« Lui ouvrir dès qu’il viendra ! »

« Soyez semblables à des gens qui attendent leur Maître à son retour de noces,

afin de lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera !

Heureux ces serviteurs

que le Maître, à son arrivée, trouvera fidèles à veiller ! » (Luc 12,36-37)

     Dans les temps qui sont les nôtres, revenons d’urgence aux Evangiles des temps de la fin. Il ne s’agit pas d’une fuite vers l’avant…  mais d’une foi  habitée par le réalisme eschatologique de la Parole de Dieu : « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour va venir votre Maître ! » (Mt24,42). Car selon l’Evangile, la « Source » de l’Amour résonne à travers deux appels qui viennent frapper à notre porte : d’abord, l’appel au silence du cœur pour laisser résonner « le cri » de l’incessante prière vers la Présence cachée, mystérieuse, mais non moins réelle du Seigneur ressuscité. N’a-t-il pas affirmé avant de monter vers le Père : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps !… » (Mt 28,20). « Veillez et priez en tout temps ! » (Lc 21,36). Et aussi cet autre appel, indissociable du premier, où s’accomplit la plénitude de l’amour de Dieu : « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas !… Si Dieu nous a tant aimés, nous devons nous aimer les uns les autres ! (1 Jn 4,20 et 11) Telle est la Parole de Dieu qui nous interpelle, puisque proclamée par le plus contemplatif des Apôtres !

Ainsi, à la suite des Apôtres et des premiers chrétiens, les Saints et les Saintes de tous les temps sont les témoins lumineux de ces deux absolus de l’Evangile. Ils furent tous de grands priants débordants de charité fraternelle ! Mais la vie de certains a mis plus en relief l’un ou l’autre appel : pensons à Saint Bruno, fondateur des Chartreux, qui, par toute sa vie, a témoigné de cette vocation contemplative où, dans la solitude du désert, Dieu révèle son Visage… Dans un appel au silence fondé sur l’Evangile, n’écrivait-il pas à son meilleur ami :

« Quelle utilité, quelle joie divine la solitude et le silence du désert apportent à qui les aime, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience… Ici, on s’efforce d’acquérir cet œil dont le clair regard blesse l’Epoux d’amour et dont la pureté donne de voir Dieu ! Ici, on jouit d’un loisir sans oisiveté, on se repose dans une action tranquille. Ici, pour le labeur du combat, Dieu donne à ses athlètes la récompense désirée : une paix que le monde ignore et la joie dans l’Esprit-Saint. Telle est la meilleure part que Marie a choisie (Lc 10,42) et qui ne sera pas enlevée[1] ! »

Ecoutons maintenant un Saint Vincent de Paul qui fût pour les plus pauvres ce merveilleux visage du Christ : « Les âmes humbles, simples et charitables sur la terre, sont des soleils que Dieu dans le Ciel montrent aux bienheureux qui l’entourent… car dans l’autre monde, ce seront les pauvres qui ouvriront les portes à leurs bienfaiteurs[2] ! »

Quelles merveilles a fait naître l’Evangile pour nous tous dans l’histoire de l’Eglise ! Et il nous faut retrouver d’urgence cette indicible joie de veiller dans la prière et dans l’amour… avec ce bonheur d’attendre avec patience car nous n’avons qu’une vie pour dire à Dieu : « Je t’aime plus que tout ! » N’est-il pas notre Créateur et notre Sauveur ? Les Saintes et les Saints l’ont proclamé par toute leur vie : la persévérance dans « l’attente joyeuse » est le signe lumineux de la grâce et de l’élection ! Cela vient contredire avec force « l’immédiateté » consommatrice de notre civilisation décadente… car Il y a un « bonheur de la patience » fondé sur la force de l’humilité qui vient nous délivrer de l’orgueil de vouloir dominer toujours et partout ! Dans une entreprise comme dans une vie, ceux et celles qui ne voient que la performance deviennent inhumains… ils sont devenus incapables de cette « écoute miséricordieuse » qu’a eu le Christ avec les pauvres et les pécheurs que nous sommes tous !

Je pense ici à une remarque de sagesse sur la mission de Saint Jean Chrysostome qui affirmait :

« Dieu ne nous demande pas de réussir mais de travailler ! Or, notre travail ne sera pas moins récompensé parce qu’on ne nous aura pas écoutés… Le Christ savait bien que Judas ne se convertirait pas et pourtant jusqu’à la fin il essayait de le convertir, en lui reprochant sa faute dans les termes les plus touchants : « Ami, pourquoi es-tu venu ? » (Mt 26,50). Or, si le Christ, le modèle des pasteurs a travaillé jusqu’à la fin à la conversion d’un homme désespéré, que ne devons-nous pas faire pour ceux envers qui il nous est ordonné de toujours espérer[3] ! »

Cet élan de gratuité des « pauvres de cœur » est déjà l’œuvre de l’espérance : ils désirent sans cesse la victoire de la Lumière et de l’Amour… mais ils sont libres face à  l’immédiateté de l’issue et de la réussite que Dieu seul donnera par des chemins qui nous échappent ! Cela vaut autant pour la mission que pour la conversion : l’important n’est pas de réussir mais de se battre jusqu’au bout ! La Tradition de l’Eglise appelle ce trésor le don de la « persévérance finale ». Cela implique que notre cœur soit habité par « un incessant désir » qui soulève notre prière ! Car « le cœur qui crie » brûle d’un amour déjà éternel comme l’a admirablement découvert Saint Augustin :

« Tout mon désir est devant Toi ! » (Ps 37,10). Non pas devant les hommes qui ne sauraient voir le cœur ; mais c’est « sous tes yeux que sont mes désirs… Et mon Père qui voit dans le secret te le rendra ! »(Mt 6,6). Car ton désir, c’est ta prière ; et si ton désir est continuel, ta prière est continuelle. Aussi, n’est-ce pas en vain que l’Apôtre a dit : « Priez sans cesse ! » (1 Th 5,17)… mais je ne crois pas que nous puissions le faire sans relâche.  Il est cependant dans l’âme une autre prière incessante, qui est le désir. Quoi que tu fasses, tu ne cesses point de prier, si tu désires le repos du Ciel. Si donc tu ne veux pas interrompre ta prière, n’interromps pas ton désir. Un désir incessant est une voix continuelle. Te taire, ce serait ne plus aimer. Qui donc se sont tus ? Ceux dont il est dit : « Et comme l’iniquité se multiplie, la charité de beaucoup se refroidira ! » (Mt 24,12). La charité qui se refroidit, c’est le silence du cœur ; la flamme de la charité au contraire est le cri du cœur ! Si ta charité demeure fervente, tu cries toujours ; si tu cries sans cesse, tu désires toujours[4] ! »

Ainsi, comme l’affirme Saint Paul : « Espérer ce que nous ne voyons pas, c’est l’attendre avec constance ! » (Ro 8,25). Et c’est sans aucun doute l’œuvre mystérieuse de l’Esprit au plus profond de notre cœur : « L’Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons pas prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables… et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu ! » (Ro 8,26-27).

                                                                                          +Marie-Mickaël

 

[1] Lettre à Raoul le Verd, Sources Chrétiennes, n° 88, p.71.

[2] Maximes spirituelles, 1576.

[3] Saint Jean Chrysostome (345-407), Commentaire Evangile de Saint Matthieu.

[4] Saint Augustin, Discours sur les psaumes, Psaume 37, n° 14, Tome1, Sagesses chrétiennes, Cerf 2007, p.553.




Consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie, Méditation ultime

Consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie

Méditation ultime  

« Cœur Immaculé de Marie, doux Refuge des derniers temps !

Protège-moi ! Veille sur moi ! »

      Tel est le « cri » final de cette consécration : un désir immense d’entrer dans le « Refuge » du « Cœur Immaculé de Marie » pour demeurer fidèle à Jésus et vivre en paix l’épreuve ultime des derniers temps qui s’accélère !… Il faut donc le redire inlassablement pour que cela devienne en nos vies une urgence première et régulière : chaque samedi et grandes Fêtes de la Vierge, offrons-nous à son Cœur Immaculé à travers la consécration que je vous propose ici ou une autre… mais soyons fidèles à demander d’urgence la protection du « Cœur Immaculé de Marie » ! Saint Jean-Paul II en avait une vive conscience après l’attentat qui l’aurait « emporté », si la main de Marie n’avait dévié la balle mortelle[1]… et cela le 13 mai 1981, jour de la première Apparition de Notre Dame à Fatima ! Aussi, un an après, durant une messe solennelle au Sanctuaire et devant une immense foule ; le Saint Père dit avec une vive émotion durant son homélie :

« Je veux vous faire une confidence : en reprenant conscience après l’opération, mes premières pensées ont été pour ce sanctuaire de Fatima… car je voulais témoigner toute ma gratitude au Cœur de la Mère céleste qui m’a sauvé la vie. J’ai vu dans tout ce qui arrivé la protection maternelle de Notre Dame… Je viens en pèlerinage à Fatima, avec la majorité d’entre vous, chers pèlerins, avec un chapelet en main, le nom de Marie sur les lèvres et le cantique de la miséricorde dans le cœur !… A cet instant, ici, dans le sanctuaire de Fatima, je veux répéter devant vous tous : « Totus Tuus ! Je suis tout à Toi, Ô Mère[2] ! »

Eh bien, nous aussi, suivons les traces de Jean-Paul II : dans la force de la foi et la paix de l’espérance, réfugions-nous dans le Cœur Immaculé de Marie, notre « doux Refuge des derniers temps »… et, comme le Pape, nous témoignerons du plus beau secret de notre vie : « J’ai vu dans tout ce qui est arrivé la protection maternelle de Notre Dame… » Ainsi, protégés dans les bras de Marie, nous traverserons les ultimes épreuves de notre temps pour voir un jour, de nos yeux, la réalisation de sa tendre et puissante promesse :

« A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! »

C’est bien dans cette certitude, logée au plus profond de notre cœur, que nous vivons jour après jour dans l’espérance des pauvres qui attendent tout de Dieu à travers la tendresse de sa Mère… Devant la foule de nos péchés et notre si profonde fragilité, nous n’avons d’autre espérance que de lever les yeux vers Jésus, notre Sauveur !… et de recevoir avec une « absolue confiance » cette dernière parole issue de son Cœur miséricordieux :

« Voici ta Mère ! » (Jn 19,27)

Cette ultime Parole de Dieu devra « résonner sans cesse » tout au long de notre vie… afin que notre cœur glisse peu à peu vers la tendresse de la Mère que Jésus nous offre comme l’ultime secret de sa Miséricorde ! Ainsi, « le rôle maternel de la Vierge se poursuit jusqu’à ce que tous soient rassemblés dans le Christ, et ce rôle s’intensifie au fur et à mesure que nous entrons dans les derniers temps… car Satan se déchaîne pour nous engloutir, mais Marie est l’Arche dans laquelle il faut monter pour être protégés[3] ! »

Alors, dans une douce confiance, repassons en nos cœurs (Lc 2,19) cette consécration à son Cœur Immaculé qui deviendra peu à peu notre voie victorieuse vers le Ciel…

                                                                                                +Marie-Mickaël

 

Ô Marie, notre Mère !

A Fatima, tu as révélé ton Cœur Immaculé

comme l’Arche de paix et de protection,

dans les terribles épreuves des derniers temps

qui déjà nous menacent…

Portant la Croix dans une main et le Chapelet dans l’autre,

la Parole de Dieu dans le cœur et sur les lèvres,

je veux m’abandonner en la douce profondeur de ton Cœur

où Dieu m’attend…

En ce jour béni, je fais le choix d’entrer et de vivre pour toujours

en ton Cœur Immaculé : « doux Refuge des derniers temps » !…

de prier chaque jour le saint Rosaire (ou le chapelet)…

L’Arme humble, cachée et absolue du « Triomphe de ton Cœur »

qui viendra « à la fin » !…

 

J’espère de tout mon cœur devenir jour après jour

ton pauvre et petit apôtre des temps nouveaux…

Plongé dans la Mer de ta tendresse et rayonnant l’Amour infini de Jésus !…

 

En la Flamme d’Amour de ton Cœur Immaculé :

Brûle les blessures de mes péchés et apaise mes révoltes et mes peines…

Ouvre mon cœur aux Attentes et au Feu de l’Esprit-Saint !

Plonge-moi dans l’Amour Infini du Cœur ouvert de Jésus…

Et révèle-moi l’indicible tendresse du Père

qui me donne tout dans les bras ouverts de son Fils… 

O Marie, ma Mère à l’indicible Regard :

au cœur de ma fragilité, transfigure à chaque instant mes faiblesses

pour que je devienne un Signe de ta maternelle douceur,

un Témoin de ta puissante tendresse,

un Apôtre des derniers temps, né de ton Cœur Immaculé…

  

O Marie, en ce jour de ta foi silencieuse,

je t’abandonne toute ma vie passée, présente et future…

Et je me consacre tout entier corps, âme et esprit

à la Flamme d’amour de ton Cœur Immaculé…

Je suis tout à toi pour toujours !

Cœur Immaculé de Marie,

« doux Refuge des derniers temps ! »                                

Protège-moi, Veille sur moi !…

 

[1] « C’est une main maternelle qui guida la trajectoire de la balle ! » Cardinal Joseph Ratzinger, 13 mai 2000.

[2] Saint Jean-Paul II, Fatima, 13 mai 1982.

[3] Marie-Jacinta, Le Rosaire du Cœur de Marie – prière des derniers temps, Editions du Jubilé, 2019, p.93-94.




Ste Thérèse de Lisieux : comme la plus tendre des mères…

«La Sainte Vierge ne manque jamais de me protéger dès que je l’invoque. S’il me survient une inquiétude, un embarras, bien vite, je me tourne vers elle et toujours comme la plus tendre des mères, elle se charge de mes intérêts. Que de fois en parlant aux novices, il m’est arrivé de l’invoquer et de ressentir les bienfaits de sa maternelle protection ».

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus




Consécration urgente au Cœur Immaculé de Marie ! 10 – Je suis tout à toi pour toujours !

« O Marie, en ce jour de ta foi silencieuse,

je t’abandonne toute ma vie passée, présente et future…

Et je me consacre tout entier corps, âme et esprit

à la Flamme d’amour de ton Cœur Immaculé…

Je suis tout à Toi pour toujours !

       Frères et sœurs bien-aimés, après des mois de méditation sur la Consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie, nous voici arrivés à la 10° et ultime « méditation mariale » qui conclut ce temps fort. Je vous invite à la « méditer » régulièrement, et surtout à la prier avec confiance et amour chaque samedi et fêtes de la Sainte Vierge… car dans le combat spirituel actuel, rien n’est plus fort que la consécration au Cœur de Marie pour être fidèle au Seigneur jusqu’au bout !

C’est d’ailleurs ce qu’elle exprime quand nous disons : « O Marie, en ce jour de ta foi silencieuse… » où chaque samedi évoque le mystérieux Samedi Saint ! Là, toute la foi de l’Eglise était suspendue à celle, douloureuse, du Cœur de Marie…  Comme l’a remarqué si justement Saint Thomas d’Aquin : « La glorieuse Vierge Marie demeura inébranlable dans la foi tout le samedi qui suivit la mort de son divin Fils ! »  Et Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, (Edith Stein), nous précise dans une magnifique méditation :

« Marie, ton Samedi Saint, comment le penser autrement que dans le silence parfait ? Une fois le tombeau fermé, Saint Jean t’a conduite dans la maison où lui-même trouvait l’hospitalité à Jérusalem. Cela s’est passé probablement dans le silence. Le respect devant ta souffrance a dû les garder tous muets… Si le Seigneur avait pleuré sur la mort de Lazare, ne devais-tu, toi aussi, pleurer, après tout ce qui était arrivé ?

Ce que le Sauveur allait expliquer aux disciples sur le chemin d’Emmaüs, tu te l’es dit toi-même : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24,26). Ainsi, ta souffrance se change en action de grâce pour le « tout est accompli » (Jn 19,30), et en attente silencieuse, croyante, du matin de Pâques ! »

Ainsi, chaque samedi est le jour idéal et signifiant pour se « consacrer » à ce Cœur douloureux et Immaculé de Marie qui nous a tant aimé à travers le sacrifice unique de son Fils pour nous sauver… Là, nous lui exprimons avec une confiance d’enfant absolue :

« Je t’abandonne toute ma vie passée, présente et future… et je me consacre tout

         entier corps, âme et esprit à la Flamme d’amour de tout Cœur Immaculé…»

Il y a ici une affirmation qui peut paraître étonnante et excessive dans « l’absolue confiance » qu’implique toute consécration au Cœur de Marie : d’abord l’entièreté de ma vie dans le temps qui englobe le passé, le présent et l’avenir. Cela semble évident pour certains catholiques, mais pas pour tout le monde chrétien… car rôde toujours, depuis Luther, l’autre absolu protestant : « Sola gratia ! » ou « sola scriptura ! » Ce n’est pas le lieu ici d’une controverse théologique… mais le problème sous-jacent de ces affirmations réformées est d’introduire le poison de la méfiance : une trop grande confiance en Marie finirait par détourner du Christ, seul Sauveur et Seigneur ! De fait, cela contredit « la vérité de la Parole » où la Vierge Marie est à la foi « Servante » et « Pleine de grâce » (Lc 1,28-38) ; « prés de la Croix de Jésus » (Jn 19,25) et « Femme enveloppée de soleil » (Ap 12,1) ! On ne comprendra rien à la place et la mission « unique » de Marie au Ciel et dans l’Eglise si l’on n’a pas découvert le mystère éminent de son Cœur silencieux…

Enveloppée de la plus grande humilité, la Vierge est en réalité le membre le plus éminent du Corps mystique du Christ dans sa « plénitude » de grâce reçue de l’Esprit (Lc 1,35). Et cela, en vue d’enfanter son Fils, son Sauveur et le nôtre ! Ainsi, la « Mère de Dieu[1]» (Théotokos) est devenue au pied de la Croix « Mère de l’Eglise » et donc, Mère de tous les hommes qu’ils le sachent ou pas… et la Parole unique de Dieu résonne dans chaque cœur à travers tous les siècles : « Voici ta Mère ! »  (Jn 19,27). En Marie, résonne le sommet de la grâce de Dieu dans l’absolue humilité : Elle est si grande au Ciel, Celle qui est restée si effacée dans l’Evangile et qui a été engloutie de douleur pour nous au pied de la Croix de son Fils ! Le Pape Saint Jean-Paul II l’a exprimé d’une manière unique :

« La maternité de Marie commence par sa sollicitude maternelle pour le Christ. Dans le Christ, au pied de la Croix, elle a accepté Jean, et elle a accepté tout homme et tout l’homme. Marie les embrasse avec une sollicitude particulière dans l’Esprit-Saint. C’est Lui, en effet, comme nous le professons dans le Credo qui « donne la vie ». C’est Lui qui donne la plénitude de la vie ouverte vers l’éternité. La maternité de Marie est donc une participation à la puissance de l’Esprit…

Depuis le temps où Jésus, en mourant sur la Croix, a dit à Jean : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27) ; depuis le temps où le disciple la prit « chez lui », le mystère de la maternité spirituelle de Marie a eu son accomplissement dans l’histoire avec une ampleur sans limites… car lorsque Jésus dit sur la Croix : « Femme, voici ton Fils ! » (Jn 19,26), il ouvrit d’une manière toute nouvelle le Cœur de sa Mère… Marie est Mère de tous les hommes et son empressement pour la vie de l’homme est de portée universelle[2]… »

Ainsi, nous pouvons exprimer avec liberté et confiance notre relation filiale à Marie, en disant à notre si tendre Mère : « Je suis tout à toi pour toujours ! » Nous suivons par là les pas une multitude de Saints et de Saintes… Un Saint Jean-Paul II n’affirmait-il pas à travers sa devise papale : « Totus tuus, je suis tout à toi, ô Marie, et tout ce qui est à moi est à toi. Je te reçois dans tout ce qui est à moi. Prête-moi ton Cœur, Marie ! »

Dans la prochaine et dernière méditation mariale, nous reviendrons sur la mission urgente de la Vierge à la fin des temps : là, face aux terribles épreuves eschatologiques qui défilent chaque jour sous nos yeux, nous nous tournerons résolument vers « la puissance protectrice » de Marie, notre Mère… car Elle est et sera toujours pour ses enfants le « doux Refuge des derniers temps ! »

                                                                    +Marie-Mickaël

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[1] Sur cette vérité de la Révélation, il faudrait ne pas oublier les paroles de Luther si marquées par la foi catholique : « Elle est devenue la Mère de Dieu… De cela lui vient tout honneur, toute béatitude, ainsi que sa position singulière dans toutes les générations humaines, parce que personne comme elle n’a eu du Père céleste un enfant et un enfant semblable… en l’appelant « Mère de Dieu », on ne peut ni lui dire ni dire d’elle rien de plus grand, même si on avait autant de langues que sont les feuilles et l’herbe, les étoiles du ciel et le sable de la mer. Aussi le cœur doit réfléchir sur ce que signifie être la « Mère de Dieu » ! Luther, commentaire sur le Magnificat.

[2] Saint Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.




Bx Thomas A Kempis : la puissance du Nom de Marie

« Au nom de Marie, les démons s’enfuient comme poursuivis par un feu dévorant. Comme la foudre atterre les pauvres humains, ainsi le nom de Marie, comme un tonnerre venu du ciel, prosterne et abat les esprits infernaux. »

Bienheureux Thomas A Kempis, moine Néerlandais (1380-1471)




Consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie : 9 – Né de ton Cœur Immaculé…

« Un Témoin de ta puissante tendresse, un Apôtre des derniers temps,

 né de ton Cœur Immaculé… »

     Plus l’Eglise entre dans les épreuves des derniers temps, plus elle s’appuie sur la « Puissante tendresse de Marie » ! En effet, comme le contemple la foi depuis le commencement : « C’est l’Eglise qui est sortie de la blessure du côté du Christ, et il a fait d’elle son épouse[1] ! » Saint Jean l’a contemplé et en témoigne au pied de la Croix : cette Eglise jaillie du Cœur ouvert de Jésus par la lance (Jn 19,34), Marie en est devenue la Mère selon la Parole créatrice du Seigneur : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27). La liturgie le chante admirablement :

« O Père, pour restaurer le genre humain, tu as voulu, dans ta sagesse,

que la nouvelle Eve se tienne près de la Croix du nouvel Adam.

Ainsi, par un nouvel effet de ta grâce,

Celle qui était devenue Mère par la puissance de l’Esprit-Saint

a été associée à la Passion du Christ !

Elle qui avait enfanté sans douleur,

elle a connu les plus vives souffrances

pour notre nouvelle naissance[2]… »

Ainsi, le dernier coup de lance (Jn 19,34) résonne en la Vierge comme une douleur innommable dont l’origine est sa folle « compassion » envers Jésus crucifié pour nous, pécheurs… En sa foi sublime, son Cœur blessé par l’épée prophétisée (Lc 2,35) est parfaite « résonance[3] » du Cœur ouvert de Jésus. Et si le Christ est notre Unique Sauveur, il nous fait participer dans le mystère de sa grâce au salut du monde à travers la foi et la charité… alors, ô combien Marie, sa Mère Immaculée, participe-t-elle à l’Œuvre rédemptrice au pied de la Croix ! Le Pape Saint Jean-Paul II l’a magnifiquement développé quand il nous appelle à « découvrir » que le sommet de sa compassion est en même temps celui de sa foi :

« Au pied de la Croix, Marie participe par sa foi au mystère bouleversant de ce dépouillement (Ph 2,5-8). C’est là, sans doute, la « kénose[4] » de la foi la plus profonde de l’histoire de l’humanité… Oui, vraiment, « bienheureuse celle qui a cru ! » (Lc 1,45). Ici, au pied de la Croix, ces paroles qu’Elisabeth avait prononcées à la Visitation semblent retentir avec une éloquence suprême[5]… »

Ainsi, quand on découvre l’immensité de la foi de Marie de la Crèche à la Croix, on devient un témoin amoureux de « sa puissante tendresse »… et l’on s’abandonne, peu à peu, entre ses mains maternelles pour devenir « un Apôtre des derniers temps, né de son Cœur Immaculé ! »

Alors, au cœur de notre foi, découvrons plus profondément que l’Esprit de Dieu nous offre le don unique et mystérieux du Cœur de Marie… pour vivre les « terribles » combats des derniers temps, « protégés » par sa tendresse ! Et dans le mystère actuel de l’Eglise, nous sommes appelés à faire l’expérience unique et intime de sa maternité : entrer dans le secret de son Cœur qui unit à Jésus avec une telle simplicité et plénitude… car c’est en son Cœur Immaculé qu’a lieu la naissance des étoiles : ces stars de Dieu, connus ou cachés, que sont les Saints et Saintes d’hier, d’aujourd’hui et de demain !

+Marie-Mickaël

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[1] Origène, Commentaire sur les proverbes, 31,16, PG 17,252.

[2] Préface de la Messe votive de la Vierge Marie au pied de la Croix.

[3] Cette « résonance », fruit de sa compassion, l’a entraînée dans les profondeurs de la Rédemption où l’Unique Sauveur l’attire… C’est un des grands lieux mariologiques qui met en relief le mystère de sa corédemption. Parmi bien d’autres, une Sainte Catherine de Sienne l’évoque clairement dans une prière : « Marie rédemptrice, en un sens, du genre humain !… La souffrance de ta chair, dans le Verbe, n’a-t-elle pas sauvé le monde ? Le Christ fut Rédempteur par sa Passion ; toi, par la douleur du corps et de l’âme… » (Elévation du 25 mars 1379). Saint Jean-Paul II : « Marie, conçue et née sans la souillure du péché, a participé de façon admirable aux souffrances de son divin Fils, pour être Corédemptrice de l’humanité. » (Audience générale du 8 septembre 1982). « Le rôle corédempteur de Marie n’a pas cessé avec la glorification de son Fils ! » (Homélie du 31 janvier 1985).

[4] Du grec Kénôsis  : « action de rendre vide, de priver de tout… » Dans le langage théologique, ce terme signifie cet « abaissement » extrême qu’implique l’Incarnation du Verbe (Jn 1,14) et encore plus durant sa Passion ! C’est ce que laisse entendre l’Epître aux Philippiens : « Il s’est vidé lui-même, prenant forme d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! » (Ph 2,7-8).

[5] Saint Jean-Paul II, Encyclique Redemptoris Mater, 18.




Padre Pio : « Marie est la raison de toute mon espérance »

Au-dessus de la porte de la cellule de Padre Pio (Capucin, 1887-1968) à San Giovanni Rotondo figurait cette inscription :

« Marie est la raison de toute mon espérance ».

 




Consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie : 8 – O Marie, ma Mère à l’indicible Regard…

« O Marie, ma Mère à l’indicible Regard :

Au cœur de ma fragilité, transfigure à chaque instant mes faiblesses

pour que je devienne un Signe de ta maternelle douceur… »      

      Le mystère de la beauté de Marie, « pleine de grâce » (Lc 1,28) est le plus parfait reflet de la splendeur infinie de Dieu… et je n’ai jamais trouvé une description aussi bouleversante que celle de « Mélanie[1]» à l’Apparition unique de la Vierge sur la montagne de la Salette[2]. Alors, si nous voulons mieux découvrir « la Mère à l’indicible Regard », écoutons avec une attention particulière le témoignage de Mélanie :

« Les yeux de la Très Sainte Vierge, notre tendre Mère, ne peuvent pas se décrire par une langue humaine. Pour en parler, il faudrait un séraphin ; il faudrait plus, il faudrait le langage de Dieu même, de ce Dieu qui a formé la Vierge Immaculée, Chef-d’œuvre de Sa toute puissance.

Les yeux de l’auguste Marie paraissaient mille et mile fois plus beaux que les brillants, les diamants et les pierres précieuses les plus recherchées ; ils brillaient comme deux soleils ; ils étaient doux de la douceur même… Dans ses yeux, on voyait le Paradis ; ils attiraient à Elle ; il semblait qu’Elle voulait se donner et attirer. Plus je La regardais, plus je la voulais voir ; plus je la voyais, plus je L’aimais, et je L’aimais de toutes mes forces…

Les yeux de la belle Immaculée étaient comme la Porte de Dieu, d’où l’on voyait tout ce qui peut enivrer l’âme. Quand mes yeux se rencontraient avec ceux de la Mère de Dieu et la mienne, j’éprouvais au-dedans de moi-même une heureuse révolution d’amour… et de protestation de l’aimer et de me fondre d’amour !…

Cette seule vue des yeux de la plus pure des Vierges aurait suffi pour être le Ciel d’un bienheureux… Cette seule vue concentre l’âme en Dieu et le rend comme une morte-vivante, ne regardant les choses de la terre, même les choses les plus sérieuses, que comme des amusements d’enfants ; elle ne voudrait entendre parler que de Dieu et de ce qui touche Sa gloire !… Le péché est le seul mal qu’Elle voit sur la terre, Elle en mourrait de douleur si Dieu ne la soutenait[3]… »

Dans le monde actuel où la laideur et l’horreur du péché dominent presque partout, nous avons tant besoin aujourd’hui de lever les yeux vers la beauté de Marie qui ne reflète que la splendeur divine de ce Dieu qui s’est fait pour nous son petit Enfant : la Beauté absolue s’est cachée en la douceur de son sein et Marie la reflète d’une manière unique ! Ce mystère de « l’Immaculée » affleure à travers la sublime poésie biblique du Cantique des cantiques :

« Tu es toute belle, ma bien-aimée,

et sans tache aucune…

Elle est un jardin bien clos,

ma sœur, ma fiancée,

un jardin bien clos,

une source scellée…

Unique est ma colombe, ma parfaite.

Elle est l’unique de sa mère,

la préférée de celle qui l’enfanta.

Les jeunes femmes l’ont vue et glorifiée,

reines et concubines l’ont célébrée :

« Qui est celle-ci qui surgit comme l’aurore,

belle comme la lune,

resplendissante comme le soleil,

redoutable comme une armée rangée en bataille ? »

Cantique des cantiques, 4,1 ; 7 et 12 / 6,8-10

Comment ne pas deviner ici une allégorie prophétique à la plus belle des femmes que sera l’Immaculée Mère de Dieu ? Car par-dessus tout, Marie est le chef d’œuvre de Dieu qui, seul, a pu dire de Marie : « Tu es toute belle ! » Et dans le mystère de sa présence au pied de la Croix, dont Dieu seul connait la douleur, sa beauté unique est traversée par l’infinie miséricorde du Cœur ouvert de Jésus qui nous la donne : « Voici ta Mère ! » (Jn 19,27). Vis-à-vis de nous, Elle n’est donc pas loin mais, à chaque instant, si proche dans sa tendresse… si bien que Saint Jean Bosco a pu affirmer d’expérience : « Ceux qui ont confiance en Marie ne seront jamais déçus ! »

Alors, si pauvres et si fragiles que nous sommes, nous pouvons affirmer dans notre certitude mariale : « Au cœur de ma fragilité, transfigure à chaque instant mes faiblesses pour que je devienne un Signe de ta maternelle douceur ! » C’est ici qu’il faut écouter la sagesse émouvante de Saint Louis-Marie de Montfort, le grand prophète de Marie :

« Pauvres enfant de Marie, votre faiblesse est extrême, votre inconstance est grande, votre fond est bien gâte… vous êtes tirés de la même masse corrompue des enfants d’Adam et Êve ; mais consolez-vous : mais réjouissez-vous ; voici le secret que je vous apprends, secret inconnu de presque tout les chrétiens…

Versez dans le sein et le cœur de Marie tous vos trésors, toutes vos grâces et vertus… car depuis que Dieu même en personne s’est enfermé avec toutes ses perfections dans ce vaisseau, il est devenu la demeure spirituelle des âmes les plus spirituelles… Oh ! qu’un homme qui a tout donné à Marie est heureux ! Il est tout à Marie, et Marie est tout à lui…

Que les fidèles serviteurs de la Sainte Vierge disent donc hardiment avec Saint Jean Damascène : « Ayant confiance en vous, ô Mère de Dieu, je serai sauvé ; ayant votre protection, je ce craindrai rien ; avec votre secours, je combattrai et mettrai en fuite mes ennemis : car votre dévotion est une arme de salut que Dieu donne à ceux qu’il veut sauver[4] ! »

                                                      +Marie-Mickaël

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[1] Marie de la Croix, née Mélanie Calvat, bergère de la Salette ; Castellamare, le 21 novembre 1878 : Imprimatur de Mgr Sauveur-Louis, Évêque de Leccé en 1979 et du R.P. A. Lepidi, O.P., Rome le 6 juin 1922.

[2] C’est le 19 septembre 1846 que la Vierge Marie est apparue à deux enfants, Mélanie Calvat et Maximin Giraud, sur les hauteurs du village de La Salette dans le département de l’Isère en France.

[3] Récit complet de l’Apparition de Notre Dame de la Salette : melaniecalvat.org

[4] Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n°177-178 179-182.




Consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie ! 7 – Plonge-moi dans l’Amour infini du Cœur ouvert de Jésus…

« Plonge-moi dans l’Amour infini du Cœur ouvert de Jésus…

Et révèle-moi l’indicible tendresse du Père

qui me donne tout dans les bras ouverts de son Fils… »

 

Après le temps de l’été, nous nous retrouvons pour continuer à méditer cette consécration « urgente » au Cœur Immaculé de Marie, notre Arche Sainte de Paix et de Protection, pour vivre les épreuves des derniers temps. En effet, ceux et celles qui se blottissent jour après jour tout contre la Mère vont traverser plus facilement les terribles séismes de notre époque où tout est et sera de plus en plus bouleversé…

Près de Marie, ils seront tout contre le Cœur de Dieu, quoi qu’il arrive ! Je n’avance pas qu’en la Vierge, tout serait illusoirement facile et sans douleur sur le chemin de la sainteté car le mystère de la Croix est notre rendez-vous incontournable pour naître à la vraie vie… et là, suivons les traces de Saint Jean, le seul Apôtre présent au pied de la Croix : remarquons d’abord son intimité contemplative qui le situait « tout contre Jésus » (Jn 13,23). Son regard suivait en cela celui de la Mère de Jésus qui, dans la foi, « repassait en son cœur » (Lc 2,19) chaque instant de la vie de son Fils… depuis le premier instant où elle le conçut jusqu’au pied de la Croix où elle l’a perdu ! Et si Jean est là, c’est parce que depuis le début le Cœur de la Mère déborde dans le sien et qu’il est emporté par elle jusqu’au pied de la Croix…

A travers Marie, il aime éperdument Jésus crucifié car le Cœur de la Mère le tient debout dans la foi contrairement aux autres Apôtres qui, dans cette épreuve suprême, sont absents et effondrés. Cela semble vouloir dire qu’en Marie, on ne s’éloigne jamais de Jésus ! Et la conséquence ultime, la voici : en Elle et par Elle, je peux vraiment « regarder et adorer » Celui que j’ai transpercé par tous mes péchés… Tel est l’indicible mystère de la Miséricorde qui culmine sur la Croix ! Et comme à l’Annonciation, Marie en est le berceau… et comme à la Visitation, Elle le porte et l’offre au monde… Le Christ l’a proclamé à travers Jean, le bien-aimé : « Voici ta Mère ! A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui… » (Jn 19,27).

Tous ces mystères furent cachés, et il aura fallu des siècles à l’Eglise pour les mieux découvrir. Cela nous prouve que les plus grands évènements qui orientent l’histoire humaine sont spirituels et échappent à la surface en demeurant longtemps enfouis dans le silence et l’humilité… c’est pourquoi le vrai chrétien est fondamentalement un homme et une femme qui, comme la Vierge, situe d’abord sa foi dans la lumière intime du cœur où Dieu parle… (Lc 2,19).

Ainsi, quand nous disons à Marie : « Plonge-moi dans l’Amour infini du Cœur ouvert de Jésus ! » Nous témoignons avec Elle que Le Cœur ouvert de Jésus sur la Croix est la Parole ultime du Dieu-Amour qui s’offre à moi à chaque instant de cette vie : mystère à la fois Ô combien admirable et en même temps redoutable où notre regard peut voir ou ignorer le message ultime de Dieu… car c’est au pied de la Croix que se joue notre éternité : Là, le Crucifié immobile et silencieux sauve le monde !

C’est pourquoi la Tradition de l’Eglise parle de « Verbum Crucis », cette « Parole de la Croix où dans l’extrême anéantissement, l’Amour dit tout ! Mais cette Kénose[1] exaltée par Saint Paul est aussi sublime que redoutable et seul le Saint-Esprit peut nous donner d’entrer dans ce mystère… car, en face de la Croix, l’Eglise regarde moins la souffrance que le Ciel pressenti par le Bon Larron… (Lc 23,39-43) Les impies eux « vident crucem, non vident unctionem », ils voient la Croix, ils ne voient pas l’onction, c’est-à-dire le Ciel ! Si nous voyons la Croix sans voir le Ciel, nous sommes en danger de perdre la foi comme les Apôtres. Il faut demander la grâce de sentir le Ciel à travers le regard du Christ… Jésus a ouvert les portes, et nous pouvons être possédés dès maintenant par la gloire dans l’obscurité de la foi. Alors, nous commençons à entrevoir le mystère de la Miséricorde[2] ! »

« Et révèle-moi l’indicible tendresse du Père qui me donne tout dans les bras ouverts de son Fils ! »

     Dans le silence et l’indicible douleur de la Croix, Dieu se dit et se révèle comme nulle part ailleurs… et c’est pourquoi ce mystère est central dans la Révélation. L’indicible tendresse du Père me donne « le tout de l’Amour » à travers les bras ouverts de son Fils crucifié : Tout, c’est tout ! Car l’Amour infini qui jaillit du Cœur ouvert de son Fils s’offre à chaque instant de ma vie : c’est le don de sa Grâce continuelle dans l’Esprit, dans les sacrements de son insondable miséricorde qui culmine en la Sainte Eucharistie où, caché, son Amour infini s’offre à mon cœur blessé… et m’entraîne à aimer tous mes frères et sœurs, sans aucune exception !

Alors, ne l’oublions jamais, Dieu a tout prévu pour me sauver du « feu de l’enfer » qui veut m’emporter du désespoir à la révolte de la damnation… et c’est pourquoi à Fatima, Notre Dame nous a demandé de faire cette prière si actuelle à la fin de chaque dizaine de chapelet :

« O mon Jésus, pardonne-nous nos péchés, préserve-nous du feu de l’Enfer et conduis au Ciel toutes les âmes, spécialement celles qui ont le plus besoin de ta Miséricorde ! »

Cette prière jaillie du Cœur de Marie est théologiquement admirable. Elle est, en effet, une synthèse courte et essentielle du mystère du salut : elle fait d’abord la vérité en nos vies car nous sommes des pécheurs pardonnés et sauvés de l’Enfer par l’infinie miséricorde du Cœur ouvert de Jésus sur la Croix… et c’est tout le sens du mystère de l’Eglise qui n’existe que pour annoncer la Rédemption dans le Christ et faire de nous des suppliants de son infinie Miséricorde qui veut « conduire » au Ciel tous ses enfants, spécialement les plus égarés !

On devrait le rappeler avec force à nombre de croyants qui flirtent avec l’apostasie actuelle. On devrait le « crier » à notre civilisation postmoderne qui est devenue hermétique à la tendresse de Dieu révélée sur la Croix du Seigneur ! N’a-t-elle pas donné naissance à un péché qui n’avait jamais existé jusque là, un péché nouveau ? Car « à force d’endurcir son cœur, elle est devenue christiano-résistante… et à ce moment se produit ce qu’on appelle en médecine une réaction de rejet. On a été vulnérable à la Parole, à l’Amour, à la tendresse du Christ, puis on se blinde. On est obligé de se blinder pour rejeter ce virus que j’appellerai le virus trinitaire, le virus de la tendresse de Dieu[3]… »

Jésus nous avait prévenus : « L’iniquité se multipliant, l’amour de beaucoup se refroidira » (Mt 24,12). Cette parole prophétique tirée des Evangiles eschatologiques est d’une terrible actualité : loin de Dieu, il fait « froid » et il fait « nuit » ! Le Christ, Source de l’amour, a été exclu, marginalisé, privatisé. On a volé la clé du Tabernacle et la porte reste fermée… il en résulte une immense solitude où le « non-sens » du quotidien devenant insupportable, il ne reste plus que l’exaltation subjective : « Tu seras roi ! Tu seras efficace ! Tu seras seul[4] ! »

L’horizontalité de notre société matérialiste et égalitariste a évacué l’aventure du sens ultime : tous égaux, mais tristes… alors, il ne reste plus qu’à se « faire peur » au saut à l’élastique ou au Paris-Dakar ! Pourtant, le message du « petit Prince[5] » continue à résonner : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ! »

La vraie liberté ne naîtra que de la profondeur spirituelle de l’homme : « Le 21° siècle sera religieux ou il ne sera pas ! » avait prophétisé André Malraux. Il ne s’agit pas ici d’une restauration nostalgique du passé mais d’une Pentecôte inédite que la Sainte Vierge prépare avec le Saint Esprit : la « civilisation de l’Amour » prophétisée par le Pape Jean-Paul II… et c’est pourquoi les forces du Mal se déchaînent avec une violence jamais vue pour nous décourager et nous égarer… elles savent que la Lumière commence à se lever !

Blottissons-nous donc sur le Cœur de Marie, Mère de l’Eglise et Mère des hommes, car le naufrage de notre civilisation se précise… et nous avons tant besoin de son indicible tendresse et de sa puissante protection !

+Marie-Mickaël

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[1] Du grec Kenôsis : « se rendre vide, se priver de tout, s’anéantir ». C’est un langage Paulinien qui essaie d’exprimer l’abaissement, la descente extrême du Fils en sa Passion : « Il s’est dépouillé (vidé) en prenant la condition d’esclave… Il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort de la Croix ! » (Ph2,7-8).

[2] Marie-Dominique Molinié, Qui comprendra le Cœur de Dieu ? Saint Paul, 1994, p.152-153.

[3] Marie-Dominique Molinié, op. cit., p.195-196.

[4] « L’exaltation du moi, enfin, cette apothéose d’une autonomie individuelle, sans cesse promise, sans cesse élargie… devient, au bout du compte, la dernière ruse d’une modernité qui n’a plus d’autre dessein défini que cette ébriété/malaise de l’individu-roi, sur fond de prolifération technicienne et consumériste… Libre et désaffilié, le moi est menacé d’engloutissement dans son propre triomphe ! » Jean-Claude Guillebaud, La refondation du monde, Seuil, 1999, p.282.

[5] Le petit Prince est le merveilleux ouvrage d’Antoine de Saint Exupéry et il est le deuxième livre le plus vendu dans le monde après la Bible : près de 200 millions d’exemplaires écoulés depuis sa parution à New York en 1943 et traduction en 270 langues et dialectes… Il a aussi été adapté en BD, dessin animé, manga et comédie musicale.




Le secret de Marie, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, n°57

[57] Enfin, Marie devient toute chose à cette âme auprès de Jésus‑Christ : elle éclaire son esprit par sa pure foi. Elle approfondit son cœur par son humilité, elle l’élargit et l’embrase par sa charité, elle le purifie par sa pureté, elle l’anoblit et l’agrandit par sa maternité. Mais à quoi est‑ce que je m’arrête ? Il n’y a que l’expérience qui apprend ces merveilles de Marie, qui sont incroyables aux gens savants et orgueilleux, et même au commun des dévots et dévotes…

A suivre…

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