Le Rosaire est la répétition d’un amour…

« Le Rosaire connaît un nouveau printemps…

C’est sans aucun doute un des signes les plus éloquents

de l’amour que les jeunes générations nourrissent pour Jésus et pour sa Mère… »

Pape Benoît XVI

     Prendre son chapelet et méditer les mystères du Rosaire nous plonge dans une proximité unique avec Jésus et sa Mère… là, un « secret d’intimité » s’établit où l’amour se dit et se redit… Toute pauvre qu’elle était, Sainte Bernadette de Lourdes avait reçu cette Sagesse révélée « aux tout petits » (Mt 11,25) ; et elle l’exerça en particulier en égrenant son chapelet car tout, dans sa vie, s’est déroulé au rythme du chapelet de la Vierge… qui est son unique richesse ! Elle l’avoue clairement : « Je ne savais que mon chapelet[1]… » Et elle en témoigne dés la première Apparition de la Vierge à la grotte : d’instinct, Bernadette tire le chapelet de sa poche : « Je récitais mon chapelet, ayant toujours cette Dame devant les yeux[2]… » Et comme le remarque le Père Laurentin : « Ce geste avait en elle des racines. Et nous comprenons mieux pourquoi elle a été choisie, cette bergère de rien. Ce n’était pas seulement pour le rien qu’elle était aux yeux du monde, c’est aussi pour la richesse qu’elle avait déjà aux yeux de Dieu[3]… »

Au cœur de sa foi, Bernadette a cette certitude qui repose sur l’expérience : « L’âme qui implore Marie ne peut périr… Celle qui se confie à cette Mère conserve le calme au milieu de la tempête, elle garde la paix malgré la fureur de la tourmente… Heureuse l’âme qui a su trouver cet abri, ce refuge[4] ! » Et elle nous donne avec force ce conseil ultime qui est le secret de sa vie : « Mettez-vous dans le Cœur de Marie, et restez-y ! Faites-en votre demeure sur la terre[5]… »

Tel est le bonheur de celles et ceux qui ont découvert la mission unique de Marie pour notre temps ! L’Arche de tendresse et de protection nous est offerte par la Sainte Trinité en ce monde actuel qui va à la dérive… et où Satan se déchaîne comme jamais sur tous les fronts de la société, et jusque dans l’Eglise, pour perdre l’humanité ! La parole prophétique et interrogative du Seigneur Jésus doit résonner en nos cœurs, telle une extrême alerte :

« Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18,8).

Pour traverser la mer agitée des derniers temps, il nous faut donc prendre le chapelet et le prier chaque jour pour « entrer en résistance » ! C’est dans l’Arche bénie du Cœur Immaculé de Marie que nous tiendrons debout face aux terribles épreuves : garder la paix du cœur en sa tendresse maternelle est une urgence de la foi d’instant en instant… et face à l’invasion médiatique actuelle qui nous oppresse, la répétitivité priante du chapelet nous fortifie, nous unifie et nous protège ! En effet, notre cœur doit rester en éveil par une prière continuelle pour combattre les multiples tentations de ce que Benoît XVI a appelé « la dictature du relativisme »…

Certains critiquent le soi-disant « rabâchage » du chapelet qu’ils trouvent abrutissant ! Ils n’ont pas compris que la « répétitivité » implique « l’amour » qui exprime une signification essentielle de la vraie prière… Lucie de Fatima l’a magnifiquement précisé :

« Quand des amoureux se retrouvent, ils passent des heures et des heures à se répéter : « Je t’aime ! » A ceux qui pensent que le Rosaire est monotone, il manque une chose : l’amour ! »

Et dans une remarquable approche de sagesse, la voyante de Fatima précise avec ce regard qui lui vient de l’Esprit de Dieu : « La répétition des « Ave Maria » n’est pas une chose vieillie. Toutes les choses qui existent et ont été créées par Dieu se maintiennent et se conservent par le moyen de la répétition des mêmes actes. Personne ne songera à appeler le soleil une vieillerie, ni la lune, ni les étoiles, ni les oiseaux, ni les plantes parce qu’ils vivent et se développent de la même manière… et ils sont plus anciens que la récitation du chapelet !

Pour Dieu, rien n’est ancien ! Saint Jean dit que les bienheureux dans le Ciel chantent un cantique nouveau, en répétant toujours : « Saint, saint, saint est le Seigneur ! (Ap 4,8). Et le cantique est nouveau parce que, dans la lumière de Dieu, tout apparaît avec un reflet nouveau ! »

En nous faisant répéter les plus belles prières issues de l’Evangile que sont le « Notre Père » et « l’Ave Maria », le Rosaire met sur nos lèvres le cœur priant de la foi de l’Eglise qui glorifie le Père, le Fils et le Saint-Esprit !… et il nous plonge aussi dans la Parole de Dieu à travers ses 20 mystères où Dieu se « dit » et se « révèle » à travers le Regard et le Cœur de sa Mère…

                                                                            +M Mickaël

 

[1] Cité dans « Bernadette et son chapelet » d’André Ravier, 1958, p.7.

[2] 11 février 1858.

[3] Cité dans « Le Rosaire avec Bernadette », Abbaye de Chambarand 2015, p.53.

[4] Notes retraite 1876-77.

[5] Carnet notes intimes, 1873.




Le Rosaire est sorti du Cœur de Marie…

« Marie retenait tous ces évènements et les méditait en son cœur… »

Luc 2,19

      Voici la grande vérité cachée de l’Evangile : toute la vie de Jésus s’est gravée dans le Cœur de sa Mère… et cette mémoire contemplative de la Vierge est « disponible » en son Cœur Immaculé à travers les mystères du Rosaire : joyeux, lumineux, douloureux et glorieux ! Saint Jean-Paul II a une remarque qui confirme cette intuition :

« Marie vit en gardant les yeux fixés sur le Christ, et chacune de ses paroles devient pour Elle un trésor… (Lc 2,19 et 2,51). Et ce sont ces souvenirs qui, en un sens, ont constitué le « Rosaire » qu’Elle a constamment récité au long de sa vie terrestre[1]… »

Le Rosaire est donc sorti des profondeurs de la vivante mémoire de Marie. Ce qu’Elle a vu, entendu et vécu en suivant son Fils et son Sauveur s’est inscrit en « lettres de feu et de sang » au plus secret de son Cœur Immaculé… et le fruit sublime de la contemplation silencieuse de son Fils est gravé à jamais dans l’Evangile : « Marie retenait tous ces évènements et les méditait en son cœur… » (Lc 2,19). Rien n’a échappé à son regard de foi si simple et si profond d’une ineffable tendresse. C’est pourquoi il est si important de s’enfouir dans le Cœur de Marie en priant les mystères du Rosaire : là, dans son Regard unique, nous apprenons à contempler Jésus dans l’Evangile…

On ne le dira donc jamais assez : le chapelet entre nos mains est une arme redoutable qui fortifie notre foi et notre espérance pour faire avancer la conversion et la paix du monde ! Souvenons-nous ici des paroles de la Vierge à Fatima, dés sa première Apparition, le 13 mai 1917 : « Je suis du Ciel… récitez le chapelet tous les jours pour obtenir la paix dans le monde ! » Cette parole prophétique de Marie aux trois enfants de Fatima nous met face aux enjeux de notre temps : le chapelet et les sacrifices ont pu stopper en quelques mois la première guerre mondiale ! Alors, face aux conflits si dangereux en Ukraine ou au Moyen-Orient, allons-nous enfin nous lever nombreux  pour prier le Rosaire afin d’arrêter la terrible 3° guerre mondiale ?

En effet, des enfants qui prient inlassablement et offrent tout avec ferveur sont plus puissants que de redoutables armées ! Cela signifie que dans le Rosaire, nous avons entre les mains « une puissance cachée » qui oriente l’avenir de l’humanité… car Dieu aime triompher du monde et de Satan par les « petits » dont la prière et la confiance peuvent bouleverser le cours de l’histoire. En ce sens, sœur Lucie de Fatima a eu cette parole prophétique qui retentit en notre temps :

« Depuis que la Très Sainte Vierge a donné une grande efficacité au chapelet, il n’y a pas de problème matériel ou spirituel, national ou international, qui ne puisse être résolu par le chapelet et nos sacrifices… »

Et Saint Jean Marie Vianney nous fait cette confidence : « « J’ai si souvent puisé à cette source du Cœur de Marie qu’il n’y resterait plus rien depuis longtemps, si elle n’était inépuisable ! »

Le chapelet est, en effet, « l’arme des petits » qui a été préfigurée par le jeune David triomphant du puissant Goliath (1 S 17,40-51). Et Dieu sait si les Goliaths postmodernes et transhumanistes sont puissants aujourd’hui ! Pourtant, ils seront vaincus par l’humilité et l’espérance des enfants de Marie qui combattront jusqu’au bout, chapelet à la main ! Alors, écoutons la prophétie qui retentit au cœur profond de l’Eglise et qui annonce déjà l’aube d’un temps nouveau :

« C’est maintenant l’heure de Marie ! Une heure qui commence en ce moment et devra s’écouler en toute sa longueur, toujours plus noire de nuages…

Après le déluge, l’arc-en-ciel a été vu uniquement par les justes qui survécurent. Mais à l’heure actuelle, dans une surabondance de miséricorde, l’arc-en-ciel, le signe de paix, Marie, sera vu par plusieurs qui ne sont pas justes. Sa voix, son parfum, ses prodiges, seront connus des justes et des pécheurs…

Après avoir été persécutée par des forces infernales et avoir fui pour se sauver, l’Eglise, comme la Femme de l’Apocalypse, se réfugiera chez les meilleurs en perdant ses membres indignes dans sa fuite mystique. Elle accouchera des saints destinés à être à sa tête à l’heure qui précède les temps derniers[2]… »

Alors, redoublons de vigilance priante dans la fidélité au Rosaire de Marie et les sacrements de l’Eglise en laissant résonner souvent en nos cœurs l’avertissement du Christ :

« Veillez et priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme ! » (Lc 21,36).

 

                                                                             +M Mickaël

 

[1] Jean-Paul II, Rosarium Virginis Mariae, n° 11, 16 octobre 2002,

[2] René Laurentin et François-Michel Debroise, La Vierge des derniers temps – Une étape de la fin du monde, De Grignion de Montfort à Maria Valtorta, Salvator 2014, p.134 / Citation de Maria Valtorta, Cahiers, CEV, 2002, 11 décembre 1943.




Jésus est avec nous à chaque instant…

Les Evangiles nous invitent à faire « l’expérience » de la Présence du Christ ressuscité à chaque instant ! Là est le cœur de notre foi catholique : le mystère de la Résurrection est le fondement même de l’envoi en mission (Mt 28,16-19) et Jésus l’affirme avec une telle amplitude dans le verset final de Saint Matthieu :

« Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ! » (Mt 28,20)

Ecoutons un instant la magnifique approche de Saint Jean Chrysostome :

« Comme il vient de leur faire des commandements d’une haute importance, il relève leur courage en ajoutant : « Et voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles », paroles dont voici la signification : Ne dites pas que les commandements que je vous fais sont difficiles, car je suis avec vous, moi qui rend toutes choses légères (Mt 11,20-30). Et il leur promet d’être, non seulement avec eux, mais encore avec tous ceux qui croiront après eux, car les Apôtres ne devaient pas vivre jusqu’à la fin des siècles, et le Seigneur s’adresse à tous les fidèles… »

Frères et sœurs bien-aimés, le mois de Marie approche et réjouissons-nous avec Elle et en Elle de cette Présence de Jésus vivant, qui nous fera traverser toutes les épreuves… car il vient irradier nos cœurs d’une paix et d’une joie que nul ne pourra nous ravir !

En ce samedi commence le temps de désert du « silence pascal »… J’aurais la joie début mai d’être un temps à Lourdes où je confierai vos intentions à Notre Dame ! Et je vous donne rendez au 17 mai pour le mois de Marie : nous y reviendrons sur l’importance du chapelet ou du Rosaire quotidiens et nous commencerons ensuite une méditation « urgente » de plusieurs semaines sur le « Cœur Immaculé de Marie », notre Arche bénie, pour vivre la fin des temps qui s’accélère…

+M Mickaël

                             




La Lumière a épousé notre fragilité…

« En entrant dans le temps de l’homme, le vrai Dieu a parcouru nos routes…

non pas avec la splendeur d’un souverain qui assujettit,

mais avec l’humilité d’un enfant… »

Pape Benoît XVI

 

Le regard est la lumière du visage : un visage sans regard trahit un vide… un peu comme les célèbres portraits du peintre italien Modigliani : une étonnante pureté de lignes, mais des visages clos car des yeux sans pupilles effacent le regard…

Mais Il y a peut-être une porte secrète dans l’interprétation de ces visages de Modigliani : ne veut-il pas nous faire deviner quelque chose de l’ordre de l’insaisissable ! Il aurait dit un jour à Jeanne Hébuterne, étonnée de ne pas voir ses yeux sur son portrait :

« Quand je connaîtrai ton âme, je peindrai tes yeux ! »

C’est une affirmation à la fois surprenante et irréaliste car, en vérité, Dieu seul peut vraiment connaître le mystère de l’âme humaine… mais on reconnaîtra au moins à Modigliani de chercher à exprimer l’insaisissable en privilégiant l’absence ! Et c’est peut-être ce que signifie ce « regard intérieur », au sens de sa célèbre formule : « D’un œil, observer le monde extérieur, de l’autre regarder au fond de soi-même… »

On pourrait d’ailleurs faire ici une sorte de parallèle avec l’approche de la théologie apophatique où, dans la démarche de la foi « Jésus est à la fois un mystère dévoilé et voilé[1] ». Les Pères de l’Orient chrétien en sont les principaux témoins, tel un Maxime le Confesseur qui affirme : « L’Incarnation est un mystère plus inconcevable encore que tout autre. En s’incarnant, Dieu ne se fait comprendre qu’en apparaissant plus incompréhensible… Il reste « caché » dans cette manifestation même ! Même exprimé, c’est toujours l’Inconnu[2]! »

Ce mystère du touchable et de l’insaisissable est si flagrant dans la relation de Jésus avec ses Apôtres : c’est quand ils croient comprendre le Maître que « surgit » tout à coup sa parole mystérieuse : elle les déconcerte autant qu’elle les encourage ! (Jn 16,29-33). Eux, les intimes qui le voyaient et vivaient près de Lui se heurtent déjà comme nous à ce « clair-obscur » dont témoigne Saint Paul : « nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » (2 Co 5,7). Si bien que dans la manifestation du Christ, il y a assez de lumière pour croire et assez d’ombre pour douter. Mais si La Lumière s’est revêtue de notre fragilité… c’est aussi notre invincible joie comme le constate magnifiquement Benoît XVI :

« Il est alors important de retrouver l’émerveillement face à ce mystère, de nous laisser envelopper par la grandeur de cet évènement : Dieu, le vrai Dieu, Créateur de tout, a parcouru comme homme nos routes, en entrant dans le temps de l’homme, pour nous transmettre sa vie même (1 Jn 1,1-4). Et il l’a fait non pas avec la splendeur d’un souverain, qui assujettit le monde par son pouvoir, mais avec l’humilité d’un enfant[3]… »

A la source de l’émerveillement face au mystère de l’Incarnation, il doit y avoir ce vertige qui pressent «l’abîme » ontologique insondable qui existe entre l’homme et Dieu… car l’Infini est entré dans notre finitude et désormais, je peux le voir, le toucher, l’écouter ! (1 Jn 1, 1-4). Et selon un axiome, inspiré de Saint Augustin[4] : « Il est devenu ce qu’il n’était pas sans cesser d’être ce qu’il est ! » Du coup, l’inattendu Visage humain de Dieu vient bouleverser l’histoire de l’humanité. Car « c’est là que réside la révolution chrétienne : l’Infini s’est rendu rencontrable[5] ! » En Jésus-Christ, Dieu devient visible en sa miséricorde comme l’exprime un texte émouvant du 2° siècle :

« Son Amour pour moi a humilié sa grandeur.

Il s’est fait semblable à moi pour que je le reçoive,

il s’est fait semblable à moi pour que je le revête.

Je n’ai pas eu peur en le voyant

car il est pour moi miséricorde[6] ! »

Il a donc surgi du sein de Marie pour être au milieu de nous si merveilleusement proche, mais en demeurant si mystérieux et caché… La miséricorde du Père l’habite et l’a fait basculer du côté de l’homme en prenant tout de lui, excepté le péché qu’il portera et vaincra sur la Croix pour notre salut ! Et comme l’exprime la splendeur de la liturgie : « Il devient tellement l’un de nous que nous devenons éternels[7] ! »

                                                                                               +M Mickaël

[1] Olivier Clément, Sources – Les mystiques chrétiens des origines, Stock 1982, p.37.

[2] Maxime le Confesseur, Ambigua, Patrologie grecque 91, 1048-1049.

[3] Pape Benoît XVI, Catéchèses sur la foi, Salle Paul VI, 9 janvier 2013.

[4] Sermon 184 pour le jour de Noël.

[5] Benoît XVI, Rimini, 21 août 2008.

[6] Odes de Salomon, 7.

[7] Liturgie de la Messe, préface de Noël.




Le regard et les larmes

« Le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre… »

Luc 22,61

      Les Evangiles nous enseignent la beauté et l’humilité du Christ à la fois « Lumière du monde » (Jn 9,5) et « doux et humble de cœur » (Mt 11,29)… et à travers ce Visage où Dieu se dit et se cache dans l’homme, le plus bouleversant des regards s’offre à nos yeux. Car s’il est vrai que l’œil est la fenêtre de l’âme, c’est en fixant le Regard du Christ que nous percevons le mieux les élans de son cœur, la densité de ses émotions, la vivacité de sa miséricorde, comme la force qu’il a voulu mettre dans ses affirmations. Or, les Evangiles nous signalent ces expressions du Regard de Jésus[1]… »

Du regard sur Zachée (Lc 19,5) à ses regards circulaires sur la foule (Mc 5,32 / Mc 11,11) ou sur ses disciples (Mc 3,34 / Mc 10,38) ; au regard qui appelle à l’attention (Mc 10,27 / Mt 19,26), à l’interrogation (Lc 20,17), ou exprime une colère face à l’endurcissement du cœur (Mc 3,5 / Lc 6,10)… Le Regard de Jésus révèle les multiples facettes de l’amour de Dieu lorsqu’il va à la rencontre des pécheurs. Sa patience miséricordieuse pour l’homme, qui la chantera en vérité ?

Et c’est pourquoi sa rencontre poignante avec le jeune homme riche nous laisse deviner l’attente infinie qui passe dans son Regard : « Jésus fixa sur lui son regard et l’aima… » (Mc 10,21). D’ailleurs, dans le mystère universel de son amour, le Seigneur pose ce regard silencieux sur chaque homme et à chaque instant ! C’est sa dernière promesse de Ressuscité : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde… » (Mt 28,20).

Mais une des révélations la plus extrême de son Regard miséricordieux est cet instant « unique », juste après la trahison de Pierre qui nia par trois fois connaître Jésus (Lc 22,60) :

« Le Seigneur se retournant, fixa son regard sur Pierre… Pierre alors se souvint de la parole du Seigneur, qui lui avait dit : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois ! » Et sortant dehors, il pleura amèrement… » (Lc 22,61-62).

Ce regard d’infinie miséricorde sauve Pierre du désespoir car il reconnaît l’horreur de sa trahison par ses sanglots… contrairement à Judas que le Seigneur regarde aussi et alerte en parole ! (Lc 22,47-48)… mais qui trahit et s’enferme ensuite dans la spirale de la désespérance jusqu’au suicide… (Mt 27,3-5) Devant l’Amour infini crucifié, la voie du non-choix est une illusion de notre monde actuel : Il est mon Créateur et mon Sauveur !… et sa « patience » seule me donne du temps car elle « dit » sa miséricorde qui crée en son Cœur une attente mystérieuse… jusqu’à « l’heure de son Jugement ! » (Ap 14,7).

Ainsi, ce qui est passé dans le regard du Christ sur Pierre est de l’ordre de la folle intensité amoureuse du Berger qui part à la recherche de sa brebis perdue… (Lc 15,4-7). Qui devinera la folie de la Miséricorde que Jésus laisse deviner dans son Regard ? C’est pourquoi les Pères de l’Eglise nous invitent à nous laisser guérir par le Regard du Christ qui vient « illuminer les yeux de notre cœur ! » (Ep 1,18). Ecoutons ce témoignage bouleversant de Saint Pierre Chrysologue qui m’invite à relire toute ma vie sous le Regard de la Miséricorde :

« Pierre, ne crains pas, toi qui m’a renié ; ni toi, Jean, qui as pris la fuite ; ni vous tous, qui m’avez abandonné, et n’avez songé qu’à me trahir, qui ne croyez pas encore en Moi, lors même que vous me voyez ! N’ayez pas peur, c’est Moi ! C’est moi, qui vous ai appelés par la grâce, par le pardon, qui vous ai soutenus par ma compassion, et vous ai portés dans mon amour ; aujourd’hui, je vous prends par ma seule bonté. Car le Père n’a pas d’yeux pour le mal quand il accueille son Fils, et quand, dans sa tendresse, il étreint les siens[2] ! »

Nous ne pourrons vivre la joie de la Résurrection du Christ si sa Miséricorde ne nous tire les larmes du repentir ! Le bouleversement de nos vies par la Lumière commence par la rencontre avec le Regard d’infinie tendresse de Jésus… le croiser, c’est pleurer pour renaître en son Cœur ouvert par mes péchés…

                                                                                +M Mickaël

[1] Ceslas Spicq, o.p., Le Regard du Christ, Revue Vives Flammes, 1982, p.43.

[2] Saint Pierre Chrysologue, Sermon 81.




De la tunique de Jésus crucifié à la robe du Fils de l’homme ! 2. Le toucher de la foi

De la tunique de Jésus crucifié à la robe du Fils de l’homme !

2. Le toucher de la foi

     On doit enfin se transporter à ce moment cruel où, après avoir crucifié Jésus, les soldats se partagent ses vêtements… sauf « la tunique[1] qui était sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut » (Jn 19,23) qu’ils choisirent de tirer au sort ! (Ps 22,19).

Comment ici ne pas faire référence à la si riche interprétation de la Tradition : D’abord on peut vraiment avancer que cette « Tunique » unique avait été réalisée par la tendresse de Marie… et ce qu’elle a tissé patiemment par amour pour son Fils, elle le réalise pour nous aujourd’hui en nous aidant à « tisser dans la foi », jour après jour, notre robe du Ciel : elle sera « décisive » pour notre entrée dans le Royaume ! Souvenons-nous ici de la parabole du festin nuptial et de ce moment redoutable où se manifeste le Regard du Roi :

« Le Roi entra pour regarder les invités, et il aperçut là un homme qui ne portait pas le vêtement de noces ! Et il lui dit : « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un vêtement de noces ? » L’homme resta muet. Alors le Roi dit aux serviteurs : « Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents ! » Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus… » (Mt 22,11-14).

C’est une évidence : à la fin, nous nous révolterons de ne pas avoir aimé Celui qui nous a aimé « à en mourir » (Mt 27,50). Si cet Evangile peut nous sembler rude et affreux, n’oublions jamais que le Roi nous a aimé à « en mourir » sur une Croix et que dans la réponse à cette folie de Dieu se joue notre éternité… D’ailleurs, chez Saint Luc, le Maître désire tant que les invités à la noce répondent que, face au refus des premiers invités, il ordonne d’aller chercher dans « les rues de la ville, les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux… » (Lc 14,21) et l’ampleur de son invitation est telle que le Maître dit au serviteur de dépasser les bornes et les frontières ! L’invitation se veut sans limites :

« Va-t-en par les routes et les jardins, et oblige les gens à entrer pour que ma maison soit remplie ! Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner ! » (Lc 14,23-24).

Et de fait, on peut avancer ici que la question du Roi suscitait une réponse… et que si celui que le Roi appelle « ami » avait crié avec insistance comme l’aveugle de Jéricho : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » (Lc 18,38) La porte du Roi serait restée ouverte… mais la « voix » de l’enfance évangélique qui ouvre les portes du Royaume (Lc 18,16) semble morte en son cœur où rode déjà un silence qui enferme… Il y a un silence qui « dit » l’amour, et un autre silence où règne la mort !

Face à notre monde actuel si « éclaté » de bruits et abruti par une information continue, il est urgent de stopper souvent cet envahissement qui nous assujetti… En ce sens, écoutons ici le message libérateur d’un moine chartreux sur le silence :

« Notre silence n’est pas un silence de mort, c’est le recueillement d’un sanctuaire. Nos maisons et nos âmes sont occupées par Quelqu’un : « Le Maître est là, et il t’appelle ! » (Jn 11,28)… C’est que le silence, dont il s’agit, n’est pas un vide et un néant ; c’est, au contraire, l’Etre en sa plénitude féconde… le fond d’un être doit être occupé par le silence… et cet être ne parle une parole vraie et profonde que si elle part de ce silence, si elle en est l’expression… Voilà pourquoi le langage du monde, les conversations, les journaux sont vides et fatiguent au lieu de reposer et nourrir. Voilà pourquoi au contraire en Chartreuse, on goûte tant de paix. Tout y procède des profondeurs calmes de l’âme où elle se recueille et fait silence. C’est là que Dieu demeure… Celui qui demeure en nous y parle silencieusement, et nous invite à venir l’écouter[2]… »

Ainsi, la tunique dont Jésus est découvert au pied de la Croix nous parle mystérieusement de ce dépouillement du silence qui met à nu le cœur pour qu’il soit transperce et traversé par l’Amour… Cet amour infini dépouille « tout » de l’esprit du monde pour laisser place à l’habit de gloire qui vient de Dieu seul ! On n’entrera jamais au Ciel avec les fausses vêtures du monde !

Alors, qu’en est-il pour les croyants aujourd’hui ?  Car Jésus est remonté au Ciel et l’on ne peut plus le voir, ni le toucher… C’est vrai dans le sens historique des Evangiles, mais le Seigneur a répondu à cette objection par le « don de la foi » : en effet, à chaque instant nous pouvons « toucher Jésus » par le regard, les cris et les mains de la foi !

Et par-dessus tout, dans le sacrement sublime où sa mystérieuse « Présence » est là, cachée, mais si « touchable » par le regard de la foi… car chaque église est l’écrin de sa Sainte Présence : dans le Tabernacle, Il est là et Il m’attend…  mieux : à chaque Messe, il s’offre à moi dans la Sainte Eucharistie où « le sacrifice de la Messe rend présent le sacrifice de la Croix… ainsi, les deux mille ans qui nous séparent de la Croix sont abolis, nous sommes là comme l’étaient la Sainte Vierge et Saint Jean[3] ! » Et à chaque Communion à son Corps et à son Sang, Jésus-Hostie vient me « toucher » pour enflammer mon pauvre cœur…

N’oublions donc jamais que nous avons à chaque instant le regard et les mains de la foi pour toucher Jésus… La foi qui « persévère » comme la Cananéenne est d’une telle puissance qu’elle peut guérir les malades, délivrer ceux qui se perdent et ressusciter les morts !

Il est donc urgent en cette extrême fin des temps d’écouter le « cri » d’éveil de Saint Paul : « C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil ; le salut est maintenant plus prés de nous qu’au temps où nous avons cru. La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons-là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière… Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ ! » (Ro 13,11-14).

Et, comme Saint Jean, nous découvrirons qu’Il est toujours là, toujours humblement caché derrière nous, mais attendant de nous cet unique regard : « Je me retournai pour regarder la voix qui me parlait ; et m’étant retourné, je vis sept candélabres d’or, et, au milieu des candélabres, comme un Fils d’homme revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or… Ses yeux sont comme une flamme ardente et son Visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat ! » (Ap 1,12-15).

 

                                                                                 +M Mickaël

[1] On peut faire ici référence au célèbre et  premier film en cinémascope « The Robe » (La Tunique) de 1953, avec Richard Burton et Jean Simmons.

[2] Dom Augustin Guillerand, chartreux, Ecrits spirituels, Tome II, Préface Daniel-Rops de l’Académie française, introduction du Père André Ravier, S.J., Editions Benedettine di Priscilla, Roma, 1967.

[3] Cardinal Journet, Le mystère de l’Eucharistie, Pierre Téqui éditeur, 2018.




« Toucher la frange de son manteau ! » 1. Le toucher de la guérison

« On le priait de les laisser toucher seulement la frange de son manteau,

et tous ceux qui le touchaient étaient guéris ! »

Marc 6,56

    Il est  judicieux ici de s’arrêter d’abord sur un passage unique de l’Ancien Testament qui nous introduit magnifiquement : il s’agit de la transmission du manteau d’Elie à Elisée qui manifeste combien ce dernier a reçu « l’esprit d’Elie »: « Les frères prophètes le virent à distance et dirent : « L’esprit d’Elie s’est reposé sur Elisée ! » Ils vinrent à sa rencontre et se prosternèrent à terre devant lui… » (2 R 2,15)

Cet épisode étonnant nous fait déjà toucher que le vêtement peut être doté d’une puissance symbolique : ici, le manteau devient le signe éclatant d’une « transmission d’esprit » entre Elie et Elisée… et elle inaugure une « mission prophétique » :

« Or, comme ils marchaient en conversant, voici qu’un char de feu et des chevaux de feu se mirent entre eux deux, et Elie monta au ciel dans le tourbillon… Elisée ramassa le manteau d’Elie, qui avait glissé, et revint se tenir sur la rive du Jourdain. Il prit le manteau et frappa les eaux en disant : « Où est le Seigneur, le Dieu d’Elie ? » Il frappa les eaux, qui se divisèrent d’un côte et de l’autre, et Elisée traversa… » (2 R 2,13-14)

Digne d’un film fantastique, cet épisode nous laisse deviner la signification « unique » qu’exprime un vêtement quand il devient le signe d’une action miraculeuse et prophétique !

Dans le Nouveau Testament, il ne manque pas de références au « toucher » du manteau ou à la tunique de Jésus… Souvenons-nous de la guérison de « l’hémorroïsse » : elle avait « entendu parler de Jésus ; et venant par derrière dans la foule, elle toucha son manteau. Car elle se disait : « Si je touche au moins quelque partie de son vêtement, je serai guérie… et aussitôt, elle sentit dans son corps qu’elle était guérie ! » (Mc 5,27-29). Que signifie cette expression « si je touche » si ce n’est qu’elle a cru[1] » commente Saint Augustin.

Et comment ne pas faire ici référence au commentaire de Saint Jean Chrysostome ? Cela nous invite à nous mettre à nouveau « à l’école » des Pères de l’Eglise en ces temps où les excès de l’exégèse moderne réduit notre approche des Ecritures à une peau de chagrin ! Alors, écoutons la sagesse de l’Esprit à travers un des plus beaux visages de la patrologie… il nous plonge avec bonheur dans la splendeur de l’Evangile qui vient illuminer notre foi :

« Cette femme n’osait s’approcher publiquement du Sauveur, parce que la Loi la déclarait immonde ! Elle s’approche donc par derrière et en secret, parce qu’elle n’osait le faire ouvertement… et encore ne touche-t-elle pas le vêtement, mais la frange du vêtement du Sauveur ; ce n’est pas du reste la frange du vêtement, mais ses dispositions intérieures qui ont été la cause de sa guérison… et les paroles qui suivent : « Jésus eut conscience qu’une force était sortie de lui » (Mc 5,30) nous apprennent que ce n’est pas à son insu que cette femme fut guérie, mais qu’il le savait fort bien ! S’il pose cependant cette question : « Qui m’a touché ? » bien qu’il sache parfaitement que c’était cette femme, c’est pour faire connaître son action, proclamer sa foi, et graver dans l’esprit de tous le souvenir de cette action miraculeuse !…

Et il regardait autour de lui pour voir celle qui l’avait touché ? » (Mc 5,32). Car Notre Seigneur voulait faire connaître cette femme : d’abord pour faire l’éloge de sa foi et aussi dissiper la frayeur dont elle était saisie, et puis pour inspirer au chef de la synagogue la confiance que sa petite fille serait guérie[2]… »

Telle est la puissance invincible de la foi à travers la prière persévérante ! Et l’on peut remarquer également que ce « toucher » du manteau de Jésus semblait une pratique fréquente pour les malades, comme le note l’Evangile de Saint Marc (6,56) et également de Saint Matthieu, quand Jésus accoste à Génésareth : « Les gens de l’endroit, l’ayant reconnu… on lui amena tous les malades : on le priait de les laisser simplement toucher la frange de son manteau, et tous ceux qui la touchèrent furent guéris ! » (Mt 14,35-36).

En concordance avec les précisions géographiques de l’Evangile, Génésareth pourrait être dérivé du mot hébreu « gan » qui signifie jardin, et « Nesar », qui signifie prince ou richesse. Faisant allusion à la richesse et la fertilité de la région, il pourrait donc signifier « Jardin du Prince » ou « Jardin des richesses »… mais par-dessus tout, la référence à Génésareth souligne la compassion puissante de Jésus et symbolise un lieu privilégié de l’intervention du Maître ! Là, les limites humaines sont transcendées par la puissance de la grâce… car en « touchant » Jésus, la foi des pauvres et des malades découvre l’infinie miséricorde de Dieu qui s’offre aux plus petits !

Souvenons-nous ici du cri insistant de la Syro-phénicienne (Mc 7,26) quand elle supplie Jésus de guérir sa fille (Mt 15,22-27). Au cœur de sa détresse, elle a ce « génie de la foi » et cette beauté des pauvres qui n’ont plus que Dieu seul ! Et au moment où les paroles du Maître devraient la décourager (Mt 15,26), elle rebondit avec cette confiance dont l’humilité créative bouleverse le Cœur de Dieu :

« Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » Alors, Jésus lui répondit : « O femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! Et dés ce moment, sa fille fut guérie… » (Mt 15,27-28).

 

                                                                           +M Mickaël

 

[1] Saint Augustin, Commentaire de l’Evangile selon Saint Jean, 26,3.

[2] Saint Jean Chrysostome, Commentaires de l’Evangile de Marc, traduction de l’Abbé J-M Péronne, Louis Vivés Editeur, 1868.




Préparer les Refuges du Cœur de Marie !

« La Femme s’enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un Refuge,

pour qu’Elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours… »

Apocalypse 12,6

      Selon les prophéties d’une Apparition mariale [1] célèbre et annonces de Saints [2], l’humanité vivra bientôt l’heure de vérité de « l’Avertissement [3] » ou « Illumination des consciences » : chacun et chacune verra l’état de son âme, dans la Lumière de Dieu, comme à la fin de sa vie… c’est un événement « unique » dans l’eschatologie chrétienne et l’histoire du monde ! Il peut paraître terrible mais il est en fait un acte final de la Miséricorde de Dieu à l’extrême fin des temps… car quoi de plus bienveillant de révéler à chaque personne humaine où elle en est, en toute lumière, avec son Créateur et son Sauveur ? Dans l’ordre du salut, n’est-ce-pas un signe fou que Dieu nous poursuit de son Amour ?

Nous sommes donc appelés à nous y préparer dés maintenant dans la prière continuelle, la charité fraternelle et les sacrements. J’y reviendrai bientôt dans une autre méditation… mais je veux m’arrêter ici quelques instants sur ce qu’on appelle aujourd’hui « les Refuges » en référence plus particulièrement aux textes sacrés de l’Apocalypse.

En revenant à Apocalypse 12,6 : il est important de situer d’abord historiquement cette « fuite » de la Femme au désert. On peut donc avancer qu’elle évoque l’échappée de la Vierge accompagnée et protégée par Saint Jean… car le « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27) continue à résonner au fond de son cœur d’Apôtre, et devant les premières persécutions violentes menées par Saul (Ac 8,1-3), il emporte loin de Judée la Mère de Jésus sur les collines d’Ephèse, à l’Ouest de la Turquie actuelle [4]. Là, elle est à l’abri… et ce qui va se tisser dans la solitude entre Jean et Marie est un mystère « unique » qui résonne encore dans son Evangile et son Apocalypse ! Mais on le découvre si l’on a « ce regard né du silence », pour contempler  et « repasser en son cœur » comme la Vierge de l’Evangile (Lc 2,19).

Cette Femme est aussi le mystère de l’Eglise qui, persécutée, part « se cacher au désert » … et son « Refuge ultime » est la protection du Cœur Immaculé de Marie : Ce Cœur n’est-il pas le désert mystérieux traversé par la tendresse de Dieu ? En effet, Celle qui sait « l’Evangile par cœur » (Lc 2,51) prépare aujourd’hui l’Eglise et les hommes de bonne volonté à entrer dans les combats ultimes de la fin des temps ! Mais fin des temps ne signifie pas fin du monde, mais « fin d’un monde » qui, s’édifiant sans Dieu, finit par être contre Dieu ! Et donc, finalement, contre l’homme…

Dans cette civilisation qui nous donne les bienfaits incontestables du progrès, nous perdons comme jamais auparavant le vrai sens de l’avenir de l’homme. Il ne sera jamais de ce monde qui est signe et chemin vers une autre réalité, invisible, dont la merveille excède les mots et les plus sublimes expériences de la terre ! C’est l’insondable trésor de l’Evangile (Mt 13,44) qui se cache dans le mystère de la foi :

Ainsi, dans le Christ, l’Infini s’est rendu touchable mais demeure insaisissable. Et comme l’écrit admirablement un Père de l’Eglise : « L’Incarnation est un mystère plus inconcevable encore que tout autre. En s’incarnant, Dieu ne se fait comprendre qu’en apparaissant plus incompréhensible. Il reste caché dans cette manifestation même ! Même exprimé, c’est toujours l’inconnu [5]… »

C’est donc ici le sens profond des Refuges : être nourri de la prière continuelle des mystères du Rosaire qui, à travers le Cœur de Marie, nous tournent vers la contemplation de Jésus Seigneur… Il nous donnera un signe universel où le temps s’arrêtera comme Il nous l’a promis à travers Sainte Faustine :

« Avant de venir comme un Juge équitable, je viens d’abord comme Roi de miséricorde. Avant qu’advienne le jour de justice, il sera donné aux hommes un signe dans le Ciel [6] ! »

Sa Mère est la Femme des derniers temps qui veille sur cette Eglise, cachée et vivante : elle ressemblera à celle des premiers temps car elle ne cesse « d’attendre » le retour de son Maître… N’oublions donc pas cette promesse de tendresse du Seigneur qui fonde le vrai sens de notre foi et le lie à notre quotidien :

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ! » (Mt 28,20)

+M Mickaël

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[1] Notre Dame du Mont Carmel a annoncé cet évènement unique (« Aviso ») dans ses Apparitions à Garabandal, en Espagne, où Elle est apparue à 4 petites filles, dont Conchita, de 1961 à 1965. Ces Apparitions de la Vierge continuent à être suivies par l’Eglise catholique et elles furent très soutenues par le Saint Padre Pio et Sainte Mère Térèsa. L’Avertissement est aussi annoncé dans d’autres Apparitions de la Vierge comme à Medjugorje ou l’Escorial…

[2] Le Bienheureux Pape Saint Pie IX, Sainte Faustine Kowalska, La Bienheureuse Anna Maria Taïgi…

[3] Je reviendrai dans une autre méditation sur cet Evènement ultime de l’extrême fin des temps qui semble de plus en plus proche…

[4] Depuis la découverte de la « Maison de Marie » (Meryem Ana) en 1881 et son authentification en 1891 selon les révélations de Bienheureuse Catherine Emmerich, il passe chaque année plus de trois cent mille personnes en pèlerinage : une majorité de chrétiens, mais aussi des musulmans. Les Papes Paul VI en 1967, Jean-Paul II en 1979 et Benoît XVI en 2006 y vinrent prier et célébrer la Sainte Messe.

[5] Saint Maxime le Confesseur, Ambigua, Patrologie Grecque 91, 1048-1049.

[6] Petit journal, 83.




Le bon Saint Joseph Père et Protecteur !

« Ce glorieux Saint, je le sais par expérience,

nous assiste dans tous nos besoins… »

Sainte Thérèse d’Avila

 

Plus le retour de Jésus approche, plus Saint Joseph se révèle dans l’Eglise, plus nous avons besoin de le découvrir ! Le 19 mars, nous fêterons sa Solennité dans l’Eglise et pour nous y préparer : découvrons en raccourci les témoignages exceptionnels de deux Saints qui demeurent « décisifs » dans l’histoire pour la mise en lumière du bon Saint Joseph, Patron de l’Eglise universelle[1] !

Tout d’abord, Sainte Thérèse d’Avila : la « Madre » et réformatrice du Carmel qui, au XVI° siècle, aura une sorte de révélation qui entraînera une relation remarquable à Saint Joseph… elle marquera une étape déterminante pour la dévotion populaire. Son « glorieux Saint » a eu dans sa vie une influence  « décisive » comme elle l’affirme dans « le livre de sa vie » :

« Je pris pour avocat et patron le glorieux Saint Joseph et je me recommandai instamment à lui. J’ai bien vu clairement que c’est lui, mon père et mon protecteur, qui m’a guérie de cette infirmité, comme il m’a tirée également de dangers très grands où il s’agissait de mon honneur et du salut de mon âme !

Son assistance m’a procuré plus de bien que je ne savais lui en demander. Je ne me souviens pas de lui avoir jamais adressé une supplique qu’il ne l’ait exaucée… ce glorieux Saint, je le sais par expérience, nous assiste dans tous nos besoins… Je voudrais persuader toutes les âmes qu’elles doivent porter de la dévotion à ce glorieux Saint ! Une longue expérience, en effet, m’a montré les grâces qu’il nous obtient de Dieu[2]… »

Plus près de nous, au Canada, le petit frère André (1845-1937) va devenir l’un des Québécois les plus populaires du XX° siècle. C’est lui qui fit construire l’Oratoire du Mont Royal, au-dessus de Montréal, devenu le plus grand sanctuaire au monde dédié à Saint Joseph ! Il a été canonisé à Rome par le Pape Benoit XVI le 17 octobre 2010.

La vie du petit frère André est à la fois bouleversante d’humilité et de prodiges où, par l’intercession de Saint Joseph, pleuvent les grâces ! Sa confiance en Joseph était sans limites… et l’on venait du monde entier pour rencontrer et se confier à la prière de ce tout-petit de l’Evangile qui constatait, avec ce réalisme inhérent à la vraie foi :

« C’est étonnant, on me demande souvent des guérisons, mais bien rarement l’humilité, l’esprit de foi ! »

« Priez Saint Joseph, il ne vous laissera jamais en chemin ! »

« Vous devriez avoir plus de confiance en Saint Joseph… beaucoup de malades seraient guéris s’ils persévéraient davantage… »

« Allez prier devant la statue de Saint Joseph ! Dites-lui : Saint Joseph, priez pour moi, comme vous auriez prié si vous étiez vous-même sur la terre à ma place… »

Que ces quelques perles sur Saint Joseph nous ouvrent à une plus grande confiance et simplicité dans notre intime relation à Jésus, Marie et Joseph !… et recevons encore ce témoignage de la Madre Teresa qui est une promesse :

« Saint Joseph fait progresser d’une manière admirable les âmes qui se recommandent à lui[3] ! »

Concluons ici avec la prière que nous proposons de réciter chaque Mercredi et fête de Saint Joseph pour « la communion des Refuges du Cœur Immaculé de Marie » :

O Saint Joseph, époux de Marie, Toi qui as écouté jusqu’au bout

                  le dessein de Dieu à travers ton épouse…

     Toi qui as été enfanté dans la foi par le silence de la Mère…

                  Aide-nous à prendre chez nous Marie…

 

     O Saint Joseph, Toi dont la vie fut enveloppée de silence

                  devant le mystère caché du Dieu-Enfant

                  confié à ta tendresse de Père et de Protecteur !

 

     Toi qui as veillé avec Marie sur la croissance de Jésus…

                  Garde-nous dans la voie d’enfance mariale

     et apprends-nous en tout temps à « tenir notre âme en paix et silence…

                  comme un petit enfant tout contre sa Mère ! »

 

     Nous te recevons pour toujours comme Père et Protecteur

     de la « Communion des Refuges du Cœur Immaculé de Marie… »

     Nous confions à ton cœur attentif notre vie contemplative mariale,

     notre silence missionnaire, et nos besoins matériels quotidiens !

 

     O Saint Joseph, Protecteur de la Sainte Eglise et Terreur des démons !

     Protège-nous en ces derniers temps contre les attaques de l’Ennemi !

     Et dans le « Refuge d’amour » du Cœur Immaculé de Marie…

     Apprends-nous à devenir « Famille et Communion »

     dans le Cœur ouvert de Jésus…

     pour manifester au monde la Miséricorde du Père !

 

+M Mickaël et Marie+Jacinta

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[1] C’est le 8 décembre 1870, que le bienheureux Pape Pie IX a proclamé Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle, par le décret « Quemadmodum Deus ». Et le 15 août 1989, Saint Jean-Paul II sortait la remarquable exhortation apostolique sur Saint Joseph : « Redemptoris Custos » (le Gardien du Rédempteur).

[2] Sainte Thérèse d’Avila, Vida, Chapitre 6.

[3] Vida, Chapitre 6.




Vivre les derniers temps dans l’Arche du Cœur Immaculé de Marie !

« Mon Cœur est prêt pour tous ceux qui voudront y trouver Refuge ! »                   

Notre Dame à l’Escorial, 7 octobre 1982

 

Au début des années 1980, les Apparitions de la Vierge Marie au Pré Neuf de l’Escorial, prés de Madrid, demeurent d’une importance capitale et prophétique ! En effet, le 14 juin 1980, Notre Dame des douleurs y apparait pour la première fois sur un chêne à Luz Amparo : « Je suis la Vierge douloureuse. Je veux que l’on construise en ce lieu une chapelle en l’honneur de mon Nom. Cette eau guérira… » Et d’autre part, l’une des grandes grâces données aux pèlerins allant prier le chapelet les premiers samedis de chaque mois est de recevoir « le Sceau des élus » (Ap 7,2-3). La Vierge en fit la promesse le 25 juillet 1983 :

« Je promets que tous ceux et celles qui viendront en ce lieu recevront le Sceau afin que l’Ennemi ne puisse s’emparer de leur âme[1] ! »

Bien sûr, il faut surtout accueillir ces paroles de la Vierge comme un « débordement » de sa tendresse qui nous appelle là, mais aussi dans d’autres lieux marials… et jusque « chez nous » pour nous ouvrir à la grâce de son Fils ! N’oublions jamais que le sens profond du pèlerinage implique toujours de prendre la route… Il faut donc « prier sans cesse » et marcher comme « le Pèlerin Russe[2] » pour ajuster la vie de foi à cette itinérance continue qui mène au « Ciel, l’unique but de nos travaux[3] ! » Comme l’affirmait Petite Thérèse.

En ce sens, le Seigneur Jésus nous révèle à l’Escorial que tout est encore « suspendu » à la Miséricorde à travers la mission ultime de sa Mère :

« Je laisse ma Mère vous donner des avertissements ; parce que je l’ai placée comme Médiatrice de l’humanité ; mais si vous ne faites pas cas de ma Mère, mes enfants, comment pourrais-je vous sauver tous ?… Je demande au Père miséricorde et ma Mère implore miséricorde pour l’humanité. Mais je vous ai déjà dit à plusieurs reprises que je ne supporte pas davantage la souffrance de ma Mère. Il n’y a pas dans le monde de récipient qui pourrait contenir les larmes de ma Mère[4] ! »

A l’Escorial, la Vierge nous révèle à nouveau la tendresse de son Cœur Immaculé ; et dans les combats qui sont les nôtres au quotidien, nous avons tant besoin de « l’écouter » à nouveau… surtout quand Elle réaffirme l’importance capitale de se confier à son Cœur avec cette notion de « Refuge » qu’évoque le livre de l’Apocalypse (12,6 et14) :

« Mon Cœur Immaculé est prêt pour tous ceux qui voudront y trouver refuge… »

Et la Vierge précise : « N’ayez pas peur ! Priez mes enfants car si vous priez, l’Ennemi n’aura aucun pouvoir sur vous ! Et je promets que quiconque aimera ce Cœur ne se damnera pas ; je le préserverai des peines de l’Enfer… Je vous veux pauvres, humbles et sacrifiés[5] ! »

C’est une parole simple et évangélique à « graver » en nos cœurs  car elle contient une vérité de foi capitale pour suivre le Christ Sauveur jusqu’au bout de notre vie. En effet, dans le vacarme infernal des derniers temps où tout est fait pour nous agresser, nous disperser et nous éloigner de la Présence de Dieu… la tendresse de Marie nous donne plus que jamais la prière du Rosaire pour vivre « le silence de l’humilité ! » A travers les bruits infernaux du monde actuel, il nous libère des chaînes de Satan ! En ce sens, les confidences uniques de la Vierge sur sa propre vie nous invitent à la suivre sur la voie triomphale de l’humilité :

« Lorsque je demeurai seule sur la terre, qu’il n’y avait plus mon Fils… Satan est très rusé et voulut me détruire, moi qui étais la Mère de Dieu ! Comment ne voudrait-il pas jouir de vos âmes, mes enfants ? Il veut s’emparer de vous… Là où il y a Marie, là il veut détruire… mais la prière et le sacrifice vous maintiendront inébranlables, mes enfants ! Bienheureux ceux qui s’humilient, car ils seront exaltés ! Satan est désarmé devant l’humilité ! Lucifer est puissant sur les orgueilleux, mais sur les humbles il n’a pas de pouvoir !  Avec l’humilité, vous parviendrez à tout[6] !»

D’autre part, comment ne pas voir que la fin des temps s’accélère ? Car depuis deux siècles, la Sainte Vierge nous visite si souvent à travers des lieux et des voyants pour nous  alerter et nous réveiller en ne cessant de nous « avertir » !  Telle est la Mission de la Mère qui nous prévient constamment que les péchés de plus en plus horribles de notre époque nous mènent à la mort : c’est pourquoi Marie nous montre sa tendresse maternelle en nous alertant  régulièrement par ses Apparitions : de La Salette à Lourdes, de Fatima à Akita, de Garabandal à Medjugorje… et dans tant d’autres lieux ! Elle vient nous « dire », à la fois, sa tendresse de Mère et son inquiétude extrême pour notre salut !

Ainsi, au  Pré Neuf, la Vierge de l’Escorial nous fait toucher « l’urgence » des derniers temps ! Elle nous invite à la prière intense par la fidélité quotidienne au chapelet, mieux, au Rosaire de son Cœur :

« Touchez les grains de votre chapelet. Que ressentez-vous dans ces grains ? Pour chaque grain, voyez quelle lumière entre au Purgatoire. Pour chaque Ave Maria, voyez comme il sauve les âmes… Je veux que la lumière de ton Rosaire soit diffusée dans le monde entier. Le Chapelet sera votre salut ! Dis-le, ma fille, à tous mes enfants : qu’ils ne se couchent pas sans faire cette prière quotidiennement, j’aime tellement ça !… Par le Rosaire, beaucoup d’âmes sont sauvées [7]! »

Marie+Mickaël

 

[1] J’ai eu la profonde joie de vivre cette grâce, avec Marie-Jacinta, en début octobre 2023 et je conseille vivement d’aller prier le Rosaire en ce lieu marial béni… si possible, un premier samedi du mois !

[2] « Récits d’un pèlerin Russe » : un livre incontournable à lire, relire et surtout méditer !

[3] Lettre 90.

[4] Mai 1984.

[5] 8 novembre 1984.

[6] 8 décembre 1984 / 25 décembre 1984 / 3 juin 1984.

[7] 7 octobre 1982.