Méditation sur l’icône de « Marie, Refuge des derniers temps » (6) : Le secret de l’Icône de « La Mère de Dieu, le Refuge »

L’Icône est une parole silencieuse… et il émane d’elle une signification en quelque sorte toujours nouvelle de sa contemplation dans le temps. Elle n’est pas figée car à travers celui ou celle qui l’a écrite selon les règles, une œuvre de l’Esprit est passée : une fenêtre s’est ouverte sur l’invisible. Voilà pourquoi elle n’est jamais « signée » et que l’on vénère une véritable Icône dans l’intense prière du cœur, avec respect et amour, comme le font nos frères et sœurs de l’Orthodoxie…

Un jour, Marie-Jacinta, tu m’as fait remarquer un trait essentiel de cette Icône unique « écrite » avec les yeux du cœur : « Marie est tournée vers Jean et c’est le regard silencieux et enveloppant de la Mère de Dieu devenue ma Mère !… » Elle n’est, en effet, que bienveillance et tendresse sans mesure puisque c’est à travers la folie de la Croix de Jésus qu’elle est devenue ma Mère ! Désormais, cette « Femme enveloppée de soleil » veille sur moi… (Ap 12,1) car l’amour fou de son Fils l’a traversée et Elle est pour toujours ma Mère ! (Jn 19,27). Elle est là, à chaque instant de ma vie, avec une douce puissance et une tendre patience et les « douze étoiles qui couronnent sa tête » annoncent une victoire : « la lune est sous ses pieds » et le Dragon est déjà vaincu par sa beauté ! Sa victoire est mienne, sa tendresse est invincible… et je vis d’une certitude enfouie au plus profond de son Cœur maternel : sa tendre patience vaincra toutes mes chutes et mes enfers !

Cette Icône évoque aussi deux lieux géographiques : le petit ermitage de Marie sur les collines d’Ephèse et le temps de la captivité de Jean sur l’Ile de Patmos.

A Ephèse , la Vierge a vécu une vie contemplative de silence et de prière continuelle où « elle a repassé en son Cœur » (Lc 2,19) toute la vie de Jésus, de la Crèche à la Croix…

A Patmos , Jean a continué à méditer sur la vie de Jésus durant sa captivité. On sait aussi qu’il a évangélisé et qu’il baptisait en secret dans un lieu précis de l’Ile que l’on peut visiter aujourd’hui. Mais, même à distance d’Ephèse, il priait habituellement dans une grotte ouverte au-dessus de la mer et orientée vers le levant : on peut avancer que de là, il était en communion silencieuse avec la Mère de Dieu….

Ce regard silencieux de la Mère, Jean a été le premier à en sonder le mystère car le « Voici ta Mère » de Jésus en Croix n’a cessé de résonner en toute sa vie. Et c’est pourquoi sur l’Icône, il nous tend la main comme une invitation à la découverte : « Viens dans les secrets du Cœur de la Mère ! » Sa main au niveau de son cœur évoque comme un mystère d’amour : c’est la seule main visible de l’Icône et elle est une invitation à l’intimité mariale… il semble nous dire : « Pour contempler Jésus et devenir l’Eglise, viens te cacher dans les secrets du Cœur de ta Mère ! »

Sur l’Icône, Jean a une robe verte : c’est la couleur de l’espérance qui signifie la renaissance dans le Christ. Son manteau blanc renvoie, lui, à la lumière de Jésus Ressuscité comme au début de l’Apocalypse (1,13-16). Il regarde et écoute d’abord Marie, mais il nous regarde aussi en nous invitant de sa main… car ce qu’a vécu Jean auprès de la Vierge nous appartient désormais : c’est comme si Marie enveloppait par son regard tout ce mystère et se rendait « présente » à nous en laissant résonner la parole de son Fils : « Voici ta Mère ! »

Cette Icône est celle de « la Toute Sainte le Refuge » : E PANAGIA E KATAPHYGE ! Et Marie y déborde silencieusement de contemplation et d’intercession. Son regard de tendresse est posé sur Jean, mais on pressent déjà qu’il est plus large : jusqu’à Patmos, et au-delà vers l’Eglise naissante de Rome et sur le monde entier… C’est pourquoi sa robe et son manteau sont bleus, une couleur qui fait référence au mystère de la vie divine où Marie est enfouie… cette référence au bleu divin témoigne que Marie à Ephèse est non seulement Mère de Dieu, mais aussi Mère des hommes : Elle est cachée à Ephèse, mais son regard sur Jean déborde déjà de tendresse pour toute l’humanité…

Concluons ici avec bonheur par deux extraits de nos prières quotidiennes à Saint Jean, notre Père bien-aimé. Nous sommes appelés à vivre « les derniers temps » sous sa douce Protection, tout près du Cœur de notre Mère :

O Saint Jean, Prophète du temps à venir : (Ap 1,1-3)
Toi qui as vu le Grand Combat de la Femme et du Dragon
(Ap 12,1-4)
et sa fuite ardente au désert… (Ap 12,5-6)
Mène-nous au silence du Désert,
jusqu’au « Refuge invincible » du Cœur de la Femme…
(Ps 18,3 / Ct 6,8-10 / Ap 12,13-14)

Plonge-nous avec toi en cette « Mer de cristal mêlée de feu »
qui triomphe de « la Bête »… (Ap 15,2)
Et nous verrons le Christ et l’Eglise à travers la « Beauté »
Et le « Triomphe » du Cœur Immaculé de Marie… (Ap 12,1-2)

O Saint Jean, Apôtre solitaire et universel sur l’Île de Patmos :
Toi qui as contemplé le Visage éblouissant du Seigneur glorieux ! (Ap 1,9-20)
Toi qui as vu la destinée de l’Eglise en l’Agneau Vainqueur !
(Ap 21,9-27)
Tiens-nous éveillés dans la foi en l’attente du Retour de Jésus…
(Ap 1,9 / 22,10-14)

Fais déborder en nos cœurs l’Espérance de la Femme
en l’infinie Miséricorde !… (Lc 1,50)
Dans le « doux Refuge » de son Cœur,
nous désirons être chaque jour :
L’Eglise née de l’Esprit (Ap 22,17),
qui redit avec toi dans le pur amour de l’Attente :

« Le temps est proche ! (Ap 1,3)
Amen ! Viens Seigneur Jésus ! » (Ap 22,20)

Solennité de l’Assomption de la très Sainte Vierge Marie,
15 août 2023

+Marie-Mickaël et Marie-Jacinta




Méditation sur l’icône de « Marie, Refuge des derniers temps » (5) : les figures mariales de l’Ancien Testament

L’Icône de Marie, « Refuge des derniers temps ! »

« Le Dragon se lança à la poursuite de la Femme,

 la mère de l’enfant…

mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert

jusqu’au Refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie… »

                                                                                            (Ap 12,13-14)

Les figures mariales de l’Ancien Testament

Il est bon ici de se souvenir ici que dans l’Ancien Testament, il y a des archétypes, des préparations au mystère de « Marie, Refuge des derniers temps » qui vient protéger l’homme face à la révolte et la déchéance généralisée…

Tout d’abord cette « Arche de Noé » qui lui donnera de survivre au Déluge avec toute sa famille et ses animaux (Gn 7,1-24). Il nous faut aujourd’hui entrer dans « l’Arche du Cœur Immaculé de Marie » qui est le « Refuge » où nous serons protégés du « déluge de feu » des derniers temps ! (Ap 13,1-18).

Comment ne pas mentionner également « la tour de Babel » qui est l’aboutissement d’une civilisation urbaine qui n’a plus de limites[1] :

« Tout le monde se servait d’une même langue et des mêmes mots… Ils dirent : « Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons plus dispersés sur toute la terre ! » (Gn 11,1-4)

On peut y reconnaître l’orgueil démesuré de notre civilisation post-moderne et déjà transhumaine qui veut se faire l’égale de Dieu en rejetant la beauté de l’homme sauvé en Jésus-Christ… telle est la défiguration de l’homme par l’inversion des valeurs où « tout est permis » ! Derrière cette soi-disant « libération » se cache en réalité un désir fou de « s’auto-diviniser » car loin du Dieu-Amour, l’homme est terriblement seul et perdu… et c’est pourquoi il a ouvert la porte du mal à tous les possibles, sous la domination de la Bête (Ap 13,11-18). On touche ici le « venin » de Satan dont l’influence inverse en l’homme le « désir d’infini » inscrit en chaque cœur ! Derrière le « toujours plus » du péché se cache les horreurs de l’Enfer : pour exorciser ce venin, il faut plonger chaque jour dans la douce et puissante prière du Rosaire où se déploie tout « le secret de Marie » : « Il a porté son regard sur son humble servante !… Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent… Il a élevé les humbles ! » (Lc 1,48-50-52).

Autre drame du temps d’Abraham : Yahvé se laisse toucher par sa prière d’intercession face à la terrible décadence de Sodome et Gomorrhe.  Après un dialogue poignant autour du nombre de « justes » restant, Dieu promet de ne pas détruire s’il en reste dix (Gn 18,32). Mais, malheureusement, la décadence est totale ! Pensons à notre civilisation actuelle qui, si elle perdure encore, est aussi portée par ceux et celles qui prient et s’offrent à Dieu en silence : à travers l’intercession du Cœur douloureux et Immaculé de Marie, chaque instant est pour eux « un rendez-vous » avec la Miséricorde pour sauver les pécheurs en train de se perdre…

Souvenons-nous ici de la terrible vision de l’Enfer donnée par la Vierge aux trois enfants de Fatima. Les paroles si fortes de la petite Jacinta continuent à résonner pour nous avec une redoutable urgence : « La Dame nous a dit aussi que beaucoup d’âmes allaient en enfer… et que nous devons prier et faire beaucoup de sacrifices pour les pécheurs, les pauvres !… Si les hommes savaient ce qu’est l’éternité, ils feraient tout pour changer de vie… Ah ! si je pouvais mettre dans le cœur de tout le monde, le feu que j’ai là, dans la poitrine ! »

De même, « l’Arche d’alliance » du temps de Moïse est le lieu béni de la « nuée » qui guide les Hébreux à travers le désert… (Ex 40,1-38). Ainsi, en ces derniers temps, il nous faut également entrer dans « l’Arche du Cœur Immaculé de Marie » ! Là, nous serons guidés, jour et nuit, par la « Nuée » de l’Esprit : « Ceux -là suivent l’Agneau partout où il va… Ils sont immaculés ! » (Ap 14,4-5). C’est ici qu’en notre temps, une remarque mariale de Newman prend tout son sens : « Si nous jetons un regard sur l’Europe, nous trouvons que ceux qui ont cessé d’adorer le Divin Fils pour se contenter d’un humanisme banal, ce ne sont pas les peuples qui se sont distingués par la dévotion à la Mère, mais ceux qui ont refusé une telle dévotion… Le zèle pour la gloire du Fils s’est éteint là où il n’était plus accompagné de l’ardeur pour l’exaltation de la Mère[2] ! »

Du temps d’Elie, le prophète des prophètes, il y a cet épisode où après les trois années de sécheresse (1 R 17,1), il monte supplier au sommet du Carmel pour qu’advienne la pluie : ce « petit nuage qui monte de la mer » et donne « une grosse pluie », la tradition du Carmel y a toujours vue la présence de Marie (1 R 18,41-46). On est devant le mystère d’une petitesse suspendue à Dieu seul et qui engendre une immense fécondité…

 

[1] « Ce récit yahviste donne de la diversité des peuples et des langues une autre explication. C’est le châtiment d’une faute collective qui, comme celle des premiers parents (Gn 3,1-24), est encore une faute de démesure… L’union ne sera restaurée que dans le Christ Sauveur : miracle des langues à la Pentecôte (Ac 2,1-12) ; assemblée des nations au Ciel (Ap 7,9-17). » Note de la Bible de Jérusalem, Cerf, 1973 -1991.

[2] Cardinal Saint John Henry Newman, Une minute avec Marie, 11 août 2023.

Photo : vitrail de l’Eglise St Etienne du Mont à Paris




Méditation sur l’icône de « Marie, Refuge des derniers temps » (3) : quelques clefs d’entrée dans le livre de l’Apocalypse, suite…

3 – La Jérusalem céleste et le Fleuve de cristal : Apocalypse 21 et 22

La chute de Babylone !

La perspective radieuse définitive de la « Jérusalem céleste » que décrit Jean dans l’Apocalypse au chapitre 21 se situe après la chute de la Babylone, la prostituée universelle : « car au vin de ses prostitutions se sont abreuvées toutes les nations… et les trafiquants de la terre se sont enrichis de son luxe effréné !… Hélas, hélas ! Immense cité, Ô Babylone, cité puissante… car une heure a suffi pour ruiner tout ce luxe ! » (Ap 18,3-10-17).

On est en droit de discerner si nous ne sommes pas arrivés aujourd’hui au seuil de l’écroulement de la Babylone dont les délires et les horreurs sont sans limites ? Et comment ne pas voir aussi un ensemble de signes eschatologiques inquiétants à travers les agitations de la nature, les dérives sociétales et les événements imprévus de toute sortes ? Ils sont d’ailleurs en résonance avec les visitations de la Vierge dont les avertissements sont de plus  en plus alarmants ! Notre Mère pleure et crie[1] vers ses enfants car elle en voit trop sur le chemin de la perdition, aux portes de l’Enfer !… Certes, dans le mystère de l’Eglise, l’Amour nous appelle à prier, espérer et évangéliser en annonçant jusqu’au bout le salut et la paix en Jésus-Christ, seul Sauveur et Seigneur ! Mais à travers les « visitations » incessantes de sa tendre Mère, Dieu n’est-il pas en train aussi de nous « éloigner » de la Babylone qui va périr dans ses enfers ? Cette parole de l’Apocalypse n’a jamais été aussi actuelle : « Sortez, ô mon peuple, quittez-la, de peur que, solidaires de ses fautes, vous n’ayez à pâtir de ses plaies ! Car ses péchés se sont amoncelés jusqu’au ciel ! » (Ap 18,4-5).

Le Cœur Immaculé de Marie : Refuge ultime des derniers temps !

A l’image de Noé, nous avons de toute urgence à préparer notre « Arche de paix » (Gn 6,5-18 / 7,1-24) pour échapper à ce déluge toujours plus envahissant de notre civilisation transhumaine dont la décadence ne cesse d’augmenter… et c’est ici que prend tout son sens « l’éloignement » au désert dans les « Refuges marials » dont Ephèse est l’archétype, le modèle ecclésial « source » que Jean nous laisse deviner :

« La Femme reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert jusqu’au refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d’un temps… »                                                                                                                                           (Ap 12,14)

Historiquement, cette « Femme » poursuivie par le « Serpent » est d’abord la Vierge Marie fuyant les persécutions contre les Apôtres et les premiers chrétiens en Palestine. Remise à la garde filiale de Saint Jean par la parole mystérieuse du Christ en Croix, l’Apôtre bien-aimé va veiller sur Elle avec tendresse. Il va la conduire loin de Jérusalem à l’étranger et la protéger dans un lieu éloigné, sur les hauteurs d’Ephèse, au bord de la mer Egée. C’est là qu’une intimité contemplative grandira dans cette relation unique entre la Mère de Dieu et l’Apôtre bien-aimé de Jésus. Il va continuer à évangéliser dans toute la région mais en venant, on le devine, visiter souvent La Vierge. Et Jean va découvrir peu à peu que le Cœur silencieux de Marie est déjà celui de la Mère de l’Eglise… Cachée aux yeux de presque tous, la Mère de Dieu commence à porter en sa prière puissante l’Eglise et le monde !

Mais dans les derniers temps, cette Femme conduite au désert signifie aussi le mystère de l’Eglise qui, réduite et persécutée, partira au désert dans le silence des « Refuges ». La réalité spirituelle profonde de ces Refuges marials se fonde pour chacun sur la prière du Rosaire et l’état de grâce lié à la vie sacramentelle.  Car en vérité, cette extrême « fin de temps » dévoile qu’un seul « Refuge » est accessible partout : le mystère du Cœur Immaculé de la Vierge offert à tous !… Alors, s’éloigner si possible des villes est une sage option en ces temps où la Babylone déploie là plus qu’ailleurs son pouvoir maléfique… mais où que l’on soit, l’important est d’entrer chaque jour toujours plus profondément dans le « Refuge ultime » : le Cœur Immaculé de Marie ! Et là, jour après jour et jusqu’à la fin : en Elle, avec Elle et par Elle, nous vaincrons le Dragon infernal !…

Le Cœur Immaculé est « comme une Mer de cristal » !

Ainsi, comme les élus au Ciel, il nous faut déjà chanter au quotidien le « Cantique de l’Agneau ! » (Ap 15,3). Et pour chanter ce cantique par toute notre vie, il nous faut être tout près de cette mystérieuse « mer de cristal ». Car selon la vision de Jean, il fut le premier élu à se tenir près de cette indicible beauté de Marie, toute transparente de Dieu :

« Et je vis comme une mer de cristal mêlée de feu, et se tenant debout près de cette mer de cristal… ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom ! S’accompagnant sur les harpes de Dieu, ils chantaient le Cantique de Moïse et le Cantique de l’Agneau ! » (Ap 15,2-3)

Dans l’ascension d’une montagne, on parlera des premiers de cordée…  Mais dans le mystère du salut, Marie est la « première d’humilité » ! Elle en témoigne en son Magnificat : « Il a posé son regard sur l’humilité de sa servante. Oui, désormais, toutes les générations me proclameront bienheureuse, car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses, Saint est son Nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent… Il a élevé les humbles ! » (Lc 1,48-52).

Ainsi, toute sa beauté repose sur son humilité : « Marie a été très cachée dans sa vie : c’est pourquoi elle est appelée par le Saint-Esprit et l’Eglise « Alma Mater » : Mère cachée et secrète. Son humilité a été si profonde qu’elle n’a point eu sur la terre d’attrait plus puissant et plus continuel que de se cacher à elle-même et à toute créature, pour n’être connue que de Dieu seul !… Marie est le sanctuaire et le repos de la Sainte Trinité, où Dieu est plus magnifiquement et divinement qu’en aucun lieu de l’univers… Dieu le Père a fait un assemblage de toutes les eaux, qu’il nommé la mer ; il a fait un assemblage de toutes ses grâces, qu’il a appelé Marie[2] ! »

« Debout, près de cette mer de cristal ! » (Ap 15,2)

On peut donc deviner ici que derrière la beauté de la « mer de cristal » se cache la Mère transparente comme du cristal ! Car dès son Immaculée Conception, La Vierge Marie est déjà « toute belle » par l’Esprit de Dieu qui la traverse. La vision de Jean laisse deviner une puissante vérité théologique : « Je vis comme une mer de cristal mêlée de feu ! » Dans le langage secret des Ecritures dont le Saint-Esprit est le seul Auteur, ne peut-on entrevoir ici un des mystères phare de la Bible ? Cette « mer de cristal » ne renvoie-t-elle pas à la beauté cristalline de la Vierge ? Et si cette mer est « mêlée de feu », n’est-ce-pas parce que comme au jour de l’Annonciation l’ange Gabriel affirme : « L’Esprit-Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ! » (Lc 1,35) ? Car dans la conception de Jésus, tout s’opère par la puissance de l’Esprit à travers le « Fiat » de Marie. Et de même, nous aussi, dans notre grâce baptismale nous sommes engendrés à la vie de l’Esprit en Eglise par le « oui » secret de Marie… Nous touchons ici les fondements évangéliques les plus profonds qui légitiment la vie mariale : Marie est à la fois celle qui, dans l’Esprit, accueille le dessein de Dieu dans une plénitude unique et Celle qui, avec l’Esprit, donne la vie de Dieu aux enfants pécheurs pour que resplendisse en eux la beauté du Christ !

Pour le mieux saisir, il faut donc toujours revenir au mystère du « Verbe fait chair » (Jn 1,14) dans le sein de Marie : « Comme Il a aimé la Sainte Vierge ! Et, en retour, comme Il s’est livré à Elle dans une confiance sans mesure ! Faites de même ! Le premier acte de son Incarnation a été de se livrer à Marie… Ainsi, notre petitesse incline Marie vers nous. Mais que ce soit une petitesse vue, reconnue, acceptée, aimée, vécue car un enfant est d’autant plus à sa Mère qu’il est plus petit… Dans le Ciel, un jour, nous serons étonnés de voir et de savoir combien, au cours de notre humaine vie, Marie nous a été attentive, prévoyante, bienfaisante ! La miséricorde de Marie ne saurait s’épuiser[3]… »

On remarquera aussi que les élus sont « debout » et « près » de cette mer de cristal » (Ap 15,2) : « debout » comme la Vierge au pied de la Croix dont la foi la tient à la fois dressée et toute élancée vers son Fils souffrant… Elle seule savait au plus haut point que Dieu était crucifié : Elle contemplait son Fils et son Dieu en étant crucifiée avec lui en son Cœur indiciblement douloureux parce qu’Immaculé ! Plus l’amour est pur, plus la souffrance est extrême… et en regardant la douleur de la Femme, qui déjà nous échappe, on est au bord de l’abîme sans fond de la souffrance de l’Agneau immolé sur la Croix : vrai Dieu et vrai homme ! Et c’est pourquoi comme Jean et Marie-Madeleine, les élus sont « près » de cette « mer de cristal », tout « près » de la Femme des douleurs pour se tenir debout dans la foi. Et hier comme aujourd’hui, il n’y a pas d’autre choix et d’autre voie que se tenir tout « près d’Elle » (Jn 19,26) pour demeurer « debout » dans la foi et l’amour jusqu’au bout… Le Cœur Immaculé de Marie est notre « Refuge » et notre « Canal » vers la joie du Ciel !

Jean, l’Apôtre bien-aimé : « Tout près de Marie… »

L’Icône splendide de tendresse « écrite » par Marie-Jacinta se fonde sur cette première Icône inédite, mais aussi la renouvelle en beauté d’expression et de couleur, en élargissant aussi le champ de vision. En effet, la relation unique de Marie et Jean, où domine « le silence du regard », est située entre Ephèse et Patmos. Et cela donne un sens historique déterminant au mystère de leur « communion » en l’Eglise naissante… Certes, Jean l’Apôtre bien-aimé du Seigneur continue à évangéliser pour annoncer le salut du Sauveur, mais il le vit très différemment d’un Saint Paul : il est toujours celui qui est « tout contre Jésus » (Jn 13,23) et à qui Pierre demande d’intervenir auprès du Maître à l’annonce terrible de la trahison de Judas (Jn 13,25). En réalité, Jean « tout près de Marie » inaugure déjà l’Eglise contemplative qui va devenir le poumon secret et vivifiant de l’Eglise apostolique.

Et c’est ici qu’affleure une vérité fondamentale : « Marie est présente parmi les Apôtres comme l’âme de leur mission, à savoir le « oui » sans faille donné à l‘amour de Dieu qui sauve le monde… et cette Eglise des Apôtres est englobée dans une Eglise plus vaste, qui est le Peuple de Dieu, et spécialement dans cette « Eglise mariale », dans cette « Marie-Eglise », que symbolisent ces femmes réunies, avec Marie, au milieu des Apôtres (Ac 1,14). Ainsi dans l’Eglise, ce qui sera le plus décisif, ce ne sera pas d’exercer ou non tel ministère, de participer à tel ou tel rouage institutionnel. Le plus important sera toujours la sainteté, qui consiste à consentir au don de Dieu en glissant ton « oui » dans celui de la Vierge.

La présence de Marie parmi les Apôtres est donc riche de signification. Elle t’invite à penser que cette attitude mariale du « oui » donné sans réserve à Dieu est la mesure première de la fécondité de l’Eglise : presque personne ne sait qui était l’évêque de Thérèse de l’Enfant-Jésus… mais des millions de nos contemporains ont été touchés par la grâce de la Sainte de Lisieux ! La sainteté est plus décisive que le ministère épiscopal, même si celui-ci est indispensable. Il est plus important d’être saint que d’être laïc, consacré, diacre, prêtre, évêque ou pape. Marie est plus importante que Pierre, même s’il est un roc précieux pour ta foi[4]. »

 

 

[1] « Elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement ! » (Ap 12,2). Voir les Apparitions de Marie à Akita au Japon (1973), reconnues par l’Eglise, et qui témoignent tant des « larmes de Marie » !

[2] Saint Louis-Marie de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 2-5-23.

[3] Père Vayssière, o.p., Le Rosaire, Traditions Monastiques, 2018, p.18-19 et 23.

[4] Mgr Léonard, Le cœur de la foi chrétienne, Ed. de l’Emmanuel, 2003, p.70.




Méditation sur l’icône de « Marie, Refuge des derniers temps » (2) : quelques clefs d’entrée dans le livre de l’Apocalypse.

Ainsi, en prenant une certaine hauteur, on peut « proposer » quelques clefs d’entrée du livre prophétique de l’Apocalypse qui, redisons-le, est l’annonce d’une « Révélation » finale qui s’offre à notre intelligence de la foi. Il semble donc que trois visions fondamentales dominent le récit de l’Apôtre Jean :

1 – La vision préparatoire du Christ glorieux et les 7 Eglises : Ap 1 à Ap 3

D’abord cette annonce où la fraternelle douceur et la foi puissante de l’Apôtre bien-aimé se laisse deviner : « Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans l’épreuve, la royauté et la constance, en Jésus ! Je me trouvais dans l’île de Patmos à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus. Je tombai en extase, le Jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix clamer, comme une trompette : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre pour l’envoyer aux sept Eglises… » (Ap 1,9-11)

Et puis survient la vision éblouissante du « Fils de l’homme » : « Son visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat !… A sa vue, je tombai à ses pieds comme mort ; mais il posa sur moi sa main droite en disant : « Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant ; je fus mort et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clef de la Mort et de l’Hadès. Ecris donc ce que tu as vu : le présent et ce qui doit arriver plus tard… » (Ap 1,16-19). Car Il est l’Agneau qui va briser les sept sceaux (Ap 4 à Ap 8).

2 – La vision de la Femme et du Dragon :  Ap 12,1-17

Ce chapitre 12 est en quelque sorte le chapitre-Cœur : « l’un des plus centraux de L’Apocalypse, de par l’importance de son contenu. En regard des chapitres précédents ou suivants, il apparaît comme autonome, bien qu’il soit, bien sûr, inclus dans le contexte général. Il comporte une série d’images essentielles se rapportant aux destinées du monde[1]

En effet, tout commence par le « signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! » (Ap, 12,1). Cette « Femme » est à la fois Marie et l’Eglise liées à jamais pour engendrer le mystère du Christ dans l’humanité : « Elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement » face à « l’énorme Dragon rouge feu… qui s’apprête à dévorer son enfant… » (Ap 12,3-4). Mais l’Enfant-Dieu est vainqueur sur la Croix du salut et « Il fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône ! » (Ap 12,5) : Jean évoque ici le mystère de l’Ascension du Seigneur, d’une manière différente des Evangiles. Il garde le mot « enfant » comme si ce Mystère d’élévation était celui du plus « Petit » qui est resté jusqu’au bout sans défense : « L’Agneau de Dieu[2] ! » Telle est la victoire cachée de Jésus sur la Croix ! Car ici-bas, pas d’autre triomphe que l’amour blessé…

Une Femme enveloppée par le Soleil !

Ainsi, ce chapitre 12 fonde la foi en Jésus des enfants de Dieu à travers le mystère d’une « Femme » où se profile à la fois la Vierge et l’Eglise : « Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête !… » Cette Femme est d’abord « enveloppée par le soleil », c’est-à-dire transparente et rayonnante de la Lumière de l’Agneau, Soleil divin de la miséricorde infinie de Dieu ! En la Mère de Jésus s’accomplit en plénitude la victoire du Christ sur le péché et sur la mort : son Immaculée Conception en est le fruit suprême ! Et dans la foi, l’espérance, l’amour et l’humilité de Marie, « pleine de grâce » (Lc 1,28), l’Eglise marche dans la voie d’enfance mariale et espère cette sainteté qui, seule, ouvre les portes du Ciel par une victoire finale sur les ténèbres ! C’est pourquoi la Femme écrase la tête du Dragon car « la lune est sous ses pieds ». Et les « douze étoiles qui couronnent sa tête » (Ap 12,1) annoncent que sa victoire finale est inéluctable, confirmant la prophétie centrale de ses Apparitions à Fatima : « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! »

C’est ici que l’interprétation de l’Icône prend tout son sens : Jean a peu à peu découvert à travers l’édification de l’Eglise primitive que cette Eglise est en réalité déjà portée et protégée par la prière et l’intercession de Celle qui en est la Mère… Le Pape Saint Paul VI le confirme magnifiquement : « le signe grandiose que Saint Jean vit dans le ciel : une Femme enveloppée de soleil, la liturgie l’interprète, non sans fondement, comme se rapportant à la très Sainte Vierge Marie, Mère de tous les hommes par la grâce du Christ Rédempteur… et nous exhortons tous les fils de l’Eglise à renouveler personnellement leur propre consécration au Cœur Immaculé de la Mère de l’Eglise[3] ! »

En cette extrême fin des temps, il nous faut être plus que jamais enveloppés dans ce Cœur de la Mère par la fidélité au saint Rosaire, une vie sacramentelle intense et une attention fraternelle renouvelée par l’Esprit-Saint. Le « Voici ta Mère ! » du Sauveur (Jn 19,27) résonne aujourd’hui à la puissance mille pour traverser en sécurité l’incendie mondial du péché normalisé : La déchéance post-moderne nous soumet à la déferlante du Mal où l’humanité devient du consommable à tous les âges et à toutes les étapes de la société ! Mais si nous nous tournons chaque jour vers Marie par le Rosaire, ce sera un 13 mai permanent[4] ! Nous permettrons à la Vierge d’étendre sur nos vies « sa main protectrice » qui arrêtera toutes les balles mortelles d’une civilisation décadente dominée par le pouvoir transitoire de la Bête[5]

La Femme s’envole au Refuge du désert…

C’est ici que le chapitre 12 de l’Apocalypse insiste par deux fois sur la fuite au désert : « La Femme s’enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours. » (Ap 12,6). Et plus loin, cet autre passage encore plus explicite : « Le Dragon se lança à la poursuite de la Femme, la Mère de l’Enfant-mâle. Mais elle reçut les deux ailes du grand Aigle pour voler au désert jusqu’au Refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie, un temps et des temps et la moitié d’un temps. » (Ap 12,13-14). Ainsi, le mystère du désert si présent dans la Bible est autant le lieu de l’intimité avec Dieu (Ex 19,1-25) que le lieu de l’épreuve ! (Ex 32,1-35). Mais ici, on est plus proche de l’expérience d’Elie au torrent de Kérith, où Dieu veille sur la sécurité et la nourriture du Père des prophètes. (1 R 17,1-6). Il se manifestera à lui plus tard à l’Horeb dans la « brise légère » (1 R 19,1-14) où l’on peut deviner le « passage » de l’Esprit Saint !

Alors, comment ne pas penser ici à la fuite de Marie, protégée par Jean, vers les hauteurs d’Ephèse[6] ? Elle est déjà le mystère de la Femme, « Refuge » de la bienveillance de Dieu pour l’Eglise, car « au désert, Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie… » (Ap 12,14). Alors, en faisant un bond vers la fin des temps, on voit combien le Cœur de Marie est devenu ce « Refuge » comme Elle l’affirme clairement à Lucie de Fatima : « Ne te décourage pas, je ne t’abandonnerai jamais ! Mon Cœur Immaculé sera ton Refuge et le Chemin qui te conduira jusqu’à Dieu[7]… » Cette Parole de la Vierge révèle la tendresse sans fond de son Cœur pour chacun de nous à travers le mystère de l’Eglise. Car rien n’arrête l’élan maternel de son Cœur Immaculé : ni nos péchés répétés ou les horreurs de nos vies, ni notre orgueil caché à nos yeux aveugles, ni la dureté de nos cœurs : nous pourrions être sur le chemin de l’Enfer éternel, loin de Dieu et révoltés contre tout !… Si nous crions « Marie » comme notre ultime espoir ! Elle viendra vers nous et nous enveloppera de sa tendresse ! Elle nous sauvera de la désespérance car c’est le sens perpétuel de ses Apparitions : être proche de nous à chaque instant car Son Cœur est l’ultime Refuge !

Marie est la sécurité des humbles !

On peut tous se reprocher d’avoir si souvent tourné le dos à la miséricorde de Jésus et la tendresse de Marie. Mais qui comprendra l’inépuisable patience et douceur de notre Mère envoyée par Jésus ? Un seul cri d’enfant « perdu » vers Elle et Elle vient ! La folle bonté de son Cœur est inimaginable ! Et nous n’épuiserons jamais l’immense abîme de ses entrailles qui s’est ouvert au pied de la Croix par la Parole du Verbe fait chair… Ce mystère s’adresse désormais à chacun de nous[8] : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27). Sa maternelle douceur est insondable : Dieu seul la connaît ! Elle nous est pourtant offerte à chaque instant…

Il nous est donc urgent d’ouvrir la porte de la « sécurité des humbles ».  Certes, nous sommes encore faibles et nul n’est à l’abri de tomber. Mais si nous faisons confiance à la Vierge, elle nous évitera les chutes fatales d’un ennemi principal caché en nous : cet orgueil qui nous pousse à désespérer en refusant les bras de la Miséricorde. Regardons l’Evangile en vérité : « Pierre et Paul sont les colonnes de l’Eglise ; l’un a trahi, l’autre a persécuté… mais il y a une seule catégorie de gens préservés de ce danger, ce sont ceux qui ressemblent à la Sainte Vierge par leur innocence et leur humilité. S’ils évitent les catastrophes, c’est justement parce qu’ils sont convaincus d’être capables du pire par eux-mêmes, alors ils s’enfoncent dans la petitesse des enfants avec une telle profondeur que Dieu les tient à l’abri dans le creux du rocher… C’est la sécurité des humbles, des gens qui ne se croient pas plus fort que la tempête[9]… »

3 – La Jérusalem céleste et le Fleuve de cristal : Apocalypse 21 et 22

A suivre…

 

 

[1] Serge Boulgakov, L’Apocalypse de Jean, Parole et silence, 2014, p.107.

[2] Dans le livre de l’Apocalypse, le mot « Agneau » revient une trentaine de fois.

[3] Saint Paul VI, Exhortation apostolique Signum Magnum, Sur la vénération et l’imitation de Marie, 13 mai 1967.

[4] 13 mai 1981 : Jour de l’attentat contre Jean-Paul II où la main de Marie l’a protégé…

[5] Dans le livre de l’Apocalypse, la Bête reçoit son pouvoir du Dragon (Ap 13,1-10). En gardant la prudence dans l’interprétation de ce livre mystérieux mais offert à notre « intelligence de la foi », il faut relire et méditer régulièrement les chapitres 12-13 et 14 pour mieux saisir l’extrême fin des temps dangereuse où nous entrons… En référence à Ap 12,7-12, confions-nous chaque jour à la protection de Saint Michel Archange : « Prince de la Milice céleste, Vainqueur de Satan, Terreur des démons et Gardien de l’Eglise ! » (Litanies de St Michel) ainsi qu’à nos saints Anges gardiens…

[6] Pour en savoir plus à ce sujet, voir le livre : La Maison de Marie à Ephèse, Extraits du journal du Père Eugène Poulin, Pierre Tequi éditeur, 2006.

[7] Fatima, 2° Apparition, 13 juin 1917.

[8] « Le contexte scripturaire et le caractère singulier de l’appellation « Femme » semblent indiquer que l’Evangéliste voit ici un acte qui dépasse la simple piété filiale : la proclamation de la maternité spirituelle de Marie, nouvelle Eve, à l’égard des croyants représentés par le disciple bien-aimé. » (Note de la Bible de Jérusalem, Edition 1973 – 1991).

[9] Marie-Dominique Molinié, Qui comprendra le Cœur de Dieu, Saint Paul, 1994, p.89-90.




Méditation sur l’icône de « Marie, Refuge des derniers temps » (1)

Introduction

L’Icône de la Mère de Dieu du « Refuge » écrite par Marie-Jacinta s’inspire d’une iconographie très rare qui représente la Mère de Dieu confiée à l’Apôtre Jean après la mort de Jésus comme le relate le Saint Evangile :

« Près de la Croix de Jésus se tenait sa Mère… Voyant sa Mère, et près d’elle le disciple qu’Il aimait, Jésus dit à sa Mère : « Femme, voici ton Fils ! » Puis Il dit au disciple : « Voici ta Mère ! » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui… » (Jn 19,25-27).

Par les paroles créatrices du Verbe fait chair (Jn 1,14), le mystère de la Mère de Dieu s’ouvre sur un autre, non moins bouleversant : Elle devient à travers Jean, son premier enfant, la « Mère des hommes »… cela ouvre un immense horizon, même si elle l’a vécu ensuite dans le silence de l’humilité priante sur les hauteurs d’Ephèse : La Vierge Marie est devenue ma Mère ! Cela se dessinait déjà à sa « Visitation » où Elisabeth a cette parole prophétique qui laisse deviner sa future mission universelle : « Et comment m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Cette parole révèle la tendresse que notre Mère aura pour moi et chaque enfant de Dieu comme elle le laisse aussi deviner dans son Magnificat : « désormais, toutes les générations me diront bienheureuse, car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses… sa miséricorde s’étend d’âge en âge ! » (Lc 1,48-50).

Il faut à l’évidence bien saisir ici que « depuis le temps où le disciple la prit « chez lui », le mystère de la maternité spirituelle de Marie a eu son accomplissement dans l’histoire avec une ampleur sans limites… car lorsque Jésus dit sur la Croix : « Femme, voici ton fils ! », il ouvrit d’une manière toute nouvelle le Cœur de sa Mère… Marie est Mère de tous les hommes et son empressement pour la vie de l’homme est de portée universelle[1]… Elle est « l’Omnipotentia supplex » : la toute-puissance suppliante et la prière de l’Eglise est comme « portée » par la prière de Marie[2] ! »

Ainsi, dans l’Icône initiale qui a inspiré Marie-Jacinta, la sagesse iconographique a voulu évoquer l’événement devenu comme intemporel où « la Vierge et Saint Jean l’Evangéliste sont représentés comme s’ils étaient encore au pied de la Croix et écoutaient les dernières paroles de Jésus… Jean est légèrement incliné vers la Vierge, mais il regarde le spectateur, comme s’il voulait l’associer à la lourde responsabilité qui pèse sur lui : accueillir chez lui la Théotokos, la Mère de Dieu[3]… »

L’inspiration de l’Icône « écrite » par Marie-Jacinta est née d’un vécu : le mystère de la relation unique entre la Théotokos et Jean contemplé à travers ces lieux chargés de sens prophétique et de lumineuse beauté que sont Ephèse et Patmos… Là, inoubliable contemplation silencieuse de ces paysages d’une splendeur presque intemporelle où les regards de la Vierge et de Jean se sont longuement posés, et si souvent croisés de près ou de loin… Là, une partie de nos cœurs est restée et nous inspire toujours dans notre vécu quotidien où domine le silence.

Et si la prière habite le cœur, on découvre en ces lieux l’humble Présence de la Mère au Cœur immense : Celle qui a enfanté Jean à la contemplation de la fin des temps qui résonne en son Apocalypse[4] ! N’est-il pas le livre biblique le plus mystérieux et le plus troublant ? L’écrit final sacré qui vient clore toute la Bible ? C’est ici qu’Il faut entrer dans le sens premier de « l’Apocalypse » qui signifie « Révélation[5] » en n’oubliant jamais que cette Révélation se déploie dans les sinuosités troublantes de l’histoire. C’est sans doute pourquoi, dès le prologue, l’Apôtre Jean commence par une « béatitude[6] » qui nous invite à l’espérance : « Heureux celui qui lit ce livre et écoute les paroles de la prophétie en les gardant, car le temps est proche ! » (Ap 1,3).

 

 

[1] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[2] Saint Jean-Paul II, Lettre sur le Rosaire, n°16.

[3] Alfredo Tradigo, Icônes et Saints d’Orient, La Mère de Dieu du Refuge, Ed. Hazan, 2005, p. 209.

[4] C’est vers 95 qu’apparaît le livre de l’Apocalypse, premier écrit sacré de Jean alors qu’il est encore captif à l’île de Patmos. On situe son Evangile et ses Epîtres vers 96-98. La mort de Jean advient au début du Règne de l’Empereur romain Trajan vers 98-100.

[5] Du grec apocalypsis, action d’enlever (apo : « loin de ») ce qui cache (kalyptô, « cacher ») : « révélation » dont l’Esprit gratifie tel ou tel croyant.

[6] C’est la première des 7 béatitudes de l’Apocalypse : 14,13 / 16,15 / 19,9 / 20,6 / 22,7 et 14.




Méditation sur l’icône de « Marie, Refuge des derniers temps » : introduction

Paix à vous, frères et sœurs bien-aimés !

En ce jour béni de la « Nativité de notre Mère », nous vous partageons avec grande joie notre introduction sur l’Icône de « Marie, Refuge des derniers temps ! » Cette Fête mariale est une merveilleuse opportunité de vous partager le cœur de notre « Charisme marial » dans le mystère de l’Eglise…

A travers cette méditation, nous vous présenterons ce que nous portons et vivons jour après jour dans le silence et la paix du Cœur Immaculé de Marie, « notre doux Refuge des derniers temps ! » Et pour mieux le découvrir et l’assimiler, nous vous proposerons chaque semaine une partie relativement courte à lire et méditer… nous espérons ainsi pour vous une approche plus légère et féconde pour fortifier nos cœurs !

Ceci dit, après cette méditation de quelques semaines, l’ensemble du « livre de vie de la Communion des Refuges » (dont la méditation sur l’icône est la seconde partie) sera disponible bientôt dans son intégralité, et vous pourrez le retrouver sur notre site pour le télécharger ou nous le commander en livre par envoi postal.

Vous découvrirez aussi qu’il vous est « possible » de faire un « engagement spirituel marial » en étant fidèle chaque jour au « chapelet » ou au « Rosaire » et en priant chaque samedi « le Chapelet des Refuges du Cœur Immaculé de Marie » reçu tout spécialement de l’Esprit pour fortifier notre « Communion mariale »…

Nous vous redisons notre Communion dans la joie de cette « Annonciation » ! Par la force et la douceur du Rosaire, nous vous souhaitons à tous de « demeurer » humbles et forts dans le Cœur Immaculé de Marie, notre « Arche des derniers temps » !

+ Marie-Mickaël et Marie+Jacinta

 

Méditation sur l’icône de Marie Refuge des derniers temps

Le mystère de la relation silencieuse entre la Mère de Dieu et Jean, l’Apôtre bien-aimé de Jésus, d’Ephèse à Patmos…

« Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui… » Jn 19,25-27 

« Elle reçut les deux ailes du grand Aigle pour voler au désert jusqu’au Refuge… » Ap. 12,13

 
Préambule

 

« Voici ta Mère !… Le Soleil l’enveloppe ! » Jn 19,27 / Ap 12,1

La Parole de Dieu dans l’Apocalypse de Jean, reçue dans la Tradition de l’Eglise, atteste que cette Femme « enveloppée » de la Lumière fulgurante du Christ est « Notre Mère » : Celle que le Sauveur nous a donnée du haut de la Croix à travers son Apôtre bien-aimé ! Et cette relation étonnante que Jean établit entre la Femme au cœur blessé et la Femme au rayonnement éternel est une des caractéristiques majeures de son Apocalypse (Ap 12, 1-2).  Aussi, il nous faut revenir plus souvent au « mystère éternel de Marie, à savoir sa vie actuelle, là-haut, dans le Ciel, au sein de la Trinité… Notre attention va souvent aux mystères de sa vie passée… Mais le grand mystère actuel de son union à Dieu, de son action dans l’Eglise, on y pense moins. Et cependant, c’est le plus essentiel… Pensez souvent que, du haut du Ciel, le regard de Marie, à tout instant, se pose sur vous. Pensez que son Cœur vous aime et que sa main vous conduit… La joie de Marie est de trouver une âme qui se livre pleinement à son action maternelle[1] ! »

Cette Icône « écrite » par Marie-Jacinta et la méditation qui va suivre expriment notre appel « marial caché » au cœur de ce monde actuel dont le proche avenir est en grand danger : nous sommes arrivés au bord d’un abîme où toute une civilisation est en train de s’effondrer ! Il faut à la fois « supplier » pour que tombe à genoux cette Babylone actuelle avec son horreur transhumaine… mais il faut aussi s’en « séparer » comme de nouveaux « Noés » en construisant chaque jour notre « Arche mariale » par le saint Rosaire !… Les paroles du Seigneur nous y invitent :

« Satan hait le Rosaire qui le détruit. C’est la plus puissante des prières car nul ennemi ne peut résister à la fronde dont Marie arme ses fidèles : l’invincible Rosaire !… Car le Rosaire est l’Arche de sauvetage de la création comme au temps de Noé ! Par le Rosaire, vous sauverez le monde de la destruction programmée de l’humanité[2] ! »

A travers cette Icône de Marie et Jean qui nous situe à Ephèse et Patmos, nous voulons « dire » nos racines spirituelles et géographiques où se manifestent notre « appel » profond… il est vécu comme « cachés » au cœur du monde actuel. Et par cette méditation qui va suivre, nous désirons mieux préciser « l’Appel » contemplatif qui résonne en nos cœurs : ce « charisme » silencieux et solitaire, marial et johannique qui fonde et oriente notre vie. Car cette relation « unique » entre Marie et Jean inspire au plus haut point notre vécu de chaque jour au Cœur de l’Eglise… et ceux et celles qui en sentent « avec nous » l’appel seront attirés de vivre cette voie silencieuse mariale : dans la simplicité du quotidien, ils seront « enfouis » dans le Cœur de la Mère…

 

Le Cœur de Marie au cœur de l’Eglise…

C’est ici qu’il est bon d’écouter avec attention une des plus belles intuitions de notre si chère petite Thérèse. N’est-ce pas d’ailleurs en partie pour ces paroles de génie qu’elle est « Docteur de l’Eglise[3] » ? Dans notre appel marial, l’intuition majeure de Thérèse sur sa place dans l’Eglise nous éclaire grandement… et il faudra souvent « relire » ces paroles de feu :

« Je comprends si bien qu’il n’y a que l’amour qui puisse nous rendre agréables au Bon Dieu que cet amour est le seul bien que j’ambitionne. Jésus se plaît à me montrer l’unique chemin qui conduit à cette fournaise Divine… ce chemin, c’est l’abandon du petit enfant qui s’endort sans crainte dans les bras de son Père[4]… « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi » a dit l’Esprit Saint (Pr 9, 4) par la bouche de Salomon et ce même Esprit d’Amour a dit encore que « La miséricorde est accordée aux petits ! » (Sg 6,7)

Ah ! Si toutes les âmes faibles et imparfaites sentaient ce que sent la plus petite de toutes les âmes, l’âme de votre petite Thérèse, pas une seule ne désespérerait d’arriver au sommet de la montagne de l’amour, puisque Jésus ne demande pas de grandes actions, mais seulement l’abandon et la reconnaissance…

La Charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l’Eglise avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne manquait pas… Je compris que l’Eglise avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’Amour. Je compris que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Eglise, que si l’Amour venait à s’éteindre, les Apôtres n’annonceraient plus l’Evangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang… Je compris que l’Amour renfermait toutes les Vocations, que l’Amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux… en un mot, qu’il est Eternel !… Alors, dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : O Jésus mon Amour… ma vocation, enfin, je l’ai trouvée, ma vocation c’est l’Amour !…

Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Eglise, et cette place, O mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée… dans le Cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour… ainsi je serai tout… ainsi mon rêve sera réalisé[5] ! »

Derrière sa fulgurante et si juste intuition, Thérèse nous ouvre à la plénitude du mystère de l’Eglise… Et comment ne pas pressentir ici en filigrane « la Présence cachée » mais si évidente de la Mère de l’Eglise ? Et comment aussi ne pas oser « lire » derrière l’intuition géniale de Thérèse le rayonnement si discret et si puissant de la Vierge ? Car en disant à Jean : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27), on ne peut oublier que le Christ lui-même a lié pour toujours l’Eglise à la Mère de l’Eglise ! Alors, oui, derrière le génie des paroles de Thérèse, on peut accéder à leur plénitude cachée : « Dans le Cœur de Marie, ma Mère : je serai l’Amour au cœur de l’Eglise ! » Cet Amour avec un grand « A » n’est autre que le Saint Esprit… Il nous fait être l’amour au Cœur de l’Eglise à travers le membre le plus achevé de l’Eglise qu’est la Sainte Vierge…

Le merveilleux et rigoureux théologien qu’a été le Cardinal Ratzinger, devenu le Pape Benoît XVI, en témoigne magnifiquement dans des lignes d’une grande densité biblique et théologique :

« Dans l’union avec le Christ, la Vierge Marie, tant aimée et vénérée nous précède et nous guide. En Elle, nous rencontrons, pure et sans défaut, la véritable essence de l’Eglise et ainsi, à travers elle, nous apprenons à connaître et à aimer le mystère de l’Eglise qui vit dans l’histoire, nous sentons plus profondément que nous en faisons partie, nous devenons à notre tour des « âmes ecclésiales », nous apprenons à résister à cette « sécularisation intérieure » qui menace l’Eglise de notre temps…

Tout dans l’Eglise, chaque institution et ministère, y compris celui de Pierre et de ses successeurs, est « enveloppé » par le manteau de la Vierge, dans l’espace rempli de grâce de son « oui » à la volonté de Dieu…

Jamais la véritable dévotion mariale ne dissimule ni ne diminue la foi et l’amour pour Jésus-Christ notre Sauveur, unique médiateur entre Dieu et les hommes. Au contraire, se confier à la Vierge représente une voie privilégiée, vécue par de nombreux saints, pour se placer à la suite du Seigneur de façon plus fidèle. Confions-nous donc à elle dans un filial abandon[6] ! »

Le combat final entre la Femme et le Dragon !

Oui, confions-nous à Marie dans « un filial abandon » car Elle est aujourd’hui plus que jamais « le doux Refuge » des derniers temps ! Et face à la domination de plus en plus mondialiste et transhumaine de Satan, nous avons un rendez-vous « urgent » dans l’Arche protectrice du Cœur Immaculé de notre Mère : là, nous serons fidèles chaque jour à prier le chapelet, mieux le Rosaire, pour tenir humbles et debout dans la foi et les sacrements.

Dans cette accélération inouïe de la fin des temps et face aux événements déconcertants de la planète, nous devenons le terrain de jeu des manipulations mondialistes par une oppression médiatique et sociétale quotidienne ; il nous faut donc arrêter de « subir » cette idéologie de masse pour devenir de vrais « résistants » face aux « décideurs » de la voie unique qui veulent l’imposer à toute la planète : par le mirage d’une société « transhumaine » où tout devient possible, ils asservissent peu à peu l’humanité actuelle à la domination de l’intelligence artificielle[7]… et là, plus que jamais, le Dragon infernal veut détourner l’homme de sa vocation éternelle au vrai bonheur « jaillissant » du Cœur ouvert de Jésus sur la Croix ! (Jn 19,34-37). En réalité, le Père du mensonge s’attaque ici, par des chemins détournés, à cet appel « universel » à la sainteté que lance le Seigneur à chaque enfant de Dieu !

On est arrivé là au point majeur de l’histoire humaine et au cœur de tous les combats autour de ce qui fait « la vocation profonde de l’Eglise[8] » : c’est là qu’apparaît cette « Femme enveloppée de soleil » dans le chapitre central de l’Apocalypse (Ap 12,1-17). Face au « Dragon rouge-feu », Jean a vu la Mère de l’Enfant Sauveur, toute transparente de la beauté de Dieu ! Et cette « Femme-Eglise », née du Cœur ouvert de Jésus sur la Croix, Marie la porte en son sein pour l’enfanter jour après jour à la lumière et la joie d’en-haut… Un Saint Louis-Marie de Montfort a là-dessus des paroles étonnantes :

« Le Saint-Esprit ayant épousé Marie, ayant produit en elle, et par elle, et d’elle, Jésus-Christ, ce chef-d’œuvre, le Verbe incarné… il continue à produire tous les jours en elle et par elle, d’une manière mystérieuse mais véritable, les prédestinés…

Saint Augustin, se surpassant soi-même et tout ce que je viens de dire, dit que tous les prédestinés, pour être conformes à l’image du Fils de Dieu, sont en ce monde cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris, entretenus et agrandis par cette bonne Mère, jusqu’à ce qu’elle les enfante à la gloire, après la mort, qui est proprement le jour de leur naissance[9] ! »

Dans la tendresse de Marie qui se manifeste comme jamais, nous vous invitons à méditer régulièrement notre « Livre de vie pour les derniers temps. » A travers le silence du cœur, l’Esprit vous aidera à discerner si vous sentez « l’appel » d’entrer dans la « Communion des Refuges du Cœur Immaculé »… Cela consiste d’abord à être fidèles à notre vie baptismale à travers la pratique vivante et régulière des sacrements ; à porter notre monde actuel en danger extrême par la fidélité quotidienne au Chapelet ou au Rosaire ; à vivre de cet amour de Jésus, doux et humble de Cœur (Mt 11,28-29), qui nous rend attentifs et disponibles à ceux qui vivent autour de nous ; à rayonner de cette tendresse silencieuse du Regard et du Cœur de Marie (Lc 2,19) où que nous soyons… Ainsi, dans nos lieux de vie, de travail ou de détente, nous deviendrons peu à peu des « Rosaires vivants » qui, humbles et cachés, ne cessent de « supplier » pour le monde à travers le Cœur Immaculé et Douloureux de Marie… (Ap 12,1-2).

Enfin, chaque samedi, vous recevez nos nouvelles « mariales » via notre site internet[10] pour fortifier votre vie de foi et de prière… et aussi, parfois, d’autres informations pour nous tenir « éveillés » des évolutions de notre monde et de sa culture. Vous pouvez également nous confier via le site ou par mail vos « intentions de prière » que nous porterons particulièrement chaque samedi au « Chapelet des Refuges du Cœur Immaculé de Marie[11] » et aussi au 3° chapelet des mystères glorieux le samedi soir.

Ainsi, frères et sœurs bien-aimés en Jésus et Marie, demeurons fermes dans cette joie de la foi et cette force de l’espérance qui ne viennent que de Dieu seul ! Et préparons-nous à « l’Avertissement » en écoutant les avertissements du Seigneur dans l’Apocalypse de Saint Jean : « Ne tiens pas secrètes les paroles prophétiques de ce livre, car le Temps est proche ! Que le pécheur pèche encore, et que l’homme souillé se souille encore ; que l’homme de bien vive encore dans le bien, et que le saint se sanctifie encore. Voici que mon retour est proche !… Je suis l’Alpha et l’Oméga !… le Principe et la Fin ! » (Ap 22,10-13)

+ Marie-Mickaël et Marie+Jacinta

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[1] Père Vayssières, o.p., Le Rosaire, Traditions monastiques, 2018, p. 95-96 et 30.

[2] Messages de Jésus à Maryam, Le Rosaire – L’arme pour sauver la France et le monde, Parvis, 2018, p. 22 et 43.

[3] Saint Jean-Paul II a proclamé Sainte Thérèse de Lisieux « Docteur de l’Eglise » le 19 octobre 1997, à Rome. Ainsi, Thérèse est devenue le 36ème Docteur de l’Eglise et la troisième femme à recevoir ce titre, après Sainte Thérèse d’Avila et Sainte Catherine de Sienne.

[4] Et de sa Mère ! D’ailleurs, Thérèse cite plus loin ce passage significatif d’Isaïe, que la liturgie attribue souvent à Marie, et qui laisse deviner une tendresse maternelle : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous caresserai sur mes genoux ! » (Is 66,12-13).

[5] Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, Manuscrit B, Cerf – DDB, 1992, p. 220 et 226.

[6] Benoît XVI, Méditations sur Marie, discours 2006, Salvator 2007, p. 63-64 et 69.

[7] Un des pères fondateurs de l’IA (intelligence artificielle), Geoffrey Hinton, a dit « regretter les travaux qu’il a réalisé, face à la menace actuelle. » Il a ensuite précisé : « Il est temps de s’inquiéter !… Les avancées de l’IA induisent de profonds risques pour la société et l’humanité. » (10 mai 2023). De même, l’avertissement de 350 chercheurs du secteur aux Etats-Unis : « Limiter le risque d’extinction lié à l’intelligence artificielle doit être une priorité mondiale, aux côtés d’autres risques à l’échelle de la société tels que les pandémies et la guerre nucléaire ! » (31 mai 2023).

[8] Concile Vatican II, Lumen gentium, 51.

[9] Le secret de Marie, n° 13 et le traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 33.

[10] https://refugesdemarie.fr/  Abonnez-vous pour recevoir chaque semaine le mail récapitulatif des articles de la semaine.

[11] Consultez sur notre blog le texte de ce « chapelet des Refuges du Cœur Immaculé » que vous pouvez prier en communion avec nous : https://refugesdemarie.fr/index.php/2023/05/10/le-chapelet-des-refuges-du-coeur-immacule-de-marie/

 




Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie : 15 août 2023

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Luc : 1,39-56

Méditation évangélique mariale  

                  « La Sainte Vierge m’a protégée, même quand je ne la connaissais pas…

                      Même au fond du découragement et de la tristesse, quand j’étais esclave,

                  je n’ai jamais désespéré, parce que je sentais en moi une force mystérieuse… »

                                                                                          Sainte Joséphine Bakhita

 

          Avant d’approcher quelque peu ce mystère immense de joie et d’espérance qu’est pour l’Eglise l’Assomption de la très Sainte Vierge, il est éclairant de le situer au niveau historique, pour la France en particulier. En effet, en 1637, le Roi Louis XIII, sans héritier après 20 ans de mariage avec Anne d’Autriche, fait une démarche de foi audacieuse : il demande à ses sujets de faire le 15 août, dans chaque paroisse, une procession afin d’avoir un fils. Il est exaucé puisque naît le 5 septembre 1638 le futur « Roi-soleil » Louis XIV. En signe de reconnaissance, il décide alors de consacrer la France à la Vierge Marie en la prenant comme Protectrice et Patronne du Royaume : chaque année, le jour de la fête de l’Assomption, on fera donc dans chaque église « mémoire » de la consécration de la France à Marie à la grand-Messe, puis également par une procession solennelle après les vêpres. L’Edit est enregistré par le Parlement.

          Ainsi, le 15 août est Fête nationale depuis 1638. Cette reconnaissance par l’autorité royale sera confirmée par le Pape Pie XI lorsqu’il a proclamé la Sainte Vierge Patronne principale de la France le 2 mars 1922. C’est dire que l’acte de foi historique de Louis XIII place l’histoire de la France sous la vigilance maternelle puissante de Notre Dame. Elle veille sur son pays chéri et il ne faut pas l’oublier dans la terrible décadence actuelle. Le triomphe du « Cœur Immaculé » de Marie annoncé à Fatima s’opérera tout spécialement en France quand on croira que tout est perdu ! Le mystère de la miséricorde du Christ à travers la victoire de sa Mère surprendra autant ses élus que ses ennemis…

         On ne comprend rien à l’histoire souvent déroutante des peuples si l’on ne regarde avec foi le mystère central de la Crucifixion et de la Résurrection de Jésus-Christ qui, seul, donne sens à « toute l’histoire » ! On est « hors contexte » historique si l’on n’accueille et n’écoute la Sainte Vierge à travers ses « venues » sur la terre : Elle vient nous « réveiller » d’une foi faussement tranquille qui, souvent, a perdu l’urgence eschatologique des Evangiles ! Seule, cette foi vive nous tient « éveillés » comme l’étaient les premiers chrétiens dans la charité fraternelle et l’attente imminente du retour de Jésus… Un des grands risques de l’Eglise actuelle est qu’elle devienne de plus en plus une sorte d’ONG dont la voix répercute plus les priorités mondialistes que l’urgence du salut en Jésus-Christ ! Il est la seule « Espérance » pour l’avenir du monde et Saint Pierre nous prévient de la soudaineté de son retour : « Le Seigneur use de patience envers vous, ne voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir… Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur ! » (2 P 3,9-10). Alors, n’oublions jamais sa parole qui devrait nous bousculer chaque matin : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18,8).

         Dans la richesse des textes de la Solennité d’aujourd’hui, une expression biblique vient nous ouvrir une porte incontournable au mystère profond de l’Assomption. Dans le psaume, il est fait mention « d’une dame, sous les ors d’Ophir » à qui il est dit : « le Roi sera séduit par ta beauté ! » (Ps 44,10-12). Au-delà de l’aspect physique radieux de la bien-aimée ; on peut avancer qu’il s’agit surtout d’une beauté intérieure comme le mentionne le Cantique des cantiques : « Tu es toute belle, ma bien-aimée et sans tache aucune ! » (Ct 4,7). La liturgie applique d’ailleurs ce verset à l’Immaculée Conception de la Vierge. Mais ce qui saisit le regard de Dieu dans la beauté de Marie, c’est l’humilité sans fond de sa foi ! Car, mystérieusement, son absolue petitesse génère un amour fort qui la fera suivre son Fils jusqu’à la folie de la Croix… et son Assomption s’inscrit dans le même mouvement d’un amour sans limites : la bien-aimée est inséparable de son Bien-aimé !

         Celle que l’Esprit élève au jour béni de son Assomption n’a cessé toute sa vie de se cacher « à l’ombre de la puissance du Très-Haut… » (Lc 1,35). Et c’est pourquoi Elle est bien cette « Femme enveloppée de soleil ! » (Ap 12,1). Enveloppée parce que le Soleil est né d’Elle sur la terre : Elle est Mère de Dieu ! Et c’est pourquoi au jour de l’Annonciation, « il y a en la Vierge une descente de l’Esprit qui dépasse tout ce que les saints pourront jamais connaître, parce que c’était pour la proportionner à une tâche unique au monde[1] ! » En effet, quand le Sauveur crucifié élargit le Cœur de sa Mère aux dimensions de toute l’humanité par sa Parole créatrice (Jn 19,26-27), il la fait entrer dans une mission universelle inédite où elle devient la Mère de tout homme et de tous les hommes ! Ce qui fera dire à Saint Thomas d’Aquin : « Post esse Deum, esse Matrem Dei » – « Après être Dieu, être Mère de Dieu ! »

          Il nous est donné « aujourd’hui » comme jamais ce mystère de tendresse de la Mère de l’Eglise pour en vivre en plénitude : savoir s’abandonner entre ses mains de tendresse à l’imitation de Jésus qui s’est fait tout petit en son sein maternel… C’est là que nous pouvons trouver en toutes circonstances la protection et la paix de « la Femme » splendide et puissante car « la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ! » (Ap 12,1). Nous avons encore tant à grandir dans cette tendre et intime connaissance vis-à-vis de notre Mère du Ciel. Nous n’avons que si peu découvert sa constante Présence à nos côtés… car « nous ne pensons pas assez au mystère éternel de Marie, à sa vie actuelle, là-haut, dans le Ciel, au sein de la Trinité. Notre attention va souvent aux mystères de sa vie passée… mais le grand mystère actuel de son union à Dieu, de son action dans l’Eglise, on y pense moins. Et cependant, c’est le plus essentiel… Pensez souvent que, du haut du Ciel, le regard de Marie, à tout instant, se pose sur vous. Pensez que son Cœur vous aime et que sa main vous conduit : Marie n’est pas seulement une voie, c’est La voie par excellence [2]! »

          En ces derniers temps redoutables, la « Femme » nous protège face aux horreurs du « Dragon rouge feu » (Ap 12,3) qui déploie son enfer sur la terre avec duplicité… où les lois et les dépravations les plus affreuses se « normalisent » et isolent les résistances du bien. Alors, pour fortifier notre espérance, il nous faut plus que jamais en cette Solennité de l’Assomption contempler la beauté de Marie et reprendre notre chapelet pour expérimenter sa maternelle proximité. Et en priant fidèlement chaque jour son Rosaire, on lui permet d’établir nos âmes et nos vies dans le « Refuge » invincible de son Cœur Immaculé où nous chantons déjà son « Triomphe » qui est proche !

 

                                                                                                                  + M-Mickaël

[1] Cardinal Charles Journet, Entretiens sur Marie, Parole et silence, 2001, p.72.

[2] Père Vayssière, o.p., Le Rosaire, Traditions monastiques, 2018, p.99-100.




Méditation évangélique pour la Solennité de St Pierre et St Paul

Solennité de Saint Pierre et de Saint Paul  

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu : 16,13-19

Méditation Evangélique Mariale 

         

« Quand Paul aura ouvert les cœurs en prêchant, Pierre ouvre aux âmes le Royaume des cieux…

Tous deux ont reçu des clefs des mains du Seigneur,

Clef de la connaissance pour l’un, clef du pouvoir pour l’autre… »

Saint Maxime de Turin (vers 420)

Sermon, PL 57,403-404

 

         Césarée de Philippe est située dans le nord d’Israël, au pied de l’Hermon. C’est près de cette ville, aux sources du Jourdain, que Jésus effectue auprès de ses disciples une sorte de sondage évangélique sur son identité : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » (Mt 16,13). De fait, c’est un dialogue qui commence par le « dire » des foules sur Jésus, mais qui va aboutir à cette question beaucoup plus personnelle et profonde : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » (Mt 16,15). Cette question directe vient « sonder » l’intelligence du cœur de chacun… elle implique une réponse nette et précise sur l’identité de Jésus. C’est là que Pierre proclame :

        « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant ! » (Mt 16,16)

         C’est ici la racine unique où l’acte de foi de Pierre fonde La foi de l’Eglise en Jésus-Christ. A travers merveilles et épreuves, cette foi traversera les siècles jusqu’à aujourd’hui où les « signes » nous sont donnés pour entrer dans la vigilance extrême de « la foi des derniers temps ». Car la réponse du Seigneur vient susciter en nos cœurs une telle espérance ! Comme la Sainte Vierge, Il faut repasser en nos cœurs (Lc 2,19) chaque parole :

        « Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclare : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ! Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle ! » (Mt 16,17-18).

         « Heureux es-tu ! » dit d’abord le Seigneur pour proclamer que la foi est la « béatitude » première du chrétien, et que sur terre le bonheur et la paix viennent d’une foi qui ne cesse de grandir dans les joies et les épreuves. Car Jésus le précise : cette révélation faite à Pierre vient du Père « qui est dans les cieux ! » Et puis nous est faite cette promesse divine qui nous fortifie en ces épreuves ultimes de l’Eglise que nous vivons déjà aujourd’hui : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle ! » En araméen, Pierre se dit « Kêpha » dont le sens est si puissant : « Tu es Roc et sur ce Roc… » Ainsi, la foi de Pierre est l’assise première et solide sur laquelle toute l’Eglise repose car Pierre est le « vicaire » du Christ.

         L’approche de Saint Léon le Grand est ici lumineuse pour notre temps et elle fortifie la force de notre foi quand il met sur les lèvres du Christ :

        « Autrement dit : Je suis, moi, la Pierre inviolable, la Pierre angulaire qui réunit les deux murs ; je suis le Fondement, et nul ne peut en poser un autre. Mais toi aussi tu es Pierre, parce que tu es affermi par ma force ; et la puissance qui m’appartient en propre nous est commune parce que je t’en fais part. Sur cette puissance, dit-il, je bâtirai mon temple éternel ; et mon Eglise qui doit monter jusqu’au Ciel s’élèvera sur ce solide fondement de ta foi [1]. »

Il en est de même dans notre propre vie de foi : il y a toujours un moment où à travers les sécheresses spirituelles, des évènements imprévus, des épreuves déstabilisantes, nous sommes comme « sondés » dans notre foi en Jésus-Christ : et toi, que dis-tu de Lui ? Pour toi, qui est-il ? Notre foi chemine et persévère et c’est déjà une telle grâce ! Mais nous avons aussi nos chutes et nos fragilités… et c’est là qu’il faut bien comprendre que « les Apôtres ne sont pas exemplaires seulement par leurs vertus, mais aussi par leurs déficiences. Si le Saint-Esprit a voulu que ces déficiences soient manifestées dans l’Evangile, c’est précisément pour nous apprendre que nous risquons de ne pas faire mieux… Pierre et Paul sont les colonnes de l’Eglise ; l’un a trahi Jésus-Christ, l’autre l’a persécuté !…

          Il y a une seule catégorie de gens préservés de ce danger, ce sont ceux qui ressemblent à la Sainte Vierge par leur innocence et humilité. S’ils évitent ces catastrophes, c’est justement parce qu’ils sont convaincus d’être capables du pire par eux-mêmes, alors ils s’enfoncent dans la petitesse des enfants avec une telle profondeur que Dieu les tient à l’abri dans le creux du rocher… Ceux-là ne contesteront pas la nécessité de passer par bien des déconvenues, des désillusions et des retournements pour aimer Dieu et Jésus-Christ !

           La Sainte Vierge a été consciente du danger du péché – tranquillement consciente si j’ose dire, parce que « réfugiée » … C’est ce que j’appelle « la sécurité des humbles », des gens qui ne se croient pas plus forts que la tempête. Celui qui se réfugie ne prétend pas pouvoir faire face aux éléments déchaînés, il dit au contraire : « Je ne crains rien parce que j’ai un bon abri [2]… »

          Nous sommes entrés dans les terribles secousses des derniers temps où l’Ennemi de notre salut va avoir momentanément un pouvoir de tentation redoutable. Par le saint Rosaire et une vie sacramentelle fidèle, blottissons-nous chaque jour dans les bras de Marie pour vivre de « la sécurité des humbles » : là, tout près de son Cœur Immaculé, nous traverserons les épreuves finales dans la paix du Seigneur. Souvenons-nous des franciscains « indemnes » de la bombe atomique d’Hiroshima : ils priaient le Rosaire de la Vierge chaque jour [3] !

 

 + M-Mickaël

[1] Saint Léon le Grand, PL 54,150.

[2] Marie Dominique Molinié, Qui comprendra le Cœur de Dieu ? Saint Paul, 1994, p.89-90.

[3] Voir l’article témoignage : « Le Rosaire, plus puissant que la bombe atomique » dans le site internet « Aleteia », 28 février 2018.




Méditation évangélique mariale pour le 12ème dimanche du temps ordinaire : la confiance nous conduit à l’amour…

  Douzième Dimanche : 25 juin 2023  

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu : 10,26-33

Méditation Evangélique Mariale :    

 

« La confiance de l’homme envers Dieu touche ce dernier par sa constance…

car c’est par leur constance que les esprits des fidèles acquièrent la force ! »

Sainte Hildegarde de Bingen

 

 

        Dans un monde post-moderne qui veut tout maîtriser de la vie, la « crainte » est paradoxalement démultipliée : on a si peur de perdre tant de choses qu’on veut tout « assurer » … jusqu’aux animaux domestiques ! La peur est le signe d’un monde qui meurt, de plus en plus éloigné du mystère du Salut qui chante sans cesse la confiance. Une Sainte Thérèse de Lisieux en a fait le cœur de sa voie d’enfance spirituelle dans une expression simple qui exclut toute peur : « C’est la confiance et rien que la confiance, qui doit nous conduire à l’Amour[1] ! » Cette parole si simple renferme un trésor qui demande le temps de l’humilité pour commencer à en saisir le sens caché au cœur de nos vies… car elle tourne vers une source sans fond : « j’avais tant de confiance en la miséricorde infinie de Jésus[2] ! » précise-t-elle quand elle prie pour la conversion de Pranzini avant son exécution.

        Cet Evangile insiste tant sur la confiance dans la providentielle tendresse du Père qui se manifeste mystérieusement à chaque instant…  Il invite à un abandon total ! Jésus répète d’ailleurs par quatre fois : « Ne craignez pas ! » Il ne voit que trop bien les peurs de ses disciples, et spécialement celle de la mort qui dominera Pierre à la Passion du Seigneur :

       « Mais quelle chair ne craindrait la mort ? L’Apôtre Pierre la craignit, le tout premier ; et craignant de mourir, il renia la Vie. Pourquoi, sinon parce qu’il ne lui avait pas encore été donné de ne pas craindre ? Mais quand tu le lui eus donné, Seigneur, il put faire ce que tu commandais. Sois donc notre force, et fais-en nous ce que tu veux que nous fassions…

          C’est à l’espérance de prier, à la charité d’obtenir que tu donnes toi-même ce que tu commandes [3]! »

          Jésus veut nous guérir de nos peurs pour que nous entrions dans cette paix de notre âme où Il habite secrètement… nous pouvons souffrir en nos corps et nos psychologies par les épreuves de ce monde. C’est inévitable en cette vie. Mais cette paix du Christ cachée au fond de nos cœurs, nul ne pourra nous la ravir !

         Pour nous délivrer des peurs de ce monde, Jésus nous laisse deviner jusqu’où va la tendresse du Père déjà si absolue dans le mystère de la Création. Il nous faut vraiment laisser résonner en nos cœurs ces paroles de Dieu pour qu’elles deviennent la lumière de nos yeux :

       « Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un ne tombe à terre sans que votre Père le sache ! Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés ! Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux ! » (Mt 10,29-31).

       En écoutant ces paroles bouleversantes de Jésus, demandons la conversion de notre « regard » dans une société qui ne voit plus la beauté de la tendresse de Dieu dans la Création. Dieu nous aime au cheveu près ! Seigneur délivre mon regard…

       Demandons à la Sainte Vierge de nous faire participer à la douceur et la profondeur de son Regard maternel qui a cheminé sur terre dans la foi. Saint Padre Pio avait pour Elle une telle confiance que tout son amour s’exprimait dans un Rosaire quotidien sans fin… à tel point qu’on l’appelait « le Rosaire vivant ! » Et lui-même appelait le chapelet « son arme », « son épée » ! Il est mort en serrant son chapelet dans ses mains et en murmurant jusqu’à son dernier souffle les doux noms de Jésus et Marie…

       Pour fortifier notre chemin de foi quotidien vers le Royaume, retenons deux de ses conseils : « Il faut toujours rester ferme sur ces deux vertus : la douceur envers notre prochain et la sainte humilité envers Dieu… car Dieu veut que nos misères constituent le trône de sa Miséricorde et notre impuissance le siège de sa Toute-Puissance !… Et ce second conseil qui est le cœur de sa vie mariale : « Reste toujours plus serré contre cette douce Mère céleste, car Elle est la Mer qu’il faut traverser pour parvenir aux rivages des splendeurs de l’aurore éternelle [4] ! »

 

                                                                                                          +M-Mickaël

[1] Œuvres complètes de Sainte Thérèse de Lisieux, Lettre 197, p.553.

[2] Œuvres complètes, Manuscrit A, p.144.

[3] Rupert de Deutz, Sur Matthieu VIII, PL 168, 1499.

[4] Une pensée du Padre Pio pour chaque jour de l’année, Edition Padre Pio da Pietrelcina, 2000, p.7-8 et 86.




Fête du Cœur Immaculé de Marie 2023

Fête du Cœur Immaculé de Marie 2023 

  Evangile de Jésus-Christ selon Saint Luc : 2,41-51

Méditation Evangélique Mariale :

« Au plus beau sens du terme, Elle sait l’Evangile « par Cœur… »

                                                                                                   +M-Mickaël

La première impression qui se dégage de cet Evangile de l’Enfance est d’un côté, la liberté de mouvement et de relation qu’avait l’Enfant-Jésus : « Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin avant de le chercher… » (Lc 2,44). Et de l’autre, l’obéissance du Fils du Père à Joseph et Marie : « Il redescendit avec eux à Nazareth, et il leur était soumis… » (Lc 2,51). Au milieu, il y a le dialogue avec les docteurs de la Loi « stupéfaits de son intelligence et de ses réponses ! » (Luc 2,47). Et la réponse de l’Enfant-Dieu à ses parents angoissés : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être aux choses de mon Père ? » (Lc 2,49). Ici, Jésus manifeste pour la première fois sa conscience d’être « le Fils du Père » qui passe avant sa famille humaine. Il faudra attendre 18 ans dans le silence de l’humilité pour que le Seigneur commence à se révéler à travers le regard de Jean-Baptiste : « Regardant Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu ! » (Jn1,36).

        Comme Joseph et Marie, nous pouvons être souvent « dans l’étonnement » (Lc 2,33) et, bien des fois, « ne pas comprendre la parole » du Sauveur ! (Lc 2,50). C’est pourquoi il faut suivre le chemin de la Mère de Jésus : « Quant à Marie, elle gardait avec soin ces paroles, en les méditant en son cœur… » (Lc 2,19 et 51). Ainsi, au début des derniers temps, ce Cœur Immaculé qui s’est spécialement révélé à Fatima nous renvoie, de fait, au cœur de l’Evangile car il n’était pas facile de croire que Dieu pouvait « se faire chair » en revêtant notre fragilité humaine et en se cachant dans la simplicité du quotidien… Et Marie a osé croire à ce projet fou de Dieu : de la Crèche à la Croix, son regard de foi est le plus beau de toute l’histoire de l’humanité !

        Cachée, mais si mystérieusement présente, la Mère de Jésus est toujours là, comme à Cana (Jn 2,1). De son Fils tout petit en son sein jusqu’au pied de la Croix, et de la Pentecôte jusqu’à ses derniers instants sur les collines d’Ephèse, près de Jean, Elle n’a cessé de garder fidèlement l’Evangile « en son Cœur » : Marie n’a perdu aucune parole, aucun silence, aucun regard, aucun geste, aucun émerveillement ! Et parce qu’Elle a cru, écouté et aimé en plénitude en suivant Jésus jour après jour, tout l’Evangile s’est comme gravé au plus profond de son Cœur :  Elle sait l’Evangile par Cœur ! Sainte Elisabeth de la Trinité en avait l’intuition : « Nul n’a pénétré le mystère du Christ en sa profondeur, si ce n’est la Vierge… Le secret qu’Elle gardait et repassait en son Cœur, nulle langue n’a pu le révéler, nulle plume n’a pu le traduire[1] !

            Marie est la plénitude silencieuse de l’amour… Habitée de manière unique et cachée par l’Esprit Saint dès sa naissance dans le mystère de son Immaculée Conception, Elle est « Celle qui a le plus aimé Jésus sur terre et qui l’aime le plus tendrement au Ciel [2]! » Et c’est pourquoi pour être sainte et rayonnante, l’Eglise doit se mettre à l’école de la foi et de l’humilité de Marie, qui ne cesse de murmurer dans le cœur des croyants : « Faites tout ce qu’Il vous dira ! » (Jn 2,1). Saint Jean-Paul II en témoigne magnifiquement :

           « L’Evangéliste remarque qu’à côté de la Croix se trouvait la Mère de Jésus. Elle vit le Cœur ouvert d’où coulaient le sang et l’eau – du sang tiré de son sang – et elle comprit que le sang de son Fils était versé pour notre salut. Alors, elle comprit totalement la signification des paroles que son Fils lui avait adressées peu avant : « Femme, voici ton fils » : l’Eglise qui naissait du Cœur transpercé était confiée à son Cœur de Mère [3]… »

           On comprend mieux pourquoi le saint Père a employé cette expression nouvelle liée au Rosaire : « Marie, mémoire de l’Eglise ! » Car l’origine du Rosaire est à chercher dans la continuelle méditation de la Parole de Dieu au Cœur de la Vierge : Celui qui aime se souvient. C’est une intuition chère au Pape : « Marie vit en gardant les yeux fixés sur le Christ, et chacune de ses paroles devient pour elle un trésor… car ce sont ses souvenirs qui, en un sens, ont constitué le « Rosaire » qu’elle a constamment récité au long des jours de sa vie terrestre [4]. »

           Ainsi, le Rosaire est sorti des profondeurs de la vivante mémoire de Marie, et chaque fois que nous le prions et méditons, nous pouvons puiser chaque mystère dans le silence du Cœur de Marie… Comme le contemple un théologien : « Sa mémoire est la page immaculée sur laquelle l’Esprit-Saint a gravé le Verbe de Dieu le Père [5]… » Ainsi, à travers le Rosaire, Marie est toujours là pour nous protéger et nous porter dans les combats de la vie. Saint Maximilien Kolbe en est le bouleversant témoin : « Dans les difficultés, dans les ténèbres, dans les infirmités, dans les découragements, souvenons-nous que le Ciel s’approche, de jour en jour plus proche… Alors, courage ! Elle nous attend là-bas pour nous serrer sur son Cœur ! Elle est notre Mère la plus tendre maintenant et toujours : dans la vie, dans la mort et dans l’Eternité. Cette vérité, rappelons-nous là !… Comme elle est essentiellement Mère de Miséricorde, même si on ne l’appelle pas, elle se hâte d’aller là où il y a davantage de misère dans les âmes [6]… » 

                                                                                                      +M-Mickaël

 

[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, Dernière retraite, n°2, Œuvres complètes, Cerf 1996, p.154.

[2] Référence au saisissant « chapelet des larmes de la Vierge douloureuse » : « O Jésus, regardez les larmes de Celle qui vous le plus aimé sur terre et qui vous aime le plus tendrement au Ciel ! »

[3] Saint Jean-Paul II, Angélus, 30 juillet 1989.

[4] Lettre apostolique sur le Rosaire, Rosarium Virginis Mariae, 16 octobre 2002, n°2.

[5] Hans Urs von Balthazar, Marie pour aujourd’hui, nouvelle cité 1988, p.49.

[6] Entretiens, juin 1925, 13 avril 1933, 11 octobre 1937.