La Salette : suite de message, la Règle, derniers avis…

Après la relation du secret, Mélanie poursuit son récit de l’apparition :

Ensuite, la Sainte Vierge me donna, aussi en français, la Règle d’un nouvel Ordre religieux.
Après m’avoir donné la Règle de ce nouvel Ordre religieux, la Sainte Vierge reprit ainsi la suite du discours [aux deux bergers ensemble] :

« S’ils se convertissent, les pierres et les rochers se changeront en blé et les pommes de terre se trouveront ensemencées dans les terres.

« Faites-vous bien votre prière, mes enfants?
Nous répondîmes tous les deux: « Oh! non, Madame, pas beaucoup.
« Ah! mes enfants, il faut bien la faire, soir et matin. Quand vous ne pourrez pas mieux faire, dites un Pater et un Ave Maria ; et quand vous aurez le temps et que vous pourrez mieux faire, vous en direz davantage.

« Il ne va que quelques femmes un peu âgées à la messe ; les autres travaillent tout l’été le dimanche ; et l’hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la messe que pour se moquer de la religion. Le carême, ils vont à la boucherie comme des chiens.

« N’avez-vous pas vu du blé gâté, mes enfants ? »
Tous deux, nous avons répondu : « Oh! non Madame.  »
La Sainte Vierge, s’adressant à Maximin :
« Mais toi, mon enfant, tu dois bien en avoir vu une fois vers le Coin, avec ton père. L’homme de la pièce dit à ton père : Venez voir comme mon blé se gâte. Vous y allâtes. Ton père prit deux ou trois épis dans sa main, il les frotta, et ils tombèrent en poussière. Puis, en vous en retournant, quand vous n’étiez plus qu’à une demi-heure de Corps, ton père te donna un morceau de pain en te disant : « Tiens, mon enfant, mange cette année, car je ne sais pas qui mangera l’année, prochaine si le blé se gâte comme cela. »
Maximin répondit : « C’est bien vrai, Madame, je ne me le rappelais pas.  »

La Très Sainte Vierge a terminé son discours en français.
« Eh bien ! mes enfants, vous le ferez passer a tout mon peuple. »

La très belle Dame traversa le ruisseau,et, à deux pas du ruisseau, sans se retourner vers nous qui la suivions (parce qu’elle attirait à elle par son éclat et plus encore par sa bonté qui m’enivrait, qui semblait me faire fondre le cœur), elle nous a dit encore : « Eh bien! mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple.  »

Puis elle a continué à marcher jusqu’à l’endroit où j’étais montée pour regarder où étaient nos vaches. Ses pieds ne touchaient que le bout de l’herbe sans la faire plier. Arrivée sur la petite hauteur, la belle Dame s’arrêta, et vite je me plaçai devant elle pour bien, bien la regarder, et tâcher de savoir quel chemin elle inclinait le plus à prendre… Car c’était fait de moi, j’avais oublié et mes vaches et les maîtres chez lesquels j’étais en service ; je m’étais attachée pour toujours et sans conditions à ma Dame ; oui, je voulais ne plus jamais, jamais la quitter ; je la suivais sans
arrière pensée et dans la disposition de la servir tant que je vivrai. Avec ma Dame, je croyais avoir oublié le paradis ; je n’avais plus que la pensée de la servir en tout ; et je croyais que j’aurais pu faire tout ce qu’elle m’aurait dit de faire, car il me semblait qu’Elle avait beaucoup de pouvoir. Elle me regardait avec une tendre bonté qui m’attirait à Elle ; j’aurais voulu, avec les yeux fermés, m’élancer dans ses bras.


Elle ne m’a pas donné le temps de le faire. Elle s’est élevée insensiblement de terre à une hauteur d’environ un mètre et plus ; et, restant ainsi suspendue en l’air un tout petit instant, ma belle Dame regarda le ciel, puis la terre à sa droite et sa gauche, puis elle me regarda avec des yeux si doux, si aimables et si bons que je croyais qu’Elle m’attirait dans son intérieur, et il me semblait que mon cœur s’ouvrait au sien. Et tandis que mon cœur se fondait en une douce dilatation, la belle figure de ma bonne Dame disparaissait peu à peu ; il me semblait que la lumière en mouvement se
multipliait ou bien se condensait autour de la Très Sainte Vierge, pour m’empêcher de la voir plus longtemps. Ainsi la lumière prenait la place des parties du corps qui disparaissaient à mes yeux ; ou bien il me semblait que le corps de ma Dame se changeait en lumière en se fondant. Ainsi la lumière en forme de globe s’élevait doucement en direction droite. Je ne puis pas dire si le volume de lumière diminuait à mesure qu’Elle s’élevait, ou bien si c’était l’éloignement, qui faisait que je voyais diminuer la lumière à mesure qu’elle s’élevait; ce que je sais, c’est que je suis restée longtemps la tête levée et les yeux fixés sur la lumière, même après que cette lumière, qui allait toujours s’éloignant et diminuant de volume, eût fini par disparaître…  »

De son côté, Maximin raconte :

« Immobiles comme des statues, les yeux fixés sur la Belle-Dame, nous la voyons les pieds réunis, comme le patineur, glisser sur la cime de l’herbe sans la faire fléchir. Revenus de notre ravissement, nous courons après elle ; nous l’atteignons bientôt ; Mélanie se place devant et moi derrière, un peu sur la droite. Là, en notre présence, la Belle-Dame s’éleva insensiblement, resta quelques minutes, entre le ciel et la terre, a une hauteur de deux mètres environ ; puis la tête, le corps, les jambes et les pieds se confondirent avec la lumière qui l’encadrait. Nous ne vîmes
plus qu’un globe de feu s’élever et pénétrer dans le firmament.
Dans notre langage naïf, nous avons appelé ce globe le second soleil. Nos regards furent longtemps attachés sur l’endroit où le globe lumineux avait disparu. Je ne puis dépeindre ici l’extase dans laquelle nous nous trouvions, Je ne parle que de moi ; je sais très bien que tout mon être était anéanti, que tout le système organique était arrêté en ma personne. Lorsque nous eûmes le sentiment de nous-mêmes, Mélanie et moi nous nous regardions sans pouvoir prononcer un seul mot ; tantôt levant les yeux vers le ciel, tantôt les portant à nos pieds et autour de nous, tantôt interrogeant du regard tout ce qui nous environnait. Nous semblions chercher le personnage resplendissant que je n’ai plus revu.
Ma compagne, la première, interrompit le silence et dit :
Cela doit être, Mémin, le bon Dieu ou la Sainte Vierge de mon père, ou peut-être quelque grande sainte,
-Ah ! lui répondis-je, si je l’avais su, je lui aurais bien dit de m’emmener avec elle au ciel ! « 




La Salette : le secret complet de Mélanie

En publiant en 1879 son récit complet, Mélanie écrit enfin tout son secret.

Rédaction du secret en 1851

Sommée de le révéler au Pape Pie IX en 1851 , assistée de l’aide de Marie, elle ne lui en avait dévoilé en effet qu’un résumé, que voici, retrouvé en 1999 avec celui de Maximin, tel qu’il figure dans les archives du Saint Office à Rome :
« Mélanie, je vais vous dire quelque chose que vous ne direz à personne :
Le temps de la colère de Dieu est arrivé ! Si, lorsque vous aurez dit aux peuples ce que je vous ai dit tout à l’heure, et ce que je vous dirai de dire encore, si, après cela, ils ne se convertissent pas, (si on ne fait pas pénitence, et si on ne cesse pas de travailler le Dimanche, et si on continue à blasphémer le Saint Nom de Dieu), en un mot, si la face de la terre ne change pas,  Dieu va se venger contre le peuple ingrat et esclave du démon, Mon Fils va faire éclater sa puissance !
Paris, cette ville souillée de toutes sortes de crimes, périra infailliblement. Marseille sera détruite en peu de temps.
Lorsque ces choses arriveront, le désordre sera complet sur la terre, Le monde s’abandonnera à ses passions impies.
Le Pape sera persécuté de toutes parts : on lui tirera dessus, on voudra le mettre à mort, mais on ne lui pourra rien, le Vicaire de Dieu triomphera encore cette fois-là.
Les prêtres et les religieuses, et les vrais serviteurs de mon Fils seront persécutés, et plusieurs mourront pour la foi de Jésus Christ. Une famine régnera en même temps.
Après que toutes ces choses seront arrivées, beaucoup de personnes reconnaîtront la main de Dieu sur elles, se convertiront, et feront pénitence de leurs péchés. Un grand roi montera sur le trône, et régnera pendant quelques années. La religion refleurira et s’étendra par toute la terre et la fertilité sera grande ; le monde content de ne manquer de rien recommencera ses désordres, abandonnera Dieu, et se livrera à ses passions Criminelles.
[Parmi] les ministres de Dieu, et les Epouses de Jésus Christ, il y en a qui se livreront au désordre, et c’est ce qu’il y aura de [plus] terrible, .Enfin, un enfer régnera sur la terre.
Ce sera alors que l’antéchrist naîtra d’une religieuse ; Mais, malheur à elle ! Beaucoup de personnes croiront à lui, parce qu’il se dira le venu du ciel, malheur à ceux qui le croiront.
Le temps n’est pas éloigné, il ne passera pas deux fois 50 ans. »

(Le délai indiqué reste énigmatique. Mélanie précisera que c’est elle qui a ajouté cette indication d’après la vision des évènements prédits qu’elle contemplait en recevant le secret).
Suit l’interdiction formelle de la part de la Vierge de ne rien dire à personne de ce secret… ‘jusqu’à ce que je vous dise de le dire’.

Rédaction du secret en 1879

« Mélanie, ce que je vais vous dire maintenant ne sera pas toujours secret ; vous pourrez le publier en 1858.

[A la racine des maux, la médiocrité de combien de pasteurs]

« Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres, par leur mauvaise vie, par leur irrévérence et leur impiété à célébrer les saints mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté. Oui, les prêtres demandent vengeance, et la vengeance est suspendue sur leurs têtes. Malheur aux prêtres et aux personnes consacrées à Dieu lesquelles par leur infidélité et leur mauvaise vie crucifient de nouveau mon Fils ! Les péchés des personnes consacrées à Dieu crient vers le Ciel et appellent la vengeance, et voilà que la vengeance est à leur porte, car il ne se trouve plus personne pour implorer miséricorde et pardon pour le peuple; il n’y a plus d’âmes généreuses, il n’y a plus personne digne d’offrir la Victime sans tâche à l’Eternel en faveur du monde .

« Dieu va frapper d’une manière sans exemple. Malheur aux habitants de la terre ! Dieu va épuiser sa colère, et personne ne pourra se soustraire à tant de maux réunis.

« Les chefs, les conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la pénitence, et le démon a obscurci leur intelligence ; ils sont devenus ces étoiles errantes que le vieux diable traînera avec sa queue pour les faire périr. Dieu permettra au vieux serpent de mettre des divisions parmi les régnants, dans toutes les sociétés et dans toutes les familles. On souffrira des peines physiques et morales ; Dieu abandonnera les hommes à eux-mêmes et enverra des châtiments qui se succéderont pendant plus de trente-cinq ans.
« La Société est à la veille des fléaux les plus terribles et des plus grands événements ; on doit s’attendre à être gouverné par une verge de fer et à boire le calice de la colère de Dieu.

[Avis pour le pape. De l’apostasie à la guerre]

« Que le vicaire de mon Fils, le Souverain Pontife Pie IX ne sorte plus de Rome après l’année 1859 ; mais qu’il soit ferme et généreux, qu’il combatte avec les armes de la foi et de l’amour ; je serai avec lui. Qu’il se méfie de Napoléon, son cœur est double, et quand il voudra être à la fois Pape et Empereur, bientôt Dieu se retirera de lui ; il est cet aigle qui, voulant toujours s’élever, tombera sur l’épée dont il voulait se servir pour obliger les peuples à se faire élever.
« L’Italie sera punie de son ambition en voulant secouer le joug du Seigneur des Seigneurs ; aussi elle sera livrée à la guerre le sang coulera de tous côtés ; les Eglises seront fermées ou profanées ; les prêtres, les religieux seront chassés ; on les fera mourir, et mourir d’une mort cruelle. Plusieurs abandonneront la foi, et le nombre des prêtres et des religieux qui se sépareront de la vraie religion sera grand ; parmi ces personnes il se trouvera même des évêques.
« Que le Pape se tienne en garde contre les faiseurs de miracles ; car le temps est venu que les prodiges les plus étonnants auront lieu sur la terre et dans les airs.
« En l’année 1864, Lucifer avec un grand nombre de démons seront détachés de l’enfer ; ils aboliront la foi peu à peu et même dans les personnes consacrées à Dieu ; ils les aveugleront de telle manière, qu’à moins d’une grâce particulière, ces personnes prendront l’esprit de ces mauvais anges ; plusieurs maisons religieuses perdront entièrement la foi et perdront beaucoup d’âmes.
« Les mauvais livres abonderont sur la terre, et les esprits de ténèbres répandront partout un relâchement universel pour tout ce qui regarde le service de Dieu ; ils auront un très grand pouvoir sur la nature ; il y aura des églises pour servir ces esprits. Des personnes seront transportées d’un lieu à un autre par ces esprits mauvais, et même des prêtres, parce qu’ils ne se seront pas conduits par, le bon esprit de l’Evangile qui est un esprit d’humilité, de charité et zèle pour la gloire de Dieu. On fera ressusciter des morts et des justes. (C’est-à-dire que ces morts prendront la figure des âmes justes qui avaient vécu sur la terre, afin de mieux séduire les hommes ; ces soi-disant morts ressuscités qui ne seront autre chose que le démon sous ces figures, prêcheront un autre Evangile contraire à celui du vrai Christ Jésus, niant l’existence du Ciel) ; soit encore les âmes des damnés. Toutes ces âmes paraîtront comme unies à leur corps. Il y aura en tous lieux des prodiges extraordinaires, parce que la vraie foi s’est éteinte et que la fausse lumière éclaire le monde. Malheur aux Princes de l’Eglise qui ne seront occupés qu’à entasser richesses sur richesses, qu’à sauvegarder leur autorité et à dominer avec orgueil !
« Le Vicaire de mon Fils aura beaucoup à souffrir, parce que pour un temps l’Eglise sera livrée à de grandes persécutions ; ce sera le temps des ténèbres ; l’Eglise aura une crise affreuse.
« La sainte foi de Dieu étant oubliée, chaque individu voudra se guider par lui-même et être supérieur à ses semblables. On abolira les pouvoirs civils et ecclésiastiques ; tout ordre et toute justice seront foulés aux pieds ; on ne verra qu’homicides, haine, jalousie, mensonge et discorde sans amour pour la patrie ni pour la famille.
« Le Saint Père souffrira beaucoup. Je serai avec lui jusqu’à la fin pour recevoir son sacrifice.
« Les méchants attenteront plusieurs fois à sa vie sans pouvoir nuire à ses jours ; mais ni lui ni son successeur, {qui ne règnera pas longtemps}, ne verront le triomphe de l’Eglise de Dieu.
« Les gouvernants civils auront tous un même dessein qui sera d’abolir et de faire disparaître tout principe religieux, pour faire place aux matérialisme, à l’athéisme, au spiritisme et à toutes sortes de vices.
« Dans l’année 1865, on verra l’abomination dans les lieux saints ; dans les couvents, les fleurs de l’Eglise seront putréfiées et le démon se rendra comme le roi des cœurs. Que ceux qui sont à la tête des communautés religieuses se tiennent en garde pour les personnes qu’ils doivent recevoir, parce que le démon usera de toute sa malice pour introduire dans les ordres religieux des personnes adonnées au péché, car les désordres et l’amour des plaisirs charnels seront répandus, par toute la terre.
« La France, l’Italie, l’Espagne et l’Angleterre seront en guerre ; le sang coulera dans les rues ; le Français se battra avec le Français, l’Italien avec l’Italien ; ensuite il y aura une guerre générale qui sera épouvantable. Pour un temps, Dieu ne se souviendra plus de la France ni de l’Italie parce que l’Evangile de Jésus Christ n’est plus connu. Les méchants déploieront toute leur malice ; on se tuera, on se massacrera mutuellement jusque dans les maisons.

[Première intervention divine]

« Au premier coup de son épée foudroyante, les montagnes et la nature entière trembleront d’épouvante parce que les désordres et les crimes des hommes percent la voûte des cieux. Paris sera brûlé et Marseille englouti ; plusieurs grandes villes seront ébranlées et englouties par des tremblements de terre ; on croira que tout est perdu ; on ne verra qu’homicides, on n’entendra que bruits d’armes et que blasphèmes.
« Les justes souffriront beaucoup ; leurs prières, leur pénitence et leurs larmes monteront jusqu’au Ciel, et tout le peuple de Dieu demandera pardon et miséricorde, et demandera mon aide et mon intercession. Alors Jésus-Christ, par un acte de sa justice et de sa grande miséricorde pour les justes, commandera à ses Anges que tous ses ennemis soient mis à mort. Tout à coup, les persécuteurs de l’Eglise de Jésus-Christ et tous les hommes adonnés au péché périront et la terre deviendra comme un désert. Alors se fera la paix, la réconciliation de Dieu avec les hommes ; Jésus Christ sera servi, adoré et glorifié ; la charité fleurira partout. Les nouveaux rois seront le bras droit de la Sainte Eglise, qui sera forte, humble, pieuse, pauvre, zélée et imitatrice des vertus de Jésus Christ. L’Evangile sera prêché partout, et les hommes feront de grands progrès dans la foi, parce qu’il y aura unité parmi les ouvriers de Jésus-Christ et que les hommes vivront dans la crainte de Dieu.

[La deuxième épreuve]

« Cette paix parmi les hommes ne sera pas longue ; vingt-cinq ans d’abondantes récoltes leur feront oublier que les péchés des hommes sont cause de toutes les peines qui arrivent sur la terre.
« Un avant-coureur de l’Antéchrist, avec ses troupes de plusieurs nations, combattra contre le vrai Christ, le seul Sauveur du monde ; il répandra beaucoup de sang, et voudra anéantir le culte de Dieu pour se faire regarder comme un Dieu.
« La terre sera frappée de toutes sortes de plaies (outre la peste et la famine qui seront générales) ; il y aura des guerres jusqu’à la dernière guerre qui sera alors faite par les dix rois de l’Antéchrist, lesquels rois auront tous un même dessein et seront les seuls qui gouverneront le monde. Avant que ceci arrive il y aura une espèce de fausse paix dans le monde ; les méchants se livreront à toutes sortes de péchés; mais les enfants de la sainte Eglise, les enfants de la foi, mes vrais imitateurs, croîtront dans Amour de Dieu et dans les vertus qui me sont les plus chères. Heureuses les âmes humbles conduites par l’Esprit-Sain t! Je combattrai avec, elles jusqu’à ce qu’elles arrivent à la plénitude de l’âge.
« La nature demande vengeance pour les hommes et elle frémit d’épouvante dans l’attente de ce qui doit arriver à la terre souillée de crimes. Tremblez, terre, et vous qui faites profession de servir Jésus-Christ, et qui au dedans, vous adorez vous-mêmes ; tremblez, car Dieu va vous livrer à son ennemi parce que les lieux saints sont dans la corruption ; beaucoup de couvents ne sont plus les maisons de Dieu, mais les pâturages d’Asmodée et des siens. Ce sera pendant ce temps que naîtra l’Antéchrist d’une religieuse hébraïque, d’une fausse vierge qui aura communication avec le vieux serpent, le maître de l’impureté son père sera Evèque ; en naissant il vomira des blasphèmes ; il aura des dents, en un mot, ce sera le diable incarné ; il poussera ries cris effrayants, il fera des prodiges, il ne se nourrira que d’impuretés. Il aura des frères qui, quoiqu »ils ne soient pas comme lui des démons incarnés, seront des enfants de mal ; à douze ans ils se feront remarquer par leurs vaillantes victoires qu’ils remporteront ; bientôt ils seront chacun à la tête des armées, assistés par des légions de l’enfer.
« Les saisons seront changées, la terre ne produira que de mauvais fruits, les astres perdront leurs mouvements réguliers, la lune ne reflétera qu’une faible lumière rougeâtre ; l’eau et le feu donneront au globe de la terre des mouvements convulsifs et d’horribles tremblements de terre qui feront engloutir des montagnes, des villes, etc …
« Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist.
« Les démons de l’air avec l’Antéchrist feront de grands prodiges sur la terre et dans les airs, et les hommes se pervertiront de plus en plus : Dieu aura soin de ses fidèles serviteurs et des hommes de bonne volonté, l’Evangile sera prêché partout, tous les peuples et toutes les nations auront connaissance de la vérité.

[Appel aux apôtres des derniers temps, victoire de la foi]

« J’adresse un pressant appel à la terre ; j’appelle les vrais disciples du Dieu vivant et régnant dans les cieux ; j’appelle les vrais imitateurs du Christ fait homme, le seul et vrai Sauveur des hommes ; j’appelle mes enfants et mes vrais dévots, ceux qui se sont donnés à moi pour que je les conduise à mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux qui ont vécu de mon esprit enfin j’appelle les Apôtres des derniers temps, les fidèles disciples de Jésus-Christ qui ont vécu dans un mépris du monde et d’eux-mêmes, dans la pauvreté et dans l’humilité, dans le mépris et dans le silence, dans l’oraison, et la mortification, dans la chasteté et l’union avec Dieu, dans la souffrance et inconnus du monde. Il est temps qu’ils sortent et viennent éclairer la terre. Allez et montrez-vous comme mes enfants chéris ; je suis avec vous et en vous, pourvu que votre foi soit la lumière qui vous éclaire dans ces jours de malheurs. Que votre zèle vous rende comme des affamés pour la gloire et l’honneur de Jésus-Christ. Combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez ; car voici le temps des temps, la fin des fins.

« L’Eglise sera éclipsée, le monde sera dans la consternation. Mais voilà Enoch et Elie remplis de l’Esprit de Dieu ; ils prêcheront avec la force de Dieu, et les hommes de bonne volonté croiront en Dieu, et beaucoup d’âmes seront consolées ; ils feront de grands progrès par la vertu du Saint-Esprit et condamneront les erreur diaboliques de l’Antéchrist. Malheur aux habitants de la terre ! il y aura des guerres sanglantes et des famines, des pestes et des maladies contagieuses ; il y aura des pluies d’une grêle effroyable d’animaux ; des tonnerres qui ébranleront les villes, des tremblements de terre qui engloutiront des pays ; on entendra des voix dans les airs ; les hommes se battront la tête contre les murailles, ils appelleront la mort, et d’un autre côté la mort fera leur supplice ; le sang coulera de tous côtés. Qui pourra vaincre si Dieu ne diminue le temps de l’épreuve ? Par le sang, les larmes et les prières des justes Dieu se laissera fléchir – Enoch et Elie seront mis à mort ; Rome païenne disparaîtra ; le feu du ciel tombera et consumera trois villes ; tout l’univers sera frappé de terreur, et beaucoup se laisseront séduire parce qu’ils n’ont pas adoré le vrai Christ vivant parmi eux. Il est temps le soleil s’obscurcit ; la foi seule vivra.

« Voici le temps l’abîme s’ouvre. Voici le roi des rois des ténèbres, voici la Bête avec ses sujets, se disant le Sauveur du monde. Il s’élèvera avec orgueil dans les airs pour aller jusqu’au ciel ; il sera étouffé par le souffle de Saint Michel Archange. Il tombera, et la terre qui, depuis trois jours sera en de continuelles évolutions, ouvrira son sein plein de feu ; il sera plongé pour jamais avec tous les siens dans les gouffres éternels de l’enfer. Alors l’eau et le feu purifieront la terre et consumeront toutes les œuvres de l’orgueil des hommes et tout sera renouvelé ; Dieu sera
servi et glorifié.  »

A suivre…




La Salette : le secret de Maximim

Secret de Maximin adressé au Pape Pie IX le 3 juillet 1851.

Préambule de Maximin : » Le 19 septembre 1846, nous avons vu une belle Dame. Nous n’avons jamais dit que cette dame fut la Ste Vierge mais nous avons toujours dit que c’était une belle Dame. Je ne sais pas si c’est la sainte Vierge ou une autre personne. Moi je crois aujourd’hui que c’est la sainte Vierge. Voilà ce que cette Dame m’a dit :

« Si mon peuple continue, ce que je vais vous dire arrivera plus tôt, s’il change un peu, ce sera [pour] un peu plus tard.

La France a corrompu l’univers, un jour elle sera punie. La foi s’éteindra dans la France : Trois parties de la France ne pratiqueront plus de religion, ou presque plus, l’autre partie la pratiquera sans bien la pratiquer.
Puis, après, les nations se convertiront, la foi se rallumera par tout. Une grande contrée dans le nord de l’Europe, aujourd’hui protestante, se convertira : par l’appui de cette contrée, toutes les autres contrées du monde se convertiront.
Avant que tout cela arrive, de grands troubles arriveront, dans l’église, et partout.
Puis, après [cela], notre Saint Père le pape sera persécuté. Son successeur sera un pontife que personne [n’] attend. 5
Puis, après [cela], une grande paix arrivera, mais elle ne durera pas longtemps.
Un monstre viendra la troubler.

Tout ce-que je vous dit là arrivera dans l’autre siècle, [au] plus tard aux deux mille ans. « 




L’Apparition de la Très-Sainte-Vierge sur la Montagne de La Salette le 19 septembre 1846

Nous reproduisons une revue parue en 2006 (l’Impartial n°199), publiée par le Père Michel Corteville, spécialiste de La Salette.

L’Apparition de la Très-Sainte-Vierge sur la Montagne de La Salette

le 19 septembre 1846

Récit de Mélanie complété par Maximin

Imprimatur de l’évêché de Lecce, Italie, 1879. Sur la couverture, ce titre est suivi de la parole du message : « Eh bien! Mes enfants, vous le ferez passer à tout mon Peuple. »

1. la rencontre des deux bergers

Le 18 septembre, veille de la Sainte Apparition de la Sainte Vierge, j’étais seule, comme à mon ordinaire, à garder les vaches de mes Maîtres. Vers les onze heures du matin, je vis venir auprès de moi un petit garçon. A cette vue je m’effrayai, parce qu’il me semblait que tout le monde devait savoir que je fuyais toutes sortes de compagnies. Cet enfant s’approcha de moi et me dit : « Petite, je viens avec toi, je suis aussi de Corps. » A ces paroles, mon mauvais naturel se lit bientôt voir, et, faisant quelques pas en arrière, je lui dis : « Je ne veux personne, je veux rester seule. » Mais cet enfant me suivait en me disant : « Va, laisse-moi avec toi, mon Maître m’a dit de venir garder mes vaches avec les tiennes : je suis de Corps. » Moi, je m’éloignai de lui, en lui faisant signe que je ne voulais personne, et, après m’être éloignée, je m’assis sur le gazon. Là, je faisais ma conversation avecles petites fleurs du Bon Dieu. Un moment après, je regarde derrière moi, et je trouve Maximin assis tout près de moi. Il me dit aussitôt: « Garde-moi, je serai bien sage. » Mais mon mauvais naturel n’entendit pas raison. Je me relève avec précipitation et je m’enfuis un peu plus loin sans rien lui dire, et je me remis à jouer avec les petites fleurs du Bon Dieu. Un instant après, Maximin était encore là, à me dire qu’il serait bien sage, qu’il ne parlerait pas, qu’il s’ennuierait d’être tout seul, et que son Maître renvoyait près de moi, etc …
Cette fois, j’en eus pitié, je lui fis signe de s’asseoir, et, moi, je continuai avec les petites fleurs du Bon Dieu. Maximin ne tarda pas à rompre le silence, il se mit à rire (je crois qu’il se moquait de mai), je le regarde et il me dit : « Amusons-nous, faisons un jeu. » Je ne lui répondis rien, car j’étais si ignorante que je ne comprenais rien au jeu avec une autre personne, ayant toujours été seule. Je m’amusais avec les fleurs, toute seule, et Maximin, s’approchant tout à fait de moi ne faisait que rire en me disant que les fleurs n’avaient pas d’oreilles pour m’entendre et que nous devions jouer ensemble. Mais je n’avais aucune inclination pour le jeu qu’il me disait de faire. Cependant je me mis à lui parler, et il me dit que les dix jours qu’il devait passer avec son Maitre allaient bientôt finir et qu’ensuite il s’en irait à Corps chez son père, etc… Tandis qu’il me parlait, la cloche de la Salette se fit entendre, c’était l’Angelus ; je fis signe à Maximin d’élever son âme à Dieu. Il se découvrit la tête et garda un moment le silence. Ensuite je lui dis :  » Veux-tu dîner ?  – Oui, me répondit-il. Allons.  »


Nous nous assîmes, je sortis de mon sac les provisions que m’avaient données mes Maîtres et, selon mon habitude, avant d’entamer mon petit pain rond, avec la pointe de mon couteau je fis une croix sur mon pain, et, au milieu, un petit trou, en disant « Si le diable y est qu’il en sorte, et si le Bon Dieu y est qu’il y reste ! » et vite, vite, je recouvris le petit trou. Maximin partit d’un grand éclat de rire et donna un coup de pied à mon pain, qui s’échappa de mes mains, roula jusqu’au bas de la montagne et se perdit. J’avais un autre morceau de pain ; nous le mangeâmes ensemble ; ensuite nous fîmes un jeu ; puis, comprenant que Maximin devait avoir besoin de manger, je lui indiquai un endroit de la montagne couvert de petits fruits. Je l’engageai à aller en manger, ce qu’il fit aussitôt ; il en mangea et en rapporta plein son chapeau. Le soir nous descendîmes ensemble de la montagne et nous nous promîmes de revenir garder nos vaches ensemble.

[Deuxième rencontre: le jour de l’apparition]

Le lendemain, 19 septembre, je me retrouvai en chemin avec Maximin. Nous gravissions ensemble la montagne. Je trouvais que Maximin était très bon, très simple, et que volontiers il parlait de ce dont je voulais parler, il était aussi très souple, ne tenant pas à son sentiment ; il était seulement un peu curieux ; car, quand je m’éloignais de lui, dès qu’il me voyait arrêtée, il accourait vite pour voir ce que je faisais et entendre ce que je disais avec les fleurs du Bon Dieu ; et s’il n’arrivait pas à temps, il me demandait ce que j’avais dit. Maximin me dit de lui apprendre un jeu. La matinée était déjà avancée. Je lui dis de ramasser des fleurs pour faire le « Paradis ». Nous nous mimes tous les deux à l’ouvrage ; nous eûmes bientôt une quantité de fleurs de diverses couleurs. L’Angélus du village se fit entendre, car le ciel était beau, il n’y avait pas de nuages. Après avoir dit au Bon Dieu ce que nous savions, je dis à Maximin que nous devions conduire nos vaches sur un petit plateau près du ravin, où il y aurait des pierres pour bâtir le « Paradis ». Nous conduisîmes nos vaches au lieu désigné, et ensuite nous prîmes notre petit repas ; puis nous nous mimes à porter des pierres et à construire notre petite maison,- qui consistait en un rez-de-chaussée qui, soi disant, était notre habitation, puis un étage au-dessus qui était selon nous le « Paradis ». Cet étage
était tout garni de fleurs de différentes couleurs, avec des couronnes suspendues par des tiges de fleurs. Ce « Paradis » était couvert d’une seule et large pierre que nous avions recouverte de fleurs ; nous avions aussi suspendu des couronnes tout autour. Le « Paradis » terminé nous le regardions ; le sommeil nous vint, nous nous éloignâmes de là à environ deux pas, et nous nous endormîmes sur le gazon.

La Belle Dame s’assied sur notre Paradis, sans le faire croûler… »

Maximim, de son côté, commence le récit par une prière :

 » Très Sainte Vierge Marie Immaculée, Notre-Dame de La Salette, permettez-moi de venir déposer à vos pieds ces quelques pages ; faites qu’aujourd’hui que je suis devenu homme, ma voix soit aussi pure, aussi véridique que le 19 septembre 1846, quand je descendis de votre sainte montagne pour annoncer, à tout Votre Peuple, la grande nouvelle dont vous m’avez chargé. Je n’aurais jamais écrit, bonne et très excellente Mère, si l’on ne mettait point en doute mon témoignage, si l’on ne le tournait point contre vous-même, si l’on ne me prêtait point des paroles lorsque je garde le plus profond silence. Je vous prie et je vous supplie, ô très sainte Vierge Marie, implorée sous votre titre de Notre-Dame de La Salette, de m’accorder, jusqu’à la fin de mes jours, la grâce de confesser votre apparition, comme tous les témoins de l’Eglise ont fait pour la divinité même de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

Maximin enchaîne avec le récit :
« II est midi. Ce n’est point l’heure des ténèbres si favorable aux illusions ; le ciel est serein ; les nuages dans leurs formes étranges ne nous feront voir aucun fantôme ; le soleil brille du plus vif éclat ; il sera facile aux deux témoins de comparer sa splendeur avec celle de la très sainte Vierge. Je dis ces choses, car, pour le plaisir de nous combattre, quelles hypothèses n’a-t-on pas inventées ? Assis au sommet de la Sainte Montagne, sur des pierres placées les unes sur les autres et formant une espèce de banc, près d’une fontaine tarie qui a coulé le jour même, qui depuis coule toujours et porte le nom de fontaine miraculeuse, Mélanie et moi faisons notre frugal repas. Nos vaches boivent et se dispersent. Fatigué, je m’étends sur le gazon et je dors. Quelques instants après j’entends la voix de Mélanie m’appelant : Mémin (diminutif de Maximin), Mémin, viens vite que nous allions voir où sont nos vaches. Je me réveille en sursaut, je saisis mon bâton et je suis Mélanie qui me servait de guide. Nous franchissons la Sézia, nous gravissons rapidement le versant d’un monticule et nous apercevons sur l’autre versant, nos bestiaux qui reposaient tranquillement.

II. Début de l’apparition

Nous revenions vers le banc de pierre où nous avions laissé nos panetières quelques instants auparavant, quand tout à coup Mélanie s’arrête, son bâton lui échappe des mains ; effrayée, elle se tourne vers moi en disant :
– Vois-tu là-bas cette grande lumière ?
– Oui, je la vois, lui répondis-je ; mais va, prends ton bâton.
Et alors brandissant le mien avec menace :
– Si elle nous touche, ajoutai-je, je lui en donnerai un bon coup.
Cette lumière, devant laquelle celle du soleil semble pâlir, parait s’entrouvrir et nous distinguons dans son intérieur la forme d’une dame encore plus brillante. Elle avait l’attitude d’une personne profondément affligée ; elle était assise sur l’une des pierres du petit banc, les coudes appuyés sur ses genoux et le visage caché dans ses mains.


Quoique à une distance de vingt mètres environ, nous entendons une voix douce comme si elle sortait d’une bouche voisine de nos oreilles, disant ;
– Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous annoncer une grande nouvelle .
La crainte respectueuse qui nous avait tenus en arrêt s’évanouit ; nous courons à elle comme à une bonne et très excellente mère. »

Reprise du récit de Mélanie :
« Ces douces et suaves paroles me firent voler jusqu’à elle, et mon cœur aurait voulu se coller à elle pour toujours. Arrivée bien près de la Belle Dame, devant elle à sa droite, elle commence le discours, et des larmes commencent aussi à couler de ses beaux yeux :
« Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller la main de mon Fils. Elle est si lourde et pesante que je ne puis plus la retenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse. Et, pour vous autres, vous n’en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous autres.
Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me l’accorder. C’est ce qui appesantit tant le bras de mon Fils.
Ceux qui conduisent les charrettes ne savent pas parler sans y mettre le nom de mon Fils au milieu.
Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils. Si la récolte se gâte, ce n’est qu’à cause de vous autres. Je vous l’ai fait voir l’année passée par les pommes de terre, vous n’en avez pas fait cas ; c’est au contraire quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez, et vous mettiez le nom de mon Fils. Elles vont continuer à se gâter, à la Noël il n y en aura plus.  »
Ici je cherchais à interpréter la parole : pommes de terre ; je croyais comprendre que cela signifiait : pommes. La Belle et Bonne Dame, devinant ma pensée reprit ainsi.
« Vous ne comprenez pas, mes enfants, je vais vous le dire autrement.  »
La traduction en français [du discours que la Vierge continue maintenant en patois] est celle-ci :
« Si la récolte se gâte, ce n’est rien que pour vous autres ; je vous l’ai fait voir l’année passée par les pommes de terre, et vous n’en avez pas fait cas ; c’était, au contraire, quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez et vous mettiez le nom de mon Fils. Elles vont continuer à se gâter et, à la Noël, il n’y en aura plus. Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer. Tout ce que vous sèmerez, les bêtes le mangeront, et ce qui viendra tombera tout en poussière quand vous le battrez. Il viendra une grande famine. Avant que la famille vienne, les petits enfants au-dessous de sept ans, prendront
un tremblement et mourront entre les mains des personnes qui les tiendront ; les autres feront pénitence par la faim. Les noix deviendront mauvaises ; les raisins pourriront.  »

Ici, la Belle Dame, qui me ravissait, resta un moment sans se faire entendre ; je voyais cependant qu’elle continuait comme si elle parlait, de remuer gracieusement ses aimables lèvres. Maximin recevait alors son secret.

A suivre…

 




Les bergers de la Salette

Nous reproduisons des articles d’une revue parue en 2006 (l’Impartial n°199), publiée par le Père Michel Corteville, spécialiste de La Salette.

Qui donc connaît les témoins de La Salette ? Avant de découvrir leur message, n’oublions pas de les rencontrer.

C’est le premier évêque vrai pèlerin de La Salette, Mgr Villecourt, qui nous fait le meilleur portrait de Mélanie, puis de Maximin, un an après l’apparition :

« Réunissez dans votre imagination tous les traits qui vous semblent devoir peindre la modestie la plus parfaite et la plus saisissante, et vous aurez à peine une idée de celle de Mélanie. Elle a un visage régulier et délicat : ses yeux sont pleins de douceur, et sa voix est d’une aménité angélique qui vous pénètre, à l’instant, d’estime et d’une certaine considération. Rien qui annonce la rusticité des bergères de la montagne. Changez ses vêtements, et vous ne soupçonnerez plus qu’elle est née dans le plus misérable des réduits, et que ses parents, ses frères et sœurs attendent l’aumône qui doit secourir leur profonde indigence. Mélanie a près de seize ans : à peine croirait-on qu’elle en a douze. Elle parle peu, et seulement quand on l’interroge. Alors elle le fait avec une grâce qui emprunte du ton délicieux de sa voix et de sa retenue un charme inexprimable. Ce qu’elle dit est d’une justesse qui ravit : mais elle ne s’en doute pas : un enfant de six ans ne s’exprimerait pas avec plus de simplicité et moins de prétention. Elle paraît attacher beaucoup d’intérêt à l’explication de la doctrine chrétienne. Elle dit sans façon ce qu’elle pense sur les points susceptibles de recevoir des interprétations diverses : mais si un autre développement leur est donné, elle laisse apercevoir, par un modeste sourire, qu’elle l’accueille avec satisfaction. Elle n’est pas sans vivacité, mais on voit qu’elle sait la contenir par une disposition naturelle de convenance : elle est ingénue et sans détour. Elle ne partage pas toujours l’avis de Maximin, qui ne s’en fâche pas ; mais si elle émet une opinion différente, elle n’y donne pas, pour cela, de la valeur et de l’importance …
.. Maximin, d’un caractère vif mais sans aucun emportement, ne peut ouvrir la bouche sans inspirer de l’intérêt par la suavité de sa parole et la candeur avec laquelle il s’exprime. Il est naturellement aimant, caressant, reconnaissant et sensible, ses yeux sont beaux et étincelants. Sa bouche est un peu grande ; mais elle devient très gracieuse quand il fait la conversation. Il a toujours alors quelque chose il remuer… Il est très petit, mince, délicat et porte trois ans au dessous de son âge. Sa figure est ronde, sa peau blanche et fine : son teint annonce la santé ; ses yeux sont grands, beaux et pleins d’expressions. Il aime les jeux et les amusements autant pour le moins que les autres enfants de son âge, il ne prend aucune précaution pour dissimuler
cet attrait… Il est généreux et désintéressé : il se dépouillerait de tout ce qu’il a pour vous le donne … Il est si pur qu’il n’a pas même l’idée du vice… Il va à  la prière avec le même bonheur et le même empressement qu’il se porte au jeu de l’enfance. Son attrait est de servir la messe. On conçoit à peine qu’un enfant qui se montre avec un caractère naturellement volage, soit si ferme et si constant à garder le secret de ce qu’il ne doit pas dire … »

Mais que fut leur vie ? Tout le contraire de la facilité et de la gloire !Admiration parfois, persécution, calomnie ou mépris.

Mélanie a retrace en style télégraphique son pèlerinage terrestre en un « memorandum » :

Je suis née à Corps (Isère) le 7 Novembre 1831. Pendant les années 1838.1839 j’étais occupé (tantôt dans une famille et tantôt dans une autre) à la garde d’un petit enfant ou à garder les brebis, pendant l’été, à Corps même. En 1841 et 1842, hors du bourg chez une famille qui avait sa maison isolée sur une montagne, le plus proche village s’appelait le Serre, de la commune de St Jean des Vertus.

« En 1843 et 1844, je suis restée à Ste Luce. -En 1845, je suis restée un an seulement à Quet en Beaumont. -En 1846, je suis resté au village des Ablandins, commune de la Salette… -En 1847 environ, je suis entrée comme pensionnaire, à Corenc chez les Sœurs de la Providence. -En 1850 ou environ, je suis allée à Corenc chez les Sœurs de la Providence comme probande (ou postulante). En 1854, (je fus livrée, donnée) je partis pour l’Angleterre… En 1860, je suis retournée en France, à Marseille et là le fondateur des sœurs de la Compassion (Jésuite) me fit entrer comme pensionnaire libre dans la maison-mère. Je m’expliquerai plus loin sur certains faits. A présent je continue à voyager et comme je l’espère dans la volonté du Très-Haut qui n’a pas à consulter ses viles créatures. -En 1861 en Novembre je suis allée avec deux autres Sœurs, en Grèce, dans l’ile de Cefalonia (Céphalonie) pour diriger un orphelinat. -En 1863, 28 Juillet, nous avons quitté Cefalonia et rentrées à Marseille. -En 1867, 13 avril, j’ai quitté Marseille. Eh ! … Mg Ginoulhiac ne me voulant pas dans son Diocèse, m’envoya faire un pèlerinage sur ma montagne tandis que Sa Grandeur écrirait à Mg. Petagna Ev. de Castellamare. Eh ! la réponse tardant, de la montagne je fus envoyée à Voirons chez les Visitandines, en Mai la réponse de Mgr. arrive et je crois même l’avoir encore. -En 1867,  21 mai, je quittais la France pour Castellamare di Stabia (Italie). J’y suis restée 17 ans et en 1871 je suis allée une fois en pèlerinage sur la Ste Montagne de la Salette, puis voir mes parents et mes amies. -En 1878, je fus mandé à Rome par sa Sainteté Léon XIII, vers la fin de Novembre qui daigna m’octroyer une audience privée ; et peu de jours après elle décida mon entrée chez les Salesiane (Visitandines) au mont Palatin, et ce furent Son Eminence Ferreri Préfet de la Congr. des Evêques et Réguliers et son secrétaire Mgr Blanchi qui le 3 Décembre me fit entrer pour que j’écrive ce que le St Père m’avait demandé. Je sortis des Visitandines (toujours par l’ordre du Pape) le 5 de Mai 1879. pour me rendre à Castellamare. -En 1884, le 21 août. par ottorisation (sic) du St Père je suis retourné en France, soigner ma chère mère restée seule et très âgée. Après que le divin Maitre eût disposé de ma chère et pauvre mère je fis des démarches pratiques pour retourner dans ma chère Italie. En 1892 le 22 Août je partie pour l’Italie, à Lecce et de là à Galatina où je suis restée 5 ans. -En 1897 le 13 Septembre je partie pour Messine et j’en suis repartie le 2 Octobre soir 1898 pour Moncalieri près Turin. En 1899, je suis partie pour cette pauvre France en démence et suis venue a St Pourçain sur Sioule (Allier). En 1900, le 23 Juin je laissais St Pourçain sur Sioule pour venir ici à Diou (Allier) où je suis actuellement et ayant terminé hier 7 Novembre 1902, mes 71 ans. -Laissée Diou pour venir habiter Cusset (Allier). Arrive Mercredi 1er Août 1903, rue des Remparts, 13. (Copie aux archives de la curie des Missionnaires de La Salette à Rome.) »

Le 13 juillet 1904, Mélanie quine Cusset pour Altamura au Sud-Est de l’Italie. Mgr. Cecchini, évêque après avoir été religieux à Pompei, près de Castellammare, l’aide à s’installer. Elle y meurt « en odeur de sainteté » dans la nuit du 14 au 15 décembre 1904. Ses funérailles seront solennelles ; à son anniversaire, Saint Annibale prononcera son éloge funèbre. Plus tard il édifiera sa tombe dans l’église de la communauté fondée par ses religieuses pour la garder.

*

Ne possédant pas de curriculum de Maximin, en voici un très sommaire emprunté à deux historiens.

Pierre-Maximin Giraud, appelé familièrement Mémin, né à Corps le 26 (ou 27 ?) août 1835, est le quatrième enfant d’un pauvre charron. Il n’a pas encore atteint dix-huit mois quand il perd sa mère, décédée le 11 janvier 1837. Son père se remarie dès le mois d’avril de la même année. A en croire Champon, Maximin aurait été le souffre-douleur de la maison, ne mangeant qu’après les autres, tandis que son père s’absentait fréquemment soit pour son travail, soit pour aller au cabaret, où il aurait parfois amené l’enfant. En septembre 1846 Maximin a onze ans, mais n’ayant pas fréquenté l’école, il ne sait ni lire ni écrire et ne parle que le patois local. N’ayant pour ainsi dire aucune formation religieuse, il n’a pu être admis à préparer sa première communion. Son père déclarera qu’il n’a réussi à lui apprendre le Notre Père et le Je vous salue qu’avec peine, en trois ou quatre ans. D’après Pierre Seime, le paysan chez qui l’enfant demeura du 14 au 20 septembre, « Maximin était un innocent sans malice, sans prévoyance. Avant qu’il parlait pour mener nos vaches à la montagne, nous lui faisions manger la soupe ; puis nous garnissions sa blouse ou son sac de provisions pour la journée. Eh bien ! nous avons surpris Maximin qui, en chemin, avait déjà mangé ses provisions du jour en les partageant largement avec le chien. Et quand nous lui disions mais
que mangeras-tu dans la journée ? Maximin nous répondait mais je n’ai pas faim… ! »
A l’imprévoyance vient s’ajouter une « bougeotte quasi constitutionnelle :  il ne reste pas un instant sans agiter ses bras ou ses mains, qui semblent contractés par des mouvement nerveux », observe le chanoine Bez en mai 1847 .  » La grossièreté de Maximin est peu commune »,  écrit Dupanloup après une journée passée en sa compagnie. Son agitation surtout est vraiment extraordinaire : c’est une nature singulière, bizarre, mobile, légère. » Mais le futur évêque d’Orléans note également le changement étrange, profond, subit, instantané, qui s’opère dans l’enfant quand il parle du grand événement, la justesse de ses réponses, son humilité, sa simplicité : « on voudrait qu’il parlât toujours, qu’il ajoutât des détails, qu’il racontât ce qu’il a éprouvé, et ce qu’il éprouve encore : mais non ; il n’ajoute pas un mot à la réponse nécessaire».  Entré à l’école en automne 1846, ses progrès sont modestes en octobre 1850, à l’âge de quinze ans, il n’a pas atteint le niveau de l’entrée en sixième.
« … élève au petit séminaire du Rondeau, Près Grenoble, en 1850, il passe les vacances de 1851 – jusqu’à l’automne – à la Grande Chartreuse. En 1851 , il rentre au petit séminaire de la Côte-St-André, puis il poursuit ses études (1853-56) chez M. Champon, curé de Seyssins. (C’est en septembre 1854 qu’il fait avec M. Similien son premier voyage à Rome). Ce sont ensuite (mars 1856 à 1858) deux ans d’études au grand séminaire d’Aire-sur-l’Adour, où l’a emmené un frère de M. Champon, Jésuite, professeur dans ce séminaire. Et il en sort pour une vie qui ne cessera d’être malheureuse. Placé en 1858, chez le percepteur de la Tronche, il n’y reste pas faute de savoir le calcul. L’année suivante, 25 août 1859, il entre il l’hospice du Vésinet, mais il est bientôt remercié ; vient se placer au collège de Tonnerre, qu’il quitte en août 1851 ; il va faire un voyage au Havre, tombe malade, est soigné il l’hôpital Saint Louis à Paris, y prend le goût de la médecine, et grâce à de braves gens, de Paris, M. et Mme Jourdain, qui l’ont adopté, fait trois ans d’études médicales (1861-1864). Le Comte espagnol de Penalver devient aussi son «protecteur ».


En 1865 il voyage : à Froshdorf, grâce à la marquise de Pigneroles, fin avril, il visite Henri V, vient ensuite à Rome, et s’engage pour six mois dans les zouaves pontificaux. Pendant deux ans, une fois libéré, il cultive, sans succès, une petite propriété que le Comte de Penalver lui a procurée. Ses protecteurs perdent leur fortune, en 1870. Maximin – depuis 1868 – est revenu à Corps d’où il ne s’absentera plus que pour aller parfois à la Montagne. M. et Mme JOURDAIN l’y suivent, ne le quittent plus : ce sont ces années de misère commune et de faim qui le conduiront à cette déplorable fabrication d’une liqueur qui lui procurera autant de déboires que de déconsidération. Il vit, l’hiver, de la charité des missionnaires, mais sa santé s’altère et, en novembre 1874, il tombe gravement malade. Le 4 novembre 1874, il peut accomplir son dernier pèlerinage à La Salette, y refait son récit, – on ne sait combien de milliers de fois il l’a déjà fait, – repasse sur les pas de la Belle Dame. Entouré de ses parents adoptifs, il reste les derniers mois de sa vie dans la maison paternelle de Corps. Et là, très chrétiennement, il meurt le 1er mars 1875.


En ne réglant pas la liberté qu’ont que tous les curieux de le voir, de le questionner, de l’entendre, écrit en 1879, quatre ans après la mort de Maximin, M. Dausse, qui est, croyons-nous, celui qui l’a le mieux connu et le plus équitablement jugé, « faute », dit-il, « qu’on a sagement évitée à Bernadette », les années de formation de Maximin ont été sacrifiées. Maximin n’a été constant que comme témoin de l’Apparition ; car on ne peut plus nier qu’il l’ait été avec une fidélité à toute épreuve et avec une supériorité réelle et merveilleuse… Sa résignation, sa patience, sa foi, sa piété ont été admirables et il est mort de manière il faire dire au Père qui ne cessa de le visiter jusqu’à la fin : « je voudrais bien être à sa place.»

Ayant pris contact avec les témoins de Notre Dame de La Salette, découvrons maintenant l’apparition sous leur propre plume : celle de Mélanie surtout, aînée et premier des deux témoins. La découverte à l’aube de l’an 2000 de leur secret au Vatican permet d’en compléter le récit.
Comme Maximin le fait en 1866, c’est en 1879, longtemps après l’apparition, que la voyante nous livre son récit complet, où elle publie elle-même son secret. Contrairement aux faits ordinaires dont le souvenir se brouille avec le temps, l’apparition est une grâce surnaturelle qui oriente toute la vie de ses témoins. Comment ne pas prendre en compte, comme pour les Evangiles, le long travail d’approfondissement et d’intelligence que l’évènement a suscité chez ses enfants, illettrés lors de l’apparition, jusqu’à ce qu’ils puissent nous le consigner de leur propre initiative, et d’une manière définitive : pas comme des mots étranges sans contextes ni chaleur, mais comme un message de grâce qui les a peu à peu édifié, et dont ils vivent les premiers ?

Préparons-nous à lire une grande et belle histoire, plus vraie qu’on ne le croit dans son humanité et sa spiritualité.

A suivre…




L’apparition de la Salette présentée par ses bergers.

Photo en tête d’article : Maximim et Mélanie photographiés en 1848

Nous reproduirons dans les semaines à venir une revue parue en 2006 (l’Impartial n°199), publiée par le Père Michel Corteville, spécialiste de La Salette.

En voici le prologue :

Résumer en quelques mots le message de Notre Dame de La Salette n’est pas facile : il faudrait redire tout l’amour de Dieu que Marie a voulu y transmettre en soulevant le voile de l’éternité à des
yeux innocents. Mais avant d’en accueillir dans nos cœurs la grande nouvelle, des équivoques propagées sur l’apparition et ses voyants doivent être levées.

– D’abord, La Salette est-elle une apparition terrible, opposée à Lourdes qui ne serait que consolation ?

– Le croire, ce serait ignorer Lourdes : le »mot pénitence 3 fois répété, Bernadette mangeant de l’herbe et se barbouillant de boue, sa surtout vie de misère et de souffrance. Ce serait oublier encore la grande nouveauté de La Salette incarnée par le visage en larmes de Marie : celle de la tendre et réconfortante compassion de Dieu à nos malheurs. Dieu et ses saints pleurent aussi, dans leur gloire, avec ceux qui pleurent sur terre ! Le ciel n’est pas heureux au dessus de nos malheurs. Voilà donc la ruine d’une théologie sans cœur ni âme. Dieu est bien Père et le meilleur des pères, autant père que mère : aussi tendre et compatissant que puissant.

-Il est vrai qu’à La Salette, Marie se fait prophète du péril qu’encourt l’humanité et dénonciatrice du péché, le mal radical. Faut-il s’autoriser de ses paroles médicinales pour parler de retour à l’Ancien Testament ?

– Outre que la tendresse divine n’est pas absente de cette partie de la Bible, ce serait encore oublier le contraste qui partage le discours évangélique en deux registres. Jésus se montre aussi miséricordieux avec les pécheurs conscients de leur faute, qu’il se fait terrible aux orgueilleux et aux  hypocrites, fussent-ils docteurs et chefs de son  peuple. Et même dans ce cas, Jésus stigmatise le péché mais pas le pécheur : il a accepté Judas l’Apôtre auprès de lui tout en le sachant voleur et traître.
Le vocabulaire prophétique est d’ailleurs fait de mots humains inappropriés à Dieu mais capables de nous interpeller. Colère et vengeance contre les êtres n’existent pas en lui. On ne peut opposer
la plus-que-colère de Dieu contre le mal, qui est le contraire de lui-même, et sa miséricorde pour les créatures œuvres de ses mains. Parler de la « vengeance » de sa justice, c’est exprimer sa tolérance provisoire du mal, surtout dans la mesure où la liberté de l’homme est en jeu, en même temps que sa réprobation, et tôt ou tard, sa répression à la juste mesure de toutes les formes de mal, avec une ample compensation pour ses victimes.
A La Salette, Marie qui parle en prophète est juste en ce qu’elle ne reproche rien aux païens et secoue d’abord la foi des baptisés. Dans le secret de Mélanie, elle interpelle leurs pasteurs avec la
même véhémence que le Christ, selon l’adage du Saint Curé d’Ars : pasteur médiocre, peuple mauvais. Mais elle se penche sur deux gosses recalés au catéchisme : Maximin l’orphelin, qui troque l’église pour le cabaret avec son père, et Mélanie la mal-aimée, toute proche de Dieu dans la souffrance et la nature, comme Bernadette à Bartrès.
Saint Jean-Marie Vianney a bien compris La Salette, mais après avoir longtemps douté, lui, le saint patron des curés – du redoutable curé de Lourdes aussi – en concluant : « Que la Sainte Mère
de Dieu est bonne d’être descendue sur la terre pour nous ! Elle y a pleuré pour nous, pauvres pécheurs ! Il faut bien être reconnaissant et profiter de ses miséricordes. Oh! J’y crois bien et j’en
suis heureux [ … Par La Salette] on comprendra la bonté de la Ste Vierge pour les pauvres pécheurs, et ce n’est pas tout, ce sera de mieux en mieux. Il y aura bien des peines et des tribulations,
mais ce sera pour le bien, et surtout ayons confiance. »

La Salette, parole insupportable aux d’oreilles savantes ? Méditons pour notre part la description à suivre de Notre Dame faite par la « pauvre Mélanie », comme disent des pasteurs avec mépris. (Et qui figure au rang des « PLUS BEAUX TEXTES SUR LA VIERGE MARIE » édités en livre de poche P. Régamey, théologien dominicain). Nous partagerons alors le bonheur d’avoir nous aussi près de nous une telle mère, et pour Sauveur, vivant sur son cœur, Jésus roi d’amour et d’humilité !

« – La Salette … Les pommes de terre ! » ironisait encore Mgr Saliège, grand évêque de Toulouse … Apparition de pacotille ?

– Pas d’idéalisme ! Dieu s’intéresse aussi au matériel qu’il a créé, au « pain quotidien » que la foi et la charité peuvent multiplier. S’il s’adresse aux producteurs et consommateurs de légumes, il parle
aussi sans plus de cérémonie aux « grands » du monde. La Salette a mobilisé, avec la campagne et la ville, les sages : philosophes, théologiens, pasteurs, saints. Dieu rappelle à tous, et à titre d’exemple, aux transporteurs ou aux paysans, qu’à force d’être maudit ou chassé, il n’est pas importun et sait se retirer avec ses bienfaits non désirés … Et il le dit aussi aux nations et à un chef précis, le futur Napoléon III. Quant au secret de Mélanie, comme dans le reste du message, la force du style et l’ampleur des descriptions n’ont pas d’égal. Il confirme la grande tradition mystique de l’Eglise, selon les modalités du genre prophétique qui n’est pas à prendre au pied de la lettre. Après cette précision, le pape Benoît XV ne discute pas sa substance d’origine divine devant Maritain ! [1] Concrètement, qui pourra rire de l’annonce, dans les secrets officiels de 1851 désormais connus, « au plus tard aux années 2000, de la perte de la pratique religieuse des 2/3 de la France ? Ou de la venue d’un pape « attendu de personne » ? Ou d’un pontife sur qui « on tirera » sans pouvoir le mettre à mort ? Ces prophéties avérées sont un gage pour les autres. Sans les ignorer, ne nous laissons pourtant pas troubler par les prédictions apocalyptiques du message de la Vierge – Femme revêtue de soleil que le dragon guette (Ap. 12)- Elles sont conforme à l’Ecriture. Guerres, cataclysmes, persécutions, destructions, tout cela n’est-il pas prédit comme les convulsions qui précéderont la libération (Mt 24, 6-8) ? Quant à Paris, la cité la plus prisée du monde, des mystiques ont aussi parlé de ses malheurs futurs. En note du secret, on lira des paroles de Don Bosco … Mais pourquoi craindre pour la chair ?

Mgr de Bruillard qui accueillit l’apparition et ses voyants

 

– Don Bosco, on pourrait peut-être le croire, mais les voyants de La Salette ? Ils ont mal tourné ! Maximin le noceur, Mélanie la folle ? C’est écrit dans les meilleurs livres !

-C’est en effet ce que des athées, mais aussi de respectables clercs ont inventé pour tourner en dérision leur parole. Les bergers n’étaient-ils pas trop pauvres et francs pour faire entendre Marie dans leurs salons ? La censure était elle plus difficile que la conversion ? En vérité, à leur manière très différente, après être passés par l’évangélique creuset de la souffrance, les bergers de Marie sont bien arrivés tous les deux – si l’on en croit leurs proches, dont Saint Annibale qui priait lui-même Mélanie- aux côtés de celle qui les a choisi entre tous.

Saint Annibale di Francia

Sur leur pas, méditons le grand remède que Marie nous apprend. Retrouvons l’humilité de l’amour filial, l’obéissance à Dieu, la haine du péché et des injustes richesses, la soif des valeurs sans
prix. Efforçons nous de donner, à tous les niveaux, le témoignage chrétien, radical et intrépide, qui nous est enseigné par la Règle de la Mère de Dieu sous son camouflage de mots simples et forts. Que par ce retour à la source, tout près de Marie, le mal soit vaincu et que le Père se réjouisse au ciel, en son Fils enfin aimé de tous les cœurs.

Abbé Michel Corteville [2]

________________________________________________
[1] Dans ses souvenirs (CARNET DE NOTES, 1965,008), Maritain résume l’attitude du pape et la distinction : -fond authentique -forme à interpréter- par une formule latine. C’était déjà l’opinion des défenseurs du secret : Mgr Zola, évêque de Lecce qui en autorisa la publication après que le secret eut été lu par Léon XIII, le célèbre Père Semenenko, etc. Si la publication du secret de
Mélanie fit scandale dans des évêchés français, et si des commentaires exaltés entraînèrent l’interdiction romaine de le commenter (1915), il n’a jamais été condamné sur le fond. La promulgation du nouveau code de Droit Canonique (1983) a d’ailleurs abrogé les anciens décrets.

[2] le Père Michel de Corteville est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la Salette , notamment « Découverte du secret de La Salette » co-écrit avec René Laurentin après que le P. De Corteville ait retrouvé dans les archives du Vatican l’original du premier récit écrit du secret par les voyants ; et aussi « La grande nouvelles des bergers de La Salette », sans doute l’ouvrage le plus complet sur ce sujet.




Notre-Dame de la Salette (19 septembre) : textes de la Messe

Cette fête commémore la célèbre apparition de la Très Sainte Vierge Marie à deux enfants : Mélanie Calvat et Maximim Giraud, le 19 septembre 1846, à la Salette, petite commune de l’Isère. La Sainte Vierge vint pleurer sur le péché des hommes, leur annoncer les châtiments qui les frapperaient s’ils ne se convertissaient pas. elle insista tout spécialement sur la sanctification du dimanche, le respect du Nom de Dieu et l’abstinence du carême. Cette messe propre fut accordée en 1943.

INTROIT Hébreux 4.16

Approchons-nous avec confiance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde, et de trouver grâce dans un secours opportun. Ps 88 Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur ; de génération en génération ma bouche annoncera votre vérité. V/ Gloire…

COLLECTE

La Sainte Vierge est honorée à La Salette sous le titre de « Réconciliatrice des pécheurs ».

Seigneur Jésus-Christ qui, par votre précieux Sang, avez réconcilié le monde Dieu le Père et avez daigné établir votre Mère réconciliatrice des pécheurs, nous vous en prions : par la pieuse intercession de cette même bienheureuse Vierge Marie, faites que nous obtenions le pardon de nos péchés. Vous qui…

LECTURE du livre de la Genèse 9, 8-17

08 Dieu dit encore à Noé et à ses fils :

09 « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous,

10 et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche.

11 Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. »

12 Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais :

13 je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre.

14 Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages,

15 je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair.

16 L’arc sera au milieu des nuages, je le verrai et, alors, je me souviendrai de l’alliance éternelle entre Dieu et tout être vivant qui est sur la terre. »

17 Dieu dit à Noé : « Voilà le signe de l’alliance que j’ai établie entre moi et tout être de chair qui est sur la terre. »

GRADUEL Psaume 35, 6.8

Seigneur, votre miséricorde est dans le ciel et votre vérité s’élève jusqu’aux nuées. V/ Votre miséricorde est infinie, ô Dieu : les enfants des hommes espérerons à l’ombre de vos ailes.

ALLELUIA Genèse 9, 17

Alléluia, alléluia. V/ Tel sera le signe de l’alliance que j’ai conclue entre moi et toute chair qui vit sur la terre. Alléluia.

EVANGILE Jean 19, 25-27

25 Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine.

26 Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

OFFERTOIRE Jérémie 18, 20

Souvenez-vous, ô Vierge, mère de Dieu, qui vous tenez en présence du Seigneur, d’intercéder en notre faveur, afin qu’il détourne de nous sa colère.

SECRETE

Nous vous offrons Seigneur, des hosties d’apaisement et de louange : afin que, par l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie, réconciliatrice des pécheurs, vous nous pardonniez miséricordieusement nos fautes, et dirigiez nos cœurs chancelants. Par…

Préface de la Sainte Vierge.

COMMUNION

Très digne Reine du monde, ô Marie, Vierge perpétuelle, intercédez pour notre paix et notre salut, vous qui avez enfanté le Christ Notre-Seigneur, Sauveur de tous les hommes.

POST-COMMUNION

Que l’intercession perpétuelle de la bienheureuse Vierge Marie réconciliatrice vienne à notre secours, Seigneur ; afin que, par ces saints échanges, nous obtenions la grâce de votre miséricorde et la récompense de l’éternelle rédemption. Par…