Petite méditation de Carême sur l’infinie Miséricorde de Dieu…

« Celui qui désire le salut

trouve la mer inépuisable de la miséricorde du Seigneur »

Sainte Faustine

      La miséricorde est le mystère ultime du Cœur de Dieu : il s’est « ouvert » à l’infini pour nous tous sur la Croix. Cette blessure opérée par la lance du soldat romain (Jn 19,33-34) est la dernière et la plus bouleversante Parole du Père à travers le Cœur de son Fils crucifié. Il l’a voulue de toute éternité pour que pas un seul enfant de cette terre ne doute qu’il est aimé à l’infini…

Comment oublier ici la tendresse de Dieu à travers le regard et les larmes de Jésus face à la dureté de Jérusalem :

« Quand il fut proche, à la vue de la ville, il pleura sur elle, en disant : « Ah ! si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais non, il est demeuré caché à tes yeux… » (Lc 19,41-42)

Et Saint Matthieu précise ce véritable « cri maternel » du Cœur de Dieu :

« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes… et vous n’avez pas voulu ! » (Mt 23,37).

Cet Evangile a tiré des larmes à la petite Thérèse… et quand on prie à Jérusalem dans la chapelle de « Dominus flevit » (« Le Seigneur pleura »), on voit comme Jésus la ville sainte à travers les vitraux. Là, culmine la beauté et le drame de la Révélation : « Dieu est Amour ! » (1 Jn 4,16). Et quand l’Amour n’est pas aimé jusqu’à le crucifier de tant de manières dans l’histoire des hommes, ce cruel rejet génère une blessure secrète dans le Cœur de Dieu :

Elle se laissera voir dans son côté à la fin de sa Passion où « en transperçant le Cœur de Jésus, la lance du soldat a ouvert un grand mystère… car elle est allée plus loin que le Cœur du Christ, elle a ouvert Dieu, elle est passée pour ainsi dire, au milieu même de la Trinité[1] ! »

Ainsi, comme l’enfant perdu de la parabole, nous sommes tous appelés à nous approcher d’une Vérité qui nous échappe … Dès ses premiers pas de retour, il se découvre si « follement » aimé par « le Père des miséricordes » (2 Co 1,3) : « Tandis qu’il était encore loin, son père le vit et fut ému aux entrailles : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers ! » (Lc 15,20).

Cette révélation de la miséricorde de Dieu est une vérité absolue offerte sans cesse à tout homme… c’est pourquoi le Démon déchaîne ici sa plus « violente » tentation sur chaque âme car il sait, lui qui la refuse éternellement, que la miséricorde du Christ « n’exclut personne : ni les pauvres, ni les riches. Car Dieu ne se laisse pas conditionner par nos préjugés humains, mais il voit en chacun une âme à sauver et il est spécialement attiré par celles qui sont considérées comme perdues et qui se considèrent comme telles[2]… »

C’est pourquoi le merveilleux Berger de l’Evangile part toujours à la recherche de la brebis perdue… en laissant sur place les 99 autres. Et quand il l’a retrouvée, son indicible joie est le fruit de sa miséricorde : « C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le Ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour 99 justes, qui n’ont pas besoin de conversion ! » (Lc 15,7).

Cela laisse entendre que la brebis perdue révèle l’indicible miséricorde du Cœur de Dieu que toutes les brebis doivent découvrir : en effet, éloignées ou apparemment plus près du Berger, toutes les brebis doivent être bouleversées par l’indicible miséricorde de Dieu ! Car en réalité, toutes les brebis sont « perdues » et sont sauvées par la miséricorde de Dieu crucifiée…

Tel est le mystère du salut universel par la foi en Jésus-Christ que Saint Paul proclame avec force : « Avant la venue de la foi, nous étions enfermés sous la garde la Loi, réservés à la foi qui devait de révéler… mais la foi venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue. Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus. Vous tous, en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a plus ni juif, ni grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous ne faites plus qu’un en Jésus Christ ! Et si vous appartenez au Christ, vous êtes donc de la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse… » (Ga 3,23-29).

Comment oublier ici la réaction violente du fils ainé dans la parabole de l’enfant-prodigue : il se met en colère contre son père et considère comme un scandale le festin d’un tel accueil pour son frère pécheur : n’a-t-il pas dissipé l’héritage « avec des prostituées » et son père fait « tuer pour lui le veau gras ! » (Lc 15,30). On notera au passage que sa relation au père très extérieure et que, de fait, il se situe plus au niveau de la loi (Lc 15,9) que de l’amour. La relation filiale au père lui échappe…

Comprenons bien ici que la miséricorde n’efface, ni ne contredit la justice mais qu’elle est le feu imprévisible d’un amour mystérieux qui « dit » Dieu : secret unique de son Cœur, la miséricorde jaillit des profondeurs de la Très Sainte Trinité ! En la contemplant sur la Croix, qui pourra dire jusqu’où va la folle tendresse du Cœur de Dieu transpercé ?

En même temps, il faut ici éviter toute ambiguïté en notant « que la miséricorde de Jésus ne s’exprime pas en mettant la loi morale entre parenthèses. Pour Jésus, le bien est le bien, le mal est le mal. La miséricorde ne change pas l’aspect du péché, mais le brûle d’un feu d’amour… En Jésus, Dieu vient nous donner l’amour et nous demander l’amour[3] ! »

En pardonnant à la femme adultère que les pharisiens voulaient lapider, le Seigneur conclut par une invitation à sortir du péché pour vivre une vie nouvelle dans la lumière : « va, désormais ne pèche plus ! » (Jn 8,11). C’est l’invitation à vivre d’un nouvel amour dans la Lumière du Christ…

La miséricorde est la réalité ultime de la foi et elle est notre dernier rempart face aux ténèbres de la désespérance… Saint Benoît a écrit dans sa célèbre Règle cette recommandation finale : « Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu ! » Et Syméon le Nouveau Théologien lui fait écho dans un texte unique dont le cri poignant traverse le temps :

« Tu connais ma misère… Tu vois ma faiblesse et mon infirmité, Toi qui m’as façonné, mon Dieu… Tu connais tout ! Regarde mon cœur humilié, regarde mon cœur contrit, regarde-moi qui m’approche de Toi dans le désespoir mon Dieu !… Ne tarde donc pas, Miséricordieux, ne détourne pas les yeux…

Dans ton Cœur je m’abrite, derrière ta pitié je me réfugie, c’est ton amour pour les hommes que je t’adresse comme intercesseur ! Je n’ai pas travaillé, je n’ai pas accompli les œuvres de la justice, jamais je n’ai gardé un seul de tes commandements… mais j’ai passé ma vie toute entière dans la débauche : pourtant, tu n’as pas détourné les yeux, tu m’as cherché et trouvé dans mon errance, tu m’as ramené de la route d’égarement… et sur tes épaules immaculées, jusqu’à la lumière de ta grâce, tu m’as soulevé, Ô Christ, tu m’as chargé, Ô Miséricordieux !… Je proclame ta pitié, je célèbre ta miséricorde, je m’émerveille et je rends grâce à la richesse de ta bonté[4] ! »

A la suite de ce cri bouleversant, puissions-nous laisser résonner à jamais en nos cœurs le chant de la Vierge bénie : « Sa Miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ! » (Lc 1,50).

+M-Mickaël

 

[1] Cardinal Robert Sarah, Dieu ou rien, entretien sur la foi avec Nicolas Diat, Fayard, 2015, p.32.

[2] Pape Benoît XVI, Angélus, 31 octobre 2010.

[3] Benoît XVI, Homélie à Assise, 17 juin 2007.

[4] Syméon le Nouveau Théologien, Hymnes XLI, Sources chrétiennes 196.




A l’écoute des Saints : Saint Jean, l’Apôtre bien-aimé du Seigneur ! (1)

« Ce qui était dès le commencement… »

1 Jn 1,1

 

Voici que nous allons approcher la beauté mystérieuse de l’Apôtre le plus contemplatif et le plus intime de Jésus, au point d’avoir reposé, si souvent, sur sa poitrine… comme pour écouter battre l’Amour du Cœur de Dieu ! (Jn 13,25).  En effet, « Saint Jean reposait sur le sein du Seigneur comme le Seigneur reposait sur le sein de son Père. Cette inoubliable formule, qu’Origène frappa au coin de son génie, proclame la splendeur de l’acte théologique : il est communion au mystère du Dieu vivant, contemplation de son Visage en Jésus-Christ[1]… »

C’est dans cette perspective que nous allons entrer ici dans la méditation des prières quotidiennes à Saint Jean Apôtre. On les retrouve dans notre « Livre de vie[2]» : là, nous est proposé pour chaque jour un texte à la fois évangélique, contemplatif et marial. Laissons résonner en nos cœurs celui du lundi :

« O Saint Jean, Apôtre bien-aimé du Seigneur, (Ap 1,9),

dès le commencement, (Jn 1,1-2 / 1 Jn 1,1-4),

tu fus saisi à jamais par le Regard du Maître… (Jn 1,35-39 / Ap 1,14)

Toi qui reposas si souvent sur sa poitrine… (Jn 13,25)

Toi qui contemplas, près de Notre Dame des larmes,

le mystère insondable de son Cœur ouvert sur la Croix… (Jn 19,25-37)

Par l’intercession de Marie, notre Mère, (Ac 1,14 / Jn 2,1-5)

aide-nous à accueillir, jour après jour,

« l’onction du Saint-Esprit » … (1 Jn 2,18-28)

Fais grandir en nous la certitude de la foi (Lc 18,8)

que « Dieu est Amour » … (1 Jn 4,7-16)

lui qui est « plus grand que notre cœur » (1 Jn 3,20)

et nous connaît en sa Miséricorde … (Jn 21,15-17)

Jean est le « bien-aimé » du Seigneur ! Apôtre particulièrement contemplatif, il laisse deviner son intimité la plus continuelle possible avec ce Dieu qui lui a révélé son Visage et son Cœur… et à travers une mission plus effacée qu’un Pierre ou un Paul, il est cependant un des visages éminent du Collège des douze : « Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru : Dieu est Amour ! » (1 Jn 4,16). Tel est le regard de foi d’une Eglise qui se découvre aimée… Tout part d’une puissance baptismale cachée dans le cœur face à « l’esprit de l’Antichrist » (1 Jn 4,3) : « Vous, petits enfants, vous êtes de Dieu et vous les avez vaincus. Car Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde ! » (1 Jn 4,4).

  1. « Dès le commencement… »

L’Evangile rapporte deux approches johanniques du « commencement » :

Le premier commencement est historique. Il se dévoile à la première rencontre avec Jésus après le regard et la parole mystérieuse de Jean-Baptiste qui n’a pas échappé à l’Apôtre : « Regardant Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu ! » (Jn 1,29). A cet instant, la vie de Jean va « basculer » à jamais avec celle d’André, le frère de Simon-Pierre : « Les deux disciples entendirent ses paroles et suivirent Jésus… et ils demeurèrent auprès de Lui ce jour-là. » (Jn 1,37-39). C’est cette première rencontre Unique que décrit Jean avec bouleversement au prologue de sa première Epître : un véritable credo que l’on peut répéter inlassablement en entrant peu à peu dans le regard contemplatif de l’Apôtre bien-aimé…

« Ce qui était dès le commencement,

ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux,

ce que nous avons contemplé,

ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ;

car la Vie s’est manifestée…

Nous l’avons vue, nous en rendons témoignage

et nous vous annonçons cette Vie éternelle,

qui était tournée vers la Père et qui nous est apparue… »

(1 Jn 1,1-2)

L’autre commencement de Jean nous projette dans l’éternité au cœur de l’origine de tout. On entre là dans une contemplation unique de la foi qui invite au silence, à la profondeur… car l’Apôtre n’aurait jamais pu écrire de telles lignes sacrées s’il n’avait découvert en Jésus, « le Verbe fait chair » (Jn 1,14), le seul Seigneur et Médiateur entre Dieu et les hommes : « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé ! » (Jn 1,18). Et c’est de là que Jean se situe pour nous révéler le mystère de la vie de Dieu :

 

« Au commencement était le Verbe

et le Verbe était tourné vers Dieu

et le Verbe était Dieu.

Il était au commencement tourné vers Dieu ! »

(Jn 1,1-2)

Quand on fait référence « au commencement », on pourrait choisir ici de préférer « au Principe » car en fait, « il n’y a pas de commencement… Nous sommes ici à l’origine, à la Source, de toute éternité jaillissante, en deçà de tout commencement, c’est-à-dire de toute création dans le temps[3] » comme l’indique Saint Jean juste après[4]. Nous sommes ici face au mystère éternel tel que l’indiquait déjà le Siracide dans l’éloge de la Sagesse (Si 24,1-9) ou le Livre des Proverbes de Salomon :

« Dès l’éternité, je fus établie,

dés le principe, avant l’origine de la terre…

Avant que fussent implantées les montagnes,

avant les collines, je fus enfantée ;

avant qu’il eût fait la terre

et les premiers éléments du monde.

Quand il affermit les cieux, j’étais là…

J’étais à ses côtés comme le maître d’œuvre,

je faisais ses délices, jour après jour,

m’ébattant tout le temps en sa présence… »

(Pr 8,23-30)

C’est en ce sens qu’un Père de l’Eglise affirme : « Avant le principe, il n’y a rien. Il n’existe pas de commencement du Principe. Si donc le Fils était au principe, on doit conclure qu’Il n’a pas commencé d’exister dans le temps, mais qu’Il EST de toute éternité avec le Père. C’est pourquoi Isaïe a dit : « Sa génération, qui la racontera ? Sa vie échappe à la terre[5] » (Is 53,8).

 

+ Marie-Mickaël

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Notes :

[1] Marie-Joseph Le Guillou, o.p. Préface du livre d’André Feuillet, Le Prologue du quatrième Evangile, DDB 1968, p. 7.

[2] Livre de vie pour les derniers temps, Communion de Refuges du Cœur Immaculé de Marie, Coollibri 2023, p.148 à 151. On peut télécharger l’ensemble du « Livre de vie » sur https.//refugedemarie.fr

[3] Bible Chrétienne, II Commentaires, p.6, Editions Anne Sigier,1988, p.6.

[4] « Tout fut par Lui, et sans Lui rien ne fut ! Ce qui fut en Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes !» (Jn 1,3-4).

[5] Saint Cyrille d’Alexandrie, Sur Jean 1,1 / Patrologie grecque 73,25.




Jésus marche sur les eaux… et Pierre avec lui : L’Eglise de la fin des temps prophétisée ! …

« Pierre, descendant de la barque,

se mit à marcher sur les eaux et vint vers Jésus… »

Matthieu 14,29

 

L’Evangile selon Saint Matthieu est le plus riche sur cette seconde tempête apaisée, et aussi le seul à rapporter l’épisode de Pierre marchant sur les eaux. Dès les premiers versets, ne peut-on d’ailleurs y deviner un dessein secret du Sauveur qui oblige les disciples à traverser le lac sans lui ? Cela se situe juste après la première multiplication des pains où Jésus assume lui-même le renvoi des foules et gravit la montagne pour une prière prolongée en solitude :

« Et aussitôt, il obligea les disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Et quand il eut renvoyé les foules, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. » Mt 14,22-23

Ainsi, le décor est campé : Jésus seul priant sur la montagne et la barque des disciples, seuls, « harcelée par les vagues » (Mt 14,24). Et Jean précise : « Il faisait déjà nuit… » (Jn 6,17). Alors surgit tout à coup ce regard de la tendresse de Dieu et sa venue miraculeuse qui n’a pas échappé à Saint Marc[1] : « Les voyant s’épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, il vient vers eux à la quatrième heure de la nuit[2] en marchant sur la mer… »  Et ici, comment ne pas remarquer ce trait évangélique : « Il allait les dépasser ! » (Mc 6,48). De fait, il faut saisir qu’il fait semblant de les dépasser… Cela nous renvoie à des épisodes majeurs de l’Ancien Testament où Moïse et Elie en témoignent magnifiquement : Yahvé est « un Dieu qui passe » ! (Ex 33 ou 1 R 19,9-13). Et comme avec les disciples d’Emmaüs, se manifeste à nouveau cette sorte de jeu divin où Jésus passe et semble s’éloigner pour provoquer une réaction, un appel… (Lc 24,28-29). De fait, en méditant cet Evangile, on se rend compte à nouveau combien il faut supplier l’Esprit-Saint d’avoir en permanence « l’intelligence de la foi » pour découvrir les « passages » de Dieu !

Les disciples en sont encore loin car « le voyant marcher sur les eaux, ils furent troublés : « C’est un fantôme ! » disaient-ils, et pris de peur ils se mirent à crier ! ». Devant ce trouble, Jésus tente l’apaisement : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » (Mt 14,26-27). Et dans ces moments délicats du ministère messianique, Pierre commence à exercer sa primauté[3] : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux ! – « Viens ! », dit Jésus. Et Pierre, descendant de la barque, se mit à marcher sur les eaux et vint vers Jésus… »

Cependant, si sa foi est réelle, elle est encore fragile : « Mais voyant le vent, il prit peur et, commençant à couler, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus tendit la main et le saisit, en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (Mt 14,28-31). Cet épisode nous propulse au cœur de l’Evangile en nous questionnant : jusqu’où ira notre foi en Jésus ? Derrière les belles paroles et les attitudes, il y a tout un éventail de degrés dans la puissance de la foi qui nous unit au Christ : « Car ce qui s’impose proprement à la conscience du croyant, ce n’est ni une vérité, ni une valeur, mais une réalité. Laquelle ? Celle du Dieu saint, vivant et se révélant dans le Christ Jésus… Tout cela est réalité, mais d’un autre ordre que le monde, plus réelle que le monde. Avoir la foi, c’est saisir cette réalité, s’unir à elle, se poser sur elle… Ce qui est arrivé à Pierre se répète tous les jours dans la vie du chrétien[4] ! »

Les étapes, les éclats et les chutes de la foi de Pierre nous invitent autant à l’humilité qu’à l’espérance : on n’a pas la foi une fois pour toutes ! Et il faut donc rester dans une grande vigilance et persévérance. Certes, la foi en Jésus est le trésor de l’Evangile mais il y a une croissance de la graine… (Mt 13,31-32). Dans une société du « tout » tout de suite, la patience de la germination est insupportable ! Et pourtant, la vie de Pierre à la suite de Jésus en témoigne clairement : « De tous ceux qui sont dans la barque, seul Pierre ose répondre ; et il prie le Seigneur de lui ordonner de venir sur les eaux… Mais sa peur sur le lac annonçait aussi sa faiblesse dans la tentation future. Car il osa marcher sur l’eau, mais enfonça ; et la crainte de la mort le poussa à renier son Maître. Cependant, il crie quand il enfonce, et il implore du Seigneur le salut. Le fruit de cette clameur fut sa pénitence : car dès ces premières heures de la Passion, il revint à lui pour confesser sa faute, et il reçut le pardon de son reniement avant que le Christ ne souffrît pour la Rédemption universelle[5]… »

C’est ce moment bouleversant où, juste après son reniement, « le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre » et là, « il pleura amèrement ! » (Lc 22,61-62). Seul, Jésus nous sauve des terribles tempêtes de la vie qui peuvent nous emporter vers le fond… Il faut donc toujours revenir à ce cri de la foi de Pierre quand il enfonce dans l’eau : « Seigneur, sauve-moi ! »

Dans la perspective de la fin des temps, on peut cependant se poser ici une question nouvelle : cet Evangile n’évoquerait-il-pas pour l’Eglise « un passage » de la barque visible à la barque invisible ? Cet épisode unique ne prophétiserait-il pas qu’une Eglise visible et identifiable attaquée de l’intérieur se transforme pour survivre… en « une Eglise cachée » dans le silence et la force de la foi ? Et devant la terrible adversité des derniers temps, le cri de Pierre ne serait-il pas en continu celui de l’Eglise universelle éprouvée : « Seigneur, sauve-nous ! » Car marcher sur l’eau durant les tempêtes est l’Eglise sans autre appui que la foi pure : son unique salut est de « regarder sans cesse Jésus » dans la prière et l’amour !

On pose ici ses pieds sur la barque invisible de l’Eglise où seul le saut dans la foi nous tient debout… Cela me fait penser à ce passage du Film « d’Indiana Jones 3 » avec Harrison Ford[6] : il lui est dit à un moment de traverser un précipice dont l’appui est « invisible » : « C’est le saut dans la foi : tu dois y croire ! » Et quand, face au vide, il fait le premier pas : le passage de pierre se matérialise et le sauve de l’abîme ! N’est-ce-pas là l’enjeu de la foi où le premier pas dans le vide apparent est décisif ? On peut faire référence ici à l’intuition majeure de Sainte Thérèse de Lisieux dans sa simplicité mystérieuse :

« C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour[7] ! »

N’est-ce-pas là le grand saut dans la foi ? Thérèse l’a tant saisi et expérimenté qu’elle ajoute dans la même lettre : « Restons bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d’esprit et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d’amour… Oh ! que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens ! … »

Ainsi, à la fin des temps, il faut nous préparer à quitter un certain confort de la foi portée par la barque… et face aux terribles tempêtes eschatologiques, nous nous appuierons sur la barque invisible de la foi, le regard fixé sur Jésus ! Ces défis et ces cris de la foi nous orienterons vers « l’autre rivage » où Dieu nous conduit… car, à travers les épreuves, il veut parfaire cette confiance qui nous immergera dans l’Amour !

Un Saint Bernard nous partage magnifiquement son expérience en ce sens :

« Un jour, Jésus feignait de passer outre, non que ce fut son dessein, mais pour s’entendre dire : « Demeurez avec nous, Seigneur, car il se fait tard ! » (Lc 24,29). Une autre fois encore, marchant sur la mer, il fit semblant de passer outre, voulant éprouver la foi et provoquer la prière des Apôtres. Cette dissimulation, pleine de bonté, qu’a employée le Verbe corporellement visible, l’Esprit ne cesse d’en user à l’égard des âmes. S’il passe, il veut être retenu, et être rappelé s’il s’éloigne. Il va et vient, visitant l’âme le matin, et l’éprouvant ensuite. S’il s’éloigne, c’est de sa part un plan. S’il revient, c’est l’effet de sa seule volonté. Il agit avec sagesse et connaît seul la raison de sa conduite[8]… »

Et dans la mesure où l’Esprit-Saint n’agit jamais sans la Présence de son Epouse, comment ne pas conclure ici par un texte marial sur le Rosaire ? Il est la voie la plus simple et la plus profonde sur le chemin mystérieux de la foi :

N’ayons donc pas peur de la répétition que propose la prière du Rosaire. C’est une répétitivité contemplative qui nous met en harmonie avec le mouvement cyclique de la création… Comme le dit Sœur Lucie de Fatima : « La répétition des « Ave Maria » n’est pas une chose vieillie. Toutes les choses qui existent et ont été créés par Dieu se maintiennent par le moyen de la répétition continuelle des mêmes actes… Le soleil, la lune, les étoiles, les oiseaux, les plantes… et ils sont bien plus anciens que le Chapelet ! Saint Jean dit que les bienheureux dans le Ciel chantent un cantique nouveau, en répétant toujours : « Saint, saint, saint est le Seigneur ! » (Ap 4,8). Et le cantique est nouveau parce que, dans la lumière de Dieu, tout apparaît avec un reflet nouveau[9]! »

Ainsi, cette vigilance du cœur exprimée dans la répétition du chapelet est l’expression d’une foi où le pauvre demande, l’assoiffé cherche et où l’amoureux frappe inlassablement à la porte du Cœur de Dieu ! (Lc 11,9). Il s’agit de désensabler cette source mystérieuse cachée au fond de nous… Le Rosaire vient donc libérer en nous la « Source cachée » ! Chaque « Réjouis-toi » est éclosion de joie parce qu’il nous ouvre à l’éternelle nouveauté de l’Amour offerte à travers le Cœur silencieux de Marie…

+Marie-Mickaël

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Notes

[1] Saint Irénée de Lyon écrivait en 180 : « Marc, le disciple et l’interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. L’influence de Pierre se lit, paradoxalement, dans la grande humilité de son porte-parole… »

[2] Entre 3 et 6 heures du matin : on peut dire que Jésus se fait attendre… Cela laisse entrevoir la dimension eschatologique de son retour qui, dans les épreuves multiples des derniers temps, « semblera » longue et improbable : on comprend mieux ici pourquoi certains Saints ou Saintes demandaient pour leur foi « la grâce de la persévérance finale ! »

[3] Souvenons-nous ici de la Confession de Pierre après le discours de Jésus sur le Pain de Vie : « Seigneur, à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. Nous, nous le croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu ! » (Jean 6,67-69.)

[4] Romano Guardini, Le Seigneur, vol 1, Ed. Alsatia, 1946, p.224-226.

[5] Saint Hilaire, Sur l’Evangile selon Saint Matthieu, Patrologie Latine 9, 1002.

[6] « Indiana Jones et la dernière croisade », 1989, avec Sean Connery et Alison Doody.

[7] Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, Lettre 197, Cerf-DDB 1992, p.553

[8] Sermon 74, Sur le Cantique des cantiques, 3.

[9] Lettre à Maria Teresa de Cunha, 12 avril 1970.




La première tempête apaisée : la barque de l’Eglise menacée… et le peu de foi en Jésus !

Jésus leur dit « Passons sur l’autre rive ! »

 Et ils gagnèrent le large…

Luc 8,22

        Quelle étonnante actualité se dévoile dans cet Evangile de la tempête apaisée ! Car dans l’histoire de l’Eglise comme dans celle de nos vies, il y a toujours cet instant majeur de la foi où le Seigneur marche devant nous en nous adressant cette parole mystérieuse[1] : « Passons sur l’autre rive ! … » Cette invitation à la traversée résonne en nos vies comme un appel à prendre le large… et cet appel du « large » signifie en réalité que pour rester vivante, la foi doit garder le sens de l’aventure : le risque de la traversée n’est pas facultatif !

Croire et suivre Jésus sera d’abord et toujours « beaucoup prier » pour l’écouter et lui laisser « l’initiative de l’orientation » car rien n’est plus dépouillant et épanouissant que de « faire sa volonté » … N’est-il pas allé Lui-même jusqu’au bout de la volonté du Père ? (Mt 6,10).  Elle est sa nourriture de chaque instant ! (Jn 4,34). Mais chez nous, le train-train quotidien de la sécurité matérielle trop souvent nous aveugle ! Et pourtant, au fond de notre cœur résonne toujours le mystérieux appel de Dieu vers le large… car c’est loin du rivage et en eau profonde qu’Il opère des merveilles !

Dans ces tempêtes imprévues de la vie, nous nous sentons perdus comme les Apôtres. Nous pouvons être tentés par le même reproche dont témoigne Saint Marc : « Maître, tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ! » (Mc 4,38). Nous allons périr et tu sembles ailleurs !…  A leur suite, notre prise de conscience majeure est de voir que Jésus est dans la barque : le réveiller par ce cri où résonne à la fois la crainte et la confiance est alors notre seul salut ! Pourtant, on se sent seul, car les éléments déchainés semblent dire le contraire : « Il se produisit un grand tourbillon de vent… et les vagues se jetaient dans la barque !… Or, Lui était à la poupe, dormant sur le coussin. » (Mc 4,37-38). C’est là qu’il faut plonger au fond de notre cœur où la foi dit qu’Il est toujours là ! Le sommeil du Maître nous enseigne profondément :

« C’est l’annonce, dans ce contexte, que Jésus traversera un jour les eaux de la mort et que l’Eglise doit, pleine de confiance, les traverser à sa suite, avec lui, comme les disciples le firent ce jour-là… Le sommeil du Maître signifie de façon exemplaire la confiance que l’homme doit avoir en Dieu : autant par son apostrophe véhémente, Jésus en dormant invite les disciples apeurés à découvrir, à travers son silence ou son absence apparente, la présence de Celui qui peut tout[2] ! »

Dans une situation désespérée, le réveil du Christ révèle tout à coup la puissance impressionnante du Fils de Dieu : « S’étant réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence ! Tais-toi ! » Le vent tomba et il se fit un grand calme… » (Mc 4,39). Ce miracle dévoile l’identité du Christ : il « s’est fait homme », mais il demeure « vrai Dieu, né du vrai Dieu » comme le proclame notre Credo[3]. Car maîtriser les vents et apaiser la mer est une œuvre divine. C’est d’autant plus remarquable ici où Jésus n’invoque pas Dieu comme Jonas, mais « agit par lui-même » !

Ensuite, l’interpellation du Seigneur ne se fait pas attendre… et à travers les Apôtres, elle s’adresse aussi à tous les chrétiens : « Pourquoi avez-vous peur ainsi ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (Mc 4,40). Certes, on peut dire que dans leur peur extrême, ils se sont tout de même tournés vers lui : « Maître, Maître ! Nous périssons ! » (Lc 8,24). Cela signifie qu’il y a un début de foi chez les Apôtres, si fragile et trop humaine soit-elle. Cependant, nous ne sommes qu’au début de l’Evangile et cette foi va se fortifier… plus tard, viendra la célèbre profession de foi prononcée par Pierre au nom de tous les Apôtres : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu ! » (Jn 6,69).

Ainsi, après la peur de périr, la sidération des Apôtres est d’autant plus grande devant ce divin prodige : « Ils furent saisis alors d’une grande crainte. Et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est donc celui-ci pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » (Mc 4,41). Ils sont encore dans le questionnement sur l’identité de Jésus, mais Ils se souvenaient sans doute du psaume qui rappelle une telle puissance : « C’est toi qui maîtrises l’orgueil de la mer ; quand ses flots se soulèvent, c’est toi qui les apaises ! » (Ps 88,10).                                                                                                                                        +Marie-Mickaël

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Notes

[1] Dans les trois synoptiques : Mt 8,18,23-27 / Mc 4,35-41 / Lc 8,22-25.

[2] Xavier Léon-Dufour, Etudes d’Evangile, p.180 et 163, Seuil 1965.

[3] Credo de Nicée (325) et de Constantinople (381).

Image : tableau de Delacroix




Le mystère de la Miséricorde surprend les anges !…

       Nous l’avons approché précédemment : le temps de l’Extrême Miséricorde touche à sa fin car par son terrible égarement, l’humanité actuelle lui tourne le dos et bascule dans le redoutable temps de la justice ! Il est donc temps de se « convertir » en entrant dans l’Arche du Cœur Immaculé de Marie ! Là, règne la paix de Dieu ! Précisons bien ici que convertir signifie « se tourner » vers la Lumière… c’est la fameuse « métanoïa » évangélique où s’opère un « changement de mentalité », un « retournement », un « bouleversement » où la lumière du Christ envahit peu à peu notre vie par les choix et les orientations visibles de notre cœur ! La conversion à la Lumière se voit dans les actes. Un Saint Jean Apôtre si contemplatif nous y invite avec force en proclamant l’Évangile de la charité :

« Celui qui aime son frère demeure dans la lumière… et nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères !… Petits enfants, n’aimons ni de mots ni de langue, mais en acte et en vérité ! A cela, nous aurons que nous sommes de la vérité, et devant lui nous apaiserons notre cœur, si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout ! »   (1 Jn 2,10 et 3,14-16-20)

Ces paroles de Jean sont à graver au plus profond de nous… A travers l’humilité et l’espérance, elles expriment notre plus grand combat spirituel[1]. Mais cette lutte doit être devancée et fondée sur la plus grande découverte du mystère de la foi : l’indicible secret de la Miséricorde ! en effet, « elle est comme le deuxième nom de l’Amour, et elle est en même temps la manière propre dont il se révèle et se réalise pour s’opposer au mal qui est dans le monde, qui tente et assiège l’homme, s’insinue jusque dans son cœur et peut « le faire périr dans la géhenne ! » (Mt 10,28) … aucun péché de l’homme ne peut prévaloir sur cette force, ni la limiter[2]… »

En effet, le mystère fou de la Miséricorde divine étonne autant les Anges qu’il bouleverse le cœur des hommes ! La sainte Ecriture le proclame tant de fois : « Seigneur, ta miséricorde est sans mesure ! » (Ps 118,156). D’ailleurs, la signification du mot latin « misericordare » est déjà si éclairante : « Cœur qui se donne à la misère ! » (miseri-cor-dare).

La Sainte Bible renferme deux autres sources lumineuses : tout d’abord à travers le visage de David, figure du Christ, qui exerce vis-à-vis de Saül, son persécuteur, la « Hésed » qui est « une miséricorde d’Elohim » (2 Samuel 9,3). L’autre source est les « Rahamim » : les « entrailles » du Cœur de Dieu qui se révèlera transpercé sur la Croix… (Jn 19,33-34) et dont la blessure se révèle déjà dans son ministère quand il est bouleversé en voyant tant de « brebis sans berger ! » (Mt 9,36). L’Evangile de Luc en témoigne magnifiquement par le regard de Jésus sur la veuve de Naïm (Lc 7,13) ou le retour de l’enfant prodigue ! (Lc 15,20).

Cette folle et indicible miséricorde de Dieu est presque toujours incompréhensible aux yeux de l’homme pécheur, voire révoltante ! On aimerait que le Dieu du Ciel se bouge et exerce sur terre sa puissante justice face à la violence et l’horreur des hommes ! Mais lui, attaché à la Croix, s’offre pour tous les sauver… et il ose cette parole qui traverse l’histoire : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Lc 23,34).

N’est-ce pas donc sur la Croix que tout est dit ? N’est-ce pas sur la Croix que Dieu révèle son Visage et son Cœur ? Tel est le mystère central de la foi à longuement contempler… et il faut bien saisir ici que « le don du Saint-Esprit, c’est de savoir regarder le Christ en Croix comme la la manifestation du secret le plus intime de Dieu, celui de son amour pour nous… Les impies « vident crucem, non vident unctionem », ils voient la Croix, ils ne voient pas l’onction, c’est-à-dire le Ciel. Si nous voyons la Croix sans voir le Ciel, nous sommes en danger de perdre la foi comme les Apôtres. Il faut demander la grâce de sentir le Ciel à travers le regard du Christ nous disant : « Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le Paradis ! » (Lc 23,43). Jésus nous a ouvert les portes, et nous pouvons être possédés dès maintenant par sa gloire dans l’obscurité de la foi. Alors, nous commençons à entrevoir le mystère de la Miséricorde[3]… »

Comment ici ne pas laisser résonner les paroles de feu de Sainte Faustine qui nous ouvrent les portes de la Miséricorde :

« Oh, comme la bonté de Dieu est grande, plus grande que ce que nous pouvons en concevoir. Il y a des moments et des mystères de la miséricorde divine à la vue desquels les Cieux sont surpris ! »

La miséricorde de Dieu est plus forte que notre misère. Une seule chose est nécessaire : que le pécheur entrouvre, ne serait-ce qu’un peu, les portes de son cœur aux rayons de la miséricorde divine, et Dieu fera le reste…

La perdition est pour l’âme qui veut se perdre, mais celui qui désire le salut trouve la mer inépuisable de la miséricorde du Seigneur. Seule l’âme qui le voudra elle-même sera damnée, car Dieu ne condamne personne…

Même si j’avais eu sur la conscience les péchés de tous les damnés, je n’aurais pas douté de la miséricorde de Dieu, mais, le cœur contrit, je me serais jetée dans l’abîme de ta miséricorde ! Je crois, O Jésus, que tu ne m’aurais pas repoussée loin de Toi ! Car l’âme rend la plus grande gloire à son Créateur lorsqu’elle se tourne avec confiance vers la miséricorde divine[4]… »

Alors, pour répondre au cri bouleversant de Sainte Faustine, laissons-nous toucher par cette parole de Saint Augustin où résonne le cri de toute sa vie, et surement de la nôtre :

« Tard je t’ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée. C’est que tu étais au-dedans de moi, et, moi, j’étais en dehors de moi… Tu m’as touché, et je brûle du désir de ta paix !…  Quand je te serai attaché de tout mon être, il n’y aura désormais nulle part pour moi de douleur et de fatigues ; ma vie, toute pleine de toi, sera alors la véritable vie…

Toute mon espérance n’est que dans l’étendue de ta miséricorde[5] ! »

                                                                                                       +M-Michaël

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Notes

[1] Ce combat spirituel s’actualise dans la prière la plus puissante et la plus apaisante : le Rosaire quotidien de la Vierge, don de son Cœur Immaculé, qui est la porte ouverte sur la prière continuelle… Vient ensuite la vie sacramentelle à travers la Confession des péchés et le trésor de la Sainte Eucharistie ! Et plus l’amour de Dieu nous habitera, plus grande sera alors l’attention aux autres dans la charité fraternelle ! Saint Jean est formel : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas ! » (1 Jn 4,20).

[2] Saint Jean-Paul II, Encyclique Dives in Miséricordia, Dieu riche en miséricorde, 1980, n°7.

[3] Marie Dominique Molinié, Qui comprendra le Cœur de Dieu, Saint Paul 1994, p.152-153.

[4] Le Rosaire, textes de Sainte Faustine, Petit Journal, Monastère de Chambarand, 1997, p.36-37.

[5] Saint Augustin, Les Confessions, Chapitre 27-28-29.




Le temps de l’extrême Miséricorde…

« O malheureux, qui ne profitez pas maintenant

de ce miracle de la miséricorde divine ;

en vain vous appellerez, il sera déjà trop tard ! »

Jésus à Sainte Faustine, Petit Journal, 1448

      Cette parole peut nous sembler dure et menaçante, d’autant plus qu’elle vient du Christ miséricordieux. N’a-t-il pas affirmé à Sainte Faustine : « Ma miséricorde est plus grande que ta misère et celle du monde entier. Qui a pris la mesure de ma bonté[1] ? » Mais ne lui a-t-il pas dit aussi : « Tu prépareras le monde à mon ultime venue ! » Cela signifie que ce monde actuel aura une fin et qu’un dévoilement terrible s’opérera par la lumière du Seigneur : le temps de la miséricorde si peu accueillie et si souvent piétinée… laissera place au temps de la justice qui sera une stupéfiante mise en lumière ! Jésus ne l’a-t-il pas laissé entendre à Faustine : « Avant de venir comme Juge équitable, j’ouvre d’abord toutes les portes de ma miséricorde. Qui ne veut pas passer par la porte de ma miséricorde, doit passer par la porte de ma justice…[2] »

Or, force est de constater que cette civilisation du bruit, de la jouissance et des loisirs n’écoute plus : elle est dominée par la « dictature du relativisme » selon la si juste expression de Benoît XVI. Elle est « ailleurs », enfermée dans les délires jouissifs du progrès sans fin dont le « transhumanisme » est l’étape ultime et sans retour !… Certes, l’infinie miséricorde du Cœur de Dieu est éternelle et offerte à chaque instant ; mais si l’Enfer existe, c’est parce qu’il est aussi possible à notre liberté responsable de la refuser jusqu’au bout. Les paroles du Père des Cieux à Sainte Catherine de Sienne sur « le désespoir de Judas » nous éclairent sur ce terrible mystère où l’homme joue son éternité :

« Le péché impardonnable, dans ce monde et dans l’autre, c’est celui de l’homme qui, en méprisant ma miséricorde, n’a pas voulu être pardonné. C’est pourquoi je le tiens pour le plus grave, et c’est pourquoi le désespoir de Judas m’a attristé plus moi-même et a été plus pénible à mon Fils que sa trahison. Les hommes seront donc condamnés pour ce faux jugement qui leur fait croire que leur péché est plus grand que ma miséricorde[3] ! »

Telle est la leçon ultime de l’Evangile : aucun péché, si horrible soit-il, n’est plus fort que l’infinie miséricorde de Dieu ! N’oublions donc jamais qu’au moment où le Cœur de Jésus s’est ouvert sur la Croix :  le flot d’amour sans fond de l’Esprit a jailli (Jn 19,34) pour s’offrir à tout homme à travers l’histoire ! Il faut croire et tenir à cette vérité plus que tout car on est ici au cœur du mystère du salut : là se joue notre rédemption et notre vie éternelle !

Le mystère de la miséricorde est donc au cœur de notre foi et nous n’avons que cette vie pour découvrir la bouleversante vérité annoncée par Jean, l’Apôtre bien-aimé : « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru : Dieu est Amour ! » (1 Jn 4,16). Ainsi, nos choix et notre persévérance préparent en cette vie notre éternité. Alors, blottissons-nous dans les bras de Marie car « l’Immaculée nous couvrira de son manteau devant la justice de Dieu… la victoire est sûre dans la douceur de ses mains immaculées[4]… »

                                                                                                  +M-Mickaël

[1] Petit Journal, 1485 : Parole et Dialogue, 2004. Préface du Cardinal Paul Poupard.

[2] Petit Journal, 1146.

[3] Saint Catherine de Sienne (1347-1380), Docteur de l’Eglise, Livre des dialogues, 37.

[4] Saint Maximilien-Marie Kolbe, Conférences, 30 mai 1935 et Notes personnelles, août 1918.




Akita : une prophétie de la Vierge se réalise sous nos yeux…

Akita est une ville située au nord-ouest du Japon. Et c’est dans le Couvent des Sœurs Servantes de l’Eucharistie que Sœur Agnès Sasagawa a reçu des visions de son Ange Gardien et de la Vierge Marie à partir de 1973. C’est là aussi qu’une statue de bois de Notre Dame a versé plus de cent fois des larmes humaines jusqu’en 1981. Monseigneur Ito, l’Evêque du lieu à Niigata, en a été témoin à quatre reprises… et le 22 avril 1984, après une longue enquête, il a reconnu officiellement le caractère surnaturel des événements d’Akita.

Juste après la reconnaissance, Mgr Ito a d’ailleurs soumis le texte de la dernière Apparition de la Vierge du 13 octobre 1973 au Cardinal Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Nous allons voir que ce message ultime de Notre Dame annonce de terribles épreuves pour l’Eglise et pour le monde… Et à cette époque, le futur Benoît XVI, connaissant déjà le contenu du 3° secret de Fatima déclara : « Ces deux messages de Fatima et d’Akita sont en substance les mêmes ! »

Et comment ne pas mentionner ici les autres messages de la Vierge à Garabandal en Espagne ou à Kibého au Rwanda. Dans ce petit pays[1] au cœur de l’Afrique, Elle invite avec force à la pénitence et annonce de grandes épreuves pour l’Eglise : « Convertissez-vous quand il en est encore temps… Si vous ne vous repentez pas, vous allez tomber dans un gouffre ! L’enfant de Marie ne se sépare pas de la souffrance ! Le monde est en rébellion contre Dieu, trop de péchés s’y commettent ; il n’y a pas d’amour ni de paix (15 mai 1982) … »

« Priez sans relâche pour l’Eglise car de grandes tribulations l’attendent dans les temps qui viennent ! » (22 novembre 1983).

Alors, écoutons l’ultime message que la Vierge nous adresse à Akita à travers Sœur Agnès. Il ne suffit pas de le lire par curiosité ou par peur… car dans toute annonce prophétique, la gravité des événements annoncés est conditionnée par la « réponse » des hommes :  conversion ou pas, ou trop peu, au Dieu Amour et miséricordieux. Le terrible effondrement issu du péché peut donc être réduit ou effacé. La Bible en témoigne : à l’annonce de Jonas, la conversion des habitants de Ninive et de leur Roi éloignera la destruction de l’immense ville ; n’en déplaise au prophète qui se rebelle contre la miséricorde de Dieu ! (Jon 4,1-11). Mais ça n’est pas le cas de Sodome où domine l’horreur de l’iniquité : « depuis les jeunes jusqu’aux vieux, tout le peuple sans exception ! » (Gn 19,4) …  Cette ville sera détruite par « le feu du ciel », malgré l’intercession d’Abraham ! (Gn 18 et 19).

Devant l’état de notre civilisation actuelle, devenue cette Babylone mondialiste « mère des prostituées et des abominations de la terre » (Ap 17,5), prenons conscience que les « Appels » répétés de la Vierge à la conversion par ses Apparitions depuis Fatima, en 1917, sont les ultimes « cris » de la miséricorde de Dieu ! Alors, lisons et relisons avec grande attention ce dernier message de Notre tendre Mère à Akita du 13 octobre 1973. Il est comme écrit avec le sang de son Cœur douloureux et Immaculé :

« Ma chère fille, écoute attentivement ce que je vais te dire. Tu en informeras ton Supérieur. Comme je te l’ai dit, si les hommes ne se repentent pas et ne s’améliorent pas, le Père infligera un châtiment terrible à toute l’humanité ! Ce sera un châtiment plus grand que le déluge, comme on n’en a jamais vu auparavant : un feu tombera du ciel et fera disparaitre une grande partie de l’humanité, les bons comme les mauvais, n’épargnant ni les prêtres ni les fidèles. Les survivants se trouveront dans une telle désolation qu’ils envieront les morts !

Les seules armes qui vous resteront alors seront le Rosaire et le Signe laissé par mon Fils. Chaque jour, récitez les prières du Rosaire. Avec le Rosaire, priez pour le Pape, les Evêques et les prêtres. Le travail du Diable s’infiltrera même dans l’Eglise, de sorte qu’on verra des Cardinaux s’opposer à des Cardinaux, et des Evêques contre d’autres Evêques ! Les Prêtres qui me vénèrent seront méprisés et combattus par leurs confrères. Les églises et les autels seront saccagés. L’Eglise sera pleine de ceux qui acceptent des compromissions et le Démon poussera de nombreux Prêtres et des âmes consacrées à quitter le service du Seigneur ! Le Démon va faire rage en particulier contre les âmes consacrées à Dieu !

La pensée de la perte de tant d’âmes est la cause de ma tristesse. Si les péchés augmentent en nombre et en gravité, il ne sera plus question de pardon pour eux[2]. Parle avec courage à ton supérieur, il saura encourager chacune d’entre vous à prier et à accomplir des œuvres de réparation… »

Et après avoir souri, la Vierge ajouta : « As-tu encore quelque chose à demander ? Aujourd’hui, c’est la dernière fois que je te parle en personne. A partir de ce moment, tu obéiras à celui qui t’a été envoyé, à lui et à ton supérieur… Prie beaucoup les prières du Rosaire. Moi seule peut encore vous sauver des calamités qui s’approchent. Ceux qui mettront leur confiance en moi seront sauvés ! »

Ce dernier message de la Vierge à Akita est à la fois « bouleversant » de mise en vérité… mais aussi « terrible » sur les conséquences des péchés de la civilisation actuelle. N’est-t-elle pas en train de s’effondrer sous l’influence des forces obscures et trompeuses de Satan ? Si bien que « Le travail du Diable s’infiltrera même dans l’Eglise ! » Et que voit-on aujourd’hui après la déclaration du Dicastère de la foi sur la « bénédiction » des couples non mariés, divorcés remariés ou homosexuels : une soi-disant avancée qui, quoi qu’en dise le Cardinal Fernandez appuyé par le Pape François, ouvre une perspective inédite dans l’Eglise. Elle aura un impact désastreux sur le fondement divin du seul mariage voulu par Dieu : « un homme et une femme » selon le titre célèbre du film de Claude Lelouch oscarisé au festival de Cannes.

De fait, on joue sur les mots, mais aux yeux du monde et de ceux et celles qui seront bénis, tout bascule : c’est désormais le début d’une « légitimation » de leur situation sans aucun appel à la conversion. Immense mensonge qui trompe tout le monde et où l’on ose avancer hypocritement que cette bénédiction « n’entend pas légitimer quoi que ce soit ! » Comme l’a dit le courageux Cardinal Joseph Zen : « Cela est pastoralement insoutenable ! »

On pourrait citer ici de nombreux Evêques ou Conférences épiscopales qui approuvent ou résistent à cette déclaration romaine. Mais intéressons-nous aux plus pauvres et aux plus petits qui, souvent, sont les grands témoins de la lumière du Christ… Ecoutons Mgr Martin Mtumbuka, Evêque de Karonga, au Malawi. Il réagit à la publication de « Fiducia supplicans » :

« Nous n’avons pas le choix. Nous ne pouvons pas permettre qu’une déclaration aussi offensante et apparemment blasphématoire soit mise en œuvre dans notre diocèse… Pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, un document émis par le Saint Siège et signé par le Saint-Père est rejeté par ses confrères Evêques et publiquement rejeté !… Il ressemble à une hérésie pour nous, il se lit comme une hérésie… » car même si le document semble donner l’impression que la bénédiction se réfère à des homosexuels individuels, il s’agit de la bénédiction d’une « union » comme le précise l’Evêque : « Ils se sont présentés comme un couple, partent comme un couple, rentrent chez eux comme un couple, dorment dans le même lit comme un couple. Ils semblent donc être bénis en tant que couple. Comment cela pourrait-il ne pas changer l’enseignement authentique de l’Eglise[3] ? »

Ainsi, depuis que cette déclaration a été publiée le 18 décembre 2023, on voit des Cardinaux s’opposer à des Cardinaux, et des Evêques affronter d’autres Evêques ! La division est entrée dans l’Eglise et elle était annoncée par La Vierge à Akita ! Et si nous sommes témoins de la « deuxième partie » de la prophétie qui est en train de se réaliser mondialement, par épiscopats opposés, cela « peut » signifier que la « première partie » de la prophétie risque de suivre : ce feu redoutable « qui tombera du ciel ! » Supplions dans la prière et la pénitence, Rosaire en main, pour que ces malheurs s’éloignent de l’Eglise et du monde !

Plus récemment, à 88 ans, sœur Agnès Sasagawa d’Akita a reçu un dernier message dont la concision laisse deviner que nous sommes entrés dans la terrible période de « l’extrême » fin des temps ! Elle en a parlé à une autre sœur en lui donnant la permission de diffuser ce court et signifiant message :

« Le Dimanche 6 octobre 2019, à 3h30 du matin, à Akita, le même Ange qu’il y a environ 30 ans est apparu devant moi : L’Ange m’a d’abord dit quelque chose de privé…

Puis il a ajouté : « La bonne chose à annoncer à tout le monde est : « Couvrez-vous de cendres[4] et, s’il vous plaît, priez le Rosaire pénitentiel tous les jours ! » Et vous, sœur Agnès Sasagawa, devenez comme une enfant et chaque jour, veuillez offrir des sacrifices ! »

Alors, réfugions-nous en cette foi de la Vierge au pied de la Croix où, emportée dans la souffrance sans nom de son Fils bien-aimé, son espérance est déjà victorieuse : en effet, caché au plus profond de son Cœur douloureux et Immaculé, le soleil de la Résurrection brille déjà…

Et comme l’a prophétisé Saint Jean-Paul II : en « ces temps de la grande Epreuve », vivons déjà dans le secret du cœur « les temps de la grande Espérance ! » Un Père de l’Eglise l’a confirmé :

« Le feu caché et comme étouffé sous les cendres de ce monde… éclatera et embrasera divinement l’écorce de la mort[5] ! »

 

                                                                                                          +M-Mickaël

 

[1] De 1981 à 1989, la Vierge Marie est apparue à Kibého au Rwanda à trois jeunes filles : Alphonsine, Nathalie et Marie-Claire. Les Apparitions seront reconnues le 29 juin 2001 par Mgr Augustin Misago, Evêque de Gikongoro. Kibého est appelée la « Lourdes d’Afrique » où Notre Dame avait prévenu pour éviter le génocide de 1994.

[2] « O malheureux, qui ne profitez pas maintenant de ce miracle de la miséricorde divine ; en vain vous appellerez, il sera déjà trop tard… » Jésus à Sainte Faustine : Petit Journal, 1448. Voir Matthieu 25,11-13 qui se termine par : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure ! »

[3] Sermon de Noël 2023.

[4] Telle la poussière, image à la fois du péché et de la fragilité de l’homme, la cendre dont on se couvre la tête exprime la pénitence et le deuil ! (Jon 3,5-6 / Mt 11,21 / Lc 10,13).

[5] Saint Grégoire de Nysse, Contre Eunome, 5, Patrologie grecque, 45,708.




Le silence de Saint Joseph… devant le mystère de la Mère de Dieu…

En cette fin du temps béni de l’Avent, le silence de Saint Joseph vient inspirer notre cœur. Aujourd’hui, Noël est devenu la fête bruyante de la consommation et nous avons tant besoin de nous « taire » pour découvrir que Dieu est là, caché au fond de nous… Or, le silence de Saint Joseph « dit » ici sa profonde humilité : devant le « mystère » que porte Marie en son sein… il entre dans le secret d’une épreuve où l’ombre de la Croix déjà le recouvre : Comme par avance, n’est-t-il pas tout près l’Agneau immolé, « scandale pour les Juifs et folie pour les païens » ? (1 Co 1,23). Comment est-ce envisageable que sa fiancée le porte déjà si petit en son sein ? Ecrasé par un tel mystère, son humilité le pousse à s’éloigner… et en même temps le texte de Saint Matthieu nous laisse deviner toute une tendresse bienveillante pour Marie :

« Joseph, son époux, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret… » (Mt 1,19).

Il faut bien saisir ici qu’être juste selon l’Ecriture, « c’est correspondre à ce que Dieu a mis en nous de possibilités pour réaliser la destinée à laquelle Il nous appelle… Il faut que Joseph ait été bien juste pour ne pas accuser ou du moins soupçonner, comme il aurait été naturel, la délicate pureté de la Vierge Marie dont il était le témoin : justement parce qu’il est juste, Joseph s’est abstenu de juger[1]. » Le commentaire de Saint Jérôme va dans ce sens :

« Comment Joseph est-il déclaré « juste », si l’on suppose qu’il cache la faute de son épouse ? Loin de là : c’est un témoignage en faveur de Marie : Joseph, connaissant sa chasteté, et bouleversé par ce qui arrive, cache, par son silence, l’événement dont il ignore le mystère[2] »

On est ici devant le plus grand secret de l’Evangile : quand vient le Verbe de Dieu, le silence est la plus grande des louanges et Saint Joseph en témoigne par la splendeur de son effacement. Face à ce Dieu qui se fait si petit, Il tourne autour du mystère comme Moïse devant le buisson ardent… (Ex 3,3). Ne pressent-il pas que l’Indicible est caché dans l’ordinaire ? Enfoui dans le sein de « la » Femme, Dieu l’a précédé et s’offre à lui, à travers Celle qui lui était promise…

Alors, « pourquoi Joseph voulut-il renvoyer Marie ? Prends cette interprétation, qui n’est pas la mienne, mais celle des Pères : Joseph voulut la renvoyer pour la même raison qui faisait dire à Pierre : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur ! » (Lc 5,8) et au Centurion : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ! » (Mt 8,8). Pierre trembla devant la puissance divine, et le Centurion trembla en présence de la Majesté. Joseph fut saisi de crainte – comme il était humainement normal – devant la profondeur du mystère ; c’est pourquoi il voulait renvoyer Marie secrètement[3]… »

Mais l’Ange viendra le rassurer par un songe durant la nuit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit-Saint ! » (Mt 1,20). Et à travers et au-delà de Joseph, cette parole vient résonner dans l’histoire de l’humanité et dans la vie de chacun et chacune en particulier : « Ne crains pas de prendre chez toi, Marie… » Elle est « ta » Mère… et que tous ceux qui résistent « encore » à cette douce réalité se laissent vaincre par la Parole du Christ en Croix en personne : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27). Aujourd’hui, comme Joseph et Jean, accueillerons-t-ils Marie chez eux ?

Nous aussi, devant les épreuves de la vie qui, souvent, nous éloignent de l’Enfant-Dieu et de sa Mère, prenons conscience qu’au cœur de notre foi, les bras de Marie sont sans cesse « tendus » pour nous porter… Dans le Salve Regina, nous chantons : « Spes nostra, Salve ! » (Notre Espérance Salut !). Cette espérance, Dieu nous l‘a donnée. Dans la famille, l’espérance, c’est la mère. Il en est de même dans le monde spirituel : personne ne peut dire qu’il a perdu l’espérance puisqu’il n’a pas perdu l’Immaculée !

Elle seule va nous apprendre comment aimer le Seigneur Jésus, bien mieux que tous les livres et tous les maîtres. Elle nous apprend à l’aimer comme Elle l’aime[4]… »

                                                                                                    +M-Mickaël

[1] Bible chrétienne, tome II, Commentaires p.100.

[2] Commentaire sur Saint Matthieu, Patrologie Latine 26,24.

[3] Saint Bernard de Clairvaux, Homélie 2 sur le Missus est, Patrologie Latine 183,68.

[4] Saint Maximilien-Marie Kolbe, Conérences 3 septembre 1937 et 25 janvier 1941.




De Sion, Dieu resplendit…

« De Sion, Beauté parfaite, Dieu resplendit ! » (Ps 49,2)

De Marie, toute belle, le Messie sortira…

 

Le temps de l’Avent est l’espace béni où va murir notre attente… une attente traversée par la plus belle espérance : Dieu va venir au cœur de notre humanité ! Dieu va me regarder et me parler à travers un visage humain. Je ne serai jamais plus seul ! Et face à cet insondable mystère, la contemplation de l’Apôtre Jean vient illuminer notre regard d’Avent :

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu,

et le Verbe était Dieu, il était au commencement tourné vers Dieu…

Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous,

et nous avons contemplé sa gloire,

gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique,

plein de grâce et de vérité ! »   (Jn 1,1 et 14)

Désormais, le salut est à portée de regard et de geste : mon Sauveur va prendre mon visage… Et Jean Baptiste, le plus grand des prophètes, aura ce regard ultime : « Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi, il était… » (Jn 1,15)

Ce « avant moi, il était » nous ouvre la porte du mystère de Dieu dont le Christ est l’Unique Révélation : « Je suis la voie, la vérité et la vie ! » (Jn 14,6). En son humanité, je touche Dieu ! en son regard, je vois Dieu ! Et c’est ici qu’un Père de l’Eglise nous ouvre, à son tour, une porte :

« Je pense que les quatre Evangiles sont les éléments essentiels de la foi de l’Eglise… et que, parmi les Evangiles, les prémices sont dans celui de Jean, dont nul ne peut saisir le sens s’il ne s’est penché sur la poitrine de Jésus (Jn 21,20) et n’a reçu de Jésus, Marie pour Mère (Jn 19,27) … et quand Jésus dit à sa Mère : « Voici ton fils ! » (Jn 19,26) … C’est comme s’il lui disait : « Voici ton fils que tu as enfanté[1] ! » Et pour approcher ce mystère, le regard unique de Saint Jean-Paul II nous est si précieux :

« La maternité de Marie commence par sa sollicitude maternelle pour le Christ. Dans le Christ, au pied de la Croix, elle a accepté Jean, et elle a accepté tout homme et tout l’homme. Marie les embrasse avec une sollicitude particulière dans l’Esprit-Saint… car la maternité de Marie est une participation à la puissance de l’Esprit… et quand Jésus dit sur la Croix : « Femme, voici ton fils ! » (Jn 19,26), il ouvrit d’une manière toute nouvelle le Cœur de sa Mère… Marie est ainsi Mère de tous les hommes et son empressement pour la vie de l’homme est de portée universelle[2] ! »

Alors, en cet Avent 2023, ouvrons les yeux sur « Sion, beauté parfaite, où Dieu resplendit ! » (Ps 49,2). Car de Marie, toute belle, le Messie sortira… Et comme il faut « s’éveiller » et ne pas s’habituer à ce temps unique : « Je veille donc sans cesse et je tends l’oreille, O Seigneur, comme Ta bien-aimée que Tu as élue. Car je sais que Tu aimes venir inaperçu. Mais je T’attends, Seigneur, dans le calme et le silence… Viens donc enfin, mon très doux Seigneur[3] ! »

                                                                                               +M-Mickaël

[1] Origène, Commentaire sur l’Evangile de Jean, I, 21-25 ; SC 120.

[2] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.

[3] Sainte Faustine, Petit Journal 




L’Immaculée est une mer de cristal !…

« Marie est mer que nul n’épuise,

Plus y trouve qui plus y puise… »

Gauthier de Coincy (12ème siècle)

 

Au début de l’Avent, le 8 décembre, la liturgie de l’Eglise nous invite à contempler le mystère de l’Immaculée Conception de Marie, « pleine de grâce » (Lc 1,28) … C’est en effet le 8 décembre 1854 que le Pape Pie IX, après avoir consulté les Evêques du monde entier, promulgue le dogme dans la bulle « Ineffabilis Deus ». Et une fois dans sa vie, il faut avoir lu et médité cette splendide vérité qui fait partie de notre foi catholique :

« Par l’autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui affirme que la bienheureuse Vierge Marie fut dès le premier instant de sa Conception, par une grâce et un privilège spécial de Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tâche du péché originel, est révélée de Dieu, et que par conséquent, elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. »

Quatre ans après, en 1858, la Vierge apparaît 18 fois à Bernadette de Lourdes. Mais c’est à la seizième Apparition que la Dame révélera son nom, confirmant l’Eglise : « Elle leva les yeux au ciel, joignant en signe de prière ses mains qui étaient tendues et ouvertes vers la terre, et me dit : « Que soy era l’Immaculada Councepciou… Je suis l’Immaculée Conception ! » On comprend l’éblouissement de Bernadette : « La Dame était jeune et belle, belle surtout, comme je n’en avais jamais vu !… Que j’aime à me rappeler ces doux moments passés sous vos yeux pleins de bonté et de miséricorde pour nous… » Et Bernadette nous l’assure : « L’âme qui implore Marie ne peut périr, elle garde la paix au milieu de la tempête[1] ! »

Pour approcher ce mystère de la foi, il faut se souvenir ici d’un passage de l’Annonciation dans l’Evangile selon Saint Luc : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre… » (Lc 1,35). Cet Esprit qui vient sur Marie opérer en son sein le prodige de l’Incarnation du Verbe est aussi Celui qui l’a créée « toute belle » au premier instant de sa vie. En « la » regardant, on le devine… Saint Maximilien-Marie Kolbe a d’ailleurs des paroles saisissantes dans l’approche de ce mystère : « On peut affirmer que l’Immaculée est, en un certain sens, « l’incarnation de l’Esprit-Saint ». En Elle, c’est l’Esprit que nous aimons, et par elle, le Fils… La Vierge Marie existe pour que soit mieux connu l’Esprit-Saint[2] ! »

Une autre résonance biblique de cette « Femme », traversée par la splendeur du Très-Haut, nous a été donnée à deux reprises dans l’Apocalypse de Saint Jean :

D’abord au chapitre 12 où apparait « un signe grandiose dans le ciel : une Femme ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ! » (Ap 12,1). Les Pères de l’Eglise et les saints y ont toujours vu le mystère de l’Eglise, mais aussi de Marie, Mère de l’Eglise ! Et la première originalité de cette « Femme » est d’être enveloppée par le soleil, traversée par sa lumière : elle « resplendit » ce soleil comme personne !… Car Marie est rendue belle dès sa naissance par l’Esprit de Celui qui va devenir son Enfant et son Sauveur. Au-delà des saints et bien avant eux, la robe de l’Immaculée a été plongée dans le Sang de l’Agneau ! (Ap 7,14). Transparence indicible de la beauté de Dieu, elle devient la plus belle louange du salut : « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a abaissé son regard sur son humble servante… Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse ! » (Lc 1,46-48).

L’autre passage symbolique se situe au chapitre 15 où Jean voit « une mer de cristal, mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout prés de cette mer de cristal ! » (Ap 15,2). Ici, « la mer de cristal » semble dévoiler l’aboutissement ecclésial céleste du mystère unique de la Rédemption en Jésus-Christ dont la « pleine de grâce » (Lc 1,28) est la plénitude : Elle est Mère de Dieu, de l’Eglise et de toute l’humanité ! Elle est « Celle qui porte Celui qui porte tout », comme le chante la liturgie orientale…

Cependant, la vie de Marie a été sur terre ce printemps de Dieu où le sublime le plus spirituel se cache et se déploie dans « l’ordinaire » le plus modeste… Le Cœur Immaculé de Marie est déjà cette « Mer ce cristal », mais cette beauté reste cachée dans l’humilité. L’humble quotidien de sa foi persévérante a été la mesure de sa beauté intérieure toujours plus fulgurante !

 

En clôturant l’Année mariale, en 1988, Saint Jean-Paul II faisait cette prière prophétique pour notre temps où il attendait tout de cette « Beauté » victorieuse de l’Immaculée :

 

« O Marie, accompagne nos pas vers les frontières de l’humanité sauvée et pacifiée !

Réjouis notre cœur, affermis-le dans la certitude

que le Dragon n’est pas plus fort que ta Beauté !

L’Année mariale se termine, mais le temps des yeux levés vers Marie commence… »

 

+ M-Mickaël

 

[1] Carnet Reine du Ciel, 12 mai 1866 et Notes de retraite 1876-1877.

[2] Conférences, 5 février 1941 et 25 septembre 1937.