Saint Jean, l’apôtre bien-aimé du Seigneur (3) : « Toi qui reposas si souvent sur sa poitrine ! »

Dans son Evangile, Saint Jean nous révèle son attitude d’intimité unique avec le Maître : elle est dévoilée au moment troublant où le Seigneur annonce de manière mystérieuse la trahison de Judas… Là, Jean se définit à travers une tendre proximité avec Jésus :

« Les disciples se regardaient les uns les autres, ne sachant de qui il parlait. Un de ses disciples, celui que Jésus aimait, se trouvait à table tout contre Jésus. Simon Pierre lui fait signe et lui dit : « Demande quel est celui dont il parle. » Se penchant alors vers la poitrine de Jésus, le disciple lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? » Jésus répond : « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper ! … » il la prend et la donne à Judas… Après la bouchée, Satan entra en lui… et aussitôt la bouchée prise, il sortit ; il faisait nuit… » (Jn 13,22-30).

On découvre d’abord dans cet Evangile que Saint Pierre reconnaissait cette proximité unique que Jean avait avec le Maître. A travers Pierre, Roc précieux de la foi choisi par Jésus (Mt 16,18), nous est révélée ensuite en Jean, si proche du Cœur de Jésus, la dimension contemplative future de l’Eglise dont la Vierge est la plénitude : sa silencieuse proximité avec Elle, déjà, durant le ministère du Seigneur, le conduira à être le seul Apôtre présent au pied de la Croix. Et c’est pourquoi si Jean est présent au début de la mission apostolique près de Pierre (Ac 4,13-22), il disparaît ensuite après les premières persécutions pour protéger et conduire la Vierge Marie à Ephèse, à l’écart…

Certes, il continuera à évangéliser… mais de manière plus contemplative, comme il le laisse entendre au début de l’Apocalypse avant de témoigner de sa vision bouleversante du Christ glorieux :

« Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans l’épreuve, la royauté et la constance, en Jésus. Je me trouvais dans l’île de Patmos, à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus. Je tombais en extase, le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix clamer, comme une trompette : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre pour l’envoyer aux sept Eglises… Je me retournais pour regarder la voix qui me parlait… et je vis comme un Fils d’homme revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or… ses yeux comme une flamme ardente… et son visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat ! A sa vue, je tombai comme mort à ses pieds… » (Ap 1,9-17).

Cet évènement constituera pour lui une étape décisive : il demeurera l’Apôtre témoin du Seigneur, mais sous une forme plus cachée, contemplative et prophétique dont témoigne son Apocalypse. Car prés de Marie, il entre alors dans le rayonnement silencieux[1] de « la Femme » enveloppée du « Soleil » (Ap 12,1). Et l’on peut affirmer que Jean n’aurait jamais écrit son « Evangile spirituel » s’il n’avait été auparavant « imprégné » par le silence contemplatif de la Vierge. Il a reçu d’Elle, au-delà des paroles, une pénétration unique du mystère de l’Incarnation : en effet, derrière la beauté contemplative de son Evangile et de ses Epîtres, se cache le regard silencieux du Cœur de Marie (Lc 2,19) … et cette profondeur mariale initiée par l’Esprit est passée dans le regard de Jean. Comme l’écrit splendidement un Père de l’Eglise :

« Il faut donc oser dire que, de toutes les Ecritures, les Evangiles sont les prémices et que, parmi les Evangiles, les prémices sont celui de Jean, dont nul ne peut saisir le sens s’il ne s’est reposé sur la poitrine du Seigneur et n’a reçu de Jésus, Marie pour Mère[2]… »

Alors, comment interpréter ce paradoxe johannique où l’Apôtre ne se nomme pas mais se définit comme « Celui que Jésus aimait » en reposant souvent sur son Cœur… (Jn 19,26-27 / Jn 20,2-10 / 21,7.20-23).

Cette expression unique nous touche en même temps qu’elle peut nous interroger ? Pourquoi l’Apôtre se définit-il si intime du Seigneur, au point de paraitre « unique » dans le Collège apostolique ? Il faut d’abord constater que dans les relations humaines, il y a déjà des nuances évidentes en nos vies entre les amis intimes et les connaissances au sens large. On remarquera aussi que si Jean ne se « nomme » pas dans sa proximité avec Jésus, c’est qu’il se veut un simple disciple… Ne sommes-nous pas là devant « un choix d’humilité » qui le fait s’effacer devant l’amour infini du Seigneur ?

Enfin, n’y-a-t-il pas aussi de sa part un enseignement secret pour nous dire que la vie « commence » vraiment quand on regarde « Celui que l’on a transpercé » (Jn19,37). On découvre alors, comme il l’a écrit, que « devant Lui, nous apaiserons notre cœur si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout ! » (1 Jn 3,20).

En conclusion, cela signifie que si « Dieu est Lumière » (1 Jn 1,5) et qu’il opère une vérité libératrice en nos vies, c’est pour nous plonger plus profondément en ce « Dieu qui est Amour ! » Car « ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui as envoyé son Fils » (1 Jn 4,10).

Ce mystère a habité très tôt dans le cœur du disciple bien-aimé et à travers les personnages de son Evangile, il veut nous ouvrir la voie vers l’Amour incompréhensible que Jésus nous porte… Souvenons-nous de son dialogue bouleversant avec la Samaritaine (Jn 4,7-47) ou la femme adultère (Jn 8,2-11)  car en vérité, il nous aime tous, chacun et chacune, d’une manière « unique » que l’on commence à découvrir en cette vie et se dévoilera en la vie éternelle !

A travers Sainte Faustine, ne nous dira-t-il pas à en tant que Christ miséricordieux :

« Je veux répandre mes grâces inconcevables sur les âmes qui ont confiance en ma miséricorde (687) … Qu’elles s’approchent de cet océan de miséricorde avec une très grande confiance : les pécheurs obtiendront justification et les justes seront affermis dans le bien (1520) … Les grâces de ma miséricorde se puisent à l’aide d’un unique moyen, et c’est la confiance. Plus la confiance est grande, plus l’âme reçoit ! » (1578)

Ainsi, la « confiance » est le secret ultime pour être sauvé et brûlé par le feu de l’infinie Miséricorde ! Elle seule peut nous plonger dans l’océan de la Miséricorde… La petite Thérèse en a fait le cœur battant de sa voie d’enfance spirituelle :

« Ce qui plaît au Bon Dieu dans ma petite âme, c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde… Voilà mon seul trésor !… Restons bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d’esprit et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d’amour… Oh ! que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens !… C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour[3]… »

 

+ Marie-Mickaël

 

[1] « La sainteté est plus décisive que le ministère épiscopal, même si celui-ci est indispensable. Il est plus important d’être saint que d’être laïc, consacré, diacre, prêtre, évêque ou pape… Malgré l’importance du ministère de Pierre, Marie est plus décisive que lui pour l’avenir de l’Eglise ! » Monseigneur Léonard, Le cœur de la foi chrétienne, Edition de l’Emmanuel, 2003, p.70.

[2] Origène, Sur l’Evangile de Jean.

[3] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, Lettre 197, Cerf-DDB 1992, p.552-553.




Jésus, j’ai confiance en toi !

« Je promets que l’âme qui honorera cette image

ne sera pas perdue… »

Jésus à Sainte Faustine, petit journal 48

 

En cette neuvaine annuelle à la Miséricorde Divine qui commence le Vendredi Saint jusqu’au premier Dimanche après Pâques, il faut surtout ne jamais oublier le cœur du Message : Nulle faiblesse, nul péché, nulle extrême fragilité n’aura jamais le dernier mot en nos vies si nous renouvelons jusqu’au bout « le saut de la confiance » en la Miséricorde ! C’est le grand combat que nous avons tous à mener où notre cœur oscille entre confiance et désespérance, paix et trouble : tel est le grand rendez-vous de nos vies…

Il faut se souvenir ici des promesses extrêmes de Jésus à Sainte Faustine qui jaillissent de son Cœur ouvert sur la Croix (Jn 19,33-35) :

« Peins un tableau selon l’image que tu vois, avec l’inscription : « Jésus, j’ai confiance en toi[1] ! » Je désire qu’on honore cette image, d’abord dans votre chapelle, puis dans le monde entier !

Je promets que l’âme qui honorera cette image ne sera pas perdue. Je lui promets aussi la victoire sur ses ennemis dés ici-bas, et spécialement à l’heure de la mort. Moi-même, je la défendrai comme ma propre gloire ! »

Petit journal, 47-48

La confiance sans limites et sans cesse renouvelée est donc au cœur de notre combat de la foi. En ce sens, Jésus miséricordieux nous ouvre à travers Sainte Faustine un horizon immense :

« Je veux répandre mes grâces inconcevables sur les âmes qui ont confiance en ma miséricorde… (687) Qu’elles s’approchent de cet océan de miséricorde avec une très grande confiance… (1520) Dis aux âmes qu’elles ne fassent pas obstacle en leur propre cœur à ma miséricorde, qui désire tant agir en elles… Ma miséricorde est à l’œuvre dans tous les cœurs qui lui ouvrent la porte : le pécheur comme le juste ont besoin de ma miséricorde. La conversion comme la persévérance est une grâce de ma miséricorde (1577) … »

La confiance en l’amour miséricordieux de Jésus doit conduire à le rencontrer à travers le mystère des sacrements de l’Eglise : Il y a donc une urgence absolue à vivre en particulier le « sacrement de la réconciliation » en confessant ses péchés au Seigneur à travers son prêtre… là s’opère « le miracle de sa miséricorde » :

« Il suffit de se jeter avec foi aux pieds de celui qui tient ma place, de lui dire sa misère et le miracle de la miséricorde divine se manifestera dans toute sa plénitude… Ô malheureux, qui ne profitez pas maintenant de ce miracle de la miséricorde divine ; en vain vous appellerez, il sera déjà trop tard ! » (1448).

En soi, il n’est jamais trop tard et Jésus, dans son infinie miséricorde, viendra nous chercher jusqu’au dernier instant de notre vie sur terre. Mais le Seigneur veut ici nous « ouvrir les yeux » sur notre mollesse qui, trop souvent, nous fait « reporter à plus tard » l’urgence de notre conversion au présent : et là, grand est le danger que « plus tard » devienne « trop tard » !

Cet éloignement dangereux s’installe sournoisement et tue peu à peu dans le cœur le feu de l’Evangile… là, l’âme s’enferme dans la dureté de l’indifférence et d’une pratique religieuse sans cœur. Là, le vrai « désir de conversion » disparaît au profit d’un intérêt démesuré pour les choses du monde ! Et cela se vérifie à la sainte Messe au moment sacré de la Communion eucharistique :

« Sache ceci, ma fille, que lorsque je viens dans la sainte Communion jusqu’au cœur des hommes, j’ai les mains pleines de toute sorte de grâces et je désire les donner aux âmes, mais les âmes ne font même pas attention à moi, elles me laissent seul et s’occupent d’autre chose. Oh ! comme cela m’attriste que les âmes n’aient pas compris l’Amour. Elles se conduisent envers moi comme envers une chose morte… » (1385).

C’est ici qu’il faut s’inspirer d’une splendide méditation du Cardinal Journet sur la réalité bouleversante de chaque Messe qui rend présent l’unique Sacrifice du Sauveur :

« A chaque fois que les paroles de la Consécration sont prononcées, l’Eglise, représentées par le prêtre et les fidèles, est rendue présente au Sacrifice sanglant : les deux mille ans qui nous séparent de la Croix sont abolis, nous sommes là comme l’étaient la Sainte Vierge et Saint Jean. Et chaque génération peut à son tour s’engouffrer dans l’Offrande éternelle du Christ, offerte pour tous les temps… »

+ Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Faustine proposa à Jésus d’intituler le tableau : « Jésus, Roi de Miséricorde ! » Mais le Christ lui répondit qu’il était bien Roi de Miséricorde, mais que ce qui blessait le plus son Cœur était « le manque de confiance envers sa bonté… car la méfiance des âmes me déchire les entrailles ! »




Le secret admirable du Très Saint Rosaire (12)- Saint Louis Marie Grignion de Montfort

9e ROSE

[30] Mais, voyons maintenant quelle injustice c’est d’empêcher le progrès de la confrérie du saint Rosaire et quels sont les châtiments dont Dieu a puni plusieurs malheureux qui ont méprisé et voulu détruire la confrérie du saint Rosaire.

Quoique la dévotion du saint Rosaire ait été autorisée du ciel par plusieurs prodiges et qu’elle soit approuvée de l’Église par plusieurs bulles des papes, il ne se trouve que trop de libertins, d’impies et d’esprits forts du temps, qui tâchent ou de décrier la confrérie du saint Rosaire, ou d’en éloigner, du moins les fidèles. Il est aisé de connaître que leurs langues sont infectées du venin de l’enfer et qu’ils sont poussés par l’esprit malin ; car nul ne peut désapprouver la dévotion du saint Rosaire, qu’il ne condamne ce qu’il y a de plus pieux dans la religion chrétienne, savoir : l’Oraison dominicale, la Salutation angélique, les mystères de la vie, de la mort et de la gloire de Jésus-Christ et de sa sainte Mère.

Ces esprits forts, qui ne peuvent souffrir qu’on dise le Rosaire, souvent tombent, sans y penser, dans le sens réprouvé des hérétiques qui ont en horreur le chapelet et le Rosaire. C’est s’éloigner de Dieu et de la vraie piété que d’abhorrer les confréries, puisque Jésus-Christ nous assure qu’il se trouve au milieu de ceux qui sont assemblés en son nom. Ce n’est pas être bon catholique que de négliger tant et de si grandes indulgences que l’Eglise accorde aux confréries. Enfin c’est être ennemi du salut des âmes, de dissuader les fidèles d’être du saint Rosaire, puisque, par ce moyen, ils quittent le parti du Péché pour embrasser la piété. Si saint Bonaventure a eu raison de dire que celui-là mourra en son péché et sera damné qui aura négligé la sainte Vierge : Qui negligerit illam morietur in peccatis suis (in psalterio suo 1), quels châtiments doivent attendre ceux qui détournent les autres de sa dévotion !

 

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Le secret admirable du Très Saint Rosaire (10)- Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

8e ROSE

[26] Il n’est pas possible d’exprimer combien la sainte Vierge estime le Rosaire sur toutes les dévotions et combien elle est magnifique à récompenser ceux qui travaillent à le prêcher, l’établir et [le] cultiver; et au contraire combien elle est terrible contre ceux qui veulent s’y opposer.

Saint Dominique n’a eu rien tant à cœur pendant sa vie que de louer la sainte Vierge, de prêcher ses grandeurs et d’animer tout le monde à l’honorer par son Rosaire. Cette puissante Reine du ciel n’a cessé aussi de répandre sur ce saint des bénédictions à pleines mains ; elle a couronné ses travaux de mille prodiges et miracles, il n’a jamais rien demandé à Dieu qu’il ne l’ait obtenu par l’intercession de la sainte Vierge ; et, pour comble de faveur, elle l’a rendu victorieux de l’hérésie des Albigeois et fait père et patriarche d’un grand ordre [1]

[27] Que dirai-je du bienheureux Alain de la Roche, réparateur de cette dévotion ? La sainte Vierge l’a honoré plusieurs fois de sa visite pour l’instruire des moyens de faire son salut, de se rendre bon prêtre, parfait religieux et imitateur de Jésus-Christ. Pendant les tentations et les persécutions horribles des démons qui le réduisaient à une extrême tristesse et presque au désespoir, elle le consolait et dissipait par sa douce présence tous ces nuages et ces ténèbres. Elle lui a enseigné la méthode de dire le Rosaire, ses excellences et ses fruits. Elle l’a favorisé de la glorieuse qualité de son nouvel époux, et pour gage de ses chastes affections, elle lui a mis une bague au doigt, un collier fait de ses cheveux au col, et lui a donné un Rosaire. L’abbé Tritème, le docte Cartagène, le savant Martin Navarre et les autres en parlent avec éloges.

Après avoir attiré à la confrérie du Rosaire plus de cent mille âmes, il mourut à Zwolle, en Flandre, le 8 septembre 1475.

[28] Le démon, jaloux des grands fruits que le bienheureux Thomas de Saint-Jean, célèbre prédicateur du saint Rosaire, faisait par cette pratique, le réduisit, par ses mauvais traitements, à une longue et fâcheuse maladie dans laquelle il fut désespéré des médecins. Une nuit qu’il croyait infailliblement mourir, le démon lui apparut sous une figure épouvantable ; mais élevant dévotement les yeux et le cœur vers une image de la sainte Vierge qui était près de son lit, il cria de toutes ses forces : « Aidez-moi, secourez-moi, ô ma très douce Mère ! »  A peine eut-il achevé ces paroles, que la sainte Vierge lui tendit la main de la sainte image, lui sera le bras en lui disant : « Ne crains point, mon fils Thomas, me voici à ton secours ; lève-toi et continue de prêcher la dévotion de mon Rosaire comme tu as commencé. Je te défendrai contre tous tes ennemis. » A ces paroles de la sainte Vierge, le démon prit la fuite. Le malade se leva en parfaite santé, et il rendit grâces à sa bonne Mère avec un torrent de larmes, et continua de prêcher le Rosaire avec un succès merveilleux.

[29] La sainte Vierge ne favorise pas seulement les prédicateurs du Rosaire, elle récompense aussi glorieusement ceux qui, par leur exemple, attirent les autres à cette dévotion. Alphonse, roi de Léon et de Galice, désirant que tous ses domestiques honorassent la sainte Vierge par le Rosaire, s’avisa, pour  les y animer  par son exemple, de porter un gros Rosaire à son côté, mais sans le réciter pourtant : ce qui obligea tous les gens de sa cour à le dire dévotement.

Le roi tomba malade à l’extrémité et lorsqu’on le croyait mort, il fut ravi en esprit au tribunal de Jésus-Christ. Il vit les diables qui l’accusaient de tous les crimes qu’il avait commis et le juge étant sur le point de le condamner aux peines éternelles, la sainte Vierge se présenta en sa faveur devant son Fils ; on apporta une balance, on mit tous les Péchés du roi dedans un bassin, et la sainte Vierge mit le gros Rosaire qu’il avait porté en son honneur et avec ceux qu’il avait fait dire par son exemple, qui pesa plus que tous ses Péchés, et puis, le regardant d’un œil favorable, elle lui dit : « J’ai obtenu de mon Fils, pour récompense du petit service que tu m’as rendu en portant le Rosaire, la prolongation de ta vie pour quelques années. Emploie-les bien, et fais pénitence. » Le roi, revenu de ce ravissement, s’écria : « 0 bienheureux Rosaire de la sainte Vierge, par lequel j’ai été délivré de la damnation éternelle. » Après qu’il eut recouvré la santé, il passa le reste de sa vie dans la dévotion du saint Rosaire et le récitait tous les jours.

Que les dévots de la sainte Vierge tâchent de gagner le plus qu’ils pourront de fidèles à la confrérie du saint Rosaire, à l’exemple de ces saints et de ce roi ; ils auront ici-bas ses bonnes grâces et la vie éternelle. Qui elucidant me vitam eternam habebunt (Ceux qui m’éclaircissent auront la vie éternelle. Si 24,31)

 

 

[1] ALAN US DE RUPE, Apologia, c. 22. Ros. « . »st., 9″ diz., ch. 8.




Le secret admirable du Très-Saint Rosaire (9) – St Louis-Marie Grignion de Montfort

7e ROSE

[24] Depuis que le bienheureux Alain de la Roche a renouvelé cette dévotion, la voix publique, qui est la voix de Dieu, lui a donné le nom de Rosaire qui signifie couronne de roses ; c’est-à-dire que toutes les fois que l’on dit comme il faut son Rosaire, on met sur la tête de Jésus et de Marie une couronne composée de cent-cinquante-trois roses blanches et de 16 roses rouges du paradis, lesquelles ne perdront jamais [ni] leur beauté ni leur éclat. La sainte Vierge a approuvé et  confirmé ce nom de Rosaire, révélant à plusieurs qu’ils lui  présentaient autant d’agréables roses qu’ils réciteront d’Ave Maria en son honneur et autant de couronnes de roses qu’ils diront de Rosaires .

[25] Le frère Alphonse Rodriguez, de la Compagnie de Jésus, récitait son Rosaire avec tant d’ardeur qu’il voyait souvent, à chaque Pater, sortir de sa bouche une rose vermeille, et à chaque Ave Maria une blanche égaIe en beauté et en bonne odeur et seulement différente de couleur.

Les chroniques de saint François racontent qu’un jeune religieux avait cette louable coutume de dire tous les jours avant son repas la couronne de la sainte Vierge. Un jour, par je ne sais quel accident, il y manqua ; le dîner étant sonné, il pria le supérieur de lui permettre de la réciter avant que d’aller à table. Avec cette permission, il se retire dans sa chambre ; mais comme il tardait trop, le supérieur envoya un religieux pour l’appeler.

Ce religieux le trouva dans sa chambre, tout éclatant d’une céleste lumière, et la sainte Vierge avec deux anges auprès de lui ; à mesure qu’il disait un Ave Maria, une belle rose sortait de sa bouche, les anges prenaient les roses l’une après l’autre et les mettaient sur la tête de la sainte Vierge qui en témoignait de l’agrément. Deux autres religieux envoyés pour voir la cause du retardement des autres virent tout ce mystère, et la sainte Vierge ne disparut point que la couronne ne fût récitée.

Le Rosaire est donc une grande couronne et le chapelet est un petit chapeau de fleurs ou petite couronne de roses célestes qu’on met sur la tête de Jésus et de Marie. La rose est la reine des fleurs, de même le Rosaire est la rose et la première des dévotions.

 

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Saint Jean, l’Apôtre bien-aimé du Seigneur ! (2)

     2 – « Tu fus saisis à jamais par le Regard du Maître… »

La première rencontre est le moment où la vie du jeune Jean va basculer…

Ici, il faut laisser résonner en nos cœurs la beauté de cet Evangile où prédomine le silence des regards et la profondeur des paroles : après avoir reçu, la veille, la Révélation de « l’Elu de Dieu » (Jn 1,34) ; Jean, le Baptiste, montre pour la première fois à ses disciples Celui que le monde attendait… et Jean, l’Apôtre naissant, découvre pour la première fois le Visage de son Maître :

« Le lendemain, Jean se tenait là, de nouveau, avec deux de ses disciples. Regardant Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu ! » Les deux disciples entendirent ses paroles et suivirent Jésus… » (Jn 1,35-37).

Nous voici arrivés à un tournant décisif de la mission de Jean-Baptiste où le Précurseur laisse place à la Lumière à travers des paroles ultimes :

« Vous m’êtes témoins que j’ai dit : « Je ne suis pas le Christ, mais je suis envoyé devant Lui. » Qui a l’épouse est l’Epoux… mais l’ami de l’Epoux qui se tient là et qui l’entend, est ravi de joie à la voix de l’Epoux ! Telle est ma joie, et elle est parfaite ! Il faut que Lui grandisse et que moi, je diminue… » (Jn 3,28-30).

Et le Baptiste conclut en nous plongeant au cœur de la Révélation : à travers la contemplation « Verbe fait chair », il nous dévoile ainsi le mystère de la Très Sainte Trinité ! Il est vraiment le plus grand des prophètes qui nous fait basculer avec une sagesse unique de l’Ancien au Nouveau Testament :

« Celui qui vient d’en Haut est au-dessus de tous… Celui qui vient du Ciel témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et son témoignage, nul ne l’accueille… En effet, Celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure… Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main. Qui croit au Fils a la vie éternelle ; qui refuse de croire ne verra pas la vie… » (Jn 3,31-36).

On comprend donc que de telles paroles étaient déjà présentes dans le regard du Baptiste lorsque « regardant Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu[1] ! » (Jn 1,36) Et ses deux disciples suivirent Jésus…

Cet évènement biblique ultime marque, non un abandon des deux disciples vis-à-vis du Baptiste, mais un « passage » de Jean et d’André vers la Lumière… Comme le remarque très justement un moine chartreux : « Puis-je dire qu’ils abandonnent Jean-Baptiste ? Ils restent plutôt avec lui dans la lumière vraie qu’il leur a montrée ; ils restent dans l’esprit de sa mission, de son témoignage… ils lui sont donc fidèles… et ils le prolongent. Le Précurseur qui demeure en avant, dans son rôle, rejoint Jésus en eux et par eux[2] ! » En ce sens, il faut se souvenir ici des paroles décisives de l’Apôtre dans son prologue, synthèse de tout son Evangile :

« Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ! Jean lui rend témoignage et il clame :

« C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi, le voici passé devant moi, parce qu’avant moi il était… »

Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu… Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, nous l’a fait connaître ! »

(Jn 1,14-18)

Ainsi, cette première rencontre va devenir la plus bouleversante de toute leur vie… Il y a véritablement un avant et un après quand le Seigneur leur fait face : « Jésus se retourna et voyant qu’ils le suivaient, leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui dirent : « Rabbi, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez et voyez ! »  Ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. C’était environ la dixième heure[3] » (Jn 1,38-39).

Quand Jésus se retourne, les deux disciples voient pour la première fois le Visage du « Verbe fait chair » … Ce premier regard de Jésus sur les deux disciples est un événement « unique » dans leur vie, et de l’ordre de « l’indicible » dans la vie de Jean : il découvre le regard du Dieu fait homme qui s’inscrit à jamais au plus profond de son être : « Jean est entré dans le Cœur de Jésus : il y a pris cette place à part qu’il a ajoutée à son nom pour le compléter et qui est presque devenu son nom propre : « Le disciple que Jésus aimait ! … » Il reposait la tête sur son Cœur, il reposait tout son être dans son amour. Il était là depuis le premier soir où il avait demandé à Notre Seigneur encore inconnu : « Où habitez-vous[4] ? »

Voici donc la première note de son chant d’amour ! Il en témoignera par le chant de toute sa vie que laissent deviner ses écrits sacrés : de la beauté de son

Evangile et de ses Epîtres à la plénitude mystérieuse de son Apocalypse qui donne le sens ultime à toute la Bible !

Nous y reviendrons, mais notons que c’est auprès du Cœur silencieux de Marie, à Ephèse, que s’achèvera la Révélation finale sur Jésus, à travers le regard de la Mère…

+M Mickaël

 

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[1] Paroles uniques reprises à la Sainte Messe quand le prêtre présente l’Hostie sacrée à l’assemblée chrétienne : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché de monde ! » (Jn 1,29)

[2] Dom Augustin Guillerand, Au seuil de l’abîme de Dieu – Elévations sur l’Evangile de St Jean, Rome 1961, p.93.

[3] C’était donc vers 4 heures de l’après-midi : Jean aime situer avec précision les moments décisifs de la Révélation.

[4] Dom Augustin Guillerand, op. cit., p.102.




Le secret admirable du Très Saint Rosaire (8) – St Louis-Marie Grignon de Montfort

6e ROSE

[22] Depuis le temps que saint Dominique a établi cette dévotion jusqu’à l’an 1460, que le bienheureux Alain  de la Roche, par l’ordre du ciel, l’a renouvelée, on l’appelle le psautier de Jésus et de la sainte Vierge, parce qu’elle contient autant de Salutations angéliques que le psautier de David contient de psaumes, et que, les simples et les ignorants ne pouvant pas réciter le psautier de David, on trouve dans la récitation du Saint Rosaire un fruit égal à celui qu’on tire de la récitation des psaumes de David et même encore un abondant : 1° Parce que le psautier angélique a un fruit plus noble, savoir : le Verbe incarné, au lieu que le psautier de David ne fait que le prédire ; 2° Comme la vérité surpasse la figure et le corps l’ombre, de même le psautier de la sainte Vierge surpasse le psautier de David qui n’en a été que l’ombre et la figure; 3° Parce que la Sainte-Trinité a immédiatement fait le psautier de la sainte Vierge ou le Rosaire composé du Pater et de l’Ave.

Voici ce que le savant Cartagène [1] rapporte sur ce sujet : Le très savant écrivain d’Aix-La-Chapelle (J. Beyssel) dit dans son livre La couronne de Rose dédié à l’empereur Maximilien : On ne peut pas soutenir que la salutation mariale soit une invention récente. Elle se répandit avec l’Eglise elle-même. En effet, aux toutes premières origines de l’Eglise, les fidèles plus instruits célébraient les louanges divines par la triple cinquantaine des Psaumes de David. Chez les simples, qui se heurtaient à plus de difficulté dans le service divin, naquit ainsi une sainte émulation… Ils pensèrent, ce qui est un fait, que dans cet éloge céleste (le Rosaire) sont inclus tous les divins secrets des Psaumes, et cela surtout parce que si les Psaumes le chantaient comme devant venir, cette formule de prière s’adressait à Lui comme étant déjà venu. C’est ainsi qu’ils commencèrent à appeler « Psautier de Marie » les trois cinquantaines de Salutations, faisant même précéder chaque dizaine de l’Oraison dominicale comme ils avaient vu faire à ceux qui récitaient les psaumes.

[23] Le psautier ou le Rosaire de la sainte Vierge est divisé en trois chapelets de cinq dizaines chacun : 1° pour honorer les trois personnes de la Sainte-Trinité ; 2° pour honorer la vie, la mort et la gloire de Jésus-Christ ; 3° pour imiter l’Église triomphante, pour aider la militante et soulager la souffrante ; 4° pour imiter les trois parties des psaumes dont la première est pour la vie purgative, la seconde pour la vie illuminative et la troisième pour la vie unitive ; 5° pour nous remplir de grâce pendant la vie, de paix à la mort et de gloire dans l’éternité.

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[1] CARTHAGENA, De Sacris Arcanis, L. 16. Hom. I ; CN, p. 156




Le secret admirable du Très Saint Rosaire (8)- St Louis-Marie Grignon de Montfort

PREMIÈRE DIZAINE

L’ excellence du saint Rosaire

dans son origine et Son nom.

(suite)

[5. ROSE]

[81] il n’y a [à] proprement parler qu’une sorte de confrérie du Rosaire composé de 150 Ave Maria ; mais par rapport à la ferveur des différentes personnes qui le pratiquent, il y en a de trois sortes, savoir : le Rosaire commun ou ordinaire, le Rosaire perpétuel et le Rosaire quotidien. La confrérie du Rosaire ordinaire n’exige qu’on le récite qu’une fois par semaine. Celle du Rosaire perpétuel qu’une fois par an, mais celle du Rosaire quotidien demande qu’on le dise tous les jours tout entier, c’est-à-dire 150 Ave Maria. Aucun de ces Rosaires n’engage à péché, pas même véniel, si on vient à y manquer, parce que cet engagement est tout à fait volontaire et de surérogation ; mais il ne faut pas s’enrôler dans la confrérie si on n’a pas la volonté déterminée à le réciter selon que la confrérie le demande autant qu’on le pourra sans manquer aux obligations de l’état. Ainsi lorsque la récitation du saint Rosaire se trouve en concurrence avec une action à laquelle l’état engage, on doit préférer cette action au Rosaire, quelque saint qu’il soit. Lorsque dans la maladie on ne peut le dire ni tout entier ni en partie, sans augmenter son mal, on [n’] y est pas obligé. Lorsque par une obéissance légitime, ou par un oubli involontaire, ou par une nécessité pressante, on [n’] a pu le dire, il n’y a aucun péché, même véniel ; on ne laisse pas de participer aux grâces et aux mérites des autres frères et sœurs du saint Rosaire qui le disent dans le monde.

Chrétien, si vous manquez même de le dire par pure négligence, sans aucun mépris formel, vous ne péchez pas aussi, absolument parlant, mais vous perdez la participation des prières et des bonnes œuvres et mérites de la confrérie, et par votre infidélité en choses petites et de surérogation, vous tomberez insensiblement dans l’infidélité aux choses grandes et d’obligation essentielle ; car : Qui spernit modica paulatim decidet [1].

 

[1] Si 19, 1 : Qui méprise les riens peu à peu s’appauvrit.

Pour lire l’introduction et consulter le plan de l’ouvrage de Grignion de Montfort, cliquer ici.




A l’écoute des Saints : Saint Jean, l’Apôtre bien-aimé du Seigneur ! (1)

« Ce qui était dès le commencement… »

1 Jn 1,1

 

Voici que nous allons approcher la beauté mystérieuse de l’Apôtre le plus contemplatif et le plus intime de Jésus, au point d’avoir reposé, si souvent, sur sa poitrine… comme pour écouter battre l’Amour du Cœur de Dieu ! (Jn 13,25).  En effet, « Saint Jean reposait sur le sein du Seigneur comme le Seigneur reposait sur le sein de son Père. Cette inoubliable formule, qu’Origène frappa au coin de son génie, proclame la splendeur de l’acte théologique : il est communion au mystère du Dieu vivant, contemplation de son Visage en Jésus-Christ[1]… »

C’est dans cette perspective que nous allons entrer ici dans la méditation des prières quotidiennes à Saint Jean Apôtre. On les retrouve dans notre « Livre de vie[2]» : là, nous est proposé pour chaque jour un texte à la fois évangélique, contemplatif et marial. Laissons résonner en nos cœurs celui du lundi :

« O Saint Jean, Apôtre bien-aimé du Seigneur, (Ap 1,9),

dès le commencement, (Jn 1,1-2 / 1 Jn 1,1-4),

tu fus saisi à jamais par le Regard du Maître… (Jn 1,35-39 / Ap 1,14)

Toi qui reposas si souvent sur sa poitrine… (Jn 13,25)

Toi qui contemplas, près de Notre Dame des larmes,

le mystère insondable de son Cœur ouvert sur la Croix… (Jn 19,25-37)

Par l’intercession de Marie, notre Mère, (Ac 1,14 / Jn 2,1-5)

aide-nous à accueillir, jour après jour,

« l’onction du Saint-Esprit » … (1 Jn 2,18-28)

Fais grandir en nous la certitude de la foi (Lc 18,8)

que « Dieu est Amour » … (1 Jn 4,7-16)

lui qui est « plus grand que notre cœur » (1 Jn 3,20)

et nous connaît en sa Miséricorde … (Jn 21,15-17)

Jean est le « bien-aimé » du Seigneur ! Apôtre particulièrement contemplatif, il laisse deviner son intimité la plus continuelle possible avec ce Dieu qui lui a révélé son Visage et son Cœur… et à travers une mission plus effacée qu’un Pierre ou un Paul, il est cependant un des visages éminent du Collège des douze : « Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru : Dieu est Amour ! » (1 Jn 4,16). Tel est le regard de foi d’une Eglise qui se découvre aimée… Tout part d’une puissance baptismale cachée dans le cœur face à « l’esprit de l’Antichrist » (1 Jn 4,3) : « Vous, petits enfants, vous êtes de Dieu et vous les avez vaincus. Car Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde ! » (1 Jn 4,4).

  1. « Dès le commencement… »

L’Evangile rapporte deux approches johanniques du « commencement » :

Le premier commencement est historique. Il se dévoile à la première rencontre avec Jésus après le regard et la parole mystérieuse de Jean-Baptiste qui n’a pas échappé à l’Apôtre : « Regardant Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu ! » (Jn 1,29). A cet instant, la vie de Jean va « basculer » à jamais avec celle d’André, le frère de Simon-Pierre : « Les deux disciples entendirent ses paroles et suivirent Jésus… et ils demeurèrent auprès de Lui ce jour-là. » (Jn 1,37-39). C’est cette première rencontre Unique que décrit Jean avec bouleversement au prologue de sa première Epître : un véritable credo que l’on peut répéter inlassablement en entrant peu à peu dans le regard contemplatif de l’Apôtre bien-aimé…

« Ce qui était dès le commencement,

ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux,

ce que nous avons contemplé,

ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ;

car la Vie s’est manifestée…

Nous l’avons vue, nous en rendons témoignage

et nous vous annonçons cette Vie éternelle,

qui était tournée vers la Père et qui nous est apparue… »

(1 Jn 1,1-2)

L’autre commencement de Jean nous projette dans l’éternité au cœur de l’origine de tout. On entre là dans une contemplation unique de la foi qui invite au silence, à la profondeur… car l’Apôtre n’aurait jamais pu écrire de telles lignes sacrées s’il n’avait découvert en Jésus, « le Verbe fait chair » (Jn 1,14), le seul Seigneur et Médiateur entre Dieu et les hommes : « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé ! » (Jn 1,18). Et c’est de là que Jean se situe pour nous révéler le mystère de la vie de Dieu :

 

« Au commencement était le Verbe

et le Verbe était tourné vers Dieu

et le Verbe était Dieu.

Il était au commencement tourné vers Dieu ! »

(Jn 1,1-2)

Quand on fait référence « au commencement », on pourrait choisir ici de préférer « au Principe » car en fait, « il n’y a pas de commencement… Nous sommes ici à l’origine, à la Source, de toute éternité jaillissante, en deçà de tout commencement, c’est-à-dire de toute création dans le temps[3] » comme l’indique Saint Jean juste après[4]. Nous sommes ici face au mystère éternel tel que l’indiquait déjà le Siracide dans l’éloge de la Sagesse (Si 24,1-9) ou le Livre des Proverbes de Salomon :

« Dès l’éternité, je fus établie,

dés le principe, avant l’origine de la terre…

Avant que fussent implantées les montagnes,

avant les collines, je fus enfantée ;

avant qu’il eût fait la terre

et les premiers éléments du monde.

Quand il affermit les cieux, j’étais là…

J’étais à ses côtés comme le maître d’œuvre,

je faisais ses délices, jour après jour,

m’ébattant tout le temps en sa présence… »

(Pr 8,23-30)

C’est en ce sens qu’un Père de l’Eglise affirme : « Avant le principe, il n’y a rien. Il n’existe pas de commencement du Principe. Si donc le Fils était au principe, on doit conclure qu’Il n’a pas commencé d’exister dans le temps, mais qu’Il EST de toute éternité avec le Père. C’est pourquoi Isaïe a dit : « Sa génération, qui la racontera ? Sa vie échappe à la terre[5] » (Is 53,8).

 

+ Marie-Mickaël

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Notes :

[1] Marie-Joseph Le Guillou, o.p. Préface du livre d’André Feuillet, Le Prologue du quatrième Evangile, DDB 1968, p. 7.

[2] Livre de vie pour les derniers temps, Communion de Refuges du Cœur Immaculé de Marie, Coollibri 2023, p.148 à 151. On peut télécharger l’ensemble du « Livre de vie » sur https.//refugedemarie.fr

[3] Bible Chrétienne, II Commentaires, p.6, Editions Anne Sigier,1988, p.6.

[4] « Tout fut par Lui, et sans Lui rien ne fut ! Ce qui fut en Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes !» (Jn 1,3-4).

[5] Saint Cyrille d’Alexandrie, Sur Jean 1,1 / Patrologie grecque 73,25.




Le secret admirable du Très Saint Rosaire (7) – St Louis-Marie Grignion de Montfort

PREMIÈRE DIZAINE

L’ excellence du saint Rosaire

dans son origine et Son nom.

(suite)

4e ROSE

[18] Comme toutes choses, même les plus saintes, quand particulièrement elles dépendent de la volonté des hommes, sont sujettes aux changements, il ne faut pas s’étonner si la confrérie du saint Rosaire n’a subsisté en sa première ferveur qu’environ cent ans, après son institution ; ainsi, elle a été presque ensevelie dans l’oubli. Outre que la malice et l’envie du démon a sans doute beaucoup contribué à faire négliger le saint Rosaire pour arrêter le cours des grâces de Dieu que cette dévotion attirait au monde. En effet, la justice divine affligea tous les royaumes de l’Europe l’an 1349 de la plus terrible peste que l’on ait jamais vue, laquelle, du levant, se répandit dans l’Italie, l’Allemagne, la France, la Pologne, la Hongrie, et de là presque toutes ces terres, furent dévastées, car de cent hommes à peine en restait-il un en vie ; les villes, les bourgs, les villages et les monastères furent presque entièrement désertés pendant trois ans que dura cette contagion. Et ce fléau de Dieu fut suivi de deux autres : de l’hérésie des Flagellants et d’un malheureux schisme en 1376.

[19] Après que, par la miséricorde de Dieu, ces misères eurent cessé, la sainte Vierge ordonna au bienheureux Alain de la Roche, célèbre docteur et fameux prédicateur de l’Ordre de saint Dominique du couvent de Dinan en Bretagne, de renouveler l’ancienne confrérie du saint Rosaire, afin que, comme cette célèbre confrérie avait pris naissance en cette province, un religieux de la même province eut l’honneur de la rétablir. Ce bienheureux Père commença à travailler à ce grand ouvrage l’an 1460, après particulièrement que Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme il rapporte de lui-même. Lui ayant dit un jour dans la sainte Hostie, lorsqu’il célébrait la sainte Messe, afin de le déterminer à prêcher le saint Rosaire : « Quoi donc, lui dit Jésus-Christ, tu me crucifies encore derechef ! – Comment, Seigneur ? Répondit le bienheureux Alain tout épouvanté. – Ce sont tes péchés qui me crucifient. lui répondit J.-C ,  et j’aimerais mieux être crucifié encore une fois que de voir mon Père offensé par les péchés que tu as autrefois commis. Et tu me crucifies encore à présent, parce que tu as la science et ce qui est nécessaire pour prêcher le Rosaire de ma Mère et par ce moyen instruire et retirer plusieurs âmes du péché ; tu les sauverais et tu empêcherais de grands maux ; et ne le faisant pas, tu es coupable des péchés qu’ils commettent. » Ces terribles reproches firent résoudre le bienheureux Alain de prêcher incessamment le Rosaire.

 [60] La Sainte Vierge lui dit aussi un jour, pour l’animer de plus en plus à prêcher le saint Rosaire : «  Tu as été un grand pécheur en ta jeunesse mais j’ai obtenu de mon fils ta conversion, j’ai prié pour toi et j’ai désiré, s’il eût été possible toutes sortes de peines pour te sauver parce que les pécheurs convertis sont ma gloire, et pour te rendre digne de prêcher partout mon Rosaire. » Saint Dominique, lui découvrant les grands fruits qu’il avait faits parmi les peuples par cette belle dévotion qu’il leur prêchait continuellement, lui dit : « Voyez le fruit que j’ai fait par la prédication du saint Rosaire ; faites-en de même, vous et tous les autres qui aimez la sainte Vierge, afin que vous attiriez par ce saint exercice du Rosaire, tous les peuples à la véritable science des vertus. »

Voilà en abrégé ce que l’histoire nous apprend de l’établissement du saint Rosaire par saint Dominique et de sa rénovation par le bienheureux Alain de la Roche.

partout.

 

Pour lire l’introduction et consulter le plan de l’ouvrage de Grignion de Montfort, cliquer ici.

Illustration : Bienheureux Alain de la Roche.

Notes : Né dans les Côtes d’Armor, le Bx Alain (1428-1475) fut un grand prédicateur dominicain. Il parcourut la France, l’Allemagne, les Pays Bas pour développer la dévotion du chapelet et fonder des confréries du Rosaire. C’est lui qui coordonne le chapelet et l’enrichit en y ajoutant les méditations de la vie de Jésus et de Marie. Il l’appelle le rosaire parce qu’il ressemble à un bouquet de roses qu’on dépose aux pieds de la Vierge. Il est fêté le 9 septembre.