« Ayez mémoire et souvenance, très douce Vierge, que vous êtes ma Mère et que je suis votre fils ; que vous êtes puissante et que je suis un pauvre homme vil et faible. Je vous supplie, très douce Mère, que vous me gouverniez et me défendiez dans toutes mes voies et actions. Ne dites pas, gracieuse Vierge, que vous ne pouvez ; car votre bien-aimé Fils vous a donné tout pouvoir, tant au ciel comme en la terre. Ne dites pas que vous ne devez ; car vous êtes la commune Mère de tous les pauvres humains et particulièrement la mienne. Si vous ne pouviez, je vous excuserais disant : il est vrai qu’elle est ma mère et qu’elle me chérit comme son fils, mais la pauvrette manque d’avoir et de pouvoir. Si vous n’étiez ma Mère, avec raison je patienterais disant : elle est bien assez riche pour m’assister ; mais hélas, n’étant pas ma mère, elle ne m’aime pas. Puis donc, très douce Vierge, que vous êtes ma Mère et que vous êtes puissante, comment vous excuserais-je si vous ne me soulagez et ne me prêtez votre secours et assistance ? Vous voyez, ma Mère, que vous êtes contrainte d’acquiescer à toutes mes demandes. Pour l’honneur et la gloire de votre Fils, acceptez-moi comme votre enfant, sans avoir égard à mes misères et péchés. Délivrez mon âme et mon corps de tout mal et me donnez toutes vos vertus, surtout l’humilité. Enfin, faites-moi présent de tous les dons, biens et grâces, qui plaisent à la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Ainsi soit-il. »
Saint François de Sales (1567-1622)
Missionnaire puis évêque de Genève résidant à Annecy, fondateur de la Visitation avec Jeanne-Françoise de Chantal, il se fit tout à tous par la parole et par l’écrit, traitant de théologie avec les protestants, mettant la vie spirituelle à la portée des laïcs, attentifs aux petits comme aux grands.
L’Amour sait attendre – 2
« Ma folie à moi, c’est d’espérer…
Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras me chercher ! »
Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B
Dans la dernière méditation, Thérèse proclamait cette grande vérité de la foi qui doit resplendir au plus profond d’une vie : savoir que « par delà les nuages, le soleil brille toujours ! » Si elle avait vécue à notre époque, je devine qu’elle aurait été ravie de prendre l’avion un jour de pluie pour se retrouver en « plein soleil » en altitude…
Thérèse est pour notre temps le grand « prophète de l’espérance » et il faut revenir sur cette bouleversante parabole du soleil et du petit oiseau : là est le cœur de sa voie d’enfance spirituelle. Car la foi seule a le pouvoir de transformer la fragilité en confiance! Et elle devient un chant d’amour au cœur de la nuit… c’est pourquoi il faut écouter longtemps le chant d’amour de Thérèse pour que cette sagesse des « petits » de l’Evangile (Lc 10,21) ouvre peu à peu nos cœurs :
« Jésus, je suis trop petite pour faire de grandes choses, et ma folie à moi, c’est d’espérer !… Aussi longtemps que tu le voudras, ô mon Bien-Aimé, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, toujours il demeurera les yeux fixés sur toi, il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour… Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras ma chercher [1]… »
« Ma folie à moi, c’est d’espérer ! » C’est comme ici le Credo silencieux de Thérèse ! En réalité, ce cri traverse toute sa vie de carmélite. Car attendre dans la nuit sans rien voir venir la situe au cœur de cette vie théologale où la nuit de la foi fait lever une folle espérance… seule elle attire le feu de l’Amour : « Dans le Cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour… ainsi, je serai tout… ainsi, mon rêve sera réalisé[2] ! »
Comment oublier ici « l’histoire de la pécheresse convertie qui est morte d’amour » : elle a tant bouleversé et confirmé Thérèse sur la voie de l’infinie Miséricorde :
« Non, personne ne pourrait m’effrayer ; car je sais à quoi m’en tenir sur son amour et sa miséricorde. Je sais que toute cette multitude d’offenses s’abîmerait en un clin d’œil, comme une goutte d’eau dans un brasier ardent !
Il est rapporté dans la Vie des Pères du désert, que l’un d’eux convertit une pécheresse publique dont les désordres scandalisaient une contrée entière. Cette pécheresse, touchée de la grâce, suivait le saint dans le désert pour accomplir une rigoureuse pénitence, quand, la première nuit du voyage, avant même d’être rendue au lieu de sa retraite, ses liens mortels furent brisés par l’impétuosité de son repentir plein d’amour : et le solitaire vit, au même instant, son âme portée par les Anges dans le sein de Dieu…
Voilà un exemple bien frappant de ce que je voudrais dire, mais ces choses ne peuvent s’exprimer [3]… »
Ce témoignage fulgurant a de quoi nous surprendre et nous interroger sur les étroitesses cachées de nos cœurs dans notre quotidien trop souvent linéaire… pour accéder au mystère de l’infinie miséricorde, notre pauvreté doit être traversée par une audacieuse et folle confiance ! Cela peut nous paraître contradictoire ; mais dans cette attente épuisante s’opère une création nouvelle et cachée où le cœur apprend à aimer en vérité comme l’enseigne Thérèse :
« Pour aimer Jésus… il faut consentir à rester pauvre et sans force, et voilà le difficile… C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour [4] ! »
Thérèse insiste tant sur ce « rien ». Elle sait combien, avec les meilleures intentions, notre confiance est encore trop souvent un mélange où notre moi garde secrètement le contrôle. L’esprit d’enfance n’a pas encore pénétré en profondeur car « pour attendrir Dieu il faut être vraiment pauvre. Et qu’y a-t-il de plus pauvre que d’essayer de porter sa croix sans y parvenir ? Les riches veulent bien porter leur croix à condition d’y arriver. Sinon, ils refusent parce que cela ne sert à rien. Les pauvres ne sont pas ceux qui attendent passivement comme les quiétistes. Ce sont ceux qui essaient de réussir… Au fond, c’est très « calé », mais à l’envers, un jeu de qui perd gagne. Il faut faire des efforts, épuiser ses forces, se donner totalement, faire tout ce qu’on peut, mais pour tout rater ! Non qu’on veuille rater, on essaie de réussir, mais on comprend et on accepte de mieux en mieux que nos forces soient dépensées en pure perte. Cette « pure perte » est ce qu’il y a de plus précieux aux yeux de Dieu, parce que c’est « le chant de notre amour [5]! »
C’est sans doute ce que voulait exprimer Saint Jean Chrysostome quand il affirmait : « Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler… » Et Thérèse va jusqu’à affirmer : « T’aimer Jésus, quelle perte féconde [6] ! »
Seule l’attente pauvre et persévérante de notre foi fera monter en nos cœurs ce gémissement de l’espérance… et laissons Thérèse nous partager son cœur intime quand elle nous confie :
« Peut-être vas-tu croire que je fais toujours ce que je dis, oh non, je ne suis pas toujours fidèle, mais je ne me décourage jamais, je m’abandonne dans les bras de Jésus [7] ! »
La Bienheureuse Vierge Marie a détruit dans sa personne toutes les hérésies… (P. Lagrange)
« La Bienheureuse Vierge Marie a détruit dans sa personne toutes les hérésies : elle est Mère de Dieu, donc, le Fils de Dieu, Jésus Christ, n’est qu’une seule personne, et il a deux natures puisqu’il est aussi vraiment son Fils, né de sa substance.
Daignez donc, ô Mère de la Sagesse, instruire vos enfants : votre conversation n’a pas d’amertume, votre discipline est douce, vos leçons forment l’esprit et le cœur. »
Père Marie-Joseph Lagrange, Journal spirituel
(1800-1938. Dominicain, fondateur de l’Ecole biblique de Jérusalem. Sa cause de béatification est en cours)
L’Amour sait attendre – 1
« Malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin… »
Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B
En ce temps béni de Noël, écouter le « chant d’amour » de Thérèse pour Jésus est tellement bénéfique pour fortifier notre espérance… car dans ce monde postmoderne où l’avenir de l’homme semble s’effacer, l’espérance a comme disparue ! On n’espère plus aller au Ciel d’en-haut que le Christ a ouvert sur la Croix. On célèbre déjà un autre ciel sur la terre : la 4° révolution industrielle où le transhumanisme ouvre une porte qui semble « fascinante autant qu’inquiétante », car elle pourrait être la fin de l’homme… Le célèbre astrophysicien Stephen Hawking s’est est inquiété :
« Le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité ». Science fiction ou réalité ? La frontière n’a jamais été aussi mince[1]. »
Le bien-être et la satisfaction quasi immédiate qu’apporte la technologie actuelle a développé en nous un pouvoir dangereux… et Il nous faut être « délivré » de l’orgueil d’une société qui pousse à « vouloir tout, tout de suite ! » De mon portable, je peux pratiquement tout voir, tout acheter, tout communiquer ; mais dans ce déluge d’informations, de relations et de consommation, un vide nous envahit… et sans nous en rendre compte, nous perdons la beauté du regard !
Car en vérité, celui qui aime sait attendre : la patience est la profondeur de l’Amour ! Dieu le sait et il ne brusque pas les étapes. Il a inscrit le mystère de la croissance dans sa création. L’arbre a besoin de saisons pour donner tout son fruit… Et d’ailleurs, qu’adviendrait-il de nous sans l’infinie patience de Dieu ? L’Amour sait nous attendre et cela s’appelle la Miséricorde !
Avec le poids de l’expérience, Saint Pierre nous prévient en ce sens :
« Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers nous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. Il viendra, le jour du Seigneur, comme un voleur… » (2 P 3,9-10)
En effet, le temps est une durée qui exprime la miséricorde : qu’en serait-il de nous si nous devions paraître « maintenant » devant notre Dieu ? Laissons ici « la plus grande Sainte des temps modernes [2] » parler à notre cœur : parce qu’elle avait un désir fou d’aimer Jésus et de sauver les âmes, « petite Thérèse » a su attendre avec confiance ! A travers le symbole du « petit oiseau », elle nous révèle un autre aspect de la voie d’enfance évangélique. Etre petit, c’est aussi ne pas se lasser d’espérer en attendant tout du « Soleil de l’amour »…
A travers un langage qui peut paraître puéril à certains, une profonde sagesse issue de l’Evangile se déploie ici car la Révélation qui resplendit dans le Fils porte un redoutable secret : le Père l’a cachée « aux sages et aux savants », mais l’a « révélée aux tout petits ! » (Mt 11,25). Thérèse, la dite « Petite », en est un immense témoin pour notre époque et il nous faut décrypter en profondeur son message. Laissons résonner son chant d’amour en nos cœurs et nous nous reconnaîtrons :
« Je me considère comme un faible petit oiseau… Je ne suis pas un aigle, j’en ai simplement les yeux et le cœur car malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin, le Soleil de l’amour… Le petit oiseau voudrait bien voler vers ce brillant Soleil mais s’envoler, cela n’est pas en son petit pouvoir ! Que va-t-il devenir ? Mourir de chagrin en se voyant aussi impuissant ? Non ! Le petit oiseau ne va même pas s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son divin Soleil… Rien ne saurait l’effrayer, ni le vent, ni la pluie… Il sait que par-delà les nuages, son Soleil brille toujours[3] ! »
+Marie-Mickaël
[1] Antoine Pasquier, Le transhumanisme ou la tentation de l’homme parfait, Famille chrétienne, n° 1926, 2014.
Aimez bien votre Mère du ciel… Sainte Catherine Labouré
« Aimez bien votre Mère du ciel, prenez-la pour modèle ; c’est la plus sûre garantie du ciel. »
Sainte Catherine Labouré
Née le 2 mai 1806 à Fain-lès-Moutiers en France et morte le 31 décembre 1876 à Paris, est une religieuse française de la congrégation des Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul. Elle reçut des apparitions de la Vierge Marie, avec notamment la demande de faire frapper une médaille, aujourd’hui mondialement connue sous le nom de médaille miraculeuse.
Marie, « Terreur des démons » (Saint Séraphim de Sarov)
» Malgré le fait que Satan ait séduit Eve, entraînant Adam à sa suite, Dieu non seulement nous a donné un Rédempteur qui par sa mort a vaincu la mort, mais dans la personne de la Femme, la Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, qui a écrasé en elle-même et en tout le genre humain la tête du serpent, Il nous a fourni une avocate infatigable auprès de son Fils et notre Dieu, une plaideuse invincible pour les pécheurs les plus endurcis. C’est à cause de cela qu’elle est appelée « la Terreur des démons », car il est impossible pour le démon de faire périr un homme tant que ce dernier ne cesse lui-même de recourir à l’aide de la Theotokos. »
Saint Séraphim de Sarov.
De l’Église russe orthodoxe (1759-1833), fête le 2 janvier.
Saint Jean, le Théologien – 1
O Saint Jean, le Théologien…
Toi qui as sondé les indicibles mystères du « Verbe fait chair »… (Jn 1,14)
Toi qui as tant écouté le Cœur attentif de la Vierge
où s’est enfoui l’Evangile du Sauveur… (Lc 2,19 / Lc 2,51 / Jn 2,1-5)
L’Eglise va bientôt fêter Saint Jean Apôtre le 27 décembre. C’est l’occasion de continuer à « méditer » une de nos prières quotidiennes à l’Apôtre bien-aimé, celle de chaque mardi. Elle commence par l’affirmation qui le caractérise : « O Saint Jean, le Théologien ! »
A travers la Tradition, on a vite remarqué que son annonce de l’Evangile du Christ n’était pas seulement narrative ou pédagogique, mais aussi profondément théologique. C’est l’Evangile spirituel par excellence ! Il nous a fait entrer dans les mystères du Dieu fait homme d’une manière inédite dés son prologue :
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement tourné vers Dieu.
Tout fut par Lui et sans Lui rien ne fut.
De tout être Il était la vie et la vie était la lumière des hommes…
Et le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous,
et nous avons vu sa gloire,
gloire qu’Il tient de son Père comme Fils unique,
plein de grâce et de vérité. » (Jn 1,1-4 / 1,14)
Pour nous faire saisir le mystère inouï qui a traversé la vie de Jean, Origène, dès le 3° siècle a écrit dans un commentaire : « Il faut oser dire que, de toutes les Ecritures, les Evangiles sont les prémices et que, parmi les Evangiles, les prémices sont celui de Jean… dont nul ne peut saisir le sens s’il n’a reposé sur la poitrine de Jésus et n’a reçu de Jésus Marie pour Mère[1] ! »
Saint Thomas d’Aquin écrira aussi admirablement sur celui qui est l’aigle parmi les évangélistes : « Le symbole de Jean est l’aigle. Voici pourquoi : les trois autres évangélistes se sont occupés de ce que le Christ a accompli dans la chair… Jean, lui, volant comme un aigle au-dessus des nuages de la faiblesse humaine, contemple la lumière de l’immuable Vérité avec les yeux du cœur, du regard le plus pénétrant… Attentif à la divinité même de notre Seigneur Jésus-Christ par laquelle il est égal au Père…Le privilège de Jean fut d’être parmi tous les disciples du Seigneur, celui qui fut le plus aimé du Christ : Jean fut en effet « le disciple que Jésus aimait » (Jn 21,20) comme lui-même l’a dit sans se nommer. Le Christ a donc révélé ses secrets de façon toute spéciale à ce disciple très spécialement aimé[2]… »
« Toi qui as sondé les indicibles mystères du « Verbe fait chair… » (Jn 1,14)
C’est la seconde affirmation sur l’Apôtre bien-aimé : après l’avoir quelque peu contemplé dans son altitude d’Aigle comme « Théologien » incomparable, nous sommes invités ici à entrer dans sa vision de Dieu fait homme : « Et le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous… » Jean nous ouvre ici la porte de l’insondable mystère où le Verbe qui était éternellement « tourné vers Dieu » s’est, par un incompréhensible amour, « tourné vers les hommes » !
Ainsi, mon Créateur et mon Sauveur est venu jusqu’à moi dans un visage d’homme… c’est le plus grand mystère de toute l’histoire humaine : voilà pourquoi elle est classée entre « avant et après Jésus-Christ ! » Car Il est venu bouleverser notre monde en envoyant l’Esprit d’amour qui conduit l’Eglise à travers les remous du monde pécheur et l’adversité du démon. Et Saint Jean nous a clairement prévenus sur l’ennemi de Dieu qui met tant de confusion dans le monde actuel. Retenons sa mise en garde pour fortifier la vigilance de notre foi :
« A ceci nous savons qu’Il demeure en nous : à l’Esprit qu’Il nous a donné…
Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits
pour voir s’ils viennent de Dieu,
car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde !
A ceci reconnaissez l’Esprit de Dieu :
tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu ;
et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu ;
c’est là l’esprit de l’Antichrist !
Vous avez entendu qu’il allait venir…
Et dés maintenant, il est déjà dans le monde…
Mais Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde ! »
(1 Jn 3,34 / 4,1-4)
Pour rester fidèle à la vraie foi au mystère du Christ à la suite de Saint Jean, Origène affirmait plus haut qu’il faut s’approcher et reposer sur « la poitrine de Jésus »… Là, on entend battre le Cœur de l’infinie tendresse de Dieu ! Telle est La découverte toujours nouvelle de l’Amour de Jésus dont le mystère insondable retentit dans la vie des Saints : ne sont-ils pas beaux d’une Lumière qui n’est pas de ce monde, mais resplendit au cœur de ce monde ? Ne sont-ils pas l’avenir de l’humanité ?
C’est pourquoi un Saint Bernard nous invite à découvrir ce Dieu qui, toujours, s’offre à nous et fait naître les Saints et Saintes de tous les temps :
« Le nom de Jésus n’est pas seulement une lumière, c’est aussi un aliment. Jésus est miel à la bouche, mélodie à l’oreille, Jubilation au cœur ! Mais il est aussi un remède. Quelqu’un de nous est-il triste ? Que le nom de Jésus vienne en son cœur et de là bondisse à ses lèvres… et voici qu’à l’aurore de ce nom, tout nuage s’enfuit, la sérénité revient[3] ! »
La seconde affirmation d’Origène : « Et n’a reçu de Jésus, Marie pour Mère… » Nous ouvre au mystère de celle, immense, qui s’est dite « Servante du Seigneur » (Lc 1,38). Car, dans la contemplation de sa foi, Origène a bien saisi que le mystère de Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes est un des grands dons du Cœur de Dieu ouvert sur la Croix… le « Voici ta Mère ! » résonnera dans l’histoire du monde à travers le mystère de l’Eglise… et comme l’affirme le Concile Vatican II : la Vierge Marie est « Celle qui occupe dans la Sainte Eglise la place la plus élevée au dessous du Christ[4] et nous est toute proche[5]… »
+Marie-Mickaël
[1] Origène, Commentaire sur Saint Jean, Livre I,23.
[2] Saint Thomas d’Aquin (1225-1274), Commentaire sur l’Evangile de Jean, Prologue de Saint Thomas, Tome I,11.
[3] Saint Bernard, Homélie sur le Cantique des Cantiques, 15,6 – Patrologie Latine 183-847.
[4] Et l’on pourrait préciser : « aux côtés du Christ ! »
Parmi les Evangiles, les prémices sont celui de Jean
« Aucun des évangélistes n’a montré la divinité de Jésus d’une manière aussi absolue que Jean, qui lui fait dire : C’est moi la lumière du monde (Jn 8, 12), C’est moi le chemin, la vérité et la vie (Jn 14, 6), C’est moi la résurrection (Jn 11, 25), C’est moi la porte (Jn 10, 9), C’est moi le bon berger (Jn 10, 11), et dans l’Apocalypse, C’est moi l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin, le premier et le dernier (Ap 22, 13). Il faut donc oser dire que, de toutes les Ecritures, les Evangiles sont les prémices et que, parmi les Evangiles, les prémices sont celui de Jean, dont nul ne peut saisir le sens s’il ne s’est renversé sur la poitrine de Jésus (Jn 13, 25) et n’a reçu de Jésus Marie pour mère. Et, pour être un autre Jean, il faut devenir tel que, tout comme Jean, on s’entende désigner par Jésus comme étant Jésus lui-même. Car, selon ceux qui ont d’elle une opinion saine, Marie n’a pas d’autre fils que Jésus ; quand donc Jésus dit à sa mère : Voici ton fils (Jn 19, 26) et non « Voici cet homme est aussi ton fils », c’est comme s’il lui disait : « Voici Jésus que tu as enfanté ». En effet, quiconque est arrivé à la perfection ne vit plus mais le Christ vit en lui (Ga 2, 20) et puisque le Christ vit en lui, il est dit de lui à Marie : Voici ton fils, le Christ. »
Origène, Commentaire sur St Jean, I, 22-23 (Sources Chrétiennes, n° 120, Cerf, pp. 71-73).
Père de l’exégèse biblique. Né à Alexandrie vers 185 et mort à Tyr vers 253[1], c’est un théologien de la période patristique. Il est reconnu comme l’un des Pères de l’Église mais, contrairement à eux, il n’a pas été canonisé par l’Église catholique ni par l’Église orthodoxe, en raison de certaines de ses thèses qui furent rejetées par l’orthodoxie chrétienne.
L’Avent silencieux du cœur… avec Sainte Elisabeth de la Trinité !
« Voici le saint temps de l’Avent… c’est tout spécialement celui des âmes intérieures,
de celles qui vivent sans cesse cachées en Dieu avec Jésus-Christ ! »
Elisabeth de la Trinité, Lettre 250
Elisabeth de la Trinité et sa soeur Marguerite
Nous voici arrivé dans la plénitude de l’Avent, à quelques jours de l’indicible jour de Noël : joie si douce où la plus belle des femmes nous offre le Sauveur, sous le regard unique de Joseph le silencieux… et durant ces derniers jours, l’Eglise plonge dans une plénitude de silence contemplatif ! Quelles que soient nos activités, orientons notre attente vers l’Enfant Dieu caché dans le sein de Marie… car, comme le remarque Sainte Faustine : « Le cœur pur, Seigneur, te pressent de loin ! » Certes, nous sommes tous des pécheurs au cœur lourd et si dispersé ; mais si nous nous tournons vers la « pleine de grâce », nous deviendrons si « attentifs » au Mystère de Dieu que nous découvrirons l’indicible sourire de son Visage d’Enfant…
Supplions le Ciel de ne jamais nous « habituer » au plus grand évènement caché de l’histoire des hommes ! Au début de sa première Epitre qui renvoie au Prologue de son Evangile, Saint Jean en témoigne dans une contemplation unique où s’ouvre le Ciel sur la terre :
« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie ; car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue ! » (1 Jn 1,1-2).
A la suite des Apôtres et à travers son immense cohorte de ses Saints connus ou cachés, l’Eglise est intarissable sur le sujet : elle est à jamais traversée par « la Tendresse » de ce Dieu qui nous aimé jusqu’à se laisser voir, toucher et entendre en notre humanité ! Et c’est pourquoi elle ne cesse de proclamer sa joie et sa contemplation de l’Eternel qui s’est fait pour nous si petit… Telle est désormais le mystère qui ravit le Ciel et la terre ! Et pour y pénétrer, écoutons une Sainte Elisabeth de la Trinité qui nous invite à entrer « en l’âme et l’amour de la Vierge » :
« Voici le saint temps de l’Avent, il me semble que c’est tout spécialement celui des âmes intérieures, de celles qui vivent sans cesse et à travers tout « cachées en Dieu avec Jésus-Christ » (Col 3,3) au centre d’elles-mêmes… et dans l’attente du grand Mystère, j’aime approfondir ce beau psaume 18 : « Il a placé son pavillon dans le soleil et cet astre, semblable à un jeune époux qui sort de sa couche, s’est élancé comme un géant pour parcourir sa carrière ; il est sorti de l’extrémité du ciel, sa révolution s’est faite jusqu’à l’autre extrémité ; et nul ne se dérobe à sa chaleur…
Penses-tu ce que ce devait être en l’âme de la Vierge, lorsqu’après l’Incarnation elle possédait en Elle le Verbe Incarné… en quel silence, quel recueillement, quelle adoration elle devait s’ensevelir au fond de son âme pour étreindre ce Dieu dont elle était Mère… »
Et, dans cette lettre à sa sœur, Elisabeth conclut par une invitation où se déploie point par point toute l’orientation de l’Avent : « Ma petite Guite, Il est en nous. Oh ! Tenons-nous tout près de Lui, en ce silence, avec cet amour de la Vierge ; c’est comme cela que nous passerons l’Avent [1]… » Alors, en ces derniers jours avant la naissance du Messie, méditons ses conseils spirituels si simples et si précieux :
Première affirmation qui lui est la plus chère car elle orientera en profondeur toute sa vie de foi : « Il est en nous !… » Cette réalité de l’inhabitation du Christ en nos cœurs par l’état de grâce est le mystère qui a traversé toute sa vie. Et dans le monde actuel sursaturé d’images, de bruits et d’informations, il est urgent de protéger le « ciel de notre âme » en vivant les sacrements et en priant silencieusement Celui qui est caché au fond de notre cœur.
Elisabeth carmélite avait ces paroles uniques pour sa sœur Guite tant aimée, mère de famille et grande contemplative : « Je viens causer avec toi, sous le regard de Celui que nous aimons. J’ai pris une grande feuille car, lorsque je suis avec ma Guite, il vient tant de choses sous ma plume… tu sais, j’aime tant quand tu me permets d’entrer en ton Ciel, en celui que l’Esprit Saint crée en toi… Toi qui es mère et qui sait quelles profondeurs le bon Dieu a mises en ton cœur pour tes enfants, tu peux saisir la grandeur de ce mystère…
Oh ! ma Guite, ce Ciel, cette maison de notre Père, il est au centre de notre âme ! Comme tu le verras dans Saint Jean de la Croix, lorsque nous sommes en notre centre le plus profond, nous sommes en Dieu[2]! N’est-ce pas que c’est simple et consolant ? A travers tout, parmi tes sollicitudes maternelles, tandis que tu es toute aux petits anges, tu peux te retirer en cette solitude pour te livrer à l’Esprit Saint afin qu’Il te transforme en Dieu, qu’Il imprime en ton âme l’Image de la beauté divine, afin que le Père en se penchant sur toi ne voie plus que son Christ…
Oh, petite sœur, au Ciel je me réjouirai en voyant paraître mon Christ si beau en ton âme !… en attendant, « croyons à l’amour » avec Saint Jean (1 Jn 4,16)… et attendons dans la foi[3] ! »
Ici, comme dans tant de lettres, quelle démocratisation de la contemplation : sous la plume d’Elisabeth, elle n’est plus réservée au monde des monastères, mais offerte à toute vocation laïque en plein monde…
Deuxième affirmation : « Oh ! Tenons-nous près de Lui, en ce silence… » C’est ici l’attitude simple et contemplative qui a traversé peu à peu toute la vie d’Elisabeth : pour elle, le silence est le signe majeur de l’amour et elle vient nous poser une question majeure :
« N’avez-vous pas cette passion de l’écouter ? Parfois, c’est si fort ce besoin de se taire[4]… »
« Je vous donne rendez-vous en l’Infini de Dieu, en sa Charité : voulez-vous que ce soit le désert où, avec notre divin Epoux, nous allons vivre en une profonde solitude, puisque c’est dans cette solitude qu’Il parle au cœur[5]… »
Troisième affirmation : « Avec cet amour de la Vierge… » Elisabeth nous invite ici à entrer dans le silence d’amour de la Mère de Dieu car pour elle, « l’attitude de la Vierge durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre au-dedans, au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par Elle[6] ! »
Ainsi, Elisabeth conclut en nous invitant à la suivre : « C’est comme cela que nous passerons l’Avent ! » Nous voici donc éclairés pour réveiller et orienter notre cœur en cette fin du temps béni de l’Avent. En ce monde au bord du gouffre, il est si urgent de nous préparer à la joie unique de Noël où, à travers les bras de Marie, l’Enfant-Dieu s’offre à nous avec une tendresse qui n’est pas de ce monde…
+Marie-Mickaël
[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Cerf 1991, Lettre 250 et Lettre 183.
[2] Référence Saint Jean de la Croix dans Vive flamme d’amour 465, strophe 1, verset 3. On peut donc déduire qu’Elisabeth a prêté son livre à Guite.
[6] Elisabeth de la Trinité, Le Ciel dans la foi, 40.
Porte de Dieu toujours virginale ! Voici les mains qui tiennent Dieu, et ces genoux sont un trône plus élevé que les Chérubins…
« La gloire de toute femme, c’est l’homme, qui lui est donné du dehors : mais la gloire de la Mère de Dieu est intérieure, elle est le fruit de son sein. Ô femme tout aimable, trois fois heureuse ! Tu es bénie entre les femmes, et béni est le fruit de ton sein.
Dans ce sein l’être illimité est venu demeurer ; de son lait, Dieu, l’enfant Jésus, s’est nourri. Porte de Dieu toujours virginale ! Voici les mains qui tiennent Dieu, et ces genoux sont un trône plus élevé que les Chérubins : par eux les mains affaiblies et les genoux chancelant (Is 35,3) furent affermis. Ses pieds sont guidés par la loi de Dieu comme par une lampe brillante, ils courent à sa suite sans se retourner, jusqu’à ce qu’ils aient attiré vers l’amante le Bien-Aimé. Par tout son être elle est la chambre nuptiale de l’Esprit, la cité du Dieu vivant, que réjouissent les canaux du fleuve (Ps 46,5), c’est-à-dire les flots des charismes de l’Esprit : toute belle, tout entière proche de Dieu. Car, dominant les Chérubins, plus haute que les Séraphins, proche de Dieu, c’est à elle que cette parole s’applique !
Merveille qui dépasse toutes les merveilles : une femme est placée plus haut que les Séraphins, parce que Dieu est apparu abaissé un peu au-dessous des anges (Ps 8,6) ! Que Salomon le très sage se taise, et qu’il ne dise plus : Rien de nouveau sous le soleil (Qo 1,9). Vierge pleine de la grâce divine, temple saint de Dieu, que le Salomon selon l’esprit, le Prince de la paix, a construit et habite, l’or et les pierres inanimées ne t’embellissent pas, mais, mieux que l’or, l’Esprit fait ta splendeur. Pour pierreries, tu as la perle toute précieuse, le Christ, la braise de la divinité.
Supplie-le de toucher nos lèvres, afin que, purifiés, nous le chantions avec le Père et l’Esprit, en nous écriant : Saint, Saint, Saint le Seigneur Sabaoth, la nature unique de la divinité en trois Personnes. »
Saint Jean Damascène, Homélie sur la Nativité, SC 80, § 9-10.
Moine, prêtre (hiéromoine), théologien, apologiste et hymnographe chrétien d’origine arabe, écrivant en langue grecque. Il est né à Damas vers 675-676 et mort selon la tradition au monastère de Mar Saba, près de Jérusalem, le 4 décembre 749. Il est l’un des Pères de l’Église et l’Église catholique le compte au nombre de ses docteurs. Surtout connu pour sa défense des icônes, il est également un défenseur important de la périchorèse, concept qu’il utilise pour décrire à la fois l’interpénétration des natures divine et humaine du Christ et la relation entre les hypostases de la Trinité.