« Bea, c’est le plus beau collier du monde ! Ne le cache jamais ! » (Carlo Acutis)
En septembre 2025, le magazine italien Vita a publié une interview exclusive de Beata Anna Sperczyńska, la nounou polonaise (1) qui s’est occupée de Carlo Acutis entre deux et cinq ans. Au cours de la conversation, Beata se souvient de moments simples mais profonds de l’enfance de Carlo et raconte comment elle a fait découvrir Jésus à cet enfant extraordinaire. C’est d’elle que le jeune saint a appris sa première prière, « Ange de Dieu », en polonais.
Beata se souvient :
« Chaque soir, il récitait cette prière comme s’il s’agissait d’une berceuse. Puis nous nous endormions dans la même chambre, et j’avais l’impression que le ciel veillait sur nous. »
Par hasard – ou par providence –, Beata a été engagée par les grands-parents de Carlo pour s’occuper de lui pendant les vacances. Peu après, ses parents, Antonia et Andrea, l’ont invitée à vivre avec la famille à Milan. « J’avais l’impression qu’il m’avait choisie. J’ai été la première personne à lui parler de Dieu. Carlo ne savait pas qui était Jésus, et depuis lors, il n’a jamais cessé de le chercher. »
Une fois, raconte Beata, elle a emmené Carlo à l’église Santa Maria Segreta (Milan), la même église où, des années plus tard, ses funérailles ont été célébrées. « Nous avons allumé un cierge et je lui ai parlé de Jésus. À notre retour, Carlo a tout raconté à ses parents, qui étaient inquiets, car ils n’étaient pas encore pratiquants. Je lui ai donc dit que nous n’y retournerions plus. Mais le lendemain, il m’a dit : « Bea, je ne peux pas manquer de rendre visite à mon ami. Ce sera notre secret. » »
Bien sûr, le secret n’a pas duré. « Carlo est rentré à la maison tout joyeux et a tout raconté à tout le monde ! À partir de ce jour-là, il n’a plus manqué un seul jour d’église. » Le soir, ils priaient le rosaire tous les deux. Carlo utilisait un petit chapelet de dix grains qu’il tenait dans ses mains jusqu’à ce qu’il s’endorme.
Un épisode en particulier est resté gravé dans la mémoire de Beata : « Nous sommes allés à une fête d’anniversaire. Je portais mon chapelet autour du cou, et certaines mères se sont moquées de moi. Gênée, je l’ai caché dans ma chemise. Carlo l’a remarqué et m’a dit : « Béa, c’est le plus beau collier du monde ! Ne le cache jamais ! » Même aujourd’hui, quand j’y repense, je suis émue. Il n’avait que quatre ans, mais il voyait déjà les choses avec pureté et courage. »
Cleiton Ramos, 17 octobre 2025 – ChurchPop.
(1) Au cœur de l’enfance de saint Carlo Acutis se trouvait une femme humble originaire d’un petit village de Pologne, qui l’a aidé à faire ses premiers pas, non seulement dans la vie, mais aussi dans la foi. Elle s’appelle Beata Anna Sperczyńska. Aujourd’hui cadre à New York, elle a passé trois ans comme nounou de Carlo à Milan, s’occupant de lui entre deux et cinq ans.
Le Serviteur de Dieu, le Père Matteo d’Agnone
Le Serviteur de Dieu, le Père Matteo da Agnone, est né en 1563 à Agnone , en Molise . Son désir de servir Dieu l’a mené à rejoindre les Frères Capucins , embrassant une vie de pauvreté , d’humilité et de prière , et prenant le nom de Frère Matteo da Agnone . Il était prêtre , prédicateur , formateur , supérieur local et provincial , et surtout un grand théologien et exorciste . Sa seule présence suffisait à chasser les démons, qui craignaient son humilité plus que tout.
Sa renommée pour sa sainteté s’est accrue de son vivant et s’est consolidée après sa mort en 1616 à Serracapriola , dans la province de Foggia. Il a été déclaré Serviteur de Dieu en 1996 et sa cause de canonisation est en cours . Nombreux sont ceux qui l’invoquent comme un puissant intercesseur et défenseur contre le diable , et les guérisons et les grâces de toutes sortes qui lui sont attribuées sont innombrables .
Un enfant spécial
Prospero Lolli est né à Agnone, au Molise, en 1563, au sein d’une famille aisée et profondément chrétienne. Cadet d’une fratrie de plusieurs sœurs, il fut entouré d’affection et d’attention dès son plus jeune âge. Dès son jeune âge, il manifesta une douceur particulière, un sérieux inhabituel pour son âge et une mystérieuse attirance pour Dieu.
Vers l’âge de six ans, tandis que les autres enfants jouent insouciants, Prospero préfère imiter le prêtre. Avec l’aide de ses sœurs, il prépare un petit autel, revêt une chemise blanche et répète avec une précision impressionnante les gestes et les paroles qu’il entend à l’église. Pour lui, ce n’est pas juste un jeu. Il éprouve déjà un sentiment du sacré qui laisse bouche bée ceux qui l’observent. Cet enfant, levant les mains vers le ciel comme pour consacrer le pain, semble touché par quelque chose de plus grand.
Il était très bon pour les études, surtout le latin. Certains ont commencé à penser que Dieu avait posé un regard particulier sur lui. Ainsi commença le parcours de Prospero Lolli, le futur Père Matteo da Agnone, destiné à ébranler les enfers par la force de son humilité et à toucher les cœurs par la puissance de sa foi.
Un accident dramatique
Prospero Lolli a dix-huit ans. Un jour, il quitte la maison pour rejoindre un ami. Aucun des deux n’imagine qu’un événement irréparable est sur le point de se produire.
Le garçon porte une arme à feu, volée secrètement à son père. Par un mystérieux concours de circonstances, Prospero la ramasse. Simple curiosité, geste instinctif, il la manipule avec légèreté, ignorant peut-être qu’elle est chargée. Un instant plus tard, un coup de feu retentit, et le drame survient : son ami est mortellement blessé.
Prospero, désespéré, s’enfuit dans les bois sans se retourner. La ville est sous le choc. Une enquête est ouverte et, bien que l’intention n’ait pas été délibérée, la justice prononce une condamnation par contumace. Étant mineur selon la loi de l’époque, il est condamné à une amende et banni d’Agnone.
Mais pour Prospero, la vraie condamnation est intérieure. Ce sentiment de culpabilité ne le quittera jamais. De cette profonde blessure naîtra un désir de rédemption. Des années plus tard, ce jeune homme deviendra le père Matteo da Agnone, un frère capucin et un combattant spirituel contre le mal.
Ses parents ont financé ses études à l’Université de Naples, où il s’est inscrit aux facultés de droit et de médecine.
Fils de saint François
Pendant ses études à l’université de Naples, Prospero Lolli était profondément attiré par la spiritualité jésuite et s’apprêtait à entrer dans la Compagnie de Jésus. Mais lors d’une conversation avec un camarade, il s’est rendu compte que son mode de vie, fait de pauvreté, d’austérité et de pénitence, correspondait davantage à l’idéal franciscain. Il choisit donc l’Ordre des Capucins, une décision courageuse, bien loin des ambitions académiques que sa famille nourrissait pour lui. Alors qu’il se préparait à prononcer ses vœux religieux sous le nom de Frère Matteo, le décès soudain de ses parents l’a forcé à retourner à Agnone. Ce fut une épreuve douloureuse, mais après avoir subvenu aux besoins de sa famille, il retourna au couvent, maintenant confiant dans la voie qu’il avait choisie.
Reconnu pour son intelligence et son humilité, il fut immédiatement considéré comme l’un des meilleurs jeunes hommes de son ordre et se vit confier d’importantes missions d’enseignement. En 1592, il a été ordonné prêtre et est devenu le père Matteo da Agnone.
Tout au long de sa vie religieuse, il a occupé des fonctions de plus en plus importantes. Il a été supérieur des monastères de Vasto, Serracapriola et Agnone, ainsi que maître des novices. Grâce à sa solide formation et à sa conduite irréprochable, il a été nommé professeur de théologie pour former les jeunes capucins au sacerdoce.
Il a ensuite été élu supérieur provincial, un poste qu’il a accepté à contrecœur, préférant servir plutôt que commander. Une fois son mandat terminé, il a été nommé visiteur de la province religieuse de Bari, signe de la grande estime et de la confiance que lui portaient ses supérieurs.
Un nom que le diable craint
Au couvent de Castel Bolognese, alors qu’il se prépare à la prêtrise, frère Matteo se retrouve mêlé à un exorcisme. Une femme, possédée depuis des années, est amenée à l’église pour implorer son aide. Les frères prient longtemps, mais les démons restent inflexibles. Frère Matteo étudie dans sa cellule. Soudainement, par la bouche de la femme, le diable s’écrie que seul frère Matteo d’Agnone peut le chasser, car son humilité le tourmente plus que tout.
Appelé par ses frères, le petit frère refuse d’abord de les suivre, mais obéit ensuite aux ordres de son supérieur. Il s’agenouille en silence devant le Saint-Sacrement et ne prononce pas un mot.
Le démon se met à se débattre, puis s’écrie qu’il ne peut supporter sa présence et abandonne la femme.
Depuis, des incidents semblables se sont répétés. Sa simple présence provoque un exorcisme, son nom est un supplice pour les enfers. Dans certains cas, la simple mention de son nom par un exorciste lors d’un rituel, même à son insu, suffit à déchaîner la fureur du diable.
Aujourd’hui encore, 400 ans après sa mort, son image, sa tombe et son nom suscitent les mêmes réactions.
Signes, prodiges et prophéties
Le père Matteo vivait dans une pauvreté extrême, mais ceux qui lui faisaient confiance ne manquaient jamais du nécessaire. Ses prières, sa foi et ses vertus chrétiennes lui valaient des grâces extraordinaires de Dieu.
Pendant la construction du couvent des Agnones, le vin se faisait rare à cause d’une maladie qui ravageait les vignes. Le père Matteo a pris deux fioles et est allé de porte en porte mendier. Lorsqu’il a cogné à la porte de M. Vincenzo Cellillo, sa femme lui a dit que le grand baril était vide et qu’il ne restait qu’un peu de vin dans le petit, réservé à son mari, mais qu’elle le lui offrirait volontiers. Le père Matteo est descendu à la cave, a fait le signe de croix sur le baril vide… et le vin a commencé à couler en abondance. Il y en a eu pour environ un mois, et il en a fallu non seulement pour la famille Cellillo, mais aussi pour tous les frères des couvents des Agnones.
Un événement semblable s’est produit chez Mme Livia Sottile, mère de trois frères capucins. Le vin du baril béni par le Père Matteo – même de loin – ne s’épuisa jamais. Chaque jour, elle en donnait aux malades et aux frères du couvent, et pourtant, il dura plus d’un an . Quand elle a demandé au frère de bénir aussi le jardin desséché, le lendemain, les plantes étaient luxuriantes et fraîches. Et quand elle lui demanda de bénir le contenant d’huile, il déborda .
Le père Matteo était aussi souvent un instrument de guérison. Parmi les nombreux témoignages, mentionnons celui de Lorenzo De Santis, mourant d’un grave abcès à la gorge qui l’empêchait de s’alimenter. Le père Matteo fit sur lui le signe de la croix et dit : « Ayez foi, Dieu vous guérira bientôt. L’abcès a éclaté tout de suite et l’homme a été immédiatement guéri.
Un jour, en regardant Agnone de loin, il a pleuré et a prophétisé un châtiment divin. Finalement, il s’est écrié : « Ma patrie… vous ne posséderez pas mes ossements. Quelques années plus tard, lorsqu’une révolte éclata et que l’intervention de l’armée sema la dévastation et la ruine, le peuple se souvint de ses paroles.
Et la prophétie s’est pleinement accomplie : ses ossements ne sont jamais retournés à Agnone. Ils reposent aujourd’hui à Serracapriola, où le père Matteo a terminé son pèlerinage terrestre.
Aujourd’hui, son intercession est aussi efficace qu’elle l’était alors.
Spiritualité christocentrique et mariale
La spiritualité du père Matteo est profondément christocentrique et mariale. Au cœur de sa vie se trouve le Christ crucifié, qu’il adore quotidiennement dans l’Eucharistie. Devant le tabernacle, il se sent en présence des anges. Il médite et pleure la Passion, contemple la douleur de la croix et invite chacun à vivre l’Évangile avec constance, se rappelant que trahir le Christ, c’est le crucifier une deuxième fois. En plus de son amour pour le Seigneur, il cultive une dévotion intense à la Vierge Marie, sa mère bien-aimée.
Il célébrait la messe avec une ferveur sublime, communiait quotidiennement, se confessait fréquemment et offrait joyeusement ses souffrances en réparation de ses péchés et pour le salut des âmes. Il menait une vie modeste, aimait le silence et priait sans relâche. Sa cellule, simple et dépouillée, était pour lui un havre de paix, de lumière et d’inspiration.
Durant son temps libre, il se consacrait à l’écriture, composant des textes spirituels profonds, tels que le Fasciculus Myrrae, dans lequel il médite sur la Passion du Christ, la valeur de la pénitence et la nécessité d’une confession sincère.
C’est un excellent théologien et prédicateur, mais la force de ses paroles réside dans leur parfaite cohérence avec la vie. C’est pourquoi ses sermons suscitent des conversions et touchent les cœurs les plus endurcis.
Plusieurs le consultent. Il possède les dons de discernement, de prophétie et de miracles, ainsi qu’une autorité particulière sur les esprits mauvais qui tremblent en sa présence. Il assiste sans relâche les malades et les mourants, en qui il reconnaît le visage du Christ.
Avant tout, il excelle en humilité. Il se considère comme le dernier, le plus indigne, le pire des pécheurs. Cette vertu profonde l’accompagne dans chacun de ses actes, chacun de ses choix. Et c’est précisément par cette humilité que Dieu l’élève, faisant de lui un puissant instrument de grâce et de lumière pour les âmes.
Le Colonel de la Madone
Parallèlement à son amour pour le Christ, le père Matteo cultivait une dévotion profonde et inébranlable envers la Vierge Marie. C’était un amour filial, nourri par l’étude, la contemplation et la prière. Chaque jour, il lui confiait sa vie, ses labeurs et ses souffrances. Il la considérait comme sa mère et sa Reine, le chemin privilégié vers le Christ Roi et le modèle parfait de vertu à imiter.
Dans la lignée de la tradition franciscaine, il médite sur le rôle de la Vierge Marie dans le plan du salut et défend la glorieuse Assomption, quatre siècles avant qu’elle ne soit proclamée dogme. Pour lui, il est évident que le corps de la Mère de Dieu ne pouvait pas demeurer sur terre, car sa place est auprès de son Fils, dans la gloire. Il l’affirme par des dissertations théologiques d’une grande profondeur.
Même le diable, lors d’un exorcisme où l’on invoqua l’intercession du père Matteo, le surnomma avec mépris « le colonel de la Vierge ». Un surnom né de la moquerie, mais devenu au contraire un titre de gloire.
Tout ce qu’on demande à Dieu par son intercession, le père Matteo le demande et l’obtient de la Vierge Marie, comme le diable a dû le confesser à plusieurs reprises lors d’exorcismes.
La mort bénie
Tout au long de sa vie, le père Matteo a enduré bien des souffrances physiques. Il souffrait de violentes douleurs d’estomac dues à des jeûnes prolongés, d’une maladie du foie, de problèmes de genoux causés par de longues heures de prière, et d’une forme douloureuse de goutte qui l’empêchait de marcher correctement. Il a offert son martyre silencieux au Seigneur avec un esprit joyeux et reconnaissant.
Après sa dernière affectation à Bari, il a été transféré à Sant’Elia à Pianisi, mais le climat rigoureux a empiré son état. Les médecins recommandent son transfert. Les frères ont choisi Serracapriola. Incapable de marcher, il a été transporté en charrette. Le voyage lui a causé d’atroces souffrances. Arrivé au couvent de nuit, il fut accueilli avec une immense joie, mais il chanta lui-même le psaume « De profundis », sachant sa fin proche.
Atteint d’une forte fièvre, il demeura lucide et serein. Il s’est confessé, a prié avec ses frères et a reçu l’Eucharistie. Réconforté par les sacrements, il s’est éteint paisiblement le 31 octobre 1616, la veille de la Toussaint. Les habitants de Serracapriola ont fait construire un cercueil afin d’éviter toute confusion avec les restes d’autres frères dans l’ossuaire. Ce geste a permis la conservation de sa dépouille.
Six mois plus tard, le corps a été retrouvé intact. Un moine toucha sa barbe et fut libéré de fortes tentations. Trois ans plus tard, un autre frère ouvrit le cercueil, libérant un doux parfum persistant : le parfum du paradis.
Signes et guérisons sur la tombe du Père Matteo
Le tombeau du Serviteur de Dieu, le Père Matteo da Agnone, se trouve dans l’église des Capucins de Serracapriola, dans la province de Foggia. Malheureusement, depuis 2022, ce lieu est dépourvu de frères et du Saint-Sacrement, suite à une décision de l’Ordre des Capucins. Le tombeau du Père Matteo demeure néanmoins un lieu de recueillement exceptionnel.
Ceux qui sont possédés par le démon réagissent violemment au simple contact de la pierre tombale, comme lors d’un exorcisme. Des photos de nombreux malades restent accrochées à la pierre tombale en signe d’intercession. Ceux qui souffrent de maux physiques ou spirituels éprouvent parfois des symptômes tels que des nausées, des tremblements, des vomissements, des bouffées de chaleur soudaines ou des picotements. Ces signes peuvent varier d’une personne à l’autre et ne sont pas systématiques, mais ils sont souvent interprétés comme des manifestations de la puissante intercession du Serviteur de Dieu.
Les témoignages sont nombreux, mais malheureusement, tous ne les partagent pas.
L’image officielle
L’image officielle du père Matteo, commandée par le père Cipriano de Meo en 1984 pour l’ouverture du procès de canonisation diocésain et réalisée par le peintre local Gianfranco Forte. De nombreux témoignages de grâces associées à cette image du Serviteur de Dieu nous sont parvenus du monde entier. Même le diable, lors des exorcismes, prétend la craindre.
Pour plus d’informations, consultez l’ouvrage de Patrizia Cattaneo : Un exorciste chez vous
L’Amour sait attendre – 2
« Ma folie à moi, c’est d’espérer…
Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras me chercher ! »
Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B
Dans la dernière méditation, Thérèse proclamait cette grande vérité de la foi qui doit resplendir au plus profond d’une vie : savoir que « par delà les nuages, le soleil brille toujours ! » Si elle avait vécue à notre époque, je devine qu’elle aurait été ravie de prendre l’avion un jour de pluie pour se retrouver en « plein soleil » en altitude…
Thérèse est pour notre temps le grand « prophète de l’espérance » et il faut revenir sur cette bouleversante parabole du soleil et du petit oiseau : là est le cœur de sa voie d’enfance spirituelle. Car la foi seule a le pouvoir de transformer la fragilité en confiance! Et elle devient un chant d’amour au cœur de la nuit… c’est pourquoi il faut écouter longtemps le chant d’amour de Thérèse pour que cette sagesse des « petits » de l’Evangile (Lc 10,21) ouvre peu à peu nos cœurs :
« Jésus, je suis trop petite pour faire de grandes choses, et ma folie à moi, c’est d’espérer !… Aussi longtemps que tu le voudras, ô mon Bien-Aimé, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, toujours il demeurera les yeux fixés sur toi, il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour… Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras ma chercher [1]… »
« Ma folie à moi, c’est d’espérer ! » C’est comme ici le Credo silencieux de Thérèse ! En réalité, ce cri traverse toute sa vie de carmélite. Car attendre dans la nuit sans rien voir venir la situe au cœur de cette vie théologale où la nuit de la foi fait lever une folle espérance… seule elle attire le feu de l’Amour : « Dans le Cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour… ainsi, je serai tout… ainsi, mon rêve sera réalisé[2] ! »
Comment oublier ici « l’histoire de la pécheresse convertie qui est morte d’amour » : elle a tant bouleversé et confirmé Thérèse sur la voie de l’infinie Miséricorde :
« Non, personne ne pourrait m’effrayer ; car je sais à quoi m’en tenir sur son amour et sa miséricorde. Je sais que toute cette multitude d’offenses s’abîmerait en un clin d’œil, comme une goutte d’eau dans un brasier ardent !
Il est rapporté dans la Vie des Pères du désert, que l’un d’eux convertit une pécheresse publique dont les désordres scandalisaient une contrée entière. Cette pécheresse, touchée de la grâce, suivait le saint dans le désert pour accomplir une rigoureuse pénitence, quand, la première nuit du voyage, avant même d’être rendue au lieu de sa retraite, ses liens mortels furent brisés par l’impétuosité de son repentir plein d’amour : et le solitaire vit, au même instant, son âme portée par les Anges dans le sein de Dieu…
Voilà un exemple bien frappant de ce que je voudrais dire, mais ces choses ne peuvent s’exprimer [3]… »
Ce témoignage fulgurant a de quoi nous surprendre et nous interroger sur les étroitesses cachées de nos cœurs dans notre quotidien trop souvent linéaire… pour accéder au mystère de l’infinie miséricorde, notre pauvreté doit être traversée par une audacieuse et folle confiance ! Cela peut nous paraître contradictoire ; mais dans cette attente épuisante s’opère une création nouvelle et cachée où le cœur apprend à aimer en vérité comme l’enseigne Thérèse :
« Pour aimer Jésus… il faut consentir à rester pauvre et sans force, et voilà le difficile… C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour [4] ! »
Thérèse insiste tant sur ce « rien ». Elle sait combien, avec les meilleures intentions, notre confiance est encore trop souvent un mélange où notre moi garde secrètement le contrôle. L’esprit d’enfance n’a pas encore pénétré en profondeur car « pour attendrir Dieu il faut être vraiment pauvre. Et qu’y a-t-il de plus pauvre que d’essayer de porter sa croix sans y parvenir ? Les riches veulent bien porter leur croix à condition d’y arriver. Sinon, ils refusent parce que cela ne sert à rien. Les pauvres ne sont pas ceux qui attendent passivement comme les quiétistes. Ce sont ceux qui essaient de réussir… Au fond, c’est très « calé », mais à l’envers, un jeu de qui perd gagne. Il faut faire des efforts, épuiser ses forces, se donner totalement, faire tout ce qu’on peut, mais pour tout rater ! Non qu’on veuille rater, on essaie de réussir, mais on comprend et on accepte de mieux en mieux que nos forces soient dépensées en pure perte. Cette « pure perte » est ce qu’il y a de plus précieux aux yeux de Dieu, parce que c’est « le chant de notre amour [5]! »
C’est sans doute ce que voulait exprimer Saint Jean Chrysostome quand il affirmait : « Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler… » Et Thérèse va jusqu’à affirmer : « T’aimer Jésus, quelle perte féconde [6] ! »
Seule l’attente pauvre et persévérante de notre foi fera monter en nos cœurs ce gémissement de l’espérance… et laissons Thérèse nous partager son cœur intime quand elle nous confie :
« Peut-être vas-tu croire que je fais toujours ce que je dis, oh non, je ne suis pas toujours fidèle, mais je ne me décourage jamais, je m’abandonne dans les bras de Jésus [7] ! »
« Malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin… »
Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B
En ce temps béni de Noël, écouter le « chant d’amour » de Thérèse pour Jésus est tellement bénéfique pour fortifier notre espérance… car dans ce monde postmoderne où l’avenir de l’homme semble s’effacer, l’espérance a comme disparue ! On n’espère plus aller au Ciel d’en-haut que le Christ a ouvert sur la Croix. On célèbre déjà un autre ciel sur la terre : la 4° révolution industrielle où le transhumanisme ouvre une porte qui semble « fascinante autant qu’inquiétante », car elle pourrait être la fin de l’homme… Le célèbre astrophysicien Stephen Hawking s’est est inquiété :
« Le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité ». Science fiction ou réalité ? La frontière n’a jamais été aussi mince[1]. »
Le bien-être et la satisfaction quasi immédiate qu’apporte la technologie actuelle a développé en nous un pouvoir dangereux… et Il nous faut être « délivré » de l’orgueil d’une société qui pousse à « vouloir tout, tout de suite ! » De mon portable, je peux pratiquement tout voir, tout acheter, tout communiquer ; mais dans ce déluge d’informations, de relations et de consommation, un vide nous envahit… et sans nous en rendre compte, nous perdons la beauté du regard !
Car en vérité, celui qui aime sait attendre : la patience est la profondeur de l’Amour ! Dieu le sait et il ne brusque pas les étapes. Il a inscrit le mystère de la croissance dans sa création. L’arbre a besoin de saisons pour donner tout son fruit… Et d’ailleurs, qu’adviendrait-il de nous sans l’infinie patience de Dieu ? L’Amour sait nous attendre et cela s’appelle la Miséricorde !
Avec le poids de l’expérience, Saint Pierre nous prévient en ce sens :
« Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers nous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. Il viendra, le jour du Seigneur, comme un voleur… » (2 P 3,9-10)
En effet, le temps est une durée qui exprime la miséricorde : qu’en serait-il de nous si nous devions paraître « maintenant » devant notre Dieu ? Laissons ici « la plus grande Sainte des temps modernes [2] » parler à notre cœur : parce qu’elle avait un désir fou d’aimer Jésus et de sauver les âmes, « petite Thérèse » a su attendre avec confiance ! A travers le symbole du « petit oiseau », elle nous révèle un autre aspect de la voie d’enfance évangélique. Etre petit, c’est aussi ne pas se lasser d’espérer en attendant tout du « Soleil de l’amour »…
A travers un langage qui peut paraître puéril à certains, une profonde sagesse issue de l’Evangile se déploie ici car la Révélation qui resplendit dans le Fils porte un redoutable secret : le Père l’a cachée « aux sages et aux savants », mais l’a « révélée aux tout petits ! » (Mt 11,25). Thérèse, la dite « Petite », en est un immense témoin pour notre époque et il nous faut décrypter en profondeur son message. Laissons résonner son chant d’amour en nos cœurs et nous nous reconnaîtrons :
« Je me considère comme un faible petit oiseau… Je ne suis pas un aigle, j’en ai simplement les yeux et le cœur car malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin, le Soleil de l’amour… Le petit oiseau voudrait bien voler vers ce brillant Soleil mais s’envoler, cela n’est pas en son petit pouvoir ! Que va-t-il devenir ? Mourir de chagrin en se voyant aussi impuissant ? Non ! Le petit oiseau ne va même pas s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son divin Soleil… Rien ne saurait l’effrayer, ni le vent, ni la pluie… Il sait que par-delà les nuages, son Soleil brille toujours[3] ! »
+Marie-Mickaël
[1] Antoine Pasquier, Le transhumanisme ou la tentation de l’homme parfait, Famille chrétienne, n° 1926, 2014.
Marie, « Terreur des démons » (Saint Séraphim de Sarov)
» Malgré le fait que Satan ait séduit Eve, entraînant Adam à sa suite, Dieu non seulement nous a donné un Rédempteur qui par sa mort a vaincu la mort, mais dans la personne de la Femme, la Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, qui a écrasé en elle-même et en tout le genre humain la tête du serpent, Il nous a fourni une avocate infatigable auprès de son Fils et notre Dieu, une plaideuse invincible pour les pécheurs les plus endurcis. C’est à cause de cela qu’elle est appelée « la Terreur des démons », car il est impossible pour le démon de faire périr un homme tant que ce dernier ne cesse lui-même de recourir à l’aide de la Theotokos. »
Saint Séraphim de Sarov.
De l’Église russe orthodoxe (1759-1833), fête le 2 janvier.
Saint Jean, le Théologien – 1
O Saint Jean, le Théologien…
Toi qui as sondé les indicibles mystères du « Verbe fait chair »… (Jn 1,14)
Toi qui as tant écouté le Cœur attentif de la Vierge
où s’est enfoui l’Evangile du Sauveur… (Lc 2,19 / Lc 2,51 / Jn 2,1-5)
L’Eglise va bientôt fêter Saint Jean Apôtre le 27 décembre. C’est l’occasion de continuer à « méditer » une de nos prières quotidiennes à l’Apôtre bien-aimé, celle de chaque mardi. Elle commence par l’affirmation qui le caractérise : « O Saint Jean, le Théologien ! »
A travers la Tradition, on a vite remarqué que son annonce de l’Evangile du Christ n’était pas seulement narrative ou pédagogique, mais aussi profondément théologique. C’est l’Evangile spirituel par excellence ! Il nous a fait entrer dans les mystères du Dieu fait homme d’une manière inédite dés son prologue :
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement tourné vers Dieu.
Tout fut par Lui et sans Lui rien ne fut.
De tout être Il était la vie et la vie était la lumière des hommes…
Et le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous,
et nous avons vu sa gloire,
gloire qu’Il tient de son Père comme Fils unique,
plein de grâce et de vérité. » (Jn 1,1-4 / 1,14)
Pour nous faire saisir le mystère inouï qui a traversé la vie de Jean, Origène, dès le 3° siècle a écrit dans un commentaire : « Il faut oser dire que, de toutes les Ecritures, les Evangiles sont les prémices et que, parmi les Evangiles, les prémices sont celui de Jean… dont nul ne peut saisir le sens s’il n’a reposé sur la poitrine de Jésus et n’a reçu de Jésus Marie pour Mère[1] ! »
Saint Thomas d’Aquin écrira aussi admirablement sur celui qui est l’aigle parmi les évangélistes : « Le symbole de Jean est l’aigle. Voici pourquoi : les trois autres évangélistes se sont occupés de ce que le Christ a accompli dans la chair… Jean, lui, volant comme un aigle au-dessus des nuages de la faiblesse humaine, contemple la lumière de l’immuable Vérité avec les yeux du cœur, du regard le plus pénétrant… Attentif à la divinité même de notre Seigneur Jésus-Christ par laquelle il est égal au Père…Le privilège de Jean fut d’être parmi tous les disciples du Seigneur, celui qui fut le plus aimé du Christ : Jean fut en effet « le disciple que Jésus aimait » (Jn 21,20) comme lui-même l’a dit sans se nommer. Le Christ a donc révélé ses secrets de façon toute spéciale à ce disciple très spécialement aimé[2]… »
« Toi qui as sondé les indicibles mystères du « Verbe fait chair… » (Jn 1,14)
C’est la seconde affirmation sur l’Apôtre bien-aimé : après l’avoir quelque peu contemplé dans son altitude d’Aigle comme « Théologien » incomparable, nous sommes invités ici à entrer dans sa vision de Dieu fait homme : « Et le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous… » Jean nous ouvre ici la porte de l’insondable mystère où le Verbe qui était éternellement « tourné vers Dieu » s’est, par un incompréhensible amour, « tourné vers les hommes » !
Ainsi, mon Créateur et mon Sauveur est venu jusqu’à moi dans un visage d’homme… c’est le plus grand mystère de toute l’histoire humaine : voilà pourquoi elle est classée entre « avant et après Jésus-Christ ! » Car Il est venu bouleverser notre monde en envoyant l’Esprit d’amour qui conduit l’Eglise à travers les remous du monde pécheur et l’adversité du démon. Et Saint Jean nous a clairement prévenus sur l’ennemi de Dieu qui met tant de confusion dans le monde actuel. Retenons sa mise en garde pour fortifier la vigilance de notre foi :
« A ceci nous savons qu’Il demeure en nous : à l’Esprit qu’Il nous a donné…
Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits
pour voir s’ils viennent de Dieu,
car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde !
A ceci reconnaissez l’Esprit de Dieu :
tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu ;
et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu ;
c’est là l’esprit de l’Antichrist !
Vous avez entendu qu’il allait venir…
Et dés maintenant, il est déjà dans le monde…
Mais Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde ! »
(1 Jn 3,34 / 4,1-4)
Pour rester fidèle à la vraie foi au mystère du Christ à la suite de Saint Jean, Origène affirmait plus haut qu’il faut s’approcher et reposer sur « la poitrine de Jésus »… Là, on entend battre le Cœur de l’infinie tendresse de Dieu ! Telle est La découverte toujours nouvelle de l’Amour de Jésus dont le mystère insondable retentit dans la vie des Saints : ne sont-ils pas beaux d’une Lumière qui n’est pas de ce monde, mais resplendit au cœur de ce monde ? Ne sont-ils pas l’avenir de l’humanité ?
C’est pourquoi un Saint Bernard nous invite à découvrir ce Dieu qui, toujours, s’offre à nous et fait naître les Saints et Saintes de tous les temps :
« Le nom de Jésus n’est pas seulement une lumière, c’est aussi un aliment. Jésus est miel à la bouche, mélodie à l’oreille, Jubilation au cœur ! Mais il est aussi un remède. Quelqu’un de nous est-il triste ? Que le nom de Jésus vienne en son cœur et de là bondisse à ses lèvres… et voici qu’à l’aurore de ce nom, tout nuage s’enfuit, la sérénité revient[3] ! »
La seconde affirmation d’Origène : « Et n’a reçu de Jésus, Marie pour Mère… » Nous ouvre au mystère de celle, immense, qui s’est dite « Servante du Seigneur » (Lc 1,38). Car, dans la contemplation de sa foi, Origène a bien saisi que le mystère de Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes est un des grands dons du Cœur de Dieu ouvert sur la Croix… le « Voici ta Mère ! » résonnera dans l’histoire du monde à travers le mystère de l’Eglise… et comme l’affirme le Concile Vatican II : la Vierge Marie est « Celle qui occupe dans la Sainte Eglise la place la plus élevée au dessous du Christ[4] et nous est toute proche[5]… »
+Marie-Mickaël
[1] Origène, Commentaire sur Saint Jean, Livre I,23.
[2] Saint Thomas d’Aquin (1225-1274), Commentaire sur l’Evangile de Jean, Prologue de Saint Thomas, Tome I,11.
[3] Saint Bernard, Homélie sur le Cantique des Cantiques, 15,6 – Patrologie Latine 183-847.
[4] Et l’on pourrait préciser : « aux côtés du Christ ! »
L’Avent silencieux du cœur… avec Sainte Elisabeth de la Trinité !
« Voici le saint temps de l’Avent… c’est tout spécialement celui des âmes intérieures,
de celles qui vivent sans cesse cachées en Dieu avec Jésus-Christ ! »
Elisabeth de la Trinité, Lettre 250
Elisabeth de la Trinité et sa soeur Marguerite
Nous voici arrivé dans la plénitude de l’Avent, à quelques jours de l’indicible jour de Noël : joie si douce où la plus belle des femmes nous offre le Sauveur, sous le regard unique de Joseph le silencieux… et durant ces derniers jours, l’Eglise plonge dans une plénitude de silence contemplatif ! Quelles que soient nos activités, orientons notre attente vers l’Enfant Dieu caché dans le sein de Marie… car, comme le remarque Sainte Faustine : « Le cœur pur, Seigneur, te pressent de loin ! » Certes, nous sommes tous des pécheurs au cœur lourd et si dispersé ; mais si nous nous tournons vers la « pleine de grâce », nous deviendrons si « attentifs » au Mystère de Dieu que nous découvrirons l’indicible sourire de son Visage d’Enfant…
Supplions le Ciel de ne jamais nous « habituer » au plus grand évènement caché de l’histoire des hommes ! Au début de sa première Epitre qui renvoie au Prologue de son Evangile, Saint Jean en témoigne dans une contemplation unique où s’ouvre le Ciel sur la terre :
« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie ; car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue ! » (1 Jn 1,1-2).
A la suite des Apôtres et à travers son immense cohorte de ses Saints connus ou cachés, l’Eglise est intarissable sur le sujet : elle est à jamais traversée par « la Tendresse » de ce Dieu qui nous aimé jusqu’à se laisser voir, toucher et entendre en notre humanité ! Et c’est pourquoi elle ne cesse de proclamer sa joie et sa contemplation de l’Eternel qui s’est fait pour nous si petit… Telle est désormais le mystère qui ravit le Ciel et la terre ! Et pour y pénétrer, écoutons une Sainte Elisabeth de la Trinité qui nous invite à entrer « en l’âme et l’amour de la Vierge » :
« Voici le saint temps de l’Avent, il me semble que c’est tout spécialement celui des âmes intérieures, de celles qui vivent sans cesse et à travers tout « cachées en Dieu avec Jésus-Christ » (Col 3,3) au centre d’elles-mêmes… et dans l’attente du grand Mystère, j’aime approfondir ce beau psaume 18 : « Il a placé son pavillon dans le soleil et cet astre, semblable à un jeune époux qui sort de sa couche, s’est élancé comme un géant pour parcourir sa carrière ; il est sorti de l’extrémité du ciel, sa révolution s’est faite jusqu’à l’autre extrémité ; et nul ne se dérobe à sa chaleur…
Penses-tu ce que ce devait être en l’âme de la Vierge, lorsqu’après l’Incarnation elle possédait en Elle le Verbe Incarné… en quel silence, quel recueillement, quelle adoration elle devait s’ensevelir au fond de son âme pour étreindre ce Dieu dont elle était Mère… »
Et, dans cette lettre à sa sœur, Elisabeth conclut par une invitation où se déploie point par point toute l’orientation de l’Avent : « Ma petite Guite, Il est en nous. Oh ! Tenons-nous tout près de Lui, en ce silence, avec cet amour de la Vierge ; c’est comme cela que nous passerons l’Avent [1]… » Alors, en ces derniers jours avant la naissance du Messie, méditons ses conseils spirituels si simples et si précieux :
Première affirmation qui lui est la plus chère car elle orientera en profondeur toute sa vie de foi : « Il est en nous !… » Cette réalité de l’inhabitation du Christ en nos cœurs par l’état de grâce est le mystère qui a traversé toute sa vie. Et dans le monde actuel sursaturé d’images, de bruits et d’informations, il est urgent de protéger le « ciel de notre âme » en vivant les sacrements et en priant silencieusement Celui qui est caché au fond de notre cœur.
Elisabeth carmélite avait ces paroles uniques pour sa sœur Guite tant aimée, mère de famille et grande contemplative : « Je viens causer avec toi, sous le regard de Celui que nous aimons. J’ai pris une grande feuille car, lorsque je suis avec ma Guite, il vient tant de choses sous ma plume… tu sais, j’aime tant quand tu me permets d’entrer en ton Ciel, en celui que l’Esprit Saint crée en toi… Toi qui es mère et qui sait quelles profondeurs le bon Dieu a mises en ton cœur pour tes enfants, tu peux saisir la grandeur de ce mystère…
Oh ! ma Guite, ce Ciel, cette maison de notre Père, il est au centre de notre âme ! Comme tu le verras dans Saint Jean de la Croix, lorsque nous sommes en notre centre le plus profond, nous sommes en Dieu[2]! N’est-ce pas que c’est simple et consolant ? A travers tout, parmi tes sollicitudes maternelles, tandis que tu es toute aux petits anges, tu peux te retirer en cette solitude pour te livrer à l’Esprit Saint afin qu’Il te transforme en Dieu, qu’Il imprime en ton âme l’Image de la beauté divine, afin que le Père en se penchant sur toi ne voie plus que son Christ…
Oh, petite sœur, au Ciel je me réjouirai en voyant paraître mon Christ si beau en ton âme !… en attendant, « croyons à l’amour » avec Saint Jean (1 Jn 4,16)… et attendons dans la foi[3] ! »
Ici, comme dans tant de lettres, quelle démocratisation de la contemplation : sous la plume d’Elisabeth, elle n’est plus réservée au monde des monastères, mais offerte à toute vocation laïque en plein monde…
Deuxième affirmation : « Oh ! Tenons-nous près de Lui, en ce silence… » C’est ici l’attitude simple et contemplative qui a traversé peu à peu toute la vie d’Elisabeth : pour elle, le silence est le signe majeur de l’amour et elle vient nous poser une question majeure :
« N’avez-vous pas cette passion de l’écouter ? Parfois, c’est si fort ce besoin de se taire[4]… »
« Je vous donne rendez-vous en l’Infini de Dieu, en sa Charité : voulez-vous que ce soit le désert où, avec notre divin Epoux, nous allons vivre en une profonde solitude, puisque c’est dans cette solitude qu’Il parle au cœur[5]… »
Troisième affirmation : « Avec cet amour de la Vierge… » Elisabeth nous invite ici à entrer dans le silence d’amour de la Mère de Dieu car pour elle, « l’attitude de la Vierge durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre au-dedans, au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par Elle[6] ! »
Ainsi, Elisabeth conclut en nous invitant à la suivre : « C’est comme cela que nous passerons l’Avent ! » Nous voici donc éclairés pour réveiller et orienter notre cœur en cette fin du temps béni de l’Avent. En ce monde au bord du gouffre, il est si urgent de nous préparer à la joie unique de Noël où, à travers les bras de Marie, l’Enfant-Dieu s’offre à nous avec une tendresse qui n’est pas de ce monde…
+Marie-Mickaël
[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Cerf 1991, Lettre 250 et Lettre 183.
[2] Référence Saint Jean de la Croix dans Vive flamme d’amour 465, strophe 1, verset 3. On peut donc déduire qu’Elisabeth a prêté son livre à Guite.
[6] Elisabeth de la Trinité, Le Ciel dans la foi, 40.
Le bienheureux Marcellin Champagnat appelait Marie « notre ressource ordinaire »
Le Bienheureux Marcellin Champagnat, fondateur des Frères Maristes, avait une confiance sans borne en Marie qu’il appelait « Notre Ressource Ordinaire. » Le fait suivant le prouve.
C’était au retour d’une visite à un malade, entreprise à travers un ouragan de neige, qui avait fait disparaître tous les sentiers. Il était nuit noire, et le pauvre prêtre, accompagné d’un Frère, cheminait depuis deux heures, le visage cinglé par la bise, et la neige dans les yeux, lorsque les deux voyageurs, ayant perdu toute notion des lieux, furent contraints d’errer à l’aventure, sans autre guide que la Providence.
Après quelques minutes, le Frère est si visiblement exténué, que l’abbé Champagnat est obligé de le soutenir ; mais raidi par le froid et presque étouffé par la neige, celui-ci se sent lui-même défaillir et s’arrête : « Mon ami, dit-il, nous sommes perdus si la Sainte Vierge ne vient à notre aide. Invoquons-la, et remettons notre vie entre ses mains. »
Pendant qu’il parlait, le Frère s’était laissé choir comme une masse inerte. Alors Marcellin Champagnat s’agenouille près de lui dans la neige, et récite le « Souvenez-vous ». Il essaye ensuite de relever son compagnon, et, péniblement, ils avancent de quelques pas. Tout-à-coup une lumière apparaît dans la nuit, à une faible distance. Ils se traînent dans la direction de cette lueur, qui leur présage le salut. C’était une cabane de bûcheron ; on les y reçoit pour la nuit ; ils étaient sauvés.
Marcellin Champagnat : Prêtre Mariste, Fondateur de l’Institut des Petits-Frères de Marie (1789-1840) par Mgr Laveille, p. 363.
Propos de la Vierge Marie sur Son Immaculée Conception (A.-C.Emmerich)
« J’entends souvent la sainte Vierge raconter à des femmes qui ont sa confiance, par exemple, à Jeanne Chusa et à Suzanne de Jérusalem, divers mystères relatifs à Notre Seigneur et à elle-même, qu’elle a connus, soit par une illumination intérieure, soit par ce que lui en a dit sainte Anne. Ainsi, je l’ai souvent entendue raconter à Suzanne et à Marthe que, pendant qu’elle portait Notre seigneur dans son sein, elle n’avait jamais ressenti la moindre souffrance, mais une joie intérieure continuelle et un bonheur infini. Elle leur racontait aussi que Joachim et Anne s’étaient rencontrés sous la porte dorée à une heure dorée aussi ; qu’en ce lieu leur avait été départie cette plénitude de la grâce divine, en vertu de laquelle elle seule avait reçu l’existence dans le sein de sa mère par l’effet de la sainte obéissance et du pur amour de Dieu, sans aucun mélange d’impureté. Elle leur fit connaître aussi que, sans la chute originelle. La conception de tous les hommes aurait été également pure. »
Source:
Anne-Catherine Emmerich. Apparitions; visions; vie de la Vierge Marie, chap. XVII. La sainte Vierge parle des mystères de sa vie.
Le chapelet au cou et les armes à la main
Prêtres et fidèles du village catholique de Honai, au Vietnam, m’avaient affirmé qu’ils ne fuiraient pas devant les tankistes triomphants du régime communiste athée qui étaient à cinq kilomètres de chez eux. Femmes, enfants et vieillards de cette communauté farouche et résolue se sont rassemblés en prière dans les églises illuminées. Les hommes, formés en bataillons d’autodéfense, le chapelet autour du cou, armés de vieilles carabines, se sont faits exterminer en essayant d’interdire l’accès de leur paroisse aux blindés nord-vietnamiens.
Le père Hoang Quynh, curé de Cholon, réfugié du Nord lui aussi, m’avait dit : « Pour nous le communisme, c’est la mort. Nous avons eu au Tonkin une petite idée de ce qu’il entend réserver aux populations du Sud. Les exactions, les tortures, la prison, la foi traquée dans les villes, les campagnes, voilà son programme. Des milliers de tombes jalonnent déjà, de la frontière de Chine au delta du Mékong, la route douloureuse du catholicisme. Il y en aura des milliers d’autres autour de Saïgon, de Hué, de Dalat. C’est le prix que l’on devra payer. Nous sommes prêts. Chaque croix portera témoignage devant les hommes. »
Père J. Sigurd « Aspects de la France » le 15.05.75