Le silence de Saint Joseph… devant le mystère de la Mère de Dieu…

En cette fin du temps béni de l’Avent, le silence de Saint Joseph vient inspirer notre cœur. Aujourd’hui, Noël est devenu la fête bruyante de la consommation et nous avons tant besoin de nous « taire » pour découvrir que Dieu est là, caché au fond de nous… Or, le silence de Saint Joseph « dit » ici sa profonde humilité : devant le « mystère » que porte Marie en son sein… il entre dans le secret d’une épreuve où l’ombre de la Croix déjà le recouvre : Comme par avance, n’est-t-il pas tout près l’Agneau immolé, « scandale pour les Juifs et folie pour les païens » ? (1 Co 1,23). Comment est-ce envisageable que sa fiancée le porte déjà si petit en son sein ? Ecrasé par un tel mystère, son humilité le pousse à s’éloigner… et en même temps le texte de Saint Matthieu nous laisse deviner toute une tendresse bienveillante pour Marie :

« Joseph, son époux, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret… » (Mt 1,19).

Il faut bien saisir ici qu’être juste selon l’Ecriture, « c’est correspondre à ce que Dieu a mis en nous de possibilités pour réaliser la destinée à laquelle Il nous appelle… Il faut que Joseph ait été bien juste pour ne pas accuser ou du moins soupçonner, comme il aurait été naturel, la délicate pureté de la Vierge Marie dont il était le témoin : justement parce qu’il est juste, Joseph s’est abstenu de juger[1]. » Le commentaire de Saint Jérôme va dans ce sens :

« Comment Joseph est-il déclaré « juste », si l’on suppose qu’il cache la faute de son épouse ? Loin de là : c’est un témoignage en faveur de Marie : Joseph, connaissant sa chasteté, et bouleversé par ce qui arrive, cache, par son silence, l’événement dont il ignore le mystère[2] »

On est ici devant le plus grand secret de l’Evangile : quand vient le Verbe de Dieu, le silence est la plus grande des louanges et Saint Joseph en témoigne par la splendeur de son effacement. Face à ce Dieu qui se fait si petit, Il tourne autour du mystère comme Moïse devant le buisson ardent… (Ex 3,3). Ne pressent-il pas que l’Indicible est caché dans l’ordinaire ? Enfoui dans le sein de « la » Femme, Dieu l’a précédé et s’offre à lui, à travers Celle qui lui était promise…

Alors, « pourquoi Joseph voulut-il renvoyer Marie ? Prends cette interprétation, qui n’est pas la mienne, mais celle des Pères : Joseph voulut la renvoyer pour la même raison qui faisait dire à Pierre : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur ! » (Lc 5,8) et au Centurion : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ! » (Mt 8,8). Pierre trembla devant la puissance divine, et le Centurion trembla en présence de la Majesté. Joseph fut saisi de crainte – comme il était humainement normal – devant la profondeur du mystère ; c’est pourquoi il voulait renvoyer Marie secrètement[3]… »

Mais l’Ange viendra le rassurer par un songe durant la nuit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit-Saint ! » (Mt 1,20). Et à travers et au-delà de Joseph, cette parole vient résonner dans l’histoire de l’humanité et dans la vie de chacun et chacune en particulier : « Ne crains pas de prendre chez toi, Marie… » Elle est « ta » Mère… et que tous ceux qui résistent « encore » à cette douce réalité se laissent vaincre par la Parole du Christ en Croix en personne : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27). Aujourd’hui, comme Joseph et Jean, accueillerons-t-ils Marie chez eux ?

Nous aussi, devant les épreuves de la vie qui, souvent, nous éloignent de l’Enfant-Dieu et de sa Mère, prenons conscience qu’au cœur de notre foi, les bras de Marie sont sans cesse « tendus » pour nous porter… Dans le Salve Regina, nous chantons : « Spes nostra, Salve ! » (Notre Espérance Salut !). Cette espérance, Dieu nous l‘a donnée. Dans la famille, l’espérance, c’est la mère. Il en est de même dans le monde spirituel : personne ne peut dire qu’il a perdu l’espérance puisqu’il n’a pas perdu l’Immaculée !

Elle seule va nous apprendre comment aimer le Seigneur Jésus, bien mieux que tous les livres et tous les maîtres. Elle nous apprend à l’aimer comme Elle l’aime[4]… »

                                                                                                    +M-Mickaël

[1] Bible chrétienne, tome II, Commentaires p.100.

[2] Commentaire sur Saint Matthieu, Patrologie Latine 26,24.

[3] Saint Bernard de Clairvaux, Homélie 2 sur le Missus est, Patrologie Latine 183,68.

[4] Saint Maximilien-Marie Kolbe, Conérences 3 septembre 1937 et 25 janvier 1941.




De Sion, Dieu resplendit…

« De Sion, Beauté parfaite, Dieu resplendit ! » (Ps 49,2)

De Marie, toute belle, le Messie sortira…

 

Le temps de l’Avent est l’espace béni où va murir notre attente… une attente traversée par la plus belle espérance : Dieu va venir au cœur de notre humanité ! Dieu va me regarder et me parler à travers un visage humain. Je ne serai jamais plus seul ! Et face à cet insondable mystère, la contemplation de l’Apôtre Jean vient illuminer notre regard d’Avent :

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu,

et le Verbe était Dieu, il était au commencement tourné vers Dieu…

Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous,

et nous avons contemplé sa gloire,

gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique,

plein de grâce et de vérité ! »   (Jn 1,1 et 14)

Désormais, le salut est à portée de regard et de geste : mon Sauveur va prendre mon visage… Et Jean Baptiste, le plus grand des prophètes, aura ce regard ultime : « Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi, il était… » (Jn 1,15)

Ce « avant moi, il était » nous ouvre la porte du mystère de Dieu dont le Christ est l’Unique Révélation : « Je suis la voie, la vérité et la vie ! » (Jn 14,6). En son humanité, je touche Dieu ! en son regard, je vois Dieu ! Et c’est ici qu’un Père de l’Eglise nous ouvre, à son tour, une porte :

« Je pense que les quatre Evangiles sont les éléments essentiels de la foi de l’Eglise… et que, parmi les Evangiles, les prémices sont dans celui de Jean, dont nul ne peut saisir le sens s’il ne s’est penché sur la poitrine de Jésus (Jn 21,20) et n’a reçu de Jésus, Marie pour Mère (Jn 19,27) … et quand Jésus dit à sa Mère : « Voici ton fils ! » (Jn 19,26) … C’est comme s’il lui disait : « Voici ton fils que tu as enfanté[1] ! » Et pour approcher ce mystère, le regard unique de Saint Jean-Paul II nous est si précieux :

« La maternité de Marie commence par sa sollicitude maternelle pour le Christ. Dans le Christ, au pied de la Croix, elle a accepté Jean, et elle a accepté tout homme et tout l’homme. Marie les embrasse avec une sollicitude particulière dans l’Esprit-Saint… car la maternité de Marie est une participation à la puissance de l’Esprit… et quand Jésus dit sur la Croix : « Femme, voici ton fils ! » (Jn 19,26), il ouvrit d’une manière toute nouvelle le Cœur de sa Mère… Marie est ainsi Mère de tous les hommes et son empressement pour la vie de l’homme est de portée universelle[2] ! »

Alors, en cet Avent 2023, ouvrons les yeux sur « Sion, beauté parfaite, où Dieu resplendit ! » (Ps 49,2). Car de Marie, toute belle, le Messie sortira… Et comme il faut « s’éveiller » et ne pas s’habituer à ce temps unique : « Je veille donc sans cesse et je tends l’oreille, O Seigneur, comme Ta bien-aimée que Tu as élue. Car je sais que Tu aimes venir inaperçu. Mais je T’attends, Seigneur, dans le calme et le silence… Viens donc enfin, mon très doux Seigneur[3] ! »

                                                                                               +M-Mickaël

[1] Origène, Commentaire sur l’Evangile de Jean, I, 21-25 ; SC 120.

[2] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[3] Sainte Faustine, Petit Journal 




L’Immaculée est une mer de cristal !…

« Marie est mer que nul n’épuise,

Plus y trouve qui plus y puise… »

Gauthier de Coincy (12ème siècle)

 

Au début de l’Avent, le 8 décembre, la liturgie de l’Eglise nous invite à contempler le mystère de l’Immaculée Conception de Marie, « pleine de grâce » (Lc 1,28) … C’est en effet le 8 décembre 1854 que le Pape Pie IX, après avoir consulté les Evêques du monde entier, promulgue le dogme dans la bulle « Ineffabilis Deus ». Et une fois dans sa vie, il faut avoir lu et médité cette splendide vérité qui fait partie de notre foi catholique :

« Par l’autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui affirme que la bienheureuse Vierge Marie fut dès le premier instant de sa Conception, par une grâce et un privilège spécial de Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tâche du péché originel, est révélée de Dieu, et que par conséquent, elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. »

Quatre ans après, en 1858, la Vierge apparaît 18 fois à Bernadette de Lourdes. Mais c’est à la seizième Apparition que la Dame révélera son nom, confirmant l’Eglise : « Elle leva les yeux au ciel, joignant en signe de prière ses mains qui étaient tendues et ouvertes vers la terre, et me dit : « Que soy era l’Immaculada Councepciou… Je suis l’Immaculée Conception ! » On comprend l’éblouissement de Bernadette : « La Dame était jeune et belle, belle surtout, comme je n’en avais jamais vu !… Que j’aime à me rappeler ces doux moments passés sous vos yeux pleins de bonté et de miséricorde pour nous… » Et Bernadette nous l’assure : « L’âme qui implore Marie ne peut périr, elle garde la paix au milieu de la tempête[1] ! »

Pour approcher ce mystère de la foi, il faut se souvenir ici d’un passage de l’Annonciation dans l’Evangile selon Saint Luc : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre… » (Lc 1,35). Cet Esprit qui vient sur Marie opérer en son sein le prodige de l’Incarnation du Verbe est aussi Celui qui l’a créée « toute belle » au premier instant de sa vie. En « la » regardant, on le devine… Saint Maximilien-Marie Kolbe a d’ailleurs des paroles saisissantes dans l’approche de ce mystère : « On peut affirmer que l’Immaculée est, en un certain sens, « l’incarnation de l’Esprit-Saint ». En Elle, c’est l’Esprit que nous aimons, et par elle, le Fils… La Vierge Marie existe pour que soit mieux connu l’Esprit-Saint[2] ! »

Une autre résonance biblique de cette « Femme », traversée par la splendeur du Très-Haut, nous a été donnée à deux reprises dans l’Apocalypse de Saint Jean :

D’abord au chapitre 12 où apparait « un signe grandiose dans le ciel : une Femme ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ! » (Ap 12,1). Les Pères de l’Eglise et les saints y ont toujours vu le mystère de l’Eglise, mais aussi de Marie, Mère de l’Eglise ! Et la première originalité de cette « Femme » est d’être enveloppée par le soleil, traversée par sa lumière : elle « resplendit » ce soleil comme personne !… Car Marie est rendue belle dès sa naissance par l’Esprit de Celui qui va devenir son Enfant et son Sauveur. Au-delà des saints et bien avant eux, la robe de l’Immaculée a été plongée dans le Sang de l’Agneau ! (Ap 7,14). Transparence indicible de la beauté de Dieu, elle devient la plus belle louange du salut : « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a abaissé son regard sur son humble servante… Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse ! » (Lc 1,46-48).

L’autre passage symbolique se situe au chapitre 15 où Jean voit « une mer de cristal, mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout prés de cette mer de cristal ! » (Ap 15,2). Ici, « la mer de cristal » semble dévoiler l’aboutissement ecclésial céleste du mystère unique de la Rédemption en Jésus-Christ dont la « pleine de grâce » (Lc 1,28) est la plénitude : Elle est Mère de Dieu, de l’Eglise et de toute l’humanité ! Elle est « Celle qui porte Celui qui porte tout », comme le chante la liturgie orientale…

Cependant, la vie de Marie a été sur terre ce printemps de Dieu où le sublime le plus spirituel se cache et se déploie dans « l’ordinaire » le plus modeste… Le Cœur Immaculé de Marie est déjà cette « Mer ce cristal », mais cette beauté reste cachée dans l’humilité. L’humble quotidien de sa foi persévérante a été la mesure de sa beauté intérieure toujours plus fulgurante !

 

En clôturant l’Année mariale, en 1988, Saint Jean-Paul II faisait cette prière prophétique pour notre temps où il attendait tout de cette « Beauté » victorieuse de l’Immaculée :

 

« O Marie, accompagne nos pas vers les frontières de l’humanité sauvée et pacifiée !

Réjouis notre cœur, affermis-le dans la certitude

que le Dragon n’est pas plus fort que ta Beauté !

L’Année mariale se termine, mais le temps des yeux levés vers Marie commence… »

 

+ M-Mickaël

 

[1] Carnet Reine du Ciel, 12 mai 1866 et Notes de retraite 1876-1877.

[2] Conférences, 5 février 1941 et 25 septembre 1937.




Marie est là…

« Je ne savais que mon Chapelet… »

Sainte Bernadette de Lourdes

 

     Je reviens juste de quelques jours de silence et de prière à Lourdes. Et en méditant le Rosaire quotidien, la densité spirituelle et gestuelle de la première Apparition de la Vierge à Bernadette m’a véritablement sauté aux yeux comme une évidence : en effet, n’est-il pas révélé ici, sans bruit de paroles, le secret du cœur de Bernadette[1] ? Oui, dès le début de l’Apparition, elle pose un geste qui en dit long sur le trésor humble et caché de sa vie chrétienne : « Je mis la main à la poche et je récitais mon chapelet, ayant toujours cette Dame devant les yeux … » Telle est la première vérité de son « réflexe marial » !

Ainsi, comme à Lourdes, il nous faut avoir aussi dans nos vies le « réflexe marial » de la petite Bernadette. Face à l’envahissement bruyant et dispersant de notre monde actuel si agressif, il nous faut tenir et prier notre chapelet dans le métro ou dans la rue : Marie notre Mère est toujours là, à veiller sur nous… et la prière du Chapelet est un merveilleux éveil à cette présence de la Vierge qui vient « prier » avec nous ! Voilà pourquoi, mine de rien, la première Apparition de Marie nous révèle le grand secret de sa Présence silencieuse.

Alors ouvrons les yeux et le cœur sur cette première rencontre du 11 février 1858 :

Tout commence par une démarche de l’humble quotidien : accompagnée de sa sœur Toinette et d’une amie, Bernadette se rend à Massabielle[2] pour ramasser du bois mort au bord du Gave. Tout est calme en ce lieu quand, soudain, advient « comme un coup de vent » ! Elle tourne alors les yeux vers la Grotte et voit apparaître une Dame dans une douce lumière :

« J’aperçus une Dame vêtue de blanc : elle portait une robe blanche, un voile blanc également, une ceinture bleue, une rose jaune sur chaque pied… »

A cet instant, Bernadette témoigne de cette première Apparition : « Je voulus faire le signe de la Croix avec mon chapelet, mais je ne pus porter la main jusqu’au front… elle m’est tombée ! La vision fit le signe de la Croix. Le grand saisissement que j’éprouvais disparut. Je me mis à genoux et je dis mon chapelet en présence de la belle Dame. La vision faisait courir les grains du sien, mais elle ne remuait pas les lèvres. Quand j’eus fini mon chapelet… Elle disparut. » Ces instants resteront gravés à jamais en son cœur[3]

Vision riche d’enseignement pour notre chapelet quotidien : Marie prie avec nous et nous enveloppe de sa tendresse : c’est l’autre vérité du « réflexe marial » ! Prier son chapelet permet à Marie d’entrer dans l’intimité de notre cœur où elle enveloppe de sa tendresse maternelle notre prière, si pauvre soit-elle ! Tel est le secret si simple de la première Apparition de Lourdes où la récitation du chapelet ouvre les yeux de notre foi sur sa Présence : Mère attentive à chaque instant de nos vies… Alors, écoutons un des plus beaux conseils de cette chère Bernadette : « Mettez-vous dans le Cœur de Marie, et restez-y ! Faites-en votre demeure sur la terre… »

    +M-Mickaël

 

[1] Bernadette vient d’avoir 14 ans le 7 janvier 1858.

[2] Ce mot signifie « vieille pierre » en bigourdan.

[3] « Que j’aime à me rappeler ces doux moments passés sous vos yeux pleins de bonté et de miséricorde pour nous ! » Carnet Reine du Ciel, 12 mai 1866.




L’aveugle de Jéricho : le cri obstiné de la foi triomphante !

Rien n’est plus beau que l’Evangile ! Et rien n’est plus riche que de le méditer avec l’intelligence du cœur ! Bonheur d’avoir chaque jour rendez-vous avec la « lectio divina » : cette lecture divine de la Parole de Dieu où le cœur est suspendu aux lèvres et aux gestes de Jésus, Verbe éternel fait homme… car à travers son Visage, Dieu n’est là que pour nous, et sous son regard mes « cheveux mêmes sont tous comptés ! » (Lc 12,7).

Alors, dans cette approche du cœur, méditons cet Evangile bouleversant de l’aveugle de Jéricho qui est repris par les trois synoptiques[1], et dont Saint Marc seul nous révèle le nom : Bartimée ! On peut d’ailleurs avancer que l’épisode autour de cet homme nous donne des lumières décisives sur le chemin de la foi. En effet, le cadre évangélique nous le présente dans une situation qui relève de l’impossible : aveugle et mendiant, il est là, gisant dans la nuit au bord de la route… mais tout à coup, un événement peut faire basculer à jamais sa vie dans la lumière : « On lui annonça que c’était Jésus de Nazareth qui passait ! » (Lc 18,37). Il se met alors à vibrer de tout son être par la puissance de sa voix : « il s’écria : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » (Lc 18,38). Le cri de la foi qui attend tout d’un Autre est lancé…

Pour lui comme pour nous, c’est ici que commence « le combat de la foi » car les voix contraires ne manquent pas : « Beaucoup le rabrouaient pour lui imposer silence… » (Mc 10,48). Ces voix décourageantes viennent contredire le cri de la foi. Elles veulent « lui imposer silence » pour l’isoler et tuer sa confiance : tu n’intéresses personne et encore moins le Maître ! Alors, c’est là que tout bascule du côté de cette foi qui continue à crier son espérance : « Mais lui criait de plus belle : Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » (Mc 10,48). N’est-ce pas déjà là cette « invincibilité » de la foi qui fera les futurs martyrs chrétiens ? Assurément… Et comme au début, l’aveugle n’a plus que sa voix mais la persévérance de sa foi a déjà touché le Cœur de Jésus… N’a-t-il pas affirmé ailleurs cette parole qui traverse le temps : « Frappez et l’on vous ouvrira ! » (Mt 7,7).

Alors, saisi par une telle foi, « Jésus s’arrêta et ordonna qu’on le lui amène. » (Lc 18,40). Et voici que les voix contraires laissent place aux voix de l’encouragement : « Aie confiance ! Lève-toi, il t’appelle. Et lui, rejetant son manteau, bondit et vint à Jésus ! » (Mc 10,49-50) : « Venir à Jésus ! » Ne sommes-nous pas là au cœur de l’Evangile et au cœur des terribles enjeux de notre monde contemporain qui ne veut plus « venir à Jésus » ?

En effet, « c’est très justement l’humanité qui est représentée par cet aveugle, assis au bord du chemin et mendiant, car la Vérité dit d’elle-même : « Je suis le chemin » (Jn 14,6). Celui qui ne connaît pas l’éclat de la lumière éternelle est bien un aveugle, mais s’il commence à croire au Rédempteur, alors il est « assis au bord du chemin[2] »

Arrive alors cet instant solennel où « la lumière du monde » s’immobilise et où commence le dialogue du salut : « Quand il se fut approché, il lui demanda : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Lc 18,40-41). A travers un Regard et une question se révèle ici encore l’infinie miséricorde de Dieu : il accueille le cri du pauvre et c’est comme s’il n’y avait plus que Lui et cet homme au milieu de la foule… la suite en découle : « Seigneur, que je retrouve la vue ! » (Lc 18,41). La persévérance de la foi engendre la puissance de la Parole de Dieu : « Jésus lui dit : « Retrouve la vue ; ta foi t’a sauvé ! » Et à l’instant même, il retrouva la vue… » (Lc 18,42-43). Ainsi, cet Evangile met en lumière que tout arrive en cascade dans la dynamique de la foi : l’aveugle crie son désir jusqu’au bout de sa foi, il s’approche de Jésus, il supplie, il est guéri et ses yeux s’ouvrent pour la première fois sur la beauté du regard de Jésus… et il le suit en glorifiant Dieu !

« La foi ne l’a pas seulement guéri, elle l’engage et le fait disciple : car il ne pouvait voir qu’à la condition de suivre le Christ, de prêcher le Seigneur, de dépasser le siècle[3]… »

On a envie ici de redire cette si poignante prière de Saint Jean-Paul II au Cœur de Jésus :

« Seigneur Jésus, tu es notre Sauveur et notre Dieu ! Fais que notre regard ne se fixe jamais sur d’autre étoile que celle de l’amour et de la miséricorde qui brille sur ta poitrine…

Que ton Cœur soit donc, Ô notre Dieu, le Phare lumineux de la foi, l’Ancre de notre espérance, le Secours toujours offert dans notre faiblesse, l’Aurore merveilleuse d’une paix inébranlable, le Soleil qui éclaire nos horizons… »

Nous sommes donc invités à secouer nos inerties et à persévérer comme l’aveugle dans le cri de la foi ! Dans la parabole du juge et de la veuve importune, le Seigneur lui-même nous invite à « prier sans cesse et à ne pas se décourager ! » (Lc 18,1). Ainsi, le chemin de foi de Bartimée nous apprend l’attitude essentielle d’une foi qui ne se décourage pas sur le chemin : une foi qui va jusqu’au bout de son cri vers Jésus ! Car seuls ceux et celles qui croient follement et sans limites bouleversent le Cœur de Dieu comme le Centurion (Lc 7,1-10) ou la Syro phénicienne (Mt 15,21-28) … Nous voici donc avertis pour ces redoutables épreuves des derniers temps : rien n’est plus fort que la foi qui supplie et persévère jusqu’au bout en s’abandonnant à la volonté de Dieu qui n’est qu’Amour. Il nous conduit bien des fois par des chemins mystérieux et déroutants, mais « nous savons d’autre part que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein… » (Rm 8,28).

Laissons la dernière parole mariale à Sainte Bernadette de Lourdes :

« Oh ! qu’il fait bon se confier à cette bonne Mère… Jamais on ne l’invoquera en vain… L’âme qui implore Marie ne peut périr, celle qui se confie à elle conserve le calme au milieu de la tempête l… O Marie, soyez mon Refuge[4] ! »

                                                                                                           +M-Mickaël

 

[1] Mt 20,29-34 / Mc 10,46-32 / Lc 18,35-43.

[2] Saint Grégoire le Grand (540-604), Homélies sur l’Evangile de Luc, n°12.

[3] Saint Ambroise, Commentaire sur l’Evangile de Saint Luc.

[4] Prières, 1873.




L’humble beauté de Marie face à la séduction du Diable…

Notre civilisation post moderne sombre en masse aujourd’hui dans une sous culture qui flirte sans cesse avec la « beauté du Diable » : beauté dangereuse et trompeuse où le pouvoir du Mal se revêt d’une séduction autant attractive que dominatrice ! Depuis le livre de la Genèse, c’est toujours la même dynamique : la fausse liberté proposée par le Mal par la tentation du « sans limite » … vertige du pire où « la mort de Dieu » dans l’âme est célébrée comme une libération : « Vous serez comme des dieux ! » (Gn 3,5). Tel est le poison qui va se répandre dans le cœur de l’homme…

Depuis cette terrible « brisure » du péché originel, il va s’ensuivre dans la vie de l’homme deux conséquences majeures : la peur de Dieu (Gn 3,10) et ce besoin impérieux de « se revêtir » (Gn 3,7-8). Une tentative désespérée de « sauver la face » où Adam et Eve se réfugient dans l’illusion du paraître : car l’homme cherche d’abord à se parer… mais face au regard de Dieu, cette apparence s’écroule : « C’est voir s’étaler aux yeux de tous cette humiliation du péché que l’on porte au fond de soi-même : la nudité exprime d’abord cet effondrement du personnage que la parure s’évertuait à créer[1] ! »

Or, quand tout s’écroule, l’homme pécheur est dévoilé : c’est l’épreuve douloureuse de la vérité, mais tout peut alors se reconstruire dans cette lumière qui ouvre à l’infinie miséricorde de Dieu… et « le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché ! » (1 Jn 1,7). Dans le retour vers son père, l’enfant-prodigue de l’Evangile (Lc 15,18-19) est fermé à cette miséricorde du Père : il garde en lui la fausse image d’un Père irrité et impitoyable… son égarement a effacé en lui le vrai Visage de Dieu qui est la conséquence profonde du péché. Et c’est ici que le Christ veut nous délivrer en nous révélant qui est Dieu pour le fils perdu : en effet, avec des motivations très primaires, ce dernier commence à prendre le chemin du retour quand le Père l’aperçoit dans un regard d’une infinie tendresse : « Tandis qu’il était encore loin, son père le vit et en fut ému jusqu’aux entrailles… Il courut vers lui, le serra contre lui et le couvrit de baisers ! » (Lc 15,20). Tel est le sommet de l’Evangile : quelques pas vers Dieu du fils égaré et Dieu court vers lui à la vitesse lumière ! Qui comprendra le Cœur de Dieu ? Et c’est pourquoi, jour après jour, il nous faut « revenir » au cœur de la Révélation chrétienne pour être délivré peu à peu de cette fausse image de Dieu qui nous emprisonne.

          D’ailleurs, dès que Marie fait une Apparition sur terre, les voyants n’ont pas peur mais sont fascinés autant par sa bonté que par sa beauté ! Elle met de suite en confiance par son regard de maternelle tendresse… A Lourdes, la petite Bernadette en témoigne merveilleusement :

          « Je l’ai vue ! Oh ! qu’elle est belle et que j’ai hâte d’aller la voir [2] ! Que mon âme était heureuse, bonne Mère, quand j’avais le bonheur de vous contempler ! Que j’aime à me rappeler ces doux moments passés sous vos yeux pleins de bonté et de miséricorde pour nous[3]… »   

              A Fatima, juste après la première Apparition de la Vierge, Lucie sera très éprouvée dans sa famille et face au curé. Décidée de ne plus revenir, elle pense que c’est une tentation du Démon. Elle le voit d’ailleurs une nuit déployer ses griffes pour l’emporter en enfer ! Pour reprendre confiance, il faudra qu’elle soit confrontée à la détermination de la petite Jacinta qui restera très ferme sur la vérité de l’Apparition. Quand Lucie exprime ses doutes, elle lui répond avec cette « évidence » des vérités de la foi :

« Non, ce n’est pas le Démon ! On dit que le Démon est très laid et qu’il est en dessous de la terre, en enfer. Cette Dame est si belle ! Et nous l’avons vue monter au Ciel [4]! »

Cette beauté de Marie traversera la culture chrétienne et sera si présente dans les œuvres artistiques, de la peinture à la musique en passant par la sculpture !… Malgré la terrible déchristianisation actuelle, on la retrouve étonnamment parfois dans la culture moderne : « Sergio Ramos, le footballeur emblématique du Réal de Madrid et la Roya, exprime sa foi par un splendide tatouage de la Vierge Marie sur son bras ! »

              Toujours et encore le signe décisif de la beauté !… Une splendeur maternelle qui ravit, en faisant participer à sa plénitude de grâce ! Vers la fin de sa vie, la petite Thérèse fera sur la « prédication mariale » une remarquable mise au point avec une étonnante justesse théologique.  Et notons, au passage, sa liberté d’expression évangélique pour l’époque ! Ecoutons-là attentivement :

« Pour qu’un sermon sur la Sainte Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable, faire ressortir ses vertus, dire qu’elle vivait de foi comme nous, en donner des preuves par l’Evangile…

On sait bien que la Sainte Vierge est la Reine du Ciel et de la terre, mais elle est plus Mère que reine, et il ne faut pas dire à cause de ses prérogatives qu’elle éclipse la gloire de tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu ! que cela est étrange ! Une Mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants ! Moi, je pense tout le contraire, je pense qu’elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus[5] ! »

En ce sens, Marie est si bien décrite à travers cette « Mer de cristal » de l’Apocalypse[6] : son « Fiat » perpétuel laisse la Lumière la traverser pour tous les enfants de Dieu ! C’est tout le contraire de la Bête qui « par ses prodiges égare les habitants de la terre ! » (Ap 13,14). L’orgueil enferme dans la violence et le désespoir… l’humilité laisse passer la Lumière du Christ, « doux et humble de Cœur » (Mt 11,29). Ainsi, « Dieu donne aux humbles l’éclat du salut ! » (Ps 149,4). Tel est le centre caché de toute la Bible…

 

                                                                                                             + Marie-Mickaël

 

 

[1] P. Dominique Barthélemy, Dieu et son image, ébauche d’une théologie biblique, Cerf 1973, p.47.

[2] André Ravier, Bernadette et son chapelet, Ed. Couvent Saint Gildard, 1958, p.73.

[3] Carnet Reine du Ciel, 12 mai 1866.

[4] Mémoires de Sœur Lucie, Carmel de Coïmbra, Compilation P. Luis Kondor, août 1997, p.72.

[5] Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes : derniers entretiens – Carnet jaunes, Cerf – DDB 1992, p.1103.

[6] « Et je vis comme une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom (666), debout près de cette mer de cristal ! » (Ap 15,2).




Les larmes de Marie sur la fin des temps

En cette fin des temps si trouble, nous entrons dans une accélération inouïe des signes eschatologiques[1] à travers les événements : l’horreur de la guerre commencée au Proche Orient ouvre dangereusement la porte à une possible 3° guerre mondiale. Un danger extrême qui peut faire basculer notre monde dans le cauchemar du « feu » nucléaire ! Car entre les blocs de l’Ouest et de l’Est, cet embrasement demeure un « possible » au-dessus de nos têtes…

Comment donc s’étonner alors que Notre Dame pleure ? Dans ses Apparitions à La Salette, à Akita, à l’Escorial et ailleurs : la Mère de tendresse a versé tant de larmes pour ses enfants de la terre… Mais ici maintenant, aux Philippines, « la Vierge de la fin des temps » a pleuré tout spécialement du 6 au 13 octobre, au moment où des massacres sans nom s’opéraient sur les enfants d’Israël ! Elle, Myriam, dont le sang fut lié au Peuple élu… mais Elle est « la Mère de tous » qui pleure aussi sur les terribles souffrances des enfants de Gaza. Car, où que ce soit, la guerre apporte toujours son lot d’horreurs, d’injustice et de détresse…

Comme l’a écrit Léon Bloy, le juif converti :

« Les larmes de la Mère des douleurs remplissent l’Ecriture et débordent sur tous les siècles… car toutes les fois que quelqu’un éclate en pleurs, au milieu de la foule ou dans la solitude, c’est Elle-même qui pleure parce que toutes les larmes lui appartiennent… Les larmes de Marie sont le Sang même de Jésus-Christ répandu d’une autre manière… comme sa Compassion fut une sorte de crucifiement intérieur, les larmes de Marie et le Sang de Jésus sont la double effusion d’un même cœur… c’est ce que la Sainte Vierge exprime à Sainte Brigitte : « Comme Adam et Eve ont vendu le monde pour une seule pomme, mon Fils et moi, nous avons racheté ce monde avec un seul Cœur[2] ! »

Comment la Vierge ne pleurerait-t-elle pas aussi sur cette Eglise actuelle qui, avec des motivations fallacieuses, tourne le dos à l’Evangile de son Fils ? En y regardant bien, ce Synode est plus « obsédé » d’être ouvert à la dérive progressiste actuelle… que d’annoncer la vérité et la beauté uniques de « l’Evangile » ! Saint Paul nous a prévenu avec force et clarté sur les tentations d’un autre Evangile :

« Je m’étonne que si vite vous abandonniez Celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, pour passer à un autre évangile – non qu’il y en ait deux ; il y a seulement des gens en train de jeter le trouble parmi vous et qui veulent bouleverser l’Evangile du Christ. Eh bien ! si nous-mêmes, si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème !… Si je voulais encore plaire à des hommes, je ne serais plus le serviteur du Christ ! » (Galates 1,6-10).

Heureusement, dans la crise actuelle, il y a un Mgr Strickland et d’autres, trop peu nombreux encore, qui gardent « le courage de la lumière » :

« En ce temps de grands bouleversements dans l’Eglise et dans le monde, je dois vous parler avec un cœur de père pour vous avertir des maux qui nous menacent et vous assurer de la joie et de l’espérance que nous avons toujours en Notre Seigneur Jésus-Christ. Le message mauvais et faux qui a envahi l’Eglise, l’Epouse du Christ, est que Jésus n’est qu’un parmi tant d’autres et qu’il n’est pas nécessaire que son message soit partagé avec toute l’humanité. Cette idée doit être évitée et réfutée à chaque instant. Nous devons partager la joyeuse Bonne Nouvelle selon laquelle Jésus est notre seul Seigneur et qu’il désire que toute l’humanité puisse toujours embrasser la vie éternelle en Lui…

Malheureusement, il se peut que certains qualifient de schismatiques ceux qui ne sont pas d’accord avec les changements proposés. Soyez assurés cependant que quiconque reste fermement fidèle au fil à plomb de notre foi catholique n’est pas un schismatique. Nous devons rester sans vergogne et véritablement catholiques, peu importe ce qui peut en résulter !… Comme le disait Saint Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle ! » (Jn 6,68). Par conséquent, rester ferme ne signifie pas que nous cherchons à quitter l’Eglise. Au lieu de cela, ceux qui proposent des changements à ce qui ne peut être changé cherchent à réquisitionner l’Eglise du Christ, et ce sont effectivement les véritables schismatiques.

Je vous exhorte, mes fils et filles en Christ, que le moment est venu de vous assurer que vous vous tenez fermement à la foi catholique des siècles. Nous avons tous été créés pour chercher le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14,6), et dans cette époque moderne de confusion, le vrai chemin est celui qui est illuminé par la lumière de Jésus-Christ, car la Vérité a un visage et c’est bien Son Visage ! Soyez assuré qu’il n’abandonnera pas son Epouse[3]… »

Il est en effet de plus en plus évident qu’au lieu de se « perdre » sur des voies synodales dangereuses pour la foi catholique, il est de toute urgence de tomber à genoux et de supplier pour une Eglise au bord du schisme et un monde au bord du gouffre… Car si l’Eglise n’est pas au « rendez-vous » de la supplication incessante de la prière voulue par son Maître[4], des sacrifices offerts et d’une charité fraternelle sans limites : elle trahit sa mission divine première et universelle d’annoncer la vérité de l’Evangile ! Elle devient alors une institution temporelle parmi d’autres car les puissances des ténèbres l’ont réduite momentanément à une sorte de « première » ONG mondiale qui accueille tout le monde et n’interpelle plus personne : une église ajustée à l’esprit du temps n’a plus rien à dire parce qu’elle a renoncé à annoncer à tous : Jésus est « Lumière du monde ! » (Jn 8,12).

Alors, pour vivre debout en cette fin des temps, c’est vers la Mère de l’Eglise qu’il faut nous tourner chaque jour à travers l’humilité et la puissance du saint Rosaire. Prenons conscience que nous avons entre les mains « une arme fatale » d’une invincible douceur : le Rosaire est l’Arme des doux pour sauver la paix du monde !

+Marie-Mickaël

 

[1] Du grec eskhata : « choses dernières » et logos : « parole, discours ». C’est une approche qui aborde la fin du monde aux derniers temps (Jude 18), aux derniers jours (2 Tm 3,1 / Jc 5,3), à la dernière heure (1 Jn 2,18), au dernier moment (1 P 1,5). Plus largement, les derniers temps désignent la période qui s’écoule entre la venue de Jésus et son retour à la Parousie (Ac 2,17 / He 1,2 / 2 P 3,3-13).

[2] Léon Bloy, Les larmes de Marie, cité dans Mariedenazareth.com

[3] Mgr Joseph E. Strickland, Évêque de Tyler, USA, 22 août 2023.

[4] « Veillez et priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme ! » (Lc 21,36).




Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie : 15 août 2023

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Luc : 1,39-56

Méditation évangélique mariale  

                  « La Sainte Vierge m’a protégée, même quand je ne la connaissais pas…

                      Même au fond du découragement et de la tristesse, quand j’étais esclave,

                  je n’ai jamais désespéré, parce que je sentais en moi une force mystérieuse… »

                                                                                          Sainte Joséphine Bakhita

 

          Avant d’approcher quelque peu ce mystère immense de joie et d’espérance qu’est pour l’Eglise l’Assomption de la très Sainte Vierge, il est éclairant de le situer au niveau historique, pour la France en particulier. En effet, en 1637, le Roi Louis XIII, sans héritier après 20 ans de mariage avec Anne d’Autriche, fait une démarche de foi audacieuse : il demande à ses sujets de faire le 15 août, dans chaque paroisse, une procession afin d’avoir un fils. Il est exaucé puisque naît le 5 septembre 1638 le futur « Roi-soleil » Louis XIV. En signe de reconnaissance, il décide alors de consacrer la France à la Vierge Marie en la prenant comme Protectrice et Patronne du Royaume : chaque année, le jour de la fête de l’Assomption, on fera donc dans chaque église « mémoire » de la consécration de la France à Marie à la grand-Messe, puis également par une procession solennelle après les vêpres. L’Edit est enregistré par le Parlement.

          Ainsi, le 15 août est Fête nationale depuis 1638. Cette reconnaissance par l’autorité royale sera confirmée par le Pape Pie XI lorsqu’il a proclamé la Sainte Vierge Patronne principale de la France le 2 mars 1922. C’est dire que l’acte de foi historique de Louis XIII place l’histoire de la France sous la vigilance maternelle puissante de Notre Dame. Elle veille sur son pays chéri et il ne faut pas l’oublier dans la terrible décadence actuelle. Le triomphe du « Cœur Immaculé » de Marie annoncé à Fatima s’opérera tout spécialement en France quand on croira que tout est perdu ! Le mystère de la miséricorde du Christ à travers la victoire de sa Mère surprendra autant ses élus que ses ennemis…

         On ne comprend rien à l’histoire souvent déroutante des peuples si l’on ne regarde avec foi le mystère central de la Crucifixion et de la Résurrection de Jésus-Christ qui, seul, donne sens à « toute l’histoire » ! On est « hors contexte » historique si l’on n’accueille et n’écoute la Sainte Vierge à travers ses « venues » sur la terre : Elle vient nous « réveiller » d’une foi faussement tranquille qui, souvent, a perdu l’urgence eschatologique des Evangiles ! Seule, cette foi vive nous tient « éveillés » comme l’étaient les premiers chrétiens dans la charité fraternelle et l’attente imminente du retour de Jésus… Un des grands risques de l’Eglise actuelle est qu’elle devienne de plus en plus une sorte d’ONG dont la voix répercute plus les priorités mondialistes que l’urgence du salut en Jésus-Christ ! Il est la seule « Espérance » pour l’avenir du monde et Saint Pierre nous prévient de la soudaineté de son retour : « Le Seigneur use de patience envers vous, ne voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir… Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur ! » (2 P 3,9-10). Alors, n’oublions jamais sa parole qui devrait nous bousculer chaque matin : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18,8).

         Dans la richesse des textes de la Solennité d’aujourd’hui, une expression biblique vient nous ouvrir une porte incontournable au mystère profond de l’Assomption. Dans le psaume, il est fait mention « d’une dame, sous les ors d’Ophir » à qui il est dit : « le Roi sera séduit par ta beauté ! » (Ps 44,10-12). Au-delà de l’aspect physique radieux de la bien-aimée ; on peut avancer qu’il s’agit surtout d’une beauté intérieure comme le mentionne le Cantique des cantiques : « Tu es toute belle, ma bien-aimée et sans tache aucune ! » (Ct 4,7). La liturgie applique d’ailleurs ce verset à l’Immaculée Conception de la Vierge. Mais ce qui saisit le regard de Dieu dans la beauté de Marie, c’est l’humilité sans fond de sa foi ! Car, mystérieusement, son absolue petitesse génère un amour fort qui la fera suivre son Fils jusqu’à la folie de la Croix… et son Assomption s’inscrit dans le même mouvement d’un amour sans limites : la bien-aimée est inséparable de son Bien-aimé !

         Celle que l’Esprit élève au jour béni de son Assomption n’a cessé toute sa vie de se cacher « à l’ombre de la puissance du Très-Haut… » (Lc 1,35). Et c’est pourquoi Elle est bien cette « Femme enveloppée de soleil ! » (Ap 12,1). Enveloppée parce que le Soleil est né d’Elle sur la terre : Elle est Mère de Dieu ! Et c’est pourquoi au jour de l’Annonciation, « il y a en la Vierge une descente de l’Esprit qui dépasse tout ce que les saints pourront jamais connaître, parce que c’était pour la proportionner à une tâche unique au monde[1] ! » En effet, quand le Sauveur crucifié élargit le Cœur de sa Mère aux dimensions de toute l’humanité par sa Parole créatrice (Jn 19,26-27), il la fait entrer dans une mission universelle inédite où elle devient la Mère de tout homme et de tous les hommes ! Ce qui fera dire à Saint Thomas d’Aquin : « Post esse Deum, esse Matrem Dei » – « Après être Dieu, être Mère de Dieu ! »

          Il nous est donné « aujourd’hui » comme jamais ce mystère de tendresse de la Mère de l’Eglise pour en vivre en plénitude : savoir s’abandonner entre ses mains de tendresse à l’imitation de Jésus qui s’est fait tout petit en son sein maternel… C’est là que nous pouvons trouver en toutes circonstances la protection et la paix de « la Femme » splendide et puissante car « la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ! » (Ap 12,1). Nous avons encore tant à grandir dans cette tendre et intime connaissance vis-à-vis de notre Mère du Ciel. Nous n’avons que si peu découvert sa constante Présence à nos côtés… car « nous ne pensons pas assez au mystère éternel de Marie, à sa vie actuelle, là-haut, dans le Ciel, au sein de la Trinité. Notre attention va souvent aux mystères de sa vie passée… mais le grand mystère actuel de son union à Dieu, de son action dans l’Eglise, on y pense moins. Et cependant, c’est le plus essentiel… Pensez souvent que, du haut du Ciel, le regard de Marie, à tout instant, se pose sur vous. Pensez que son Cœur vous aime et que sa main vous conduit : Marie n’est pas seulement une voie, c’est La voie par excellence [2]! »

          En ces derniers temps redoutables, la « Femme » nous protège face aux horreurs du « Dragon rouge feu » (Ap 12,3) qui déploie son enfer sur la terre avec duplicité… où les lois et les dépravations les plus affreuses se « normalisent » et isolent les résistances du bien. Alors, pour fortifier notre espérance, il nous faut plus que jamais en cette Solennité de l’Assomption contempler la beauté de Marie et reprendre notre chapelet pour expérimenter sa maternelle proximité. Et en priant fidèlement chaque jour son Rosaire, on lui permet d’établir nos âmes et nos vies dans le « Refuge » invincible de son Cœur Immaculé où nous chantons déjà son « Triomphe » qui est proche !

 

                                                                                                                  + M-Mickaël

[1] Cardinal Charles Journet, Entretiens sur Marie, Parole et silence, 2001, p.72.

[2] Père Vayssière, o.p., Le Rosaire, Traditions monastiques, 2018, p.99-100.




Méditation évangélique pour la Solennité de St Pierre et St Paul

Solennité de Saint Pierre et de Saint Paul  

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu : 16,13-19

Méditation Evangélique Mariale 

         

« Quand Paul aura ouvert les cœurs en prêchant, Pierre ouvre aux âmes le Royaume des cieux…

Tous deux ont reçu des clefs des mains du Seigneur,

Clef de la connaissance pour l’un, clef du pouvoir pour l’autre… »

Saint Maxime de Turin (vers 420)

Sermon, PL 57,403-404

 

         Césarée de Philippe est située dans le nord d’Israël, au pied de l’Hermon. C’est près de cette ville, aux sources du Jourdain, que Jésus effectue auprès de ses disciples une sorte de sondage évangélique sur son identité : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » (Mt 16,13). De fait, c’est un dialogue qui commence par le « dire » des foules sur Jésus, mais qui va aboutir à cette question beaucoup plus personnelle et profonde : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » (Mt 16,15). Cette question directe vient « sonder » l’intelligence du cœur de chacun… elle implique une réponse nette et précise sur l’identité de Jésus. C’est là que Pierre proclame :

        « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant ! » (Mt 16,16)

         C’est ici la racine unique où l’acte de foi de Pierre fonde La foi de l’Eglise en Jésus-Christ. A travers merveilles et épreuves, cette foi traversera les siècles jusqu’à aujourd’hui où les « signes » nous sont donnés pour entrer dans la vigilance extrême de « la foi des derniers temps ». Car la réponse du Seigneur vient susciter en nos cœurs une telle espérance ! Comme la Sainte Vierge, Il faut repasser en nos cœurs (Lc 2,19) chaque parole :

        « Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclare : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ! Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle ! » (Mt 16,17-18).

         « Heureux es-tu ! » dit d’abord le Seigneur pour proclamer que la foi est la « béatitude » première du chrétien, et que sur terre le bonheur et la paix viennent d’une foi qui ne cesse de grandir dans les joies et les épreuves. Car Jésus le précise : cette révélation faite à Pierre vient du Père « qui est dans les cieux ! » Et puis nous est faite cette promesse divine qui nous fortifie en ces épreuves ultimes de l’Eglise que nous vivons déjà aujourd’hui : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle ! » En araméen, Pierre se dit « Kêpha » dont le sens est si puissant : « Tu es Roc et sur ce Roc… » Ainsi, la foi de Pierre est l’assise première et solide sur laquelle toute l’Eglise repose car Pierre est le « vicaire » du Christ.

         L’approche de Saint Léon le Grand est ici lumineuse pour notre temps et elle fortifie la force de notre foi quand il met sur les lèvres du Christ :

        « Autrement dit : Je suis, moi, la Pierre inviolable, la Pierre angulaire qui réunit les deux murs ; je suis le Fondement, et nul ne peut en poser un autre. Mais toi aussi tu es Pierre, parce que tu es affermi par ma force ; et la puissance qui m’appartient en propre nous est commune parce que je t’en fais part. Sur cette puissance, dit-il, je bâtirai mon temple éternel ; et mon Eglise qui doit monter jusqu’au Ciel s’élèvera sur ce solide fondement de ta foi [1]. »

Il en est de même dans notre propre vie de foi : il y a toujours un moment où à travers les sécheresses spirituelles, des évènements imprévus, des épreuves déstabilisantes, nous sommes comme « sondés » dans notre foi en Jésus-Christ : et toi, que dis-tu de Lui ? Pour toi, qui est-il ? Notre foi chemine et persévère et c’est déjà une telle grâce ! Mais nous avons aussi nos chutes et nos fragilités… et c’est là qu’il faut bien comprendre que « les Apôtres ne sont pas exemplaires seulement par leurs vertus, mais aussi par leurs déficiences. Si le Saint-Esprit a voulu que ces déficiences soient manifestées dans l’Evangile, c’est précisément pour nous apprendre que nous risquons de ne pas faire mieux… Pierre et Paul sont les colonnes de l’Eglise ; l’un a trahi Jésus-Christ, l’autre l’a persécuté !…

          Il y a une seule catégorie de gens préservés de ce danger, ce sont ceux qui ressemblent à la Sainte Vierge par leur innocence et humilité. S’ils évitent ces catastrophes, c’est justement parce qu’ils sont convaincus d’être capables du pire par eux-mêmes, alors ils s’enfoncent dans la petitesse des enfants avec une telle profondeur que Dieu les tient à l’abri dans le creux du rocher… Ceux-là ne contesteront pas la nécessité de passer par bien des déconvenues, des désillusions et des retournements pour aimer Dieu et Jésus-Christ !

           La Sainte Vierge a été consciente du danger du péché – tranquillement consciente si j’ose dire, parce que « réfugiée » … C’est ce que j’appelle « la sécurité des humbles », des gens qui ne se croient pas plus forts que la tempête. Celui qui se réfugie ne prétend pas pouvoir faire face aux éléments déchaînés, il dit au contraire : « Je ne crains rien parce que j’ai un bon abri [2]… »

          Nous sommes entrés dans les terribles secousses des derniers temps où l’Ennemi de notre salut va avoir momentanément un pouvoir de tentation redoutable. Par le saint Rosaire et une vie sacramentelle fidèle, blottissons-nous chaque jour dans les bras de Marie pour vivre de « la sécurité des humbles » : là, tout près de son Cœur Immaculé, nous traverserons les épreuves finales dans la paix du Seigneur. Souvenons-nous des franciscains « indemnes » de la bombe atomique d’Hiroshima : ils priaient le Rosaire de la Vierge chaque jour [3] !

 

 + M-Mickaël

[1] Saint Léon le Grand, PL 54,150.

[2] Marie Dominique Molinié, Qui comprendra le Cœur de Dieu ? Saint Paul, 1994, p.89-90.

[3] Voir l’article témoignage : « Le Rosaire, plus puissant que la bombe atomique » dans le site internet « Aleteia », 28 février 2018.




Méditation évangélique mariale pour le 12ème dimanche du temps ordinaire : la confiance nous conduit à l’amour…

  Douzième Dimanche : 25 juin 2023  

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu : 10,26-33

Méditation Evangélique Mariale :    

 

« La confiance de l’homme envers Dieu touche ce dernier par sa constance…

car c’est par leur constance que les esprits des fidèles acquièrent la force ! »

Sainte Hildegarde de Bingen

 

 

        Dans un monde post-moderne qui veut tout maîtriser de la vie, la « crainte » est paradoxalement démultipliée : on a si peur de perdre tant de choses qu’on veut tout « assurer » … jusqu’aux animaux domestiques ! La peur est le signe d’un monde qui meurt, de plus en plus éloigné du mystère du Salut qui chante sans cesse la confiance. Une Sainte Thérèse de Lisieux en a fait le cœur de sa voie d’enfance spirituelle dans une expression simple qui exclut toute peur : « C’est la confiance et rien que la confiance, qui doit nous conduire à l’Amour[1] ! » Cette parole si simple renferme un trésor qui demande le temps de l’humilité pour commencer à en saisir le sens caché au cœur de nos vies… car elle tourne vers une source sans fond : « j’avais tant de confiance en la miséricorde infinie de Jésus[2] ! » précise-t-elle quand elle prie pour la conversion de Pranzini avant son exécution.

        Cet Evangile insiste tant sur la confiance dans la providentielle tendresse du Père qui se manifeste mystérieusement à chaque instant…  Il invite à un abandon total ! Jésus répète d’ailleurs par quatre fois : « Ne craignez pas ! » Il ne voit que trop bien les peurs de ses disciples, et spécialement celle de la mort qui dominera Pierre à la Passion du Seigneur :

       « Mais quelle chair ne craindrait la mort ? L’Apôtre Pierre la craignit, le tout premier ; et craignant de mourir, il renia la Vie. Pourquoi, sinon parce qu’il ne lui avait pas encore été donné de ne pas craindre ? Mais quand tu le lui eus donné, Seigneur, il put faire ce que tu commandais. Sois donc notre force, et fais-en nous ce que tu veux que nous fassions…

          C’est à l’espérance de prier, à la charité d’obtenir que tu donnes toi-même ce que tu commandes [3]! »

          Jésus veut nous guérir de nos peurs pour que nous entrions dans cette paix de notre âme où Il habite secrètement… nous pouvons souffrir en nos corps et nos psychologies par les épreuves de ce monde. C’est inévitable en cette vie. Mais cette paix du Christ cachée au fond de nos cœurs, nul ne pourra nous la ravir !

         Pour nous délivrer des peurs de ce monde, Jésus nous laisse deviner jusqu’où va la tendresse du Père déjà si absolue dans le mystère de la Création. Il nous faut vraiment laisser résonner en nos cœurs ces paroles de Dieu pour qu’elles deviennent la lumière de nos yeux :

       « Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un ne tombe à terre sans que votre Père le sache ! Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés ! Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux ! » (Mt 10,29-31).

       En écoutant ces paroles bouleversantes de Jésus, demandons la conversion de notre « regard » dans une société qui ne voit plus la beauté de la tendresse de Dieu dans la Création. Dieu nous aime au cheveu près ! Seigneur délivre mon regard…

       Demandons à la Sainte Vierge de nous faire participer à la douceur et la profondeur de son Regard maternel qui a cheminé sur terre dans la foi. Saint Padre Pio avait pour Elle une telle confiance que tout son amour s’exprimait dans un Rosaire quotidien sans fin… à tel point qu’on l’appelait « le Rosaire vivant ! » Et lui-même appelait le chapelet « son arme », « son épée » ! Il est mort en serrant son chapelet dans ses mains et en murmurant jusqu’à son dernier souffle les doux noms de Jésus et Marie…

       Pour fortifier notre chemin de foi quotidien vers le Royaume, retenons deux de ses conseils : « Il faut toujours rester ferme sur ces deux vertus : la douceur envers notre prochain et la sainte humilité envers Dieu… car Dieu veut que nos misères constituent le trône de sa Miséricorde et notre impuissance le siège de sa Toute-Puissance !… Et ce second conseil qui est le cœur de sa vie mariale : « Reste toujours plus serré contre cette douce Mère céleste, car Elle est la Mer qu’il faut traverser pour parvenir aux rivages des splendeurs de l’aurore éternelle [4] ! »

 

                                                                                                          +M-Mickaël

[1] Œuvres complètes de Sainte Thérèse de Lisieux, Lettre 197, p.553.

[2] Œuvres complètes, Manuscrit A, p.144.

[3] Rupert de Deutz, Sur Matthieu VIII, PL 168, 1499.

[4] Une pensée du Padre Pio pour chaque jour de l’année, Edition Padre Pio da Pietrelcina, 2000, p.7-8 et 86.