« L’horreur de l’Enfer ! » 1

1 – « large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition ! »

Mt 7,13

« La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu

en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur… »

Catéchisme de l’Eglise catholique, 1035

     Le terrible mystère de l’enfer est une « vérité de la foi » toujours délicate à aborder, et d’autant plus aujourd’hui où les notions de mal et de péché sont devenues relatives, jusqu’à être souvent dépassées, discréditées… c’est le dramatique glissement de « l’inversion des valeurs » où le mal est devenu peu à peu un bien et une soi-disant libération sans limites ; et voici que désormais le vrai, le bien et le beau inscrits dans la Création sont suspectés d’être un frein néfaste et oppressif pour l’homme d’aujourd’hui :  telle est le progressisme constant de nos sociétés dites « évoluées » !

Le bulldozer de l’évolution à « sens unique » vient  écraser toute résistance en écartant tôt ou tard tout dialogue pour arriver à ses fins… Comment ne pas deviner ici l’influence du Démon, à la fois subtile et puissante, sur l’égarement fou et normalisé de notre civilisation postmoderne ?

Alors, en préliminaire, mettons-nous à l’écoute d’une grande Sainte pour notre temps : Elisabeth de la Trinité ! Remarquable pianiste, elle a tant aimé la vie, la création, l’amitié et même s’habiller élégamment, belle époque oblige[1] ! Tout en étant très engagée dans sa paroisse, elle affectionnait les sorties, les amis, la mer, la montagne, la danse… elle aimait tout de la vie, mais elle en voyait le vrai sens : elle avait déjà cette sagesse des Saints qui font du Christ le centre et la passion de chaque instant de leur vie : « Il me semble que rien ne peut me distraire de Lui… même au milieu du monde, on peut l’écouter dans le silence d’un cœur qui ne veut être qu’à Lui [2] ! »

Elisabeth de la Trinité peut nous communiquer ce sens ultime de la vie qui vient faire échec aux ténèbres. Dans une de ses dernières lettres, qui nous est aussi destinée, elle écrivait avec beauté et gravité :

« L’heure approche où je vais passer de ce monde à mon Père, et avant de partir je veux vous envoyer un mot de mon cœur, un testament de mon âme. Jamais le Cœur du Maître ne fut si débordant d’amour qu’à l’instant suprême où Il allait quitter les siens ! (Jn 13,1). Il me semble qu’il se passe quelque chose d’analogue en sa petite épouse au soir de sa vie, et je sens comme un flot qui monte de mon cœur jusqu’au vôtre !… A la lumière de l’éternité, l’âme voit les choses au vrai point ; oh ! Comme tout ce qui n’a pas été fait pour Dieu et avec Dieu est vide ! Je vous en prie…  marquez tout avec le sceau de l’amour ! Il n’y a que cela qui demeure…

Que la vie est quelque chose de sérieux : chaque minute nous est donnée pour nous « enraciner [3]» plus en Dieu, selon l’expression de Saint Paul… Je vous laisse ma foi en la présence de Dieu, du Dieu tout Amour habitant en nos âmes. Je vous le confie : c’est cette intimité avec Lui « au-dedans » qui a été le beau soleil irradiant ma vie, en faisant déjà comme un Ciel anticipé[4]… »

Retenons ce « cri » d’Elisabeth qui vient interpeller notre vie actuelle quand elle affirme : « La vie est quelque chose de sérieux… Comme tout ce qui n’a pas été fait pour Dieu et avec Dieu est vide ! » C’est là que commence le glissement vers le non-sens abyssal des ténèbres qui peut mener à l’enfer…

Le Catéchisme de l’Eglise catholique nous prévient sur la « responsabilité » de chaque personne humaine dont les choix « persistants » en cette vie déterminent son éternité :

« Dieu ne prédestine personne à aller en enfer ; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu’à la fin. Dans la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes de ses fidèles, l’Eglise implore la miséricorde de Dieu, qui veut « que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir [5]» (2 P 3,9)

Et le Catéchisme nous avertit avec force et clarté pour nous délivrer de toute illusion et nous garder « vigilants » à demeurer coûte que coûte en état de grâce ! Sur la terre, tout passe… et nous avons à mener une lutte jour après jour pour ne pas louper le plus grand rendez-vous de nos vies : « Soyons dans la joie… car voici les noces de l’Agneau et son épouse s’est faite belle ! » (Ap 19,7). Laissons-nous encore enseigner et saisir par les vérités de la foi catholique issues de l’Evangile :

« Jésus parle souvent de la « géhenne » du « feu qui ne s’éteint pas[6] », réservée à ceux qui refusent jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir, et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le corps (Mt 10,28). Jésus annonce en termes graves qu’Il « enverra ses Anges qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité… et les jetteront dans la fournaise ardente ! » (Mt 13,41-42).

La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire…

Les affirmations de la Sainte Ecriture et les enseignements de l’Eglise au sujet de l’enfer sont un appel à la responsabilité avec laquelle l’homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un appel pressant à la conversion : « Entrez par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent ; mais étroite est la porte et resserré est le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent[7]! » (Mt 7,13-14)

Cette terrible réalité de l’enfer n’est pas une invention de l’Eglise, mais une vérité de la foi qui repose sur l’affirmation de la Parole de Dieu[8]. A une époque où règne un dangereux désert spirituel, on constate « un terrible silence » des pasteurs sur les conséquences éternelles du péché ! D’ailleurs, dans la prédication, qui parle encore du Purgatoire, de l’Enfer ou du Ciel ? Très peu de monde…

Où est donc passé le principe de « finalité » qui doit soulever toute la foi des chrétiens ? C’est parce que les choix de ma vie orientent toute mon éternité que mon regard de foi doit percevoir les réalités ultimes ! Alors, si le présent prépare à chaque instant l’éternité, avec quelle urgence le témoignage de la charité doit d’abord « retentir dans l’Eglise »… avant de déborder sur toutes les réalités sociales du monde. Saint Jean rapporte cette parole déterminante de Jésus qui traversera toute l’histoire de l’Eglise : « A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres ! » (Jn 13,35). Et l’on dira des premiers chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment ! »

L’enfer est la fermeture définitive à cet amour du Christ qui a donné sa vie sur la Croix pour que tous soient sauvés. Lors de plusieurs Audiences du mercredi, Le Pape Saint Jean-Paul II a abordé clairement ce mystère des fins dernières. Il a dit en particulier sur l’enfer :

« La «damnation» ne doit donc pas être attribuée à l’initiative de Dieu, car dans son amour miséricordieux, il ne peut vouloir que le salut des êtres qu’il a créés. En réalité, c’est la créature qui se ferme à son amour. La «damnation» consiste précisément dans l’éloignement définitif de Dieu librement choisi par l’homme et confirmé à travers la mort qui scelle pour toujours ce choix. La sentence de Dieu ratifie cet état. La foi chrétienne enseigne que, dans le risque du «oui» et du «non» qui distingue la liberté de la créature, certains ont déjà dit non. Il s’agit des créatures spirituelles qui se sont rebellées à l’amour de Dieu et qui sont appelées démons (cf. Concile du Latran IV: DS 800-801). Pour nous, êtres humains, leur vie résonne comme un avertissement: il s’agit d’un rappel constant à éviter la tragédie dans laquelle débouche le péché, et à modeler notre existence sur celle de Jésus qui s’est déroulée sous le signe du «oui» à Dieu.

La damnation demeure une possibilité réelle, mais il ne nous est pas donné de connaître, sans révélation divine particulière, quels êtres humains sont effectivement concernés. La pensée de l’enfer – et plus encore la mauvaise utilisation des images bibliques -, ne doit pas créer de psychose ni d’angoisse, mais représente un avertissement nécessaire et salutaire à la liberté, au sein de l’annonce selon laquelle Jésus le Ressuscité a vaincu Satan, nous donnant l’Esprit de Dieu, qui nous fait invoquer «Abba, Père» (Rm 8, 15; Ga 4, 6).

Cette perspective riche d’espérance prévaut dans l’annonce chrétienne. Elle est effectivement reprise dans la tradition liturgique de l’Eglise, comme en témoignent par exemple les paroles du Canon romain : «Accepte avec bienveillance, ô Seigneur, l’offrande que nous te présentons, nous tes ministres et toute ta famille… Sauve-nous de la damnation éternelle, et accueille-nous dans le troupeau des élus [9] ».

Durant ses nombreuses Apparitions, la Sainte Vierge revient régulièrement sur les conséquences éternelles du péché. Sa tendresse maternelle à notre égard la pousse à nous visiter et à nous avertir des dangers extrêmes d’une vie sans prière et sans conversion ! Elle vient faire résonner pour toute l’humanité le cri initial de son Fils dans l’Evangile : « Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout proche, convertissez-vous et croyez à l’Evangile ! » (Mc 1,15).

Et se convertir et croire à l’Evangile signifie « aimer » en suivant Jésus jusqu’à la plénitude de son Cœur ouvert sur la Croix… là, et pas ailleurs, est la victoire absolue sur l’enfer ! Comme dans le film de Mel Gibson « la Passion du Christ » : au moment où le Sauveur meurt sur la Croix, Satan est définitivement vaincu car le Ciel est à jamais « ouvert » et le salut est offert à chaque personne humaine ! Alors, laissons retentir en nos vies cet appel  biblique « majeur » à vivre  cette double vigilance du cœur qui n’en fait qu’une : celle de la prière incessante et de la charité sans limites ! On est là au cœur de l’Evangile :

« Veillez et priez en tout temps, afin d’avoir afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme ! » (Lc 21,36). Et l’Ancien testament nous avait déjà orientés vers cette vigilance intense du cœur : « Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore ! » (Ps 129,6) car « sa venue est certaine comme l’aurore ! » (Os 6,3).

Et selon l’Evangile, cette vigilance extrême du cœur pour « la Venue » du Seigneur doit aussi se manifester dans l’amour des pauvres qui nous entourent : aux pauvres de moyens comme aux pauvres de sens… Jean, le plus contemplatif des Apôtres l’a prophétisé :

« Les ténèbres s’en vont et la véritable lumière brille déjà… Quant à nous, aimons, puisque Lui nous a aimés le premier !… Et voici le commandement reçu de Lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère ! » (1 Jn 2,8 et 4,19 ;21).

                                                                                                      +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, 18 juillet 1880 – 9 novembre 1906. Voir mes deux livres : Une soif d’infini, Elisabeth de la Trinité, sa vie, son visage, le Jubilé, 2006 et Toucher l’Infini, Elisabeth de la Trinité, une spiritualité prophétique, le Jubilé, 2007.

[2] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Lettre 38, Cerf 1991, p.278.

[3] Col 2,7 et Ep 3,17

[4] Lettre 333.

[5] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1037.

[6] Mt 5,22 et 29 ; 13,42 et 50 / Mc 9,43-48.

[7] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1034 / 1035 / 1036.

[8] Pour ne citer que quelques passages : Mt 25,41-46 / Lc 12,5 / Lc 16,27-31 / Mc 9,43-48 / 1 Cor 6,9-10 / 2 Th 1,9 / Ap 21,8.

[9] Saint Jean-Paul II, Les fins dernières, la vie, la mort, le Ciel, le purgatoire, l’enfer / Audiences du mercredi, 28 juillet 1999.




Le feu purificateur du Purgatoire !

« N’hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis

et à offrir nos prières pour eux ! »

Saint Jean Chrysostome

      L’existence du Purgatoire est un effet de l’infinie miséricorde de Dieu. Il a inventé ce lieu pour l’ultime purification de beaucoup de ses enfants pas encore totalement traversés par son feu d’amour. Là s’achève leur transformation vers la sainteté pour rejoindre la Jérusalem céleste !…

Dès les premiers temps de l’Eglise, la tradition liturgique a mentionné l’existence d’un état après le passage de la mort : là, les âmes sont « purifiées » avant de parvenir au Ciel à la plénitude de la gloire. Cet état, la Tradition l’appelle « Purgatoire » qui vient du latin « purgare » (purifier, nettoyer, clarifier…). Ainsi, il ne s’agit pas ici d’une certaine approximation mais d’une vérité de foi. Le catéchisme de l’Eglise Catholique nous rappelle que le mystère du Purgatoire fait partie de la doctrine de la foi et qu’il est donc à recevoir avec sérieux par tous les croyants :

« Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du Ciel.

L’Eglise appelle « Purgatoire » cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L’Eglise a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence et de Trente. La tradition de l’Eglise, faisant référence à certains textes de l’Ecriture, parle d’un feu purificateur[1]. »

Sainte Catherine de Gênes a reçu de Dieu des lumières décisives  sur l’expérience de chaque âme au Purgatoire. Elle écrit en particulier dans son Traité sur le Purgatoire : « L’âme quittant le corps et ne trouvant pas en elle cette pureté dans laquelle elle a été créée, voyant aussi les empêchements qui retardent son union avec Dieu, comprenant que le Purgatoire peut seul les écarter, s’y jette d’elle-même promptement et volontairement… » Et Sainte Catherine poursuit avec une remarquable précision théologique : « L’âme est consciente de l’immense Amour et de la parfaite Justice de Dieu et, par conséquent, souffre de ne pas avoir répondu de façon parfaite à cet Amour, tandis que l’Amour même de Dieu la purifie des scories de son péché… Ainsi le cœur humain est-il envahi par l’amour de Dieu qui devient l’unique guide, l’unique moteur de son existence[2]. »

Sainte Faustine, prophète de la miséricorde, est aussi un témoin plus récent qui a visité le Purgatoire. Dans son « Petit journal », elle relate son expérience saisissante du Purgatoire :

« Je vis mon Ange Gardien qui m’ordonna de le suivre. En un instant, je me trouvai dans un endroit brumeux, rempli de feu, et là une multitude d’âmes souffrantes. Ces âmes prient avec ferveur, mais sans efficacité pour elles-mêmes, nous seuls pouvons les aider. Les flammes qui les brulaient ne me touchaient pas. Mon Ange Gardien ne me quittait pas un seul instant. Et je demandai à ces âmes quelle était leur plus grande souffrance. Elles me répondirent d’un commun accord, que leur plus grande souffrance était la nostalgie de Dieu…

J’ai vu la Mère de Dieu, visitant les âmes au Purgatoire. Les âmes l’appellent « Etoile de la mer ». Elle leur apporte du soulagement. Je voulais encore leur parler, mais mon Ange Gardien m’a donné le signal du départ… Depuis ce moment, je suis en relations plus étroites avec les âmes souffrantes[3] ! »

La réalité du Purgatoire contribue à nous donner un autre regard sur le sens du péché et du bonheur en nos vies. Oui, le Christ dans l’Evangile nous appelle tous à la seule plénitude dont la  joie ne passera pas… mais peu comprennent que le mystère de la Croix en est l’unique porte ! Il ne s’agit pas de ne plus aimer la vie, mais de tomber follement amoureux de Celui qui est « la Voie, la Vérité et la Vie ! » (Jn 14,6). N’est-ce pas le témoignage éloquent des Saints de toutes sortes et de tous les milieux qui sont la « la lumière du monde » à travers les siècles ? (Mt 5,14).

En effet, quand cet amour Unique habite nos cœurs ; alors nos épreuves sur la terre, souvent bien lourdes et incompréhensibles, ont un sens et deviennent des préparations purificatrices « si » nous les vivons dans la grâce de la foi, la puissance de l’amour et la force de la prière… ainsi, jaillit alors en nos vies « la lumière de l’espérance » qui nous prépare dans la patience à une autre Vie, belle au-delà de toute attente… Car dans l’amour infini et sauveur de Jésus-Christ, Dieu  nous appelle tous au bonheur éternel du Ciel dans son Royaume avec la multitude des Anges et des Saints!

Relisons souvent le Chapitre 21 de l’Apocalypse de Saint Jean pour nous laisser saisir par la beauté de « l’Epouse de l’Agneau… avec en elle, la gloire de Dieu ! » (Ap 21,9 et 11). N’oublions jamais que sur terre, « le désir du Ciel » est à cultiver en demandant souvent à la Sainte Vierge la grâce de « la persévérance finale » !

Le purgatoire témoigne enfin de l’infinie miséricorde de Dieu pour les pécheurs si fragiles que nous sommes… Le Saint Padre Pio avait cette réflexion si juste : « Le Purgatoire est doux car on y souffre pour l’amour de Dieu ! » Et il ajoutait cette vérité qui doit aussi traverser notre vie jusqu’au dernier instant :

« J’ai une telle confiance en Jésus que, même si je voyais l’enfer ouvert devant moi et que je me trouvais au bord de l’abîme, je ne douterai pas de Lui, je ne désespérerai pas, je me fierai à Lui ! Voilà la confiance que sa Bonté m’inspire… car s’Il ne m’avait pas tendu la main, qui sait combien de fois ma foi aurait vacillé, mon espérance et ma charité se seraient affaiblies et mon intelligence se serait obscurcie, si Jésus, Soleil éternel, ne l’avait pas illuminée !… Je reconnais que tout est l’œuvre de son Amour infini. Non seulement Il ne m’a rien refusé, mais je tiens à déclarer qu’Il m’a donné plus que je lui ai demandé[4] ! »

Le Purgatoire est « un lieu de douleur » où l’âme est purifiée du non-amour de ses  péchés en ayant une incessante nostalgie de Dieu… mais c’est aussi et surtout « un lieu d’espérance » où l’âme reçoit ce désir d’être transformée dans le feu de l’Amour : car au bout du tunnel, elle aboutira au Ciel

où éclatent la Lumière et la Joie de Dieu ! L’âme enfin traversée par l’infini bonheur du Très-Haut  se joindra « pour toujours » à la Cour céleste des Anges et des Saints ! Elle connaîtra enfin la gloire de la Miséricorde dans les bras du Christ Sauveur qui lui dira : « Au Vainqueur, je donnerai de la manne cachée ; je lui donnerai aussi un caillou blanc… portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit ! » (Ap 2,17).

                                                                                               +Marie-Mickaël

[1] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1030 – 1031.

[2] Citations tirées de la catéchèse sur Sainte Catherine de Gênes (1447-1510) du Pape Benoît XVI le 12 janvier 2011.

[3] Sainte Faustine, Petit Journal, n° 20.

[4] Saint Padre Pio, Lettre au Père Agostino, 2 décembre 1912.




Tous saints en Marie ! Les saints du 3°millénaire naîtront du Cœur Immaculé de Marie !

« Heureuse et mille fois heureuse est l’âme ici-bas,

à qui le Saint-Esprit révèle le secret de Marie… »

Saint Louis Marie de Montfort

Le secret de Marie, 20

         Nous avons tous à mieux découvrir les voies du Saint Esprit dans l’œuvre du salut pour éclairer et fortifier notre foi en Jésus-Christ. Et c’est pourquoi il faut toujours revenir à ce si simple et indicible mystère « Source » qu’est l’Annonciation. Là, l’Esprit fait par Marie[1] et en Marie « l’œuvre indicible » du Verbe fait chair ! Et ce que laisse pressentir les paroles de L’ange devrait nous bouleverser : « L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu ! » (Lc 1 ,35). Il faut peser chaque mot et chaque promesse car ici, tout bascule, tout commence et se renouvèle dans un monde qui était si loin de Dieu… et auquel Dieu se lie et se livre à jamais !

Il faudrait revenir ici à l’expérience « unique » du prophète face à fidélité de Dieu qui est folle, démesurée car « ce jour-là, Osée a compris, et on n’avait jamais compris avant lui, quels étaient les motifs secrets de la jalousie de Dieu. Que cette jalousie, c’était en réalité l’envers, et en même temps la pierre de touche, d’un sentiment qu’on aurait jamais imaginé chez le Créateur à l’égard de sa créature : que Dieu soit amoureux de sa créature, amoureux de ce qui ne tient sa vie que de lui… et cependant il ne s’agit pas seulement de pitié, de compassion, de « se pencher vers », il s’agit d’aimer. Or, il n’y a pas d’amour sans admiration… dans la pitié, il y a la certitude qu’on est mieux placé que l’autre, on se penche vers la misère de l’autre, tandis qu’un amour authentique dit toujours admiration. Et quand Dieu dit qu’il aime, c’est très grave, cela voudrait dire qu’il admire… Oh ! que le miséricordieux en soit attendri tant qu’on voudra, mais qu’il aime[2] ? »

Il est capital d’être habité par cette découverte incontournable du prophète Osée si l’on veut quelque peu approcher la folie de l’Amour de Dieu dans le mystère de l’Incarnation…  et que Saint Jean a résumé d’une phrase qui traverse les siècles : « Dieu est Amour ! » (1 Jn 4,16). Et « le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ! » (Jn 1,14).

Et le plus grand des mystères s’est opéré dans le sein d’une jeune fille de Nazareth : « Et le nom de la vierge était Marie ! » (Lc 1,27).   il faut ici en percevoir toutes les conséquences : de la Visitation au pied de la Croix (Jn 19,26-27) et de la Pentecôte (Ac 1,14) à l’Assomption ; nous avons à découvrir combien l’Esprit est toujours intimement uni à son Epouse. Ils sont à jamais liés dans le Cœur de l’Eglise pour une mystérieuse fécondité… Un des grands chantres de Marie l’a proclamé :

« Marie a produit, avec le Saint-Esprit, la plus grande chose qui ait été et sera jamais, qui est un Dieu-Homme, et elle produira conséquemment les plus grandes choses qui seront dans les derniers temps… La formation des grands saints qui seront sur la fin du monde lui est réservée ; car il n’y a que cette Vierge singulière et miraculeuse qui peut produire, en union du Saint-Esprit, les choses singulières et extraordinaires… Quand le Saint-Esprit, son Epoux, l’a trouvée dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment et autant qu’elle donne place à son Epouse[3]… »

Ce mystère de l’Union sacrée entre l’Esprit et Marie pour la sanctification des élus a ses prophètes à travers plusieurs  grands saints de l’époque récente[4]… mais ils ne font qu’annoncer l’apogée des « grands saints des derniers temps » entrevue par De Montfort : ils seront enfantés dans le sein de Marie selon une intuition magistrale du plus grand des Pères de l’Eglise :

« Saint Augustin se surpassant soi-même et tout ce que je viens de dire, dit que tous les prédestinés, pour être conforme à l’image du Fils de Dieu, sont en ce monde cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris, entretenus et agrandis par cette bonne Mère, jusqu’à ce qu’elle les enfante à la gloire, après la mort, qui est proprement le jour de leur naissance, comme l’Eglise appelle la mort des justes. O mystère de grâce inconnu[5] !… »

La sainteté du 3°millénaire sera démesurément « mariale » dans l’humilité de la Vierge et la puissance du Saint-Esprit : là, les plus petits brilleront de l’invincible tendresse du Cœur Immaculé de Marie… car son Cœur est le « Refuge » unique et secret des derniers temps en lequel, face à Dieu, nous serons « Saints et immaculés en sa présence dans l’amour… » (Ep 1,4)

                                                                                          +Marie-Mickaël

 

[1] Elle est celle dont l’abandon personnel à Dieu, l’amour pour Dieu, l’humilité furent tels que Dieu put naître d’elle… L’Incarnation eût été tout aussi impossible sans le « voici la servante du Seigneur » de la Vierge que sans la volonté du Père ! » Antoine Bloom, Evêque orthodoxe, L’école de la prière, Seuil 1972, p. 151-152.

[2] Dominique Barthélémy, op., Dieu et son image, ébauche d’une théologie biblique, Cerf 1973, p. 159-160.

[3] Saint Louis-Marie de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 35-36.

[4] Pensons à Saint Jean Bosco, Sainte Bernadette de Lourdes, Saint Maximilien-Marie Kolbe, Saint Padre Pio… et tant d’autres !

[5] Saint Louis-Marie de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 33.




Le Rosaire fait éclore la paix… Il est l’Arme puissante des derniers temps !

« Le Rosaire nous apprend le secret de la paix ! »

Saint Jean-Paul II

    Des enfants qui prient le chapelet avec ferveur sont plus puissants que de redoutables armées ! Voilà un des grands messages de la Sainte Vierge à Fatima… Cela signifie que celui et celle qui croit à « la puissance cachée » du Rosaire tient l’avenir de l’humanité entre ses mains priantes ! Nous ne comprenons toujours pas que Dieu aime triompher par ces petits dont « la confiance » en Lui peut bouleverser le cours de l’histoire ! Et pourtant : de Moïse à Elie, et jusqu’au petit David terrassant le géant Goliath… La Bible nous enseigne que la victoire est toujours donnée à la folle confiance des enfants qui ne s’appuient que sur Dieu seul !

Et c’est pourquoi le chapelet s’inscrit dans cette sagesse biblique, mais dans la perspective néotestamentaire des derniers temps après la venue du Messie : la fronde et les pierres de David sont devenues le Rosaire et ses mystères qui conduisent à la victoire à travers la beauté et l’humilité du Cœur de la Vierge Marie… son chapelet est devenu l’arme puissante calquée sur les 150 psaumes. En le priant avec amour et persévérance, en l’offrant chaque jour à Marie, nous protégeons la paix du monde et hâtons le triomphe de son Cœur Immaculé : car la Vierge est bien cette « Femme enveloppée de soleil » (Ap 12,1) qui nous prépare au retour de Jésus ! Et en ce temps d’urgence, elle a remis entre nos mains le trésor du Rosaire pour la paix de nos cœurs et la paix du monde… Ce fut un des grands messages de Saint Jean-Paul II :

« Le Rosaire nous apprend le secret de la paix et en fait un projet de vie… car dans la tranquille succession des Ave Maria, le Rosaire exerce sur celui qui prie une action pacificatrice qui le dispose à recevoir cette paix véritable, qui est un don spécial du Ressuscité (Jn 14,27 et 20,21), et à en faire l’expérience au fond de son être, en vue de la répandre autour de lui[1]… »

Ces quelques lignes nous laissent deviner combien le Saint Père était habité par la grâce incomparable du Rosaire. Ne fût-il pas le prophète de la paix par excellence ? C’est à travers son Rosaire quotidien qu’il l’était… conduit par la tendresse du Cœur Immaculé de Marie !

Alors, suivons ses traces en cette fin des temps chaotique ! Que notre vie devienne un « Rosaire continuel » où chaque instant est tourné vers le Regard de Marie. Et prenons de plus en plus conscience que nous avons entre les mains une arme fatale, un laser imparable, une invincible douceur qui peut vaincre toutes les violences et les guerres en faisant triompher la paix :

« En réalité, tandis qu’il nous conduit à fixer les yeux sur le Christ, le Rosaire nous rend aussi bâtisseurs de la paix du monde. Par sa caractéristique de supplication communautaire et insistante, pour répondre à l’invitation du Christ « à toujours prier sans se décourager » (Lc 18,1), il nous permet d’espérer que, même aujourd’hui, une « bataille » aussi difficile que celle de la paix pourra être gagnée[2] ! »

Le Rosaire est l’arme des doux et il fait de nous des « artisans de paix » (Mt 5,9). Il est aujourd’hui notre premier engagement pour la paix ! Car, traversés par la tendresse de Marie,  nous  pourrons alors affronter les terribles défis actuels avec l’espérance au cœur et la douceur dans le regard…

+Marie-Mickaël

 

[1] Saint Jean-Paul II, Lettre « Le Rosaire de la Vierge Marie », 16 octobre 2002, n° 40.

[2] Saint Jean-Paul II, Lettre Rosaire, n° 40.




L’invincible douceur du Rosaire pour la Paix !

« Heureux les doux car ils posséderont la terre ! »

Matthieu 5,4

       Il faut se souvenir ici de « l’avertissement » marial donné à Saint Padre Pio lors d’un rêve inoubliable où il était en danger de mort… la Vierge lui dit avec force : « Ne crains rien, je suis là ! Prends ton arme et sers-t’en ! » L’arme dont il s’agit ici n’est pas un revolver ou une kalachnikov, mais bien sûr un chapelet : la seule puissance qui peut arrêter toutes sortes de guerres et rétablir la paix dans les cœurs et dans le monde ! Souvenons-nous ici de la parole prophétique de Sœur Lucie de Fatima : « Depuis que la Très Sainte Vierge a donné une grande efficacité au chapelet, il n’y a pas de problème matériel ou spirituel, national ou international, qui ne puisse être résolu par le chapelet et nos sacrifices ! »

Dans ces paroles de la Vierge à Padre Pio, comme dans celles de sœur Lucie, est révélé le secret de la victoire sur les forces du mal et de la division. Le 13 mai 1917, à Fatima, Notre Dame n’avait-t-elle pas promis la fin de la première guerre mondiale : « Je suis du Ciel… récitez le chapelet tous les jours, pour obtenir la paix pour le monde ! » Et en passant par la victoire de Lépante[1] et tant d’autres prodiges… laissons-nous émerveiller par la douce puissance du Rosaire de la Vierge ! Par le Notre Père l’Ave et le Gloria,  cette prière mariale n’est-elle pas la plus évangélique ? Et face au défi de la disparition de notre civilisation chrétienne évoqué par Philippe de Villiers[2], la survie jusqu’à la Renaissance viendra par le « réveil » de la prière du Rosaire de Marie[3]

Alors, face aux tentations de lâcher cette prière ou de la prier trop mécaniquement, sans attention du cœur, soyons persuadés que le chapelet est l’arme secrètement puissante et invincible… car elle est le « cri » des pauvres et des petits qui triomphe sur les forces du Mal ! Péguy en était persuadé quand il faisait dire au Seigneur :

« Récite ton chapelet, dit Dieu !

Et ne te soucie pas de ce que raconte tel écervelé :

Que c’est une dévotion passée qu’on va abandonner…

Cette prière-là, je te le dis,

Est un rayon de l’Evangile ;

On ne la changera pas…

Ce que j’aime dans le chapelet, dit Dieu,

C’est qu’il est simple et qu’il est humble,

Comme fut mon Fils,

Comme fut sa Mère[4]… »

N’oublions donc jamais que le Rosaire n’est pas simplement une dévotion répétitive, mais qu’il est par excellence au quotidien « l’apprentissage de la douceur » : à travers lui, Marie nous façonne à l’image de Jésus « doux et humble de cœur » (Mt 11,29). En effet, inspiré et traversé  par l’amour, il commence dans l’humilité, se creuse dans la patience pour nous conduire à la paix rayonnante. C’est un chemin simple et mystérieux où, peu à peu, L’Esprit ouvre une « brèche » dans notre cœur de pierre. C’est un itinéraire où, Ave près Ave, la Vierge nous emporte dans le mystère de la « douceur trinitaire »…  elle va d’ailleurs opérer dans notre cœur de pécheur un terrible conflit :

« Le cœur de pierre et le cœur de chair souffrent l’un par l’autre. L’amour souffre d’étouffer dans notre cœur de pierre, qui souffre à son tour d’être attaqué du dedans et finalement « déchiré » par la douceur de Dieu ! Déchirement inexprimable dont parle Saint Paul : « Nous gémissons dans les douleurs de l’enfantement avec des gémissements ineffables… » (Rm 8,26). On parle de la « douceur déchirante » des couchers de soleil, de certaines musiques. Mais la douceur de Dieu est infiniment plus déchirante et en même temps, c’est la béatitude ! Demandons la joie d’être déchiré par l’appel de l’Amour… Pour nous y aider, Dieu nous offre la Sainte Vierge. Elle ne nous dispensera pas des douleurs, mais nous évitera celles que nous ajoutons par notre faute. Elle est une invention et un don de Dieu, un geste par lequel Il veut adoucir les douleurs[5]… »

Cette approche si juste du combat spirituel nous laisse « entrevoir » la profondeur mariale de la seconde béatitude évangélique : « Heureux les doux car ils posséderont la terre ! » (Mt 5,4). J’ai toujours pensé que cette béatitude était secrètement « mariale », liée à la terre du Cœur de Marie. Si nous l’habitons par la fidélité au Rosaire, nous serons travaillés, purifiés, adoucit et enflammés par l’œuvre du Saint Esprit… Qui dira la puissance « cachée » du Rosaire de Marie ? Elle est un mystère de pauvreté, de douceur et de paix opéré par la Vierge au fond de nos cœurs…

                                                                                                   +Marie-Mickaël

 

[1] La Fête de Notre-Dame du Rosaire fut instituée par le Pape Saint Pie V en la Fête de « Notre-Dame de la Victoire » (1571) en action de grâces pour « la victoire de Lépante » où : face à une flotte musulmane supérieure, les forces chrétiennes nettement désavantagées furent victorieuses ! De fait, le Pape Pie V avait appelé de Rome toute l’Europe à prier le chapelet pour la victoire, tandis que lui avait rassemblé une foule à Rome priant le Rosaire ! C’est une victoire décisive et historique car elle a empêché l’invasion islamique de toute l’Europe… Ne sommes-nous pas confrontés au même défi encore plus grave aujourd’hui sur notre propre terre européenne ?

[2] Voir son livre « Mémoricide », Fayard 2024.

[3] Je sais qu’il existe déjà bien des mouvements marials de qualité qui prient le chapelet pour la paix du monde… mais Il faut créer « d’urgence » en France et dans les autres nations européennes une immense « Communion mondiale de Rosaire quotidien » pour la  conversion évangélique des nations chrétiennes décadentes et celle de l’invasion islamique ! Cela commence dans les familles, les consacrés sous différentes formes, les paroisses, les mouvements de jeunes, les entreprises, les sanctuaires et lieux marials majeurs ou cachés : partout doit monter vers Dieu le Rosaire mondial du combat quotidien pour triompher du mondialisme transhumaniste et de la colonisation musulmane !

[4] Charles Péguy, « Chantre de Chartres ».

[5] Marie Dominique Molinié, Qui comprendra le Cœur de Dieu ? Saint-Paul 1994, p.114-116.




« Lui ouvrir dès qu’il viendra ! »

« Soyez semblables à des gens qui attendent leur Maître à son retour de noces,

afin de lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera !

Heureux ces serviteurs

que le Maître, à son arrivée, trouvera fidèles à veiller ! » (Luc 12,36-37)

     Dans les temps qui sont les nôtres, revenons d’urgence aux Evangiles des temps de la fin. Il ne s’agit pas d’une fuite vers l’avant…  mais d’une foi  habitée par le réalisme eschatologique de la Parole de Dieu : « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour va venir votre Maître ! » (Mt24,42). Car selon l’Evangile, la « Source » de l’Amour résonne à travers deux appels qui viennent frapper à notre porte : d’abord, l’appel au silence du cœur pour laisser résonner « le cri » de l’incessante prière vers la Présence cachée, mystérieuse, mais non moins réelle du Seigneur ressuscité. N’a-t-il pas affirmé avant de monter vers le Père : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps !… » (Mt 28,20). « Veillez et priez en tout temps ! » (Lc 21,36). Et aussi cet autre appel, indissociable du premier, où s’accomplit la plénitude de l’amour de Dieu : « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas !… Si Dieu nous a tant aimés, nous devons nous aimer les uns les autres ! (1 Jn 4,20 et 11) Telle est la Parole de Dieu qui nous interpelle, puisque proclamée par le plus contemplatif des Apôtres !

Ainsi, à la suite des Apôtres et des premiers chrétiens, les Saints et les Saintes de tous les temps sont les témoins lumineux de ces deux absolus de l’Evangile. Ils furent tous de grands priants débordants de charité fraternelle ! Mais la vie de certains a mis plus en relief l’un ou l’autre appel : pensons à Saint Bruno, fondateur des Chartreux, qui, par toute sa vie, a témoigné de cette vocation contemplative où, dans la solitude du désert, Dieu révèle son Visage… Dans un appel au silence fondé sur l’Evangile, n’écrivait-il pas à son meilleur ami :

« Quelle utilité, quelle joie divine la solitude et le silence du désert apportent à qui les aime, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience… Ici, on s’efforce d’acquérir cet œil dont le clair regard blesse l’Epoux d’amour et dont la pureté donne de voir Dieu ! Ici, on jouit d’un loisir sans oisiveté, on se repose dans une action tranquille. Ici, pour le labeur du combat, Dieu donne à ses athlètes la récompense désirée : une paix que le monde ignore et la joie dans l’Esprit-Saint. Telle est la meilleure part que Marie a choisie (Lc 10,42) et qui ne sera pas enlevée[1] ! »

Ecoutons maintenant un Saint Vincent de Paul qui fût pour les plus pauvres ce merveilleux visage du Christ : « Les âmes humbles, simples et charitables sur la terre, sont des soleils que Dieu dans le Ciel montrent aux bienheureux qui l’entourent… car dans l’autre monde, ce seront les pauvres qui ouvriront les portes à leurs bienfaiteurs[2] ! »

Quelles merveilles a fait naître l’Evangile pour nous tous dans l’histoire de l’Eglise ! Et il nous faut retrouver d’urgence cette indicible joie de veiller dans la prière et dans l’amour… avec ce bonheur d’attendre avec patience car nous n’avons qu’une vie pour dire à Dieu : « Je t’aime plus que tout ! » N’est-il pas notre Créateur et notre Sauveur ? Les Saintes et les Saints l’ont proclamé par toute leur vie : la persévérance dans « l’attente joyeuse » est le signe lumineux de la grâce et de l’élection ! Cela vient contredire avec force « l’immédiateté » consommatrice de notre civilisation décadente… car Il y a un « bonheur de la patience » fondé sur la force de l’humilité qui vient nous délivrer de l’orgueil de vouloir dominer toujours et partout ! Dans une entreprise comme dans une vie, ceux et celles qui ne voient que la performance deviennent inhumains… ils sont devenus incapables de cette « écoute miséricordieuse » qu’a eu le Christ avec les pauvres et les pécheurs que nous sommes tous !

Je pense ici à une remarque de sagesse sur la mission de Saint Jean Chrysostome qui affirmait :

« Dieu ne nous demande pas de réussir mais de travailler ! Or, notre travail ne sera pas moins récompensé parce qu’on ne nous aura pas écoutés… Le Christ savait bien que Judas ne se convertirait pas et pourtant jusqu’à la fin il essayait de le convertir, en lui reprochant sa faute dans les termes les plus touchants : « Ami, pourquoi es-tu venu ? » (Mt 26,50). Or, si le Christ, le modèle des pasteurs a travaillé jusqu’à la fin à la conversion d’un homme désespéré, que ne devons-nous pas faire pour ceux envers qui il nous est ordonné de toujours espérer[3] ! »

Cet élan de gratuité des « pauvres de cœur » est déjà l’œuvre de l’espérance : ils désirent sans cesse la victoire de la Lumière et de l’Amour… mais ils sont libres face à  l’immédiateté de l’issue et de la réussite que Dieu seul donnera par des chemins qui nous échappent ! Cela vaut autant pour la mission que pour la conversion : l’important n’est pas de réussir mais de se battre jusqu’au bout ! La Tradition de l’Eglise appelle ce trésor le don de la « persévérance finale ». Cela implique que notre cœur soit habité par « un incessant désir » qui soulève notre prière ! Car « le cœur qui crie » brûle d’un amour déjà éternel comme l’a admirablement découvert Saint Augustin :

« Tout mon désir est devant Toi ! » (Ps 37,10). Non pas devant les hommes qui ne sauraient voir le cœur ; mais c’est « sous tes yeux que sont mes désirs… Et mon Père qui voit dans le secret te le rendra ! »(Mt 6,6). Car ton désir, c’est ta prière ; et si ton désir est continuel, ta prière est continuelle. Aussi, n’est-ce pas en vain que l’Apôtre a dit : « Priez sans cesse ! » (1 Th 5,17)… mais je ne crois pas que nous puissions le faire sans relâche.  Il est cependant dans l’âme une autre prière incessante, qui est le désir. Quoi que tu fasses, tu ne cesses point de prier, si tu désires le repos du Ciel. Si donc tu ne veux pas interrompre ta prière, n’interromps pas ton désir. Un désir incessant est une voix continuelle. Te taire, ce serait ne plus aimer. Qui donc se sont tus ? Ceux dont il est dit : « Et comme l’iniquité se multiplie, la charité de beaucoup se refroidira ! » (Mt 24,12). La charité qui se refroidit, c’est le silence du cœur ; la flamme de la charité au contraire est le cri du cœur ! Si ta charité demeure fervente, tu cries toujours ; si tu cries sans cesse, tu désires toujours[4] ! »

Ainsi, comme l’affirme Saint Paul : « Espérer ce que nous ne voyons pas, c’est l’attendre avec constance ! » (Ro 8,25). Et c’est sans aucun doute l’œuvre mystérieuse de l’Esprit au plus profond de notre cœur : « L’Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons pas prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables… et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu ! » (Ro 8,26-27).

                                                                                          +Marie-Mickaël

 

[1] Lettre à Raoul le Verd, Sources Chrétiennes, n° 88, p.71.

[2] Maximes spirituelles, 1576.

[3] Saint Jean Chrysostome (345-407), Commentaire Evangile de Saint Matthieu.

[4] Saint Augustin, Discours sur les psaumes, Psaume 37, n° 14, Tome1, Sagesses chrétiennes, Cerf 2007, p.553.




Consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie, Méditation ultime

Consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie

Méditation ultime  

« Cœur Immaculé de Marie, doux Refuge des derniers temps !

Protège-moi ! Veille sur moi ! »

      Tel est le « cri » final de cette consécration : un désir immense d’entrer dans le « Refuge » du « Cœur Immaculé de Marie » pour demeurer fidèle à Jésus et vivre en paix l’épreuve ultime des derniers temps qui s’accélère !… Il faut donc le redire inlassablement pour que cela devienne en nos vies une urgence première et régulière : chaque samedi et grandes Fêtes de la Vierge, offrons-nous à son Cœur Immaculé à travers la consécration que je vous propose ici ou une autre… mais soyons fidèles à demander d’urgence la protection du « Cœur Immaculé de Marie » ! Saint Jean-Paul II en avait une vive conscience après l’attentat qui l’aurait « emporté », si la main de Marie n’avait dévié la balle mortelle[1]… et cela le 13 mai 1981, jour de la première Apparition de Notre Dame à Fatima ! Aussi, un an après, durant une messe solennelle au Sanctuaire et devant une immense foule ; le Saint Père dit avec une vive émotion durant son homélie :

« Je veux vous faire une confidence : en reprenant conscience après l’opération, mes premières pensées ont été pour ce sanctuaire de Fatima… car je voulais témoigner toute ma gratitude au Cœur de la Mère céleste qui m’a sauvé la vie. J’ai vu dans tout ce qui arrivé la protection maternelle de Notre Dame… Je viens en pèlerinage à Fatima, avec la majorité d’entre vous, chers pèlerins, avec un chapelet en main, le nom de Marie sur les lèvres et le cantique de la miséricorde dans le cœur !… A cet instant, ici, dans le sanctuaire de Fatima, je veux répéter devant vous tous : « Totus Tuus ! Je suis tout à Toi, Ô Mère[2] ! »

Eh bien, nous aussi, suivons les traces de Jean-Paul II : dans la force de la foi et la paix de l’espérance, réfugions-nous dans le Cœur Immaculé de Marie, notre « doux Refuge des derniers temps »… et, comme le Pape, nous témoignerons du plus beau secret de notre vie : « J’ai vu dans tout ce qui est arrivé la protection maternelle de Notre Dame… » Ainsi, protégés dans les bras de Marie, nous traverserons les ultimes épreuves de notre temps pour voir un jour, de nos yeux, la réalisation de sa tendre et puissante promesse :

« A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! »

C’est bien dans cette certitude, logée au plus profond de notre cœur, que nous vivons jour après jour dans l’espérance des pauvres qui attendent tout de Dieu à travers la tendresse de sa Mère… Devant la foule de nos péchés et notre si profonde fragilité, nous n’avons d’autre espérance que de lever les yeux vers Jésus, notre Sauveur !… et de recevoir avec une « absolue confiance » cette dernière parole issue de son Cœur miséricordieux :

« Voici ta Mère ! » (Jn 19,27)

Cette ultime Parole de Dieu devra « résonner sans cesse » tout au long de notre vie… afin que notre cœur glisse peu à peu vers la tendresse de la Mère que Jésus nous offre comme l’ultime secret de sa Miséricorde ! Ainsi, « le rôle maternel de la Vierge se poursuit jusqu’à ce que tous soient rassemblés dans le Christ, et ce rôle s’intensifie au fur et à mesure que nous entrons dans les derniers temps… car Satan se déchaîne pour nous engloutir, mais Marie est l’Arche dans laquelle il faut monter pour être protégés[3] ! »

Alors, dans une douce confiance, repassons en nos cœurs (Lc 2,19) cette consécration à son Cœur Immaculé qui deviendra peu à peu notre voie victorieuse vers le Ciel…

                                                                                                +Marie-Mickaël

 

Ô Marie, notre Mère !

A Fatima, tu as révélé ton Cœur Immaculé

comme l’Arche de paix et de protection,

dans les terribles épreuves des derniers temps

qui déjà nous menacent…

Portant la Croix dans une main et le Chapelet dans l’autre,

la Parole de Dieu dans le cœur et sur les lèvres,

je veux m’abandonner en la douce profondeur de ton Cœur

où Dieu m’attend…

En ce jour béni, je fais le choix d’entrer et de vivre pour toujours

en ton Cœur Immaculé : « doux Refuge des derniers temps » !…

de prier chaque jour le saint Rosaire (ou le chapelet)…

L’Arme humble, cachée et absolue du « Triomphe de ton Cœur »

qui viendra « à la fin » !…

 

J’espère de tout mon cœur devenir jour après jour

ton pauvre et petit apôtre des temps nouveaux…

Plongé dans la Mer de ta tendresse et rayonnant l’Amour infini de Jésus !…

 

En la Flamme d’Amour de ton Cœur Immaculé :

Brûle les blessures de mes péchés et apaise mes révoltes et mes peines…

Ouvre mon cœur aux Attentes et au Feu de l’Esprit-Saint !

Plonge-moi dans l’Amour Infini du Cœur ouvert de Jésus…

Et révèle-moi l’indicible tendresse du Père

qui me donne tout dans les bras ouverts de son Fils… 

O Marie, ma Mère à l’indicible Regard :

au cœur de ma fragilité, transfigure à chaque instant mes faiblesses

pour que je devienne un Signe de ta maternelle douceur,

un Témoin de ta puissante tendresse,

un Apôtre des derniers temps, né de ton Cœur Immaculé…

  

O Marie, en ce jour de ta foi silencieuse,

je t’abandonne toute ma vie passée, présente et future…

Et je me consacre tout entier corps, âme et esprit

à la Flamme d’amour de ton Cœur Immaculé…

Je suis tout à toi pour toujours !

Cœur Immaculé de Marie,

« doux Refuge des derniers temps ! »                                

Protège-moi, Veille sur moi !…

 

[1] « C’est une main maternelle qui guida la trajectoire de la balle ! » Cardinal Joseph Ratzinger, 13 mai 2000.

[2] Saint Jean-Paul II, Fatima, 13 mai 1982.

[3] Marie-Jacinta, Le Rosaire du Cœur de Marie – prière des derniers temps, Editions du Jubilé, 2019, p.93-94.




Consécration urgente au Cœur Immaculé de Marie ! 10 – Je suis tout à toi pour toujours !

« O Marie, en ce jour de ta foi silencieuse,

je t’abandonne toute ma vie passée, présente et future…

Et je me consacre tout entier corps, âme et esprit

à la Flamme d’amour de ton Cœur Immaculé…

Je suis tout à Toi pour toujours !

       Frères et sœurs bien-aimés, après des mois de méditation sur la Consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie, nous voici arrivés à la 10° et ultime « méditation mariale » qui conclut ce temps fort. Je vous invite à la « méditer » régulièrement, et surtout à la prier avec confiance et amour chaque samedi et fêtes de la Sainte Vierge… car dans le combat spirituel actuel, rien n’est plus fort que la consécration au Cœur de Marie pour être fidèle au Seigneur jusqu’au bout !

C’est d’ailleurs ce qu’elle exprime quand nous disons : « O Marie, en ce jour de ta foi silencieuse… » où chaque samedi évoque le mystérieux Samedi Saint ! Là, toute la foi de l’Eglise était suspendue à celle, douloureuse, du Cœur de Marie…  Comme l’a remarqué si justement Saint Thomas d’Aquin : « La glorieuse Vierge Marie demeura inébranlable dans la foi tout le samedi qui suivit la mort de son divin Fils ! »  Et Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, (Edith Stein), nous précise dans une magnifique méditation :

« Marie, ton Samedi Saint, comment le penser autrement que dans le silence parfait ? Une fois le tombeau fermé, Saint Jean t’a conduite dans la maison où lui-même trouvait l’hospitalité à Jérusalem. Cela s’est passé probablement dans le silence. Le respect devant ta souffrance a dû les garder tous muets… Si le Seigneur avait pleuré sur la mort de Lazare, ne devais-tu, toi aussi, pleurer, après tout ce qui était arrivé ?

Ce que le Sauveur allait expliquer aux disciples sur le chemin d’Emmaüs, tu te l’es dit toi-même : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24,26). Ainsi, ta souffrance se change en action de grâce pour le « tout est accompli » (Jn 19,30), et en attente silencieuse, croyante, du matin de Pâques ! »

Ainsi, chaque samedi est le jour idéal et signifiant pour se « consacrer » à ce Cœur douloureux et Immaculé de Marie qui nous a tant aimé à travers le sacrifice unique de son Fils pour nous sauver… Là, nous lui exprimons avec une confiance d’enfant absolue :

« Je t’abandonne toute ma vie passée, présente et future… et je me consacre tout

         entier corps, âme et esprit à la Flamme d’amour de tout Cœur Immaculé…»

Il y a ici une affirmation qui peut paraître étonnante et excessive dans « l’absolue confiance » qu’implique toute consécration au Cœur de Marie : d’abord l’entièreté de ma vie dans le temps qui englobe le passé, le présent et l’avenir. Cela semble évident pour certains catholiques, mais pas pour tout le monde chrétien… car rôde toujours, depuis Luther, l’autre absolu protestant : « Sola gratia ! » ou « sola scriptura ! » Ce n’est pas le lieu ici d’une controverse théologique… mais le problème sous-jacent de ces affirmations réformées est d’introduire le poison de la méfiance : une trop grande confiance en Marie finirait par détourner du Christ, seul Sauveur et Seigneur ! De fait, cela contredit « la vérité de la Parole » où la Vierge Marie est à la foi « Servante » et « Pleine de grâce » (Lc 1,28-38) ; « prés de la Croix de Jésus » (Jn 19,25) et « Femme enveloppée de soleil » (Ap 12,1) ! On ne comprendra rien à la place et la mission « unique » de Marie au Ciel et dans l’Eglise si l’on n’a pas découvert le mystère éminent de son Cœur silencieux…

Enveloppée de la plus grande humilité, la Vierge est en réalité le membre le plus éminent du Corps mystique du Christ dans sa « plénitude » de grâce reçue de l’Esprit (Lc 1,35). Et cela, en vue d’enfanter son Fils, son Sauveur et le nôtre ! Ainsi, la « Mère de Dieu[1]» (Théotokos) est devenue au pied de la Croix « Mère de l’Eglise » et donc, Mère de tous les hommes qu’ils le sachent ou pas… et la Parole unique de Dieu résonne dans chaque cœur à travers tous les siècles : « Voici ta Mère ! »  (Jn 19,27). En Marie, résonne le sommet de la grâce de Dieu dans l’absolue humilité : Elle est si grande au Ciel, Celle qui est restée si effacée dans l’Evangile et qui a été engloutie de douleur pour nous au pied de la Croix de son Fils ! Le Pape Saint Jean-Paul II l’a exprimé d’une manière unique :

« La maternité de Marie commence par sa sollicitude maternelle pour le Christ. Dans le Christ, au pied de la Croix, elle a accepté Jean, et elle a accepté tout homme et tout l’homme. Marie les embrasse avec une sollicitude particulière dans l’Esprit-Saint. C’est Lui, en effet, comme nous le professons dans le Credo qui « donne la vie ». C’est Lui qui donne la plénitude de la vie ouverte vers l’éternité. La maternité de Marie est donc une participation à la puissance de l’Esprit…

Depuis le temps où Jésus, en mourant sur la Croix, a dit à Jean : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27) ; depuis le temps où le disciple la prit « chez lui », le mystère de la maternité spirituelle de Marie a eu son accomplissement dans l’histoire avec une ampleur sans limites… car lorsque Jésus dit sur la Croix : « Femme, voici ton Fils ! » (Jn 19,26), il ouvrit d’une manière toute nouvelle le Cœur de sa Mère… Marie est Mère de tous les hommes et son empressement pour la vie de l’homme est de portée universelle[2]… »

Ainsi, nous pouvons exprimer avec liberté et confiance notre relation filiale à Marie, en disant à notre si tendre Mère : « Je suis tout à toi pour toujours ! » Nous suivons par là les pas une multitude de Saints et de Saintes… Un Saint Jean-Paul II n’affirmait-il pas à travers sa devise papale : « Totus tuus, je suis tout à toi, ô Marie, et tout ce qui est à moi est à toi. Je te reçois dans tout ce qui est à moi. Prête-moi ton Cœur, Marie ! »

Dans la prochaine et dernière méditation mariale, nous reviendrons sur la mission urgente de la Vierge à la fin des temps : là, face aux terribles épreuves eschatologiques qui défilent chaque jour sous nos yeux, nous nous tournerons résolument vers « la puissance protectrice » de Marie, notre Mère… car Elle est et sera toujours pour ses enfants le « doux Refuge des derniers temps ! »

                                                                    +Marie-Mickaël

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[1] Sur cette vérité de la Révélation, il faudrait ne pas oublier les paroles de Luther si marquées par la foi catholique : « Elle est devenue la Mère de Dieu… De cela lui vient tout honneur, toute béatitude, ainsi que sa position singulière dans toutes les générations humaines, parce que personne comme elle n’a eu du Père céleste un enfant et un enfant semblable… en l’appelant « Mère de Dieu », on ne peut ni lui dire ni dire d’elle rien de plus grand, même si on avait autant de langues que sont les feuilles et l’herbe, les étoiles du ciel et le sable de la mer. Aussi le cœur doit réfléchir sur ce que signifie être la « Mère de Dieu » ! Luther, commentaire sur le Magnificat.

[2] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.




Consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie : 9 – Né de ton Cœur Immaculé…

« Un Témoin de ta puissante tendresse, un Apôtre des derniers temps,

 né de ton Cœur Immaculé… »

     Plus l’Eglise entre dans les épreuves des derniers temps, plus elle s’appuie sur la « Puissante tendresse de Marie » ! En effet, comme le contemple la foi depuis le commencement : « C’est l’Eglise qui est sortie de la blessure du côté du Christ, et il a fait d’elle son épouse[1] ! » Saint Jean l’a contemplé et en témoigne au pied de la Croix : cette Eglise jaillie du Cœur ouvert de Jésus par la lance (Jn 19,34), Marie en est devenue la Mère selon la Parole créatrice du Seigneur : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27). La liturgie le chante admirablement :

« O Père, pour restaurer le genre humain, tu as voulu, dans ta sagesse,

que la nouvelle Eve se tienne près de la Croix du nouvel Adam.

Ainsi, par un nouvel effet de ta grâce,

Celle qui était devenue Mère par la puissance de l’Esprit-Saint

a été associée à la Passion du Christ !

Elle qui avait enfanté sans douleur,

elle a connu les plus vives souffrances

pour notre nouvelle naissance[2]… »

Ainsi, le dernier coup de lance (Jn 19,34) résonne en la Vierge comme une douleur innommable dont l’origine est sa folle « compassion » envers Jésus crucifié pour nous, pécheurs… En sa foi sublime, son Cœur blessé par l’épée prophétisée (Lc 2,35) est parfaite « résonance[3] » du Cœur ouvert de Jésus. Et si le Christ est notre Unique Sauveur, il nous fait participer dans le mystère de sa grâce au salut du monde à travers la foi et la charité… alors, ô combien Marie, sa Mère Immaculée, participe-t-elle à l’Œuvre rédemptrice au pied de la Croix ! Le Pape Saint Jean-Paul II l’a magnifiquement développé quand il nous appelle à « découvrir » que le sommet de sa compassion est en même temps celui de sa foi :

« Au pied de la Croix, Marie participe par sa foi au mystère bouleversant de ce dépouillement (Ph 2,5-8). C’est là, sans doute, la « kénose[4] » de la foi la plus profonde de l’histoire de l’humanité… Oui, vraiment, « bienheureuse celle qui a cru ! » (Lc 1,45). Ici, au pied de la Croix, ces paroles qu’Elisabeth avait prononcées à la Visitation semblent retentir avec une éloquence suprême[5]… »

Ainsi, quand on découvre l’immensité de la foi de Marie de la Crèche à la Croix, on devient un témoin amoureux de « sa puissante tendresse »… et l’on s’abandonne, peu à peu, entre ses mains maternelles pour devenir « un Apôtre des derniers temps, né de son Cœur Immaculé ! »

Alors, au cœur de notre foi, découvrons plus profondément que l’Esprit de Dieu nous offre le don unique et mystérieux du Cœur de Marie… pour vivre les « terribles » combats des derniers temps, « protégés » par sa tendresse ! Et dans le mystère actuel de l’Eglise, nous sommes appelés à faire l’expérience unique et intime de sa maternité : entrer dans le secret de son Cœur qui unit à Jésus avec une telle simplicité et plénitude… car c’est en son Cœur Immaculé qu’a lieu la naissance des étoiles : ces stars de Dieu, connus ou cachés, que sont les Saints et Saintes d’hier, d’aujourd’hui et de demain !

+Marie-Mickaël

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[1] Origène, Commentaire sur les proverbes, 31,16, PG 17,252.

[2] Préface de la Messe votive de la Vierge Marie au pied de la Croix.

[3] Cette « résonance », fruit de sa compassion, l’a entraînée dans les profondeurs de la Rédemption où l’Unique Sauveur l’attire… C’est un des grands lieux mariologiques qui met en relief le mystère de sa corédemption. Parmi bien d’autres, une Sainte Catherine de Sienne l’évoque clairement dans une prière : « Marie rédemptrice, en un sens, du genre humain !… La souffrance de ta chair, dans le Verbe, n’a-t-elle pas sauvé le monde ? Le Christ fut Rédempteur par sa Passion ; toi, par la douleur du corps et de l’âme… » (Elévation du 25 mars 1379). Saint Jean-Paul II : « Marie, conçue et née sans la souillure du péché, a participé de façon admirable aux souffrances de son divin Fils, pour être Corédemptrice de l’humanité. » (Audience générale du 8 septembre 1982). « Le rôle corédempteur de Marie n’a pas cessé avec la glorification de son Fils ! » (Homélie du 31 janvier 1985).

[4] Du grec Kénôsis  : « action de rendre vide, de priver de tout… » Dans le langage théologique, ce terme signifie cet « abaissement » extrême qu’implique l’Incarnation du Verbe (Jn 1,14) et encore plus durant sa Passion ! C’est ce que laisse entendre l’Epître aux Philippiens : « Il s’est vidé lui-même, prenant forme d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! » (Ph 2,7-8).

[5] Saint Jean-Paul II, Encyclique Redemptoris Mater, 18.




Consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie : 8 – O Marie, ma Mère à l’indicible Regard…

« O Marie, ma Mère à l’indicible Regard :

Au cœur de ma fragilité, transfigure à chaque instant mes faiblesses

pour que je devienne un Signe de ta maternelle douceur… »      

      Le mystère de la beauté de Marie, « pleine de grâce » (Lc 1,28) est le plus parfait reflet de la splendeur infinie de Dieu… et je n’ai jamais trouvé une description aussi bouleversante que celle de « Mélanie[1]» à l’Apparition unique de la Vierge sur la montagne de la Salette[2]. Alors, si nous voulons mieux découvrir « la Mère à l’indicible Regard », écoutons avec une attention particulière le témoignage de Mélanie :

« Les yeux de la Très Sainte Vierge, notre tendre Mère, ne peuvent pas se décrire par une langue humaine. Pour en parler, il faudrait un séraphin ; il faudrait plus, il faudrait le langage de Dieu même, de ce Dieu qui a formé la Vierge Immaculée, Chef-d’œuvre de Sa toute puissance.

Les yeux de l’auguste Marie paraissaient mille et mile fois plus beaux que les brillants, les diamants et les pierres précieuses les plus recherchées ; ils brillaient comme deux soleils ; ils étaient doux de la douceur même… Dans ses yeux, on voyait le Paradis ; ils attiraient à Elle ; il semblait qu’Elle voulait se donner et attirer. Plus je La regardais, plus je la voulais voir ; plus je la voyais, plus je L’aimais, et je L’aimais de toutes mes forces…

Les yeux de la belle Immaculée étaient comme la Porte de Dieu, d’où l’on voyait tout ce qui peut enivrer l’âme. Quand mes yeux se rencontraient avec ceux de la Mère de Dieu et la mienne, j’éprouvais au-dedans de moi-même une heureuse révolution d’amour… et de protestation de l’aimer et de me fondre d’amour !…

Cette seule vue des yeux de la plus pure des Vierges aurait suffi pour être le Ciel d’un bienheureux… Cette seule vue concentre l’âme en Dieu et le rend comme une morte-vivante, ne regardant les choses de la terre, même les choses les plus sérieuses, que comme des amusements d’enfants ; elle ne voudrait entendre parler que de Dieu et de ce qui touche Sa gloire !… Le péché est le seul mal qu’Elle voit sur la terre, Elle en mourrait de douleur si Dieu ne la soutenait[3]… »

Dans le monde actuel où la laideur et l’horreur du péché dominent presque partout, nous avons tant besoin aujourd’hui de lever les yeux vers la beauté de Marie qui ne reflète que la splendeur divine de ce Dieu qui s’est fait pour nous son petit Enfant : la Beauté absolue s’est cachée en la douceur de son sein et Marie la reflète d’une manière unique ! Ce mystère de « l’Immaculée » affleure à travers la sublime poésie biblique du Cantique des cantiques :

« Tu es toute belle, ma bien-aimée,

et sans tache aucune…

Elle est un jardin bien clos,

ma sœur, ma fiancée,

un jardin bien clos,

une source scellée…

Unique est ma colombe, ma parfaite.

Elle est l’unique de sa mère,

la préférée de celle qui l’enfanta.

Les jeunes femmes l’ont vue et glorifiée,

reines et concubines l’ont célébrée :

« Qui est celle-ci qui surgit comme l’aurore,

belle comme la lune,

resplendissante comme le soleil,

redoutable comme une armée rangée en bataille ? »

Cantique des cantiques, 4,1 ; 7 et 12 / 6,8-10

Comment ne pas deviner ici une allégorie prophétique à la plus belle des femmes que sera l’Immaculée Mère de Dieu ? Car par-dessus tout, Marie est le chef d’œuvre de Dieu qui, seul, a pu dire de Marie : « Tu es toute belle ! » Et dans le mystère de sa présence au pied de la Croix, dont Dieu seul connait la douleur, sa beauté unique est traversée par l’infinie miséricorde du Cœur ouvert de Jésus qui nous la donne : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27). Vis-à-vis de nous, Elle n’est donc pas loin mais, à chaque instant, si proche dans sa tendresse… si bien que Saint Jean Bosco a pu affirmer d’expérience : « Ceux qui ont confiance en Marie ne seront jamais déçus ! »

Alors, si pauvres et si fragiles que nous sommes, nous pouvons affirmer dans notre certitude mariale : « Au cœur de ma fragilité, transfigure à chaque instant mes faiblesses pour que je devienne un Signe de ta maternelle douceur ! » C’est ici qu’il faut écouter la sagesse émouvante de Saint Louis-Marie de Montfort, le grand prophète de Marie :

« Pauvres enfant de Marie, votre faiblesse est extrême, votre inconstance est grande, votre fond est bien gâte… vous êtes tirés de la même masse corrompue des enfants d’Adam et Êve ; mais consolez-vous : mais réjouissez-vous ; voici le secret que je vous apprends, secret inconnu de presque tout les chrétiens…

Versez dans le sein et le cœur de Marie tous vos trésors, toutes vos grâces et vertus… car depuis que Dieu même en personne s’est enfermé avec toutes ses perfections dans ce vaisseau, il est devenu la demeure spirituelle des âmes les plus spirituelles… Oh ! qu’un homme qui a tout donné à Marie est heureux ! Il est tout à Marie, et Marie est tout à lui…

Que les fidèles serviteurs de la Sainte Vierge disent donc hardiment avec Saint Jean Damascène : « Ayant confiance en vous, ô Mère de Dieu, je serai sauvé ; ayant votre protection, je ce craindrai rien ; avec votre secours, je combattrai et mettrai en fuite mes ennemis : car votre dévotion est une arme de salut que Dieu donne à ceux qu’il veut sauver[4] ! »

                                                      +Marie-Mickaël

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[1] Marie de la Croix, née Mélanie Calvat, bergère de la Salette ; Castellamare, le 21 novembre 1878 : Imprimatur de Mgr Sauveur-Louis, Évêque de Leccé en 1979 et du R.P. A. Lepidi, O.P., Rome le 6 juin 1922.

[2] C’est le 19 septembre 1846 que la Vierge Marie est apparue à deux enfants, Mélanie Calvat et Maximin Giraud, sur les hauteurs du village de La Salette dans le département de l’Isère en France.

[3] Récit complet de l’Apparition de Notre Dame de la Salette : melaniecalvat.org

[4] Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n°177-178 179-182.