Le chapelet, notre arme mariale contre la ‘désorientation’ du monde

La décadence qui existe dans le monde est sans nul doute la conséquence du manque de prière. Ce fut en prévision de cette désorientation que la Vierge a recommandé avec tant d’insistance la récitation du chapelet.

Et comme le chapelet est, après la sainte liturgie eucharistique, la prière la plus propre à conserver la foi dans les âmes, le démon a déchaîné sa lutte contre lui. Malheureusement, nous voyons les désastres qu’il a causés.

Nous ne pouvons et nous ne devons pas nous arrêter ni laisser, comme dit Notre Seigneur, les fils des ténèbres être plus avisés que les fils de la Lumière. Le rosaire est l’arme la plus puissante pour nous défendre sur le champ de bataille.

Extrait d’une lettre de sœur Lucie de Fatima à un prêtre, 26-11-1970

 




Le Chapelet : porte secrète du Cœur de Marie…

« Les yeux de la belle Immaculée étaient comme la Porte de Dieu…

Dans ses yeux, on voyait le Paradis ! »

Mélanie de la Salette

            Face à l’invasion médiatique actuelle que nous subissons partout sur nos écrans, la « répétitivité priante » du chapelet de la Vierge nous fortifie et garde notre cœur en éveil… car nous avons à combattre les multiples tentations d’un quotidien souvent « explosé » ! D’ailleurs, ne se lève-t-on pas chaque matin en consultant son portable, plutôt qu’en saisissant son chapelet ? D’où l’intérêt de le poser chaque soir sous l’oreiller après avoir prié trois Ave Maria pour une nuit paisible et un lever priant…

Certains s’offusquent ou se lassent devant la répétitivité qu’implique la prière du chapelet[1]. Selon Sœur Lucie de Fatima, Ils ne saisissent pas que la signification essentielle de la prière est un chant d’amour : « Quand des amoureux se retrouvent, écrit-elle, ils passent des heures et des heures à se répéter : « Je t’aime ! » Et elle poursuit magistralement sur le sens profond du Rosaire de Marie, en contemplant le mystère de la Création :

« A ceux qui pensent que le Rosaire est monotone, il manque une chose : l’amour !… La répétition des « Ave Maria » n’est pas une chose vieillie. Toutes les choses qui existent et ont été créées par Dieu se maintiennent et se conservent par le moyen de la répétition des mêmes actes. Personne ne songera à appeler le soleil une vieillerie, ni la lune, ni les étoiles, ni les oiseaux, ni les plantes… parce qu’ils vivent et se développent toujours de la même manière. Et ils sont plus anciens que la récitation du chapelet !

Pour Dieu, rien n’est ancien. Saint Jean dit que les bienheureux dans le Ciel chantent un cantique nouveau, en répétant toujours : « Saint, saint, saint est le Seigneur ! » (Ap 4,8). Et le cantique est nouveau parce que, dans la lumière de Dieu, tout apparaît avec un reflet nouveau[2] ! »

Nous avons donc à découvrir plus profondément que la « répétitivité » du chapelet est l’expression d’un amour qui se renouvelle à chaque instant sous la mouvance de l’Esprit Saint :

En effet, dans l’apparente pauvreté du Rosaire est caché un secret…

Là, l’Esprit crée dans le cœur de l’enfant de Dieu, et à son insu, un jaillissement inédit où se déploie l’inexprimable vie du Ciel ! Car le Rosaire fait passer déjà les enfants de Marie vers le Ciel par la Porte secrète de son Cœur :

« La prière du Rosaire t’ouvre les portes du Ciel dès maintenant[3] ! »

Ce mystère inouï et si peu connu, Saint Louis Marie de Montfort l’a prophétisé avec une étonnante sagesse, don de l’Esprit. Son message a ouvert tant de cœurs à la béatitude de la vie mariale : un Saint Jean-Paul II et bien d’autres… à nous aussi d’en être bouleversés et de changer de direction pour suivre et écouter Jésus, notre Sauveur, qui nous a dit du haut de la Croix :

« Voici ta Mère ! » (Jn 19,27)

Voici donc, parmi tant d’autres[4] à découvrir, une des plus belles pages mariales de l’histoire de l’Eglise :

« Heureux ceux et celles qui entrent en Marie comme dans l’Arche de Noé ! Les eaux du déluge de péchés, qui noient tant de monde, ne leur nuiront point… Pauvres enfants de Marie, votre faiblesse est extrême, votre inconstance est grande, votre fond est bien gâté… Vous êtes tirés de la même masse corrompue des enfants d’Adam et d’Eve ; mais ne vous découragez pas pour cela ; consolez-vous ; réjouissez-vous : voici le secret que je vous apprends, secret inconnu de presque tous les chrétiens…

Mettez, versez dans le sein et le Cœur de Marie tous vos trésors, toutes vos grâces et vertus… Oh ! Qu’un homme qui a tout donné à Marie, qui se confie, se perd en tout et pour tout en Marie est heureux !

Je vous prie donc instamment, par l’amour que je vous porte en Jésus et Marie… de réciter tous les jours votre chapelet et même… votre Rosaire ! Et vous bénirez, à l’heure de votre mort, le jour et l’heure que vous m’avez cru…

Quand viendra ce temps heureux et ce siècle de Marie ? Où plusieurs âmes choisies et obtenues du Très-Haut par Marie, se perdant elles-mêmes dans l’abîme de son intérieur, deviendront de copies vivantes de Marie, pour aimer et glorifier Jésus-Christ ? Ce temps ne viendra que quand on connaîtra et pratiquera la dévotion que j’enseigne : « Pour que votre règne arrive, Seigneur, qu’arrive le règne de Marie[5] ! »

+Marie-Mickaël

 

[1] On pourrait faire le même reproche à « la prière de Jésus » de l’Orient chrétien. Le « Jésus, Fils de Dieu Sauveur, aie pitié de moi, pécheur ! » est répété tant de fois au quotidien…

[2] Sœur Lucie de Fatima, Lettre à Maria Teresa de Cunha, 12 avril 1970.

[3] Messages de Jésus à Maryam, Le Rosaire – L’arme pour sauver la France et le monde, Parvis 2018, p.38.

[4] Pour vivre ces derniers temps : Lire et méditer absolument le court « Secret de Marie » … et par-dessus tout : « Le traité de la vraie dévotion à la Saint Vierge ».

[5] Saint Louis Marie de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n°175-178-217-254.




Le Rosaire a conservé la foi vivante en Chine

Le saint Rosaire a été donné par la Reine du Ciel au glorieux saint Dominique pour ramener les hérétiques au sein de l’Église et convertir les pécheurs. Nous empruntons aux Annales des Missions de la Chine, un fait digne d’attention.

Dans le Kiang-Nan, dit le missionnaire chinois, la dévotion du chapelet ou du Rosaire est aussi ancienne que la foi, et c’est peut-être à lui que celle-ci doit sa conservation. Dans les paroisses, les fidèles portent le chapelet à leur boutonnière, et ils ne sont pas moins fiers de cette décoration, qu’on ne l’est ailleurs d’une croix ou d’un ruban. Aussi Marie leur accorde-t-Elle, en retour, des marques sensibles de Sa protection. Nous n’en donnerons qu’un exemple:

Une pauvre femme, livrée à tous les désespoirs, et en mauvaise intelligence avec son mari, était horriblement tentée de se suicider et elle découvrit au missionnaire son coupable dessein. Celui-ci fit tous ses efforts pour l’en détourner, et après l’avoir exhortée à mettre toute sa confiance en Marie, il lui donna un chapelet, lui recommandant de ne jamais le quitter. Un mois après, elle revint et dit à son confesseur: «Mon Père, ayez pitié de moi; je suis bien à plaindre! Si j’existe encore, si je ne suis pas engloutie dans l’enfer, ce n’est pas ma faute. Je n’ai rien épargné pour me faire mourir; mais chose inconcevable! je n’y ai pas réussi. J’ai avalé des sapèques de cuivre rouillé, et bu à plusieurs reprises des doses énormes de poison, et chaque fois, je n’en ai éprouvé que des douleurs d’entrailles accompagnées d’affreux vomissements. Que de fois je me suis mise en route pour me précipiter dans le fleuve! et toujours une main invisible m’a retenue au bord de l’eau: mes pieds refusaient de quitter la terre, quelques efforts que je fisse pour les en détacher.»

Pendant qu’elle parlait, les larmes inondaient son visage et ses traits bouleversés témoignaient de sa sincérité. Alors le Père lui adressa question sur question touchant ses exercices de piété. «Mon Père, depuis plusieurs mois, je n’ai pas, je vous l’assure, récité la moindre prière; je n’ai pas même (crime incroyable chez ces fervents chrétiens) dit mon chapelet. J’avais au fond de mon âme l’intime persuasion que j’étais une victime vouée sans ressource à la damnation.» Pendant une demi-heure, le missionnaire chercha vainement le nœud secret de l’affaire; mais le mot de chapelet le lui fit rencontrer. Il apprit que l’infortunée, fidèle à sa recommandation, ne s’était jamais laissé séparer de son Rosaire, malgré toutes les suggestions contraires de l’ennemi du genre humain. «C’est assez, lui dit-il, allez vous humilier aux pieds de la bonne Mère.» Une conversion sincère fut le fruit de cette protection signalée.

Pieux enfants de Marie, apprenez par le récit de ce pieux missionnaire à avoir une entière confiance en Notre-Dame du Rosaire. Appliquez-vous au saint usage de réciter chaque jour le chapelet, aimez à le porter avec vous, il vous sera d’un grand secours pour vous rendre la Reine du Ciel favorable. Ah! qu’il est précieux d’aimer et de servir Marie !




Le Rosaire est l’arme des Doux

« Le Rosaire apprend le secret de la paix ! »

Saint Jean-Paul II

          Lors d’un rêve où il était en danger de mort, le Saint Padre Pio nous rapporte une parole de la Vierge qui a traversé sa vie :

« Ne crains rien, je suis là… Prends ton arme et sers t’en ! »

Ces paroles lapidaires renferment en vérité « le secret de la paix » selon l’expression de Saint Jean-Paul II sur le mystère du Rosaire. En effet, quand Marie dit : « Ne crains rien, je suis là… » Elle exprime en urgence une évidence de la foi catholique : la Mère de Jésus est aussi notre Mère (Jn 19,27), et Elle a reçu « mission » de veiller sur nous pour nous tourner vers son Fils… Elle est donc là, au cœur de nos vies, avec son indicible disponibilité maternelle !

Mais sans l’ouverture de la prière, nous la laissons à la porte de nos cœurs. En négligeant de prier son chapelet dans la force de la foi et la ferveur de l’espérance, nous renonçons au combat et déposons les armes, déjà vaincus…

C’est pourquoi Elle nous dit, comme au Padre Pio : « Prends ton arme et sers t’en ! » Ce langage guerrier est un appel au combat spirituel et signifie que le Rosaire cette « armure de Dieu » évoquée par Saint Paul :

En effet, « pour pouvoir résister aux manœuvres du Diable », nous devons lutter « non contre des adversaires de sang, mais contre les principautés, les puissances, les régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes » (Ep 6,10-13). Cela signifie que la vie chrétienne n’est pas un long fleuve tranquille, mais qu’elle est le lieu d’une lutte constante. Sainte Catherine de Sienne le laissait entendre avec réalisme : « Sans guerre, il n’y a pas de paix ! » Car la terre de notre cœur est encore assaillie par l’Ennemi de la paix qui veut l’occuper… Et dans ce combat spirituel de chaque jour, le chapelet est l’Arme des pauvres et des petits que nous sommes tous !

Péguy en était persuadé quand il faisait dire au Seigneur :

« Récite ton chapelet, dit Dieu…

Et ne te soucies point de ce que raconte tel écervelé :

Que c’est une dévotion passée et qu’on va abandonner.

Cette prière-là, je te le dis,

est un rayon de l’Evangile…

Ce que j’aime dans le chapelet, dit Dieu,

c’est qu’il est simple et qu’il est humble,

comme fut mon Fils, comme fut sa Mère[1]… »

Depuis tant d’années, la Vierge nous demande « d’abord » cette fidélité à « son » Arme : là, s’exerce la persévérance des pécheurs où le Rosaire devient peu à peu l’apprentissage de la douceur… En effet, inspiré par l’amour, il commence dans l’humilité et se creuse dans la patience pour nous conduire à la paix. Jour après jour, Marie nous façonne mystérieusement à l’image de son Fils, doux et humble de Cœur (Mt 11,29). Et sur ce chemin, l’Esprit, peu à peu, ouvre une brèche dans notre cœur de pierre. C’est un itinéraire où, Ave après Ave, Marie nous fait entrer dans la douceur Trinitaire en nous y adaptant avec tendresse :

« On parle de la « douceur déchirante » des couchers du soleil, de certaines musiques… Mais la douceur de Dieu est infiniment plus déchirante… et en même temps, c’est la béatitude ! Demandons la joie d’être déchiré par l’appel de l’Amour… Pour nous y aider, Dieu nous offre la Sainte Vierge… Elle est une invention et un don de Dieu, un geste par lequel Il veut adoucir les douleurs[2]… »

Ainsi, le Rosaire est l’Arme des doux et il fait de nous des « artisans de paix » (Mt 5,9). En ces temps actuel où la paix sociale et la paix mondiale sont menacées comme jamais… cette prière mariale quotidienne est notre premier engagement pour la paix : nous ne pourrons affronter les terribles défis actuels qu’avec la paix du Christ dans le cœur et la douceur de Marie dans le regard…

+Marie-Mickaël

 

 

[1] Charles Péguy, « Chantre de Chartres ».

[2] M.D. Molinié, Qui comprendra le Cœur de Dieu ? Saint Paul 1994, p.14-   16.




Le saint rosaire, cette arme que la Vierge Marie nous a donnée

« Aimez la Madone et priez le rosaire, car son rosaire est l’arme contre les maux du monde d’aujourd’hui. Toutes les grâces données par Dieu passent par la Sainte Mère ». (Padre Pio)

Le pape Jean-Paul II a sans aucun doute retenu ces paroles de saint Padre Pio, car nous savons qu’il priait le rosaire tous les jours et qu’il a accompli beaucoup d’autres choses pour promouvoir la dévotion à la Sainte Vierge et à « l’arme » qu’elle nous a donnée.

Le pape est souvent placé dans une position très difficile : il doit s’efforcer d’amener les gens au Christ par le biais de questions sociétales pertinentes, tout en évitant la tentation de s’enliser dans la culture. Le pape Jean-Paul II a trouvé un équilibre très subtil en rejoignant les gens là où ils étaient et en les invitant à grandir dans la sainteté personnelle à l’aide du rosaire.

Qu’il s’agisse de la guerre froide, des attaques terroristes du 11 septembre ou de la guerre contre la famille, Jean-Paul II a conservé une foi inébranlable et vivifiante dans le rosaire et sa puissante portée. Il nous a encouragés à prier pour la paix, pour des solutions, pour l’espérance et pour l’amour dans toutes les rencontres. Lorsque nous demandons des choses nobles, Notre Dame est toujours capable d’aller voir Notre Seigneur à notre place et nous savons que Jésus aime trop sa mère pour lui refuser quoi que ce soit .

Comme le disait saint Maximilien Kolbe, « N’ayez jamais peur de trop aimer la Sainte Vierge. Vous ne pourrez jamais l’aimer plus que Jésus ne l’a fait ».

Saint Jean-Paul II vouait une dévotion particulière à Padre Pio, Louis de Montfort, Jacinta et Francisco Marto – deux des enfants de Fatima qu’il a lui-même canonisés – tous de fervents défenseurs du Saint Rosaire. À Fatima, la Vierge a exprimé son désir d’avoir des rosaires quotidiens et saint Jean-Paul II n’avait pas l’intention de décevoir la Mère de Dieu. Il a déclaré que la promotion du Rosaire devait être reprise non seulement par notre génération, mais par toutes les générations futures, pour le salut de tous.

John Hanretty, 6 février 2024
www.relevantradio.com




Pourquoi Padre Pio plaçait-il le chapelet sous l’oreiller…




Le secret admirable du Très Saint Rosaire (10)- Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

8e ROSE

[26] Il n’est pas possible d’exprimer combien la sainte Vierge estime le Rosaire sur toutes les dévotions et combien elle est magnifique à récompenser ceux qui travaillent à le prêcher, l’établir et [le] cultiver; et au contraire combien elle est terrible contre ceux qui veulent s’y opposer.

Saint Dominique n’a eu rien tant à cœur pendant sa vie que de louer la sainte Vierge, de prêcher ses grandeurs et d’animer tout le monde à l’honorer par son Rosaire. Cette puissante Reine du ciel n’a cessé aussi de répandre sur ce saint des bénédictions à pleines mains ; elle a couronné ses travaux de mille prodiges et miracles, il n’a jamais rien demandé à Dieu qu’il ne l’ait obtenu par l’intercession de la sainte Vierge ; et, pour comble de faveur, elle l’a rendu victorieux de l’hérésie des Albigeois et fait père et patriarche d’un grand ordre [1]

[27] Que dirai-je du bienheureux Alain de la Roche, réparateur de cette dévotion ? La sainte Vierge l’a honoré plusieurs fois de sa visite pour l’instruire des moyens de faire son salut, de se rendre bon prêtre, parfait religieux et imitateur de Jésus-Christ. Pendant les tentations et les persécutions horribles des démons qui le réduisaient à une extrême tristesse et presque au désespoir, elle le consolait et dissipait par sa douce présence tous ces nuages et ces ténèbres. Elle lui a enseigné la méthode de dire le Rosaire, ses excellences et ses fruits. Elle l’a favorisé de la glorieuse qualité de son nouvel époux, et pour gage de ses chastes affections, elle lui a mis une bague au doigt, un collier fait de ses cheveux au col, et lui a donné un Rosaire. L’abbé Tritème, le docte Cartagène, le savant Martin Navarre et les autres en parlent avec éloges.

Après avoir attiré à la confrérie du Rosaire plus de cent mille âmes, il mourut à Zwolle, en Flandre, le 8 septembre 1475.

[28] Le démon, jaloux des grands fruits que le bienheureux Thomas de Saint-Jean, célèbre prédicateur du saint Rosaire, faisait par cette pratique, le réduisit, par ses mauvais traitements, à une longue et fâcheuse maladie dans laquelle il fut désespéré des médecins. Une nuit qu’il croyait infailliblement mourir, le démon lui apparut sous une figure épouvantable ; mais élevant dévotement les yeux et le cœur vers une image de la sainte Vierge qui était près de son lit, il cria de toutes ses forces : « Aidez-moi, secourez-moi, ô ma très douce Mère ! »  A peine eut-il achevé ces paroles, que la sainte Vierge lui tendit la main de la sainte image, lui sera le bras en lui disant : « Ne crains point, mon fils Thomas, me voici à ton secours ; lève-toi et continue de prêcher la dévotion de mon Rosaire comme tu as commencé. Je te défendrai contre tous tes ennemis. » A ces paroles de la sainte Vierge, le démon prit la fuite. Le malade se leva en parfaite santé, et il rendit grâces à sa bonne Mère avec un torrent de larmes, et continua de prêcher le Rosaire avec un succès merveilleux.

[29] La sainte Vierge ne favorise pas seulement les prédicateurs du Rosaire, elle récompense aussi glorieusement ceux qui, par leur exemple, attirent les autres à cette dévotion. Alphonse, roi de Léon et de Galice, désirant que tous ses domestiques honorassent la sainte Vierge par le Rosaire, s’avisa, pour  les y animer  par son exemple, de porter un gros Rosaire à son côté, mais sans le réciter pourtant : ce qui obligea tous les gens de sa cour à le dire dévotement.

Le roi tomba malade à l’extrémité et lorsqu’on le croyait mort, il fut ravi en esprit au tribunal de Jésus-Christ. Il vit les diables qui l’accusaient de tous les crimes qu’il avait commis et le juge étant sur le point de le condamner aux peines éternelles, la sainte Vierge se présenta en sa faveur devant son Fils ; on apporta une balance, on mit tous les Péchés du roi dedans un bassin, et la sainte Vierge mit le gros Rosaire qu’il avait porté en son honneur et avec ceux qu’il avait fait dire par son exemple, qui pesa plus que tous ses Péchés, et puis, le regardant d’un œil favorable, elle lui dit : « J’ai obtenu de mon Fils, pour récompense du petit service que tu m’as rendu en portant le Rosaire, la prolongation de ta vie pour quelques années. Emploie-les bien, et fais pénitence. » Le roi, revenu de ce ravissement, s’écria : « 0 bienheureux Rosaire de la sainte Vierge, par lequel j’ai été délivré de la damnation éternelle. » Après qu’il eut recouvré la santé, il passa le reste de sa vie dans la dévotion du saint Rosaire et le récitait tous les jours.

Que les dévots de la sainte Vierge tâchent de gagner le plus qu’ils pourront de fidèles à la confrérie du saint Rosaire, à l’exemple de ces saints et de ce roi ; ils auront ici-bas ses bonnes grâces et la vie éternelle. Qui elucidant me vitam eternam habebunt (Ceux qui m’éclaircissent auront la vie éternelle. Si 24,31)

 

 

[1] ALAN US DE RUPE, Apologia, c. 22. Ros. « . »st., 9″ diz., ch. 8.




Le secret admirable du Très-Saint Rosaire (9) – St Louis-Marie Grignion de Montfort

7e ROSE

[24] Depuis que le bienheureux Alain de la Roche a renouvelé cette dévotion, la voix publique, qui est la voix de Dieu, lui a donné le nom de Rosaire qui signifie couronne de roses ; c’est-à-dire que toutes les fois que l’on dit comme il faut son Rosaire, on met sur la tête de Jésus et de Marie une couronne composée de cent-cinquante-trois roses blanches et de 16 roses rouges du paradis, lesquelles ne perdront jamais [ni] leur beauté ni leur éclat. La sainte Vierge a approuvé et  confirmé ce nom de Rosaire, révélant à plusieurs qu’ils lui  présentaient autant d’agréables roses qu’ils réciteront d’Ave Maria en son honneur et autant de couronnes de roses qu’ils diront de Rosaires .

[25] Le frère Alphonse Rodriguez, de la Compagnie de Jésus, récitait son Rosaire avec tant d’ardeur qu’il voyait souvent, à chaque Pater, sortir de sa bouche une rose vermeille, et à chaque Ave Maria une blanche égaIe en beauté et en bonne odeur et seulement différente de couleur.

Les chroniques de saint François racontent qu’un jeune religieux avait cette louable coutume de dire tous les jours avant son repas la couronne de la sainte Vierge. Un jour, par je ne sais quel accident, il y manqua ; le dîner étant sonné, il pria le supérieur de lui permettre de la réciter avant que d’aller à table. Avec cette permission, il se retire dans sa chambre ; mais comme il tardait trop, le supérieur envoya un religieux pour l’appeler.

Ce religieux le trouva dans sa chambre, tout éclatant d’une céleste lumière, et la sainte Vierge avec deux anges auprès de lui ; à mesure qu’il disait un Ave Maria, une belle rose sortait de sa bouche, les anges prenaient les roses l’une après l’autre et les mettaient sur la tête de la sainte Vierge qui en témoignait de l’agrément. Deux autres religieux envoyés pour voir la cause du retardement des autres virent tout ce mystère, et la sainte Vierge ne disparut point que la couronne ne fût récitée.

Le Rosaire est donc une grande couronne et le chapelet est un petit chapeau de fleurs ou petite couronne de roses célestes qu’on met sur la tête de Jésus et de Marie. La rose est la reine des fleurs, de même le Rosaire est la rose et la première des dévotions.

 

Pour lire l’introduction et consulter le plan de l’ouvrage de Grignion de Montfort, cliquer ici.




Le secret admirable du Très Saint Rosaire (8) – St Louis-Marie Grignon de Montfort

6e ROSE

[22] Depuis le temps que saint Dominique a établi cette dévotion jusqu’à l’an 1460, que le bienheureux Alain  de la Roche, par l’ordre du ciel, l’a renouvelée, on l’appelle le psautier de Jésus et de la sainte Vierge, parce qu’elle contient autant de Salutations angéliques que le psautier de David contient de psaumes, et que, les simples et les ignorants ne pouvant pas réciter le psautier de David, on trouve dans la récitation du Saint Rosaire un fruit égal à celui qu’on tire de la récitation des psaumes de David et même encore un abondant : 1° Parce que le psautier angélique a un fruit plus noble, savoir : le Verbe incarné, au lieu que le psautier de David ne fait que le prédire ; 2° Comme la vérité surpasse la figure et le corps l’ombre, de même le psautier de la sainte Vierge surpasse le psautier de David qui n’en a été que l’ombre et la figure; 3° Parce que la Sainte-Trinité a immédiatement fait le psautier de la sainte Vierge ou le Rosaire composé du Pater et de l’Ave.

Voici ce que le savant Cartagène [1] rapporte sur ce sujet : Le très savant écrivain d’Aix-La-Chapelle (J. Beyssel) dit dans son livre La couronne de Rose dédié à l’empereur Maximilien : On ne peut pas soutenir que la salutation mariale soit une invention récente. Elle se répandit avec l’Eglise elle-même. En effet, aux toutes premières origines de l’Eglise, les fidèles plus instruits célébraient les louanges divines par la triple cinquantaine des Psaumes de David. Chez les simples, qui se heurtaient à plus de difficulté dans le service divin, naquit ainsi une sainte émulation… Ils pensèrent, ce qui est un fait, que dans cet éloge céleste (le Rosaire) sont inclus tous les divins secrets des Psaumes, et cela surtout parce que si les Psaumes le chantaient comme devant venir, cette formule de prière s’adressait à Lui comme étant déjà venu. C’est ainsi qu’ils commencèrent à appeler « Psautier de Marie » les trois cinquantaines de Salutations, faisant même précéder chaque dizaine de l’Oraison dominicale comme ils avaient vu faire à ceux qui récitaient les psaumes.

[23] Le psautier ou le Rosaire de la sainte Vierge est divisé en trois chapelets de cinq dizaines chacun : 1° pour honorer les trois personnes de la Sainte-Trinité ; 2° pour honorer la vie, la mort et la gloire de Jésus-Christ ; 3° pour imiter l’Église triomphante, pour aider la militante et soulager la souffrante ; 4° pour imiter les trois parties des psaumes dont la première est pour la vie purgative, la seconde pour la vie illuminative et la troisième pour la vie unitive ; 5° pour nous remplir de grâce pendant la vie, de paix à la mort et de gloire dans l’éternité.

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[1] CARTHAGENA, De Sacris Arcanis, L. 16. Hom. I ; CN, p. 156




Le secret admirable du Très Saint Rosaire (8)- St Louis-Marie Grignon de Montfort

PREMIÈRE DIZAINE

L’ excellence du saint Rosaire

dans son origine et Son nom.

(suite)

[5. ROSE]

[81] il n’y a [à] proprement parler qu’une sorte de confrérie du Rosaire composé de 150 Ave Maria ; mais par rapport à la ferveur des différentes personnes qui le pratiquent, il y en a de trois sortes, savoir : le Rosaire commun ou ordinaire, le Rosaire perpétuel et le Rosaire quotidien. La confrérie du Rosaire ordinaire n’exige qu’on le récite qu’une fois par semaine. Celle du Rosaire perpétuel qu’une fois par an, mais celle du Rosaire quotidien demande qu’on le dise tous les jours tout entier, c’est-à-dire 150 Ave Maria. Aucun de ces Rosaires n’engage à péché, pas même véniel, si on vient à y manquer, parce que cet engagement est tout à fait volontaire et de surérogation ; mais il ne faut pas s’enrôler dans la confrérie si on n’a pas la volonté déterminée à le réciter selon que la confrérie le demande autant qu’on le pourra sans manquer aux obligations de l’état. Ainsi lorsque la récitation du saint Rosaire se trouve en concurrence avec une action à laquelle l’état engage, on doit préférer cette action au Rosaire, quelque saint qu’il soit. Lorsque dans la maladie on ne peut le dire ni tout entier ni en partie, sans augmenter son mal, on [n’] y est pas obligé. Lorsque par une obéissance légitime, ou par un oubli involontaire, ou par une nécessité pressante, on [n’] a pu le dire, il n’y a aucun péché, même véniel ; on ne laisse pas de participer aux grâces et aux mérites des autres frères et sœurs du saint Rosaire qui le disent dans le monde.

Chrétien, si vous manquez même de le dire par pure négligence, sans aucun mépris formel, vous ne péchez pas aussi, absolument parlant, mais vous perdez la participation des prières et des bonnes œuvres et mérites de la confrérie, et par votre infidélité en choses petites et de surérogation, vous tomberez insensiblement dans l’infidélité aux choses grandes et d’obligation essentielle ; car : Qui spernit modica paulatim decidet [1].

 

[1] Si 19, 1 : Qui méprise les riens peu à peu s’appauvrit.

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