reviendrons sur l’importance du chapelet ou du Rosaire quotidiens et nous commencerons ensuite une méditation « urgente » de plusieurs semaines sur le « Cœur Immaculé de Marie », notre Arche bénie, pour vivre la fin des temps qui s’accélère…

+M Mickaël