La prière urgente de La Vierge à Fatima !  » O mon Jésus  » (2)

La prière urgente de la Vierge à Fatima

2 – Le cri d’amour de Marie vers l’Unique Sauveur…

 « O mon Jésus ! »

Notre Dame de Fatima, 13 mai 1017

 

     Quand la Vierge donne aux enfants de Fatima cette prière à ajouter à la fin de chaque dizaine de chapelet, sa première parole « O mon Jésus » révèle, de fait, le « Cri profond » jailli de son Cœur Immaculé : le Cri unique de la Mère du Verbe Sauveur ! Ne l’a-t-elle pas porté en son sein durant neuf mois dans un mystère inouï de silence et d’intimité ?  Ne l’a-t-elle pas suivi jusqu’au pied de la Croix avec un amour et une douleur que Dieu seul connaît ? Tel est le secret sans fond de Celle qui est la Mère de Dieu, la Mère de l’Eglise et donc, ma Mère de chaque instant… Le théologien Urs von Balthazar en a témoigné magnifiquement dans un livre trop peu connu :

« Il a souffert pour nous ! » Ces mots prennent tout leur sens lorsque nous imaginons ce que Marie a pu ressentir dans son esprit et dans son Cœur lors de la Passion… Silencieuse et voilée, sa Mère marche à ses côtés dans une extrême faiblesse, tout en étant animée d’une force suprême. Son Cœur est un suaire, plus vrai que le linge de Véronique. Jésus-Christ, Dieu, doit être pour nous ce qu’Il est pour Marie. C’est donc à travers Elle que nous devons chercher à pénétrer le mystère de la Rédemption…

       Trop souvent, nous oublions. Les choses dont nous avons entendu parler s’étiolent dans notre mémoire… Mais « la mémoire de Marie » est aussi précise aujourd’hui qu’au premier jour. Faisons-là apparaître chaque jour à nos yeux… La foi est un don de toute la personne. Marie ayant toujours été disponible, sa mémoire était la page immaculée sur laquelle l’Esprit-Saint allait graver le Verbe de Dieu le Père[1]… »

     Alors, oui, le « O mon Jésus » qui ouvre la prière donnée par Notre Dame de Fatima laisse deviner son incommensurable amour maternel… et nous invite à la suivre à travers les mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux de son Rosaire ! Ce cri intime au Christ a été le sien tout au long de sa vie et doit devenir de plus en plus le nôtre : le « O » marque une admiration sans limite et le « mon » signifie que le Fils de Dieu s’est fait « mien » pour toujours… dans la folie d’amour de la Croix, Il s’offre à chaque instant à ma liberté! N’est-t-Il pas en vérité « mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20,28). Car depuis les premiers chrétiens, « le nom de Jésus » a jailli de millions de cœurs et traverse les siècles !…

     Tout a commencé à l’Annonciation où le Père, à travers l’Ange Gabriel, découvre à la Vierge le Nom du Sauveur : « Tu lui donneras le nom de Jésus[2]… et son règne n’aura pas de fin ! » (Lc 1,31-32). Et désormais, après sa vie, sa mort et sa Résurrection, l’Eglise primitive est toute centrée sur l’annonce de son Nom qui « dit » sa victoire et sa Présence. Sa promesse finale traverse les siècles jusqu’à nous aujourd’hui : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ! » (Mt 28,20).  C’est le temps de l’Eglise qui commence avec la première annonce de Saint Pierre dans le Temple de Jérusalem : « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés ! » (Ac 4,12). Et Saint Paul poursuivra magnifiquement dans l’Epitre aux Philippiens : « Dieu lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers ! » (Ph 2,9-10). Ainsi, que le « cri final » de  Saint Jean dans l’Apocalypse soit sans cesse le nôtre : « Amen, Viens Seigneur Jésus ! » (Ap 22,20).

     Et l’invocation du « Nom de Jésus » continuera à traverser l’histoire de l’Eglise : Des Pères du désert qui répétaient sans cesse cette invocation fondée sur l’Evangile : « Jésus, Fils de Dieu, Sauveur ! Aie pitié de moi pécheur ! » (Lc 18,38). Cette prière continuelle sera d’ailleurs reprise par la Tradition monastique orientale qui rayonnera aussi sur l’ensemble des croyants… Et du côté de la chrétienté d’Occident, une invocation tout aussi évangélique traversera les cœurs : « Jésus, doux et humble de Cœur, rend mon cœur semblable au tien ! » (Mt 11,28).

Enfin, plus près de nous, Jésus miséricordieux lui-même insistera auprès de Sainte Faustine pour que se répande une prière centrée sur la confiance… et elle est aujourd’hui mondialement connue et priée ! On peut donc déduire qu’elle nous est donnée pour demeurer « debout » dans la foi et l’espérance à travers les épreuves apocalyptiques des derniers temps ! D’ailleurs, le Seigneur a fait une prophétie qui donne la mesure sur notre histoire récente qui est au bord d’une terrible guerre mondiale : « L’humanité ne trouvera pas la paix tant qu’elle ne se tournera pas avec confiance vers ma miséricorde[3] ! » Et il ajoutera plus tard cette parole prophétique qui résonnera puissamment dans le cœur de Sainte Faustine : « Tu prépareras le monde à mon ultime venue[4] ! »

     Alors sachons vivre notre conversion évangélique en état d’urgence tout en gardant cette paix qui ne vient que de l’humilité traversée par une ultime confiance[5] :

     « Jésus, j’ai confiance en Toi [6] ! »                                                   

 

                                                                                                                           +Marie-Mickaël

 

[1] Hans Urs von Balthazar, Marie pour aujourd’hui, Nouvelle cité 1988, p.48-49.

[2] De l’hébreu Yéchûa : « Yahweh sauve ! »

[3] Sainte Faustine, Petit Journal, 300.

[4] Petit Journal, 429.

[5] Souvenons-nous ici des deux dernières méditations où Sainte Thérèse de Lisieux nous a tant éclairés et exhortés par son cri unique : « C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’amour ! » 

[6] Petit Journal, 1298.




Prière de Matteo d’Agnone à la Vierge

« Ô douce Mère, ô Reine, ô Notre-Dame, si vous nous voyez pécher, redressez-nous ;

si nous sommes dans la grâce, soutenez-nous ;

si nous nous égarons sur le chemin de Dieu, encouragez-nous ;

si nous avançons, réconfortez-nous. »

Père Matteo D’Agnone

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La prière urgente de La Vierge à Fatima ! Un signe ultime de « la fin des temps » (1)

La prière urgente de La Vierge à Fatima !

1 – Un signe ultime de « la fin des temps »

 

« O mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’enfer !

Et conduisez au Ciel toutes les âmes,

spécialement celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde ! »

Notre Dame de Fatima, 13 juillet 1917

 

    C’est lors de la troisième Apparition à Fatima que la Vierge demandera aux enfants d’ajouter cette prière unique au Seigneur Jésus après chaque dizaine de chapelet. Dans le mystère du salut offert à chaque instant à l’humanité pécheresse, c’est le signe d’une extrême urgence dans le grand combat qui se déploie entre la Femme et le Dragon (Ap 12,1-3) : la tradition ecclésiale a d’ailleurs vu dans  cette « Femme » le mystère de l’Eglise, mais aussi et surtout de Marie, Mère de l’Eglise !

     Le Pape Saint Paul VI l’a magnifiquement contemplé dans son exhortation apostolique mariale « Signum Magnum ». A travers cette exhortation mariale officielle, on devine la douce intimité de cœur que Paul VI a vécu avec la Vierge… et reçu d’Elle un don de force et d’espérance pour faire face à un après Concile plus qu’éprouvant ! Ecoutons le chant de son cœur qui demeure si actuel :

« Le signe grandiose que Saint Jean vit dans le ciel : « une Femme enveloppée de soleil » (Ap 12,1), la liturgie l’interprète, non sans fondement, comme se rapportant à la très Sainte Vierge Marie, Mère de tous les hommes par la grâce du Christ Rédempteur… La maternité spirituelle de Marie transcende l’espace et le temps et appartient à l’histoire universelle de l’Eglise, car elle a toujours été présente en elle par son assistance maternelle…

       Puisse le Cœur Immaculé de Marie resplendir devant le regard de tous les chrétiens… réconforté par cette certitude que l’insigne Reine du Ciel et notre très douce Mère ne cessera jamais d’assister tous et chacun de ses enfants[1]… »

      Ainsi, jaillie des profondeurs du Cœur Immaculé et douloureux de Notre Dame à Fatima, cette prière est un condensé des vérités de la foi et un « cri ultime » vers la Miséricorde de Dieu ! Elle nous est donnée pour vivre les temps eschatologiques que le Christ a si souvent annoncés dans les Evangiles de la fin :

« Veillez et priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de paraître avec assurance devant le Fils de l’homme ! » (Lc 21,36).

     Cela signifie précisément qu’il faut se réveiller de nos divers sommeils, celui qu’implique le matérialisme ambiant qui finit par « tuer l’âme » en l’éloignant dangereusement de Dieu…  ou celui d’une pratique religieuse confortable tout aussi « redoutable » qui ne vit plus l’urgence de la conversion évangélique ! Il faut revenir à l’admirable pédagogie de la Vierge à Fatima : durant les deux premières Apparitions, Elle fait faire aux enfants l’expérience unique du bonheur du Ciel au cœur de la Sainte Trinité… et ce n’est qu’à la troisième Apparition qu’Elle leur révèle dans une vision l’horreur de l’Enfer sous la domination de Satan !

On demeure d’ailleurs stupéfaits du silence sur les fins dernières dans l’Eglise actuelle : à quelques exceptions près, elle demeure « muette » sur les signes évidents de la « Parousie »  qui invitent à la conversion évangélique ! Trop souvent, la prédication préfère une approche plus lisse et sociale… et les « messages » de la Sainte Vierge semblent venir déranger une pastorale uniforme !

Pourtant, nous n’avons qu’une seule vie pour nous convertir à l’amour du Christ et du prochain en vue de la vie éternelle : «Au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’amour[2] ! » Certes, par l’Amour en personne dont la Miséricorde est infinie, mais tout aussi infiniment Juste ! Et c’est pourquoi demandons avec insistance d’être « libérés » de ce regard trompeur où l’âme est enfermée dans une terrible illusion : celle des Vierges folles de l’Evangile ! Alors que les Vierges sages s’endorment aussi  à cause de leur fragilité, elles sont néanmoins prêtes au réveil (Mt 25,5-8) car vigilantes dans l’huile de la prière et de l’amour… l’huile sacrée du cœur fidèle !

Les Vierges folles, elles, sont toujours « ailleurs » ! Elles se situent « loin », dans une mortelle distance,  et n’ont plus cette relation d’amour constante avec l’Epoux. Leur soi-disant foi n’est qu’une dimension accessoire de leur vie… et leur demande urgente « d’ouvrir la porte » semble plus une pure opportunité, qu’un vrai cri d’amour ! De fait, la relation n’existe pas ou n’existe plus depuis longtemps et la mise en lumière du Seigneur en témoigne tragiquement : « En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas ! » (Mt 25,12). Cela me fait penser à cette parole de Jésus miséricordieux à Sainte Faustine :

« O malheureux qui ne profitaient pas maintenant de ce miracle de la Miséricorde… en vain, vous appellerez, il sera déjà trop tard [3]… »

Cela nous renvoie à un autre Evangile qui précise encore combien s’enfermer dans cette « illusion redoutable » ferme la porte du Ciel… car, en réalité, le cœur demeure « si loin » de la douce Présence de Dieu : « Dés que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, et que, restés dehors, vous vous serez mis à frapper à la porte en disant : « Seigneur, ouvre-nous ! » Il vous répondra : « Je ne sais d’où vous êtes ! » Alors vous commencerez à dire : « Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places ! » Mais il vous répondra : « Je ne sais d’où vous êtes. Loin de moi, vous tous, artisans d’iniquité ! » Là seront les pleurs et les grincements de dents… »                      (Lc 13,25-28).

C’est pourquoi  le Seigneur nous prévient de vérifier et préparer notre cœur dans la vigilance inlassable de la prière : « Veillez donc, car vous ne savez ni le moment, ni l’heure ! » (Mt 25,12-13).

Alors, ne soyons pas étonnés ou scandalisés quand Notre Dame vient nous « réveiller » de manière évangélique à La Salette, Lourdes, Fatima ou Akita : Apparitions reconnues par l’Eglise. Car la Vierge de tendresse vient nous prévenir et nous préparer sur le terrible combat actuel et à venir…

   Pour conclure, écoutons le beau témoignage d’un Évêque français sur ces temps de la fin… C’est si rare qu’on s’en réjouit d’autant plus ! Alors, accueillons ce message de vérité et d’espérance :

« A Fatima, la Vierge Marie apparaît clairement comme la Femme de l’Apocalypse : « Un signe grandiose apparut au Ciel : une Femme ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête » (Ap 12,1). Le miracle du soleil, vu par une foule de témoins, accompagnant sa dernière Apparition, le 13 octobre 1917, en est l’éclatante confirmation. C’est le combat eschatologique entre la Femme et le Dragon qui aboutira à la victoire du Christ en Marie (Ap 12,1-17). A Fatima, Marie annonce ce bel épilogue : « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera !…»

     On peut déduire de l’insistance de la Vierge Marie à visiter la terre pour nous avertir ; et du déchaînement inédit des puissances du mal, en particulier à l’œuvre contre la vie humaine commençante et contre la famille, que nous sommes bien parvenus dans ces temps qui sont les derniers… Marie ne vient pas pour nous effrayer mais pour nous inviter à un sursaut de foi, d’espérance et de charité… Elle insiste sur la nécessité de nous convertir et sur l’importance fondamentale de la prière qui peut atténuer, voire écarter, les châtiments… Il s’agit donc d’un merveilleux message d’Espérance[4] ! »

+Marie-Mickaël

 

[1] Pape Saint Paul VI, Exhortation apostolique SIgnum Magnum, sur la vénération et l’imitation de Marie, 13 mai 1967.

[2] Saint Jean de la Croix.

[3] Petit Journal, 1448.

[4] Mgr Marc Aillet, Evêque de Bayonne, Préface du livre de Damian Sanchez, « Je viens vous préparer ! » Editions du Parvis, 2022, p.8-9-10.




Prière Mariale de St François de Sales

« Ayez mémoire et souvenance, très douce Vierge, que vous êtes ma Mère et que je suis votre fils ; que vous êtes puissante et que je suis un pauvre homme vil et faible. Je vous supplie, très douce Mère, que vous me gouverniez et me défendiez dans toutes mes voies et actions. Ne dites pas, gracieuse Vierge, que vous ne pouvez ; car votre bien-aimé Fils vous a donné tout pouvoir, tant au ciel comme en la terre. Ne dites pas que vous ne devez ; car vous êtes la commune Mère de tous les pauvres humains et particulièrement la mienne. Si vous ne pouviez, je vous excuserais disant : il est vrai qu’elle est ma mère et qu’elle me chérit comme son fils, mais la pauvrette manque d’avoir et de pouvoir. Si vous n’étiez ma Mère, avec raison je patienterais disant : elle est bien assez riche pour m’assister ; mais hélas, n’étant pas ma mère, elle ne m’aime pas. Puis donc, très douce Vierge, que vous êtes ma Mère et que vous êtes puissante, comment vous excuserais-je si vous ne me soulagez et ne me prêtez votre secours et assistance ? Vous voyez, ma Mère, que vous êtes contrainte d’acquiescer à toutes mes demandes. Pour l’honneur et la gloire de votre Fils, acceptez-moi comme votre enfant, sans avoir égard à mes misères et péchés. Délivrez mon âme et mon corps de tout mal et me donnez toutes vos vertus, surtout l’humilité. Enfin, faites-moi présent de tous les dons, biens et grâces, qui plaisent à la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Ainsi soit-il. »

Saint François de Sales (1567-1622)

Missionnaire puis évêque de Genève résidant à Annecy, fondateur de la Visitation avec Jeanne-Françoise de Chantal, il se fit tout à tous par la parole et par l’écrit, traitant de théologie avec les protestants, mettant la vie spirituelle à la portée des laïcs, attentifs aux petits comme aux grands.

 




L’Amour sait attendre – 2

« Ma folie à moi, c’est d’espérer…

Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras me chercher ! »

Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B

 

       Dans la dernière méditation, Thérèse proclamait cette grande vérité de la foi qui doit resplendir au plus profond d’une vie : savoir que « par delà les nuages, le soleil brille toujours ! » Si elle avait vécue à notre époque, je devine qu’elle aurait été ravie de prendre l’avion un jour de pluie pour se retrouver en « plein soleil » en altitude…

Thérèse est pour notre temps le grand « prophète de l’espérance » et il faut revenir sur cette bouleversante parabole du soleil et du petit oiseau : là est le cœur de sa voie d’enfance spirituelle. Car la foi seule a le pouvoir de transformer la fragilité en confiance ! Et elle devient un chant d’amour au cœur de la nuit… c’est pourquoi il faut écouter longtemps le chant d’amour de Thérèse pour que cette sagesse des « petits » de l’Evangile (Lc 10,21) ouvre peu à peu nos cœurs :

« Jésus, je suis trop petite pour faire de grandes choses, et ma folie à moi, c’est d’espérer !… Aussi longtemps que tu le voudras, ô mon Bien-Aimé, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, toujours il demeurera les yeux fixés sur toi, il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour… Un jour, j’en ai l’espoir, tu viendras ma chercher [1]… »

       « Ma folie à moi, c’est d’espérer ! » C’est comme ici le Credo silencieux de Thérèse !  En réalité, ce cri traverse toute sa vie de carmélite. Car attendre dans la nuit sans rien voir venir la situe au cœur de cette vie théologale où la nuit de la foi fait lever une folle espérance… seule elle attire le feu de l’Amour : « Dans le Cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour… ainsi, je serai tout… ainsi, mon rêve sera réalisé[2] ! »

Comment oublier ici « l’histoire de la pécheresse convertie qui est morte d’amour » : elle a tant bouleversé et confirmé Thérèse sur la voie de l’infinie Miséricorde :

« Non, personne ne pourrait m’effrayer ; car je sais à quoi m’en tenir sur son amour et sa miséricorde. Je sais que toute cette multitude d’offenses s’abîmerait en un clin d’œil, comme une goutte d’eau dans un brasier ardent !

        Il est rapporté dans la Vie des Pères du désert, que l’un d’eux convertit une pécheresse publique dont les désordres scandalisaient une contrée entière. Cette pécheresse, touchée de la grâce, suivait le saint dans le désert pour accomplir une rigoureuse pénitence, quand, la première nuit du voyage, avant même d’être rendue au lieu de sa retraite, ses liens mortels furent brisés par l’impétuosité de son repentir plein d’amour : et le solitaire vit, au même instant, son âme portée par les Anges dans le sein de Dieu…

       Voilà un exemple bien frappant de ce que je voudrais dire, mais ces choses ne peuvent s’exprimer [3]… »

      Ce témoignage fulgurant a de quoi nous surprendre et nous interroger sur les étroitesses cachées de nos cœurs dans notre quotidien trop souvent linéaire…  pour accéder au mystère de l’infinie miséricorde, notre pauvreté doit être traversée par une audacieuse et folle confiance ! Cela peut nous paraître contradictoire ; mais dans cette attente épuisante s’opère une création nouvelle et cachée où le cœur apprend à aimer en vérité comme l’enseigne Thérèse :

 « Pour aimer Jésus… il faut consentir à rester pauvre et sans force, et voilà le difficile… C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour [4] ! »

     Thérèse insiste tant sur ce « rien ». Elle sait combien, avec les meilleures intentions, notre confiance est encore trop souvent un mélange où notre moi garde secrètement le contrôle. L’esprit d’enfance n’a pas encore pénétré en profondeur car « pour attendrir Dieu il faut être vraiment pauvre. Et qu’y a-t-il de plus pauvre que d’essayer de porter sa croix sans y parvenir ? Les riches veulent bien porter leur croix à condition d’y arriver. Sinon, ils refusent parce que cela ne sert à rien. Les pauvres ne sont pas ceux qui attendent passivement comme les quiétistes. Ce sont ceux qui essaient de réussir… Au fond, c’est très « calé », mais à l’envers, un jeu de qui perd gagne. Il faut faire des efforts, épuiser ses forces, se donner totalement, faire tout ce qu’on peut, mais pour tout rater ! Non qu’on veuille rater, on essaie de réussir, mais on comprend et on accepte de mieux en mieux que nos forces soient dépensées en pure perte. Cette « pure perte » est ce qu’il y a de plus précieux aux yeux de Dieu, parce que c’est « le chant de notre amour [5] ! »

C’est sans doute ce que voulait exprimer Saint Jean Chrysostome quand il affirmait : « Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler… » Et Thérèse va jusqu’à affirmer : « T’aimer Jésus, quelle perte féconde [6] ! »

     Seule l’attente pauvre et persévérante de notre foi fera monter en nos cœurs ce gémissement de l’espérance… et laissons Thérèse nous partager son cœur intime quand elle nous confie :

     « Peut-être vas-tu croire que je fais toujours ce que je dis, oh non, je ne suis pas toujours fidèle, mais je ne me décourage jamais, je m’abandonne dans les bras de Jésus [7] ! »

 

                                                                                                              +Marie-Mickaël

 

[1] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.231.

[2] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.226.

[3] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, p.1293.

[4] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes –  Lettre 197, p.553.

[5] Marie Dominique Molinié, Qui comprendra la Cœur de Dieu ? Saint Paul 1994, p.80.

[6] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Poésie 17,

[7] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Lettre 143, p.467.




La Bienheureuse Vierge Marie a détruit dans sa personne toutes les hérésies… (P. Lagrange)

« La Bienheureuse Vierge Marie a détruit dans sa personne toutes les hérésies : elle est Mère de Dieu, donc, le Fils de Dieu, Jésus Christ, n’est qu’une seule personne, et il a deux natures puisqu’il est aussi vraiment son Fils, né de sa substance.

Daignez donc, ô Mère de la Sagesse, instruire vos enfants : votre conversation n’a pas d’amertume, votre discipline est douce, vos leçons forment l’esprit et le cœur. »

Père Marie-Joseph Lagrange, Journal spirituel

(1800-1938. Dominicain, fondateur de l’Ecole biblique de Jérusalem. Sa cause de béatification est en cours)




L’Amour sait attendre – 1

« Malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin… »

Sainte Thérèse de Lisieux, manuscrit B

 

     En ce temps béni de Noël, écouter le « chant d’amour » de Thérèse pour Jésus est tellement bénéfique pour fortifier notre espérance… car dans ce monde postmoderne où l’avenir de l’homme semble s’effacer, l’espérance a comme disparue ! On n’espère plus aller au Ciel d’en-haut que le Christ a ouvert sur la Croix. On célèbre déjà un autre ciel sur la terre : la 4° révolution industrielle où le transhumanisme ouvre une porte qui semble « fascinante autant qu’inquiétante », car elle pourrait être la fin de l’homme… Le célèbre astrophysicien Stephen Hawking s’est est inquiété :

    « Le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité ». Science fiction ou réalité ? La frontière n’a jamais été aussi mince[1]. »

Le bien-être et la satisfaction quasi immédiate qu’apporte la technologie actuelle a développé en nous un pouvoir dangereux… et Il nous faut être « délivré » de l’orgueil d’une société qui pousse à « vouloir tout, tout de suite ! » De mon portable, je peux pratiquement tout voir, tout acheter, tout communiquer ; mais dans ce déluge d’informations, de relations et de consommation, un vide nous envahit… et sans nous en rendre compte, nous perdons la beauté du regard !

       Car en vérité, celui qui aime sait attendre : la patience est la profondeur de l’Amour ! Dieu le sait et il ne brusque pas les étapes. Il a inscrit le mystère de la croissance dans sa création. L’arbre a besoin de saisons pour donner tout son fruit… Et d’ailleurs, qu’adviendrait-il de nous sans l’infinie patience de Dieu ? L’Amour sait nous attendre et cela s’appelle la Miséricorde !

Avec le poids de l’expérience, Saint Pierre nous prévient en ce sens :

« Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers nous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. Il viendra, le jour du Seigneur, comme un voleur… » (2 P 3,9-10)

En effet, le temps est une durée qui exprime la miséricorde : qu’en serait-il de nous si nous devions paraître « maintenant » devant notre Dieu ? Laissons ici « la plus grande Sainte des temps modernes [2] » parler à notre cœur : parce qu’elle avait un désir fou d’aimer Jésus et de sauver  les âmes, « petite Thérèse » a su attendre avec confiance ! A travers le symbole du « petit oiseau », elle nous révèle un autre aspect de la voie d’enfance évangélique. Etre petit, c’est aussi ne pas se lasser d’espérer en attendant tout du « Soleil de l’amour »…

A travers un langage qui peut paraître puéril à certains, une profonde sagesse issue de l’Evangile se déploie ici car la Révélation qui resplendit dans le Fils porte un redoutable secret : le Père l’a cachée « aux sages et aux savants », mais l’a « révélée aux tout petits ! » (Mt 11,25). Thérèse, la dite « Petite », en est un immense témoin pour notre époque et il nous faut décrypter en profondeur son message. Laissons résonner son chant d’amour en nos cœurs et nous nous reconnaîtrons :

« Je me considère comme un faible petit oiseau… Je ne suis pas un aigle, j’en ai simplement les yeux et le cœur car malgré ma petitesse extrême, j’ose fixer le Soleil divin, le Soleil de l’amour… Le petit oiseau voudrait bien voler vers ce brillant Soleil mais s’envoler, cela n’est pas en son petit pouvoir ! Que va-t-il devenir ? Mourir de chagrin en se voyant aussi impuissant ? Non ! Le petit oiseau ne va même pas s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son divin Soleil… Rien ne saurait l’effrayer, ni le vent, ni la pluie… Il sait que par-delà les nuages, son Soleil brille toujours[3] ! »    

                                                                                  +Marie-Mickaël                                   

[1] Antoine Pasquier, Le transhumanisme ou la tentation de l’homme parfait, Famille chrétienne, n° 1926, 2014.

[2] Expression prophétique du Pape Saint Pie X.

[3] Sainte Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes – Manuscrit B, p.229-231.




Aimez bien votre Mère du ciel… Sainte Catherine Labouré

« Aimez bien votre Mère du ciel, prenez-la pour modèle ; c’est la plus sûre garantie du ciel. »

Sainte Catherine Labouré

Née le 2 mai 1806 à Fain-lès-Moutiers en France et morte le 31 décembre 1876 à Paris, est une religieuse française de la congrégation des Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul. Elle reçut des apparitions de la Vierge Marie, avec notamment la demande de faire frapper une médaille, aujourd’hui mondialement connue sous le nom de médaille miraculeuse.




Saint Jean – le Théologien 2

« Fortifie nos cœurs dans la profondeur du silence marial…

Toi qui fût le premier des Apôtres à croire à la Résurrection… (Jn 20,8)

Affermis nos cœurs dans la foi en Jésus Ressuscité et Vivant ! (Jn 20,29 / 21,7)

 

     Jean a été l’Apôtre qui s’est vite rapproché de la Vierge Marie dans une communion par « silence de regard »très tôt, Il a croisé, admiré et contemplé « le regard de la Mère » dans la profondeur de son silence d’amour… Il a comme été emporté par Elle à la suite du Christ à travers l’humble puissance cachée de son Cœur Immaculé : et il est ainsi le seul Apôtre présent au pied de la Croix ! Son cœur était déjà enfoui en celui de la Mère de Dieu…

Voilà pourquoi Jésus le lui confirme du haut de la Croix : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,28) Et qu’il confirme à Marie, sa Mère, que Jean est « son premier enfant » dans le mystère du temps de l’Eglise qui commence : « Femme, voici ton Fils ! » (Jn 19,26). En employant le terme décisif de « Femme », comme déjà à Cana, (Jn 2,4), sa Parole créatrice de Fils de Dieu « ouvre » le Cœur de Marie à une tendresse maternelle universelle qui s’exercera dans le temps sur tous et chacun à la fois : la « Femme » de l’Apocalypse (Ap 12,1)  qui est la Mère de Dieu devient Ma Mère !

      Le Pape Saint Jean-Paul II l’a magnifiquement contemplé et annoncé  lors d’une homélie à Fatima :

« Depuis le temps où Jésus, en mourant sur la Croix, a dit à Jean : « Voici ta Mère !… » Depuis le temps où le disciple la prit « chez lui », le mystère de la maternité spirituelle de Marie a eu son accomplissement dans l’histoire avec une ampleur sans limites… car lorsque Jésus dit sur la Croix : « Femme, voici ton Fils ! » Il ouvrit d’une manière nouvelle le Cœur de sa Mère… Marie est Mère de tous les hommes et son empressement pour la vie de l’homme est de portée universelle[1]… »

    Ainsi donc, quand du haut de la Croix, le Christ fait de sa Mère « notre Mère », cela la lie à jamais au mystère de l’Eglise à travers le temps… l’Eglise des fidèles mais aussi l’Eglise hors les murs : Marie reçoit de son Fils la mission de veiller maternellement sur tous les hommes et chaque homme en particulier pour les protéger et les conduire vers son Fils Sauveur. Elle est le visage maternel de l’Esprit-Saint qui offre en douceur la puissance du salut ! Qui comprendra la silencieuse et inépuisable tendresse du Cœur de la Mère ?

Ecoutons à nouveau Saint Jean-Paul II : « Dans le Christ, au pied de la Croix, elle a accepté Jean, et elle a accepté tout homme et tout l’homme ! Marie les embrasse avec une sollicitude particulière dans l’Esprit-Saint. C’est Lui, en effet, comme nous le professons dans le Credo qui « donne la vie » ! C’est Lui qui donne la plénitude de la vie ouverte vers l’éternité. La maternité de Marie est donc une participation à la puissance de l’Esprit [2]… »

    Alors, très tôt attentif et silencieusement attiré par la présence de la Mère de Jésus ; Saint Jean l’a suivie dans  la plénitude de sa foi… et c’est pourquoi il est le premier, après Marie, à croire à la Résurrection du Christ : on se souvient de sa course rapide où il devance Saint Pierre vers le tombeau de Jésus ( Jn 20,3-9) mais entre après lui. Et devant les signes du suaire, « roulé à part à sa place » et des linges, « posés à plat »… Saint Jean devine que les Anges sont passés par là et que Jésus est vivant ! Et c’est pourquoi « il vit et il crut » (Jn 20,8). Car « il a expérimenté que tout était signe dans la vie et la mort de Jésus… et cela l’a persuadé qu’il était nécessaire d’aller au-delà des apparences afin de percer son mystère[3] ! » Tel est le regard contemplatif de Jean dans sa foi…

Enfin, nous demandons à Saint Jean de le suivre sur les chemins de sa foi profonde : « Affermis nos cœurs dans la foi en Jésus ressuscité et vivant ! » Cela signifie que notre foi doit devenir de plus en plus ferme, forte et lumineuse… et elle ne se laissera pas engloutir par les épreuves imprévues de la vie ! Et elle traversera chaque nuit comme « un lieu de naissance » qui rapproche du Ciel… car Jésus l’a proclamé : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » (Jn 20,29). Et sous un certain angle, nous sommes donc plus heureux que les Apôtres.

D’autre part, les Pères de l’Eglise remarquent souvent que les Apôtres n’ont pas été « à l’abri du doute ». Saint Cyrille d’Alexandrie en témoigne clairement sur l’Evangile de Jean qui rapporte la forte incrédulité de Saint Thomas :

« On nous rapporte que Thomas fut le seul à dire : « Si je n’avance pas mes mains, si je ne vois pas la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » (Jn 20,25). Mais le péché de l’infidélité était en quelque sorte commun à tous, et nous ne constatons pas que l’esprit des autres disciples ait été à l’abri du doute, bien qu’ils aient tous dit : « Nous avons vu le Seigneur ! » (Jn 20,25). Saint Luc écrit à leur sujet : « Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement ! » (Lc 24,41)… Vous voyez comment la pensée incrédule n’a pas son siège chez Thomas seulement, mais que le cœur des autres disciples souffrait de la même maladie…

       Celui qui n’a pas vu, mais qui accueille et tient pour vrai ce que l’initiateur aux mystères lui a dit à l’oreille, honore d’une foi remarquable ce que son Maître lui a proclamé. Par conséquent, on appelle bienheureux tous ceux qui ont cru grâce à la parole des Apôtres, eux qui ont été les témoins oculaires des grands actions du Christ [4]… »

      La foi qui fait confiance « sans avoir vu » est le merveilleux héritage des chrétiens dans le temps de l’Eglise… et c’est un trésor sans fond qui faisait dire à Sainte Elisabeth de la Trinité :

« Que je sois toute disponible, toute éveillée dans la foi, afin que le Maître puisse m’emporter partout où Il voudra [5]… »

 

                                                                                         +Marie-Mickaël

 

[1] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[2] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[3] Jean-Michel Castaing, Site internet Aleteia, 12 avril 2020.

[4] Saint Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’Evangile de Jean.

[5] Sainte Elisabeth de la Trinité, Lettre 165.




Marie, « Terreur des démons » (Saint Séraphim de Sarov)

 » Malgré le fait que Satan ait séduit Eve, entraînant Adam à sa suite, Dieu non seulement nous a donné un Rédempteur qui par sa mort a vaincu la mort, mais dans la personne de la Femme, la Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, qui a écrasé en elle-même et en tout le genre humain la tête du serpent, Il nous a fourni une avocate infatigable auprès de son Fils et notre Dieu, une plaideuse invincible pour les pécheurs les plus endurcis. C’est à cause de cela qu’elle est appelée « la Terreur des démons », car il est impossible pour le démon de faire périr un homme tant que ce dernier ne cesse lui-même de recourir à l’aide de la Theotokos. »

Saint Séraphim de Sarov.

De l’Église russe orthodoxe (1759-1833), fête le 2 janvier.