Saint Jean, l’apôtre bien-aimé du Seigneur (3) : « Toi qui reposas si souvent sur sa poitrine ! »

Dans son Evangile, Saint Jean nous révèle son attitude d’intimité unique avec le Maître : elle est dévoilée au moment troublant où le Seigneur annonce de manière mystérieuse la trahison de Judas… Là, Jean se définit à travers une tendre proximité avec Jésus :

« Les disciples se regardaient les uns les autres, ne sachant de qui il parlait. Un de ses disciples, celui que Jésus aimait, se trouvait à table tout contre Jésus. Simon Pierre lui fait signe et lui dit : « Demande quel est celui dont il parle. » Se penchant alors vers la poitrine de Jésus, le disciple lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? » Jésus répond : « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper ! … » il la prend et la donne à Judas… Après la bouchée, Satan entra en lui… et aussitôt la bouchée prise, il sortit ; il faisait nuit… » (Jn 13,22-30).

On découvre d’abord dans cet Evangile que Saint Pierre reconnaissait cette proximité unique que Jean avait avec le Maître. A travers Pierre, Roc précieux de la foi choisi par Jésus (Mt 16,18), nous est révélée ensuite en Jean, si proche du Cœur de Jésus, la dimension contemplative future de l’Eglise dont la Vierge est la plénitude : sa silencieuse proximité avec Elle, déjà, durant le ministère du Seigneur, le conduira à être le seul Apôtre présent au pied de la Croix. Et c’est pourquoi si Jean est présent au début de la mission apostolique près de Pierre (Ac 4,13-22), il disparaît ensuite après les premières persécutions pour protéger et conduire la Vierge Marie à Ephèse, à l’écart…

Certes, il continuera à évangéliser… mais de manière plus contemplative, comme il le laisse entendre au début de l’Apocalypse avant de témoigner de sa vision bouleversante du Christ glorieux :

« Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans l’épreuve, la royauté et la constance, en Jésus. Je me trouvais dans l’île de Patmos, à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus. Je tombais en extase, le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix clamer, comme une trompette : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre pour l’envoyer aux sept Eglises… Je me retournais pour regarder la voix qui me parlait… et je vis comme un Fils d’homme revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or… ses yeux comme une flamme ardente… et son visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat ! A sa vue, je tombai comme mort à ses pieds… » (Ap 1,9-17).

Cet évènement constituera pour lui une étape décisive : il demeurera l’Apôtre témoin du Seigneur, mais sous une forme plus cachée, contemplative et prophétique dont témoigne son Apocalypse. Car prés de Marie, il entre alors dans le rayonnement silencieux[1] de « la Femme » enveloppée du « Soleil » (Ap 12,1). Et l’on peut affirmer que Jean n’aurait jamais écrit son « Evangile spirituel » s’il n’avait été auparavant « imprégné » par le silence contemplatif de la Vierge. Il a reçu d’Elle, au-delà des paroles, une pénétration unique du mystère de l’Incarnation : en effet, derrière la beauté contemplative de son Evangile et de ses Epîtres, se cache le regard silencieux du Cœur de Marie (Lc 2,19) … et cette profondeur mariale initiée par l’Esprit est passée dans le regard de Jean. Comme l’écrit splendidement un Père de l’Eglise :

« Il faut donc oser dire que, de toutes les Ecritures, les Evangiles sont les prémices et que, parmi les Evangiles, les prémices sont celui de Jean, dont nul ne peut saisir le sens s’il ne s’est reposé sur la poitrine du Seigneur et n’a reçu de Jésus, Marie pour Mère[2]… »

Alors, comment interpréter ce paradoxe johannique où l’Apôtre ne se nomme pas mais se définit comme « Celui que Jésus aimait » en reposant souvent sur son Cœur… (Jn 19,26-27 / Jn 20,2-10 / 21,7.20-23).

Cette expression unique nous touche en même temps qu’elle peut nous interroger ? Pourquoi l’Apôtre se définit-il si intime du Seigneur, au point de paraitre « unique » dans le Collège apostolique ? Il faut d’abord constater que dans les relations humaines, il y a déjà des nuances évidentes en nos vies entre les amis intimes et les connaissances au sens large. On remarquera aussi que si Jean ne se « nomme » pas dans sa proximité avec Jésus, c’est qu’il se veut un simple disciple… Ne sommes-nous pas là devant « un choix d’humilité » qui le fait s’effacer devant l’amour infini du Seigneur ?

Enfin, n’y-a-t-il pas aussi de sa part un enseignement secret pour nous dire que la vie « commence » vraiment quand on regarde « Celui que l’on a transpercé » (Jn19,37). On découvre alors, comme il l’a écrit, que « devant Lui, nous apaiserons notre cœur si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout ! » (1 Jn 3,20).

En conclusion, cela signifie que si « Dieu est Lumière » (1 Jn 1,5) et qu’il opère une vérité libératrice en nos vies, c’est pour nous plonger plus profondément en ce « Dieu qui est Amour ! » Car « ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui as envoyé son Fils » (1 Jn 4,10).

Ce mystère a habité très tôt dans le cœur du disciple bien-aimé et à travers les personnages de son Evangile, il veut nous ouvrir la voie vers l’Amour incompréhensible que Jésus nous porte… Souvenons-nous de son dialogue bouleversant avec la Samaritaine (Jn 4,7-47) ou la femme adultère (Jn 8,2-11)  car en vérité, il nous aime tous, chacun et chacune, d’une manière « unique » que l’on commence à découvrir en cette vie et se dévoilera en la vie éternelle !

A travers Sainte Faustine, ne nous dira-t-il pas à en tant que Christ miséricordieux :

« Je veux répandre mes grâces inconcevables sur les âmes qui ont confiance en ma miséricorde (687) … Qu’elles s’approchent de cet océan de miséricorde avec une très grande confiance : les pécheurs obtiendront justification et les justes seront affermis dans le bien (1520) … Les grâces de ma miséricorde se puisent à l’aide d’un unique moyen, et c’est la confiance. Plus la confiance est grande, plus l’âme reçoit ! » (1578)

Ainsi, la « confiance » est le secret ultime pour être sauvé et brûlé par le feu de l’infinie Miséricorde ! Elle seule peut nous plonger dans l’océan de la Miséricorde… La petite Thérèse en a fait le cœur battant de sa voie d’enfance spirituelle :

« Ce qui plaît au Bon Dieu dans ma petite âme, c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde… Voilà mon seul trésor !… Restons bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d’esprit et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d’amour… Oh ! que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens !… C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour[3]… »

 

+ Marie-Mickaël

 

[1] « La sainteté est plus décisive que le ministère épiscopal, même si celui-ci est indispensable. Il est plus important d’être saint que d’être laïc, consacré, diacre, prêtre, évêque ou pape… Malgré l’importance du ministère de Pierre, Marie est plus décisive que lui pour l’avenir de l’Eglise ! » Monseigneur Léonard, Le cœur de la foi chrétienne, Edition de l’Emmanuel, 2003, p.70.

[2] Origène, Sur l’Evangile de Jean.

[3] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, Lettre 197, Cerf-DDB 1992, p.552-553.




Le choix a été fait…

Article de Mark Mallett du 9 avril 2024

Il n’y a pas d’autre moyen de le décrire qu’une lourdeur oppressante. J’étais assis là, penché sur mon banc, m’efforçant d’écouter les lectures de la messe du dimanche de la Divine Miséricorde. C’était comme si les mots frappaient mes oreilles et rebondissaient.

J’ai finalement supplié le Seigneur : « Quelle est cette lourdeur , Jésus ? Et je l’ai senti dire en mon intérieur :

Le cœur de ce peuple s’est endurci. Mes paroles ne percent plus leur âme. C’est un peuple au cou raide comme à Mériba et à Massah  (cf. Ps 95, 8).  Cette génération a maintenant fait son choix et vous êtes sur le point de vivre les fruits de ces choix… 

Ma femme et moi étions assis sur le balcon – ce n’est pas un endroit où nous allons habituellement, mais aujourd’hui, c’était comme si le Seigneur voulait que je voie quelque chose. Je me suis penché en avant et j’ai baissé les yeux. La cathédrale était à moitié vide en cette fête de la Miséricorde – plus vide que je ne l’avais jamais vue. C’était un point d’exclamation dans ses paroles selon lesquelles, même maintenant – même avec le monde au bord d’un conflit nucléaire, d’un effondrement économique, d’une famine mondiale et d’une autre « pandémie » – les âmes ne recherchaient pas sa miséricorde et « l’océan de grâces ». [1] qu’Il offrait ce jour-là. [2]

Je me suis souvenu encore de ses paroles déchirantes à Sainte Faustine :

Je ne veux pas punir l’humanité souffrante, mais Je désire la guérir, en la pressant contre Mon Cœur Miséricordieux. J’utilise la punition lorsqu’ils Me forcent eux-mêmes à le faire ; Ma main hésite à saisir l’épée de la justice. Avant le Jour de la Justice, j’envoie le Jour de la Miséricorde… Je prolonge le temps de la miséricorde pour le bien des [pécheurs]. Mais malheur à eux s’ils ne reconnaissent pas ce moment de Ma visitation…—Jésus à Sainte Faustine,  La Divine Miséricorde dans mon âme , Journal, n. 126I, 1588

Bien que la miséricorde de Dieu ne finisse jamais, il me semble qu’Il dit que « le temps de la miséricorde » touche maintenant à sa fin. Quand? Depuis combien de temps savons-nous que nous sommes en sursis ?

La phase d’alerte

En effet, le Seigneur DIEU ne fait rien sans révéler Son plan à ses serviteurs les prophètes. (Amos 3:7)

Lorsque Dieu désire avertir l’humanité, il appelle des prophètes ou des veilleurs, souvent à travers une rencontre profonde qui retient leur attention.

Dans leurs rencontres « individuelles » avec Dieu, les prophètes puisent lumière et force pour leur mission. Leur prière n’est pas la fuite de ce monde infidèle, mais plutôt l’attention à la Parole de Dieu. Parfois leur prière est une dispute ou une plainte, mais c’est toujours une intercession qui attend et prépare l’intervention du Dieu Sauveur, Seigneur de l’histoire. — Catéchisme de l’Église catholique,  n. 2584

Le prophète ressent une urgence lorsque Dieu lui donne une parole à transmettre. La parole remue dans son âme, brûle dans son cœur et devient même un fardeau jusqu’à ce qu’elle soit prononcée. [3] Sans cette grâce, la plupart des prophètes seraient simplement enclins à douter, à tergiverser ou même à enterrer le mot « pour une autre fois ».

L’urgence ressentie par le prophète n’indique cependant pas l’ imminence de la prophétie ; c’est simplement le propulseur pour faire passer la parole au Corps du Christ et même au reste du monde. Le moment exact où cette parole s’accomplira, ou si elle sera atténuée, reportée ou annulée, et combien d’années, voire de siècles, il s’écoulera après que le prophète l’aura prononcée pour la première fois, n’est connu que de Dieu – à moins qu’Il ne le révèle (par exemple Gen 7). :4, Jonas 3:4). De plus, il faut laisser le temps à la parole de parvenir aux gens .

Cet apostolat d’écriture a commencé il y a environ 18 ans. Il a fallu de nombreuses années pour que ce message parvienne à travers le monde, et même alors, jusqu’à un simple reste.

La phase d’exécution

La phase d’accomplissement arrive souvent « comme un voleur dans la nuit ». [4] Il n’y a que peu ou pas d’avertissement, car le temps de l’avertissement est passé — le verdict est tombé. Dieu, qui est amour et miséricorde même, attend toujours que soit la justice l’exige d’agir, soit qu’il y ait une telle dureté de cœur, seul le châtiment reste comme instrument de miséricorde.

Car le Seigneur corrige celui qu’il aime et châtie tout fils qu’il reçoit. (Hébreux 12:6)

Souvent, la première étape de ce châtiment consiste pour l’individu, la région ou la nation à récolter simplement ce qui a été semé.

… ne disons pas que c’est Dieu qui nous punit ainsi ; au contraire, ce sont les hommes eux-mêmes qui préparent leur propre châtiment. Dans sa bonté, Dieu nous avertit et nous appelle au droit chemin, tout en respectant la liberté qu’il nous a donnée ; donc les gens sont responsables. –Sr. Lucia, une des visionnaires de Fatima, dans une lettre au Saint-Père, 12 mai 1982

Je n’ai aucun doute sur le fait que les « sceaux » de l’Apocalypse ne sont pas seulement créés par l’homme mais sont délibérés. C’est pourquoi Notre Sainte Mère a mis en garde à Fatima contre les conséquences de laisser les erreurs de la franc-maçonnerie (c’est-à-dire les « erreurs de la Russie ») se propager à travers le monde. Cette « bête » qui surgit de la mer utilise des mots doux et des slogans comme « reconstruire en mieux » et « Grande Réinitialisation » pour cacher ses intentions de créer de l’ordre à partir du chaos ( ordo ab chaos ). Il s’agit, en un sens, du « châtiment de Dieu » – dans la mesure où le « fils prodigue » a été autorisé à récolter ce qu’il avait semé par sa rébellion.

Dieu… est sur le point de punir le monde pour ses crimes, au moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l’Église et contre le Saint-Père. Pour éviter cela, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la communion réparatrice les premiers samedis. Si mes demandes sont entendues, la Russie se convertira et il y aura la paix ; sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons seront martyrisés ; le Saint-Père aura beaucoup à souffrir ; diverses nations seront anéanties.  — Message de Fatima,  vatican.va

Je ne connais pas le programme du Seigneur pour ce Triomphe. Mais le « mot du présent » aujourd’hui est très clair : l’humanité a collectivement rejeté le Christ, son Église et l’Évangile. Ce qui reste avant  le Jour de la Justice  me semble être un dernier acte de miséricorde – un avertissement mondial qui ramènera immédiatement à la maison de nombreux fils et filles prodigues… et triera les mauvaises herbes du blé.
Avant de venir en tant que juste Juge, je viens d’abord en tant que Roi de Miséricorde. Avant que le jour de justice n’arrive, un signe semblable sera donné aux hommes dans les cieux : Toute lumière dans les cieux s’éteindra et il y aura de grandes ténèbres sur toute la terre. Alors le signe de la croix sera visible dans le ciel, et des ouvertures où furent cloués les mains et les pieds du Sauveur sortiront de grandes lumières qui éclaireront la terre pendant un certain temps. Cela aura lieu peu avant le dernier jour. — Jésus à Sainte Faustine, Journal de la Divine Miséricorde, Journal, n. 83

Hâtez-vous d’être en état de grâce

Nous avons atteint un point où nous devons être prêts à rencontrer le Seigneur à tout moment. Des dizaines de fois dans les messages adressés à la voyante américaine Jennifer, Jésus appelle les gens à être prêts à se tenir devant Lui « en un clin d’œil ».

Mon peuple, le temps d’avertissement qui a été prédit va bientôt se révéler. Je vous ai patiemment supplié, Mon peuple, mais vous êtes trop nombreux à continuer à vous consacrer aux voies du monde… C’est un moment où Mes fidèles sont appelés à une prière profonde. Car en un clin d’œil, vous pourriez vous tenir devant Moi… Ne soyez pas comme l’homme insensé qui attend que la terre commence à trembler et à trembler, car alors vous pourriez périr… — Jésus aurait dit à Jennifer ; Paroles de Jésus , 14 juin 2004

Des avions à réaction dotés de l’arme nucléaire sont déployés au-dessus de la Terre tandis que les dirigeants menacent de s’anéantir les uns les autres. Les « experts » préviennent qu’une pandémie « 100 fois pire que le Covid » circule déjà aux États-Unis. Le virologue de renommée mondiale, le Dr Geert Vanden Bossche, a averti que nous entrons dans une « crise hyper-aiguë » parmi les populations hautement vaccinées et que nous assisterons bientôt à « un tsunami massif et massif » de maladies et de décès parmi elles. [5] Et des centaines de millions de personnes sont confrontées à la famine en raison de l’hyperinflation et d’une crise alimentaire mondiale croissante. À un moment donné, nous allons traverser cette tempête… et elle apparaît tôt ou tard.
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Interrogé sur le troisième secret de Fatima, le pape Jean-Paul II a déclaré à un groupe de pèlerins :
S’il existe un message dans lequel il est dit que les océans vont inonder des pans entiers de la terre ; que, d’un moment à l’autre, des millions de personnes vont périr… ça ne sert plus à rien de vouloir vraiment publier ce [troisième] message secret [de Fatima]… Il faut être prêt à subir de grandes épreuves dans le pas trop -futur lointain; des épreuves qui exigeront que nous soyons prêts à renoncer même à notre vie et à un don total de nous-mêmes au Christ et pour le Christ. Par vos prières et les miennes, il est possible d’atténuer cette tribulation, mais il n’est plus possible de l’éviter, car c’est seulement ainsi que l’Église pourra être renouvelée efficacement. Combien de fois en effet le renouveau de l’Église s’est-il opéré dans le sang ? Cette fois encore, il n’en sera pas autrement. Il faut être fort, il faut se préparer, il faut se confier au Christ et à sa Mère, et il faut être attentif, très attentif, à la prière du Rosaire. —PAPE JEAN-PAUL II, entretien avec des catholiques à Fulda, Allemagne, novembre 1980 ; « Inondation et incendie » du P. Régis Scanlon, ewtn.com
Je suppose que ce que je dis, c’est qu’il ne reste que peu de temps, voire aucun temps, pour atténuer ne serait-ce que cette tribulation. Collectivement, le choix a été fait d’éjecter Dieu de la place publique. Cela devrait être évident pour tous. Pourtant, « nous connaissons partiellement et nous prophétisons partiellement… nous voyons indistinctement, comme dans un miroir » (1 Co 13, 9, 12).
Et tout n’est pas perdu. Ces douleurs de l’accouchement ne sont pas la fin mais le début d’une nouvelle naissance à venir, une nouvelle ère de paix .
À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie, elle se convertira et une période de paix sera accordée au monde. —Message de Fatima,  vatican.va
Oui, un miracle a été promis à Fatima, le plus grand miracle de l’histoire du monde, juste après la Résurrection. Et ce miracle sera une ère de paix qui n’a jamais vraiment été accordée au monde auparavant. —Cardina l Mario Luigi Ciappi, 9 octobre 1994 (théologien papal de Jean-Paul II, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul Ier) ; Catéchisme familial de l’apostolat



Jésus, j’ai confiance en toi !

« Je promets que l’âme qui honorera cette image

ne sera pas perdue… »

Jésus à Sainte Faustine, petit journal 48

 

En cette neuvaine annuelle à la Miséricorde Divine qui commence le Vendredi Saint jusqu’au premier Dimanche après Pâques, il faut surtout ne jamais oublier le cœur du Message : Nulle faiblesse, nul péché, nulle extrême fragilité n’aura jamais le dernier mot en nos vies si nous renouvelons jusqu’au bout « le saut de la confiance » en la Miséricorde ! C’est le grand combat que nous avons tous à mener où notre cœur oscille entre confiance et désespérance, paix et trouble : tel est le grand rendez-vous de nos vies…

Il faut se souvenir ici des promesses extrêmes de Jésus à Sainte Faustine qui jaillissent de son Cœur ouvert sur la Croix (Jn 19,33-35) :

« Peins un tableau selon l’image que tu vois, avec l’inscription : « Jésus, j’ai confiance en toi[1] ! » Je désire qu’on honore cette image, d’abord dans votre chapelle, puis dans le monde entier !

Je promets que l’âme qui honorera cette image ne sera pas perdue. Je lui promets aussi la victoire sur ses ennemis dés ici-bas, et spécialement à l’heure de la mort. Moi-même, je la défendrai comme ma propre gloire ! »

Petit journal, 47-48

La confiance sans limites et sans cesse renouvelée est donc au cœur de notre combat de la foi. En ce sens, Jésus miséricordieux nous ouvre à travers Sainte Faustine un horizon immense :

« Je veux répandre mes grâces inconcevables sur les âmes qui ont confiance en ma miséricorde… (687) Qu’elles s’approchent de cet océan de miséricorde avec une très grande confiance… (1520) Dis aux âmes qu’elles ne fassent pas obstacle en leur propre cœur à ma miséricorde, qui désire tant agir en elles… Ma miséricorde est à l’œuvre dans tous les cœurs qui lui ouvrent la porte : le pécheur comme le juste ont besoin de ma miséricorde. La conversion comme la persévérance est une grâce de ma miséricorde (1577) … »

La confiance en l’amour miséricordieux de Jésus doit conduire à le rencontrer à travers le mystère des sacrements de l’Eglise : Il y a donc une urgence absolue à vivre en particulier le « sacrement de la réconciliation » en confessant ses péchés au Seigneur à travers son prêtre… là s’opère « le miracle de sa miséricorde » :

« Il suffit de se jeter avec foi aux pieds de celui qui tient ma place, de lui dire sa misère et le miracle de la miséricorde divine se manifestera dans toute sa plénitude… Ô malheureux, qui ne profitez pas maintenant de ce miracle de la miséricorde divine ; en vain vous appellerez, il sera déjà trop tard ! » (1448).

En soi, il n’est jamais trop tard et Jésus, dans son infinie miséricorde, viendra nous chercher jusqu’au dernier instant de notre vie sur terre. Mais le Seigneur veut ici nous « ouvrir les yeux » sur notre mollesse qui, trop souvent, nous fait « reporter à plus tard » l’urgence de notre conversion au présent : et là, grand est le danger que « plus tard » devienne « trop tard » !

Cet éloignement dangereux s’installe sournoisement et tue peu à peu dans le cœur le feu de l’Evangile… là, l’âme s’enferme dans la dureté de l’indifférence et d’une pratique religieuse sans cœur. Là, le vrai « désir de conversion » disparaît au profit d’un intérêt démesuré pour les choses du monde ! Et cela se vérifie à la sainte Messe au moment sacré de la Communion eucharistique :

« Sache ceci, ma fille, que lorsque je viens dans la sainte Communion jusqu’au cœur des hommes, j’ai les mains pleines de toute sorte de grâces et je désire les donner aux âmes, mais les âmes ne font même pas attention à moi, elles me laissent seul et s’occupent d’autre chose. Oh ! comme cela m’attriste que les âmes n’aient pas compris l’Amour. Elles se conduisent envers moi comme envers une chose morte… » (1385).

C’est ici qu’il faut s’inspirer d’une splendide méditation du Cardinal Journet sur la réalité bouleversante de chaque Messe qui rend présent l’unique Sacrifice du Sauveur :

« A chaque fois que les paroles de la Consécration sont prononcées, l’Eglise, représentées par le prêtre et les fidèles, est rendue présente au Sacrifice sanglant : les deux mille ans qui nous séparent de la Croix sont abolis, nous sommes là comme l’étaient la Sainte Vierge et Saint Jean. Et chaque génération peut à son tour s’engouffrer dans l’Offrande éternelle du Christ, offerte pour tous les temps… »

+ Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Faustine proposa à Jésus d’intituler le tableau : « Jésus, Roi de Miséricorde ! » Mais le Christ lui répondit qu’il était bien Roi de Miséricorde, mais que ce qui blessait le plus son Cœur était « le manque de confiance envers sa bonté… car la méfiance des âmes me déchire les entrailles ! »




La résurrection de l’Eglise

Par Mark Mallett, 31 mars 2024

L’opinion la plus autorisée, et celle qui semble
la plus en harmonie avec les Saintes Écritures, est qu’après
la chute de l’Antéchrist, l’Église catholique
entrera de nouveau dans une période de
prospérité et de triomphe.

— La fin du monde présent et les mystères de la vie future ,
P. Charles Arminjon (1824-1885), p. 56-57 ; Presse de l’Institut Sophia

 

Il y  a un passage mystérieux dans le livre de Daniel qui se déroule à notre époque. Cela révèle en outre ce que Dieu prévoit à cette heure alors que le monde continue sa descente dans les ténèbres…

 

LE DESCELLEMENT

Après avoir vu dans des visions la montée d’une « bête » ou Antichrist, qui viendrait vers la fin du monde, on dit alors au prophète :

Va ton chemin, Daniel, car les paroles sont enfermées et scellées jusqu’au temps de la fin . Beaucoup se purifieront, se blanchiront et s’affineront… (Daniel 12 : 9-10)

Le texte latin dit que ces mots seront scellés  usque ad tempus praefinitum – « jusqu’à un temps prédéterminé ». La proximité de cette époque est révélée dans la phrase suivante : lorsque « beaucoup se purifieront et se rendront blancs ».  J’y reviendrai dans quelques instants.

Au cours du siècle dernier, le Saint-Esprit a révélé à l’Église la plénitude du plan de Rédemption  à travers Notre-Dame, plusieurs mystiques et une récupération du sens authentique des enseignements des Pères de l’Église primitive sur le Livre de l’Apocalypse. En effet, l’Apocalypse est un écho direct des visions de Daniel, et par conséquent, le « descellement » de son contenu présuppose une compréhension plus complète de sa signification conformément à la « Révélation publique » de l’Église – Tradition sacrée.

…même si la Révélation [publique] est déjà complète, elle n’a pas été rendue complètement explicite ; il reste à la foi chrétienne de prendre progressivement toute sa signification au fil des siècles. «  —Catéchisme de l’Église catholique, n. 66

En passant, dans les locutions adressées au regretté Père. Stefano Gobbi, dont les écrits portent deux  Imprimaturs , Notre-Dame aurait confirmé que le « Livre » de l’Apocalypse a maintenant été descellé :

Mon message est apocalyptique, car vous êtes au cœur de ce qui vous a été annoncé dans le dernier et donc très important livre de l’Écriture Sainte. Je confie aux anges de lumière de mon Cœur Immaculé le soin de vous amener à la compréhension de ces événements, maintenant que j’ai ouvert pour vous le Livre scellé.  — Aux Prêtres, Fils bien-aimés de Notre-Dame,  n. 520, je,j.

Ce qui est « descellé » à notre époque est une compréhension plus profonde de ce que Saint Jean appelle la « première résurrection » de l’Église. [1] Et toute la création l’attend…

 

LE SEPTIÈME JOUR

Le prophète Osée écrit :

Il nous ressuscitera au bout de deux jours ; le troisième jour, il nous ressuscitera pour vivre en sa présence. (Osée 6:2)

Rappelez-vous encore une fois les paroles du pape Benoît XVI aux journalistes lors de son vol vers le Portugal en 2010, selon lesquelles il existe « un besoin de passion pour l’Église ». Il  a averti que beaucoup d’entre nous se sont endormis à cette heure, tout comme les apôtres à Gethsémani :

  

… ‘la somnolence’ est la nôtre, celle de ceux d’entre nous qui ne veulent pas voir toute la force du mal et ne veulent pas entrer dans sa Passion . —PAPE BENOÎT XVI, Agence de presse catholique, Cité du Vatican, 20 avril 2011, Audience générale

Pour…

…[l’Église] suivra son Seigneur dans sa mort et sa résurrection.  — Catéchisme de l’Église catholique , 677

Cela étant, l’Église suivra également son Seigneur pendant « deux jours » dans le tombeau et ressuscitera le « troisième jour ». Laissez-moi vous expliquer cela à travers les enseignements des premiers pères de l’Église…

 

UN JOUR EST COMME MILLE ANS

Ils considéraient l’histoire humaine à la lumière de l’histoire de la création. Dieu a créé le monde en six jours et, le septième, il s’est reposé. Ils ont vu en cela un modèle approprié à appliquer au Peuple de Dieu.

Et Dieu se reposa de toutes ses œuvres le septième jour… Par conséquent, un repos sabbatique reste encore pour le peuple de Dieu. (Héb 4:4, 9)

Ils considéraient l’histoire humaine, depuis Adam et Ève jusqu’à l’époque du Christ, comme essentiellement quatre mille ans, ou « quatre jours » d’après les paroles de saint Pierre :

N’ignorez pas ce seul fait, bien-aimés, que pour le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. (2 Pierre 3:8)

Le temps écoulé entre l’Ascension du Christ et le seuil du troisième millénaire serait de « deux jours supplémentaires ». À cet égard, une prophétie stupéfiante se déroule là-bas. Les Pères de l’Église prévoyaient que  ce millénaire  marquerait le début du « septième jour », un « repos sabbatique » pour le peuple de Dieu (voir  Le repos sabbatique à venir ) qui coïnciderait avec la mort de l’Antéchrist (« la bête ») et la « première résurrection » dont parle l’Apocalypse de Saint Jean :

 

La bête fut attrapée et avec elle le faux prophète qui avait accompli devant elle les signes par lesquels il égarait ceux qui avaient accepté la marque de la bête et ceux qui avaient adoré son image. Tous deux furent jetés vivants dans l’étang ardent brûlant de soufre… J’ai aussi vu les âmes de ceux qui avaient été décapités pour leur témoignage de Jésus et pour la parole de Dieu, et qui n’avaient pas adoré la bête ni son image ni accepté son marque sur leur front ou sur leurs mains. Ils prirent vie et régnèrent avec Christ pendant mille ans. Le reste des morts ne revinrent à la vie qu’après la fin des mille ans. C’est la première résurrection. Bienheureux et saint est celui qui participe à la première résurrection. La seconde mort n’a aucun pouvoir sur eux ; ils seront prêtres de Dieu et du Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans. (Apocalypse 19 :20-20 :6)

Comme je l’ai expliqué dans  Comment l’époque a été perdue ,  saint Augustin a proposé quatre explications à ce texte. Celui qui est resté « resté » chez la majorité des théologiens jusqu’à ce jour est que la « première résurrection » fait référence à la période qui suit l’Ascension du Christ jusqu’à la fin de l’histoire humaine. Le problème est que cela ne correspond pas à une lecture simple du texte, ni à ce que les Pères de l’Église primitive enseignaient. Cependant, l’autre explication d’Augustin sur les « mille ans » le fait :

… comme s’il était normal que les saints jouissent ainsi d’une sorte de repos du sabbat pendant cette période, un loisir sacré après les travaux de six mille ans depuis la création de l’homme… (et) il devrait s’ensuivre l’achèvement de six mille ans. mille ans, à partir de six jours, une sorte de sabbat du septième jour dans les mille ans suivants… Et cette opinion ne serait pas contestable, si l’on croyait que les joies des saints, dans ce sabbat, seront spirituelles et conséquentes sur la présence de Dieu… —St. Augustin d’Hippone (354-430 après JC ; docteur de l’Église), De Civitate Dei , Bk. XX, Ch. 7, Presse de l’Université catholique d’Amérique

C’est aussi l’  attente  de nombreux papes :

Je voudrais vous renouveler l’appel que j’ai lancé à tous les jeunes… acceptez l’engagement d’être des veilleurs du matin à l’aube du nouveau millénaire. Il s’agit d’un engagement primordial, qui conserve sa validité et son urgence alors que nous entamons ce siècle avec de malheureux nuages sombres de violence et de peur qui se profilent à l’horizon. Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de personnes qui mènent une vie sainte, de veilleurs qui annoncent au monde une nouvelle aube d’espérance, de fraternité et de paix. —PAPE ST. JEAN-PAUL II, « Message de Jean-Paul II au Mouvement des Jeunes Guannelli », 20 avril 2002 ; vatican.va

…Une nouvelle ère dans laquelle l’espoir nous libère de la superficialité, de l’apathie et de l’égocentrisme qui engourdissent nos âmes et empoisonnent nos relations. Chers jeunes amis, le Seigneur vous demande d’être des prophètes de cette nouvelle ère… —PAPE BENOÎT XVI, Homélie, Journée Mondiale de la Jeunesse, Sydney, Australie, 20 juillet 2008.

Jean-Paul II a lié ce « nouveau millénaire » à la « venue » du Christ : [2]

Chers jeunes, à vous d’être les veilleurs du matin qui annoncent l’arrivée du soleil qui est le Christ ressuscité ! —PAPE JEAN-PAUL II, Message du Saint-Père à la jeunesse du monde , XVIIe Journée Mondiale de la Jeunesse, n. 3 ; (cf. Is 21, 11-12)

Ce que les Pères de l’Église – jusqu’à nos plus récents papes – ont annoncé, ce n’est pas la fin du monde, mais une « ère » ou une « période de paix », un véritable « repos » par lequel les nations seraient pacifiées, Satan enchaîné. , et l’Évangile s’est étendu à toutes les côtes (voir Les papes et l’ère naissante ) . Saint Louis de Montfort donne un parfait préambule aux paroles prophétiques du Magistère :

Vos commandements divins sont brisés, votre Évangile est rejeté, des torrents d’iniquité inondent la terre entière, emportant même vos serviteurs… Tout arrivera-t-il à la même fin que Sodome et Gomorrhe ? Ne briserez-vous jamais votre silence ? Allez-vous tolérer tout cela pour toujours ? N’est-il pas vrai que votre volonté doit être faite sur terre comme au ciel ? N’est-il pas vrai que votre royaume doit venir ? N’avez-vous pas donné à certaines âmes qui vous sont chères une vision du futur renouveau de l’Église ?  -St. Louis de Montfort, Prière pour les missionnaires , n. 5 ;  www.ewtn.com

C’est la tâche de Dieu de réaliser cette heure heureuse et de la faire connaître à tous… Lorsqu’elle arrivera, elle se révélera être une heure solennelle, importante avec des conséquences non seulement pour la restauration du Royaume du Christ, mais aussi pour la pacification de… le monde. Nous prions avec ferveur et demandons aux autres de prier également pour cette pacification tant souhaitée de la société. —PAPE PIE XI, Ubi Arcani dei Consilioi « Sur la paix du Christ dans son Royaume » , 23 décembre 1922

Le plus significatif est que cet « happy hour » coïnciderait également avec la perfection  du Peuple de Dieu. L’Écriture est claire sur le fait que la sanctification du Corps de Christ est nécessaire pour faire d’elle une épouse appropriée pour le retour de Christ dans la gloire : 

…pour vous présenter devant lui sainte, sans défaut et irréprochable… afin qu’il se présente l’Église dans sa splendeur, sans tache ni ride ou quoi que ce soit de semblable, afin qu’elle soit sainte et sans défaut. (Col 1:22, Eph 5:27)

Cette préparation est précisément ce que saint Jean XXIII avait à cœur :

La tâche de l’humble pape Jean est de « préparer au Seigneur un peuple parfait », ce qui est exactement comme la tâche du Baptiste, qui est son patron et dont il tire son nom. Et il n’est pas possible d’imaginer une perfection plus élevée et plus précieuse que celle du triomphe de la paix chrétienne, qui est paix du cœur, paix dans l’ordre social, dans la vie, dans le bien-être, dans le respect mutuel et dans la fraternité des nations. . —PAPE ST. JEAN XXIII, La vraie paix chrétienne, 23 décembre 1959 ; www.catholicculture.org

Voici pourquoi le « millénaire » est souvent qualifié d’« ère de paix » ; la  perfection intérieure  de l’Église a  des conséquences extérieures  , à savoir la pacification temporelle du monde. Mais c’est plus que cela : c’est la  restauration  du Royaume de la Volonté Divine qu’Adam a perdu à cause du péché. Ainsi, le pape Pie XII voyait dans cette restauration à venir une « résurrection » de l’Église avant la fin du monde :

Mais même cette nuit dans le monde montre des signes clairs d’une aube qui viendra, d’un nouveau jour recevant le baiser d’un soleil nouveau et plus resplendissant… Une nouvelle résurrection de Jésus est nécessaire : une vraie résurrection, qui n’admet plus la seigneurie de la mort… Chez les individus, le Christ doit détruire la nuit du péché mortel avec l’aube de la grâce retrouvée. Dans les familles, la nuit de l’indifférence et de la fraîcheur doit céder la place au soleil de l’amour. Dans les usines, dans les villes, dans les nations, sur les terres de l’incompréhension et de la haine, la nuit doit devenir aussi claire que le jour, nox sicut dies illuminabitur, et les conflits cesseront et il y aura la paix . —PAPE PIUX XII, discours Urbi et Orbi , 2 mars 1957; vatican.va

Ressentez-vous un peu d’espoir en ce moment ? Je l’espère. Parce que le royaume satanique qui s’élève à l’heure actuelle n’est pas le dernier mot de l’histoire humaine.

LE JOUR DU SEIGNEUR

Cette « résurrection », selon saint Jean, inaugure un règne « millénaire » – ce que les Pères de l’Église appelaient « le jour du Seigneur ». Ce n’est pas une journée de 24 heures, mais elle est représentée symboliquement par « mille ».

Voici, le jour du Seigneur sera de mille ans. —Lettre de Barnabas, Les Pères de l’Église, Ch. 15

Maintenant… nous comprenons qu’une période de mille ans est indiquée en langage symbolique. -St. Justin Martyr, Dialogue avec Trypho , Ch. 81, Les Pères de l’Église , Patrimoine chrétien

Saint Thomas d’Aquin affirme que ce chiffre ne doit pas être pris au pied de la lettre :

Comme le dit Augustin, le dernier âge du monde correspond à la dernière étape de la vie d’un homme, qui ne dure pas un nombre fixe d’années comme les autres étapes, mais dure parfois aussi longtemps que les autres étapes ensemble, et même plus longtemps. C’est pourquoi on ne peut attribuer à la dernière époque du monde un nombre fixe d’années ou de générations. -St. Thomas d’Aquin, Questiones Disputate, Vol. II De Potentia, Q. 5, n.5; www.dhspriory.org

Contrairement aux millénaristes qui croyaient à tort que le Christ viendrait littéralement  régner dans la chair sur terre, les Pères de l’Église comprenaient les Écritures dans l’ allégorie spirituelle dans laquelle elles étaient écrites (voir  Millennarisme – Ce que c’est et ce qu’il n’est pas ). Le travail du théologien Révérend Joseph Iannuzzi visant à différencier les enseignements des Pères de l’Église des sectes hérétiques (Chiliastes, Montanistes, etc.) est devenu le fondement théologique nécessaire pour relier les prophéties des papes non seulement aux Pères de l’Église et aux Écritures, mais aussi aux révélations données aux mystiques du XXe siècle. Je dirais même que son œuvre contribue à « desceller »  ce qui était réservé à la fin des temps. 

Je lis parfois le passage évangélique de la fin des temps et j’atteste qu’en ce moment, certains signes de cette fin se font jour. —PAPE PAUL VI, Le Secret Paul VI , Jean Guitton, p. 152-153, référence (7), p. ix.

 

LE ROYAUME DE LA VOLONTÉ DIVINE

Tout ce que Jésus a dit et fait n’était pas, selon ses paroles, sa propre volonté humaine, mais celle de son Père.

Amen, amen, je vous le dis, un fils ne peut rien faire tout seul, mais seulement ce qu’il voit faire son père ; car ce qu’il fait, son fils le fera aussi. Car le Père aime son Fils et lui montre tout ce qu’il fait lui-même… (Jean 5 : 19-20)

Nous avons ici un résumé parfait de la raison pour laquelle Jésus a pris sur lui notre humanité : pour unir et restaurer notre volonté humaine dans le Divin . En un mot, diviniser  l’humanité. Ce qu’Adam a perdu dans le Jardin, c’est précisément cela : son union dans la Volonté Divine. Jésus est venu restaurer non seulement l’amitié avec Dieu mais aussi  la communion. 

 

« Toute la création », a déclaré saint Paul, « gémit et travaille jusqu’à présent », attendant les efforts rédempteurs du Christ pour restaurer la bonne relation entre Dieu et sa création. Mais l’acte rédempteur du Christ n’a pas restauré toutes choses à lui seul, il a simplement rendu possible l’œuvre de rédemption, il a commencé notre rédemption. Tout comme tous les hommes partagent la désobéissance d’Adam, de même tous les hommes doivent partager l’obéissance du Christ à la volonté du Père. La rédemption ne sera complète que lorsque tous les hommes partageront son obéissance… —Serviteur de Dieu P. Walter Ciszek, Il me dirige (San Francisco : Ignatius Press, 1995), pp. 116-117

Ainsi, la « première résurrection » apparaît comme une  restauration  de ce dont Adam et Ève ont perdu dans le jardin d’Eden : une vie vécue  dans la Volonté divine.  Cette grâce est bien plus que simplement amener l’Église à  faire  la volonté de Dieu, mais à la mettre dans un état d’  être  tel que la Volonté divine de la Sainte Trinité devient aussi celle du Corps mystique du Christ. 

Car les mystères de Jésus ne sont pas encore complètement parfaits et accomplis. Ils sont complets, certes, dans la personne de Jésus, mais non en nous, qui sommes ses membres, ni dans l’Église, qui est son corps mystique. -St. Jean Eudes, traité « Du Royaume de Jésus », Liturgie des Heures , Vol IV, p 559

Ce n’est pas le moment de développer en détail à quoi cela « ressemble » ; Jésus l’a fait en trente-six volumes à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta. Qu’il suffise plutôt de dire simplement que Dieu entend restaurer en nous « le don de vivre dans la Divine Volonté ». L’impact de cela se répercutera dans tout le cosmos comme le « dernier mot » de l’histoire humaine avant la consommation de toutes choses.  

Le don de vivre dans la Divine Volonté restitue aux rachetés le don que possédait Adam prélapsaire et qui a généré la lumière divine, la vie et la sainteté dans la création… — Révérend Joseph Iannuzzi, Le don de vivre dans la Divine Volonté dans les écrits de Luisa Piccarreta (Emplacements Kindle 3180-3182) ; N.-B.. Cet ouvrage porte le sceau d’approbation de l’Université du Vatican ainsi que l’approbation ecclésiastique.

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que « L’univers a été créé « en état de voyage » ( in statu viae ) vers une perfection ultime encore à atteindre, à laquelle Dieu l’a destiné. » [3] Cette perfection est intrinsèquement liée à l’homme, qui fait non seulement partie de la création mais en est le summum. Comme Jésus l’a révélé à la Servante de Dieu Luisa Piccaretta :

Je désire donc que Mes enfants entrent dans Mon Humanité et copient ce que l’Ame de Mon Humanité a fait dans la Divine Volonté… S’élevant au-dessus de toute créature, ils restaureront les droits de la Création, les Miens ainsi que ceux des créatures. Ils ramèneront toutes choses à l’origine première de la Création et au but pour lequel la Création a été créée… — Rév. Joseph. Iannuzzi, La splendeur de la création : le triomphe de la volonté divine sur terre et l’ère de la paix dans les écrits des pères, des docteurs et des mystiques de l’Église (emplacement Kindle 240)

C’est pourquoi Jean-Paul II dit :

La résurrection des morts attendue à la fin des temps reçoit déjà sa première réalisation décisive dans la résurrection spirituelle, objectif premier de l’œuvre de salut. Il s’agit de la vie nouvelle donnée par le Christ ressuscité comme fruit de son œuvre rédemptrice. —Audience générale, 22 avril 1998 ; vatican.va

Cette nouvelle vie dans le Christ, selon les révélations de Luisa, atteindra son apogée lorsque la volonté humaine  ressuscitera  dans la Volonté Divine. 

Or, le présage de ma Rédemption était la Résurrection qui, plus que le Soleil resplendissant, couronnait mon Humanité, faisant briller même mes plus petits actes, avec une splendeur et un émerveillement tels qu’ils étonnaient le Ciel et la terre. La Résurrection sera le commencement, le fondement et l’accomplissement de tous les biens – couronne et gloire de tous les Bienheureux. Ma Résurrection est le vrai Soleil qui glorifie dignement mon Humanité ; C’est le Soleil de la religion catholique ; C’est la gloire de chaque chrétien. Sans la Résurrection, cela aurait été comme un ciel sans soleil, sans chaleur et sans vie. Maintenant, ma Résurrection est le symbole des âmes qui formeront leur sainteté dans ma Volonté. —Jésus à Luisa, 15 avril 1919, Vol. 12

RÉSURRECTION… UNE NOUVELLE SAINTETÉ

Depuis l’Ascension du Christ il y a deux mille ans – ou plutôt « deux jours » – on pourrait dire que l’Église est descendue au tombeau avec le Christ en attendant sa propre résurrection – même si elle fait encore face à une « Passion » définitive.

Car vous êtes mort, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. (Colossiens 3:3)

Et « toute la création gémit dans les douleurs de l’enfantement, même jusqu’à présent », dit saint Paul, ainsi :

La création attend avec impatience la révélation des enfants de Dieu… (Romains 8 : 19)

Remarque : Paul dit que la création attend, non pas le retour de Jésus dans la chair,  mais la « révélation des enfants de Dieu ». La libération de la création est intrinsèquement liée à l’œuvre de Rédemption en nous. 

Et nous entendons aujourd’hui des gémissements comme personne ne l’a jamais entendu auparavant… Le Pape [Jean-Paul II] nourrit en effet un grand espoir que le millénaire des divisions soit suivi d’un millénaire d’unifications.  —Cardinal Joseph Ratzinger (BENOÎT XVI),  Sel de la Terre (San Francisco : Ignatius Press, 1997), traduit par Adrian Walker

Mais cette unité ne se réalisera que comme une œuvre du Saint-Esprit, comme à travers une « nouvelle Pentecôte » lorsque Jésus régnera selon un nouveau « mode » au sein de son Église. Le mot « apocalypse » signifie « dévoilement ». Ce qui attend d’être dévoilé, c’est donc la dernière étape du voyage de l’Église : sa purification et sa restauration dans la Volonté divine – exactement ce que Daniel a écrit il y a des milliers d’années :

Beaucoup se purifieront, se blanchiront et s’affineront… (Daniel 12 : 9-10)

…le jour des noces de l’Agneau est venu, son épouse s’est préparée. Elle était autorisée à porter un vêtement en lin clair et propre. (Apocalypse 19 : 7-8)

Saint Jean-Paul II a expliqué qu’il s’agira effectivement d’un don spécial venant d’en haut :

Dieu lui-même avait prévu de réaliser cette sainteté « nouvelle et divine » dont l’Esprit Saint veut enrichir les chrétiens à l’aube du troisième millénaire, afin de « faire du Christ le cœur du monde ». —PAPE JEAN-PAUL II, Discours aux Pères Rogationnistes, n. 6, www.vatican.va

Lorsque Jésus règnera dans son Église, de telle sorte que la Divine Volonté règne en elle , cela amènera à son achèvement la « première résurrection » du Corps du Christ. 

…le Royaume de Dieu signifie le Christ lui-même, que nous désirons quotidiennement venir et dont nous souhaitons que la venue nous soit manifestée rapidement. Car de même qu’il est notre résurrection, puisqu’en lui nous ressuscitons, de même il peut aussi être compris comme le Royaume de Dieu, car en lui nous régnerons.  — Catéchisme de l’Église catholique , n. 2816

…ils seront prêtres de Dieu et du Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans. (Apocalypse 20:6)

Jésus dit à Luisa :

…ma Résurrection symbolise les Saints des vivants dans ma Volonté — et cela avec raison, puisque chaque acte, parole, pas, etc. accompli dans ma Volonté est une résurrection Divine que l’âme reçoit ; c’est une marque de gloire qu’elle reçoit ; c’est sortir d’elle-même pour entrer dans la Divinité, et aimer, travailler et penser, en se cachant dans le soleil resplendissant de ma Volonté… — Jésus à Luisa, 15 avril 1919, Vol. 12

Mais, comme le notent les Écritures et la Tradition, le « jour du Seigneur » et la résurrection concomitante de l’Église sont d’abord précédés d’une grande épreuve :

Ainsi, même si l’alignement harmonieux des pierres devait paraître détruit et fragmenté et, comme le décrit le psaume vingt et unième, tous les ossements qui composent le corps du Christ devaient sembler dispersés par des attaques insidieuses lors des persécutions ou des époques de troubles, ou par ceux qui aux jours de persécution sapent l’unité du temple, néanmoins le temple sera reconstruit et le corps ressuscitera le troisième jour, après le jour du mal qui le menace et le jour de consommation qui suit . -St. Origène, Commentaire sur Jean, Liturgie des Heures, Vol IV, p. 202

INTÉRIEUR UNIQUEMENT ?

Mais cette « première résurrection » est-elle uniquement spirituelle et non corporelle ? Le texte biblique lui-même suggère que ceux qui ont été « décapités » et qui avaient refusé la marque de la bête « sont revenus à la vie et ont régné avec Christ ». Cependant, cela ne signifie pas qu’ils règnent  sur terre.  Par exemple, immédiatement après la mort de Jésus, l’Évangile de Matthieu atteste que :

La terre trembla, les rochers se brisèrent, les tombeaux s’ouvrirent et les corps de nombreux saints endormis furent relevés. Et sortant de leurs tombeaux après sa résurrection, ils entrèrent dans la ville sainte et apparurent à beaucoup. (Matt 27 : 51-53)

Nous avons donc ici un exemple concret d’une résurrection corporelle avant la « résurrection des morts » qui arrive à la toute fin des temps (Ap 20 : 13). Le récit évangélique suggère que ces figures ressuscitées de l’Ancien Testament ont transcendé le temps et l’espace puisqu’elles sont « apparues » à beaucoup (bien que l’Église n’ait fait aucune déclaration définitive à cet égard). Tout cela pour dire qu’il n’y a aucune raison pour qu’une résurrection corporelle ne soit pas possible, par laquelle ces martyrs « apparaîtront » également à ceux sur terre comme beaucoup de saints et Notre-Dame l’ont déjà fait et le font déjà. [4] Mais de manière générale, Thomas d’Aquin affirme à propos de cette première résurrection que…

…ces paroles doivent être comprises autrement, à savoir de la résurrection « spirituelle », par laquelle les hommes ressusciteront de leurs péchés jusqu’au don de la grâce : tandis que la seconde résurrection est celle des corps. Le règne du Christ désigne l’Église dans laquelle règnent non seulement les martyrs, mais aussi les autres élus, la partie désignant le tout ; ou bien ils règnent avec Christ dans la gloire à l’égard de tous, une mention spéciale étant faite des martyrs, parce qu’ils règnent surtout après la mort de ceux qui ont combattu jusqu’à la mort pour la vérité . —Thomas d’Aquin, Somme théologique , Qu. 77, art. 1, rép. 4. ; cité dans  La Splendeur de la Création : Le Triomphe de la Volonté Divine sur Terre et l’ère de la Paix dans les Écrits des Pères, des Docteurs et des Mystiques de l’Église  par le Révérend Joseph Iannuzzi ; (Emplacement Kindle 1323)

Mais c’est avant tout cette sainteté intérieure que prophétisait Pie XII, une sainteté qui met fin au péché mortel. 

Une nouvelle résurrection de Jésus est nécessaire : une vraie résurrection, qui n’admet plus la seigneurie de la mort… Dans les individus, le Christ doit détruire la nuit du péché mortel avec l’aube de la grâce retrouvée.  — Discours Urbi et Orbi , 2 mars 1957; vatican.va

Jésus dit à Luisa qu’en effet, cette résurrection n’a pas lieu à la fin des jours mais dans  le temps, lorsqu’une âme commence à  vivre dans la Divine Volonté. 

Ma fille, dans Ma Résurrection, les âmes ont reçu les droits légitimes de ressusciter en Moi vers une nouvelle vie. C’était la confirmation et le sceau de toute ma vie, de mes œuvres et de mes paroles. Si Je suis venu sur terre, c’était pour permettre à chaque âme de posséder Ma Résurrection comme la sienne – pour lui donner la vie et la faire ressusciter dans Ma propre Résurrection. Et voulez-vous savoir quand aura lieu la véritable résurrection de l’âme ? Pas à la fin des temps, mais pendant qu’il est encore vivant sur terre. Celui qui vit dans ma Volonté ressuscite à la lumière et dit : « Ma nuit est finie »… C’est pourquoi l’âme qui vit dans ma Volonté peut dire, comme l’ange dit aux saintes femmes sur le chemin du sépulcre : « Il est ressuscité. Il n’est plus là. Une telle âme qui vit dans Ma Volonté peut aussi dire : « Ma volonté n’est plus mienne, car elle est ressuscitée dans le Fiat de Dieu.  —20 avril 1938, vol. 36

C’est pourquoi, dit saint Jean : « Bienheureux et saint est celui qui participe à la première résurrection. La seconde mort n’a aucun pouvoir sur eux. [5] Ils seront peu nombreux – un « reste » après les tribulations de l’Antéchrist.

Maintenant, ma Résurrection est le symbole des âmes qui formeront leur sainteté dans ma Volonté. Les Saints des siècles passés symbolisent mon Humanité. Bien que résignés, ils n’ont pas eu d’action continue dans ma Volonté ; ils n’ont donc pas reçu la marque du Soleil de ma Résurrection, mais la marque des œuvres de mon Humanité avant ma Résurrection. Ils seront donc nombreux ; presque comme des étoiles, elles formeront un bel ornement au Ciel de mon Humanité. Mais les Saints des vivants de ma Volonté, qui symboliseront mon Humanité Ressuscitée, seront peu nombreux. —Jésus à Luisa, 15 avril 1919, Vol. 12

Par conséquent, le « triomphe » de la fin des temps n’est pas simplement l’enchaînement de Satan dans l’abîme (Ap 20 :1-3) ; il s’agit plutôt de la restauration des droits de filiation auxquels Adam a renoncé – qui est « mort » pour ainsi dire dans le jardin d’Eden – mais qui est en train d’être restaurée dans le Peuple de Dieu en ces « derniers temps » comme fruit final du Christ. Résurrection.

Par cet acte triomphal, Jésus a scellé la réalité qu’il était [dans son unique Personne divine à la fois] Homme et Dieu, et avec sa Résurrection, il a confirmé sa doctrine, ses miracles, la vie des sacrements et toute la vie de l’Église. De plus, Il a obtenu le triomphe sur la volonté humaine de toutes les âmes affaiblies et presque mortes à tout bien véritable, afin que la vie de la Volonté Divine qui devait apporter la plénitude de la sainteté et toutes les bénédictions aux âmes triomphe d’elles. —Notre-Dame à Luisa,  La Vierge dans le Royaume de la Divine Volonté,  Jour 28

..pour la Résurrection de ton Fils, fais-moi ressusciter dans la Volonté de Dieu. — Luisa à Notre-Dame, Ibid.

[J’] implore la résurrection de la Volonté divine au sein de la volonté humaine ; puissions-nous tous ressusciter en Toi… — Luisa à Jésus, 23ème Ronde dans la Divine Volonté

C’est cela qui amène le Corps du Christ à sa pleine maturité :

…jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à la maturité de l’homme, à la mesure de la pleine stature du Christ… (Eph 4 :13)

 

DEVENIR NOS SOI PARFAITS

De toute évidence, saint Jean et les Pères de l’Église ne proposent pas une « eschatologie du désespoir » où Satan et l’Antéchrist triompheraient jusqu’à ce que Jésus revienne pour mettre fin à l’histoire humaine. Malheureusement, c’est exactement ce que disent certains eschatologues catholiques et protestants éminents. La raison en est qu’ils négligent  la dimension mariale de la tempête  qui est déjà là et à venir. Car Sainte Marie est…

…l’image de l’Église à venir… —PAPE BENOÎT XVI, Spe Salvi, n.50

Et,

A la fois vierge et mère, Marie est le symbole et la réalisation la plus parfaite de l’Église…  — Catéchisme de l’Église catholique, n. 507

Au contraire, ce que nous réalisons à nouveau, c’est ce que l’Église a enseigné depuis le début : que le Christ manifestera sa puissance dans l’histoire, de telle sorte que le Jour du Seigneur apportera la paix et la justice dans le monde. Ce sera une résurrection de la grâce perdue et un « repos du sabbat » pour les saints. Quel témoignage cela sera pour les nations ! Comme Notre Seigneur lui-même l’a dit : « Cet évangile du royaume sera prêché dans le monde entier pour servir de témoignage à toutes les nations, et alors viendra la fin. » [6] 

Utilisant le langage allégorique des prophètes de l’Ancien Testament, les Pères de l’Église primitive disaient simplement la même chose :

Ainsi, la bénédiction annoncée se réfère sans aucun doute au temps de Son Royaume, où les justes régneront sur la résurrection des morts ; où la création, renaissante et libérée de l’esclavage, produira en abondance des aliments de toutes sortes issus de la rosée du ciel et de la fertilité de la terre, comme le rappellent les anciens. Ceux qui ont vu Jean, le disciple du Seigneur, [nous disent] qu’ils ont entendu de lui comment le Seigneur enseignait et parlait de ces temps… — St. Irénée de Lyon, père de l’Église (140-202 après JC) ; Adversus Haereses , Irénée de Lyon, V.33.3.4, Les Pères de l’Église , Éditions CIMA

…Son Fils viendra et détruira le temps des sans-loi et jugera les impies, et changera le soleil, la lune et les étoiles – alors il se reposera effectivement le septième jour… après avoir donné du repos à toutes choses, je ferai le début du huitième jour, c’est-à-dire le début d’un autre monde. —Lettre de Barnabas (70-79 après JC), écrite par un père apostolique du IIe siècle




Le regard de Jésus ressuscité : L’Amour infini caché dans chaque instant…

« Ses yeux : une flamme de feu ! »

Apocalypse 1,14

 

Saint Jean de la Croix a cette parole révélatrice de sa contemplation sur Jésus Vivant : « Pour Dieu, regarder c’est aimer ! » Cette permanence de sa Présence, et donc de son Regard qui s’offre à chaque instant, Jésus nous l’a promise juste après sa Résurrection : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ! » (Mt 28,20).

A nous de découvrir ce Regard d’amour caché : Il suffit de fermer les yeux sur l’extérieur et d’ouvrir les yeux de la foi, sur l’intérieur : ce regard du cœur qui découvre peu à peu de vastes horizons que le monde ignore… Alors, comme l’épouse du Cantique, nous entendrons l’arrivée mystérieuse du Christ Epoux :

« J’entends mon bien-aimé… Voici qu’il arrive, sautant sur les montagnes, bondissant sur les collines. Mon bien-aimé est semblable à une gazelle… Voilà qu’il se tient derrière notre mur. Il guette par la fenêtre, il épie par le treillis… Il me dit : « Lève-toi ma bien-aimée, ma belle, viens ! … car l’hiver est passé… Sur notre terre, les fleurs se montrent… Le roucoulement de la tourterelle se fait entendre… les vignes en fleur exhalent leur parfum ! »  (Cantique des cantique, 2,8-13)

Être chrétien, c’est avoir découvert cette Présence cachée en plein dans ta vie, au plus profond de ton cœur … car là où tu es, et pas ailleurs, le Seigneur t’attend pour commencer ou continuer la plus belle des aventures : une histoire « unique » et il n’y en aura pas d’autre comme celle-là ! La relation à Jésus ressuscité est « unique » pour chaque personne humaine, et le cri de la prière la révèle : pensons au bon larron crucifié à côté de Jésus… Il se tourne vers lui dans une dernière prière et Jésus lui promet d’entrer au Ciel avec Lui : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis ! » (Lc 23,43).

Alors, que la foi priante te fasse pressentir que Dieu est là, caché chez toi, comme t’y invite un Saint Augustin :

« Ecoute le fond de ton être, il y a toujours Quelqu’un[1]… »

Et comme l’affirme Sainte Thérèse d’Avila : « Il tournera vers toi ses yeux si beaux… » Prier, faire l’oraison silencieuse du cœur, c’est se découvrir de plus en plus « intra céleste » … car c’est « croire qu’un Être qui s’appelle l’Amour habite en toi à tout instant du jour et de la nuit[2] ». Jésus t’est « présent » par cet incessant Regard posé sur tout ce qui fait ta vie :

« Dieu te regarde, qui que tu sois. Il t’appelle « par ton nom » (Jn 10,3-4). Il te voit et il te comprend, lui qui t’a fait. Tout ce qu’il y a en toi, il le sait : tous tes sentiments, tes pensées, te inclinations, tes goûts, ta force et ta faiblesse. Il te voit dans tes jours de joie comme dans te jours de peine… Il a compté tes cheveux. Il t’entoure de ses bras et te soutient… Il contemple ton visage, dans le sourire ou les pleurs, dans la santé ou dans la maladie. Il regarde tes mains et tes pieds avec tendresse, il entend ta voix, le battement de ton cœur et jusqu’à ton souffle…

Ce n’est pas seulement que tu fais partie de sa Création, lui qui a souci même des moineaux (Mt 10,29). Tu es une être humain racheté et sanctifié, son enfant… Tu es un de ceux pour qui le Christ a offert au Père sa dernière prière et y a mis le sceau de son Sang précieux…

Qu’est-ce que l’homme, que sommes- nous, que suis-je, pour que le Fils de Dieu « ait de moi un si grand souci » ? (Ps 8,5). Que suis-je pour qu’il m’ait refait à neuf, et pour qu’il ait fait de mon cœur sa demeure[3] ? »

Ces paroles uniques de Newman nous laissent deviner le mystère intemporel de ce Dieu qui se tient toujours au cœur de notre vie : le Regard de Dieu révèle le mystère de sa Présence car ce regard, qui jamais ne se détourne, est le signe silencieux de son infinie miséricorde… qui comprendra ce Regard qui voit tout, qui sait tout… et qui nous offre tant de tendresse ?

Son silencieux Regard infiniment respectueux est le secret ultime qui nous révèle son Cœur transpercé et toujours ouvert sur la Croix… Son Regard, c’est son Cœur ! Tel est le mystère offert à chaque instant à travers les yeux de Jésus Ressuscité…

 

+M-Mickaël

 

[1] Saint Augustin, Commentaire du Psaume 102,2.

[2] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Lettre 330, p.785.

[3] Saint John Henry Newman, A Particular Providence as revealed in the Gospel, PPS vol.3, n°9.




La Passion de l’Eglise.

Article de Mark Mallett du 21 mars 2024.

LA PASSION DE L’ÉGLISE

Si la parole n’a pas converti,
ce sera le sang qui convertira.
-ST. JEAN-PAUL II, du poème «Stanislas»

Certains de mes lecteurs réguliers ont peut-être remarqué que j’ai moins écrit ces derniers mois. Cela s’explique en partie, comme vous le savez, par le fait que nous luttons pour nos vies contre les éoliennes industrielles – un combat dans lequel nous commençons à faire des progrès .

Mais je me suis aussi senti profondément plongé dans la Passion de Jésus, ou plus précisément dans le silence de sa Passion. Il est arrivé à un point où il était entouré de tant de divisions, de tant de rancunes, de tant d’accusations et de trahisons, que les mots ne pouvaient plus parler ni percer les cœurs endurcis. Seul Son Sang pouvait porter Sa voix et accomplir Sa mission .

Beaucoup ont donné de faux témoignages contre lui, mais leurs témoignages ne concordaient pas… Mais Il est resté silencieux et n’a pas répondu. (Marc 14:56, 61)

De même, à cette heure-ci, presque plus de voix ne s’accordent dans l’Église. La confusion est grande. Les voix authentiques sont persécutées ; les plus douteux sont loués ; la révélation privée est méprisée ; des prophéties douteuses sont promues ; le schisme est ouvertement envisagé ; la vérité est relativisée ; et la papauté a pratiquement perdu son autorité morale non seulement à cause de messages ambigus continus , mais aussi en raison de son approbation pure et simple d’un sombre programme mondial. [1]

Le véritable christianisme  est éclipsé alors que les paroles de Jésus s’accomplissent sous nos yeux :

Vous verrez tous votre foi ébranlée, car il est écrit : « Je frapperai le berger et les brebis seront dispersées ». (Marc 14:27)

Avant la seconde venue du Christ, l’Église doit traverser une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. .. L’Église n’entrera dans la gloire du royaume qu’à travers cette Pâque finale, lorsqu’elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa résurrection. —Catéchisme de l’Église catholique,675, 677

La passion de l’Église

La Passion de l’Église a été au cœur de The Now Word dès le début de cet apostolat. C’est synonyme de la « Grande Tempête », ce Grand Secouement dont parle le Catéchisme.

À Gethsémani et dans la nuit de la trahison du Christ, nous voyons un miroir des terribles factions qui ont récemment émergé dans le Corps du Christ : un traditionalisme radical qui tire l’épée et condamne avec suffisance ses adversaires perçus (cf. Jean 18 : 10) ; la lâcheté qui fuit la foule éveillée grandissante et se cache dans le silence (cf. Matthieu 26 :56, Marc 14 :50) ; un modernisme à part entière qui nie et compromet la vérité (cf. Marc 14 :71) ; et la trahison pure et simple de la part des successeurs des apôtres eux-mêmes :

Aujourd’hui, l’Église vit avec le Christ les outrages de la Passion. Les péchés de ses membres lui reviennent comme des coups au visage… Les Apôtres eux-mêmes tournèrent la queue dans le Jardin des Oliviers. Ils ont abandonné le Christ à son heure la plus difficile… Oui, il y a des prêtres, des évêques et même des cardinaux infidèles qui ne respectent pas la chasteté. Mais aussi, et c’est aussi très grave, ils ne parviennent pas à s’accrocher à la vérité doctrinale ! Ils désorientent les fidèles chrétiens par leur langage confus et ambigu. Ils falsifient et falsifient la Parole de Dieu, prêts à la tordre et à la plier pour gagner l’approbation du monde. Ce sont les Judas Iscariotes de notre temps. —Cardinal Robert Sarah, Catholic Herald ,  5 avril 2019

Ici, je ne peux m’empêcher de répéter les paroles prémonitoires de saint John Henry Newman qui prévoyait, avec une précision troublante, le début de la Passion de l’Église :

Satan peut adopter les armes de tromperie les plus alarmantes — il peut se cacher — il peut tenter de nous séduire par de petites choses, et ainsi éloigner l’Église, non pas d’un seul coup, mais peu à peu de sa véritable position. Je  crois qu’il a fait beaucoup de choses de cette manière au cours des derniers siècles… Sa politique est de nous diviser et de nous diviser, de nous déloger progressivement de notre roc de force. Et s’il doit y avoir une persécution, ce sera peut-être alors ; alors, peut-être, quand nous sommes tous dans toutes les parties de la chrétienté si divisés et si réduits, si pleins de schisme, si proches de l’hérésie. Lorsque nous nous serons jetés sur le monde et dépendrons de lui pour notre protection, et que nous aurons renoncé à notre indépendance et à notre force, alors [l’Antéchrist] éclatera sur nous avec fureur autant que Dieu le permet. —Bienheureux John Henry Newman, Sermon IV : La persécution de l’Antéchrist

Le chrétien nu

Dans l’Évangile de Marc, il y a un détail particulier à la fin du récit de Gethsémani :

Un jeune homme le suivait, ne portant rien d’autre qu’un linge sur le corps. Ils l’ont saisi, mais il a laissé le tissu derrière lui et s’est enfui nu. (Marc 14 : 51-52)

Cela me rappelle la « Prophétie à Rome » dont le Dr Ralph Martin et moi avons discuté il n’y a pas longtemps :

Je te conduirai dans le désert… Je te dépouillerai de tout ce dont tu dépends maintenant, pour que tu ne dépendes que de Moi. Un temps de ténèbres arrive sur le monde, mais un temps de gloire arrive pour Mon Église, un temps de gloire arrive pour Mon peuple. Je déverserai sur vous tous les dons de Mon Esprit. Je te préparerai au combat spirituel ; Je vais vous préparer à un temps d’évangélisation que le monde n’a jamais vu…. Et quand tu n’auras que Moi, tu auras tout…

Tout autour de nous est actuellement dans un état d’effondrement – un état si subtil que très peu de gens peuvent le voir.

« Les civilisations s’effondrent lentement, juste assez lentement pour qu’on puisse penser que cela n’arrivera peut-être pas vraiment. Et juste assez vite pour avoir peu de temps pour manœuvrer. — The Plague Journal, d’après le roman de Michael D. O’Brien, p. 160

C’est difficile à expliquer, mais lorsque j’entre dans un magasin ou dans un lieu public ces jours-ci, j’ai l’impression d’être entré dans un rêve… dans un monde qui existait autrefois, mais qui n’est plus. Je ne me suis jamais senti aussi étranger à ce monde qu’aujourd’hui.

Mes yeux sont assombris de tristesse, épuisés à cause de tous mes ennemis. Loin de moi, tous ceux qui font le mal ! L’Éternel a entendu le bruit de mes pleurs… (Psaume 6 : 8-9)

Pour une raison quelconque, je pense que vous êtes fatigué. Je sais que je suis effrayé et fatigué aussi. Car le visage du Prince des Ténèbres devient de plus en plus clair pour moi. Il semble qu’il ne se soucie plus de rester « le grand anonyme », « l’incognito », le « tout le monde ». Il semble s’être épanoui et se montrer dans toute sa réalité tragique. Si peu de gens croient en son existence qu’il n’a plus besoin de se cacher ! —Catherine Doherty à Thomas Merton, Compassionate Fire, Les lettres de Thomas Merton et Catherine de Hueck Doherty, p. 60, 17 mars 1962, Ave Maria Press (2009)

En effet, tout cela revient à dépouiller l’Épouse du Christ – mais pas à la laisser nue ! Au contraire, le but divin de cette passion et de cette épreuve finale est la résurrection de l’Église et l’habillement de la mariée dans un magnifique vêtement neuf pour une ère de paix triomphale . Si vous vous sentez découragé, relisez Les Papes et l’ère naissante ou Cher Saint-Père… Il arrive !

La grande arme de l’ennemi est le découragement. Parfois, je pense que notre découragement vient du fait que nous avons baissé nos yeux vers le plan temporel, regardant vers la terre et ceux qui nous entourent pour nous donner ce que seul Dieu peut. C’est pourquoi les saints ont réussi à surmonter leurs épreuves et même à y trouver de la joie : parce qu’ils ont compris que tout ce qui passait, y compris leurs souffrances, était le moyen de leur purification et de leur hâte à l’union avec Dieu.

Jésus a dit : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. » Si nous sommes conduits dans le silence de la Passion du Christ, c’est pour que nous puissions rendre un plus grand témoignage par la pureté du cœur et l’amour divin . Alors qu’attendons-nous?

…puisque nous sommes entourés d’une si grande nuée de témoins, débarrassons-nous de tout fardeau et de tout péché qui nous accroche et persévérons dans la course qui nous attend tout en gardant les yeux fixés sur Jésus, le chef et le perfectionneur de la foi. . À cause de la joie qui l’attendait, il a enduré la croix, méprisant sa honte, et s’est assis à la droite du trône de Dieu. (Héb 12 : 1-2)




Qui comprendra les larmes de Marie ?

« Il a été transpercé à cause de nos crimes ! »

Isaïe 53,5

                                                

« Près de la Croix de Jésus, se tenait sa Mère… »

Jean 19,25

 

       Juste avant la semaine Sainte, souvenons-nous d’une grande vérité de la foi à contempler : découvrir « un peu » combien Marie, ma Mère, a souffert pour moi au pied de la Croix de Jésus, notre Sauveur…

Souvenons-nous de cet instant sacré où, après avoir expiré, il vient d’avoir le Cœur transpercé. Marie est là, face à Lui… et ce dernier assaut sur le Corps de son Fils achève sa Passion et met en lumière une double vérité du salut :

  • De son Cœur ouvert par la lance jaillit une infinie miséricorde pour l’humanité ! Là, tout est possible pour chaque homme à chaque instant : telle est la plus profonde vérité de la Révélation…

 

  • Marie, toujours vivante et brisée, vit une compassion extrême en son Cœur dont la douleur est abyssale : celle de la Mère de Dieu qui a vu mourir son Enfant-Dieu sur la Croix dans un dernier acte de violence : car s’il est affreux pour une maman de voir souffrir son Enfant innocent et crucifié… il lui est encore plus terrible de constater que juste après sa mort, on blesse à nouveau la chair de sa chair !

C’est cette indicible douleur que chante l’émouvant Stabat Mater :

« Debout, la Mère douloureuse près de la Croix était en larmes devant son

Fils suspendu…

Dans son âme qui gémissait, toute brisée, endolorie, le glaive était

enfoncé…

Quel est celui qui, sans pleurer, pourrait voir la Mère du Christ dans un

supplice pareil ? … »

 

La petite Thérèse, elle aussi, a contemplé la douleur de la Mère :

« Un prophète l’a dit, Ô Mère désolée,

Il n’est pas de douleur semblable à ta douleur ! (Lm 1,12)

Ô Reine des martyrs, en restant exilée,

Tu prodigues pour nous tout le sang de ton Cœur[1]… »

 

Qui comprendra les larmes de Marie ? On est devant un mystère de présence douloureuse si effacé et si intérieur… Il faut se tourner vers le Fils crucifié pour découvrir la puissance cachée du Cœur blessé de sa Mère :

« Ô Jésus, regardez les larmes de Celle qui vous a le plus aimé sur terre

et qui vous aime le plus tendrement au Ciel !…

Vos larmes, Ô Mère douloureuse, anéantissent le pouvoir de l’Enfer[2] ! »

 

Juste avant la semaine Sainte, écoutons avec attention les paroles mariales et évangéliques uniques d’un juif converti : « Les larmes de la Mère des douleurs remplissent l’Ecriture et débordent sur tous les siècles… Car toutes les fois que quelqu’un éclate en pleurs, au milieu de la foule ou dans la solitude, c’est Elle-même qui pleure, parce que toutes les larmes lui appartiennent en sa qualité d’Impératrice de la Béatitude et de l’Amour ! Les larmes de Marie sont le Sang même de Jésus-Christ répandu d’une autre manière, comme sa Compassion fut une sorte de crucifiement intérieur pour l’Humanité sainte de son Fils. Les larmes de Marie et le Sang de Jésus sont la double effusion d’un même cœur… C’est ce qu’exprime les paroles adressées à Sainte Brigitte : « Comme Adam et Eve ont vendu le monde pour une seule pomme, mon Fils et moi, nous avons racheté ce monde avec un seul Cœur [3] ! »

En ce dernier acte de la Passion où le côté de Jésus est transpercé : l’épée de douleur prophétisée par Syméon (Lc 2,35) traverse ici le Cœur de la Vierge à un degré de profondeur que Dieu seul connaît… Marie est en syntonie parfaite avec cette ultime blessure sur le Corps de son Fils tant aimé car, juste avant, la Parole créatrice du Verbe éternel l’a ouverte à une « nouvelle maternité » à travers l’Apôtre bien-aimé (Jn 19,26-27). Et voici que maintenant, le Cœur douloureux de Marie est « résonnance parfaite » du Cœur ouvert de Jésus : le mystère de l’infinie miséricorde s’est dévoilé dans l’indicible douleur des deux Cœurs…

+ M-Mickaël

 

[1] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, Pourquoi je t’aime, Ô Marie, Poésie 54, p.755.

[2] Extrait du « chapelet de larmes de la Très Sainte Vierge » – Prière si émouvante et si puissante que l’on peut réciter chaque vendredi en particulier…

[3] Léon Bloy, Les larmes de Marie.




Saint Jean, l’Apôtre bien-aimé du Seigneur ! (2)

     2 – « Tu fus saisis à jamais par le Regard du Maître… »

La première rencontre est le moment où la vie du jeune Jean va basculer…

Ici, il faut laisser résonner en nos cœurs la beauté de cet Evangile où prédomine le silence des regards et la profondeur des paroles : après avoir reçu, la veille, la Révélation de « l’Elu de Dieu » (Jn 1,34) ; Jean, le Baptiste, montre pour la première fois à ses disciples Celui que le monde attendait… et Jean, l’Apôtre naissant, découvre pour la première fois le Visage de son Maître :

« Le lendemain, Jean se tenait là, de nouveau, avec deux de ses disciples. Regardant Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu ! » Les deux disciples entendirent ses paroles et suivirent Jésus… » (Jn 1,35-37).

Nous voici arrivés à un tournant décisif de la mission de Jean-Baptiste où le Précurseur laisse place à la Lumière à travers des paroles ultimes :

« Vous m’êtes témoins que j’ai dit : « Je ne suis pas le Christ, mais je suis envoyé devant Lui. » Qui a l’épouse est l’Epoux… mais l’ami de l’Epoux qui se tient là et qui l’entend, est ravi de joie à la voix de l’Epoux ! Telle est ma joie, et elle est parfaite ! Il faut que Lui grandisse et que moi, je diminue… » (Jn 3,28-30).

Et le Baptiste conclut en nous plongeant au cœur de la Révélation : à travers la contemplation « Verbe fait chair », il nous dévoile ainsi le mystère de la Très Sainte Trinité ! Il est vraiment le plus grand des prophètes qui nous fait basculer avec une sagesse unique de l’Ancien au Nouveau Testament :

« Celui qui vient d’en Haut est au-dessus de tous… Celui qui vient du Ciel témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et son témoignage, nul ne l’accueille… En effet, Celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure… Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main. Qui croit au Fils a la vie éternelle ; qui refuse de croire ne verra pas la vie… » (Jn 3,31-36).

On comprend donc que de telles paroles étaient déjà présentes dans le regard du Baptiste lorsque « regardant Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu[1] ! » (Jn 1,36) Et ses deux disciples suivirent Jésus…

Cet évènement biblique ultime marque, non un abandon des deux disciples vis-à-vis du Baptiste, mais un « passage » de Jean et d’André vers la Lumière… Comme le remarque très justement un moine chartreux : « Puis-je dire qu’ils abandonnent Jean-Baptiste ? Ils restent plutôt avec lui dans la lumière vraie qu’il leur a montrée ; ils restent dans l’esprit de sa mission, de son témoignage… ils lui sont donc fidèles… et ils le prolongent. Le Précurseur qui demeure en avant, dans son rôle, rejoint Jésus en eux et par eux[2] ! » En ce sens, il faut se souvenir ici des paroles décisives de l’Apôtre dans son prologue, synthèse de tout son Evangile :

« Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ! Jean lui rend témoignage et il clame :

« C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi, le voici passé devant moi, parce qu’avant moi il était… »

Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu… Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, nous l’a fait connaître ! »

(Jn 1,14-18)

Ainsi, cette première rencontre va devenir la plus bouleversante de toute leur vie… Il y a véritablement un avant et un après quand le Seigneur leur fait face : « Jésus se retourna et voyant qu’ils le suivaient, leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui dirent : « Rabbi, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez et voyez ! »  Ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. C’était environ la dixième heure[3] » (Jn 1,38-39).

Quand Jésus se retourne, les deux disciples voient pour la première fois le Visage du « Verbe fait chair » … Ce premier regard de Jésus sur les deux disciples est un événement « unique » dans leur vie, et de l’ordre de « l’indicible » dans la vie de Jean : il découvre le regard du Dieu fait homme qui s’inscrit à jamais au plus profond de son être : « Jean est entré dans le Cœur de Jésus : il y a pris cette place à part qu’il a ajoutée à son nom pour le compléter et qui est presque devenu son nom propre : « Le disciple que Jésus aimait ! … » Il reposait la tête sur son Cœur, il reposait tout son être dans son amour. Il était là depuis le premier soir où il avait demandé à Notre Seigneur encore inconnu : « Où habitez-vous[4] ? »

Voici donc la première note de son chant d’amour ! Il en témoignera par le chant de toute sa vie que laissent deviner ses écrits sacrés : de la beauté de son

Evangile et de ses Epîtres à la plénitude mystérieuse de son Apocalypse qui donne le sens ultime à toute la Bible !

Nous y reviendrons, mais notons que c’est auprès du Cœur silencieux de Marie, à Ephèse, que s’achèvera la Révélation finale sur Jésus, à travers le regard de la Mère…

+M Mickaël

 

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[1] Paroles uniques reprises à la Sainte Messe quand le prêtre présente l’Hostie sacrée à l’assemblée chrétienne : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché de monde ! » (Jn 1,29)

[2] Dom Augustin Guillerand, Au seuil de l’abîme de Dieu – Elévations sur l’Evangile de St Jean, Rome 1961, p.93.

[3] C’était donc vers 4 heures de l’après-midi : Jean aime situer avec précision les moments décisifs de la Révélation.

[4] Dom Augustin Guillerand, op. cit., p.102.




Le vrai christianisme

Tout comme le visage de Notre-Seigneur a été défiguré dans sa Passion, le visage de l’Église est également défiguré en cette heure. Que représente-t-elle ? Quelle est sa mission ? Quel est son message ? Qu’est-ce que le vrai christianisme à quoi ça ressemble vraiment ?

Les vrais saints

Aujourd’hui, où trouve-t-on cet Évangile authentique, incarné dans des âmes dont la vie est une palpation vivante et respirante du cœur de Jésus ? ceux qui incarnent Celui qui est à la fois « vérité » et l’amour »? J’ose dire que même lorsque nous parcourons la littérature sur les saints, on nous présente souvent une version aseptisée et embellie de leur vie réelle.

Je pense à Thérèse de Lisieux et à la belle « Petite Voie » qu’elle a adoptée alors qu’elle dépassait ses années boudeuses et immatures. Mais même alors, rares sont ceux qui ont parlé de ses difficultés vers la fin de sa vie. Alors qu’elle luttait contre la tentation du désespoir, elle dit un jour à son infirmière de chevet :

Je suis surpris qu’il n’y ait pas plus de suicides parmi les athées. —Comme le rapporte sœur Marie de la Trinité; CatholicHousehold.com

À un moment donné, sainte Thérèse semblait présager des tentations que nous vivons aujourd’hui dans notre génération, celle d’un « nouvel athéisme » :

Si vous saviez quelles pensées effrayantes m’obsèdent. Priez beaucoup pour moi afin que je n’écoute pas le diable qui veut me persuader de tant de mensonges. C’est le raisonnement des pires matérialistes qui m’est imposé. Plus tard, faisant sans cesse de nouveaux progrès, la science expliquera tout naturellement. Nous aurons la raison absolue de tout ce qui existe et qui reste encore un problème, car il reste beaucoup de choses à découvrir, etc. etc. Sainte Thérèse de Lisieux: ses dernières conversations, Le P. John Clarke, cité à catholictothemax.com

Et puis il y a le jeune bienheureux Giorgio Frassati (1901 – 1925) dont l’amour de l’alpinisme a été capturé sur cette photo classique… qui a ensuite fait photoshoper sa pipe.

Je pourrais continuer avec des exemples. Il ne s’agit pas de nous réconforter en énumérant les faiblesses des saints, et encore moins d’excuser notre propre péché. Au contraire, en voyant leur humanité, en voyant leurs luttes, cela nous donne de l’espoir de savoir qu’ils sont tombés comme nous. Ils ont travaillé, se sont efforcés, ont été tentés et sont même tombés, mais ils se sont relevés pour persévérer malgré les tempêtes. C’est comme le soleil ; on ne peut vraiment apprécier sa grandeur et sa valeur que dans le contraste de la nuit.

En fait, nous rendons un très mauvais service à l’humanité en faisant semblant et en cachant nos faiblesses et nos luttes aux autres. C’est précisément en étant transparents, vulnérables et authentiques que les autres sont en quelque sorte guéris et amenés à la guérison.

Il a lui-même porté nos péchés dans son corps sur la croix, afin que, libres du péché, nous puissions vivre pour la justice. Par ses blessures tu as été guéri. (1 Peter 2: 24)

Nous sommes le « corps mystique du Christ », et par conséquent, ce sont les blessures guéries en nous, révélées aux autres, à travers lesquelles coule la grâce. Attention, j’ai dit blessures guéries. Car nos blessures non cicatrisées ne font que blesser les autres. Mais lorsque nous nous sommes repentis ou que nous sommes en train de permettre au Christ de nous guérir, c’est notre honnêteté devant les autres, ainsi que notre fidélité à Jésus, qui permet à sa puissance de couler à travers notre faiblesse (2 Cor 12 : 9). C’est en cela que d’autres rencontrent le Christ en nous, rencontrent réal Le christianisme

On dit souvent aujourd’hui que le siècle actuel a soif d’authenticité. Surtout chez les jeunes, on dit qu’ils ont horreur de l’artificiel ou du faux et qu’ils recherchent avant tout la vérité et l’honnêteté. Ces « signes des temps » doivent nous inciter à être vigilants. Que ce soit tacitement ou à voix haute – mais toujours avec force – on nous demande : croyez-vous vraiment à ce que vous proclamez ? Vivez-vous ce que vous croyez ? Prêchez-vous vraiment ce que vous vivez ? Le témoignage de vie est devenu plus que jamais une condition essentielle d’une réelle efficacité dans la prédication. C’est précisément pour cela que nous sommes, dans une certaine mesure, responsables du progrès de l’Évangile que nous annonçons. —PAPE ST. PAUL VI, Evangelii nuntiandi, n° 76

Les vraies croix

J’ai été frappé le mois dernier par un simple mot de Notre-Dame :

Chers enfants, le chemin vers le Ciel passe par la Croix. Ne te décourage pas. —20 février 204, à Pedro Régis

Or, ce n’est pas nouveau. Mais peu de chrétiens d’aujourd’hui comprennent pleinement cela – tiraillés entre un faux « évangile de prospérité » et maintenant un évangile « éveillé ». Le modernisme a tellement vidé le message de l’Évangile, le pouvoir de la mortification et de la souffrance, qu’il n’est pas étonnant que les gens choisissent de se suicider. au lieu du Chemin de Croix.

Après une longue journée passée à presser le foin…

Dans ma propre vie, face à des exigences incessantes, j’ai souvent cherché un « soulagement » en faisant quelque chose à la ferme. Mais très souvent, je me retrouvais au bout d’une machine cassée, d’une autre réparation, d’une autre demande. Et je devenais en colère et frustré.

Maintenant, il n’y a rien de mal à vouloir trouver du réconfort et du repos ; même Notre Seigneur l’a cherché dans les montagnes avant l’aube. Mais je cherchais la paix aux mauvais endroits, pour ainsi dire – je cherchais la perfection de ce côté-ci du Ciel. Et le Père a toujours veillé à ce que la Croix, au contraire, me rencontre.

Moi aussi, je ferais la moue et je me plaindrais, et comme une épée contre mon Dieu, j’emprunterais les paroles de Thérèse d’Avila : « Avec des amis comme toi, qui a besoin d’ennemis ?

Comme le dit Von Hugel : « Comme nous ajoutons beaucoup à nos croix en étant en colère contre eux ! Plus de la moitié de notre vie est consacrée à pleurer pour des choses autres que celles qui nous ont été envoyées. Pourtant, ce sont ces choses, telles qu’elles sont envoyées et lorsqu’elles sont voulues et enfin aimées comme envoyées, qui nous forment à la Maison, qui peuvent former pour nous une Maison spirituelle même ici et maintenant. Résister constamment, s’attaquer à tout va rendre la vie plus compliquée, plus difficile, plus dure. On peut voir tout cela comme la construction d’un passage, d’un chemin à parcourir, d’un appel à la conversion et au sacrifice, à une vie nouvelle. —Sœur Mary David Totah, OSB, La joie de Dieu : Recueil des écrits de sœur Mary David, 2019, Bloomsbury Publishing Plc.; Magnifique, Février 2014

Mais Dieu a été si patient avec moi. J’apprends plutôt à m’abandonner à Lui dans TOUTE des choses. Et c’est un combat quotidien, et qui se poursuivra jusqu’à mon dernier souffle.

La vraie sainteté

L’archevêque Serviteur de Dieu Luis Martínez décrit ce voyage que beaucoup entreprennent pour éviter la souffrance.

Chaque fois que nous subissons une calamité dans notre vie spirituelle, nous sommes alarmés et pensons que nous nous sommes égarés. Car nous nous sommes imaginé une route plate, un sentier, un chemin semé de fleurs. Ainsi, en nous trouvant dans un chemin difficile, plein d’épines, dépourvu de tout attrait, nous pensons avoir perdu le chemin, alors que c’est seulement que les voies de Dieu sont très différentes des nôtres.

Parfois, les biographies des saints tendent à entretenir cette illusion, lorsqu’elles ne révèlent pas pleinement l’histoire profonde de ces âmes ou lorsqu’elles ne la révèlent que de manière fragmentaire, en sélectionnant uniquement les traits attrayants et agréables. Ils attirent notre attention sur les heures que les saints passaient en prière, sur la générosité avec laquelle ils pratiquaient la vertu, sur les consolations qu’ils recevaient de Dieu. Nous ne voyons que ce qui brille et est beau, et nous perdons de vue les luttes, les ténèbres, les tentations et les chutes par lesquelles ils sont passés. Et nous pensons ainsi : Oh, si je pouvais vivre comme ces âmes ! Quelle paix, quelle lumière, quel amour ! Oui, c’est ce que nous voyons ; mais si nous regardions profondément dans le cœur des saints, nous comprendrions que les voies de Dieu ne sont pas nos voies. — Serviteur de Dieu, l’archevêque Luis Martínez, Secrets de la vie intérieure, Cluny Médias ; Magnificat Février, 2024

Porter la croix à travers Jérusalem avec mon ami Pietro

Je me souviens avoir marché dans les rues pavées de Rome avec le père franciscain. Stan Fortune. Il dansait et tournait dans les rues, respirant la joie et un mépris total pour ce que les autres pensaient de lui. En même temps, il disait souvent : « Vous pouvez soit souffrir avec Christ, soit souffrir sans Lui. Je choisis de souffrir avec Lui. C’est un message tellement important. Le christianisme n’est pas un ticket pour une vie indolore mais un chemin pour la supporter, avec l’aide de Dieu, jusqu’à atteindre cette porte éternelle. En fait, écrit Paul :

Il nous faut traverser de nombreuses épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. (Actes 14: 22)

Les athées accusent donc les catholiques de religion sadomasochiste. Au contraire, le christianisme donne le sens même de la souffrance et la grâce non seulement d’endurer mais d’accepter la souffrance qui survient tout.

Les voies de Dieu pour atteindre la perfection sont des voies de lutte, de sécheresse, d’humiliations et même de chutes. Certes, il y a de la lumière, de la paix et de la douceur dans la vie spirituelle : et en effet une lumière splendide [et] une paix au-dessus de tout ce qu’on pourrait désirer, et une douceur qui surpasse toutes les consolations de la terre. Il y a tout cela, mais tout cela en son temps ; et dans chaque cas, c’est quelque chose de passager. Ce qui est habituel et le plus courant dans la vie spirituelle, ce sont les périodes pendant lesquelles nous sommes obligés de souffrir et qui nous déconcertent parce que nous nous attendions à quelque chose de différent. — Serviteur de Dieu, l’archevêque Luis Martínez, Secrets de la vie intérieure, Cluny Médias ; Magnificat Février, 2024

En d’autres termes, nous avons souvent massacré le sens de la sainteté, l’avons réduit à des apparences extérieures et à des démonstrations de piété. Notre témoignage est crucial, certes… mais il sera vide et dépourvu de la puissance du Saint-Esprit s’il n’est pas l’effusion d’une authentique vie intérieure portée par une vraie repentance, une obéissance, et donc un véritable exercice de vertu.

Mais comment détromper beaucoup d’âmes de l’idée qu’il faut quelque chose d’extraordinaire pour devenir saint ? Pour les convaincre, je voudrais effacer tout ce qui est extraordinaire dans la vie des saints, confiant qu’en agissant ainsi je ne leur enlèverais pas leur sainteté, puisque ce n’est pas l’extraordinaire qui les a sanctifiés, mais la pratique de la vertu que nous pouvons tous atteindre. avec l’aide et la grâce du Seigneur…. Cela est d’autant plus nécessaire aujourd’hui que la sainteté est mal comprise et que seul l’extraordinaire suscite l’intérêt. Mais celui qui recherche l’extraordinaire a très peu de chances de devenir un saint. Combien d’âmes n’atteignent jamais la sainteté parce qu’elles ne suivent pas le chemin sur lequel elles sont appelées par Dieu. —Vénérable Marie-Madeleine de Jésus dans l’Eucharistie, Vers les hauteurs de l’union avec Dieu, Jordan Aumann ; Magnificat Février, 2024

Ce chemin que la Servante de Dieu Catherine Doherty a appelé Le devoir du moment. Faire la vaisselle n’est pas aussi impressionnant que de léviter, de bilocaliser ou de lire dans les âmes… mais lorsque cela est fait avec amour et obéissance, je suis certain que cela aura une plus grande valeur dans l’éternité que les actes extraordinaires avec lesquels les saints, si nous sommes honnêtes, n’avaient pas grand-chose à faire. contrôle sur autre chose que d’accepter ces grâces avec docilité. C’est le quotidien »martyre» que beaucoup de chrétiens oublient en rêvant d’un martyre rouge…

Le vrai christianisme

Peinture de Michael D. O’Brien

Les Véroniques du monde sont prêtes à effacer à nouveau le visage du Christ, le visage de son Église alors qu’elle entre maintenant dans sa Passion. Qui était cette femme, sinon celle qui voulu croire, qui vraiment voulu voir le visage de Jésus, malgré la clameur des doutes et du bruit qui l’assaillait. Le monde a soif d’authenticité, disait saint Paul VI. La tradition nous dit que son vêtement portait une empreinte de la Sainte Face de Jésus.

Le vrai christianisme n’est pas la présentation d’un faux visage sans tache, dépourvu du sang, de la saleté, des crachats et de la souffrance de notre vie quotidienne. Il s’agit plutôt d’être suffisamment dociles pour accepter les épreuves qui les produisent et suffisamment humbles pour permettre au monde de les voir alors que nous imprimons nos visages, les visages de l’amour authentique, dans leur cœur.

L’homme moderne écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, et s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins…. Le monde appelle et attend de nous la simplicité de vie, l’esprit de prière, la charité envers tous, spécialement envers les humbles et les pauvres, l’obéissance et l’humilité, le détachement et le don de soi. Sans cette marque de sainteté, notre parole aura du mal à toucher le cœur de l’homme moderne. Cela risque d’être vain et stérile. —PAPE ST. PAUL VI, Evangelii nuntiandin° 76




Petite méditation de Carême sur l’infinie Miséricorde de Dieu…

« Celui qui désire le salut

trouve la mer inépuisable de la miséricorde du Seigneur »

Sainte Faustine

      La miséricorde est le mystère ultime du Cœur de Dieu : il s’est « ouvert » à l’infini pour nous tous sur la Croix. Cette blessure opérée par la lance du soldat romain (Jn 19,33-34) est la dernière et la plus bouleversante Parole du Père à travers le Cœur de son Fils crucifié. Il l’a voulue de toute éternité pour que pas un seul enfant de cette terre ne doute qu’il est aimé à l’infini…

Comment oublier ici la tendresse de Dieu à travers le regard et les larmes de Jésus face à la dureté de Jérusalem :

« Quand il fut proche, à la vue de la ville, il pleura sur elle, en disant : « Ah ! si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais non, il est demeuré caché à tes yeux… » (Lc 19,41-42)

Et Saint Matthieu précise ce véritable « cri maternel » du Cœur de Dieu :

« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes… et vous n’avez pas voulu ! » (Mt 23,37).

Cet Evangile a tiré des larmes à la petite Thérèse… et quand on prie à Jérusalem dans la chapelle de « Dominus flevit » (« Le Seigneur pleura »), on voit comme Jésus la ville sainte à travers les vitraux. Là, culmine la beauté et le drame de la Révélation : « Dieu est Amour ! » (1 Jn 4,16). Et quand l’Amour n’est pas aimé jusqu’à le crucifier de tant de manières dans l’histoire des hommes, ce cruel rejet génère une blessure secrète dans le Cœur de Dieu :

Elle se laissera voir dans son côté à la fin de sa Passion où « en transperçant le Cœur de Jésus, la lance du soldat a ouvert un grand mystère… car elle est allée plus loin que le Cœur du Christ, elle a ouvert Dieu, elle est passée pour ainsi dire, au milieu même de la Trinité[1] ! »

Ainsi, comme l’enfant perdu de la parabole, nous sommes tous appelés à nous approcher d’une Vérité qui nous échappe … Dès ses premiers pas de retour, il se découvre si « follement » aimé par « le Père des miséricordes » (2 Co 1,3) : « Tandis qu’il était encore loin, son père le vit et fut ému aux entrailles : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers ! » (Lc 15,20).

Cette révélation de la miséricorde de Dieu est une vérité absolue offerte sans cesse à tout homme… c’est pourquoi le Démon déchaîne ici sa plus « violente » tentation sur chaque âme car il sait, lui qui la refuse éternellement, que la miséricorde du Christ « n’exclut personne : ni les pauvres, ni les riches. Car Dieu ne se laisse pas conditionner par nos préjugés humains, mais il voit en chacun une âme à sauver et il est spécialement attiré par celles qui sont considérées comme perdues et qui se considèrent comme telles[2]… »

C’est pourquoi le merveilleux Berger de l’Evangile part toujours à la recherche de la brebis perdue… en laissant sur place les 99 autres. Et quand il l’a retrouvée, son indicible joie est le fruit de sa miséricorde : « C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le Ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour 99 justes, qui n’ont pas besoin de conversion ! » (Lc 15,7).

Cela laisse entendre que la brebis perdue révèle l’indicible miséricorde du Cœur de Dieu que toutes les brebis doivent découvrir : en effet, éloignées ou apparemment plus près du Berger, toutes les brebis doivent être bouleversées par l’indicible miséricorde de Dieu ! Car en réalité, toutes les brebis sont « perdues » et sont sauvées par la miséricorde de Dieu crucifiée…

Tel est le mystère du salut universel par la foi en Jésus-Christ que Saint Paul proclame avec force : « Avant la venue de la foi, nous étions enfermés sous la garde la Loi, réservés à la foi qui devait de révéler… mais la foi venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue. Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus. Vous tous, en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a plus ni juif, ni grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous ne faites plus qu’un en Jésus Christ ! Et si vous appartenez au Christ, vous êtes donc de la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse… » (Ga 3,23-29).

Comment oublier ici la réaction violente du fils ainé dans la parabole de l’enfant-prodigue : il se met en colère contre son père et considère comme un scandale le festin d’un tel accueil pour son frère pécheur : n’a-t-il pas dissipé l’héritage « avec des prostituées » et son père fait « tuer pour lui le veau gras ! » (Lc 15,30). On notera au passage que sa relation au père très extérieure et que, de fait, il se situe plus au niveau de la loi (Lc 15,9) que de l’amour. La relation filiale au père lui échappe…

Comprenons bien ici que la miséricorde n’efface, ni ne contredit la justice mais qu’elle est le feu imprévisible d’un amour mystérieux qui « dit » Dieu : secret unique de son Cœur, la miséricorde jaillit des profondeurs de la Très Sainte Trinité ! En la contemplant sur la Croix, qui pourra dire jusqu’où va la folle tendresse du Cœur de Dieu transpercé ?

En même temps, il faut ici éviter toute ambiguïté en notant « que la miséricorde de Jésus ne s’exprime pas en mettant la loi morale entre parenthèses. Pour Jésus, le bien est le bien, le mal est le mal. La miséricorde ne change pas l’aspect du péché, mais le brûle d’un feu d’amour… En Jésus, Dieu vient nous donner l’amour et nous demander l’amour[3] ! »

En pardonnant à la femme adultère que les pharisiens voulaient lapider, le Seigneur conclut par une invitation à sortir du péché pour vivre une vie nouvelle dans la lumière : « va, désormais ne pèche plus ! » (Jn 8,11). C’est l’invitation à vivre d’un nouvel amour dans la Lumière du Christ…

La miséricorde est la réalité ultime de la foi et elle est notre dernier rempart face aux ténèbres de la désespérance… Saint Benoît a écrit dans sa célèbre Règle cette recommandation finale : « Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu ! » Et Syméon le Nouveau Théologien lui fait écho dans un texte unique dont le cri poignant traverse le temps :

« Tu connais ma misère… Tu vois ma faiblesse et mon infirmité, Toi qui m’as façonné, mon Dieu… Tu connais tout ! Regarde mon cœur humilié, regarde mon cœur contrit, regarde-moi qui m’approche de Toi dans le désespoir mon Dieu !… Ne tarde donc pas, Miséricordieux, ne détourne pas les yeux…

Dans ton Cœur je m’abrite, derrière ta pitié je me réfugie, c’est ton amour pour les hommes que je t’adresse comme intercesseur ! Je n’ai pas travaillé, je n’ai pas accompli les œuvres de la justice, jamais je n’ai gardé un seul de tes commandements… mais j’ai passé ma vie toute entière dans la débauche : pourtant, tu n’as pas détourné les yeux, tu m’as cherché et trouvé dans mon errance, tu m’as ramené de la route d’égarement… et sur tes épaules immaculées, jusqu’à la lumière de ta grâce, tu m’as soulevé, Ô Christ, tu m’as chargé, Ô Miséricordieux !… Je proclame ta pitié, je célèbre ta miséricorde, je m’émerveille et je rends grâce à la richesse de ta bonté[4] ! »

A la suite de ce cri bouleversant, puissions-nous laisser résonner à jamais en nos cœurs le chant de la Vierge bénie : « Sa Miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ! » (Lc 1,50).

+M-Mickaël

 

[1] Cardinal Robert Sarah, Dieu ou rien, entretien sur la foi avec Nicolas Diat, Fayard, 2015, p.32.

[2] Pape Benoît XVI, Angélus, 31 octobre 2010.

[3] Benoît XVI, Homélie à Assise, 17 juin 2007.

[4] Syméon le Nouveau Théologien, Hymnes XLI, Sources chrétiennes 196.