La bataille, lettre de Mgr Strickland

Transcript of A Shepherd’s Voice – 23 juin 2025

Mes chers frères et sœurs en Christ,

Nous vivons à une époque où la bataille n’est plus cachée. Elle fait rage sur chaque front. Elle explose dans les cieux au-dessus des villes. Elle pénètre dans le sanctuaire. Elle transperce l’âme des fidèles. Et à travers tout cela, le cœur blessé du Christ bat encore – encore des appels – continue de saigner.

Les États-Unis ont lancé une attaque directe contre l’Iran. La menace d’une guerre mondiale n’est plus lointaine ou théorique. C’est ici. C’est maintenant. C’est le fruit d’un monde qui a rejeté la loi de Dieu, l’ordre de Dieu et la paix de Dieu. Quand les nations abandonnent le Prince de la Paix, la guerre suit. Il ne s’agit pas simplement de politique. C’est la conséquence du péché.

En même temps – l’Église – appelée à être la lumière dans l’obscurité – est elle-même engloutie dans la fumée. La bataille à l’extérieur est féroce. Mais la bataille à l’intérieur est pire.

Au fur et à mesure que des missiles sont lancés, nous devons nous demander : où est l’Église ? Où est sa voix claire ? Où est l’appel au repentir, la proclamation du Christ, la défense de la vérité ?

Pendant plus d’une décennie, nous avons enduré un pontificat sous le pape François qui a semé la confusion là où il aurait dû y avoir de la clarté. Il a permis aux idoles d’entrer dans les lieux saints. Il a fait l’éloge des hommes qui se moquent de la loi morale. Il a réduit au silence les bergers qui parlaient clairement. Il a commencé la campagne de restriction de la messe latine traditionnelle – la messe des saints, les martyrs, la mémoire de l’Église.

Nous avons maintenant un nouveau pape, Léon XIV.

Beaucoup espéraient que son élection apporterait la lumière. Et encore, nous prions pour lui. Nous honorons son bureau. Mais nous devons dire en toute vérité – le silence continue.

Le cardinal Victor Manuel Fernandez, auteur de Fiducia Supplicans, le document qui permet des bénédictions pour les couples de même sexe, reste en place.

Ce même cardinal a écrit un livre intitulé Heal Me with Your Mouth: The Art of Kissing, rempli d’un langage sensuel déguisé en théologie. Il a longtemps promu l’idée que la doctrine peut « changer dans son expression » – une trahison du Christ, qui est le même hier, aujourd’hui et pour toujours.

C’est l’homme qui supervise maintenant la doctrine de toute l’Église catholique.

Pourquoi le pape Léo ne l’a-t-il pas enlevé ?

Et puis il y a Fr. James Martin, S.J. – un homme qui affirme défile la Fierté, défend les relations homosexuelles et refuse d’appeler le péché comme c’est. Sous François, il est promu. Sous le pape Léon, il n’est toujours pas corrigé.

Et plus encore : le pape Léon a nommé des évêques qui remettent ouvertement en question l’enseignement de l’Église sur l’ordination des femmes – des hommes comme Shane Mackinlay (voir à la fin de cet article), aujourd’hui archevêque de Brisbane, qui a qualifié les femmes de « possibilité que l’Église devrait explorer ».

Et bien que la confusion soit intronisée dans l’Église, la messe latine traditionnelle est supprimée. Diocèse après le diocèse, elle est chassé des églises, de la vie des fidèles. La messe qui a formé les saints est maintenant traitée comme dangereuse.

Quel message cela envoie-t-il ?

Cela dit aux fidèle s: «Vous devez tolérer l’hérésie, mais vous ne vous agenouillerez peut-être pas au pas de l’ancien autel. Vous pouvez dire des bêtises, mais pas le latin. Vous pouvez interroger le Credo, mais ne murmurez pas le Confiteor dans le silence de la révérence.

C’est de la fumée.

Et beaucoup demandent : où est l’épée ?

Alors que la guerre se déroule dans le monde et que les festivités de trahison dans l’Église, nous devons nous rappeler : il ne s’agit pas seulement d’une bataille politique ou institutionnelle. C’est une guerre spirituelle.

Comme St. Paul écrit :

« Mettez-vous sur l’armure de Dieu, afin que vous puissiez vous opposer aux mensonges du diable. Car notre lutte n’est pas contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les dirigeants du monde de cette obscurité, contre les esprits de la méchanceté dans les hauts lieux » (Éphesiens 6:11-12).

Le diable orchestre le chaos.

Il est le père du mensonge, et ses mensonges sont maintenant prêchés avec des microphones dans les paroisses et repris dans des bureaux de chancellerie.

Il est le meurtrier dès le début – et sa culture de la mort gouverne maintenant les nations, alimente les guerres, massacre les enfants à naître, mutile les enfants et divise l’homme contre la femme, le prêtre contre le prêtre.

Il a même tourné une partie de l’Église contre elle-même.

Ce n’est pas un hasard si, de nos jours, les femmes religieuses sont placées dans l’autorité sur les communautés d’hommes, sur les séminaires, sur les congrégations du clergé. Ce n’est pas de l’humilité, c’est du désordre. Cela viole la structure même de l’autorité divine que le Christ lui-même a donnée à l’Église.

Tout cela est coordonné. Ce n’est pas simplement une confusion humaine. C’est une inversion diabolique.

Cependant, au milieu de la fumée et de la trahison, quelque chose de calme et de puissant se lève. Cela provient des foyers de familles fidèles. Des messes latines. Des prêtres qui osent prêcher la vérité même quand ils sont punis pour elle.

Tel est le petit reste prédit par l’Ecriture et redouté par l’ennemi.

La fraternité sacerdotale de Saint-Pierre, la Société de Saint-Pie X, l’Institut du Christ Prêtre Souverain et d’autres communautés de messes latines fidèles – sans parler des innombrables paroisses tranquilles du monde sont devenues des refuges de foi et de respect. Pas parfait, peut-être – mais fidèle. Pas révolutionnaire – mais enracinée.

Ces communautés ne cherchent pas le pouvoir. Elles sont à la recherche du Christ. Elless n’essayent pas de « faire reculer l’horloge ». Elles essaient de se rappeler ce que l’Église a appris avant d’essayer d’oublier.

Elles n’ont pas abandonné l’Église. Elles sont restés fidèles à ce qu’est l’Église – sainte, hiérarchisée, apostolique, mariale et eucharistique.

Ce reste augmente. Parce que les fidèles meurent de faim.

Si le champ de bataille est global et spirituel, alors le centre de la résistance doit être Eucharistique.

La Sainte Eucharistie n’est pas un symbole. Ce n’est pas un collage social pour un club de fraternité. C’est le Corps, le Sang, l’Ame et la Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est vraiment Emmanuel, Dieu avec nous. Et il est profané.

Combien de tabernacles sont ignorés chaque jour ? Combien reçoivent Notre Seigneur avec désinvolture, le péché toujours accroché à l’âme ? Combien de prêtres traitent la messe comme un spectacle de scène ?

Et pourtant, Il reste.

Le Sacré-Cœur attend toujours. J’adore toujours. Toujours des saignements.

Quelle doit être notre réponse?

Réparation.

Heures saintes. Jeûne. Actes d’amour. Visites du tabernacle. Messes offertes en silence et dévouement. De petits actes qui secouent l’enfer.

St. Padre Pio a dit :

« Il serait plus facile pour le monde de survivre sans le soleil que de se passer de la messe. »

Et pourtant, la messe est moquée, ignorée, et dans de nombreux endroits – réprimée. Mais les fidèles ne doivent pas l’abandonner. Ils doivent construire leur vie autour d’elle.

Dans cette guerre, l’autel est notre champ de bataille, et l’adoration est notre épée.

À tous les âges de l’obscurité, Notre-Dame se tient avec les fidèles. Elle est la nouvelle Eve. La Reine du Ciel. La Mère de l’Église.

Elle était là à la Croix quand les apôtres se sont enfuis. Elle est avec nous maintenant, sous la croix d’une église qui souffre.

À Fatima, elle nous a mis en garde contre les erreurs de la Russie – des erreurs qui s’étendraient et engloutiraient le monde dans le sang et la ruine. Nous voyons ces erreurs maintenant : l’athéisme, le matérialisme, l’effondrement de la famille, la confusion entre les sexes, la guerre.

Elle a également promis qu’à la fin, son Cœur Immaculé triompherait.

Mais d’abord, elle a demandé la pénitence, le Rosaire, la consécration et la réparation.

Elle ne nous appelle pas au réconfort. Elle nous appelle au combat.

Avec Marie à nos côtés et le Christ dans l’Eucharistie, nous n’avons pas peur.

Mes frères et sœurs, la guerre a commencé. Pas seulement les missiles. Pas seulement les hérésies. La guerre pour les âmes.

Nous devons nous battre – non pas avec la violence, mais avec la vérité. Pas avec la rage, mais avec l’amour. Pas avec des slogans, mais avec l’Évangile.

Permettez-moi de parler clairement :

N’abandonnez pas l’Église, quelles que soient ses souffrances.

Ne suivez pas les loups, aussi doux que soient leur ton.

Ne soyez pas étouffé par la peur ou soudoyé par le confort.

Soyez fidèle.

Prenez votre Rosaire comme une épée. Allez à la confession. Allez à l’adoration. Retour à la révérence. Retour au Christ. Il appelle. Il attend.

Ce n’est pas le moment de fuir. C’est le moment de se tenir debout.

Comme St. Jeanne d’Arc a dit :

« Je n’ai pas peur… Je suis née pour cela. »

Telles étaient les suivantes :

La fumée est épaisse. Mais l’épée est tirée.

L’heure de se battre est maintenant – où la bataille fait rage le plus.

Et donc, chers amis, nous soulevons la croix.

Nous nous confions au Sacré-Cœur de Jésus, au Cœur Immaculé de Marie, et à la direction sûre du Saint-Esprit. En cette période de guerre, de confusion et de silence, puissions-nous être retrouvés fidèles – brûlant de vérité, ancrés dans la charité, et ancrés dans le Christ.

Que le feu de Son amour consume toute peur.

Que sa lumière perce les ténèbres.

Que Sa vérité règne dans Son Église et dans le monde.

Et maintenant je vous bénis :

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Mgr Joseph E. Strickland

 

A propos de Mgr Mackinlay

18 juin 2025

Profondément préoccupé par le sort des fidèles de l’Église, je me sens obligé d’aborder la récente nomination de Mgr Shane Mackinlay comme archevêque de Brisbane par Sa Sainteté le pape Léon XIV. Si nous devons respect filial et obéissance au Saint-Père dans les domaines relevant de son autorité, cette nomination soulève de graves questions pastorales et doctrinales.

Mgr Mackinlay a publiquement exprimé son soutien à la possibilité d’ordonner des femmes au diaconat – une position qui non seulement crée une grave confusion, mais remet directement en cause l’enseignement et la tradition de l’Église catholique. Comme l’a déclaré sans équivoque le pape Jean-Paul II dans Ordinatio Sacerdotalis, « l’Église n’a aucune autorité pour conférer l’ordination sacerdotale aux femmes », et ce principe s’étend, par cohérence logique et théologique, au diaconat sacramentel, qui fait partie intégrante de l’Ordre sacré.

La volonté de redéfinir le diaconat pour y inclure les femmes n’est pas une question de discipline mineure ou d’adaptation pastorale : c’est une rupture avec la tradition ininterrompue de l’Église et un pas vers la remise en cause de la nature même du sacerdoce sacramentel. Si les femmes ont toujours occupé une place éminente dans l’Église – en tant que martyres, mystiques et saintes –, leur dignité ne se renforce pas en imitant les rôles masculins, mais en vivant pleinement la vocation unique que Dieu leur a donnée.

Nommer un évêque qui partage de telles opinions pour diriger un archidiocèse majeur est source de scandale et de division. Les fidèles méritent la clarté, non l’ambiguïté ; la fidélité, non l’expérimentation.

En cette période de confusion, j’encourage tous les catholiques à rester fermes dans la vérité transmise par les Apôtres. Le Christ est le Chef de l’Église, et son dessein pour les sacrements ne peut être altéré par la pression du monde ou par des tentatives de modernisation malavisées.

Prions pour l’archevêque Mackinlay, afin qu’il réaffirme son engagement envers l’enseignement immuable de l’Église. Et prions pour le pape Léon XIV, afin qu’il soit guidé par l’Esprit Saint pour nommer des pasteurs qui défendent la plénitude de la vérité catholique sans compromis.

Dans le Sacré-Cœur de Jésus,

Évêque Joseph E. Strickland

 




« L’intimité avec Notre-Seigneur sera beaucoup facilitée par notre dévotion à Marie »

A propos des fondements de la vie intérieure, on ne peut traiter de l’action du Christ, médiateur universel, sur son Corps mystique, sans parler aussi de l’influence de Marie médiatrice.

Plusieurs, disions-nous, se font illusion, qui prétendent parvenir à l’union à Dieu sans recourir constamment à Notre-Seigneur, qui est la voie, la vérité et la vie. Il y aurait aussi une erreur à vouloir aller à Notre-Seigneur sans passer par Marie, que l’Église appelle, dans une fête spéciale, Médiatrice de toutes les grâces. (…)

Sans aller jusqu’à cette déviation, il est des Catholiques qui ne voient certainement pas assez la nécessité de recourir à Marie pour arriver à l’intimité du Sauveur. Le Bienheureux (saint Louis Marie) Grignion de Montfort parle même de « Docteurs qui ne connaissent la Mère de Dieu que d’une manière spéculative, sèche, stérile et indifférente ; qui craignent qu’on abuse de la dévotion à la Sainte Vierge, qu’on fasse injure à Notre-Seigneur en honorant trop sa sainte Mère. S’ils parlent de la dévotion à Marie, c’est moins pour la recommander que pour détruire les abus qu’on en fait » ; ils semblent croire que Marie soit un empêchement pour arriver à l’union divine.

Il y a, dit saint Grignion de Montfort, un manque d’humilité à négliger les médiateurs que Dieu nous a donnés à cause de notre faiblesse. L’intimité avec Notre-Seigneur dans l’oraison nous sera beaucoup facilitée par une vraie et profonde dévotion à Marie.

 

P. Réginald Garrigou-Lagrange, OP, Les trois âges de la vie intérieure, ch. VI ; éditions Le Cerf, 1938




La mesure du charpentier : l’intégrité standard et doctrinale du Christ. Mgr Strickland

Bienvenue dans un autre épisode de « La Voix d’un berger ».

Un mur bien construit a quelque chose de profondément satisfaisant. Non pas une cloison sèche moderne avec des clous et des vis, mais un mur en pierre posé à la main ou une structure en bois dont la solidité repose sur un alignement précis. Et pour ce genre de travail, un outil est essentiel : le fil à plomb. Un simple poids suspendu à une corde révèle la verticale absolue, quoi que l’œil puisse suggérer.

Imaginez maintenant le Christ dans son atelier de menuiserie. Avant de prêcher une parabole, avant de guérir un aveugle, avant de gravir le Calvaire, il a façonné le bois. Et peut-être – comme le suggèrent la tradition et une imagination respectueuse – a-t-il utilisé les mêmes outils que tout artisan : une équerre, une règle et, oui, un fil à plomb.

L’image est pertinente, car le Christ n’est pas seulement le charpentier de Nazareth ; il est l’architecte de l’Église. Il ne construit pas sur du sable mouvant ni selon le consensus populaire. Il construit selon une mesure divine, et sa doctrine – ce qu’il a enseigné et transmis – est le fil à plomb.

Cet épisode de « La Voix d’un berger » s’intitule « La mesure du charpentier : la norme du Christ et l’intégrité doctrinale ». Nous allons examiner ce qu’est cette norme, pourquoi elle est immuable et comment l’Église, particulièrement aujourd’hui, doit s’y conformer.

À chaque génération, la tentation surgit de modifier légèrement la norme, d’adapter la doctrine à l’époque. Mais la vérité a un poids. Elle tombe du ciel, comme le fil à plomb du prophète Amos, comme l’outil tenu dans la main ferme du charpentier de Nazareth. On ne peut pas déplacer un fil à plomb. Et on ne peut pas incliner la doctrine sans s’éloigner du Christ.

Le prophète Amos nous en donne l’image : « Voici, l’Éternel se tenait sur un mur fait d’un fil à plomb, et il tenait un fil à plomb dans sa main. L’Éternel me dit : Que vois-tu, Amos ? Je répondis : Un fil à plomb. L’Éternel dit : Voici, je vais mettre un fil à plomb au milieu de mon peuple d’Israël ; je ne l’épargnerai plus. » (Amos 7:7-8).

L’image est claire. Dieu ne mesure pas Israël à l’aune de ses voisins ou de sa propre perception. Il la mesure à l’aune de sa propre justice, et elle se trouve tortueuse.

Le fil à plomb n’est pas punitif. Il est révélateur. Il montre le vrai et le faux, l’honnête et le voilé. Il ne plie pas. Il n’accommode pas. Il révèle simplement ce qui est.

Un fil à plomb n’est pas un instrument de compromis. Il ne vacille pas et ne se courbe pas contre le mur. Il révèle la vérité. Si le mur est tordu, ce n’est pas le fil à plomb qui est faux.

Il en va de même pour la doctrine. La révélation de Dieu est le fil à plomb tombé du ciel – sa vérité descendant dans notre monde, insensible aux vents du changement. C’est le Christ lui-même, le Verbe fait chair.

Pendant trente ans, le Christ a vécu caché à Nazareth. Le Créateur de toutes choses a travaillé le bois et la pierre – Lui qui soutient l’univers était obéissant au métier de père adoptif. L’imaginez-vous ? Penché sur l’établi, outils en main, patient et fort. Parmi ses outils, il y avait certainement le fil à plomb.

Il est venu redresser ce qui est tordu. Non pas en courbant le fil à plomb pour nous, mais en nous appelant à nous redresser selon sa mesure.

Et lorsqu’il enseignait, il enseignait avec autorité – ne modifiant jamais la vérité pour l’adapter à la foule, ne cédant jamais aux tergiversations des scribes. Il a dit : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Matthieu 24:35). Il est la mesure. Et il a confié cette mesure à l’Église.

La foi de l’Église n’est pas un ensemble de politiques à ajuster, ni une plateforme politique à négocier. Elle est le dépôt confié aux apôtres, l’héritage des saints, la règle de foi transmise intégralement.

Saint Paul écrit à Timothée : « Retiens le modèle des saines paroles que tu as entendues de moi, avec foi et dans l’amour qui est en Jésus-Christ. Garde le bon dépôt par le Saint-Esprit qui habite en nous » (2 Timothée 1:13-14).

Et aux Galates, il a averti avec une sainte sévérité : « Si nous-mêmes, ou un ange du ciel, vous annonçait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème ! » (Galates 1:8).

Telle est la mission apostolique : non pas innover, mais tenir bon. Et pourtant, combien il est tentant de tenter de « repousser le fil à plomb », de déformer la doctrine pour l’adapter à une époque en mutation. Mais un véritable fil à plomb ne cède pas. Si vous essayez de faire paraître droite une poutre tordue en tirant sur la corde, le fil retombera. Il est tout simplement impossible de la déplacer. De même, la vérité divine ne cède pas à la pression humaine.

Aujourd’hui, on nous dit que le monde a changé – et donc que l’Église doit changer. La loi morale doit évoluer, les commandements s’adoucir et la doctrine devenir plus « pastorale ». Mais on ne peut pas repousser un fil à plomb. On peut le repousser, il ne bougera pas.

On peut se plier, ou briser le mur, mais le fil reste.

Pensez à saint Athanase, qui a tenu bon face à l’hérésie arienne. Le monde entier semblait devenu fou. Évêques et empereurs, conciles et prêtres insistaient sur le fait que le Christ n’était pas consubstantiel au Père – qu’il n’était qu’une créature, bien qu’exaltée.

Mais saint Athanase resta ferme. Exilé à cinq reprises, qualifié de perturbateur de la paix, il ne nia pas pour autant la consubstantialité du Christ au Père. Il évaluait la doctrine à l’aune du charpentier, et non de la pression impériale.

Arius, prêtre d’Alexandrie, enseignait que le Fils de Dieu avait été créé par le Père et n’était donc pas coéternel. En bref, les ariens croyaient qu’« il fut un temps où il n’existait pas ».

Cela contredisait directement l’enseignement apostolique selon lequel Jésus est vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père – une doctrine que l’Église a formellement définie au concile de Nicée en 325 apr. J.-C. dans le Credo de Nicée.

Athanase tenait à la vérité immuable selon laquelle le Christ est consubstantiel au Père, même lorsque cela impliquait l’exil, la calomnie et la perte personnelle. L’Église n’avait pas encore défini dogmatiquement le terme « consubstantiel » lorsqu’Arius commença à propager son hérésie. Une pression politique et sociale énorme s’exerçait pour trouver un « terrain d’entente » et l’unité. Nombreux étaient ceux qui étaient prêts à abandonner la doctrine au nom de la paix.

Saint Jérôme écrivit plus tard : « Le monde entier gémissait et s’étonnait de se trouver arien. »

Mais Athanase le savait : la doctrine ne se construit pas par consensus. Elle se mesure à l’aune de ce qui a été transmis – ce qui est conforme à l’Évangile, au témoignage apostolique et à la révélation claire de la divinité du Christ. Il voyait clairement que si le Christ n’était pas vraiment Dieu, alors nous ne sommes pas vraiment sauvés.

Il aurait pu éviter le conflit en adoucissant sa position, mais il ne l’a pas fait. Tel un charpentier vérifiant le mur au fil à plomb, il a comparé l’enseignement à la norme et a déclaré : « Ceci n’est pas conforme.» Le fait qu’il ait été exilé cinq fois pour sa fidélité ne fait que prouver la justesse de sa mesure. Le mur était tordu, mais la ligne était droite. Comme le dit le dicton : « Athanase contre le monde ». Mais en réalité, c’était le monde qui était penché. Il ne faisait que tenir bon.

Sainte Jeanne d’Arc, condamnée comme hérétique par un clergé corrompu, est restée fidèle à sa mission et à sa foi. Elle mourut avec le nom du Christ sur les lèvres, non pas parce qu’elle s’était conformée, mais parce qu’elle refusait.

Autre exemple : sainte Catherine de Sienne. Tertiaire dominicaine, laïque – et non religieuse cloîtrée –, elle resta fidèle à la vérité malgré la corruption et la crise. Elle rappela le pape à Rome. Elle confronta les évêques, les prêtres, et même le Saint-Père lui-même – non pas avec arrogance, mais avec une charité surnaturelle. Elle écrivit : « Soyez ce que Dieu a voulu que vous soyez, et vous embraserez le monde.»

Et saint Ignace d’Antioche, au début du IIe siècle, écrivit sur son chemin vers le martyre : « Ne faites rien sans l’évêque, mais surtout écoutez la doctrine du Christ… Tenez ferme comme une enclume sous le marteau.» Il parlait des évêques comme d’une protection, mais pas seulement par leur fonction. Leur fonction n’est une protection que s’ils tiennent bon.

Pendant la révolte protestante, saint Thomas More préféra donner sa vie plutôt que de reconnaître un roi comme chef de l’Église. Il a dit : « Je suis le bon serviteur du roi, mais le premier de Dieu. » Il est mort pour un fil à plomb. Pour une norme invisible pour beaucoup, mais essentielle à la structure.

Ces saints ne recherchaient pas le conflit. Ils refusaient simplement de transiger avec la vérité. Le monde les qualifiait d’obstinés. L’Église les qualifie de saints.

Leur alignement sur le fil à plomb leur a coûté cher, mais leur a tout apporté.

Lorsque Pierre et Jean furent traduits devant le Sanhédrin et sommés de ne pas parler au nom de Jésus, ils répondirent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5:29).

Les premiers évêques de l’Église ont rendu témoignage non seulement en paroles, mais aussi par le sang.

Et saint Paul fut battu, emprisonné, naufragé, lapidé – et pourtant, il écrivit avec joie, depuis ses chaînes : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi » (2 Timothée 4:7).

Saint Jean, le dernier des premiers apôtres, a témoigné du Verbe incarné jusqu’à un âge avancé, protégeant la vérité des faux docteurs qui cherchaient à déformer l’identité du Christ.

Ces hommes n’étaient pas des innovateurs. Ils étaient des gardiens. Comme l’exhortait saint Jude aux premiers fidèles : « Combattez pour la foi transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 1, 3).

De tout temps, des pressions ont été exercées pour redéfinir la doctrine : pour adoucir les enseignements moraux, pour réinterpréter les dogmes, pour substituer les sentiments aux vérités.

Qu’est-ce que cela signifie pour nous ?

Cela signifie que nous ne pouvons pas nous fier simplement à l’opinion majoritaire, aux reportages, ni même à l’autorité humaine lorsqu’elle s’écarte de l’enseignement du Christ. Nous devons tout éprouver à l’aune de la mesure – la mesure du charpentier.

Les fidèles doivent se familiariser avec la vraie doctrine, non pas comme une liste d’interdits, mais comme la structure de la vie éternelle. Lisez le catéchisme. Étudiez les conciles. Connaissez les Écritures.

« Jésus-Christ, hier et aujourd’hui, et le même pour toujours » (Hébreux 13, 8).

Il ne change pas. Ses paroles ne changent pas. Et ceux qui s’attachent à lui ne doivent pas changer non plus.

Comme le pape Pie X l’a averti dans Pascendi Dominici Gregis : « Les véritables amis du peuple ne sont ni des révolutionnaires ni des novateurs, mais des traditionalistes.»

Nous ne nous accrochons pas aux choses anciennes pour elles-mêmes. Nous nous accrochons à la mesure du Christ – parce qu’elle est divine.

C’est la vérité du Christ, mesurée par sa propre main – la mesure du charpentier. Ne cherchons pas à la déplacer, mais à nous déplacer nous-mêmes. Bâtissons sur le roc, avec des murs tendus par la règle de sa Parole, et des cœurs façonnés par l’amour de la vérité.

De nos jours, nous avons vu le fil à plomb trembler, mais jamais rompu. Certaines déclarations du pape François ont malheureusement semé la confusion, car elles semblaient s’écarter de la mesure claire de l’enseignement du Christ.

Un exemple frappant est le Document sur la fraternité humaine de 2019, signé à Abou Dhabi, qui stipulait que « la diversité des religions… est voulue par Dieu dans sa sagesse ». Cela a provoqué une profonde confusion. L’Église a toujours enseigné que les fausses religions naissent de la quête de Dieu par l’homme, et que, même si des graines de vérité peuvent s’y trouver, une seule foi est révélée et voulue par Dieu dans sa plénitude : la foi catholique. Comme le dit saint Paul : « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Éphésiens 4, 5).

Parler comme si toutes les religions étaient également voulues par Dieu n’est pas de la miséricorde, c’est un décalage. Le fil à plomb n’est pas une mesure de sincérité, mais de vérité. Et la vérité a un nom : Jésus-Christ, qui a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14,6).

Prenons l’ambiguïté entourant la bénédiction des couples de même sexe. Si l’Église doit toujours accueillir chaque âme avec amour, sa doctrine ne peut se contredire : elle ne peut bénir ce qui est contraire à la loi de Dieu. Un fil à plomb ne se plie pas aux sentiments. Le Christ a accueilli la femme surprise en adultère, mais lui a aussi dit : « Va, et maintenant ne pèche plus » (Jean 8,11).

Dans de tels moments, les fidèles ne doivent ni paniquer, ni abandonner l’Église, mais se souvenir de la mesure du charpentier. Les paroles du Christ demeurent la règle. Nous ne sommes pas appelés à juger les cœurs, mais à nous attacher fermement à la vérité, surtout lorsque même les hautes fonctions de l’Église semblent fluctuer au gré du vent.

Alors que l’Église entre dans un nouveau chapitre avec l’élection d’un nouveau pape, nous espérons et prions pour qu’il prenne la mesure du charpentier avec révérence et détermination. Nous prions pour qu’il réoriente ce qui a été laissé pencher, clarifie ce qui est devenu confus et prêche la vérité non pas en termes vagues, mais avec l’audace des Apôtres. Un successeur de Pierre n’est pas appelé à réinventer l’Église, mais à fortifier ses frères et à garder le dépôt de la foi. Puisse-t-il être un homme qui se place sous le fil à plomb du Christ, et non au-dessus – et qui, ce faisant, contribue à ramener l’Église à une intégrité doctrinale visible.

Comme le dit le Psaume 18 :

« La loi de l’Éternel est sans tache, elle restaure les âmes ; le témoignage de l’Éternel est fidèle, il donne la sagesse aux tout-petits. » (Psaume 18:8).

Prions pour être en phase avec cette mesure. Ne dépassons pas le fil à plomb, ne l’ignorons pas, ne le déformons pas. Tenons-nous en dessous et redressons-nous.

Et si nous sommes trouvés tortueux ? Confessons-le et redressons-nous. L’Église n’est pas une maison tortueuse. C’est un temple bâti sur la pierre angulaire. Puissions-nous ne rien construire qui ne résiste à la mesure du charpentier.

Que le Seigneur, qui est la pierre angulaire et le maître d’œuvre de son Église, vous accorde la grâce de demeurer fermes dans la vérité, de marcher avec droiture dans la foi et d’être mesurés selon sa norme parfaite en toutes choses. Que vos cœurs soient fortifiés, vos esprits éclairés et vos vies alignées sur le fil à plomb du Christ, qui est la Vérité.

Et que la bénédiction de Dieu Tout-Puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, descende sur vous et demeure avec vous pour toujours. Amen.

Mgr Strickland




Jésus est avec nous à chaque instant…

Les Evangiles nous invitent à faire « l’expérience » de la Présence du Christ ressuscité à chaque instant ! Là est le cœur de notre foi catholique : le mystère de la Résurrection est le fondement même de l’envoi en mission (Mt 28,16-19) et Jésus l’affirme avec une telle amplitude dans le verset final de Saint Matthieu :

« Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ! » (Mt 28,20)

Ecoutons un instant la magnifique approche de Saint Jean Chrysostome :

« Comme il vient de leur faire des commandements d’une haute importance, il relève leur courage en ajoutant : « Et voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles », paroles dont voici la signification : Ne dites pas que les commandements que je vous fais sont difficiles, car je suis avec vous, moi qui rend toutes choses légères (Mt 11,20-30). Et il leur promet d’être, non seulement avec eux, mais encore avec tous ceux qui croiront après eux, car les Apôtres ne devaient pas vivre jusqu’à la fin des siècles, et le Seigneur s’adresse à tous les fidèles… »

Frères et sœurs bien-aimés, le mois de Marie approche et réjouissons-nous avec Elle et en Elle de cette Présence de Jésus vivant, qui nous fera traverser toutes les épreuves… car il vient irradier nos cœurs d’une paix et d’une joie que nul ne pourra nous ravir !

En ce samedi commence le temps de désert du « silence pascal »… J’aurais la joie début mai d’être un temps à Lourdes où je confierai vos intentions à Notre Dame ! Et je vous donne rendez au 17 mai pour le mois de Marie : nous y reviendrons sur l’importance du chapelet ou du Rosaire quotidiens et nous commencerons ensuite une méditation « urgente » de plusieurs semaines sur le « Cœur Immaculé de Marie », notre Arche bénie, pour vivre la fin des temps qui s’accélère…

+M Mickaël

                             




La Lumière a épousé notre fragilité…

« En entrant dans le temps de l’homme, le vrai Dieu a parcouru nos routes…

non pas avec la splendeur d’un souverain qui assujettit,

mais avec l’humilité d’un enfant… »

Pape Benoît XVI

 

Le regard est la lumière du visage : un visage sans regard trahit un vide… un peu comme les célèbres portraits du peintre italien Modigliani : une étonnante pureté de lignes, mais des visages clos car des yeux sans pupilles effacent le regard…

Mais Il y a peut-être une porte secrète dans l’interprétation de ces visages de Modigliani : ne veut-il pas nous faire deviner quelque chose de l’ordre de l’insaisissable ! Il aurait dit un jour à Jeanne Hébuterne, étonnée de ne pas voir ses yeux sur son portrait :

« Quand je connaîtrai ton âme, je peindrai tes yeux ! »

C’est une affirmation à la fois surprenante et irréaliste car, en vérité, Dieu seul peut vraiment connaître le mystère de l’âme humaine… mais on reconnaîtra au moins à Modigliani de chercher à exprimer l’insaisissable en privilégiant l’absence ! Et c’est peut-être ce que signifie ce « regard intérieur », au sens de sa célèbre formule : « D’un œil, observer le monde extérieur, de l’autre regarder au fond de soi-même… »

On pourrait d’ailleurs faire ici une sorte de parallèle avec l’approche de la théologie apophatique où, dans la démarche de la foi « Jésus est à la fois un mystère dévoilé et voilé[1] ». Les Pères de l’Orient chrétien en sont les principaux témoins, tel un Maxime le Confesseur qui affirme : « L’Incarnation est un mystère plus inconcevable encore que tout autre. En s’incarnant, Dieu ne se fait comprendre qu’en apparaissant plus incompréhensible… Il reste « caché » dans cette manifestation même ! Même exprimé, c’est toujours l’Inconnu[2]! »

Ce mystère du touchable et de l’insaisissable est si flagrant dans la relation de Jésus avec ses Apôtres : c’est quand ils croient comprendre le Maître que « surgit » tout à coup sa parole mystérieuse : elle les déconcerte autant qu’elle les encourage ! (Jn 16,29-33). Eux, les intimes qui le voyaient et vivaient près de Lui se heurtent déjà comme nous à ce « clair-obscur » dont témoigne Saint Paul : « nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » (2 Co 5,7). Si bien que dans la manifestation du Christ, il y a assez de lumière pour croire et assez d’ombre pour douter. Mais si La Lumière s’est revêtue de notre fragilité… c’est aussi notre invincible joie comme le constate magnifiquement Benoît XVI :

« Il est alors important de retrouver l’émerveillement face à ce mystère, de nous laisser envelopper par la grandeur de cet évènement : Dieu, le vrai Dieu, Créateur de tout, a parcouru comme homme nos routes, en entrant dans le temps de l’homme, pour nous transmettre sa vie même (1 Jn 1,1-4). Et il l’a fait non pas avec la splendeur d’un souverain, qui assujettit le monde par son pouvoir, mais avec l’humilité d’un enfant[3]… »

A la source de l’émerveillement face au mystère de l’Incarnation, il doit y avoir ce vertige qui pressent «l’abîme » ontologique insondable qui existe entre l’homme et Dieu… car l’Infini est entré dans notre finitude et désormais, je peux le voir, le toucher, l’écouter ! (1 Jn 1, 1-4). Et selon un axiome, inspiré de Saint Augustin[4] : « Il est devenu ce qu’il n’était pas sans cesser d’être ce qu’il est ! » Du coup, l’inattendu Visage humain de Dieu vient bouleverser l’histoire de l’humanité. Car « c’est là que réside la révolution chrétienne : l’Infini s’est rendu rencontrable[5] ! » En Jésus-Christ, Dieu devient visible en sa miséricorde comme l’exprime un texte émouvant du 2° siècle :

« Son Amour pour moi a humilié sa grandeur.

Il s’est fait semblable à moi pour que je le reçoive,

il s’est fait semblable à moi pour que je le revête.

Je n’ai pas eu peur en le voyant

car il est pour moi miséricorde[6] ! »

Il a donc surgi du sein de Marie pour être au milieu de nous si merveilleusement proche, mais en demeurant si mystérieux et caché… La miséricorde du Père l’habite et l’a fait basculer du côté de l’homme en prenant tout de lui, excepté le péché qu’il portera et vaincra sur la Croix pour notre salut ! Et comme l’exprime la splendeur de la liturgie : « Il devient tellement l’un de nous que nous devenons éternels[7] ! »

                                                                                               +M Mickaël

[1] Olivier Clément, Sources – Les mystiques chrétiens des origines, Stock 1982, p.37.

[2] Maxime le Confesseur, Ambigua, Patrologie grecque 91, 1048-1049.

[3] Pape Benoît XVI, Catéchèses sur la foi, Salle Paul VI, 9 janvier 2013.

[4] Sermon 184 pour le jour de Noël.

[5] Benoît XVI, Rimini, 21 août 2008.

[6] Odes de Salomon, 7.

[7] Liturgie de la Messe, préface de Noël.




Pourquoi ne rien faire sans Marie ?

Quand nous disons « Mater » à Marie, « monstra te esse mater » (dans l’hymne Ave Maris Stella), c’est au fond à Dieu que nous le disons. Ce mot de « Maman » qui jaillit des profondeurs de l’être humain, il monte à travers le cœur de la très Sainte Vierge vers Dieu qui est plus mère que toutes les mères, quand la prière se réduirait à cela : Maman, Maman…,ce serait déjà toute la prière, parce que justement Dieu est Amour. Il faut l’aimer et le faire aimer en l’aimant.

Alors ne faisons rien sans la très Sainte Vierge. Ne faisons rien : toutes les fois que nous sommes troublés, toutes les fois que nous sommes inquiets et incertains, commençons par l’invoquer. Nous ne pourrons pas nous égarer.

C’est la très Sainte Vierge qui gardera en nous la vie de Jésus, comme elle l’a fait au cours de sa vie terrestre. C’est elle qui nous maintiendra dans le silence intérieur. C’est elle qui gardera notre vocation. C’est elle qui fera de nous de vrais contemplatifs. C’est elle qui nous apprendra à scruter les abîmes de Dieu dans la joie et dans la lumière de la foi. C’est elle qui nous apprendra à découvrir la vraie liberté, car elle est libérée totalement d’elle-même dès le premier instant de son existence et c’est cela sa virginité.

La virginité c’est être libre de soi des pieds à la tête, dans toutes les fibres de son être, pour joindre Dieu qui est infiniment libre de soi dans l’éternelle communion des relations intra-divines.

 

Maurice Zundel

Prêtre et théologien catholique suisse, décédé en 1975




Le regard et les larmes

« Le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre… »

Luc 22,61

      Les Evangiles nous enseignent la beauté et l’humilité du Christ à la fois « Lumière du monde » (Jn 9,5) et « doux et humble de cœur » (Mt 11,29)… et à travers ce Visage où Dieu se dit et se cache dans l’homme, le plus bouleversant des regards s’offre à nos yeux. Car s’il est vrai que l’œil est la fenêtre de l’âme, c’est en fixant le Regard du Christ que nous percevons le mieux les élans de son cœur, la densité de ses émotions, la vivacité de sa miséricorde, comme la force qu’il a voulu mettre dans ses affirmations. Or, les Evangiles nous signalent ces expressions du Regard de Jésus[1]… »

Du regard sur Zachée (Lc 19,5) à ses regards circulaires sur la foule (Mc 5,32 / Mc 11,11) ou sur ses disciples (Mc 3,34 / Mc 10,38) ; au regard qui appelle à l’attention (Mc 10,27 / Mt 19,26), à l’interrogation (Lc 20,17), ou exprime une colère face à l’endurcissement du cœur (Mc 3,5 / Lc 6,10)… Le Regard de Jésus révèle les multiples facettes de l’amour de Dieu lorsqu’il va à la rencontre des pécheurs. Sa patience miséricordieuse pour l’homme, qui la chantera en vérité ?

Et c’est pourquoi sa rencontre poignante avec le jeune homme riche nous laisse deviner l’attente infinie qui passe dans son Regard : « Jésus fixa sur lui son regard et l’aima… » (Mc 10,21). D’ailleurs, dans le mystère universel de son amour, le Seigneur pose ce regard silencieux sur chaque homme et à chaque instant ! C’est sa dernière promesse de Ressuscité : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde… » (Mt 28,20).

Mais une des révélations la plus extrême de son Regard miséricordieux est cet instant « unique », juste après la trahison de Pierre qui nia par trois fois connaître Jésus (Lc 22,60) :

« Le Seigneur se retournant, fixa son regard sur Pierre… Pierre alors se souvint de la parole du Seigneur, qui lui avait dit : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois ! » Et sortant dehors, il pleura amèrement… » (Lc 22,61-62).

Ce regard d’infinie miséricorde sauve Pierre du désespoir car il reconnaît l’horreur de sa trahison par ses sanglots… contrairement à Judas que le Seigneur regarde aussi et alerte en parole ! (Lc 22,47-48)… mais qui trahit et s’enferme ensuite dans la spirale de la désespérance jusqu’au suicide… (Mt 27,3-5) Devant l’Amour infini crucifié, la voie du non-choix est une illusion de notre monde actuel : Il est mon Créateur et mon Sauveur !… et sa « patience » seule me donne du temps car elle « dit » sa miséricorde qui crée en son Cœur une attente mystérieuse… jusqu’à « l’heure de son Jugement ! » (Ap 14,7).

Ainsi, ce qui est passé dans le regard du Christ sur Pierre est de l’ordre de la folle intensité amoureuse du Berger qui part à la recherche de sa brebis perdue… (Lc 15,4-7). Qui devinera la folie de la Miséricorde que Jésus laisse deviner dans son Regard ? C’est pourquoi les Pères de l’Eglise nous invitent à nous laisser guérir par le Regard du Christ qui vient « illuminer les yeux de notre cœur ! » (Ep 1,18). Ecoutons ce témoignage bouleversant de Saint Pierre Chrysologue qui m’invite à relire toute ma vie sous le Regard de la Miséricorde :

« Pierre, ne crains pas, toi qui m’a renié ; ni toi, Jean, qui as pris la fuite ; ni vous tous, qui m’avez abandonné, et n’avez songé qu’à me trahir, qui ne croyez pas encore en Moi, lors même que vous me voyez ! N’ayez pas peur, c’est Moi ! C’est moi, qui vous ai appelés par la grâce, par le pardon, qui vous ai soutenus par ma compassion, et vous ai portés dans mon amour ; aujourd’hui, je vous prends par ma seule bonté. Car le Père n’a pas d’yeux pour le mal quand il accueille son Fils, et quand, dans sa tendresse, il étreint les siens[2] ! »

Nous ne pourrons vivre la joie de la Résurrection du Christ si sa Miséricorde ne nous tire les larmes du repentir ! Le bouleversement de nos vies par la Lumière commence par la rencontre avec le Regard d’infinie tendresse de Jésus… le croiser, c’est pleurer pour renaître en son Cœur ouvert par mes péchés…

                                                                                +M Mickaël

[1] Ceslas Spicq, o.p., Le Regard du Christ, Revue Vives Flammes, 1982, p.43.

[2] Saint Pierre Chrysologue, Sermon 81.




CARDINAL Sarah : le DIABLE utilise les PASTEURS pour DÉTRUIRE l’ÉGLISE de l’intérieur




De la tunique de Jésus crucifié à la robe du Fils de l’homme ! 2. Le toucher de la foi

De la tunique de Jésus crucifié à la robe du Fils de l’homme !

2. Le toucher de la foi

     On doit enfin se transporter à ce moment cruel où, après avoir crucifié Jésus, les soldats se partagent ses vêtements… sauf « la tunique[1] qui était sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut » (Jn 19,23) qu’ils choisirent de tirer au sort ! (Ps 22,19).

Comment ici ne pas faire référence à la si riche interprétation de la Tradition : D’abord on peut vraiment avancer que cette « Tunique » unique avait été réalisée par la tendresse de Marie… et ce qu’elle a tissé patiemment par amour pour son Fils, elle le réalise pour nous aujourd’hui en nous aidant à « tisser dans la foi », jour après jour, notre robe du Ciel : elle sera « décisive » pour notre entrée dans le Royaume ! Souvenons-nous ici de la parabole du festin nuptial et de ce moment redoutable où se manifeste le Regard du Roi :

« Le Roi entra pour regarder les invités, et il aperçut là un homme qui ne portait pas le vêtement de noces ! Et il lui dit : « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un vêtement de noces ? » L’homme resta muet. Alors le Roi dit aux serviteurs : « Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents ! » Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus… » (Mt 22,11-14).

C’est une évidence : à la fin, nous nous révolterons de ne pas avoir aimé Celui qui nous a aimé « à en mourir » (Mt 27,50). Si cet Evangile peut nous sembler rude et affreux, n’oublions jamais que le Roi nous a aimé à « en mourir » sur une Croix et que dans la réponse à cette folie de Dieu se joue notre éternité… D’ailleurs, chez Saint Luc, le Maître désire tant que les invités à la noce répondent que, face au refus des premiers invités, il ordonne d’aller chercher dans « les rues de la ville, les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux… » (Lc 14,21) et l’ampleur de son invitation est telle que le Maître dit au serviteur de dépasser les bornes et les frontières ! L’invitation se veut sans limites :

« Va-t-en par les routes et les jardins, et oblige les gens à entrer pour que ma maison soit remplie ! Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner ! » (Lc 14,23-24).

Et de fait, on peut avancer ici que la question du Roi suscitait une réponse… et que si celui que le Roi appelle « ami » avait crié avec insistance comme l’aveugle de Jéricho : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » (Lc 18,38) La porte du Roi serait restée ouverte… mais la « voix » de l’enfance évangélique qui ouvre les portes du Royaume (Lc 18,16) semble morte en son cœur où rode déjà un silence qui enferme… Il y a un silence qui « dit » l’amour, et un autre silence où règne la mort !

Face à notre monde actuel si « éclaté » de bruits et abruti par une information continue, il est urgent de stopper souvent cet envahissement qui nous assujetti… En ce sens, écoutons ici le message libérateur d’un moine chartreux sur le silence :

« Notre silence n’est pas un silence de mort, c’est le recueillement d’un sanctuaire. Nos maisons et nos âmes sont occupées par Quelqu’un : « Le Maître est là, et il t’appelle ! » (Jn 11,28)… C’est que le silence, dont il s’agit, n’est pas un vide et un néant ; c’est, au contraire, l’Etre en sa plénitude féconde… le fond d’un être doit être occupé par le silence… et cet être ne parle une parole vraie et profonde que si elle part de ce silence, si elle en est l’expression… Voilà pourquoi le langage du monde, les conversations, les journaux sont vides et fatiguent au lieu de reposer et nourrir. Voilà pourquoi au contraire en Chartreuse, on goûte tant de paix. Tout y procède des profondeurs calmes de l’âme où elle se recueille et fait silence. C’est là que Dieu demeure… Celui qui demeure en nous y parle silencieusement, et nous invite à venir l’écouter[2]… »

Ainsi, la tunique dont Jésus est découvert au pied de la Croix nous parle mystérieusement de ce dépouillement du silence qui met à nu le cœur pour qu’il soit transperce et traversé par l’Amour… Cet amour infini dépouille « tout » de l’esprit du monde pour laisser place à l’habit de gloire qui vient de Dieu seul ! On n’entrera jamais au Ciel avec les fausses vêtures du monde !

Alors, qu’en est-il pour les croyants aujourd’hui ?  Car Jésus est remonté au Ciel et l’on ne peut plus le voir, ni le toucher… C’est vrai dans le sens historique des Evangiles, mais le Seigneur a répondu à cette objection par le « don de la foi » : en effet, à chaque instant nous pouvons « toucher Jésus » par le regard, les cris et les mains de la foi !

Et par-dessus tout, dans le sacrement sublime où sa mystérieuse « Présence » est là, cachée, mais si « touchable » par le regard de la foi… car chaque église est l’écrin de sa Sainte Présence : dans le Tabernacle, Il est là et Il m’attend…  mieux : à chaque Messe, il s’offre à moi dans la Sainte Eucharistie où « le sacrifice de la Messe rend présent le sacrifice de la Croix… ainsi, les deux mille ans qui nous séparent de la Croix sont abolis, nous sommes là comme l’étaient la Sainte Vierge et Saint Jean[3] ! » Et à chaque Communion à son Corps et à son Sang, Jésus-Hostie vient me « toucher » pour enflammer mon pauvre cœur…

N’oublions donc jamais que nous avons à chaque instant le regard et les mains de la foi pour toucher Jésus… La foi qui « persévère » comme la Cananéenne est d’une telle puissance qu’elle peut guérir les malades, délivrer ceux qui se perdent et ressusciter les morts !

Il est donc urgent en cette extrême fin des temps d’écouter le « cri » d’éveil de Saint Paul : « C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil ; le salut est maintenant plus prés de nous qu’au temps où nous avons cru. La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons-là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière… Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ ! » (Ro 13,11-14).

Et, comme Saint Jean, nous découvrirons qu’Il est toujours là, toujours humblement caché derrière nous, mais attendant de nous cet unique regard : « Je me retournai pour regarder la voix qui me parlait ; et m’étant retourné, je vis sept candélabres d’or, et, au milieu des candélabres, comme un Fils d’homme revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or… Ses yeux sont comme une flamme ardente et son Visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat ! » (Ap 1,12-15).

 

                                                                                 +M Mickaël

[1] On peut faire ici référence au célèbre et  premier film en cinémascope « The Robe » (La Tunique) de 1953, avec Richard Burton et Jean Simmons.

[2] Dom Augustin Guillerand, chartreux, Ecrits spirituels, Tome II, Préface Daniel-Rops de l’Académie française, introduction du Père André Ravier, S.J., Editions Benedettine di Priscilla, Roma, 1967.

[3] Cardinal Journet, Le mystère de l’Eucharistie, Pierre Téqui éditeur, 2018.




« Toucher la frange de son manteau ! » 1. Le toucher de la guérison

« On le priait de les laisser toucher seulement la frange de son manteau,

et tous ceux qui le touchaient étaient guéris ! »

Marc 6,56

    Il est  judicieux ici de s’arrêter d’abord sur un passage unique de l’Ancien Testament qui nous introduit magnifiquement : il s’agit de la transmission du manteau d’Elie à Elisée qui manifeste combien ce dernier a reçu « l’esprit d’Elie »: « Les frères prophètes le virent à distance et dirent : « L’esprit d’Elie s’est reposé sur Elisée ! » Ils vinrent à sa rencontre et se prosternèrent à terre devant lui… » (2 R 2,15)

Cet épisode étonnant nous fait déjà toucher que le vêtement peut être doté d’une puissance symbolique : ici, le manteau devient le signe éclatant d’une « transmission d’esprit » entre Elie et Elisée… et elle inaugure une « mission prophétique » :

« Or, comme ils marchaient en conversant, voici qu’un char de feu et des chevaux de feu se mirent entre eux deux, et Elie monta au ciel dans le tourbillon… Elisée ramassa le manteau d’Elie, qui avait glissé, et revint se tenir sur la rive du Jourdain. Il prit le manteau et frappa les eaux en disant : « Où est le Seigneur, le Dieu d’Elie ? » Il frappa les eaux, qui se divisèrent d’un côte et de l’autre, et Elisée traversa… » (2 R 2,13-14)

Digne d’un film fantastique, cet épisode nous laisse deviner la signification « unique » qu’exprime un vêtement quand il devient le signe d’une action miraculeuse et prophétique !

Dans le Nouveau Testament, il ne manque pas de références au « toucher » du manteau ou à la tunique de Jésus… Souvenons-nous de la guérison de « l’hémorroïsse » : elle avait « entendu parler de Jésus ; et venant par derrière dans la foule, elle toucha son manteau. Car elle se disait : « Si je touche au moins quelque partie de son vêtement, je serai guérie… et aussitôt, elle sentit dans son corps qu’elle était guérie ! » (Mc 5,27-29). Que signifie cette expression « si je touche » si ce n’est qu’elle a cru[1] » commente Saint Augustin.

Et comment ne pas faire ici référence au commentaire de Saint Jean Chrysostome ? Cela nous invite à nous mettre à nouveau « à l’école » des Pères de l’Eglise en ces temps où les excès de l’exégèse moderne réduit notre approche des Ecritures à une peau de chagrin ! Alors, écoutons la sagesse de l’Esprit à travers un des plus beaux visages de la patrologie… il nous plonge avec bonheur dans la splendeur de l’Evangile qui vient illuminer notre foi :

« Cette femme n’osait s’approcher publiquement du Sauveur, parce que la Loi la déclarait immonde ! Elle s’approche donc par derrière et en secret, parce qu’elle n’osait le faire ouvertement… et encore ne touche-t-elle pas le vêtement, mais la frange du vêtement du Sauveur ; ce n’est pas du reste la frange du vêtement, mais ses dispositions intérieures qui ont été la cause de sa guérison… et les paroles qui suivent : « Jésus eut conscience qu’une force était sortie de lui » (Mc 5,30) nous apprennent que ce n’est pas à son insu que cette femme fut guérie, mais qu’il le savait fort bien ! S’il pose cependant cette question : « Qui m’a touché ? » bien qu’il sache parfaitement que c’était cette femme, c’est pour faire connaître son action, proclamer sa foi, et graver dans l’esprit de tous le souvenir de cette action miraculeuse !…

Et il regardait autour de lui pour voir celle qui l’avait touché ? » (Mc 5,32). Car Notre Seigneur voulait faire connaître cette femme : d’abord pour faire l’éloge de sa foi et aussi dissiper la frayeur dont elle était saisie, et puis pour inspirer au chef de la synagogue la confiance que sa petite fille serait guérie[2]… »

Telle est la puissance invincible de la foi à travers la prière persévérante ! Et l’on peut remarquer également que ce « toucher » du manteau de Jésus semblait une pratique fréquente pour les malades, comme le note l’Evangile de Saint Marc (6,56) et également de Saint Matthieu, quand Jésus accoste à Génésareth : « Les gens de l’endroit, l’ayant reconnu… on lui amena tous les malades : on le priait de les laisser simplement toucher la frange de son manteau, et tous ceux qui la touchèrent furent guéris ! » (Mt 14,35-36).

En concordance avec les précisions géographiques de l’Evangile, Génésareth pourrait être dérivé du mot hébreu « gan » qui signifie jardin, et « Nesar », qui signifie prince ou richesse. Faisant allusion à la richesse et la fertilité de la région, il pourrait donc signifier « Jardin du Prince » ou « Jardin des richesses »… mais par-dessus tout, la référence à Génésareth souligne la compassion puissante de Jésus et symbolise un lieu privilégié de l’intervention du Maître ! Là, les limites humaines sont transcendées par la puissance de la grâce… car en « touchant » Jésus, la foi des pauvres et des malades découvre l’infinie miséricorde de Dieu qui s’offre aux plus petits !

Souvenons-nous ici du cri insistant de la Syro-phénicienne (Mc 7,26) quand elle supplie Jésus de guérir sa fille (Mt 15,22-27). Au cœur de sa détresse, elle a ce « génie de la foi » et cette beauté des pauvres qui n’ont plus que Dieu seul ! Et au moment où les paroles du Maître devraient la décourager (Mt 15,26), elle rebondit avec cette confiance dont l’humilité créative bouleverse le Cœur de Dieu :

« Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » Alors, Jésus lui répondit : « O femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! Et dés ce moment, sa fille fut guérie… » (Mt 15,27-28).

 

                                                                           +M Mickaël

 

[1] Saint Augustin, Commentaire de l’Evangile selon Saint Jean, 26,3.

[2] Saint Jean Chrysostome, Commentaires de l’Evangile de Marc, traduction de l’Abbé J-M Péronne, Louis Vivés Editeur, 1868.