A chaque Messe : nous sommes au pied de la Croix…

   « A chaque fois que les paroles de la Consécration sont prononcées, l’Eglise, représentée par le prêtre et les fidèles, est rendue présente au Sacrifice sanglant : les deux mille ans qui nous séparent de la Croix sont abolis, nous sommes là comme l’étaient la Sainte Vierge et Saint Jean. Et chaque génération peut à son tour s’engouffrer dans l’offrande éternelle du Christ, offerte pour tous les temps ! »

Cardinal Journet, Méditation sur l’Eucharistie

 

     Cette admirable citation nous transporte au cœur de la Sainte Messe où le Cardinal Journet soulève quelque peu le voile : ici, seule la foi peut ouvrir la porte du Mystère et s’approcher dans cette adoration silencieuse où Dieu se révèle… Alors, guidés par ce merveilleux théologien, nous allons mieux découvrir à quel point « l’Eucharistie est la source et le sommet de toute la vie chrétienne[1] ! » Ce texte si riche va nous donner un  regard renouvelé sur le plus grand don du Cœur de Jésus à son Eglise. Méditons maintenant, tour après tour, les deux parties principales :

« A chaque fois que les paroles de la consécration sont prononcées, l’Eglise, représentée par le prêtre et les fidèles, est rendue présente au Sacrifice sanglant… »

Après la liturgie de la Parole de Dieu… nous sommes transportés ici au cœur même de la Sainte Cène ; à cet instant précis où Jésus a institué l’Eucharistie (Mt 26,26-28) et livré son Corps sur la Croix avec cette infinie miséricorde jaillie de son Cœur : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Lc 23,34). Et c’est pourquoi à la Messe, quand le prêtre arrive à la consécration, le servant sonne la clochette qui nous avertit de ce moment unique et sacré : voici qu’à travers les paroles si simples du célébrant, se déploie le plus grand des mystères de l’histoire ! Là, surgit une indicible réalité : le pain devient le Corps du Christ et le vin son Sang… et c’est pourquoi devant cette Venue cachée qui prépare en secret son Retour glorieux, l’Eglise se met à genoux et adore…

Ici, la remarque Saint Augustin est précieuse : « La foi, c’est croire ce que l’on ne voit pas ; et la récompense de cette foi est de voir ce que l’on croit[2] ! » Ainsi, il y a dans l’Eucharistie « ce que l’on voit et ce que l’on croit. Ce que l’on voit, ce sont les apparences, les propriétés physico-chimiques, bref les « espèces » ou « accidents », du pain et du vin…

Après la parole du Christ, sous ces apparences inchangées du pain, ce qui est là c’est le Corps du Christ et le Sang du Christ… Un changement profond s’est produit. On est passé d’une réalité à une autre réalité, d’une substance à une autre substance… Passer, en latin, se dit : « trans. » D’où le mot : transsubstantiation[3]… » Ainsi, « chaque Messe est un rayon de l’éternité divine qui passe à travers la brièveté du moment sacrificiel pour le rendre présent à tous les moments de l’avenir où il sera consommé[4] ! »

Et c’est là que l’Eglise, représentée par le prêtre et les fidèles, est tout à coup transportée au pied de la Croix où s’offre son Seigneur et Sauveur, pour elle et pour tous…  à chaque Messe s’opère un saut dans le temps où se joue l’avenir du monde ! Car en vérité, « la Présence réelle est la raison d’être de la permanence de l’Eglise dans l’espace et le temps jusqu’à la parousie… Il faut beaucoup aimer Jésus ! Dans cette petite hostie que l’on reçoit à la Messe, il y a contenus toutes les réponses et tous les amours[5]… »

« Les deux mille ans qui nous séparent de la Croix sont abolis, nous sommes là comme l’étaient la Sainte Vierge et Saint Jean… »

Ce bouleversant mystère du salut nous appelle tous à ce « regard de foi » qui transcende le temps et l’espace. En effet, le chrétien ne doit-il pas devenir avant tout le contemplatif de l’Œuvre de Dieu ? N’est-ce-pas ce qui manque trop souvent aujourd’hui dans nos célébrations du Dimanche où l’animation bruyante et des flots de paroles viennent tuer la profondeur ? Où est passé ce silence où Dieu parle au cœur ? Il nous faut réécouter d’urgence le « cri » que Dieu nous adresse à travers le Prophète :

« C’est pourquoi je vais la séduire et la conduire au désert,

là, je parlerai à son cœur… » (Osée 2,16)

En réalité, devant un tel mystère, il faut se tenir là comme Marie « se tenait » avec Saint Jean au pied de la Croix (Jn 19,25). C’est pourquoi Il est primordial d’entrer dans le silence contemplatif du Cœur de Marie (Lc 2,19) qui est le secret de l’Evangile…

Le Cardinal Journet l’a magnifiquement découvert : « La Vierge est un mystère de présence à l’intérieur même du mystère de l’Eglise et l’on peut dire que l’Eglise est mariale. Cela signifie que l’Eglise, spontanément et sans même y songer, regarde les mystères de la Révélation chrétienne avec les yeux de la Vierge. Elle sait que la Vierge a regardé ces choses avant nous. Ce qu’elle retrouve dans les mystères de l’Annonciation, de Noël, de la Rédemption de la Croix, de Pâques, de l’Ascension, de Pentecôte, c’est cela même que la Vierge y a vu. La foi de la Vierge colore à jamais la foi de l’Eglise[6]… »

                                                                                            +M Mickaël

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[1] Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Eglise, Lumen gentium, 11.

[2] Saint Augustin, Sermon XLIII.

[3] Cardinal Journet, Le mystère de l’Eucharistie, Téqui 2018, p.13.

[4] Cardinal Journet cité par Marie-Agnés Cabanne, Fribourg, 6 aout 1980.

[5] Cardinal Journet, le mystère de l’Eucharistie, p.28.

[6] Cardinal Journet, L’Eglise du Verbe incarné, tome 2, p.432.




« Préserve-nous feu de l’Enfer ! » IV° partie

 « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés

et parviennent à la connaissance de la vérité ! »

1 Tm 2,4

 

Et conduis au Ciel toutes les âmes,

surtout celles qui ont le plus besoin de ta miséricorde !

   La Vierge nous dévoile ici le désir universel du Cœur de Dieu qui veut « conduire au Ciel toutes les âmes… » Et c’est pourquoi nous devons toujours revenir à cette contemplation du Christ crucifié, dont le Cœur ouvert nous ouvre définitivement la porte du Royaume ! Qui comprendra jusqu’où le Sauveur est allé pour nous offrir gratuitement le salut, la vie éternelle, la joie sans fin au Ciel ?

Croire en Celui que j’ai transpercé ! Tel est le défi inattendu de la foi… et c’est pourquoi le Seigneur se tient chaque jour devant la porte de mon cœur, et me demande comme à Pierre: « M’aimes-tu ? » (Jn 21,17). Car je ne pourrai faire en vérité cette prière inspirée par la Vierge, si je ne suis un témoin « traversé » par la Miséricorde. Et là, l’enfance du cœur du cœur prêchée par Jésus est l’autre incontournable : « Laissez venir à moi les petits enfants… car c’est à ceux qui leur ressemblent qu’appartient le Royaume de Dieu ! » (Mc 10,14).   

   Voici donc quelque peu le portait spirituel de celui ou celle qui demande au Sauveur de conduire au Ciel non seulement « toutes les âmes ! » Mais par-dessus tout : « celles qui ont le plus besoin de sa miséricorde ! » La Vierge Marie, Mère de l’Eglise, nous révèle ici le mystère de l’Eglise qui contemple son Seigneur crucifié : quand l’Amour n’est pas aimé, ce rejet ouvre une blessure secrète dans le Cœur de Dieu… elle se laissera voir à la fin de sa Passion où « en transperçant le Cœur de Jésus, la lance du soldat a ouvert un grand mystère… car elle est allée plus loin que le Cœur du Christ, elle a ouvert Dieu, elle est passée pour ainsi dire, au milieu même de la Trinité[1] ! »

Ce mystère de la miséricorde traverse le temps et, à chaque instant, il nous est offert à avec une telle plénitude ! Sainte Faustine, l’apôtre choisie de la Miséricorde, en témoigne  avec force pour susciter en nos cœurs cette « folle espérance » qui, seule, touche Dieu :

« La perdition est pour l’âme qui veut se perdre… seule l’âme qui le voudra sera damnée, car Dieu ne condamne personne !… mais celui qui désire le salut trouve la mer inépuisable de la miséricorde du Seigneur… Même si j’avais sur la conscience les péchés de tous les damnés, je n’aurais pas douté de la miséricorde de Dieu, je me serais jetée dans l’abîme de ta miséricorde[2] ! »

Ne l’oublions donc jamais : l’ultime cri silencieux de la Miséricorde m’appelle à chaque instant de ma vie…

                                                             Marie+Mickaël et Marie+Jacinta

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[1] Cardinal Robert Sarah, Dieu ou rien, entretien sur la foi avec Nicolas Diat, Fayard, 2015, p.32.

[2] Sainte Faustine, Petit journal, 630 / 1393 / 1318.




« Préserve-nous du feu de l’Enfer ! » III° partie

 « Entrez par la porte étroite !

 Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition,

 Et il en est beaucoup qui le prennent ;

mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie,

et il en est peu qui le trouvent ! »

Mt 7,13-14

 

Professer sa foi catholique implique d’accueillir la totalité du mystère de la foi : il est contenu dans la Parole de Dieu et la tradition de l’Eglise exprimée à travers le Catéchisme. Et quand on aborde le terrible mystère de l’Enfer, il faut d’abord affirmer qu’il est un refus libre et définitif de l’homme à la Lumière et la tendresse du « Dieu Amour ! » (1 Jn 4,16). Cette vérité, la foi nous l’enseigne clairement : « Dieu ne prédestine personne à aller en Enfer ; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (péché mortel), et y persister jusqu’à la fin… l’Eglise implore la miséricorde de Dieu, qui veut « que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir[1] » (2 P 3,9).

Il y a aujourd’hui dans l’Eglise un étonnant silence sur l’Enfer et simultanément, notre civilisation décadente flirte sans cesse avec « une culture de mort » dénoncée si souvent par Saint Jean-Paul II. N’avait-il-pas affirmé juste avant d’être Pape : « Nous sommes maintenant face à la confrontation finale entre l’Eglise et l’anti-Eglise, l’Evangile et l’anti-Evangile, entre le Christ et l’Anti-Christ[2] ! » Cette annonce eschatologique est précisée d’une manière remarquable dans le Catéchisme de l’Eglise catholique :

« Avant l’avènement du Christ, l’Eglise doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (Lc 18,8 / Mt 24,12-13). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre dévoilera le « mystère d’iniquité » sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes, au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair[3] » (2 Th 2,3-12 / 1 Jn 2,18-22)… L’Eglise n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection ! » (Ap 19,1-9).

Nous sommes donc dans l’extrême fin des temps où le déchaînement du Mal s’accélère sur tous les plans. Déguisé ou dévoilé, « le feu de l’Enfer » dévaste comme jamais la terre des cœurs humains… Et nous assistons à cette terrible inversion où, dans cette Babylone mondialiste, le mal devient le bien (Is 5,20) et où le bien devient de plus en plus suspect, marginalisé, tourné en dérision : la conscience humaine post-moderne est envahie par « la dictature du relativisme » selon l’expression si juste du Pape Benoît XVI. Mais n’oublions pas la Parole du Christ qui traverse le temps : « N’ayez pas peur !… J’ai vaincu le monde ! » (Jn 6,20 / 16,33). Et face à la Grande Epreuve finale qui approche, Jésus remet entre nos mains le Rosaire de sa Mère pour tenir debout dans l’espérance !

A suivre…

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[1] Catéchisme de l’Eglise catholique, 1037.

[2] Cardinal Wojtyla, Congrès eucharistique de Philadelphie aux USA, 4 septembre 1976.

[3] Catéchisme de l’Eglise catholique, 675 et 677.




« Préserve-nous du feu de l’Enfer ! » II° partie

Pardonne-nous nos péchés !

Il est significatif que dans sa première Epitre, Saint Jean Apôtre enseigne une pédagogie fondamentale dans le parcours de la foi : D’abord, « Dieu est Lumière… » (1 Jn 1,5) et ensuite, « Dieu est Amour… » (1 Jn 4,16). C’est la preuve que pour le croyant, seule la Lumière conduit à l’Amour. La vraie conversion s’ouvre à la Lumière et espère tout de l’Amour ! N’est-ce-pas la folle expérience du bon larron crucifié tout près de Jésus ?

On peut parler ici « d’extrême miséricorde » quand ces derniers instants du Christ sur terre manifestent jusqu’à quel point Dieu se rend proche de l’homme… la Miséricorde est le vrai nom de l’Amour : elle s’offre jusqu’au bout pour les pécheurs que nous sommes tous !

Ainsi, comme le remarque Saint Jean Chrysostome : « Par les yeux de la foi, le larron reconnut le Maître des Cieux ! » Et il interpelle vivement l’autre crucifié qui met au défi le Seigneur de les délivrer de la Croix (Mt 23,39) : « Tu n’as même pas crainte de Dieu, toi qui subit la même peine ! Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes ; mais Lui n’a rien fait de mal ! » (Lc 23,40-41). Dans sa foi naissante, voici donc que cet homme établit un rapport lumineux entre « Dieu » et « supplice » en affirmant qu’il a pressenti en présence de qui il est : Dieu Crucifié ! C’est cette découverte majeure qui le fait confesser ses péchés et témoigner en même temps que le Christ, Lui, « n’a rien fait de mal ! »

Devant les juges de Jésus qui se moquent de Lui (Mt 27,41-42), le bon larron proclame « l’innocence » de l’Agneau de Dieu qui porte le péché du monde ! C’est ici qu’il faut laisser résonner la parole prophétique de Saint Paul, qui persécuta l’Eglise primitive : « Le langage de la Croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, il est puissance de Dieu ! » (1 Co 1,18). Alors, n’oublions jamais que « la révélation de l’amour divin dans le Christ a manifesté à la fois l’étendue du mal et la surabondance de la grâce (Ro 5,20). Nous devons donc considérer la question de l’origine du mal en fixant le regard de notre foi sur Celui qui en est le Vainqueur[1] ! »

Face aux assauts de l’Enfer, le cri de notre foi vers Jésus maintenu « jusqu’au bout » sera la victoire qui nous ouvrira la porte du Ciel. Car la Croix est le trône du Christ sur la terre et elle devient pour le croyant la Porte de la Gloire. Ayant pressenti ce mystère, le bon Larron a frappé « une dernière fois » à la porte du Cœur de Dieu par une prière qui le rend à jamais si reconnaissable pour tous dans l’Evangile :

« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ! » (Lc 23,42)

C’est son dernier cri traversé par une folle espérance… mais la réponse du Christ dépasse toutes les attentes ! Et j’aime à penser qu’avant de lui annoncer l’ineffable bonne nouvelle, il a tourné vers lui son Visage et posé sur lui son regard :

« En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ! » (Lc 23,43)

A suivre…

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[1] Catéchisme de l’Eglise catholique, 385.




« Préserve-nous du feu de l’Enfer ! » I° partie

« Vous avez vu l’Enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs…

Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde

la dévotion à mon Cœur Immaculé ! »

Notre Dame de Fatima, 13 juillet 1917

 

Cette terrible révélation de Notre Dame aux trois enfants de Fatima nous plonge dans la « guerre des derniers temps »… et cette dure lutte s’opère en chaque personne humaine jour après jour : à travers ses choix, son cœur est le lieu où s’affronte invisiblement le Ciel et l’Enfer ! Et c’est sans doute pourquoi la Vierge de Fatima a demandé urgemment d’ajouter cette prière désormais si connue après chaque dizaine de chapelet :

    « O mon Jésus ! Pardonnez-nous nos péchés !

Préservez-nous du feu de l’Enfer

et conduisez au Ciel toutes les âmes,

surtout celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde ! »

Nous allons quelque peu en découvrir ici toute l’urgence et la profondeur car Notre Dame de Fatima la révèle aux trois enfants, juste après leur avoir montré les horreurs de l’Enfer. Mais cette terrible vision a été précédée en mai et juin 1917 d’une plongée dans la lumière où ils furent « comme submergés en Dieu » ! Telle est la pédagogie si juste de la Vierge qui, d’ailleurs, a prophétisé sa victoire : « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! »

Ainsi, dans cette prière que Marie nous recommande après chaque dizaine de chapelet, il y a une révélation urgente : en effet, nos vies sont suspendues au mystère de l’infinie Miséricorde jaillie du Cœur de Dieu sur la Croix ! (Jn 19,34). Mais en même temps, la Vierge nous livre ici l’un des secrets les plus profonds de l’Evangile pour la fin des temps actuelle : le Dieu d’infinie tendresse nous donne « à nouveau » le Cœur de sa Mère comme « le Refuge ultime » pour nous protéger de l’Enfer déchaîné… Ceux qui habitent cette Arche par la fidélité au Rosaire et aux sacrements de l’Eglise sont à l’abri de sa tendresse maternelle !

Telle est le « Voici ta Mère » de l’extrême fin des temps où resplendit le mystère de la Femme ! (Jn 19,27 / Ap 12,1) Alors, méditons un instant chaque partie de cette prière des derniers temps jaillie du Cœur de la Vierge…

Ô mon Jésus !

Ce cri intime vers le Sauveur est sans nul doute celui de Marie ! Car qui, mieux que la Vierge, se tourne éperdument vers Celui qu’Elle a porté et enfanté pour notre salut ? Alors, demandons à notre Mère « un poids d’amour » toujours plus grand à travers cette prière où, comme Elle, nous crions : « Ô mon Jésus ! »  N’oublions jamais que nous adresser directement au Fils Dieu est la « liberté inouïe » ouverte par le « oui » de Marie… (Lc 1,38).

Et quand nous murmurons le Nom de Jésus, n’oublions pas sa bouleversante signification hébraïque : « Yeshouah » ou « Yeshua » signifie « Yahvé sauve » ! Car dés le début de l’évangélisation, Pierre l’affirme comme le cœur de notre foi : « Il n’y a pas d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés ! » (Ac 4,12). Et Saint Paul l’annoncera aussi avec force en affirmant que Jésus a « le Nom qui est au-dessus de tout nom ! » (Ph 2,9). Ainsi, ce Nom béni de Jésus deviendra le « Cœur » de la prière du cœur répétitive de l’Orient chrétien : « Jésus, Fils de Dieu Sauveur, aie pitié de moi, pécheur ! » Et ce même Nom sera aussi le cœur de l’Ave Maria dans la prière du Rosaire : « Et béni est le fruit de tes entrailles, Jésus ! »

A suivre…




La Mère de Jésus était là… Elle est toujours là !

« Il y eut des noces à Cana de Galilée.

La Mère de Jésus était là…

Jésus aussi fut invité à ces noces, ainsi que ses disciples. »

Jean 2,1-2

 

Cette Parole placée au début de l’Evangile de Saint Jean donne d’abord une information de taille: « La Mère de Jésus était là… » Mais derrière cette simple précision historique se cache un immense mystère : ce dialogue entre la Mère et le Fils, entre la Femme et le Messie va ouvrir « la porte de la Révélation » qui fonde les Evangiles. C’est à Cana que tout commence et bascule à travers l’intervention médiatrice de Marie :

« Tel fut le premier des signes de Jésus. Il l’accomplit à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui… » (Jn 2,11).

Ainsi, quand il est mentionné la Présence de la Vierge Marie dans la Parole de Dieu, il nous faut voir grand et large à travers le mystère de la Femme : du livre de la Genèse où Elle écrase la tête du Serpent (Gn 3,15), au livre de l’Apocalypse où Elle fait face au Dragon des derniers temps ! (Ap 12,1-3). Le mystère de la Femme qui enfantera le Messie (Is 7,14) est donc au cœur des Ecritures…

Et quand Jean nous tourne vers cette Femme habituellement « cachée », il nous faut peser chaque mot qui ouvre de vastes horizons : « La Mère de Jésus était là… » Cette précision temporelle contient en même temps un mystère intemporel car la Vierge Marie est « toujours là ! » Au pied de la Croix, elle est devenue, à travers Jean, notre Mère pour toujours à travers la Parole de son Fils et Sauveur : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27). Et désormais, la Mère de Jésus est devenue la mienne et elle sera « toujours là » pour moi et pour toute l’humanité !

C’est dans cette présence qui m’enveloppe de sa tendresse et de sa protection que nous pouvons suivre Jésus avec plus de paix et de force… ce « toujours là » maternel pourra vaincre toutes mes faiblesses, mes chutes et ma terrible fragilité. Car avec Marie, on se relève de tout ! C’est pourquoi il faut toujours s’appuyer sans cesse sur son « inépuisable tendresse » qui vient vaincre notre si profonde désillusion…

La Mère de Jésus est devenue ma Mère et « elle est toujours là ! » Dans sa maternelle présence, Elle est là, offerte à chaque instant dans l’espace et le temps : sa tendresse veille sur moi comme personne ne peut l’imaginer ! Au Ciel, nous découvrirons qu’Elle nous a suivie à chaque minute de nos vies… et nous serons bouleversés de ce que cache et signifie dans l’Evangile l’insondable Parole de Jésus : « Voici ta Mère ! »

Nous n’avons pas fini de découvrir qui est Marie pour nous et jusqu’à quel point « elle est toujours là ! » Elle prend soin de nous avec cet indicible amour qu’Elle a eu pour Jésus… Alors, comme nous le chantons dans le Salve Regina, disons-lui de tout notre cœur : « Salut, Reine, Mère de miséricorde : notre vie, notre douceur et notre espérance !… »

+M Mickaël




Marie a cru à l’impossible !…

« Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ! »

Lc 1,45

« L’Eglise vénère en Marie la réalisation la plus pure de la foi… »

Catéchisme de l’Eglise catholique, 149

 

Il faut se souvenir du « cri » d’Elisabeth à la Visitation : « Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! » Nous sommes ici devant la béatitude fondamentale de « la Foi » qui commence en la Vierge et traverse tous les Evangiles… en effet, l’Annonciation est l’aboutissement de ce grand mystère qui a commencé avec celui qui est « notre père dans la foi » comme l’a contemplé Saint Jean-Paul II :

« Par la foi et l’obéissance de Marie son bénies toutes les familles de la terre, selon la promesse faite à Abraham[1]. »

La foi de Marie a établi un pont entre Dieu et l’homme : le pont « sacré » de l’Incarnation qui se réalise par la venue du Seigneur Jésus-Christ, Fils unique du Père ! Tout était suspendu à ses lèvres… et son « fiat » à fait entrer Dieu chez l’homme. C’est véritablement « le plus beau « oui » que la terre ait jamais dit au Ciel. Et Saint Thomas d’Aquin affirmera[2] : Elle le prononce « au nom » de l’humanité toute entière, depuis le soir de la chute jusqu’à la fin du monde[3] ! »

Pour approcher quelque peu ce mystère de l’Incarnation, il faut revenir au dialogue de l’Annonciation. On y remarquera que l’Ange Gabriel donne à la Vierge des réponses très précises face à sa question fondamentale, pleine de réalisme : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » (Lc 1,34). C’est ici que « la » réponse de l’Archange ouvre à un événement que l’histoire des hommes n’a jamais connu :

« L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’Enfant sera Saint et sera appelé Fils de Dieu ! » (Lc 1,35).

On s’est trop « habitué » à écouter ces textes chaque année, mais s’il y a bien un lieu de la Bible où tout bascule dans l’histoire du salut, c’est l’Annonciation ! Là, Marie enfante Jésus, Fils de Dieu et elle devient Théotokos : « Mère de Dieu ! » On est là face à un dialogue si simple, mais qui laisse deviner un mystère si abyssal : une Vierge enfante un Dieu !

Dans une méditation bouleversante, Saint Ambroise s’est est ému :

« Pour croire à cette naissance incroyable et inouïe, il fallait d’abord en avoir entendu parler : qu’une vierge enfante, c’est le signe d’un mystère divin, et non humain. Aussi, est-il écrit : « Le Seigneur vous donnera un signe : voici, une vierge concevra et enfantera un fils ! » (Is 7,14). Marie avait lu cela ; elle crut donc à l’accomplissement de la prophétie. Mais comment la chose se ferait, elle ne l’avait pas lu, car le « comment » n’avait pas été révélé…

Le mystère d’un tel dessein devait être déclaré par la bouche d’un ange, et non d’un homme. Alors, pour la première fois fut entendue cette parole : « L’Esprit Saint surviendra en toi… » entendue, et crue : « Voici, dit-elle, la servante du Seigneur : qu’il me soit fait selon ta parole ! » Vois quelle humilité, vois quel don de soi ! Elle se dit servante du Seigneur, elle qui est choisie pour être sa Mère…

Elle qui devait enfanter Le doux et L’humble de cœur (Mt 11,29), elle devait faire preuve d’humilité… Qu’elle a vite cru à l’enfantement sans pareil ! Car quoi de moins assorti que l’Esprit Saint et le corps humain ? Quoi de plus inouï qu’une vierge concevant contre la loi, contre la coutume, contre la pudeur… ? Et parce que Marie n’avait interrogé que sur le « comment », non sur la réalité du prodige, elle mérita d’entendre :

« Bienheureuse, toi qui as cru[4] ! » (Lc 1,45)

A travers l’imprévisible dessein du Dieu miséricordieux, c’est bien la béatitude de la foi de Marie, au plus haut degré, qui a permis au Verbe de se faire chair et « d’habiter au milieu de nous » (Jn 1,14). Il s’est revêtu de notre fragilité humaine, Il s’est caché dans le quotidien le plus ordinaire, Il est devenu l’un de nous… sans cesser d’être[5], en secret, la Lumière du monde !

Et cela, en étant d’abord « enfoui » dans le sein de Marie durant neuf mois…

Car, après la secrète Annonciation, « lorsque l’Ange partit de chez elle, Marie se retrouva avec un grand mystère enfermé en son sein ; elle savait que quelque chose d’unique et d’extraordinaire avait eu lieu ; elle se rendait compte qu’avait commencé le dernier chapitre de l’histoire du salut du monde. Mais autour d’elle, tout était resté comme avant et le village de Nazareth ignorait complètement ce qui lui était arrivé[6]… »

C’est encore et toujours pour Marie « un saut dans l’inconnu » dont la béatitude de la foi est le seul chemin…

+M Mickaël

 

 

[1] Rome, 6 décembre 1983.

[2] « Loco totius humanitatis » : « En lieu et place de toute l’humanité ! » Somme théologique, III, q.30, a.1c.

[3] Cardinal Charles Journet, Entretiens sur Marie, Parole et silence, 2001, p.22.

[4] Saint Ambroise, II, 14-17, Patrologie Latine 15, 1558.

[5] « Il est devenu ce qu’Il n’était pas, sans cesser d’être ce qu’Il est ! » (Saint Augustin).

[6] Pape Benoît XVI, Rome, 2 juin 2008.




« Je t’attends, Seigneur, dans le calme et le silence… »

De toi, mon cœur a dit : « Cherche sa face ! »

C’est ta face, Seigneur, que je cherche…

Psaume 25,8

      En ce temps ultime et radieux de Noël, Celui de l’Avent a préparé peu à peu nos cœurs à une joie mystérieuse qui a grandi dans l’attente ! Et il nous est bon ici de reprendre et méditer une remarquable « prière de Sainte Faustine » qui va ajuster la nôtre. Laissons-là d’abord résonner à l’intérieur en la repassant plusieurs fois en nos cœurs… et elle deviendra, à n’en pas douter, notre lumière sur la route ; car si la joie de Noël doit nous rassembler autour de l’Enfant-Dieu, elle doit aussi nous relancer vers « le Ciel, l’unique but de nos travaux[1] » :

« Je ne sais, ô Seigneur, à quelle heure Tu viendras… Je veille donc sans cesse et je tends l’oreille, Moi Ta bien-aimée que Tu as élue. Car je sais que Tu aimes venir inaperçu. Cependant, Seigneur, le cœur pur Te pressant de loin…

Je T’attends, Seigneur, dans le calme et le silence, avec au cœur une grande nostalgie et un désir inassouvi. Et je sens que mon amour pour Toi se change en brasier… Et comme une flamme s’élèvera dans le ciel à la fin de mes jours !

Viens donc enfin, mon très doux Seigneur, et emporte mon cœur assoiffé là-bas, chez Toi, dans les hautes contrées des Cieux où règne éternellement Ta Vie !

La vie sur terre n’est qu’une agonie, car mon cœur sent qu’il est créé pour les hauteurs et rien ne l’intéresse des plaines de cette vie. Car ma Patrie c’est le Ciel, et je crois en cela invinciblement ! » (Petit Journal, 1589).

Quelle lumière, quelle sagesse, quel élan et quel « cri » dans cette admirable prière ! Elle nous dit en raccourci ce qui doit soulever notre cœur, si souvent lourd, de pauvre pécheur :  n’est-il pas appelé par la miséricorde du Christ à entrer dans la vraie Vie ? Alors, comprenons que sur terre, il faut « veiller » sans cesse comme nous y invite ici Sainte Faustine et, par-dessus tout, l’Evangile :

« Veillez donc et priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme ! » (Lc 21,36).

D’ailleurs, le merveilleux chant du « Salve Regina » le confirme : nous vivons sur cette terre « gémissant et pleurant dans cette vallée des larmes… » et nous soupirons vers Marie, « Reine et Mère de miséricorde : notre vie, notre douceur et notre espérance ! » C’est Elle qui, « après cet exil, nous montrera Jésus, le fruit béni de ses entrailles ! » Alors, avec Faustine, il nous est si bon de redire :

« Je t’attends, Seigneur, dans le calme et le silence, avec au cœur une grande nostalgie et un désir inassouvi. Et je sens que mon amour pour Toi se change en brasier… Et comme une flamme s’élèvera dans le ciel à la fin de mes jours ! »

C’est si vrai que l’essentiel de notre vie sur terre est « d’attendre le Seigneur, dans le calme et le silence » avec, au cœur, ce désir lancinant de la « nostalgie du Ciel » pour lequel nous sommes tous nés… et il faut ici rafraîchir notre mémoire pour qu’elle se souvienne du mystère de l’issue finale de chacune de nos vies… qui sera, en vérité, éternel !

Ah, si l’on faisait aujourd’hui un sondage sur ce qu’il advient au moment de la mort ? On aurait d’étonnantes surprises sur le sens de la vie ! Le matérialisme athée nous a enfermé dans une terrible inculture en nous figeant dans le temps par le mythe de l’éternelle jeunesse ! Et c’est pourquoi l’Ennemi de nos âmes tentera jusqu’au bout de nous voler « le trésor de la foi » que l’Eglise appelle : « la grâce d’une bonne mort » !

Alors, n’oublions jamais que notre âme est éternelle et qu’à la fin, elle sera « pesée » et « jugée » face à l’Amour ! Et c’est pourquoi dans chacun de nos actes sur terre se joue notre éternité… il est donc « urgent » maintenant d’écouter la foi de l’Eglise sur les trois destinations éternelles « possibles » au moment du grand passage :

Le Ciel, lieu de la béatitude éternelle avec les Anges et les Saints auprès de Jésus, Notre Sauveur et Seigneur, et de Marie notre Mère, dans la joie et la gloire de la Très Sainte Trinité !

Le Purgatoire, lieu de miséricorde et de de purification où les âmes attendent dans la souffrance et l’espérance d’être délivrées de leurs péchés avant d’entrer au Ciel…

L’Enfer, lieu de la damnation, de l’horreur sans fin et de l’éternelle haine avec la foule horrible des démons et des damnés !

Il est aujourd’hui urgent de nous arrêter quelque peu sur le mystère de ces trois issues finales « possibles » de la vie de l’homme à travers les lumières de la foi fondées sur l’Evangile. Car aujourd’hui, il y a jusque dans l’Eglise « un terrible silence » sur ces vérités de la foi. Il est donc pressant de comprendre combien chaque choix et chaque instant de nos vies préparent notre éternité dans l’autre monde… et combien selon le commandement du Seigneur, nous devons « aimer » comme Lui (Jn 15,12-17). En effet, le vrai réel n’est pas celui que l’on croit dans notre civilisation enfermée dans le matérialisme triomphant : cette vie de chaque jour qui passe disparaîtra et en prépare une autre qui sera éternelle… n’oublions jamais « qu’au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’amour[2] ! »

Certes, par l’Amour en personne qui est mort pour nous sur la Croix, car « le Fils n’est pas venu pour juger, mais pour sauver (Jn 3,17) et donner la vie qui est en Lui (Jn 5,26). » Mais, face à un tel Amour, le Catéchisme nous invite au réalisme en affirmant : « c’est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même (Jn 3,18), reçoit selon ses œuvres (1 Co 3,12-15) et peut même se damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour[3]. » (Mt 12,32)

Chaque instant de cette vie est donc redoutablement « sérieux et précieux » car il prépare notre éternité. Et comme l’a dit petite Thérèse : « Un instant, c’est un trésor ! » Alors, en cette civilisation des divertissements à outrance et des jouissances sans fin, sachons découvrir la « perle précieuse » de l’Evangile (Mt 13,45-46) pour changer dorénavant la finalité de nos vies ! Et laissons résonner en nos cœurs le « cri final » de Faustine :

« Ma Patrie, c’est le Ciel, et je crois en cela invinciblement ! »

+M Mickaël

 

[1] Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Lettre 90.

[2] Saint Jean de la Croix, Avis 57.

[3] Catéchisme de l’Eglise Catholique, 679.




Du sein de Marie… est sortie la Lumière du monde !

« Tu serais mort pour l’éternité, s’il n’était né dans le temps…

Tu serais victime d’une misère sans fin, s’il ne t’avait fait miséricorde ! »

Saint Augustin

 

Voici qu’en Marie, le Très-Haut s’est fait tout petit, le Soleil est sorti d’une étoile, la Lumière éternelle s’est révélée sous les traits de l’enfance… car « le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ! » (Jn 1,14).

En cette Vierge, il est devenu ce qu’il n’était pas sans cesser d’être ce qu’Il est : le Verbe divin, le Fils unique « tourné vers le Père » (Jn 1,1). En épousant notre condition humaine en tout, sauf le péché, notre Dieu entre avec nous dans une bouleversante proximité en épousant le cycle de nos croissances (Lc 2,52) ; mais son mystère reste fou et inconcevable ! Comment pouvait-on imaginer, ne serait-ce qu’effleurer, la venue « possible » de Dieu en personne ? Saint Pierre Chrysologue s’émeut devant le plus grand des mystères de l’histoire humaine :

« L’Incarnation n’est pas normale, c’est miraculeux ; ce n’est pas conforme à la raison, mais à la puissance divine ; cela vient du Créateur, non de la nature ; ce n’est pas commun, c’est unique et divin[1] ! »

Cela saute aux yeux dès sa naissance : sans la foi et les signes du ciel (Lc 2,8-18), les bergers et les mages n’auraient pu reconnaître dans ce petit enfant « le signe » déconcertant (Lc 2,12) qui s’offrait à leur regard… Tel est le paradoxe inouï du dessein divin où « Dieu est si grand qu’il peut se faire si petit. Dieu est si puissant qu’il peut se faire faible et venir à notre rencontre comme un enfant sans défenses, afin que nous puissions l’aimer[2]… »

Pour s’émerveiller tant soit peu devant le mystère de l’Incarnation, il faut donc « pressentir » l’abîme ontologique qu’il y a entre l’homme et Dieu. Car l’Infini s’est inscrit dans notre finitude et désormais je peux le voir, le toucher, l’écouter… dans le prologue de sa première Epitre, Saint Jean nous y plonge avec une telle plénitude de bonheur :

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu,

ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé,

ce que nos mains ont touché du Verbe de vie…

Car la Vie s’est manifestée :

nous l’avons vue, nous en rendons témoignage ! »

(1 Jn 1,1-2)

Ce témoignage johannique est à la fois unique et si plein d’humanité car il nous affirme que l’impossible s’est rendu accessible : imaginez-vous ! On a touché Dieu en cet homme qui est « le Verbe de vie ! » Alors, la conséquence donne tout son sens à l’Eglise :

« Nous vous annonçons cette Vie éternelle,

qui était auprès du Père et qui nous est apparue ! »

(1 Jn 1,2)

 

Il a donc surgi du sein de Marie pour être au milieu de nous si merveilleusement proche et présent, mais également si mystérieux et si caché : le Verbe du Père s’est rendu accessible en son humanité, mais demeure en même temps insaisissable en sa divinité ! Les Evangiles ne cessent de le signaler et nous invitent à ne pas l’oublier à la suite des Apôtres :

Pour s’approcher en vérité du Christ, il faut éprouver « la joie radieuse » d’André et de Jean après la première rencontre qui a fait basculer leur vie : « Nous avons trouvé le Messie ! » (Jn 1,41) ; mais il faut ressentir aussi « l’effroi » de Pierre devant la première pêche miraculeuse où affleure le divin : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! » (Lc 5,8).

C’est ici que la théologie apophatique est précieuse dans la démarche et la réflexion sur la foi car comme le signale Olivier Clément : « En Jésus, le mystère est à la fois dévoilé et voilé[3] ». Les Pères de l’Orient chrétien en sont les principaux témoins comme Saint Baile, Saint Grégoire de Naziance, Saint Grégoire de Nysse ou Maxime le Confesseur qui écrit :

« L’Incarnation est un mystère plus inconcevable encore que tout autre. En s’incarnant, Dieu ne se fait comprendre qu’en apparaissant lus incompréhensible. Il reste caché dans cette manifestation même… Même exprimé, c’est toujours l’inconnu[4] ! »

Ce mystère du « Touchable » et de « l’Insaisissable » est si flagrant dans la relation de Jésus avec ses Apôtres : c’est quand ils croient « comprendre » le Maître que surgit tout à coup sa parole mystérieuse qui les ravit autant qu’elle les déconcerte (Jn 16,29-33). Eux, les intimes qui vivaient avec Lui, se heurtent déjà à ce clair-obscur de l’Evangile car « nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision ! » (2 Co 5,7). N’oublions donc jamais que dans la manifestation de Jésus-Christ, il y a assez de lumière pour croire et assez d’ombre pour douter. Jésus est le contraire d’un gourou… Il est la Lumière qui s’est revêtue de notre fragilité, et c’est pourquoi il s’offre à nous dans un infini amour en demeurant « doux et humble de cœur… » (Mt 11,29).

Ainsi, Celui « qui maintient l’univers par sa parole puissante » (He 1,3) se fait mon Sauveur, petit et dépendant, caché à l’ombre de l’humanité. Comment pouvait-il être davantage avec moi ? La miséricorde du Père l’a fait basculer du côté de l’homme…

Et par amour pour nous, la Vérité se laissera couronner d’épines. Or, la folle conséquence, la voici : « Il devient tellement l’un de nous que nous devenons éternels[5] ! »

+M Mickaël

 

[1] Saint Pierre Chrysologue, Homélie sur le mystère de l’Incarnation, 148 ; Patrologie Latine, 52, 596.

[2] Pape Benoît XVI, Rome, 24 décembre 2005.

[3] Olivier Clément, Sources – Les mystiques chrétiens des orignines, Stock, 1982, p.37.

[4] Maxime le Confesseur, Ambigua, Patrologie grecque 91, 1048-1049.

[5] Liturgie de la Messe, préface de Noël.




Celui que tout le monde cherche est caché dans le sein de Marie !

« Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ! »

Et l’Ange la quitta… (Lc 1,38)

 

« A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! »

La Vierge à Fatima

 

En ce temps unique de l’Avent, nous voici arrivé à cet instant à la fois caché et décisif où bascule l’histoire de l’humanité ! Car rien ne sera plus comme avant depuis qu’une toute jeune femme de Nazareth a dit ce « Fiat » qui ouvre la porte à la venue de Dieu… car « aussitôt, l’Esprit Saint survenant en Elle… Celui que le monde ne peut contenir, descendit en la Vierge avec tout l’éclat de sa Majesté[1] ! » Ainsi, commence le « vrai » nouvel âge de l’humanité :

« Au sixième âge du monde, le Christ, Fils de Dieu, naît de la Vierge Marie. Après avoir envoyé, dés longtemps, quantité de prophètes, voici qu’Il est là, enfin, Celui qui parlait à travers eux (Is 52,6-7). Et désormais, « Voici que le Royaume de Dieu est au milieu de nous », car le Roi marche devant nous… créé noblement d’une Vierge Mère, né plus noblement encore de Dieu son Père. Quand le Christ, Fils de Dieu, naît de la Vierge Marie, c’est un Prince, digne de régner, qui est donné au genre humain[2] ! »

Et l’attitude de Marie est toute d’humilité dans sa réponse à l’Ange Gabriel car elle accueille et s’efface à la fois :  Elle offre à ce moment précis de l’histoire l’espace de sa disponibilité virginale qui va ouvrir la porte à la Venue du Verbe éternel dans l’humanité… et comme l’a affirmé Saint Augustin avec ce génie théologique qui le caractérise :

« Il est devenu ce qu’Il n’était pas sans cesser d’être ce qu’Il était ! Il est venu à nous comme homme, sans s’éloigner de son Père ; qu’en demeurant ce qu’il était, il s’est montré ce que nous sommes ; et qu’en incarnant sa puissance dans le cœur d’un enfant, il ne l’a pas moins appliquée au gouvernement du monde. Lui qui a créé l’univers en demeurant dans le sein de son Père, a donné à une Vierge d’enfanter, pour venir à nous. N’y-t-il pas un reflet de sa Toute-Puissance dans cette Vierge qui devient Mère et qui reste Vierge après l’avoir mis au monde ?… Une femme nous avait inoculé la mort ; une Femme a pour nous enfanté la Vie !… Tressaillez de joie, car le Christ s’est fait homme en naissant d’une Femme[3] ! »

Telle est l’œuvre unique de l’Esprit quand il « vient » opérer l’Ineffable Mystère en la Vierge Immaculée… et en cette fin des temps, Jésus nous envoie sa Mère pour nous préparer à sa Venue : Elle fut cachée et effacée lors de la Venue du Sauveur à travers Elle… mais aujourd’hui Mère de de l’Eglise et de tous les hommes, Elle est maintenant à l’œuvre à travers son influence spirituelle et ses Apparitions pour nous préparer au Retour de son Fils ! Nous sommes dans cet espace-temps qui prépare le triomphe de son Cœur Immaculé annoncé à Fatima !

A l’heure du cadran de l’Eglise, le regard prophétique de la foi nous laisse deviner que nous sommes dans les ultimes « délires infernaux » de Babylone la grande, « la Prostituée fameuse » : « C’est avec elle qu’ont forniqué les rois de la terre, et les habitants de la terre se sont saoulés du vin de sa prostitution ! » (Ap 17,2). Mais au vu des événements actuels, on peut s’attendre à ce que son effondrement soit proche comme l’annonce les chapitres 17 et 18 du livre de l’Apocalypse : il est donc plus que temps d’écouter l’Esprit-Saint qui agit à travers la Femme « pour voler au désert jusqu’au Refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie… » (Ap 12,14).

Ainsi, on ne le dira jamais assez : il est temps pour l’Eglise d’aller au désert pour garder et protéger la « perle précieuse » de la foi. Elle mène à cette ultime espérance où s’ouvre la porte de la Vérité qui est, en Dieu, l’autre nom de l’Amour… le Christ en a témoigné devant Pilate :

« Je ne suis né, je ne suis venu dans le monde

que pour rendre témoignage à la vérité !

Quiconque est de la vérité écoute ma voix… »

(Jn 18,37)

Et pour garder fidèlement ce témoignage de la Lumière, le Seigneur nous a donné L’Esprit et Celle qui est comme « l’incarnation de l’Esprit-Saint[4] » : Marie, Mère de Dieu et notre Mère… il est donc temps de lutter chaque jour, Rosaire à la main et Jésus Eucharistie dans le cœur, en se retirant dans le silence et la solitude du désert pour se « blottir » sur le Cœur Immaculé de Marie, « notre Refuge ultime » …

D’autres temps viendront où ceux et celles partis au désert deviendront les apôtres rayonnants de ce « feu » que Jésus est « venu apporter sur la terre » (Lc 12,49). Mais dans les derniers temps actuels, l’Eglise, réduite et persécutée, partira au désert dans « le silence des refuges » … Alors, sera dévoilé qu’il n’existe en vérité qu’un seul « Refuge » accessible toujours et partout : le mystère de tendresse du Cœur Immaculé de la Vierge offert à tous !

Oui, en ce temps béni de l’Avent, soyons convaincus que l’urgence absolue est d’entrer chaque jour plus profondément dans ce « Refuge ultime » ! Et cela, par la fidélité quotidienne au saint Rosaire et cet « état de grâce » lié à la vie sacramentelle… Dans le Cœur Immaculé de Marie, notre Refuge et Arche sacrée des derniers temps, nous foi sera nourrie et elle triomphera (1 Jn 5,5) dans la douceur de l’humilité et la puissance de l’espérance qui, seules, libèrent l’Océan de l’Amour…

+M Mickaël

 

[1] Hugues de Saint Victor, Explanatio in Canticum Beatae Mariae, Patrologie Latine 175,415.

[2] Rupert de Deutz, De Trinitate, L. XLII,1, Patrologie Latine 167,1535.

[3] Saint Augustin, Sermon 184, Pour le jour de Noël.

[4] Saint Maximilien-Marie Kolbe, Conférence, 25 février 1941.