La victoire secrète du Rosaire

« Quand comprendrez-vous que Marie, en vous demandant

de prier le Rosaire, vous donne la clé de la Victoire ?…

C’est la victoire de l’humilité sur l’orgueil !

C’est la victoire du Rosaire sur Satan[1]… »

 

En ces temps de la fin qui vont s’ouvrir sur la victoire de la tendresse, nous ne devons surtout pas oublier la promesse de la Sainte Vierge à Fatima : « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! » Nous ne sommes pas encore « à la fin », mais les signes des temps nous montrent que nous sommes entrés dans la phase finale… et un des signes les plus beaux n’est-il pas ces venues si nombreuses de notre Mère du Ciel ?

Dans son inlassable tendresse, elle ne cesse de venir nous visiter, nous avertir, nous protéger ? Qui comprendra les « cris » de son éternel amour maternel qui ne cesse de frapper à la porte de nos cœurs ? Et, dans l’urgence de ce temps, elle vient nous demander avec insistance la fidélité quotidienne au chapelet, mieux : au Rosaire ! Si nous savions la puissance de cette prière si évangélique pour notre conversion et celle du monde, nous commencerions dés aujourd’hui à prier avec notre chapelet ! Lors d’une mission aux Etats-Unis, la Vierge Marie parlait à l’un de ses apôtres d’une « arme sûre et invincible » :

« Avec la prière, vous pouvez toujours arracher à l’Ennemi le terrain qu’il a conquis ; vous pouvez surtout « libérer » un nombre immense d’âmes que Satan a réussi à faire prisonnière… La prière a une force puissante et suscite des réactions en chaîne bénéfiques qui sont plus forte que les réactions atomiques !

La prière que je préfère est le Saint Rosaire ! C’est pourquoi dans mes nombreuses Apparitions, je vous invite toujours à le réciter… car je me joins à ceux qui le disent, je le demande à tous avec anxiété et sollicitude maternelle[2] ! »

Alors, maintenant que nous savons l’urgence de notre temps, prenons notre chapelet dans les mains et prions-le avec toute la ferveur de notre cœur ! Saint Jean-Paul II, dans sa si belle lettre sur le Rosaire[3], citait « la Supplique à Notre Dame du Rosaire » du Bienheureux Bartolo Longo [4] :

« Ô Rosaire béni de Marie, douce Chaîne qui nous relie à Dieu, lien d’amour qui nous unit aux Anges, tour de salut face aux assauts de l’Enfer, havre de sécurité dans le naufrage général, nous ne te lâcherons jamais plus !… »

Il sait d’où l’a tiré la tendresse de la Mère : « J’étais un prêtre de Satan, perdu dans les ténèbres, mais Marie m’a tiré de l’abîme ! »

Et puis un jour, il recevra sa mission par une voix intérieure : « Si tu cherches le salut, répand le Rosaire… Celui qui répand le Rosaire est sauvé ! »

                                                                                                                        +Marie-Mickaël

 

[1] Le Rosaire, l’arme pour sauver la France et le monde, Messages de Jésus à Maryam, p. 23, Parvis, 2018.

[2] La Vierge Marie au Père Don Stéfano Gobbi lors d’une mission en Floride, 7 octobre 1983, Fête de Notre Dame du Rosaire.

[3] Lettre apostolique sur le « Rosaire de la Vierge Marie »,  Rosarium Virginis Mariae, 16 octobre 2002.

[4] Béatifié par Saint Jean-Paul II le 26 octobre 1980,  il le proclama « véritable Apôtre du Rosaire ! » Canonisé le 19 octobre 2025 par le Pape Léon XIV, il a vécu une conversion unique  dans l’histoire de l’Eglise !




L’Ange Gardien : Signe incessant de l’indicible tendresse de Dieu !

« L’Ange Gardien est toujours à nos côtés pour nous porter au bien

et nous défendre contre les mauvais anges qui, sans cesse,

rôdent autour de nous pour nous porter au mal ! »

Saint curé d’Ars

 

Telle est la « réalité » cachée du grand combat de notre foi au quotidien ! Et pour nous protéger, nous fortifier et nous inspirer, nous avons tous reçu de Dieu un « Ami céleste » qui veille sur nous 24 h sur 24 : de notre naissance jusqu’à notre départ de ce monde… N’est-ce pas là un signe aussi « réel » qu’invisible de la folle tendresse de Dieu ? Saint Bernard de Clairvaux s’en émerveille et nous invite à le contempler et l’écouter :

« Respectez votre bon Ange car il est présent tout près de vous : non seulement il est avec vous, mais il est là pour vous ! Il cherche à vous protéger et à vous être utile. Avec un Ange auprès de vous, que pourriez-vous craindre ? Votre Ange ne peut se laisser vaincre ni tromper ! Il est fidèle, il est prudent, il est puissant : pourquoi donc avoir peur ? »

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique confirme combien l’existence des Anges, et spécialement de l’Ange Gardien, est une « vérité de foi » que nous ne devons pas prendre à la légère, mais vivre avec cette conviction fondée sur la Vérité de la Parole de Dieu :

« Toute la vie de l’Eglise bénéficie de l’aide mystérieuse et puissante des Anges[1]… et dans sa liturgie, l’Eglise se joint aux anges pour adorer le Dieu trois fois saint… elle fête plus particulièrement la mémoire de certains Anges : Saint Michel, Saint Gabriel, Saint Raphaël[2] et les Anges gardiens[3] ».

« Du début de l’existence (Mt 18,10) au trépas (Lc 16,22), la vie humaine est entourée de leur garde (Ps 91,10-13) et de leur intercession (Jb 33,23-24) : « Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie[4] ! »

Et il est si urgent ici de repasser en nos cœurs la Parole révélatrice du Seigneur sur les « petits » que nous sommes protégés par les Anges :

« Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car je vous le dis : leurs Anges voient sans cesse la Face de mon Père qui est dans les Cieux ! » (Mt 18,10)

Il est donc plus qu’urgent de découvrir toujours mieux cet Ami céleste si proche et si bienveillant qui « voit Dieu »… tout en étendant sur nous ses « ailes » qui expriment son incessant regard vigilant pour nous protéger  face aux anges des ténèbres qui veulent nous perdre à jamais…

Tel est le grand combat « caché » de nos vies ! Les Saints y font tant de fois référence. Ils veulent nous ouvrir à une douce et forte intimité avec cet Ami si proche et si « unique » !  Le Saint Padre Pio était saisi d’admiration de sa constante présence :

« Quelle consolation de savoir que, près de nous, se trouve un Esprit qui, du berceau à la tombe, ne nous quitte jamais un instant… pas même lorsque nous osons pécher ! Cet Esprit céleste nous guide, nous protège comme un ami, comme un frère… cet Ange prie incessamment pour nous et offre à Dieu nos bonnes œuvres… »

Alors, en cette fête des Anges gardiens du 2 octobre, il est urgent de raviver notre prière et notre relation à notre « bon Ange »… et de prendre la sainte résolution de le prier « tous les jours » pour écouter ses inspirations et s’appuyer constamment sur sa protection ! En ce sens, je propose ces deux courtes prières :

 

Prière du matin à l’Ange gardien :

Ange de Dieu, Toi mon Gardien ! Veille sur moi aujourd’hui :

Le matin, le jour, le soir, la nuit…

A tout instant, sois mon soutien, ma lumière et ma force !

Protège-moi des tentations de l’Ennemi…

Et guide-moi vers la joie de la Patrie Céleste !

 

Prière du soir à l’Ange Gardien :

Ange de Dieu, Toi mon Gardien !

La nuit vient… et Veille sur mon âme et sur mon corps !

Protège-moi des tentations de l’Ennemi…

Et garde-moi tout abandonné sur le Cœur Immaculé de Marie…

Je te remercie de m’avoir « gardé » pendant ce jour,

et durant mon sommeil,

Offre à la Sainte Trinité tous les battements de mon cœur !

 

+Marie-Mickaël

 

[1]Catéchisme de l’Eglise catholique 334.

[2]Le 29 septembre.

[3] Le 2 octobre. Catéchisme de l’Eglise catholique 336.

[4] Saint Basile, Eun. 3,1.




Les saints du Carmel : Sainte Elisabeth de la Trinité – 4. O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude…

         O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs ! »

Elisabeth est déjà vraiment sur terre une « louange de gloire », mais cette « étreinte d’infini » s’opèrera « dans cette lumière de foi qui fait les Saints ! » (Lettre 199). Il faut donc « que l’âme soit toute éveillée dans sa foi[1]…», car  réaliste et mature, elle n’oublie pas qu’ici bas : « la foi, c’est le face à face dans les ténèbres… » (Lettre 193) Tel est le réalisme évangélique de sa mission, et elle le chante avec tout l’amour de son cœur : « Voici la foi, la belle lumière de foi qui m’apparaît. C’est elle seule qui doit m’éclairer pour aller au-devant de l’Epoux[2] ! » Elle vivra donc sans cesse de cette « foi qui regarde et qui prie sans cesse[3]… »

Vraie carmélite, Elisabeth en tire toutes les conséquences contemplatives : « Croyons à l’amour » avec Saint Jean ( 1 Jn 4,16) et, puisque nous le possédons en nous, qu’importent les nuits qui peuvent obscurcir notre ciel ! » (Lettre 239). Elle s’appuiera souvent sur Saint Jean de la Croix, le Docteur des nuits et de la Vive Flamme d’amour, qui nous donne, parmi tant d’autres, ces conseils fondamentaux sur le chemin vers la vraie sainteté :

« Pourquoi diffères-tu ? Pourquoi attends-tu ? Puisque tu peux dés à présent aimer Dieu en ton cœur… Je ne te connaissais pas, Toi, mon Seigneur, parce que je voulais encore savoir et goûter les choses !… car le Père n’a dit qu’une Parole : son Fils, et dans un silence éternel Il la dit toujours : l’âme aussi doit l’écouter en silence[4]… » (Jn 1,18).

Aussi, Elisabeth nous donne ce conseil libérateur où la nuit des sens ouvre au pur amour : « Ne tenez pas compte si vous êtes enflammée ou découragée ; c’est la loi de l’exil de passer ainsi d’un état à l’autre. Croyez que Lui, Il ne change jamais… » (Lettre 249). « C’est si bon la foi, c’est le Ciel dans les ténèbres, mais un jour le voile tombera et nous contemplerons en sa lumière Celui que nous aimons ! » (Lettre 162). Et comme elle le rappelle à sa chère Françoise de Sourdon : « C’est le baptême qui t’a faite enfant d’adoption[5], qui t’a marquée du sceau de la Trinité Sainte !… Il faut donc prendre conscience que Dieu est au plus intime de nous et aller à tout avec Lui ; alors on n’est jamais banal, même en faisant les actions les plus ordinaires[6]… »

Voici donc la vraie transfiguration du réel de chaque jour : cette foi qui est encore pour nous un trésor inconnu car « c’est si simple cette intimité avec Dieu ; cela repose plutôt que de fatiguer… (Lettre 301), Je le sens si vivant en mon âme, je n’ai qu’à me recueillir pour le trouver au-dedans de moi, et c’est cela qui fait tout mon bonheur… Il a mis en mon cœur une soif d’infini et un si grand besoin d’aimer que Lui seul peur rassasier : alors je vais à Lui… Il me semble qu’il faut être si simple avec le bon Dieu ! » (Lettre 169).

En cette dernière partie de sa prière, Elisabeth nous entraîne dans le désert divin qu’elle contemple et qui l’emporte : « O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds ! » écrit-elle avec ce sens de Dieu remarquable que lui donne l’Esprit qui  l’emporte « au plus profond d’elle-même… au fond de l’abîme où se produit le choc divin[7] ! » Désormais, elle est « l’heureuse ermite s’ensevelissant dans son désert… » (Lettre 219) N’en avait-elle pas rêvée lors de son passage à la Grande-Chartreuse : « Si vous saviez comme cette route du Désert est belle, comme ces montagnes sont vertes et boisées… C’est la solitude la plus profonde dont on puisse rêver… » (Lettre 18).

Comme l’a prêché magnifiquement le Cardinal Ratzinger à Saint Jean-Paul II, durant une retraite au Vatican : « Le désert est le lieu du silence et de la solitude… On y fuit le bruit et la superficialité. Le désert est le lieu de l’absolu, le lieu de la liberté, où l’homme se trouve affronté à ses ultimes requêtes. Ce n’est pas par hasard que le désert est le lieu de la naissance du monothéisme. En ce sens, c’est le domaine de la grâce. Vidé de ses préoccupations, l’homme y rencontre son Créateur !

Les grandes choses commencent dans le désert, dans le silence, dans la pauvreté. Nous ne saurions participer à la mission de l’Evangile, sans entrer dans cette expérience du désert, de son dénuement, de sa faim… Et n’oublions pas que le désert de Jésus ne s’achève pas avec les quarante jours qui ont suivi son baptême. Son dernier, son ultime désert sera celui qu’exprime le Psaume 21 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est de ce désert que jailliront les eaux de la vie du monde[8]… »

Notre si chère Elisabeth confirme pleinement ce sens « ultime » du désert. N’écrivait-elle pas à Guite, sa sœur tant aimée : « Petite sœur, écho de mon âme… ce soir en t’écrivant mon âme déborde car je sens « le trop grand amour » de mon Maître (Ep 2,4)… Je suis la petite recluse du bon Dieu, et quand je rentre en ma chère cellule… une joie divine s’empare de moi ; j’aime tant la solitude avec Lui seul, et je mène une petite vie d’ermite vraiment délicieuse… c’est si mystérieux, si silencieux, cette petite cellule avec ses murs blancs sur lesquels ressort une Croix de bois noir sans Christ : c’est la mienne, celle où je dois m’immoler à tout instant pour être conforme à mon Epoux crucifié… » (Lettre 298).

Elisabeth est par-dessus tout une femme consacrée « heureuse » et, en notre époque si lourde, son bonheur nous fait tant de bien et nous apporte tant de paix… car, dans sa vie si simple et si lumineuse, est manifestée une « plénitude de sens » où se révèle sans cesse une  mystérieuse Présence :

« Je sens que tous les trésors renfermés dans l’âme du Christ sont à moi, aussi je me sens riche, et avec quel bonheur je viens puiser à cette source pour tous ceux que j’aime…

Je ne trouve pas d’expression pour dire mon bonheur, chaque jour je l’apprécie davantage.

Ici, il n’y a que Lui, Il est Tout, Il suffit et c’est de Lui seul qu’on vit. On le trouve partout, à la lessive comme à l’oraison ! J’aime entre toutes les heures le grand silence… Représentez-vous votre Elisabeth dans sa petite cellule qui lui est si chère : c’est notre sanctuaire, rien que pour Lui… » (Lettre 91).

Et pour découvrir Jésus en plénitude, c’est vers Marie qu’elle nous tourne : « Nul n’a pénétré le mystère du Christ en sa profondeur, si ce n’est la Vierge… car « le secret qu’elle portait dans son Cœur » (Lc 2,19), nulle langue n’a pu le révéler, nulle plume n’a pu le traduire[9]!… »

  +Marie-Mickaël

 

[1] Dernière retraite, 25.

[2] Dernière retraite, 10.

[3] Note intime 14.

[4] Maximes spirituelles, 41-49-147.

[5] Romains 6,1-4 et 8,29.

[6] Grandeur de notre vocation 8 et 9.

[7] Note intime 17.

[8] Cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, Retraite prêchée au Vatican, 1983.

[9] Dernière retraite 2.




Les saints du Carmel : Sainte Elisabeth de la Trinité – 3. O Feu consumant, Esprit d’amour !

        O Feu consumant, Esprit d’amour, « survenez en moi », afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère !

         Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances… »

En cette troisième partie plus concise, Elisabeth nous ouvre « la porte trinitaire » de notre foi : la Révélation s’est faite dans la venue du Fils qui nous tourne vers Père à travers le don de l’Esprit ! Dans une lettre splendide à un prêtre qui l’éclaire sur le mystère de son nom, Elisabeth se dévoile « être » pour toujours « de la Trinité » :

« Ce que vous me dites sur mon nom me fait du bien ; je l’aime tant, il me dit toute ma vocation ; en y pensant, mon âme est emportée sous la grande vision du Mystère des mystères, en cette Trinité qui dés ici bas est notre cloître, notre demeure, l’Infini en lequel nous pouvons nous mouvoir à travers tout… dire que le bon Dieu nous appelle de par notre vocation à vivre sous ces clartés saintes ! Quel mystère adorable de charité !

Je voudrais y répondre en passant sur la terre comme la Sainte Vierge, « gardant toutes ces choses en mon cœur » (Lc 2,19 et 51), m’ensevelissant pour ainsi dire dans le fond de mon âme afin de me perdre en la Trinité qui y demeure, pour me transformer en elle. Alors ma devise, « mon idéal lumineux » comme vous me dites, seront réalisés, ce sera bien Elisabeth de la Trinité [1]!… »

Comment ne pas signaler ici la proximité de la spiritualité trinitaire de la jeune carmélite avec celle de l’Orient chrétien et de l’orthodoxie où « prière et théologie sont inséparables… car la théologie véritable est adoration de l’intelligence. Elle élucide le mouvement de la prière, mais seule la prière peut lui donner la ferveur de l’Esprit. La théologie est lumière, la prière feu ! Leur union exprime celle de l’intelligence et du cœur. Mais c’est l’intelligence qui doit « reposer » dans le cœur, et la théologie se dépasser dans l’amour[2]… » et comme l’écrit magnifiquement Evagre le Pontique :

« Si tu es théologien, tu prieras vraiment, et si tu pries vraiment, tu es théologien[3] ! »

Remarquons enfin la remarquable proximité spirituelle d’Elisabeth avec un Saint Séraphim de Sarov qui proclamait : « Acquiers l’Esprit-Saint, et avec lui la paix intérieure, et des milliers, autour de toi, trouveront le salut ! » Et plus près de nous encore le Saint Starets Silouane qui nous prévient sur la dangerosité de notre époque : « Le monde subsiste grâce à la prière, mais quand la prière faiblira, alors le monde périra ! » Grâce à des Saints, inconnus du monde, le cours des évènements historiques et même cosmiques se trouve modifié… Les Saints sont le sel de la terre ; ils sont sa raison d’être… Ils sont ce fruit grâce auquel la terre est sauvegardée[4]… »

Elisabeth est si précieuse pour le monde actuel qui dépersonnalise les êtres originaux que nous sommes… car la plupart aujourd’hui veulent ressembler à leurs idoles et en deviennent des « photocopies », alors que chacun est né unique ! Il faut ici encore « écouter » la jeune carmélite qui pressentait l’avancée de ce monde sans Dieu et dont la séduction peut enfermer une vie dans l’éphémère.

En ce sens, elle a été inspirée d’écrire pour Françoise de Sourdon, âgée de 19 ans, un traité spirituel sur « la grandeur de notre vocation ». Elle avait pour cette jeune fille encore immature une amitié profonde en l’appelant « ma Framboise ». De fait, elle se reconnaissait en celle qui avait, comme elle, une nature explosive ! Mais Elisabeth carmélite a dépassé désormais ces états infantiles et elle entraîne son amie vers la liberté intérieure de la maturité chrétienne. En « répondant à ses questions », elle déploie des intuitions remarquables qui sont encore plus prophétiques pour notre combat d’aujourd’hui et elle chuchote à notre cœur le chemin vers la vraie liberté. Alors, à travers quelques extraits, écoutons-là ! Elle s’adresse aussi à nous qui cherchons sur ses traces « le secret du bonheur » :

« Voici enfin Sabeth qui vient s’installer avec son crayon près de sa Framboise chérie ! Je dis avec son crayon, car de cœur à cœur l’installation est faite depuis longtemps… Il me semble que je suis penchée sur toi comme une mère sur l’enfant de sa prédilection : je lève les yeux, je regarde Dieu, puis je les rabaisse sur toi, t’exposant aux rayons de son Amour ! Framboise, je ne Lui dis pas de paroles pour toi… Il préfère mon silence…

Mais je veux répondre à tes questions… Il me semble que l’âme qui a conscience de sa grandeur entre en cette « sainte liberté des enfants de Dieu » dont parle l’Apôtre (Ro 8,21), c’est-à-dire qu’elle dépasse toutes choses et se dépasse elle-même… le secret du bonheur, c’est de ne plus tenir compte de soi, de se nier tout le temps. Voilà une bonne façon de faire mourir l’orgueil : on le prend par la famine !…

Une âme qui vivrait dans la foi sous le regard de Dieu, qui aurait cet « œil simple » dont parle le Christ dans l’Evangile (Mt 6,22), c’est-à-dire cette pureté « d’intention » qui ne vise qu’à Dieu, cette âme-là vivrait dans l’humilité car « l’humilité c’est la vérité[5] !… » Elle rapporte tout à Dieu, comme faisait la Sainte Vierge… et il ne faut pas te décourager, car c’est encore l’orgueil qui s’irrite, mais tu dois « étaler ta misère » comme Madeleine aux pieds du Maître… Dieu étreint ce néant !

Mon enfant chérie, ce n’est pas de l’orgueil de penser que tu ne veux pas de la vie facile ; je crois vraiment que Dieu veut que ta vie s’écoule dans une sphère où l’on respire l’air divin. Oh ! Vois-tu, j’ai une compassion profonde pour les âmes qui ne vivent pas plus haut que la terre et ses banalités ; je pense qu’elles sont esclaves et je voudrais leur dire : secouez ce joug qui pèse sur vous ; que faites-vous avec ces liens qui vous enchaînent à vous-mêmes et à des choses moindres que vous-mêmes ?…

Oui, petite enfant de mon âme et de mon cœur, marche en Jésus-Christ : il te faut cette voie large, tu n’es pas faite pour les sentiers étroits d’ici bas !… Sois affermie en la foi, c’est-à-dire n’agis que sous la grande lumière de Dieu, jamais d’après tes impressions, l’imagination. Crois qu’Il t’aime, qu’Il veut t’aider Lui-même dans les luttes que tu as à soutenir. Crois à son amour, son trop grand amour (Ep 2,4)… C’est si beau la vérité, la vérité de l’amour : « Il m’a aimé, Il s’est livré pour moi » (Ga 2,20), voilà petite enfant, ce que c’est qu’être vrai ! »

                                                                               +Marie-Mickaël

 

[1] Lettre 185, à l’abbé Chevignard.

[2] Olivier Clément, Sources – Les mystiques chrétiens des origines, Stock 1982, p.167.

[3] Evagre le Pontique, De la prière, 61 – Philocalie I, 182.

[4] Archimandrite Sophrony, Staretz Silouane – Moine du Mont Athos, Editions Présence 1989, p.216.

[5] Sainte Thérèse d’Avila, Le Château  intérieur, VI, 10.




Les saints du Carmel : Sainte Elisabeth de la Trinité – 2. O mon Christ aimé, crucifié par amour ! 

       « O mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous-même », d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit plus qu’un rayonnement de votre Vie !

        Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur. O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire toute enseignable, afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière… Ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement… »

Dans cette seconde partie, Elisabeth nous plonge dans sa contemplation unique du Verbe éternel devenu notre Sauveur ! C’est véritablement le « chant nuptial » de l’Epouse qui jaillit ici où se déploie une remarquable théologie spirituelle : à travers son regard enflammé, les élans, les limites et la fascination de son cœur se dévoilent…

Ecoutons d’abord les élans irrésistibles de son amour fou pour Jésus :

« Ô mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir ! »

Comme tous les Saints, Elisabeth a rencontré Dieu en profondeur au pied de la Croix. N’écrivait-elle pas à sa mère : « Le signe que nous reconnaissons que Dieu est en nous et que son amour nous possède, c’est de recevoir non seulement avec patience mais avec reconnaissance ce qui nous blesse et nous fait souffrir. Pour en venir là, il faut contempler le Dieu crucifié par amour, et cette contemplation, si elle est vraie, aboutit infailliblement à l’amour de la souffrance…

Reçois à la lumière qui jaillit de la Croix toute épreuve, toute contrariété… c’est comme cela que l’on plaît à Dieu, que l’on avance dans les voies de l’amour !… Je ne peux pas dire que j’aime la souffrance en elle-même, mais je sens qu’elle me rend conforme à Celui qui est mon Epoux et mon Amour. Oh, vois-tu, cela met dans l’âme une paix si douce, une joie si profonde[1]… »

On est confronté ici à cette « folie des Saints » dans leur amour de la Croix et cela scandalise le monde… et même une majorité de chrétiens qui vivent dans leur tiédeur ! Pourtant, Seule la parole des Saints est crédible et nous donne cette sublime Sagesse inspirée par l’Esprit de Dieu :

« La Croix, c’est le bois qui nous élève et nous rend grands[2] ! »

« La Croix n’est pas la fin de l’histoire ; c’est le début de la victoire[3] ! »

Mais dans son amour enflammé pour le Christ, notre si chère Elisabeth reste à la fois très réaliste et pleine d’espérance sur le sens à donner à sa « faiblesse » :

« Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous-même », d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit plus qu’un rayonnement de votre Vie ! »

Elle a donc vécue ses limites à l’école de la petite et si grande Thérèse de Lisieux : « C’est si bon d’être le petit enfant du bon Dieu, de se laisser porter par Lui tout le temps, de se reposer en son Amour ! Demandons cette grâce de simplicité et d’abandon à Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus[4]… C’est si simple, cette intimité avec Dieu ; cela repose plutôt que de fatiguer… comme une enfant se repose sous le regard de sa mère[5] ! »

Ainsi, du creux de sa petitesse, Elisabeth n’attend sa transformation que de l’Œuvre de Dieu pour que « sa vie ne soit plus qu’un rayonnement de sa Vie ! » Elle le chante avec les accents uniques de sa personnalité si attachante : « Il sait tout, Il peut tout et Il nous aime d’un si grand amour, c’est l’Infini[6] !… car chaque incident, chaque évènement, chaque souffrance comme chaque joie est un sacrement qui nous donne Dieu[7] ! »

La jeune carmélite conclut par une invitation suprême, une sorte de feu d’artifice mystique final qui est un « venite » à son « Christ aimé » :

« Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur. O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire toute enseignable, afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière… Ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement… »

« Je veux passer ma vie à vous écouter… » N’est-on pas ici au cœur du cœur de la vie d’Elisabeth ? Elle, si vivante, si engagée, si rayonnante que tous la suivaient… elle était pourtant cette chrétienne belle et lumineuse qui ne cesse d’écouter Celui pour qui va faire  d’elle une « louange de sa gloire ! » N’a-t-elle pas écrit ces lignes reconnaissables entre toutes : « Une louange de gloire, c’est une âme de silence qui se tient comme une lyre sous la touche mystérieuse de l’Esprit Saint afin qu’Il en fasse sortir des harmonies divines… c’est aussi comme un cristal au travers duquel Il peut rayonner[8]… en l’âme de la Vierge, c’est là que nous adorerons la Sainte Trinité[9] ! »

                                                                                                    +Marie-Mickaël

         

[1] Lettre 314 et 317.

[2] Saint  Jean Chrysostome.

[3] Saint Léon le Grand.

[4] Lettre 179.

[5] Lettre 301.

[6] Lettre 197 bis.

[7] Le Ciel dans la foi, 10.

[8] Le Ciel dans la foi, 43.

[9] Lettre 199.




Les saints du Carmel : Sainte Elisabeth de la Trinité – 1. O mon Dieu, Trinité que j’adore !

« O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous,  immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité…

       Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là toute entière, toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre Action créatrice… »

Voici donc la première partie de la contemplation Trinitaire de notre chère Elisabeth : on est là au cœur du cœur du mystère de la foi chrétienne et, en ce sens, le témoignage de la jeune carmélite me semble « unique » dans l’histoire de l’Eglise ! Il faut donc tenter de contempler et creuser cette prière qui lui a été inspirée par l’Esprit-Saint…

« O mon Dieu, Trinité que j’adore ! » Cette première affirmation est l’acte de foi suprême en la Révélation contemplé par Saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu… Tout fut par Lui et sans Lui rien ne fut… Et le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’Il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité !… Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui, l’a fait connaître… » (Jn 1,1-2 / 14-18)

Alors, dans cette contemplation, l’âme devient, selon l’expression favorite d’Elisabeth : « une louange de Gloire !… une âme de silence qui se tient comme une lyre sous la touche mystérieuse de l’Esprit Saint afin qu’Il en fasse sortir des harmonies divines[1] ! » Et elle conclut en citant d’abord Saint Paul : « Vous n’êtes plus des hôtes ou des étrangers, mais vous êtes de la Cité des saints et de la Maison de Dieu ! » (Ep 2,19). La Trinité, voilà notre demeure, notre « chez nous », la maison paternelle d’où nous ne devons jamais sortir[2]… »

On comprend pourquoi elle insiste tant sur « l’oubli de soi » qui seul, permet à Dieu de nous emporter dans « la profondeur de son Mystère » ! Il faut donc repasser en nos cœurs cette lumineuse élévation. Elisabeth nous y invite à devenir de vrais chrétiens qui découvrent le secret de la foi : dépasser tout le créé, et surtout soi-même, pour entrer dans le « Royaume intérieur[3] » pour la plus belle des rencontres ! Elle fera de nous des témoins de la beauté de Dieu : « Aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité… Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère… »

Et c’est pourquoi elle ose écrire à sa Mère : « Tu sais que je suis la petite maman de ton âme, aussi je suis pleine de sollicitude pour elle. Rappelle-toi ces mots de l’Evangile : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous ! » (Lc 17,21). Entre en ce petit royaume pour adorer le Souverain qui y réside[4]… »

Ensuite, la jeune Carmélite témoigne avec une splendide liberté du mystère de l’inhabitation divine en son âme. N’est-ce pas d’ailleurs le grand témoignage de toute sa vie ? Assurément, car n’oublions pas que notre Elisabeth était une remarquable pianiste classique qui aurait pu accéder à une carrière internationale… mais Elle a été définitivement saisie par « la musique intérieure » de la Présence de Dieu qui l’a toute emportée dans le silence et la louange ! Aussi, elle affirme avec force : « Ce silence dont parlait David ((Ps 65,1)… est la plus belle louange !… Que rien ne me sorte de ce beau silence du dedans[5]… »

Cela aboutira à cette prière à la Sainte Trinité que nous méditons. Et, avec l’audace et la liberté que donne l’Esprit, Elisabeth y affirme la plénitude qui traverse sa vie baptismale : « Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos ! »

On peut vraiment dire qu’elle a vécu à la belle époque, la plus belle histoire d’amour qui soit : le mystère de ses Noces avec l’Agneau ! Et elle a saisi avec une intensité particulière l’exigence première de cette relation : quand on aime passionnément, on ne laisse jamais seul l’être aimé… et c’est bien ce qu’exprime son admirable prière :

« Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là toute entière, toute éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice ! »

« Que je ne vous y laisse jamais seul… »  Ne jamais s’éloigner jusqu’à oublier la personne aimée… et à fortiori quand il s’agit de mon Créateur et mon Sauveur ? N’est-ce pas là la prévenance majeure de l’amour ? En effet, le vrai amour désire sans cesse une chose unique : ne jamais laisser seul l’être aimé ! L’amour est d’abord présence et communion… On laissera donc résonner ici quelques expressions si reconnaissables et si révélatrices de la spiritualité unique de notre merveilleuse  Elisabeth :

« Il faut que l’âme soit toute éveillée en sa foi, avec ce beau regard tendu vers le Maître… Alors, le Créateur, en voyant le beau silence qui règne en sa créature, en la considérant toute recueillie en sa solitude intérieure, est épris de sa beauté et il la fait passer en cette solitude immense, infinie, en ce « lieu spacieux » chanté par le prophète et qui n’est autre que Lui-même : « J’entrerai dans les profondeurs de la puissance de Dieu… » (Ps 70,16). « Je la conduirai dans la solitude et je lui parlerai au cœur… » (Os 2,14). La voici, cette âme, entrée en cette vaste solitude où Dieu va se faire entendre[6]…

N’est-ce pas là un Ciel anticipé ?… en l’âme de la Vierge, c’est là que nous adorerons la Sainte Trinité !… Oh ! que cela grandit l’âme ; c’est comme une étreinte d’infini[7] !… »

                                                                                      +Marie-Mickaël

[1] Le Ciel dans la foi, 43.

[2] Le Ciel dans la foi, 2.

[3] Lettre 264.

[4] Lettre 280.

[5] Dernière Retraite, 21 et 26.

[6] Dernière Retraite, 25 et 27.

[7] Lettre 199.




Les saints du Carmel : Sainte Elisabeth de la Trinité

O mon Dieu, Trinité que j’adore !

Dans l’histoire de l’Eglise, cette prière d’Elisabeth de la Trinité est unique ! Et c’est pourquoi nous allons la méditer sur plusieurs semaines pour l’approcher, l’approfondir et la contempler. Toujours mieux découvrir qui est Dieu est l’unique sens de nos vies… Et, en ce sens, Elisabeth nous pose la seule question qui doit traverser nos cœurs :

« Comprendrons-nous jamais combien nous sommes aimés[1] ? »

Et elle ne tarde pas à répondre et à témoigner en regardant éperdument le Christ :

« Il t’aime aujourd’hui comme Il t’aimait hier, comme Il t’aimera demain !… Celui qui nous aime d’un amour que nous ne pourrons jamais comprendre[2] ! » Car Elisabeth l’affirme : « L’âme du Christ me livre tous les secrets du Père[3] ! »

Et la jeune Carmélite peut conclure : « Le Ciel, il est en nous, et l’Esprit Saint Lui-même veut le renouveler en l’ardeur de ses feux[4] ! »

Et ainsi, Elisabeth nous découvre ici le secret central de la vie chrétienne et, à partir de cette grande Révélation, elle entrevoit sa mission future :

« Il me semble que j’ai trouvé mon Ciel sur la terre puisque le Ciel, c’est Dieu, et Dieu, c’est mon âme. Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé en moi et je voudrais dire ce secret tout bas à ceux que j’aime[5]… »

Dans l‘Evangile, le Seigneur a demandé à tous ses disciples la vigilance de la prière continuelle : « Veillez et priez en tout temps ! » (Lc 21,36). Vers la fin de sa vie, Elisabeth a découvert qu’elle aurait au Ciel une grande mission pour notre époque prisonnière du matérialisme et de l’éphémère: être Prophète de la Présence de Dieu pour nous attirer à cette intimité avec Lui dans le Ciel de notre âme :

« Il me semble qu’au Ciel, ma mission sera d’attirer les âmes en les aidant à sortir d’elles pour adhérer à Dieu dans un mouvement tout simple et tout amoureux, et de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles, de les transformer en Lui-même…

Il me semble que maintenant, je vois toutes choses à la lumière du bon Dieu, et si je recommençais ma vie, oh, comme je voudrais ne plus perdre un instant !… Mon Maître me presse, Il ne me parle plus que de l’éternité d’amour. C’est si grave, si sérieux ; je voudrais vivre chaque minute pleine[6]… »

                                                                                      +Marie-Mickaël

 

La Prière à la Trinité       

« O mon Dieu, Trinité que j’adore ! »

 

Méditons cette semaine la prière en entier d’Elisabeth de la Trinité que nous commenterons ensuite en quatre parties distinctes pour l’approcher en profondeur…

    « O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous,  immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité…

       Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là toute entière, toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre Action créatrice…

       O mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous-même », d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit plus qu’un rayonnement de votre Vie !

        Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur. O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire toute enseignable, afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière… Ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je puisse plus sortir de votre rayonnement…

         O Feu consumant, Esprit d’amour, « survenez en moi », afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère !

         Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances… »

         O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs ! »

                                                                                         21 novembre 1904

[1] Lettre 296.

[2] Lettre 298 et 142.

[3] Note intime 12.

[4] Poésie 89.

[5] Lettre 122.

[6] Lettre 335.




L’Assomption est un mystère où triomphe l’humilité !…

« Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme !

Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds

et douze étoiles couronnent sa tête ! »

Apocalypse 12,1

 

De l’Annonciation à l’Assomption, toute la vie de Marie est le triomphe d’une  espérance fondée sur une indicible humilité… Telle est la contemplation de Sainte Faustine : « C’est parce que ton humilité était la plus profonde que tu es élevée au-dessus des chœurs angéliques et des saints[1] ! »

Et, comme elle, il nous faut en tirer toutes les conséquences jusqu’au dernier instant de notre vie :

« Ô Marie, ma douce Mère, je te donne mon âme, mon corps et mon pauvre cœur…

Sois la Gardienne de ma vie !

Et particulièrement à l’heure de la mort, dans le dernier combat[2]… »

Et comme le remarque aussi le Pape Jean-Paul II, le mystère de l’Assomption n’éloigne pas la Vierge de l’humanité, mais ouvre le temps d’une étonnante « proximité de tendresse » avec chacun de ses enfants qui cheminent dans la joie et les épreuves de la foi :

« En effet, après son Assomption au Ciel, son rôle dans le salut ne s’interrompt pas… Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, et qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse[3] ! »

En cette radieuse solennité de l’Assomption de la Vierge, renouvelons notre choix de la suivre sur le chemin de la foi en nous abandonnant encore plus fort entre ses mains de tendresse… et en ce sens, écoutons et suivons le cher Saint Maximilien-Marie Kolbe qui, bien avant Jean-Paul II, a vécu le « totus tuus[4] » au Cœur Immaculé de Marie :

« Par l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie : laisse-toi conduire ! Dieu nous a donné cette « blanche échelle » et veut, par cette « échelle », nous faire parvenir jusqu’à Lui ; mais c’est plutôt pour qu’en nous serrant sur son Cœur elle nous porte jusqu’à Dieu…

L’Immaculée nous couvrira de son manteau devant la justice de Dieu. La victoire est sûre dans la douceur de ses mains immaculées !

Mes petits enfants, aimez l’Immaculée et elle vous rendra heureux ! Confiez- vous à elle totalement. Il n’est pas donné à tous de comprendre l’Immaculée. Cela peut seulement s’obtenir par la prière… Je vous ai révélé mon secret et je l’ai fait pour vous procurer la force et l’énergie spirituelle au milieu des difficultés de la vie… N’aspirez pas aux choses extraordinaires, mais accomplissez seulement la volonté de l’Immaculée…

Tandis que je vous parle, je tiens dans ma main le Rosaire, égrenant les Ave Maria[5]… »

Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Faustine, Petit journal, 161.

[2] Sainte Faustine, Petit journal, 161.

[3] Saint Jean-Paul II, Encyclique « Dives in misericordia », 9.

[4] « Je suis tout à toi, Ô Marie ! »

[5] Entretien du Père Kolbe avec ses frères, 10 janvier 1937.




« C’est maintenant l’heure de Marie ! »

   Nous vivons face une densité des ténèbres et des moyens de pression jamais connues dans l’histoire humaine… et c’est pourquoi notre foi doit faire de nous des chrétiens débouts et combattifs au quotidien : nos armes invincibles sont la persévérance à travers le chapelet ou, mieux, le Rosaire, les sacrements et l’amour fraternel.

Et c’est pourquoi le Seigneur a un jour levé le voile à une âme mystique en prophétisant sur le temps qui est le nôtre : « C’est le temps de Marie qui surgit ! Marie est l’extrême miséricorde que notre Amour a conçue pour vous…

C’est maintenant l’heure de Marie ! Une heure qui commence en ce moment et devra s’écouler en toute sa longueur, toujours plus noire de nuages !

Après le déluge, l’arc-en-ciel a été vu uniquement par les justes qui survécurent. Mais à l’heure actuelle, dans une surabondance de miséricorde, l’arc-en-ciel, le signe de paix, Marie, sera vu par plusieurs qui ne sont pas justes. Sa voix, son parfum, ses prodiges, seront connus des justes et des pécheurs[1]… »

Cet été, durant nos repos et loisirs, méditons sur cette intuition de « l’heure de Marie » qui est la nôtre pour garder nos cœurs dans une inlassable vigilance ! Le Seigneur nous l’a tant de fois demandé : « Soyez semblables à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, afin de lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. Heureux ces serviteurs que le Maître à son arrivée trouvera fidèles à veiller !… Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme viendra ! » (Lc 12,35-40)

Nous nous retrouverons pour le 15 août, Assomption de la Sainte Vierge, notre Mère !

 

+Marie-Mickaël

[1] Maria Valtorta, citée dans le livre du P.Laurentin et de F.M. Debroise, La Vierge des derniers temps – Une étape de la fin du monde, de Grignion de Montfort à Maria Valtorta, Salvator 2014, p. 133-114.




Les Saints du Carmel : Sainte Elisabeth de la Trinité

Elisabeth est un visage inoubliable : sa beauté rayonnante, son charme humain, son amour de la vie et cet amour fou du Christ qui l’emportera au cœur du mystère de la Sainte Trinité… « blessée par l’Infini », elle nous interpelle en témoignant que la vraie vie d’en-Haut résonne aujourd’hui dans le silence : « N’entends-tu pas déjà le grand silence, l’hymne d’amour qui se chante là-haut ?… Celui des cœurs blessés par l’Infini ! » (Poésie 85). Laissons donc résonner en nos cœurs sa méditation sur la Vierge, qu’elle aimant tant voir comme la « Janua coeli » : la « Porte du Ciel » !

 

                                               « Je me réjouis de sa beauté ! »

      « Nul n’a vu le Père, nous dit Saint Jean, si ce n’est le Fils et ceux auxquels Il a plu au Fils de le révéler ! » (Jn 1,18 / Mt 11,27). Il me semble que l’on peut dire aussi : « Nul n’a pénétré le mystère du Christ en sa profondeur, si ce n’est la Vierge ! » Jean et Madeleine ont lu bien loin dans ce mystère, Saint Paul parle souvent de « l’intelligence qui lui en a été donnée » (Ep 3,3-4), et pourtant, come tous les Saints restent dans l’ombre quand on regarde aux clartés de la Vierge !

         Elle, c’est l’inénarrable, c’est le « secret qu’elle gardait et repassait dans son cœur » (Lc 2,19) et que nulle langue n’a pu révéler, nulle plume n’a pu traduire ! Cette Mère de grâce va former mon âme afin que sa petite enfant soit une image vivante, « saisissante », de son premier-né (Lc 2,7), le Fils de l’Eternel…

        Après Jésus-Christ, sans doute à la distance qu’il y a de l’Infini au fini, il est une créature qui fut aussi la grande louange de la gloire de la Sainte Trinité. Elle répondit pleinement à l’élection divine, dont parle l’Apôtre : elle fut toujours « pure, immaculée, irrépréhensible » (Col 1,22) aux yeux du Dieu trois fois saint. Son âme est si simple. Les mouvements en sont si profonds que l’on ne peut les surprendre. Elle semble reproduire sur la terre cette vie qui est celle de l’Être divin, l’Être simple. Aussi, elle est si transparente, si lumineuse qu’on la prendrait pour la lumière, pourtant elle n’est que le « miroir » du Soleil de justice : Spéculum justitiae !…

       A chaque fête de Marie, je renouvelle ma consécration à cette bonne Mère. Aujourd’hui donc, je me suis confiée à elle, et de nouveau je me suis jetée dans ses bras. Avec la plus entière confiance, je lui ai recommandé mon avenir, ma vocation…

      Oh ! jamais je ne l’ai tant aimée ! Je pleure de joie en pensant que cette créature toute sereine, toute lumineuse est ma Mère et je me réjouis de sa beauté comme un enfant qui aime sa Mère ; j’ai un mouvement très fort vers elle, je l’ai établie Reine et Gardienne de mon ciel et du tien… »

 

                                              Sainte Elisabeth de la Trinité (1880-1906).

                                         Dernière retraite 2 / 40 / Journal 2 / Lettre 298