Elle est Vierge et elle est Mère, que n’est-elle pas dès lors ?

« La Vierge a enfanté son Fils en conservant sa virginité, elle a allaité Celui qui nourrit les nations, dans son sein immaculé elle a porté Celui qui porte l’univers dans sa main.

Elle est Vierge et elle est Mère, que n’est-elle pas dès lors ?

Sainte de corps, toute belle d’âme, pure d’esprit, droite d’intelligence, parfaite de sentiments, chaste et fidèle, pure de cœur et remplie de toute vertu.

Qu’en Marie se réjouissent les cœurs vierges, puisque d’elle est né Celui qui a libéré le genre humain livré à un esclavage terrible.

Qu’en Marie se réjouisse le vieil Adam, blessé par le serpent ; Marie donne à Adam une descendance qui lui permet d’écraser le serpent maudit et qui le guérit de sa blessure mortelle (Gn 3, 15).

Que les prêtres se réjouissent en la Vierge bénie ; elle a mis au monde le Grand Prêtre qui s’est fait Lui-même victime, mettant fin aux sacrifices de l’ancienne alliance.

Qu’en Marie se réjouissent tous les prophètes, puisqu’en elle se sont accomplies leurs visions, se sont réalisées leurs prophéties, se sont confirmés leurs oracles.

Qu’en Marie se réjouissent tous les patriarches, car elle a reçu la bénédiction qui leur a été promise, elle qui, en son Fils, les a rendus parfaits.

Marie est le nouvel arbre de vie, qui donne aux hommes au lieu du fruit amer cueilli par Ève, un Fruit très doux dont se nourrit le monde entier.

Amen. »

Saint Ephrem le Syriaque (306-373)

Né vers 306 à Nisibe (Turquie) et mort en 373 à Édesse (Turquie), Ephrem était un diacre de langue syriaque et un théologien du IVe siècle dans la région de l’Assyrie. Plusieurs dénominations chrétiennes, dont les Églises orthodoxes et catholique, le vénèrent en tant que saint, Père de l’Eglise et il est reconnu depuis 1920 en tant que Docteur de l’Église par l’Église catholique. Il est l’auteur de plusieurs hymnes et poèmes.




L’indicible bonheur du Ciel ! (2)

« Jésus dit alors : « Laissez les petit enfants venir à moi ;

car le Royaume des Cieux appartient à ceux qui sont comme eux… »

Matthieu 19,14

 

« La communion des saints est précisément l’Eglise…

Puisque tous les croyants forment un seul corps,

le bien des uns est communiqué aux autres… »

Catéchisme de l’Eglise Catholique, 946-947

        Juste avant de quitter la terre, Sainte Faustine a une parole prophétique qui demeure toujours si actuelle en cette fin des temps agitée : « Je sens bien que ma mission ne finira pas à ma mort mais qu’elle commencera alors… O âmes qui doutez, je soulèverai le voile du Ciel pour vous convaincre de la bonté de Dieu, pour que vous ne blessiez plus par votre incrédulité le très doux Cœur de Jésus ! Dieu est Amour et Miséricorde [1] ! »

« O âmes qui doutez, je soulèverai le voile du Ciel pour vous convaincre de la bonté de Dieu ! » A travers l’audace folle de Sainte Faustine, prophète de la Miséricorde, c’est une parole prophétique étonnante qui laisse deviner « l’urgence du temps » dans lequel nous vivons… et d’autant plus la «hâte éperdue» du Cœur de Jésus de ramener vers le Père, comme dans l’Evangile, tous ses enfants perdus : « Va-t-en par les chemins… et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse ! » (Lc 14,23). Ne sommes-nous pas arrivés à ce moment de l’histoire du salut où cette Parole de Dieu va se réaliser en plénitude ? Oui, sans aucun doute, et nous y reviendrons en début 2026…

Cela rejoint aussi l’autre annonce prophétique phénoménale de Sainte petite Thérèse sur le grand combat eschatologique qu’elle mènera jusqu’à la fin du monde :

« Je sens que je vais entrer dans le repos… Mais je sens surtout que ma mission va commencer, ma mission de faire aimer le bon Dieu comme je l’aime, de donner ma petite voie aux âmes… Si le bon Dieu exauce mes désirs, mon Ciel se passera sur la terre jusqu’à la fin du monde. Oui, je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre. Ce n’est pas impossible, puisqu’au sein même de la vision béatifique, les Anges veillent sur nous ! »

Quel sens étonnant du Ciel chez Thérèse où l’amour des pauvres à sauver demeure si fort ! Si bien que son Ciel devient « missionnaire » jusqu’à ce que le nombre des élus soit complet :

« Je ne puis pas me faire une fête de jouir, je ne peux pas me reposer tant qu’il y aura des âmes à sauver… Mais lorsque l’Ange aura dit : « Le temps n’est plus ! » Alors je me reposerai, je pourrai jouir, parce que le nombre des élus sera complet et que tous seront entrés dans la joie et dans le repos. Mon cœur tressaille de joie à cette pensée [2]… »

Il existe en effet une mystérieuse « Communion » de l’Eglise du Ciel et de la terre comme l’affirme clairement le catéchisme de l’Eglise Catholique : « Etant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du Ciel contribuent à affermir plus solidement l’Eglise en sainteté… Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus… Ainsi, leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité[3]. »

Habité par cette certitude de la « communion de tous » en Eglise, Saint Dominique consolait ses frères juste avant son départ pour le Ciel : « Ne pleurez pas, je vous serez plus utile après ma mort et je vous aiderai plus efficacement que pendant ma vie[4] ! » Ainsi, la forte intuition de Petite Thérèse sur sa mission céleste jusqu’à la fin des temps est confirmée : « Je sens que ma mission va commencer… mon Ciel se passera sur la terre jusqu’à la fin du monde ! »

Ainsi, la « communion des saints » est une merveilleuse réalité dans la foi de l’Eglise comme l’affirme le Concile Vatican II repris par le Catéchisme : « Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du Ciel, tous ensemble formant une seule Eglise, et nous croyons que dans cette communion l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières [5]. »

Evidemment, si dans le mystère de la foi la communion est « réelle » entre l’Eglise du Ciel et de la terre ; la réalité et le vécu du Ciel demeure un au-delà de toute représentation… Saint Augustin s’est bien sûr posé la question : « Que me réserves-tu dans le Ciel ? Qu’est-ce qui m’attend là-haut ? La vie éternelle, la royauté avec le Christ, la société des Anges. Là, plus de trouble, plus d’ignorance, plus de dangers, plus de tentations… La vraie, la certaine, l’immuable sécurité[6] ! Là, nous n’aurons d’autres désirs que d’y rester éternellement… »

Pourtant, certains ont fait, sur terre, l’expérience inédite du Ciel… comment oublier ici le témoignage de Saint Paul qu’il faut relire en entier : il fût « ravi jusqu’au Paradis…et entendit des paroles ineffables, qu’il n’est pas permis à un homme de redire ! » (2 Co 12,1-10). Et au début du livre de l’Apocalypse, sur l’île de Patmos, Saint Jean rapporte une « vision » splendide du Fils de l’homme : « Son Visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat !… A sa vue, je tombai à ses pieds, comme mort ; mais Lui me toucha de sa main droite en disant : « Ne crins rien, c’est moi, le Premier et le Dernier, le Vivant ; j’ai été mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clef de la Mort et de l’Hadès. Ecris donc tes visions : le présent et ce qui doit arriver plus tard… » (Ap 1,9-19).

Alors, pour conclure en revenant à notre vie ordinaire où se cache l’extraordinaire Présence de Dieu… à nous de trouver déjà « notre Ciel sur la terre » comme nous y invite la si étonnante et ravissante Elisabeth de la Trinité :

« Vivons avec Dieu comme avec un Ami, rendons notre foi vivante pour communier à Lui à travers tout, c’est ce qui fait les Saints. Nous portons notre Ciel en nous puisque Celui qui rassasies les glorifiés dans la lumière de la vision se donne à nous dans la foi et le mystère, c’est le Même ! Il me semble que j’ai trouvé mon Ciel sur la terre… Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé pour moi et je voudrais dire ce secret tous bas à ceux que j’aime[7]… »

Ainsi, dans l’obscurité de la foi, l’indicible bonheur du Ciel est déjà là, caché en nos cœurs… et nous savons qu’un jour, nous le « verrons » car nous ne sommes nés que pour « voir Dieu ! »

 

+Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Faustine, Le petit journal, n° 281.

[2] Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Œuvres complètes, Derniers entretiens, 17 juillet 1897, Cerf-DDB 1992, p.1050.

[3] Catéchisme de l’Église Catholique, n° 956.

[4] Voir Jourdain de Saxe, lib.93.

[5] Lumen Gentium, 50 cité dans le Catéchisme de l’Eglise catholique n° 962.

[6] Saint Augustin, Sermon 19,5.

[7] Sainte Elisabeth de la Trinité, Lettre 122.




Me faire le Fils de Marie… St Jean de Capistran

« Dieu m’a donné le nom de Jean pour me faire le fils de Marie et l’ami de Jésus. »

Saint Jean de Capistran (1386-1456), prédicateur franciscain




L’indicible bonheur du Ciel ! (1)

« Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton Royaume ! »

Il lui répondit : « En vérité, je te le dis,

dès aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis ! »

Lc 23,42-43

 

« Le cœur en haut et du ciel plein les yeux !… Vivons dans le Ciel de notre âme… »

Sainte Elisabeth de la Trinité, Poésie 83 et Lettre 210

 

          Parmi tant de Saints, la jeune Elisabeth de la Trinité pourrait être celle qui a exprimé le mieux que le Ciel est déjà là, au plus profond de notre âme… Dans sa splendide prière à la Trinité, elle en témoigne avec une telle densité :

« O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité ! Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous… mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que sois là tout entière, toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre Action créatrice[1]… »                                                   

Il faut remarquer ici le « comme si déjà mon âme était dans l’éternité » : cela signifie que pour elle, dans l’obscurité de la foi, notre âme fait déjà l’expérience de l’infini bonheur du Ciel… car Dieu est là, caché mais si présent au fond de nos cœurs ! D’ailleurs, dans une lettre intime à Françoise de Sourdon, une jeune pleine de vie, Elisabeth dévoile, avec une telle liberté,  le secret du vrai bonheur :

« Oh, ma chérie, que l’on est heureux quand on vit dans l’intimité avec le bon Dieu, quand on fait de sa vie un cœur à cœur, un échange d’amour, quand on sait trouver le Maître au fond de son âme. Alors, on n’est plus jamais seul… Vois-tu, ma Framboise, il faut lui donner sa place dans ta vie, dans ton cœur qu’il a fait si aimant, si passionné. Oh ! si tu savais comme Il est bon, comme Il est tout Amour ! Je lui demande de se révéler à ton âme, d’être l’Ami que tu saches toujours trouver, alors tout s’illumine et c’est si bon de vivre[2] ! »

En effet, si déjà sur terre on peut avoir un tel bonheur de vivre « le Ciel dans la foi », on pressent quelque peu au fond de nos cœurs ce que sera l’infini bonheur du Ciel ! Or la foi de l’Eglise l’affirme : nous sommes nés pour « voir Dieu »… et « le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu ; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher[3]… » Ainsi, comme l’affirme le psaume : « Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu ! » (Ps 105,3). Et « si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur[4] ! »

Et ici, il faut entrevoir combien chaque instant de notre vie sur terre oriente et décide de l’avenir… car, dés qu’on aborde la destinée éternelle de l’homme, on doit en saisir toutes les conséquences ! C’est sans aucun doute « un électrochoc » pour notre mentalité moderne, enfermée dans « le plaisir de l’immédiat. » Mais c’est le début de la sagesse et elle doit engendrer en notre cœur un regard nouveau, délivré des idoles !

Alors, laissons-nous remuer par cette réalité du « grand passage » telle que la donne le Catéchisme : « Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dés sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer dans la béatitude du Ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours… Au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’amour [5] ! »

Nous sommes « nés pour le Ciel » et le Cœur ouvert du Seigneur Jésus sur la Croix est la seule Porte pour y entrer ! Et il n’y a rien de plus beau et de plus immense : ni aucun bonheur sur terre, ni les dernières fascinations du progrès : si transhumanistes soient-elles ! Ni la conquête spatiale, ni la rencontre avec les soi-disant extra terrestres, ni les facéties trompeuses des démons à la fin des temps !… Que le cri de Saint Paul délivre notre pauvre cœur :

« Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ?… Mais en tout cela, nous n’avons aucune peine à triompher par Celui qui nous a aimés !… Oui, j’en ai l’assurance, ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni présent, ni avenir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus Notre Seigneur ! » (Ro 8,35-39).

Une fois de plus, affirmons cette vérité absolue : nous sommes nés pour le Ciel ! Et la Parole de Dieu nous le confirme en un langage unique :

« Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira… Le nourrisson s’amusera sur le nid di cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra la main… » (Is 11,6-8)

« On ne brandira plus l’épée nation contre nation ; on n’apprendra plus la guerre ! » (Is 2,4).

« Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : « Je pars vous préparer une place ? » (Jn 14,2).

« L’un des sept Anges vint me dire : «Viens, que je te montre l’Epouse de l’Agneau ! » En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu ; son éclat était celui d‘une pierre très précieuse, comme du jaspe cristallin ! » (Ap 21,9-11).

« Puis l’Ange me montra le fleuve de Vie, limpide comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau… De malédiction, il n’y en aura plus ; le trône de Dieu et de l’Agneau sera dressé dans la ville et les serviteurs de Dieu l’adoreront ; ils verront sa Face, et son Nom sera sur leurs fronts. De nuit, il n’y en aura plus ; ils se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles !

Puis l’Ange me dit : « Ces paroles sont certaines et vraies ; le Seigneur Dieu, qui inspire les prophètes, a dépêché son Ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt ! Voici que mon retour est proche ! Heureux celui qui retient les paroles prophétiques de ce livre ! »

C’est moi, Jean, qui voyais et entendais tout cela… Il me dit encore : « Ne tiens pas secrètes les paroles de ce livre, car le Temps est proche ! » (Ap 22, 1-12)

Ainsi, portés sur le Cœur de Marie, contemplons comme Saint Jean la fulgurante beauté du « Fils de l’homme… son Visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat ! » (Ap 1,16). Et cette blessure de la gloire de Dieu nous traversera pour toujours ! Nous en aurons une telle nostalgie et une telle soif que le combat de la foi pour « entrer au Ciel » deviendra, sur terre, l’urgence de notre vie. Alors, écoutons maintenant  la lumineuse foi de l’Eglise à travers le catéchisme :

« Par sa mort et sa Résurrection, Jésus-Christ nous a « ouvert » le Ciel. La vie des bienheureux consiste dans la possession en plénitude des fruits de la Rédemption opérée par le Christ qui associe à sa glorification céleste ceux qui ont cru en Lui et qui sont demeurés fidèles à sa volonté. Le Ciel est la communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés à Lui[6]. »

« Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiés, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu’ils Le voient « tel qu’Il est » (1 Jn 3,2), « face à face » (1 Co 13,12).

Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les Anges et tous les bienheureux est appelée « le Ciel ». Le Ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif… Vivre au Ciel, c’est « être avec le Christ [7] ». Les élus vivent « en Lui », mais ils y gardent, mieux, ils y trouvent leur vraie identité, leur propre nom [8] ! » (Ap 2,17).

Le catéchisme insiste enfin sur le mystère de « dépassement » qu’implique le bonheur du Ciel :

« A cause de sa transcendance, Dieu ne peut être vu tel qu’Il est que lors qu’Il ouvre Lui-même son mystère à la contemplation immédiate de l’homme et qu’Il lui en donne la capacité. Cette contemplation de Dieu dans sa gloire céleste est appelée par l’Eglise la « vision béatifique » !

Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Ecriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis : « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui L’aiment [9] ! » (1 Co 2,9).

A la source de chaque vie humaine, il y a cette vérité première de l’Evangile qui traverse le temps : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle !… (Jn 3,16).

Mais il en découle une autre, tout aussi fondamentale : Nous n’irons au Ciel que si notre regard de foi  a adoré Jésus jusqu’au bout ; et que si nous nous sommes battus « jour et nuit » dans la prière et l’amour pour que tous entrent au Ciel ! Telle est la vérité de l’Evangile où chacun est unique mais mystérieusement lié à tous… Il n’y a donc pas de salut sans l’amour de l’autre car « tu ne saurais aimer Dieu que tu ne vois pas, si tu n’aimes pas ton frère que tu vois ! » (1 Jn 4,20).

L’Evangile nous apprend enfin que ceux et celles qui cherchent vraiment Dieu, même très pécheurs et sur des voies de perdition, devancent les croyants qui ne cherchent qu’à moitié[10] ! Marie-Madeleine ou le bon Larron en sont, avec tant d’autres, les témoins admirables… Car la vraie humilité est la « seule terre » d’où naît une folle confiance en Jésus, notre Sauveur !  C’est pourquoi le Cœur humble et Immaculé de Marie est notre voie unique de chaque instant… car à travers Elle peut toujours renaître en nous la Source cachée de l’Esprit !

 

                                                                                                                            +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Note intime 15, Cerf 1991, p.907.

[2] Sainte Elisabeth de la Trinité, Lettre 161.

[3] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 27.

[4] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 30.

[5] Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 1022 avec citation finale de Saint Jean de la Croix.

[6] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1026.

[7] Jn 14,3 / Ph 1,23 / 1 Th 4,17.

[8] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1023-1024-1025.

[9] Catécisme de l’Eglise Catholique, n° 1028-1027.

[10] Ce qui faisait dire à Sainte Bernadette de Lourdes : « Je ne crains qu’une chose… ce sont les mauvais catholiques ! »




Par lui je vous ai tous conçus pour être ses frères… La Vierge à Ste Gertrude

« On ne doit pas appeler mon Fils unique, mais bien mon premier-né, mon très doux Jésus. Je l’ai conçu le premier dans mon sein, mais après lui, ou plutôt par lui je vous ai tous conçus pour être ses frères et pour être mes enfants, en vous adoptant dans les entrailles de ma charité maternelle ».

Paroles que Sainte Gertrude entendit des lèvres de la Très Sainte Vierge




« L’horreur de l’Enfer ! » 2

2 – « Je ne sais d’où vous êtes !

Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal ! »

(Lc 13,27)

 

« Rendez-vous puissants dans le Seigneur…

pour pouvoir résister aux ruses du Diable ! »

(Ep 6,10-11)                                       

 

Dans cette seconde approche sur l’enfer, je ne veux pas « lourdement » insister… et la prochaine fois, nous terminerons par une méditation sur l’indicible bonheur du Ciel où Dieu nous appelle tous ! Mais il faut être « réaliste » avec les vérités de la foi : mal les connaître, les rejeter ou les mettre entre parenthèses est dangereux selon la sagesse de l’Evangile. Il ne s’agit donc pas de se faire peur, mais de les regarder en face dans la paix du cœur pour mener le « bon combat » vers la joie du Ciel… Et ici, n’oublions jamais la vérité première de notre foi catholique : le Père veut « tous » nous sauver à travers son Fils crucifié et vainqueur de la mort par sa Résurrection ! Ainsi, la puissance de L’Esprit nous est donnée par le Cœur ouvert de Jésus sur la Croix… (Jn 19,34) qui nous a offert également la tendresse de sa Mère (Jn 19,27) pour le suivre…

En cette période où, plus que jamais, le Tentateur assaille notre civilisation sur tous les fronts ; Saint Pierre nous dévoile « le combat primordial » qui se cache derrière tous les autres : « Soyez sobres, veillez ! Votre adversaire, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, fermes dans la foi ! » (1 P 5,8-9). Il est donc urgent de faire la lumière en nos vies. Dans la puissance et la persévérance de la foi à travers les sacrements de l’Eglise, nous avons la force pour vaincre l’enfer sous toutes ses formes et cheminer courageusement vers le Ciel !…

Ainsi, pour comprendre l’enjeu primordial  de nos vies où se joue notre éternité, écoutons encore la sagesse des Saints ! Et d’abord Sainte Thérèse d’Avila : Docteur de l’Eglise et Fondatrice du Carmel réformé, elle est un des plus grands maîtres spirituels de tous les temps. Femme réaliste et pleine d’humour, ses Ecrits spirituels demeurent une référence pour tous ! Du « Chemin de la perfection » au « Château de l’âme », celle qu’on appelle souvent « la Madre » a reçu du Seigneur Jésus une admirable sagesse sur les voies de l’oraison silencieuse et le mystère de l’âme. Et cependant, cette Sainte si attachante peut nous paraître parfois un aigle mystique de haut vol, hors de notre portée !

Comprenons bien que si les Saintes et les Saints nous ravissent et nous aident par leurs vies et leurs écrits, Dieu ne nous demande pas de devenir leur « photocopie » ! Comme l’a si bien compris Sainte Petite Thérèse, (qui n’était « pas facile à décourager… »), la sainteté « unique » de chaque enfant de Dieu se joue d’abord dans la découverte des bras du Sauveur : « L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus !… Il faut donc que je reste petite, que je le devienne de plus en plus[1] ! » Et Saint Jean Chrysostome ajouterait : « Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler ! » La réussite ne se fera pas sans notre effort constant, mais la sainteté est aussi et surtout l’œuvre mystérieuse de la Miséricorde… Les Saints sont, comme nous, des pécheurs sauvés et transfigurés par l’amour du Christ, et cela est tellement vrai que la grande Sainte Thérèse d’Avila a vu en enfer la « place » qu’elle avait méritée pour ses péchés ! Alors pour rectifier notre regard parfois trop peu évangélique, écoutons ici son témoignage :

« Un jour, étant en oraison… Je me trouvais subitement, sans savoir comment, transportée tout entière en enfer. Le Seigneur, je le compris, voulait me montrer la place que les démons m’y avaient préparée et que j’avais méritée par mes péchés. Cette vision dura très peu… mais il me serait impossible d’en perde jamais le souvenir.

L’entrée me parut semblable à une ruelle très longue et très étroite… à un four extrêmement bas, obscur et resserré. Le fond était comme une eau fangeuse, très sale, infecte et remplie de reptiles venimeux. A l’extrémité se trouvait une cavité creusée dans une muraille en forme d’alcôve où je me vis placée très à l’étroit…

Quant à la souffrance que j’endurai dans ce réduit, il me semble impossible d’en donner la moindre idée ; on ne saurait la comprendre. Je sentis dans mon âme « un feu » dont je suis impuissante à dire la nature, tandis que mon corps passait par des tourments intolérables ! J’avais cependant enduré dans ma vie des souffrances bien cruelles… mais tout cela n’est rien en comparaison de ce que je souffris dans ce cachot ! De plus, je voyais que ce tourment devait être sans fin et sans relâche ! Et cependant, toutes ces souffrances ne sont rien encore auprès de l’agonie de l’âme. Elle éprouve une oppression, une angoisse, une affliction si sensible et si profonde, que je saurais l’exprimer… ici, c’est l’âme elle-même qui se met en pièces !… Je le répète, ce qu’il y a de plus affreux, c’est ce feu intérieur et ce désespoir de l’âme !…

Je compris bien que c’était une grande grâce et que le Seigneur voulait me faire voir de mes propres yeux l’abîme d’où sa miséricorde m’avait délivrée[2]… »

On a souvent sur terre comme des surgissements de l’enfer à travers des meurtres atroces, les horreurs des guerres où celles des camps de concentration durant la 2° guerre mondiale. Mais comme le décrit Sainte Thérèse d’Avila : « La torture du feu de ce monde est bien peu de chose en comparaison du feu de l’enfer ! » Et contrairement à l’état d’esprit de nos contemporains qui refusent, pour la majorité, ce mystère de la foi…  la Madre témoigne que cette vision de l’enfer a été une des plus grandes grâces de sa vie accordée par le Seigneur : « Elle a produit en moi le plus grand profit. Elle m’a ôté la crainte des tribulations et des contradictions de la vie, elle m’a donné le courage de les supporter ; et elle m’a stimulée à remercier le Seigneur de m’avoir délivrée… Depuis lors, je le répète, tout me paraît facile en comparaison d’un seul instant de ces tortures !… Et cette vision m’a procuré, en outre, une douleur immense de la perte de tant d’âmes… et les plus ardents désirs d’être utile aux âmes[3] ! »

Dans le cheminement de notre foi, il est précieux de comprendre à nouveau que notre passage « unique » sur terre prépare notre éternité… et de bien saisir que la vie actuelle de chacune et chacun est d’abord un combat où nos choix pèsent lourd ! C’est pourquoi le témoignage des Saints sur l’enfer est si précieux pour nous garder éveillés dans la vérité et l’amour.

Au XV° siècle, Sainte Françoise Romaine[4] est sans aucun doute celle qui donne les précisions les plus terribles et le plus précises sur les réalités de l’enfer… Dans les 93 visions qu’elle a dictées à son confesseur, elle rapporte sa vision de la splendeur au Ciel, et en particulier celle de la Sainte Vierge avec ses trois couronnes : « Virginité, Humilité et Gloire ! » Dans la 17° vision, Dieu lui a montré sa divinité comme « un Principe sans principe et une fin sans fin ! » Sainte Marie-Madeleine et Sainte Agnès lui apprirent comment « entrer dans le Cœur de Jésus… en se faisant si petit comme un grain de millet jeté au fond d’une rivière profonde ! » Elle tint aussi « Jésus sur ses genoux qui avait la forme d’un petit agneau… »

Mais le plus connu de ses écrits fut son « Traité de l’enfer » (1414). Elle y fut conduite par l’Archange Raphaël et arrivée à la porte de ce royaume effroyable, elle lut ces paroles écrites en lettres de feu :

« Ce lieu est l’enfer, où il n’y a ni repos, ni consolation, ni espérance !… La porte s’ouvrit et Françoise regarda : « elle vit un abîme si profond, si épouvantable, d’où s’échappaient des cris affreux et des odeurs si insupportables que depuis, elle n’en pouvait parler sans que son sang se glaçât dans ses veines…

Dans cet abîme effroyable, vivait un immense dragon qui en occupait toute la longueur… Elle aperçut Satan sous la forme la plus terrifiante qu’il soit possible d’imaginer… Une de ses mains menaçait le Ciel, et l’autre semblait indiquer le fond du précipice !… A cette vision en succéda une autre. La servante de Dieu aperçut de tous côtés des âmes que les esprits qui les avaient tentées ramenaient dans cette affreuse demeure… Tout ce que la bienheureuse voyait et entendait la remplissait d’épouvante ; mais son guide (Saint Raphaël Archange) avait grand soin de la rassurer et de la fortifier. »

Tout cela peut nous paraître irréel dans notre civilisation pourtant si folle et si décadente : on refusera l’enfer « taxé » de vision moyenâgeuse au nom de l’évolution moderne ; mais en même temps, on accueille sans problèmes l’influence ténébreuse « d’Halloween » sur nos enfants ou les signes démoniaques des « festivals de l’enfer – Hellfest » pour une jeunesse envoutée par la musique métal et les signes démoniaques !

Aussi, comme l’a dit Saint Paul, il nous faut revêtir aujourd’hui plus que jamais « l’armure de Dieu » pour résister à cette invasion des ténèbres :

« Rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force ! Revêtez l’armure de Dieu, pour pouvoir résister aux manœuvres du Diable. Car ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les Esprit du Mal qui habitent les espaces célestes. C’est pour cela qu’il vous faut endosser l’armure de Dieu afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister et rester ferme… Vivez dans la prière et les supplications, priez en tout temps, dans l’Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les saints ! » (Ep 6,10-13 et 18-19).

Plus près de nous, Sainte Faustine dont le message unique sur la miséricorde est devenu universel, a aussi visité les horreurs de l’enfer : « Aujourd’hui, j’ai été dans les gouffres de l’enfer, introduite par un Ange. C’est un lieu de grands supplices et son étendue est terriblement grande…  et le premier supplice qui fait l’enfer, c’est la perte de Dieu !… avec la continuelle compagnie de Satan… un désespoir terrible, la haine de Dieu, les malédictions, les blasphèmes ! Ces sont des supplices que tous les damnés souffrent ensemble… Il y a de terribles cachots, des gouffres de torture où chaque supplice diffère de l’autre ; je serais morte à la vue de ces terribles souffrances, si la toute-puissance de Dieu ne m’avait soutenue… J’écris cela sur l’ordre de Dieu pour qu’aucune âme ne puisse s’excuser en disant qu’il n’y a pas d’enfer, ou que personne n’y a été et ne sait comment c’est[5] ! »

Concluons par les Apparitions de la Vierge aux trois enfants à Fatima en 1917 car elles sont un « tournant décisif » dans le grand combat des derniers temps ! Le 13 juillet, en particulier, Notre Dame souleva le voile de l’invisible et fit vivre à Lucia, Jacinta et Francisco une expérience qui bouleversera leur vie…  C’est la terrible vision sur l’horreur de l’enfer ! Lucia en a témoigné en des termes très précis :

« La Vierge ouvrit de nouveau les mains, comme les deux derniers mois. Le reflet de la lumière parut pénétrer la terre et nous vîmes comme un océan de feu, et plongés dans ce feu, les démons et les âmes (des damnés). Celles-ci étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant des formes humaines. Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes, avec des nuages de fumée… Elles retombaient de tous côtés, comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur ! Les démons se distinguaient par des formes horribles et répugnantes d’animaux effrayants et inconnus, mais transparents comme des charbons noirs embrasés… »

Ensuite, Lucia précise : « Effrayés, comme pour demander secours, nous avons levés les yeux vers Notre Dame ! Cette vision ne dura qu’un moment, grâce à notre bonne Mère du Ciel qui, lors de la première Apparition, nous avait promis de nous emmener au Ciel ! Sans quoi, je crois que nous serions morts d’épouvante et de peur ! »

Cette vision nous révèle à nouveau de quelle horreur éternelle Jésus est venu nous « sauver » ! Et elle nous laisse aussi deviner le sens profond des combats de ce monde…  Remarquons également que dans la pédagogie de la Vierge, la perspective du Ciel est première dans l’expérience : ce n’est qu’après cette finalité promise d’aller au Ciel que Marie révèle un court instant la réalité de l’enfer aux enfants de Fatima.

Prenons conscience que ce terrible message, Notre Dame l’adresse à « chacun de nous » ! Sa maternelle tendresse nous prévient et veut nous protéger de l’horreur d’être « loin de Dieu » pour toujours… C’est une leçon décisive pour notre foi, car dans le salut offert à travers le Christ en Croix, le Ciel s’ouvre en son Cœur transpercé ! (Jn 19,34). Ainsi, ce « désir du Ciel » doit sans cesse orienter et soulever nos vies en s’incarnant dans une prière continuelle et une charité rayonnante… Nous sommes nés pour « voir Dieu » ! (Jn 3,2).

                                                                                                 +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres Complètes, Manuscrit C, p. 238. Cerf-DDB, 1992.

[2] Sainte Thérèse de Jésus, Vie écrite par elle-même, Traduction Grégoire de Saint Joseph, Seuil 1949, Chap. 32, p.344-346,

[3] Sainte Thérèse de Jésus, Vie, op. cit., Chap. 32, p. 346-347.

[4] Sainte Françoise Romaine, 1384 – 1440.

[5] On peut retrouver le témoignage complet de Sainte Faustine au n° 741 de son « Petit Journal ».




Accueillez, ô Vierge Sainte, l’offrande d’un pauvre pécheur… St Alphonse-Marie de Liguori

« O Marie, enfant chérie de Dieu, que ne puis-je vous offrir et vous consacrer les premières années de ma vie, comme vous vous êtes offerte et consacrée au Seigneur dans le Temple ! mais, hélas ! ces premières années sont déjà bien loin de moi ! J’ai employé un temps si précieux à servir le monde et vous ai oubliée en écoutant la voix de mes passions. Toutefois il vaut mieux commencer tard à vous servir que de rester toujours rebelle. Je viens donc aujourd’hui m’offrir tout entier à votre service, et consacrer à mon Créateur, par votre entremise bénie, le peu de jours qu’il me reste encore à passer sur la terre. Je vous donne mon esprit, pour qu’il s’occupe de vous sans cesse, et mon cœur, pour vous aimer à jamais. Accueillez, ô Vierge Sainte, l’offrande d’un pauvre pécheur ; je vous en conjure par le souvenir des ineffables consolations que vous avez ressenties en vous offrant à Dieu dans le Temple. Soutenez ma faiblesse, et par votre intercession puissante obtenez-moi de Jésus la grâce de lui être fidèle. ainsi qu’à vous, jusqu’à la mort, afin qu’après vous avoir servie de tout mon cœur pendant la vie, je participe à la gloire et au bonheur éternel des élus. Amen. »

Prière de St Alphonse-Marie de Liguori




« L’horreur de l’Enfer ! » 1

1 – « large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition ! »

Mt 7,13

« La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu

en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur… »

Catéchisme de l’Eglise catholique, 1035

     Le terrible mystère de l’enfer est une « vérité de la foi » toujours délicate à aborder, et d’autant plus aujourd’hui où les notions de mal et de péché sont devenues relatives, jusqu’à être souvent dépassées, discréditées… c’est le dramatique glissement de « l’inversion des valeurs » où le mal est devenu peu à peu un bien et une soi-disant libération sans limites ; et voici que désormais le vrai, le bien et le beau inscrits dans la Création sont suspectés d’être un frein néfaste et oppressif pour l’homme d’aujourd’hui :  telle est le progressisme constant de nos sociétés dites « évoluées » !

Le bulldozer de l’évolution à « sens unique » vient  écraser toute résistance en écartant tôt ou tard tout dialogue pour arriver à ses fins… Comment ne pas deviner ici l’influence du Démon, à la fois subtile et puissante, sur l’égarement fou et normalisé de notre civilisation postmoderne ?

Alors, en préliminaire, mettons-nous à l’écoute d’une grande Sainte pour notre temps : Elisabeth de la Trinité ! Remarquable pianiste, elle a tant aimé la vie, la création, l’amitié et même s’habiller élégamment, belle époque oblige[1] ! Tout en étant très engagée dans sa paroisse, elle affectionnait les sorties, les amis, la mer, la montagne, la danse… elle aimait tout de la vie, mais elle en voyait le vrai sens : elle avait déjà cette sagesse des Saints qui font du Christ le centre et la passion de chaque instant de leur vie : « Il me semble que rien ne peut me distraire de Lui… même au milieu du monde, on peut l’écouter dans le silence d’un cœur qui ne veut être qu’à Lui [2] ! »

Elisabeth de la Trinité peut nous communiquer ce sens ultime de la vie qui vient faire échec aux ténèbres. Dans une de ses dernières lettres, qui nous est aussi destinée, elle écrivait avec beauté et gravité :

« L’heure approche où je vais passer de ce monde à mon Père, et avant de partir je veux vous envoyer un mot de mon cœur, un testament de mon âme. Jamais le Cœur du Maître ne fut si débordant d’amour qu’à l’instant suprême où Il allait quitter les siens ! (Jn 13,1). Il me semble qu’il se passe quelque chose d’analogue en sa petite épouse au soir de sa vie, et je sens comme un flot qui monte de mon cœur jusqu’au vôtre !… A la lumière de l’éternité, l’âme voit les choses au vrai point ; oh ! Comme tout ce qui n’a pas été fait pour Dieu et avec Dieu est vide ! Je vous en prie…  marquez tout avec le sceau de l’amour ! Il n’y a que cela qui demeure…

Que la vie est quelque chose de sérieux : chaque minute nous est donnée pour nous « enraciner [3]» plus en Dieu, selon l’expression de Saint Paul… Je vous laisse ma foi en la présence de Dieu, du Dieu tout Amour habitant en nos âmes. Je vous le confie : c’est cette intimité avec Lui « au-dedans » qui a été le beau soleil irradiant ma vie, en faisant déjà comme un Ciel anticipé[4]… »

Retenons ce « cri » d’Elisabeth qui vient interpeller notre vie actuelle quand elle affirme : « La vie est quelque chose de sérieux… Comme tout ce qui n’a pas été fait pour Dieu et avec Dieu est vide ! » C’est là que commence le glissement vers le non-sens abyssal des ténèbres qui peut mener à l’enfer…

Le Catéchisme de l’Eglise catholique nous prévient sur la « responsabilité » de chaque personne humaine dont les choix « persistants » en cette vie déterminent son éternité :

« Dieu ne prédestine personne à aller en enfer ; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu’à la fin. Dans la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes de ses fidèles, l’Eglise implore la miséricorde de Dieu, qui veut « que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir [5]» (2 P 3,9)

Et le Catéchisme nous avertit avec force et clarté pour nous délivrer de toute illusion et nous garder « vigilants » à demeurer coûte que coûte en état de grâce ! Sur la terre, tout passe… et nous avons à mener une lutte jour après jour pour ne pas louper le plus grand rendez-vous de nos vies : « Soyons dans la joie… car voici les noces de l’Agneau et son épouse s’est faite belle ! » (Ap 19,7). Laissons-nous encore enseigner et saisir par les vérités de la foi catholique issues de l’Evangile :

« Jésus parle souvent de la « géhenne » du « feu qui ne s’éteint pas[6] », réservée à ceux qui refusent jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir, et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le corps (Mt 10,28). Jésus annonce en termes graves qu’Il « enverra ses Anges qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité… et les jetteront dans la fournaise ardente ! » (Mt 13,41-42).

La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire…

Les affirmations de la Sainte Ecriture et les enseignements de l’Eglise au sujet de l’enfer sont un appel à la responsabilité avec laquelle l’homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un appel pressant à la conversion : « Entrez par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent ; mais étroite est la porte et resserré est le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent[7]! » (Mt 7,13-14)

Cette terrible réalité de l’enfer n’est pas une invention de l’Eglise, mais une vérité de la foi qui repose sur l’affirmation de la Parole de Dieu[8]. A une époque où règne un dangereux désert spirituel, on constate « un terrible silence » des pasteurs sur les conséquences éternelles du péché ! D’ailleurs, dans la prédication, qui parle encore du Purgatoire, de l’Enfer ou du Ciel ? Très peu de monde…

Où est donc passé le principe de « finalité » qui doit soulever toute la foi des chrétiens ? C’est parce que les choix de ma vie orientent toute mon éternité que mon regard de foi doit percevoir les réalités ultimes ! Alors, si le présent prépare à chaque instant l’éternité, avec quelle urgence le témoignage de la charité doit d’abord « retentir dans l’Eglise »… avant de déborder sur toutes les réalités sociales du monde. Saint Jean rapporte cette parole déterminante de Jésus qui traversera toute l’histoire de l’Eglise : « A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres ! » (Jn 13,35). Et l’on dira des premiers chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment ! »

L’enfer est la fermeture définitive à cet amour du Christ qui a donné sa vie sur la Croix pour que tous soient sauvés. Lors de plusieurs Audiences du mercredi, Le Pape Saint Jean-Paul II a abordé clairement ce mystère des fins dernières. Il a dit en particulier sur l’enfer :

« La «damnation» ne doit donc pas être attribuée à l’initiative de Dieu, car dans son amour miséricordieux, il ne peut vouloir que le salut des êtres qu’il a créés. En réalité, c’est la créature qui se ferme à son amour. La «damnation» consiste précisément dans l’éloignement définitif de Dieu librement choisi par l’homme et confirmé à travers la mort qui scelle pour toujours ce choix. La sentence de Dieu ratifie cet état. La foi chrétienne enseigne que, dans le risque du «oui» et du «non» qui distingue la liberté de la créature, certains ont déjà dit non. Il s’agit des créatures spirituelles qui se sont rebellées à l’amour de Dieu et qui sont appelées démons (cf. Concile du Latran IV: DS 800-801). Pour nous, êtres humains, leur vie résonne comme un avertissement: il s’agit d’un rappel constant à éviter la tragédie dans laquelle débouche le péché, et à modeler notre existence sur celle de Jésus qui s’est déroulée sous le signe du «oui» à Dieu.

La damnation demeure une possibilité réelle, mais il ne nous est pas donné de connaître, sans révélation divine particulière, quels êtres humains sont effectivement concernés. La pensée de l’enfer – et plus encore la mauvaise utilisation des images bibliques -, ne doit pas créer de psychose ni d’angoisse, mais représente un avertissement nécessaire et salutaire à la liberté, au sein de l’annonce selon laquelle Jésus le Ressuscité a vaincu Satan, nous donnant l’Esprit de Dieu, qui nous fait invoquer «Abba, Père» (Rm 8, 15; Ga 4, 6).

Cette perspective riche d’espérance prévaut dans l’annonce chrétienne. Elle est effectivement reprise dans la tradition liturgique de l’Eglise, comme en témoignent par exemple les paroles du Canon romain : «Accepte avec bienveillance, ô Seigneur, l’offrande que nous te présentons, nous tes ministres et toute ta famille… Sauve-nous de la damnation éternelle, et accueille-nous dans le troupeau des élus [9] ».

Durant ses nombreuses Apparitions, la Sainte Vierge revient régulièrement sur les conséquences éternelles du péché. Sa tendresse maternelle à notre égard la pousse à nous visiter et à nous avertir des dangers extrêmes d’une vie sans prière et sans conversion ! Elle vient faire résonner pour toute l’humanité le cri initial de son Fils dans l’Evangile : « Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout proche, convertissez-vous et croyez à l’Evangile ! » (Mc 1,15).

Et se convertir et croire à l’Evangile signifie « aimer » en suivant Jésus jusqu’à la plénitude de son Cœur ouvert sur la Croix… là, et pas ailleurs, est la victoire absolue sur l’enfer ! Comme dans le film de Mel Gibson « la Passion du Christ » : au moment où le Sauveur meurt sur la Croix, Satan est définitivement vaincu car le Ciel est à jamais « ouvert » et le salut est offert à chaque personne humaine ! Alors, laissons retentir en nos vies cet appel  biblique « majeur » à vivre  cette double vigilance du cœur qui n’en fait qu’une : celle de la prière incessante et de la charité sans limites ! On est là au cœur de l’Evangile :

« Veillez et priez en tout temps, afin d’avoir afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme ! » (Lc 21,36). Et l’Ancien testament nous avait déjà orientés vers cette vigilance intense du cœur : « Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore ! » (Ps 129,6) car « sa venue est certaine comme l’aurore ! » (Os 6,3).

Et selon l’Evangile, cette vigilance extrême du cœur pour « la Venue » du Seigneur doit aussi se manifester dans l’amour des pauvres qui nous entourent : aux pauvres de moyens comme aux pauvres de sens… Jean, le plus contemplatif des Apôtres l’a prophétisé :

« Les ténèbres s’en vont et la véritable lumière brille déjà… Quant à nous, aimons, puisque Lui nous a aimés le premier !… Et voici le commandement reçu de Lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère ! » (1 Jn 2,8 et 4,19 ;21).

                                                                                                      +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Elisabeth de la Trinité, 18 juillet 1880 – 9 novembre 1906. Voir mes deux livres : Une soif d’infini, Elisabeth de la Trinité, sa vie, son visage, le Jubilé, 2006 et Toucher l’Infini, Elisabeth de la Trinité, une spiritualité prophétique, le Jubilé, 2007.

[2] Sainte Elisabeth de la Trinité, Œuvres complètes, Lettre 38, Cerf 1991, p.278.

[3] Col 2,7 et Ep 3,17

[4] Lettre 333.

[5] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1037.

[6] Mt 5,22 et 29 ; 13,42 et 50 / Mc 9,43-48.

[7] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1034 / 1035 / 1036.

[8] Pour ne citer que quelques passages : Mt 25,41-46 / Lc 12,5 / Lc 16,27-31 / Mc 9,43-48 / 1 Cor 6,9-10 / 2 Th 1,9 / Ap 21,8.

[9] Saint Jean-Paul II, Les fins dernières, la vie, la mort, le Ciel, le purgatoire, l’enfer / Audiences du mercredi, 28 juillet 1999.




Lorsque le monde perd la Mère, il perd le Fils…

« Le terme de « Femme » indiquait une relation plus large à toute l’humanité que le terme de « Mère ». Il signifiait qu’elle (Marie) n’était pas seulement sa mère, mais qu’elle devait devenir aussi la mère de toute l’humanité, tout comme lui était le Sauveur de toute l’humanité.

Elle allait avoir désormais de nombreux enfants, non pas selon la chair, mais selon l’esprit. Jésus était son premier-né, dans la chair et dans la joie, Jean son second fils, dans l’esprit et dans la douleur, et nous, ses millions et millions d’enfants.

Chaque objection soulevée contre la dévotion à Marie prend racine dans un terrain de foi imparfaite dans le Fils. C’est un fait historique que, lorsque le monde perd la Mère, il perd le Fils. Peut-être que quand le monde reviendra à l’amour de Marie, il reviendra aussi à la foi en la divinité du Christ. »

Vénérable Fulton Sheen Évêque américain.

Sa cause de canonisation a été ouverte en 2002




Le feu purificateur du Purgatoire !

« N’hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis

et à offrir nos prières pour eux ! »

Saint Jean Chrysostome

      L’existence du Purgatoire est un effet de l’infinie miséricorde de Dieu. Il a inventé ce lieu pour l’ultime purification de beaucoup de ses enfants pas encore totalement traversés par son feu d’amour. Là s’achève leur transformation vers la sainteté pour rejoindre la Jérusalem céleste !…

Dès les premiers temps de l’Eglise, la tradition liturgique a mentionné l’existence d’un état après le passage de la mort : là, les âmes sont « purifiées » avant de parvenir au Ciel à la plénitude de la gloire. Cet état, la Tradition l’appelle « Purgatoire » qui vient du latin « purgare » (purifier, nettoyer, clarifier…). Ainsi, il ne s’agit pas ici d’une certaine approximation mais d’une vérité de foi. Le catéchisme de l’Eglise Catholique nous rappelle que le mystère du Purgatoire fait partie de la doctrine de la foi et qu’il est donc à recevoir avec sérieux par tous les croyants :

« Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du Ciel.

L’Eglise appelle « Purgatoire » cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L’Eglise a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence et de Trente. La tradition de l’Eglise, faisant référence à certains textes de l’Ecriture, parle d’un feu purificateur[1]. »

Sainte Catherine de Gênes a reçu de Dieu des lumières décisives  sur l’expérience de chaque âme au Purgatoire. Elle écrit en particulier dans son Traité sur le Purgatoire : « L’âme quittant le corps et ne trouvant pas en elle cette pureté dans laquelle elle a été créée, voyant aussi les empêchements qui retardent son union avec Dieu, comprenant que le Purgatoire peut seul les écarter, s’y jette d’elle-même promptement et volontairement… » Et Sainte Catherine poursuit avec une remarquable précision théologique : « L’âme est consciente de l’immense Amour et de la parfaite Justice de Dieu et, par conséquent, souffre de ne pas avoir répondu de façon parfaite à cet Amour, tandis que l’Amour même de Dieu la purifie des scories de son péché… Ainsi le cœur humain est-il envahi par l’amour de Dieu qui devient l’unique guide, l’unique moteur de son existence[2]. »

Sainte Faustine, prophète de la miséricorde, est aussi un témoin plus récent qui a visité le Purgatoire. Dans son « Petit journal », elle relate son expérience saisissante du Purgatoire :

« Je vis mon Ange Gardien qui m’ordonna de le suivre. En un instant, je me trouvai dans un endroit brumeux, rempli de feu, et là une multitude d’âmes souffrantes. Ces âmes prient avec ferveur, mais sans efficacité pour elles-mêmes, nous seuls pouvons les aider. Les flammes qui les brulaient ne me touchaient pas. Mon Ange Gardien ne me quittait pas un seul instant. Et je demandai à ces âmes quelle était leur plus grande souffrance. Elles me répondirent d’un commun accord, que leur plus grande souffrance était la nostalgie de Dieu…

J’ai vu la Mère de Dieu, visitant les âmes au Purgatoire. Les âmes l’appellent « Etoile de la mer ». Elle leur apporte du soulagement. Je voulais encore leur parler, mais mon Ange Gardien m’a donné le signal du départ… Depuis ce moment, je suis en relations plus étroites avec les âmes souffrantes[3] ! »

La réalité du Purgatoire contribue à nous donner un autre regard sur le sens du péché et du bonheur en nos vies. Oui, le Christ dans l’Evangile nous appelle tous à la seule plénitude dont la  joie ne passera pas… mais peu comprennent que le mystère de la Croix en est l’unique porte ! Il ne s’agit pas de ne plus aimer la vie, mais de tomber follement amoureux de Celui qui est « la Voie, la Vérité et la Vie ! » (Jn 14,6). N’est-ce pas le témoignage éloquent des Saints de toutes sortes et de tous les milieux qui sont la « la lumière du monde » à travers les siècles ? (Mt 5,14).

En effet, quand cet amour Unique habite nos cœurs ; alors nos épreuves sur la terre, souvent bien lourdes et incompréhensibles, ont un sens et deviennent des préparations purificatrices « si » nous les vivons dans la grâce de la foi, la puissance de l’amour et la force de la prière… ainsi, jaillit alors en nos vies « la lumière de l’espérance » qui nous prépare dans la patience à une autre Vie, belle au-delà de toute attente… Car dans l’amour infini et sauveur de Jésus-Christ, Dieu  nous appelle tous au bonheur éternel du Ciel dans son Royaume avec la multitude des Anges et des Saints!

Relisons souvent le Chapitre 21 de l’Apocalypse de Saint Jean pour nous laisser saisir par la beauté de « l’Epouse de l’Agneau… avec en elle, la gloire de Dieu ! » (Ap 21,9 et 11). N’oublions jamais que sur terre, « le désir du Ciel » est à cultiver en demandant souvent à la Sainte Vierge la grâce de « la persévérance finale » !

Le purgatoire témoigne enfin de l’infinie miséricorde de Dieu pour les pécheurs si fragiles que nous sommes… Le Saint Padre Pio avait cette réflexion si juste : « Le Purgatoire est doux car on y souffre pour l’amour de Dieu ! » Et il ajoutait cette vérité qui doit aussi traverser notre vie jusqu’au dernier instant :

« J’ai une telle confiance en Jésus que, même si je voyais l’enfer ouvert devant moi et que je me trouvais au bord de l’abîme, je ne douterai pas de Lui, je ne désespérerai pas, je me fierai à Lui ! Voilà la confiance que sa Bonté m’inspire… car s’Il ne m’avait pas tendu la main, qui sait combien de fois ma foi aurait vacillé, mon espérance et ma charité se seraient affaiblies et mon intelligence se serait obscurcie, si Jésus, Soleil éternel, ne l’avait pas illuminée !… Je reconnais que tout est l’œuvre de son Amour infini. Non seulement Il ne m’a rien refusé, mais je tiens à déclarer qu’Il m’a donné plus que je lui ai demandé[4] ! »

Le Purgatoire est « un lieu de douleur » où l’âme est purifiée du non-amour de ses  péchés en ayant une incessante nostalgie de Dieu… mais c’est aussi et surtout « un lieu d’espérance » où l’âme reçoit ce désir d’être transformée dans le feu de l’Amour : car au bout du tunnel, elle aboutira au Ciel

où éclatent la Lumière et la Joie de Dieu ! L’âme enfin traversée par l’infini bonheur du Très-Haut  se joindra « pour toujours » à la Cour céleste des Anges et des Saints ! Elle connaîtra enfin la gloire de la Miséricorde dans les bras du Christ Sauveur qui lui dira : « Au Vainqueur, je donnerai de la manne cachée ; je lui donnerai aussi un caillou blanc… portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit ! » (Ap 2,17).

                                                                                               +Marie-Mickaël

[1] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1030 – 1031.

[2] Citations tirées de la catéchèse sur Sainte Catherine de Gênes (1447-1510) du Pape Benoît XVI le 12 janvier 2011.

[3] Sainte Faustine, Petit Journal, n° 20.

[4] Saint Padre Pio, Lettre au Père Agostino, 2 décembre 1912.