La prière urgente de la Vierge à Fatima – La supplication maternelle de la Femme au Sauveur pour que tous entrent au Ciel… « Et conduisez au Ciel toutes les âmes ! » (5)

La prière urgente de la Vierge à Fatima !

5 – La supplication maternelle de la Femme au Sauveur

pour que tous entrent au Ciel…

« Et conduisez au Ciel toutes les âmes ! »

 

     La Vierge Marie nous plonge ici dans le désir le plus profond du Cœur de Dieu dont l’indicible Regard se pose à chaque instant sur tous  et sur chacun : « Lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ! » (1 Tm 2,4). Et, si nous avions quelques doutes,  le témoignage personnel de Saint Paul vient le confirmer avec un éclat particulier :

« Moi, naguère un blasphémateur, un persécuteur, un insulteur… Mais il m’a été fait miséricorde parce que j’agissais par ignorance, étranger à la foi ; et la grâce de notre Seigneur a surabondé en moi avec la foi et la charité qui est dans le Christ Jésus. Elle est sûre cette parole et digne d’être accueillie par tous : Le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis, moi, le premier ! Et s’il m’a été fait miséricorde, c’est pour qu’en moi, le premier, Jésus Christ manifestât toute sa patience, faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en Lui en vue de la vie éternelle ! » (1 Th 1,13-16).

« En vue de la vie éternelle ! » Saint Paul réaffirme ici le dessein final  de la Trinité Sainte à travers l’œuvre du Salut réalisée par le Christ Jésus, Verbe éternel fait chair (Jn 1,14)…  or, quand la Vierge de Fatima nous fait demander à son Fils : « Et conduisez au Ciel toutes les âmes ! » Elle nous plonge dans le désir le plus profond du Cœur ouvert de Jésus sur la Croix « car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ! » (Jn 19,10). Alors, 20 siècles plus tard et juste après Fatima, le message de « Jésus miséricordieux » à Sainte Faustine résonne pour notre temps comme un ultime cri d’amour !  Il vient nous réveiller de notre enfermement matérialiste avant qu’il ne soit trop tard… et nous devons y lire la Folie de sa Miséricorde qui veut nous sauver de la séparation éternelle d’avec Lui, notre seul bonheur pour toujours ! Il faut lire et relire ce texte si inspiré et théologiquement si juste : Il doit nous transpercer le cœur… et nous faire basculer dans une vie nouvelle où chaque instant est traversé par l’Infinie Miséricorde de Jésus :

« La perdition est pour l’âme qui veut se perdre… Seule l’âme qui le voudra elle-même sera damnée car Dieu ne condamne personne !…

        Celui qui désire le salut trouve la mer inépuisable de la miséricorde du Seigneur… même si j’avais sur la conscience les péchés de tous les damnés, je n’aurais pas douté de la miséricorde du Seigneur… mais le cœur contrit, je me serai jetée dans l’abîme de Ta Miséricorde !

        O malheureux qui ne profitaient pas maintenant de ce miracle de la Miséricorde… en vain, vous appellerez, il sera déjà trop tard [1] ! »

        Et bientôt un siècle après cette révélation privée majeure qui éclaire les Evangiles et l’Apocalypse de Jean ; il faut se souvenir d’une autre parole prophétique à Sainte Faustine qui  laisse deviner l’urgence unique de notre temps :

      « Tu prépareras le monde à mon ultime venue [2] ! »

                                                                                                                       + Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Faustine, Petit Journal, 631 / 1452 / 1318 / 1448.

[2] Petit Journal, 429.




La prière urgente de la Vierge à Fatima – La Vierge nous fait demander à Jésus sa Protection du feu de l’Enfer… « Préserve-nous du feu de l’Enfer ! » (4)

La prière urgente de la Vierge à Fatima !

4 – La Vierge nous fait demander à Jésus

sa Protection du feu de l’Enfer…

« Préserve-nous du feu de l’Enfer ! »

     Tel est le second cri vers son Fils Sauveur ! Et si Notre Dame de Fatima nous fait faire une telle prière, c’est que les temps actuels sont « dangereux » à l’extrême ! L’évolution sociétale n’a plus de limites et engendre une terrible dégradation des mœurs… Comment ne pas pressentir alors une influence démoniaque de plus en plus dominante ? Elle est même un signe de ralliement pour toute une jeunesse qui participe chaque année au Hellfest (de Clisson près de Nantes) à travers une musique, des signes et des paroles d’enfer ! De « Iron Maiden à Sépultura, en passant par Déicide !… » La célébration de l’ange des ténèbres est librement affichée !

L’Eglise actuelle, à part Saint Jean-Paul II[1], est elle bien silencieuse sur la présence et l’influence actuelle des démons qui orientent trop souvent les lois et les comportements de notre civilisation actuelle. Il est donc « urgent » de nous réapproprier la plénitude de notre foi catholique sur les fins dernières : n’oublions jamais que chaque instant de notre vie avec ses choix et ses luttes en prépare une autre pour toujours ! Car « au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour[2] » à travers ce que le catéchisme appelle un « jugement particulier » :

« La mort met fin à la vie de l’homme comme temps ouvert à l’accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ (2 Tm 1,9-10). Le Nouveau Testament parle du jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second Avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi… La parabole du pauvre Lazare et la parole du Christ en Croix au bon larron… (Lc 16,22 / Lc 23,43).

« Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dés sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du Ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours [3]! »

     Et le Concile Vatican II nous prévient avec la même insistance sur le sérieux de la vie sur terre :

     « Ignorants du jour et de l’heure, il faut que, suivant l’Avertissement du Seigneur, nous restions « vigilants » pour mériter, quand s’achèvera le cours unique de notre vie terrestre (He 2,27), d’être admis avec Lui aux noces et comptés parmi les bénis de Dieu (Mt 25,31-46), au lieu d’être, comme de mauvais et paresseux serviteurs (Mt 25,26) écartés par l’ordre de Dieu vers le feu éternel (Mt 25,41), vers ces ténèbres du dehors où seront les pleurs et les grincements de dents [4]… »

     Ces vérités engagent notre vie et notre éternité et il est urgent de nous les réapproprier pour fuir les illusions du monde et marcher sur le chemin de la conversion évangélique vers la vraie paix ! C’est pourquoi la Vierge de Fatima nous tourne vers Jésus, notre Unique Sauveur pour lui crier :

                                                     « Préserve-nous du Feu de l’Enfer ! »

    Car même chez beaucoup de catholiques, il y a une peur immature ou un refus secret d’accueillir ces vérités des « fin dernières » qui font pourtant partie intégrante de la foi de l’Eglise. Je me souviens de cette catholique rencontrée à Fatima lors d’un pèlerinage : elle me partageait sa joie de vivre ce pèlerinage à l’école des trois enfants de Fatima… puis tout à coup changea de ton, en disant qu’elle faisait « l’impasse » sur leur vision de l’enfer qu’elle n’admettait pas ! Or, la foi catholique est une comme la Tunique de Jésus (Jn 19,23-24) et l’on ne peut « exclure » une vérité sans mettre en péril l’ensemble[5]…

Il faut donc ici méditer un instant [6] sur la vision du 13 juillet 1917 donnée aux 3 enfants de Fatima.  La Vierge y ouvre par un geste la porte de l’Enfer :

« La Vierge ouvrit de nouveau les mains, comme les deux derniers mois. Le reflet parut pénétrer la terre et nous vîmes « un océan de feu », et plongés dans ce feu, les démons et les âmes, comme s’ils étaient des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant des formes humaines… Elles flottaient dans l’incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes avec des nuages de fumée, tombant de tous côtés, semblables à la retombée des étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, avec des cris et des gémissements de douleurs et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur !…

       Les démons se distinguaient par leurs formes horribles et répugnantes d’animaux effrayants et inconnus, mais transparents comme des charbons noirs embrasés… 

       Effrayés, comme pour demander secours, nous avons levés les yeux vers Notre Dame qui nous avait promis de nous emmener au Ciel… Autrement, dit Lucie, je crois que nous serions morts d’épouvante et de peur ! »

     Cette terrible vision bouleversera à jamais la vie, la foi et la prière des enfants de Fatima, en particulier celle de la petite Jacinta : elle va devenir un témoin unique de l’urgence du salut ! Elle qui aimait tant jouer va  maintenant « jouer » toute sa vie pour sauver les pécheurs de l’enfer !

En conclusion : retenons que cette vision  de l’Enfer donne le vrai sens des combats de ce monde : elle nous découvre de quelle horreur éternelle « Jésus est venu nous sauver ! »… Nous touchons là le centre profond du message de Notre Dame de Fatima qui nous a fait cette puissante promesse : « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! »

                                                                                                                   +Marie-Mickaël

 

 

[1] Voir ses Audiences du mercredi sur les « fins dernières : la vie, la mort, le Ciel, le purgatoire et l’l’enfer » de juillet 1999.

[2] Saint Jean de la Croix, Avisos 57.

[3] Catéchisme de l’Eglise catholique, 1021 – 1022.

[4] Concile Vatican II, Lumen gentium, 48.

[5] Cela nous invite aussi à prier pour « l’Unité des Chrétiens » dans la vérité de la foi…

[6] Pour un approfondissement des « Fins dernières » sur Le Ciel, le Purgatoire et l’Enfer, je renvoie à mes méditations der derniers mois…




La prière urgente de la Vierge à Fatima – L’Immaculée nous invite à faire la lumière sous le Regard de Jésus… « Pardonne-nous nos péchés ! » (3)

La prière urgente de la Vierge à Fatima !

3 – L’Immaculée nous invite à faire la lumière

sous le Regard de Jésus…

 « Pardonne-nous nos péchés ! »

Telle est la première demande que Notre Dame de Fatima nous fait adresser  au Seigneur Jésus ! C’est « un cri » jailli du plus profond… et il nous rend « solidaires » de cette terrible tâche du péché originel qui habite la vie de chaque homme ! Le catéchisme de l’Eglise catholique développe avec un admirable réalisme ce drame originel aux « conséquences dramatiques ». Il nous faut donc entrer dans la compréhension profonde de ce «mystère de foi » que beaucoup, aujourd’hui, ignorent, ridiculisent ou rejettent. Il en va pourtant de l’intelligence globale de l’histoire de l’humanité. Si l’on n’accueille pas la réalité du péché, toute l’histoire du salut qui aboutit au Christ n’a plus aucun sens !

Saint Jean, l’Apôtre bien-aimé, nous éclaire en deux affirmations sur le sujet capital. D’abord, ce Regard et cette Parole « uniques » de Saint Jean Baptiste sur le Fils de Dieu : « Fixant les yeux sur Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ! Les deux disciples, l’entendant parler ainsi, suivirent Jésus…» (Jn 1,36-37). Et il nous partage ensuite sa propre contemplation sur ce mystère de foi : « Si nous confessons nos péchés, Lui, fidèle et juste, pardonnera nos péchés… (1 Jn 1,9) Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son Sang ! » (Ap 1,5).

Pour saisir en plénitude le déploiement du péché originel, il faut donc remonter très haut et écouter l’ultime sagesse du Catéchisme fondée sur la Parole de Dieu. Si l’on ne comprend rien à ce terrible mystère, on reste « aveuglé » sur le vrai sens de l’histoire et de la vie :

« Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents, il y a une voix séductrice, opposée à Dieu (Gn 3,1-5) qui, par envie, les fait tomber dans la mort [1]. L’Ecriture et la Tradition de l’Eglise voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable (Jn 8,44 / Ap 12,9). L’Eglise enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu… L’Ecriture parle aussi d’un péché de ces anges (2 P 2,4). Cette « chute » consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement refusé Dieu et son Règne. Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du Tentateur à nos premiers parents : « Vous deviendrez comme Dieu » (Gn 3,5). Le diable est « pécheur dès l’origine » (1 Jn 3,8), et « père du mensonge » (Jn 8,44).

C’est le caractère irrévocable du choix, et non un défaut de l’infinie miséricorde divine, qui fait que leur péché ne peut être pardonné : « Il n’y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n’y a pas de repentir pour les hommes après la mort [2]…» Et « c’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu ! » (1 Jn 3,8)…

La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais « nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui L’aiment [3] ! » (Rm 8,28).

Si notre foi est sérieuse et fondée sur la Parole de Dieu et la Tradition de l’Eglise, nous comprenons qu’un grand combat se déploie dans nos vies et qu’il a des conséquences éternelles… Il ne s’agit pas de paniquer et de nous mettre une insupportable pression où dominent la peur et le trouble. Dieu nous appelle tous à la joie et la paix en luttant patiemment dans l’espérance !

     Saint Pierre en témoigne avec force car, après sa trahison, il sait de quoi il parle: « Sans l’avoir vu, vous l’aimez ; sans le voir encore, mais en croyant, vous tressaillez d’une joie indicible et pleine de gloire, sûrs d’obtenir l’objet de votre foi : le salut de vos âmes ! » ( 1 P 1,8).

     Et voici donc la terrible conséquence qui nous touche tous, hormis la Vierge Marie[4]. Et en cette ère postmoderne où culmine un terrible malaise issu d’un mal être ; il nous faut méditer avec sérieux et profondeur cette « vérité de la foi du péché originel » à une époque où la dimension de « péché » semble quasi révolue… alors que ses conséquences planétaires de violence, de désespoir, d’injustice et d’horreurs débordent quotidiennement de nos écrans ! Voici donc l’intelligence profonde et réaliste que nous donne la Parole de Dieu méditée en Eglise à travers le Catéchisme et qui doit nous inviter à la vigilance et l’espérance… car n’oublions jamais cette vérité plus forte que tout :

« Jésus nous a tous et chacun connus et aimés durant sa vie, son agonie et sa passion et Il s’est livré pour chacun de nous : « Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré pour moi [5] ! » (Ga 2,20).

Alors, forts dans la foi en ce mystère « Unique » du salut, nous pouvons regarder le péché en face :

     « L’homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son Créateur (Gn 3,1-11) et, en abusant de sa liberté, a désobéi au commandement de Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché de l’homme (Rm 5,19). Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque de confiance en sa bonté… Dans ce péché, l’homme s’est préféré lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu… Constitué dans un état de sainteté, l’homme était destiné à être pleinement « divinisé » par Dieu dans la gloire ! Par la séduction du diable, il a voulu « être comme Dieu » (Gn 3,5), mais « sans Dieu, et avant Dieu, et non pas selon Dieu [6] ! »

      « L’Ecriture montre les conséquences dramatiques de cette première désobéissance. Adam et Eve perdent immédiatement la grâce de la sainteté originelle (Rm 3,23). Ils ont peur de Dieu (Gn 3,9-10) dont ils ont conçu une fausse image, celle d’un Dieu jaloux de ses prérogatives (Gn 3,5). »

« Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas empêché le premier homme de pécher ? Saint Léon le Grand répond : « La grâce ineffable du Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que l’envie du démon nous avait ôtés[7] !… » D’où le mot de Saint Paul : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ! » (Rm 5,20). Et le chant de l’Exultet : « O bienheureuse faute qui nous a mérité un tel et si grand Rédempteur[8] ! »

     Sans cet éclairage unique de la foi de l’Eglise, on ne peut rien comprendre à l’histoire chaotique de l’humanité si marquée par le péché… mais aussi soulevée peu à peu par l’Œuvre secrète de l’Esprit du Christ vivant qui conduit les hommes vers la Lumière de sa Résurrection ! La multitude des Saints connus ou cachés en témoigne dans une douce puissance…

Et par-dessus tout, n’oublions pas que notre Mère du Ciel est toujours penchée sur nos vies, où que nous en soyons ! A Fatima, à l’Apparition du 13 juillet 1917, « ce fut la troisième fois que la Vierge ouvrit les mains et les abaissa. Selon l’expression de Sœur Lucie, cette position des mains de Notre Dame signifie le geste prévenant de la Mère qui relève son enfant qui est tombé : la main gauche le relève du sol et la main droite le soutient et le caresse… C’est ainsi que la Vierge est toujours amoureusement attentive à ses fils tombés dans les marécages du péché et de la douleur. A tous, Elle offre sa protection et désire tous les aider à se relever [9]… »

                                                                                                                                         +Marie-Mickaël

 

[1] « Par la jalousie du diable, la mort est entrée dans le monde : ils la subissent ceux qui se rangent dans son parti ! » (Sg 2,24).

[2] Saint Jean Damascène, f.o. 2,4.

[3] Catéchisme de l’Eglise catholique, 391 à 395.

[4] C’est le Pape Pie IX qui a proclamé le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie le 8 décembre 1854 par la Constitution apostolique « Ineffabilis Deus ». A Lourdes, le 25 mars 1858 à la 16° Apparition, en la fête de l’Annonciation, Bernadette demande à la Vierge « qui elle est » et elle reçoit cette réponse qui lui est mystérieuse : « Je suis l’Immaculée Conception ! »

[5] Catéchisme de l’Eglise catholique, 478.

[6] Saint Maxime le Confesseur, Ambigua.

[7] Sermon 73,4.

[8] Catéchisme de l’Eglise Catholique, 397 à 399 et 412.

[9] Carmel de Coïmbra, Un chemin sous le regard de Marie, Parvis 2016, p.76.




La prière urgente de La Vierge à Fatima !  » O mon Jésus  » (2)

La prière urgente de la Vierge à Fatima

2 – Le cri d’amour de Marie vers l’Unique Sauveur…

 « O mon Jésus ! »

Notre Dame de Fatima, 13 mai 1017

 

     Quand la Vierge donne aux enfants de Fatima cette prière à ajouter à la fin de chaque dizaine de chapelet, sa première parole « O mon Jésus » révèle, de fait, le « Cri profond » jailli de son Cœur Immaculé : le Cri unique de la Mère du Verbe Sauveur ! Ne l’a-t-elle pas porté en son sein durant neuf mois dans un mystère inouï de silence et d’intimité ?  Ne l’a-t-elle pas suivi jusqu’au pied de la Croix avec un amour et une douleur que Dieu seul connaît ? Tel est le secret sans fond de Celle qui est la Mère de Dieu, la Mère de l’Eglise et donc, ma Mère de chaque instant… Le théologien Urs von Balthazar en a témoigné magnifiquement dans un livre trop peu connu :

« Il a souffert pour nous ! » Ces mots prennent tout leur sens lorsque nous imaginons ce que Marie a pu ressentir dans son esprit et dans son Cœur lors de la Passion… Silencieuse et voilée, sa Mère marche à ses côtés dans une extrême faiblesse, tout en étant animée d’une force suprême. Son Cœur est un suaire, plus vrai que le linge de Véronique. Jésus-Christ, Dieu, doit être pour nous ce qu’Il est pour Marie. C’est donc à travers Elle que nous devons chercher à pénétrer le mystère de la Rédemption…

       Trop souvent, nous oublions. Les choses dont nous avons entendu parler s’étiolent dans notre mémoire… Mais « la mémoire de Marie » est aussi précise aujourd’hui qu’au premier jour. Faisons-là apparaître chaque jour à nos yeux… La foi est un don de toute la personne. Marie ayant toujours été disponible, sa mémoire était la page immaculée sur laquelle l’Esprit-Saint allait graver le Verbe de Dieu le Père[1]… »

     Alors, oui, le « O mon Jésus » qui ouvre la prière donnée par Notre Dame de Fatima laisse deviner son incommensurable amour maternel… et nous invite à la suivre à travers les mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux de son Rosaire ! Ce cri intime au Christ a été le sien tout au long de sa vie et doit devenir de plus en plus le nôtre : le « O » marque une admiration sans limite et le « mon » signifie que le Fils de Dieu s’est fait « mien » pour toujours… dans la folie d’amour de la Croix, Il s’offre à chaque instant à ma liberté! N’est-t-Il pas en vérité « mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20,28). Car depuis les premiers chrétiens, « le nom de Jésus » a jailli de millions de cœurs et traverse les siècles !…

     Tout a commencé à l’Annonciation où le Père, à travers l’Ange Gabriel, découvre à la Vierge le Nom du Sauveur : « Tu lui donneras le nom de Jésus[2]… et son règne n’aura pas de fin ! » (Lc 1,31-32). Et désormais, après sa vie, sa mort et sa Résurrection, l’Eglise primitive est toute centrée sur l’annonce de son Nom qui « dit » sa victoire et sa Présence. Sa promesse finale traverse les siècles jusqu’à nous aujourd’hui : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ! » (Mt 28,20).  C’est le temps de l’Eglise qui commence avec la première annonce de Saint Pierre dans le Temple de Jérusalem : « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés ! » (Ac 4,12). Et Saint Paul poursuivra magnifiquement dans l’Epitre aux Philippiens : « Dieu lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers ! » (Ph 2,9-10). Ainsi, que le « cri final » de  Saint Jean dans l’Apocalypse soit sans cesse le nôtre : « Amen, Viens Seigneur Jésus ! » (Ap 22,20).

     Et l’invocation du « Nom de Jésus » continuera à traverser l’histoire de l’Eglise : Des Pères du désert qui répétaient sans cesse cette invocation fondée sur l’Evangile : « Jésus, Fils de Dieu, Sauveur ! Aie pitié de moi pécheur ! » (Lc 18,38). Cette prière continuelle sera d’ailleurs reprise par la Tradition monastique orientale qui rayonnera aussi sur l’ensemble des croyants… Et du côté de la chrétienté d’Occident, une invocation tout aussi évangélique traversera les cœurs : « Jésus, doux et humble de Cœur, rend mon cœur semblable au tien ! » (Mt 11,28).

Enfin, plus près de nous, Jésus miséricordieux lui-même insistera auprès de Sainte Faustine pour que se répande une prière centrée sur la confiance… et elle est aujourd’hui mondialement connue et priée ! On peut donc déduire qu’elle nous est donnée pour demeurer « debout » dans la foi et l’espérance à travers les épreuves apocalyptiques des derniers temps ! D’ailleurs, le Seigneur a fait une prophétie qui donne la mesure sur notre histoire récente qui est au bord d’une terrible guerre mondiale : « L’humanité ne trouvera pas la paix tant qu’elle ne se tournera pas avec confiance vers ma miséricorde[3] ! » Et il ajoutera plus tard cette parole prophétique qui résonnera puissamment dans le cœur de Sainte Faustine : « Tu prépareras le monde à mon ultime venue[4] ! »

     Alors sachons vivre notre conversion évangélique en état d’urgence tout en gardant cette paix qui ne vient que de l’humilité traversée par une ultime confiance[5] :

     « Jésus, j’ai confiance en Toi [6] ! »                                                   

 

                                                                                                                           +Marie-Mickaël

 

[1] Hans Urs von Balthazar, Marie pour aujourd’hui, Nouvelle cité 1988, p.48-49.

[2] De l’hébreu Yéchûa : « Yahweh sauve ! »

[3] Sainte Faustine, Petit Journal, 300.

[4] Petit Journal, 429.

[5] Souvenons-nous ici des deux dernières méditations où Sainte Thérèse de Lisieux nous a tant éclairés et exhortés par son cri unique : « C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’amour ! » 

[6] Petit Journal, 1298.




La prière urgente de La Vierge à Fatima ! Un signe ultime de « la fin des temps » (1)

La prière urgente de La Vierge à Fatima !

1 – Un signe ultime de « la fin des temps »

 

« O mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’enfer !

Et conduisez au Ciel toutes les âmes,

spécialement celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde ! »

Notre Dame de Fatima, 13 juillet 1917

 

    C’est lors de la troisième Apparition à Fatima que la Vierge demandera aux enfants d’ajouter cette prière unique au Seigneur Jésus après chaque dizaine de chapelet. Dans le mystère du salut offert à chaque instant à l’humanité pécheresse, c’est le signe d’une extrême urgence dans le grand combat qui se déploie entre la Femme et le Dragon (Ap 12,1-3) : la tradition ecclésiale a d’ailleurs vu dans  cette « Femme » le mystère de l’Eglise, mais aussi et surtout de Marie, Mère de l’Eglise !

     Le Pape Saint Paul VI l’a magnifiquement contemplé dans son exhortation apostolique mariale « Signum Magnum ». A travers cette exhortation mariale officielle, on devine la douce intimité de cœur que Paul VI a vécu avec la Vierge… et reçu d’Elle un don de force et d’espérance pour faire face à un après Concile plus qu’éprouvant ! Ecoutons le chant de son cœur qui demeure si actuel :

« Le signe grandiose que Saint Jean vit dans le ciel : « une Femme enveloppée de soleil » (Ap 12,1), la liturgie l’interprète, non sans fondement, comme se rapportant à la très Sainte Vierge Marie, Mère de tous les hommes par la grâce du Christ Rédempteur… La maternité spirituelle de Marie transcende l’espace et le temps et appartient à l’histoire universelle de l’Eglise, car elle a toujours été présente en elle par son assistance maternelle…

       Puisse le Cœur Immaculé de Marie resplendir devant le regard de tous les chrétiens… réconforté par cette certitude que l’insigne Reine du Ciel et notre très douce Mère ne cessera jamais d’assister tous et chacun de ses enfants[1]… »

      Ainsi, jaillie des profondeurs du Cœur Immaculé et douloureux de Notre Dame à Fatima, cette prière est un condensé des vérités de la foi et un « cri ultime » vers la Miséricorde de Dieu ! Elle nous est donnée pour vivre les temps eschatologiques que le Christ a si souvent annoncés dans les Evangiles de la fin :

« Veillez et priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de paraître avec assurance devant le Fils de l’homme ! » (Lc 21,36).

     Cela signifie précisément qu’il faut se réveiller de nos divers sommeils, celui qu’implique le matérialisme ambiant qui finit par « tuer l’âme » en l’éloignant dangereusement de Dieu…  ou celui d’une pratique religieuse confortable tout aussi « redoutable » qui ne vit plus l’urgence de la conversion évangélique ! Il faut revenir à l’admirable pédagogie de la Vierge à Fatima : durant les deux premières Apparitions, Elle fait faire aux enfants l’expérience unique du bonheur du Ciel au cœur de la Sainte Trinité… et ce n’est qu’à la troisième Apparition qu’Elle leur révèle dans une vision l’horreur de l’Enfer sous la domination de Satan !

On demeure d’ailleurs stupéfaits du silence sur les fins dernières dans l’Eglise actuelle : à quelques exceptions près, elle demeure « muette » sur les signes évidents de la « Parousie »  qui invitent à la conversion évangélique ! Trop souvent, la prédication préfère une approche plus lisse et sociale… et les « messages » de la Sainte Vierge semblent venir déranger une pastorale uniforme !

Pourtant, nous n’avons qu’une seule vie pour nous convertir à l’amour du Christ et du prochain en vue de la vie éternelle : «Au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’amour[2] ! » Certes, par l’Amour en personne dont la Miséricorde est infinie, mais tout aussi infiniment Juste ! Et c’est pourquoi demandons avec insistance d’être « libérés » de ce regard trompeur où l’âme est enfermée dans une terrible illusion : celle des Vierges folles de l’Evangile ! Alors que les Vierges sages s’endorment aussi  à cause de leur fragilité, elles sont néanmoins prêtes au réveil (Mt 25,5-8) car vigilantes dans l’huile de la prière et de l’amour… l’huile sacrée du cœur fidèle !

Les Vierges folles, elles, sont toujours « ailleurs » ! Elles se situent « loin », dans une mortelle distance,  et n’ont plus cette relation d’amour constante avec l’Epoux. Leur soi-disant foi n’est qu’une dimension accessoire de leur vie… et leur demande urgente « d’ouvrir la porte » semble plus une pure opportunité, qu’un vrai cri d’amour ! De fait, la relation n’existe pas ou n’existe plus depuis longtemps et la mise en lumière du Seigneur en témoigne tragiquement : « En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas ! » (Mt 25,12). Cela me fait penser à cette parole de Jésus miséricordieux à Sainte Faustine :

« O malheureux qui ne profitaient pas maintenant de ce miracle de la Miséricorde… en vain, vous appellerez, il sera déjà trop tard [3]… »

Cela nous renvoie à un autre Evangile qui précise encore combien s’enfermer dans cette « illusion redoutable » ferme la porte du Ciel… car, en réalité, le cœur demeure « si loin » de la douce Présence de Dieu : « Dés que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, et que, restés dehors, vous vous serez mis à frapper à la porte en disant : « Seigneur, ouvre-nous ! » Il vous répondra : « Je ne sais d’où vous êtes ! » Alors vous commencerez à dire : « Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places ! » Mais il vous répondra : « Je ne sais d’où vous êtes. Loin de moi, vous tous, artisans d’iniquité ! » Là seront les pleurs et les grincements de dents… »                      (Lc 13,25-28).

C’est pourquoi  le Seigneur nous prévient de vérifier et préparer notre cœur dans la vigilance inlassable de la prière : « Veillez donc, car vous ne savez ni le moment, ni l’heure ! » (Mt 25,12-13).

Alors, ne soyons pas étonnés ou scandalisés quand Notre Dame vient nous « réveiller » de manière évangélique à La Salette, Lourdes, Fatima ou Akita : Apparitions reconnues par l’Eglise. Car la Vierge de tendresse vient nous prévenir et nous préparer sur le terrible combat actuel et à venir…

   Pour conclure, écoutons le beau témoignage d’un Évêque français sur ces temps de la fin… C’est si rare qu’on s’en réjouit d’autant plus ! Alors, accueillons ce message de vérité et d’espérance :

« A Fatima, la Vierge Marie apparaît clairement comme la Femme de l’Apocalypse : « Un signe grandiose apparut au Ciel : une Femme ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête » (Ap 12,1). Le miracle du soleil, vu par une foule de témoins, accompagnant sa dernière Apparition, le 13 octobre 1917, en est l’éclatante confirmation. C’est le combat eschatologique entre la Femme et le Dragon qui aboutira à la victoire du Christ en Marie (Ap 12,1-17). A Fatima, Marie annonce ce bel épilogue : « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera !…»

     On peut déduire de l’insistance de la Vierge Marie à visiter la terre pour nous avertir ; et du déchaînement inédit des puissances du mal, en particulier à l’œuvre contre la vie humaine commençante et contre la famille, que nous sommes bien parvenus dans ces temps qui sont les derniers… Marie ne vient pas pour nous effrayer mais pour nous inviter à un sursaut de foi, d’espérance et de charité… Elle insiste sur la nécessité de nous convertir et sur l’importance fondamentale de la prière qui peut atténuer, voire écarter, les châtiments… Il s’agit donc d’un merveilleux message d’Espérance[4] ! »

+Marie-Mickaël

 

[1] Pape Saint Paul VI, Exhortation apostolique SIgnum Magnum, sur la vénération et l’imitation de Marie, 13 mai 1967.

[2] Saint Jean de la Croix.

[3] Petit Journal, 1448.

[4] Mgr Marc Aillet, Evêque de Bayonne, Préface du livre de Damian Sanchez, « Je viens vous préparer ! » Editions du Parvis, 2022, p.8-9-10.




L’Amour sait attendre – 2

« Ma folie à moi, c’est d’espérer…

Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras me chercher ! »

Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B

 

       Dans la dernière méditation, Thérèse proclamait cette grande vérité de la foi qui doit resplendir au plus profond d’une vie : savoir que « par delà les nuages, le soleil brille toujours ! » Si elle avait vécue à notre époque, je devine qu’elle aurait été ravie de prendre l’avion un jour de pluie pour se retrouver en « plein soleil » en altitude…

Thérèse est pour notre temps le grand « prophète de l’espérance » et il faut revenir sur cette bouleversante parabole du soleil et du petit oiseau : là est le cœur de sa voie d’enfance spirituelle. Car la foi seule a le pouvoir de transformer la fragilité en confiance ! Et elle devient un chant d’amour au cœur de la nuit… c’est pourquoi il faut écouter longtemps le chant d’amour de Thérèse pour que cette sagesse des « petits » de l’Evangile (Lc 10,21) ouvre peu à peu nos cœurs :

« Jésus, je suis trop petite pour faire de grandes choses, et ma folie à moi, c’est d’espérer !… Aussi longtemps que tu le voudras, ô mon Bien-Aimé, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, toujours il demeurera les yeux fixés sur toi, il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour… Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras ma chercher [1]… »

       « Ma folie à moi, c’est d’espérer ! » C’est comme ici le Credo silencieux de Thérèse !  En réalité, ce cri traverse toute sa vie de carmélite. Car attendre dans la nuit sans rien voir venir la situe au cœur de cette vie théologale où la nuit de la foi fait lever une folle espérance… seule elle attire le feu de l’Amour : « Dans le Cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour… ainsi, je serai tout… ainsi, mon rêve sera réalisé[2] ! »

Comment oublier ici « l’histoire de la pécheresse convertie qui est morte d’amour » : elle a tant bouleversé et confirmé Thérèse sur la voie de l’infinie Miséricorde :

« Non, personne ne pourrait m’effrayer ; car je sais à quoi m’en tenir sur son amour et sa miséricorde. Je sais que toute cette multitude d’offenses s’abîmerait en un clin d’œil, comme une goutte d’eau dans un brasier ardent !

        Il est rapporté dans la Vie des Pères du désert, que l’un d’eux convertit une pécheresse publique dont les désordres scandalisaient une contrée entière. Cette pécheresse, touchée de la grâce, suivait le saint dans le désert pour accomplir une rigoureuse pénitence, quand, la première nuit du voyage, avant même d’être rendue au lieu de sa retraite, ses liens mortels furent brisés par l’impétuosité de son repentir plein d’amour : et le solitaire vit, au même instant, son âme portée par les Anges dans le sein de Dieu…

       Voilà un exemple bien frappant de ce que je voudrais dire, mais ces choses ne peuvent s’exprimer [3]… »

      Ce témoignage fulgurant a de quoi nous surprendre et nous interroger sur les étroitesses cachées de nos cœurs dans notre quotidien trop souvent linéaire…  pour accéder au mystère de l’infinie miséricorde, notre pauvreté doit être traversée par une audacieuse et folle confiance ! Cela peut nous paraître contradictoire ; mais dans cette attente épuisante s’opère une création nouvelle et cachée où le cœur apprend à aimer en vérité comme l’enseigne Thérèse :

 « Pour aimer Jésus… il faut consentir à rester pauvre et sans force, et voilà le difficile… C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour [4] ! »

     Thérèse insiste tant sur ce « rien ». Elle sait combien, avec les meilleures intentions, notre confiance est encore trop souvent un mélange où notre moi garde secrètement le contrôle. L’esprit d’enfance n’a pas encore pénétré en profondeur car « pour attendrir Dieu il faut être vraiment pauvre. Et qu’y a-t-il de plus pauvre que d’essayer de porter sa croix sans y parvenir ? Les riches veulent bien porter leur croix à condition d’y arriver. Sinon, ils refusent parce que cela ne sert à rien. Les pauvres ne sont pas ceux qui attendent passivement comme les quiétistes. Ce sont ceux qui essaient de réussir… Au fond, c’est très « calé », mais à l’envers, un jeu de qui perd gagne. Il faut faire des efforts, épuiser ses forces, se donner totalement, faire tout ce qu’on peut, mais pour tout rater ! Non qu’on veuille rater, on essaie de réussir, mais on comprend et on accepte de mieux en mieux que nos forces soient dépensées en pure perte. Cette « pure perte » est ce qu’il y a de plus précieux aux yeux de Dieu, parce que c’est « le chant de notre amour [5] ! »

C’est sans doute ce que voulait exprimer Saint Jean Chrysostome quand il affirmait : « Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler… » Et Thérèse va jusqu’à affirmer : « T’aimer Jésus, quelle perte féconde [6] ! »

     Seule l’attente pauvre et persévérante de notre foi fera monter en nos cœurs ce gémissement de l’espérance… et laissons Thérèse nous partager son cœur intime quand elle nous confie :

     « Peut-être vas-tu croire que je fais toujours ce que je dis, oh non, je ne suis pas toujours fidèle, mais je ne me décourage jamais, je m’abandonne dans les bras de Jésus [7] ! »

 

                                                                                                              +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.231.

[2] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.226.

[3] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, p.1293.

[4] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes –  Lettre 197, p.553.

[5] Marie Dominique Molinié, Qui comprendra la Cœur de Dieu ? Saint Paul 1994, p.80.

[6] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Poésie 17,

[7] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Lettre 143, p.467.




L’Amour sait attendre – 1

« Malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin… »

Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B

 

     En ce temps béni de Noël, écouter le « chant d’amour » de Thérèse pour Jésus est tellement bénéfique pour fortifier notre espérance… car dans ce monde postmoderne où l’avenir de l’homme semble s’effacer, l’espérance a comme disparue ! On n’espère plus aller au Ciel d’en-haut que le Christ a ouvert sur la Croix. On célèbre déjà un autre ciel sur la terre : la 4° révolution industrielle où le transhumanisme ouvre une porte qui semble « fascinante autant qu’inquiétante », car elle pourrait être la fin de l’homme… Le célèbre astrophysicien Stephen Hawking s’est est inquiété :

    « Le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité ». Science fiction ou réalité ? La frontière n’a jamais été aussi mince[1]. »

Le bien-être et la satisfaction quasi immédiate qu’apporte la technologie actuelle a développé en nous un pouvoir dangereux… et Il nous faut être « délivré » de l’orgueil d’une société qui pousse à « vouloir tout, tout de suite ! » De mon portable, je peux pratiquement tout voir, tout acheter, tout communiquer ; mais dans ce déluge d’informations, de relations et de consommation, un vide nous envahit… et sans nous en rendre compte, nous perdons la beauté du regard !

       Car en vérité, celui qui aime sait attendre : la patience est la profondeur de l’Amour ! Dieu le sait et il ne brusque pas les étapes. Il a inscrit le mystère de la croissance dans sa création. L’arbre a besoin de saisons pour donner tout son fruit… Et d’ailleurs, qu’adviendrait-il de nous sans l’infinie patience de Dieu ? L’Amour sait nous attendre et cela s’appelle la Miséricorde !

Avec le poids de l’expérience, Saint Pierre nous prévient en ce sens :

« Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers nous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. Il viendra, le jour du Seigneur, comme un voleur… » (2 P 3,9-10)

En effet, le temps est une durée qui exprime la miséricorde : qu’en serait-il de nous si nous devions paraître « maintenant » devant notre Dieu ? Laissons ici « la plus grande Sainte des temps modernes [2] » parler à notre cœur : parce qu’elle avait un désir fou d’aimer Jésus et de sauver  les âmes, « petite Thérèse » a su attendre avec confiance ! A travers le symbole du « petit oiseau », elle nous révèle un autre aspect de la voie d’enfance évangélique. Etre petit, c’est aussi ne pas se lasser d’espérer en attendant tout du « Soleil de l’amour »…

A travers un langage qui peut paraître puéril à certains, une profonde sagesse issue de l’Evangile se déploie ici car la Révélation qui resplendit dans le Fils porte un redoutable secret : le Père l’a cachée « aux sages et aux savants », mais l’a « révélée aux tout petits ! » (Mt 11,25). Thérèse, la dite « Petite », en est un immense témoin pour notre époque et il nous faut décrypter en profondeur son message. Laissons résonner son chant d’amour en nos cœurs et nous nous reconnaîtrons :

« Je me considère comme un faible petit oiseau… Je ne suis pas un aigle, j’en ai simplement les yeux et le cœur car malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin, le Soleil de l’amour… Le petit oiseau voudrait bien voler vers ce brillant Soleil mais s’envoler, cela n’est pas en son petit pouvoir ! Que va-t-il devenir ? Mourir de chagrin en se voyant aussi impuissant ? Non ! Le petit oiseau ne va même pas s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son divin Soleil… Rien ne saurait l’effrayer, ni le vent, ni la pluie… Il sait que par-delà les nuages, son Soleil brille toujours[3] ! »    

                                                                                  +Marie-Mickaël                                   

[1] Antoine Pasquier, Le transhumanisme ou la tentation de l’homme parfait, Famille chrétienne, n° 1926, 2014.

[2] Expression prophétique du Pape Saint Pie X.

[3] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.229-231.




Saint Jean – le Théologien 2

« Fortifie nos cœurs dans la profondeur du silence marial…

Toi qui fût le premier des Apôtres à croire à la Résurrection… (Jn 20,8)

Affermis nos cœurs dans la foi en Jésus Ressuscité et Vivant ! (Jn 20,29 / 21,7)

 

     Jean a été l’Apôtre qui s’est vite rapproché de la Vierge Marie dans une communion par « silence de regard »… très tôt, Il a croisé, admiré et contemplé « le regard de la Mère » dans la profondeur de son silence d’amour… Il a comme été emporté par Elle à la suite du Christ à travers l’humble puissance cachée de son Cœur Immaculé : et il est ainsi le seul Apôtre présent au pied de la Croix ! Son cœur était déjà enfoui en celui de la Mère de Dieu…

Voilà pourquoi Jésus le lui confirme du haut de la Croix : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,28) Et qu’il confirme à Marie, sa Mère, que Jean est « son premier enfant » dans le mystère du temps de l’Eglise qui commence : « Femme, voici ton Fils ! » (Jn 19,26). En employant le terme décisif de « Femme », comme déjà à Cana, (Jn 2,4), sa Parole créatrice de Fils de Dieu « ouvre » le Cœur de Marie à une tendresse maternelle universelle qui s’exercera dans le temps sur tous et chacun à la fois : la « Femme » de l’Apocalypse (Ap 12,1)  qui est la Mère de Dieu devient Ma Mère !

      Le Pape Saint Jean-Paul II l’a magnifiquement contemplé et annoncé  lors d’une homélie à Fatima :

« Depuis le temps où Jésus, en mourant sur la Croix, a dit à Jean : « Voici ta Mère !… » Depuis le temps où le disciple la prit « chez lui », le mystère de la maternité spirituelle de Marie a eu son accomplissement dans l’histoire avec une ampleur sans limites… car lorsque Jésus dit sur la Croix : « Femme, voici ton Fils ! » Il ouvrit d’une manière nouvelle le Cœur de sa Mère… Marie est Mère de tous les hommes et son empressement pour la vie de l’homme est de portée universelle[1]… »

    Ainsi donc, quand du haut de la Croix, le Christ fait de sa Mère « notre Mère », cela la lie à jamais au mystère de l’Eglise à travers le temps… l’Eglise des fidèles mais aussi l’Eglise hors les murs : Marie reçoit de son Fils la mission de veiller maternellement sur tous les hommes et chaque homme en particulier pour les protéger et les conduire vers son Fils Sauveur. Elle est le visage maternel de l’Esprit-Saint qui offre en douceur la puissance du salut ! Qui comprendra la silencieuse et inépuisable tendresse du Cœur de la Mère ?

Ecoutons à nouveau Saint Jean-Paul II : « Dans le Christ, au pied de la Croix, elle a accepté Jean, et elle a accepté tout homme et tout l’homme ! Marie les embrasse avec une sollicitude particulière dans l’Esprit-Saint. C’est Lui, en effet, comme nous le professons dans le Credo qui « donne la vie » ! C’est Lui qui donne la plénitude de la vie ouverte vers l’éternité. La maternité de Marie est donc une participation à la puissance de l’Esprit [2]… »

    Alors, très tôt attentif et silencieusement attiré par la présence de la Mère de Jésus ; Saint Jean l’a suivie dans  la plénitude de sa foi… et c’est pourquoi il est le premier, après Marie, à croire à la Résurrection du Christ : on se souvient de sa course rapide où il devance Saint Pierre vers le tombeau de Jésus ( Jn 20,3-9) mais entre après lui. Et devant les signes du suaire, « roulé à part à sa place » et des linges, « posés à plat »… Saint Jean devine que les Anges sont passés par là et que Jésus est vivant ! Et c’est pourquoi « il vit et il crut » (Jn 20,8). Car « il a expérimenté que tout était signe dans la vie et la mort de Jésus… et cela l’a persuadé qu’il était nécessaire d’aller au-delà des apparences afin de percer son mystère[3] ! » Tel est le regard contemplatif de Jean dans sa foi…

Enfin, nous demandons à Saint Jean de le suivre sur les chemins de sa foi profonde : « Affermis nos cœurs dans la foi en Jésus ressuscité et vivant ! » Cela signifie que notre foi doit devenir de plus en plus ferme, forte et lumineuse… et elle ne se laissera pas engloutir par les épreuves imprévues de la vie ! Et elle traversera chaque nuit comme « un lieu de naissance » qui rapproche du Ciel… car Jésus l’a proclamé : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » (Jn 20,29). Et sous un certain angle, nous sommes donc plus heureux que les Apôtres.

D’autre part, les Pères de l’Eglise remarquent souvent que les Apôtres n’ont pas été « à l’abri du doute ». Saint Cyrille d’Alexandrie en témoigne clairement sur l’Evangile de Jean qui rapporte la forte incrédulité de Saint Thomas :

« On nous rapporte que Thomas fut le seul à dire : « Si je n’avance pas mes mains, si je ne vois pas la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » (Jn 20,25). Mais le péché de l’infidélité était en quelque sorte commun à tous, et nous ne constatons pas que l’esprit des autres disciples ait été à l’abri du doute, bien qu’ils aient tous dit : « Nous avons vu le Seigneur ! » (Jn 20,25). Saint Luc écrit à leur sujet : « Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement ! » (Lc 24,41)… Vous voyez comment la pensée incrédule n’a pas son siège chez Thomas seulement, mais que le cœur des autres disciples souffrait de la même maladie…

       Celui qui n’a pas vu, mais qui accueille et tient pour vrai ce que l’initiateur aux mystères lui a dit à l’oreille, honore d’une foi remarquable ce que son Maître lui a proclamé. Par conséquent, on appelle bienheureux tous ceux qui ont cru grâce à la parole des Apôtres, eux qui ont été les témoins oculaires des grands actions du Christ [4]… »

      La foi qui fait confiance « sans avoir vu » est le merveilleux héritage des chrétiens dans le temps de l’Eglise… et c’est un trésor sans fond qui faisait dire à Sainte Elisabeth de la Trinité :

« Que je sois toute disponible, toute éveillée dans la foi, afin que le Maître puisse m’emporter partout où Il voudra [5]… »

 

                                                                                         +Marie-Mickaël

 

[1] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[2] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[3] Jean-Michel Castaing, Site internet Aleteia, 12 avril 2020.

[4] Saint Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’Evangile de Jean.

[5] Sainte Elisabeth de la Trinité, Lettre 165.




Saint Jean, le Théologien – 1

O Saint Jean, le Théologien…

Toi qui as sondé les indicibles mystères du « Verbe fait chair »… (Jn 1,14)

Toi qui as tant écouté le Cœur attentif de la Vierge

où s’est enfoui l’Evangile du Sauveur… (Lc 2,19 / Lc 2,51 / Jn 2,1-5)

 

L’Eglise va bientôt fêter Saint Jean Apôtre le 27 décembre. C’est l’occasion de continuer à « méditer » une de nos prières quotidiennes à l’Apôtre bien-aimé, celle de chaque mardi. Elle commence par l’affirmation qui le caractérise : « O Saint Jean, le Théologien ! »

A travers la Tradition, on a vite remarqué que son annonce de l’Evangile du Christ n’était pas seulement narrative ou pédagogique, mais aussi profondément théologique. C’est l’Evangile spirituel par excellence ! Il nous a fait entrer dans les mystères du Dieu fait homme d’une manière inédite dés son prologue :

« Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.

       Il était au commencement tourné vers Dieu.

       Tout fut par Lui et sans Lui rien ne fut.

       De tout être Il était la vie et la vie était la lumière des hommes…

       Et le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous,

       et nous avons vu sa gloire,

       gloire qu’Il tient de son Père comme Fils unique,

       plein de grâce et de vérité. » (Jn 1,1-4 / 1,14)

Pour nous faire saisir le mystère inouï qui a traversé la vie de Jean, Origène, dès le 3° siècle a écrit dans un commentaire : « Il faut oser dire que, de toutes les Ecritures, les Evangiles sont les prémices et que, parmi les Evangiles, les prémices sont celui de Jean… dont nul ne peut saisir le sens s’il n’a reposé sur la poitrine de Jésus et n’a reçu de Jésus Marie pour Mère[1] ! »

     Saint Thomas d’Aquin écrira aussi admirablement sur celui qui est l’aigle parmi les évangélistes : « Le symbole de Jean est l’aigle. Voici pourquoi : les trois autres évangélistes se sont occupés de ce que le Christ a accompli dans la chair… Jean, lui, volant comme un aigle au-dessus des nuages de la faiblesse humaine, contemple la lumière de l’immuable Vérité avec les yeux du cœur, du regard le plus pénétrant… Attentif à la divinité même de notre Seigneur Jésus-Christ par laquelle il est égal au Père… Le privilège de Jean fut d’être parmi tous les disciples du Seigneur, celui qui fut le plus aimé du Christ : Jean fut en effet « le disciple que Jésus aimait » (Jn 21,20) comme lui-même l’a dit sans se nommer. Le Christ a donc révélé ses secrets de façon toute spéciale à ce disciple très spécialement aimé[2]… »

« Toi qui as sondé les indicibles mystères du « Verbe fait chair… » (Jn 1,14)

C’est la seconde affirmation sur l’Apôtre bien-aimé : après l’avoir quelque peu contemplé dans son altitude d’Aigle comme « Théologien » incomparable, nous sommes invités ici à entrer dans sa vision de Dieu fait homme : « Et le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous… » Jean nous ouvre ici la porte de l’insondable mystère où le Verbe qui  était éternellement « tourné vers Dieu » s’est, par un incompréhensible amour, « tourné vers les hommes » !

      Ainsi, mon Créateur et mon Sauveur est venu jusqu’à moi dans un visage d’homme… c’est le plus grand mystère de toute l’histoire humaine : voilà pourquoi elle est classée entre « avant et après Jésus-Christ ! » Car Il est venu bouleverser notre monde en envoyant l’Esprit d’amour qui conduit l’Eglise à travers les remous du monde pécheur et l’adversité du démon. Et Saint Jean nous a clairement prévenus sur l’ennemi de Dieu qui met tant de confusion dans le monde actuel. Retenons sa mise en garde pour fortifier la vigilance de notre foi :

« A ceci nous savons qu’Il demeure en nous : à l’Esprit qu’Il nous a donné…

       Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits

       pour voir s’ils viennent de Dieu,

       car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde !

       A ceci reconnaissez l’Esprit de Dieu :

       tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu ;

       et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu ;

       c’est là l’esprit de l’Antichrist !

       Vous avez entendu qu’il allait venir…

       Et dés maintenant, il est déjà dans le monde…

       Mais Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde ! »

                                                       (1 Jn 3,34 / 4,1-4)

    Pour rester fidèle à la vraie foi au mystère du Christ à la suite de Saint Jean, Origène affirmait plus haut qu’il faut s’approcher et reposer sur « la poitrine de Jésus »… Là, on entend  battre le Cœur de l’infinie tendresse de Dieu ! Telle est La découverte toujours nouvelle de l’Amour de Jésus dont le mystère insondable retentit dans la vie des Saints : ne sont-ils pas beaux d’une Lumière qui n’est pas de ce monde, mais resplendit au cœur de ce monde ? Ne sont-ils pas l’avenir de l’humanité ?

C’est pourquoi un Saint Bernard nous invite à découvrir ce Dieu qui, toujours, s’offre à nous et fait naître les Saints et Saintes de tous les temps :

« Le nom de Jésus n’est pas seulement une lumière, c’est aussi un aliment. Jésus est miel à la bouche, mélodie à l’oreille, Jubilation au cœur ! Mais il est aussi un remède. Quelqu’un de nous est-il triste ? Que le nom de Jésus vienne en son cœur et de là bondisse à ses lèvres… et voici qu’à l’aurore de ce nom, tout nuage s’enfuit, la sérénité revient[3] ! »

    La seconde affirmation d’Origène : « Et n’a reçu de Jésus, Marie pour Mère… » Nous ouvre au mystère de celle, immense, qui s’est dite « Servante du Seigneur » (Lc 1,38). Car, dans la contemplation de sa foi, Origène a bien saisi que le mystère de Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes est un des grands dons du Cœur de Dieu ouvert sur la Croix…  le « Voici ta Mère ! » résonnera dans l’histoire du monde à travers le mystère de l’Eglise… et comme l’affirme le Concile Vatican II : la Vierge Marie est « Celle qui occupe dans la Sainte Eglise la place la plus élevée au dessous du Christ[4] et nous est toute proche[5]… »

                                                                                                          +Marie-Mickaël

 

 

[1] Origène, Commentaire sur Saint Jean, Livre I,23.

[2] Saint Thomas d’Aquin (1225-1274), Commentaire sur l’Evangile de Jean, Prologue de Saint Thomas, Tome I,11.

[3] Saint Bernard, Homélie sur le Cantique des Cantiques, 15,6 – Patrologie Latine 183-847.

[4] Et l’on pourrait préciser : « aux côtés du Christ ! »

[5] Concile Vatican II, Lumen gentium, 54.




L’Avent silencieux du cœur… avec Sainte Elisabeth de la Trinité !

« Voici le saint temps de l’Avent… c’est tout spécialement celui des âmes intérieures,

de celles qui vivent sans cesse cachées en Dieu avec Jésus-Christ ! »

Elisabeth de la Trinité, Lettre 250

 

Elisabeth de la Trinité et sa soeur Marguerite

 

      Nous voici arrivé dans la plénitude de l’Avent, à quelques jours de l’indicible jour de Noël : joie si douce où la plus belle des femmes nous offre le Sauveur, sous le regard unique de Joseph le silencieux… et durant ces derniers jours, l’Eglise plonge dans une plénitude de silence contemplatif ! Quelles que soient nos activités, orientons notre attente vers l’Enfant Dieu caché dans le sein de Marie… car, comme le remarque Sainte Faustine : « Le cœur pur, Seigneur, te pressent de loin ! » Certes, nous sommes tous des pécheurs au cœur lourd et si dispersé ; mais si nous nous tournons vers la « pleine de grâce », nous deviendrons si « attentifs » au Mystère de Dieu que nous découvrirons l’indicible sourire de son Visage d’Enfant…

Supplions le Ciel de ne jamais nous « habituer » au plus grand évènement caché de l’histoire des hommes ! Au début de sa première Epitre qui renvoie au Prologue de son Evangile, Saint Jean en témoigne dans une contemplation unique où s’ouvre le Ciel sur la terre :

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie ; car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue ! » (1 Jn 1,1-2).

 

A la suite des Apôtres et à travers son immense cohorte de ses Saints connus ou cachés, l’Eglise est intarissable sur le sujet : elle est à jamais traversée par « la Tendresse » de ce Dieu qui nous aimé jusqu’à se laisser voir, toucher et entendre en notre humanité ! Et c’est pourquoi elle ne cesse de proclamer sa joie et sa contemplation de l’Eternel qui s’est fait pour nous si petit… Telle est désormais le mystère qui ravit le Ciel et la terre ! Et pour y pénétrer, écoutons une Sainte Elisabeth de la Trinité qui nous invite à entrer « en l’âme et l’amour de la Vierge » :

« Voici le saint temps de l’Avent, il me semble que c’est tout spécialement celui des âmes intérieures, de celles qui vivent sans cesse et à travers tout « cachées en Dieu avec Jésus-Christ » (Col 3,3) au centre d’elles-mêmes… et dans l’attente du grand Mystère, j’aime approfondir ce beau psaume 18 : « Il a placé son pavillon dans le soleil et cet astre, semblable à un jeune époux qui sort de sa couche, s’est élancé comme un géant pour parcourir sa carrière ; il est sorti de l’extrémité du ciel, sa révolution s’est faite jusqu’à l’autre extrémité ; et nul ne se dérobe à sa chaleur…

Penses-tu ce que ce devait être en l’âme de la Vierge, lorsqu’après l’Incarnation elle possédait en Elle le Verbe Incarné… en quel silence, quel recueillement, quelle adoration elle devait s’ensevelir au fond de son âme pour étreindre ce Dieu dont elle était Mère… »

 

Et, dans cette lettre à sa sœur, Elisabeth conclut par une invitation où se déploie point par point toute l’orientation de l’Avent : « Ma petite Guite, Il est en nous. Oh ! Tenons-nous tout près de Lui, en ce silence, avec cet amour de la Vierge ; c’est comme cela que nous passerons l’Avent [1]… »  Alors, en ces derniers jours avant la naissance du Messie, méditons ses conseils spirituels si simples et si précieux :

Première affirmation qui lui est la plus chère car elle orientera en profondeur toute sa vie de foi : « Il est en nous !… » Cette réalité de l’inhabitation du Christ en nos cœurs par l’état de grâce est le mystère qui a traversé toute sa vie. Et dans le monde actuel sursaturé d’images, de bruits et d’informations, il est urgent de protéger le « ciel de notre âme » en vivant les sacrements et en priant silencieusement  Celui qui est caché au fond de notre cœur.

Elisabeth carmélite avait ces paroles uniques pour sa sœur Guite tant aimée, mère de famille et grande contemplative : « Je viens causer avec toi, sous le regard de Celui que nous aimons. J’ai pris une grande feuille car, lorsque je suis avec ma Guite, il vient tant de choses sous ma plume… tu sais, j’aime tant quand tu me permets d’entrer en ton Ciel, en celui que l’Esprit Saint crée en toi… Toi qui es mère et qui sait quelles profondeurs le bon Dieu a mises en ton cœur pour tes enfants, tu peux saisir la grandeur de ce mystère…

Oh ! ma Guite, ce Ciel, cette maison de notre Père, il est au centre de notre âme ! Comme tu le verras dans Saint Jean de la Croix, lorsque nous sommes en notre centre le plus profond, nous sommes en Dieu[2]! N’est-ce pas que c’est simple et consolant ? A travers tout, parmi tes sollicitudes maternelles, tandis que tu es toute aux petits anges, tu peux te retirer en cette solitude pour te livrer à l’Esprit Saint afin qu’Il te transforme en Dieu, qu’Il imprime en ton âme l’Image de la beauté divine, afin que le Père en se penchant sur toi ne voie plus que son Christ…

Oh, petite sœur, au Ciel je me réjouirai en voyant paraître mon Christ si beau en ton âme !… en attendant, « croyons à l’amour » avec Saint Jean (1 Jn 4,16)… et attendons dans la foi[3] ! »

Ici, comme dans tant de lettres, quelle démocratisation de la contemplation : sous la plume d’Elisabeth, elle n’est plus réservée au monde des monastères, mais offerte à toute vocation laïque en plein monde…

Deuxième affirmation : « Oh ! Tenons-nous près de Lui, en ce silence… » C’est ici l’attitude simple et contemplative qui a traversé peu à peu toute la vie d’Elisabeth : pour elle, le silence est le signe majeur de l’amour et elle vient nous poser une question majeure :

« N’avez-vous pas cette passion de l’écouter ? Parfois, c’est si fort ce besoin de se taire[4]… »

« Je vous donne rendez-vous en l’Infini de Dieu, en sa Charité : voulez-vous que ce soit le désert où, avec notre divin Epoux, nous allons vivre en une profonde solitude, puisque c’est dans cette solitude qu’Il parle au cœur[5]… »

     Troisième affirmation : « Avec cet amour de la Vierge… » Elisabeth nous invite ici à entrer dans le silence d’amour de la Mère de Dieu car pour elle, « l’attitude de la Vierge durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre au-dedans, au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par Elle[6] ! »

Ainsi, Elisabeth conclut en nous invitant à la suivre : « C’est comme cela que nous passerons l’Avent ! » Nous voici donc éclairés pour réveiller et orienter notre cœur en cette fin du temps béni de l’Avent. En ce monde au bord du gouffre, il est si urgent de nous préparer à la joie unique de Noël où, à travers les bras de Marie, l’Enfant-Dieu s’offre à nous avec une tendresse qui n’est pas de ce monde…

                                                                                                 +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Cerf 1991, Lettre 250 et Lettre 183.

[2] Référence Saint Jean de la Croix dans Vive flamme d’amour 465, strophe 1, verset 3. On peut donc déduire qu’Elisabeth a prêté son livre à Guite.

[3] Elisabeth de la Trinité, Lettre 239.

[4] Elisabeth de la Trinité, Lettre 158

[5] Elisabeth de la Trinité, Lettre 156.

[6] Elisabeth de la Trinité, Le Ciel dans la foi, 40.