Fatima : apparition du 19 août 1917

Extrait du livre Mon Coeur Immaculé triomphera, Fatima, révélation des derniers temps, Marie-Michel, Editions du Jubilé 2017

13 août : l’Apparition manquée et l’emprisonnement…

La Mère du Ciel savait bien l’emprisonnement des enfants, mais Elle est tout de même venue à ce rendez-vous du 13 août 1917, comme pour signifier la fidélité de sa tendresse pour les enfants et pour tous. Car ce jour là, Artur dos Santos, l’Administrateur de Vila Nova de Ourém, manipulé par « les autorités supérieures de la Franc-Maçonnerie[1] » inventa une ruse habile pour détourner les enfants du lieu de l’Apparition. Après une confrontation chez le Curé autour du Secret qui ne donna rien, car les trois enfants résistaient avec unité, l’Administrateur repartit avec eux dans la voiture à chevaux. Il mentit sur la direction malgré les protestations de Lucie.… et les enfants se retrouvèrent d’abord prisonniers dans son logis d’Ourem où sa femme fut pleine de délicatesse pour les accueillir et les nourrir. Mais ce n’était que le début de l’épreuve car après d’autres tentatives infructueuses pour savoir le  Secret, l’Administrateur cria furieux : « Ils resteront prisonniers jusqu’à ce qu’ils disent le Secret. Et s’ils traînent trop, ils seront frits dans l’huile[2] ! »  Cela peut nous paraître assez grotesque car nous savons l’issue. Mais pour des enfants de cet âge coupés de leur famille et séquestrés, l’épreuve est absolument horrible. Leur force vient vraiment d’ailleurs…

Pendant ce temps, le Curé de Fatima dut faire face à la colère de la foule qui le jugeait complice du rapt des enfants !  Il fera une lettre d’auto-défense claire dans le Mensageiro de Leira et deux autres journaux pour condamner « l’acte odieux et sacrilège » de l’enlèvement des trois enfants par l’Administrateur. Et il conclut par cette humble finale : « La Vierge n’a pas besoin de la présence du Curé pour montrer sa bonté… car la foi est un don de Dieu, et non des prêtres. Voilà le vrai motif de mon absence et de mon apparente indifférence à l’égard d’un événement si sublime et si merveilleux[3]… »  Bien sûr, au début, l’Eglise locale paraît absente et dépassée, mais vu l’impact mondial des Apparitions, elle exercera peu à peu son discernement du Portugal à Rome, nous le verrons plus loin.

En même temps, ce lundi 13 août, il y avait à la Cova un peu avant midi quelque dix huit mille personnes qui se lamentaient de l’absence des trois enfants. C’était une foule très mélangée avec des incroyants, des curieux, mais la majorité étaient des fidèles qui se tenaient près du chêne-vert avec respect : ils récitaient le chapelet et chantaient des cantiques. Une pieuse famille avait élevé le fameux « arc rustique », avec deux lanternes allumées, près de l’arbre des Apparitions. Apprenant l’enlèvement des petits voyants, tout le monde fut indigné et une partie de la foule voulait aller à Ourem demander leur libération au sous-Préfet. Mais juste avant l’heure de midi, tout le monde fut calmé par les signes qui précédaient la venue de la Vierge : une forte détonation semblait partir de l’arbre des Apparitions… « On vit ensuite l’éclair qui annonçait habituellement aux trois enfants l’arrivée de la Dame. Le soleil commença à perdre son éclat et l’atmosphère prit une vraie magnificence de couleurs… »  A chaque Apparition, il y eut ces modifications étonnantes de luminosité. C’est comme si un peu de la splendeur du Ciel descendait sur terre et réduisait la beauté de la création. Et, tout à coup, « une belle nuée blanche se forma autour de l’arbre des Apparitions, y resta une dizaine de minutes, et finalement s’éleva et disparut dans le ciel[4]. »  La foule était à la fois ravie et bouleversée car les signes de la venue de la Dame étaient clairs : la Mère fidèle était venue au rendez-vous fixé par Elle. Cela confirmait plus que jamais l’authenticité des Apparitions de Fatima.

Le 14 août fut une journée d’une rare intensité douloureuse pour les enfants car ils furent éprouvés comme jamais : interrogatoires, menaces de mort, promesses de « riches dons » s’ils parlaient… et finalement mise en prison avec un groupe de détenus assez inquiétants. Lucie sera forte et dévouée pour réconforter ses petits cousins. Car Jacinthe pleure en disant : « Nous allons mourir sans revoir nos parents. Ils ne se soucient plus de nous !… Je voudrais revoir au moins ma mère ! » Mais François, déjà mûri par la souffrance, la consola et lui dit : « Ne pleure pas ! Nous allons offrir ce sacrifice pour la conversion des pécheurs. »  Et tous les trois, joignant les mains, disent une fois de plus : « O mon Jésus, c’est pour votre amour et pour la conversion des pécheurs ! »  Alors Jacinthe, reprenant courage, ne veut oublier aucune des intentions recommandés par la Sainte Vierge et ajoute : « C’est aussi pour le Saint-Père, et en réparation des offenses commises contre le Cœur Immaculé de Marie. »  Ainsi, « comme dans les premiers temps du christianisme, les martyrs se donnaient du courage dans la lutte commune, de même ces trois enfants s’encourageaient à la fidélité jusqu’à la mort, si celle-ci était nécessaire[5]. »

Les autres prisonniers commencent à être « touchés » par l’innocence de ces petits enfants et ils ne supportent pas de les voir enfermés avec eux. Pour les distraire, ils se mettent alors à chanter sur les sons de l’harmonica de l’un d’eux !  Alors, il y a cette scène sublime et étonnante : la petite Jacinthe, essuyant ses larmes, se met à danser avec un des prisonniers qui la prend dans ses bras. Lucie et François sourient en la voyant tourner. N’est-ce pas là pour eux comme l’annonce prophétique de cette danse mystérieuse avec l’Epoux dans la gloire du Ciel ? Lui qui a dit sur terre : « Nous vous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé ! » (Lc 7,32). Mais dès la danse terminée, Jacinthe détacha une médaille de la Vierge de son cou et demanda au prisonnier de la suspendre au mur. Elle se mit à genoux avec Lucie et François, ainsi que les prisonniers, et ils récitèrent le chapelet…

Quelques temps après, un garde ouvre brutalement la porte de la prison et emmène les trois enfants pour la terrible épreuve finale imaginée par l’Administrateur: « Le garde donna des ordres pour qu’on fasse bouillir un grand chaudron plein d’huile pour les frire dedans, et il se retira en les laissant seuls dans leur cellule. Dans ces moments qui leur parurent une éternité, ils ne parlèrent pas mais priaient dans leur cœur. Quelques minutes encore et la porte s’ouvrit de nouveau. Jacinthe fut la première à choisir entre dire le Secret ou être brûlée dans l’huile bouillante. Elle ne vacilla pas, et sans qu’il soit besoin de la forcer, elle alla volontairement au martyre. Il en fut de même avec François[6]. Lucie restait seule entre l’angoisse de ce qui se passait pour ses cousins et ce qui lui était réservé, mais sans vaciller un seul instant, elle répondit négativement au garde qui lui ordonnait de révéler le Secret et elle le suivit pour le supplice… Oh surprise ! Au lieu de ce chaudron, elle retrouva ses cousins dans une autre pièce et ils s’embrassèrent avec effusion[7] ! »  Enveloppés dans le Cœur Immaculé de Marie, ces enfants avaient vaincu le dessein pervers des ténèbres : c’était la victoire de l’enfance dans la puissance du Cœur de Dieu !

L’Apparition du 19 août aux Valinhos : « Priez, priez beaucoup pour les pécheurs ! »

 Le 13 août passé, les trois enfants ne comptaient plus revoir la Dame avant le mois suivant. Mais voici que le Dimanche 19 août, Lucie fait paître les brebis aux Valinhos (vallons) avec François et son frère Jean. Soudain, vers 16 heures, Lucie s’aperçoit que l’atmosphère commence à prendre la même teinte qu’avant les Apparitions à la Cova. Elle demande à Jean d’aller vite chercher Jacinthe. Arrivé à la maison, la maman menace de ne pas laisser partir la petite s’il ne lui dit pas le motif. Alors il dit la vérité : « Lucie dit que Notre Dame va apparaître, parce qu’elle a vu les signes dans le ciel ! » Sa mère consentit et dès que Jean l’annonce à Jacinthe, elle se mit à courir vers les Valinhos comme si elle avait des ailes. Une fois les trois petits réunis, l’éclair traversa le ciel et quelques instants après la Dame lumineuse se montrait au-dessus d’un chêne vert un peu plus élevé que celui de la Cova.

Les enfants s’étaient agenouillés et le dialogue commença :

– « Que voulez-vous de moi ? dit Lucie.

– Je veux que vous continuiez à aller à la Cova da Iria le 13, et à dire le chapelet chaque jour ! »

De nouveau, Lucie demande à Notre Dame de faire un miracle pour que tout le monde  croie.

– « Oui, répond la Vierge, en octobre, je ferai un miracle pour que tous croient à mes Apparitions. Si on ne vous avez pas enlevés à la ville, le miracle aurait été plus grandiose ! Saint Joseph viendra avec l’Enfant-Jésus pour donner la paix au monde. Notre Seigneur viendra aussi bénir le peuple. Vous verrez aussi Notre Dame des douleurs et Notre Dame du Mont Carmel. »

– Que voulez-vous que l’on fasse de l’argent que les gens laissent à la Cova da Iria ?

– Que l’on fasse deux brancards de procession. Tu porteras l’un avec Jacinthe et deux autres petites filles vêtues de blanc ; l’autre, que François le porte avec trois autres petits garçons vêtus aussi de blanc. Ce sera pour solenniser la fête de Notre Dame du Rosaire. Ce qui restera de l’argent servira pour construire une chapelle.

– Je voudrais vous demander la guérison de quelques malades.

– Oui, dit Notre Dame, j’en guérirai quelques uns dans l’année.

Et, tout à coup, son visage se voila de tristesse en disant :

– Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. »

Alors la Vierge s’éloigne de ses petits confidents et s’élève comme précédemment en direction du Levant pour disparaître dans le ciel. Elle avait laissé à nouveau dans l’âme des enfants un grand désir du Ciel, et une ferveur renouvelée pour sauver les pécheurs par de nouveaux sacrifices. De fait, les enfants entraient dans une compréhension nouvelle du « mystère ineffable du mystère de la Croix. La vision de l’Enfer, du 13 juillet, la vue des damnés semblables à des braises transparentes plongés dans un océan de feu, leurs cris, leurs gémissements de douleur et de désespoir, qui faisaient frémir et trembler de peur, n’avait pu s’effacer de l’imagination des trois enfants. Maintenant, la Vierge ajoutait qu’il y avait beaucoup d’âmes qui tombaient dans ce lieu de tourments[8]… » car « personne » ne priait et ne faisait des sacrifices pour les sauver de l’enfer !

Cette parole terrible de Marie ouvrait une nouvelle ferveur sacrificielle chez les trois enfants. Ils passaient des heures prosternés dans la grotte du « Cabeço » en récitant la prière apprise de l’Ange : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime ; et je vous demande pardon pour tous ceux qui ne croient pas, n’adorent pas, n’espèrent pas et ne vous aiment pas ». Et ils récitaient aussi le chapelet en disant après chaque dizaine la prière apprise par Notre Dame : « O mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés !  Préservez-nous du feu de l’Enfer et attirez au Ciel toutes les âmes, spécialement celles qui en ont le plus besoin ! »

Il faut enfin noter que « leur nature d’enfants qui aiment jouer ne disparut pas. Même s’ils se rappelaient mutuellement la nécessité de renoncer aux jeux joyeux et innocents de leur vie de pastoureaux, ils ne cessèrent pas d’avoir la volonté d’en faire. Ainsi, la découverte du sacrifice de la corde eut lieu en jouant. Leur cœur continuait d’être un cœur d’enfant, libre, duquel jaillissait spontanément la joie, parce qu’il était en paix. Mais il y avait une constante dans la vie des trois, qui étaient un seul cœur et une seule âme : ils avaient vu et compris la tristesse de Dieu et de Notre Dame à cause des péchés du monde et ainsi, tout leur paraissait peu de chose pour consoler Dieu et sa Mère, et aider à convertir les pécheurs pour les délivrer des horreurs de l’Enfer que la Dame leur avait montré. S’oubliant eux-mêmes, ils pensaient seulement à ceux qu’ils aimaient… Lucie, dès lors, conserva enraciné dans son cœur un grand amour maternel pour la paix dans le monde[9]… »

 

 

[1] Père De Marchi, Témoignages sur les Apparitions de Fatima, op. cit., p.105.

[2] Carmel de Coimbra, Un chemin sous le regard de Marie, op. cit., p.85.

[3] Père De Marchi, Témoignages sur les Apparitions de Fatima, op. cit., p.110.

[4] J.C. Castelbranco, Le prodige inouï de Fatima, op. cit., p.31.

[5] Carmel de Coimbra, Un chemin sous le regard de Marie, op. cit., p.87.

[6] Dans le film récent sur Fatima « le 13° jour », il y a cette scène bouleversante où juste après la fausse exécution de Jacinthe, mais si réelle et affreuse pour les enfants, l’Administrateur accuse François d’avoir laissé mourir sa sœur… alors, avec force, il le regarde droit dans les yeux en priant un Ave Maria !

[7] Carmel de Coimbra, Un chemin sous le regard de Marie, op. cit., p.87-88.

[8] Père De Marchi, Témoignages sur les Apparitions de Fatima, op. cit., p.127.

[9] Carmel de Coimbra, Un chemin sous le regard de Marie, op. cit., p.97.




Notre-Dame du Liban

Au Liban, sur une colline rocheuse de Harissa surplombant la ville de Jounieh et la mer Méditerranée, le sanctuaire Notre-Dame-du-Liban est un lieu de pèlerinage fréquenté par toute la population libanaise. L’édifice relève des maronites, catholiques de rite oriental, mais il n’est pas rare d’y voir des musulmans et notamment beaucoup de femmes chiites qui empruntent l’escalier en colimaçon (104 marches) permettant de monter en haut de la statue monumentale de la Vierge Marie, appelée sous le vocable de Notre Dame du Liban.

Le sanctuaire comporte deux bâtiments : la chapelle originale édifiée en 1908, surmontée par la statue monumentale, et l’église moderne construite dans les années 1980, élevée au rang de basilique mineure, qui peut recevoir des assemblées beaucoup plus importantes.

50 ans après la proclamation par le pape Pie IX du dogme de l’Immaculée Conception (1854), l’Église maronite souhaitait marquer avec solennité cet anniversaire et ainsi exprimer l’amour du peuple libanais pour la Vierge Marie.

Le patriarche maronite Elias Hoyek, le Nonce apostolique Charles Duval et un jésuite suisse Lucien Cattin prirent donc cette initiative en 1904 et le projet fut mis à exécution. La résidence du patriarche maronite et la Nonciature apostolique se situent d’ailleurs à proximité.

Venue de France, la statue en bronze mesure 8,5 mètres de haut et 5 mètres de large et pèse 15 tonnes. La Vierge Marie semble tendre les bras vers Beyrouth, la capitale du Liban. La fête liturgique de Notre Dame du Liban est célébrée le premier dimanche de mai en souvenir de l’inauguration de la chapelle à cette date en 1908.

La basilique est un croisement architectural entre un cèdre libanais et un navire phénicien, ce qui lui donne beaucoup de luminosité, d’immenses baies vitrées symbolisant les voiles du navire. Avec 115 mètres de long et 67 mètres de large, elle peut contenir jusqu’à 3 500 personnes. Saint Jean-Paul II y célébra la messe le 10 mai 1997.

Marc Fromager

SOS Chrétien d’Orient

soschretiensdorient.fr

 

Retrouvez ici le récit du Pèlerinage 2023 de SOS chrétiens d’Orient à Notre-Dame du Liban




Le zèle pour le Fils s’est éteint là où il n’y a plus eu l’ardeur pour la Mère.

« Si nous jetons un regard sur l’Europe, nous trouvons que ceux qui ont cessé d’adorer le Divin Fils pour se contenter d’un humanisme banal, ce ne sont pas les peuples qui se sont distingués par la dévotion à la Mère, mais ceux qui ont refusé une telle dévotion.

Le zèle pour la gloire du Fils s’est éteint là où il n’était plus accompagné de l’ardeur pour l’exaltation de la Mère. Les catholiques, injustement accusés d’adorer une créature à la place du Créateur, adorent encore ce dernier.

Leurs accusateurs, qui avaient prétendu adorer Dieu avec plus de pureté et de fidélité à la Sainte Écriture, ont cessé de l’adorer. »

Cardinal saint John Henry Newman (1801-1890)

Saint John Henry Newman fut un ecclésiastique catholique, théologien et écrivain britannique. Né dans l’anglicanisme, il se convertit au catholicisme en 1845.

 

Source : Marie de Nazareth, Une minute avec Marie, du 11 août 2023




Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie : 15 août 2023

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Luc : 1,39-56

Méditation évangélique mariale  

                  « La Sainte Vierge m’a protégée, même quand je ne la connaissais pas…

                      Même au fond du découragement et de la tristesse, quand j’étais esclave,

                  je n’ai jamais désespéré, parce que je sentais en moi une force mystérieuse… »

                                                                                          Sainte Joséphine Bakhita

 

          Avant d’approcher quelque peu ce mystère immense de joie et d’espérance qu’est pour l’Eglise l’Assomption de la très Sainte Vierge, il est éclairant de le situer au niveau historique, pour la France en particulier. En effet, en 1637, le Roi Louis XIII, sans héritier après 20 ans de mariage avec Anne d’Autriche, fait une démarche de foi audacieuse : il demande à ses sujets de faire le 15 août, dans chaque paroisse, une procession afin d’avoir un fils. Il est exaucé puisque naît le 5 septembre 1638 le futur « Roi-soleil » Louis XIV. En signe de reconnaissance, il décide alors de consacrer la France à la Vierge Marie en la prenant comme Protectrice et Patronne du Royaume : chaque année, le jour de la fête de l’Assomption, on fera donc dans chaque église « mémoire » de la consécration de la France à Marie à la grand-Messe, puis également par une procession solennelle après les vêpres. L’Edit est enregistré par le Parlement.

          Ainsi, le 15 août est Fête nationale depuis 1638. Cette reconnaissance par l’autorité royale sera confirmée par le Pape Pie XI lorsqu’il a proclamé la Sainte Vierge Patronne principale de la France le 2 mars 1922. C’est dire que l’acte de foi historique de Louis XIII place l’histoire de la France sous la vigilance maternelle puissante de Notre Dame. Elle veille sur son pays chéri et il ne faut pas l’oublier dans la terrible décadence actuelle. Le triomphe du « Cœur Immaculé » de Marie annoncé à Fatima s’opérera tout spécialement en France quand on croira que tout est perdu ! Le mystère de la miséricorde du Christ à travers la victoire de sa Mère surprendra autant ses élus que ses ennemis…

         On ne comprend rien à l’histoire souvent déroutante des peuples si l’on ne regarde avec foi le mystère central de la Crucifixion et de la Résurrection de Jésus-Christ qui, seul, donne sens à « toute l’histoire » ! On est « hors contexte » historique si l’on n’accueille et n’écoute la Sainte Vierge à travers ses « venues » sur la terre : Elle vient nous « réveiller » d’une foi faussement tranquille qui, souvent, a perdu l’urgence eschatologique des Evangiles ! Seule, cette foi vive nous tient « éveillés » comme l’étaient les premiers chrétiens dans la charité fraternelle et l’attente imminente du retour de Jésus… Un des grands risques de l’Eglise actuelle est qu’elle devienne de plus en plus une sorte d’ONG dont la voix répercute plus les priorités mondialistes que l’urgence du salut en Jésus-Christ ! Il est la seule « Espérance » pour l’avenir du monde et Saint Pierre nous prévient de la soudaineté de son retour : « Le Seigneur use de patience envers vous, ne voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir… Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur ! » (2 P 3,9-10). Alors, n’oublions jamais sa parole qui devrait nous bousculer chaque matin : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18,8).

         Dans la richesse des textes de la Solennité d’aujourd’hui, une expression biblique vient nous ouvrir une porte incontournable au mystère profond de l’Assomption. Dans le psaume, il est fait mention « d’une dame, sous les ors d’Ophir » à qui il est dit : « le Roi sera séduit par ta beauté ! » (Ps 44,10-12). Au-delà de l’aspect physique radieux de la bien-aimée ; on peut avancer qu’il s’agit surtout d’une beauté intérieure comme le mentionne le Cantique des cantiques : « Tu es toute belle, ma bien-aimée et sans tache aucune ! » (Ct 4,7). La liturgie applique d’ailleurs ce verset à l’Immaculée Conception de la Vierge. Mais ce qui saisit le regard de Dieu dans la beauté de Marie, c’est l’humilité sans fond de sa foi ! Car, mystérieusement, son absolue petitesse génère un amour fort qui la fera suivre son Fils jusqu’à la folie de la Croix… et son Assomption s’inscrit dans le même mouvement d’un amour sans limites : la bien-aimée est inséparable de son Bien-aimé !

         Celle que l’Esprit élève au jour béni de son Assomption n’a cessé toute sa vie de se cacher « à l’ombre de la puissance du Très-Haut… » (Lc 1,35). Et c’est pourquoi Elle est bien cette « Femme enveloppée de soleil ! » (Ap 12,1). Enveloppée parce que le Soleil est né d’Elle sur la terre : Elle est Mère de Dieu ! Et c’est pourquoi au jour de l’Annonciation, « il y a en la Vierge une descente de l’Esprit qui dépasse tout ce que les saints pourront jamais connaître, parce que c’était pour la proportionner à une tâche unique au monde[1] ! » En effet, quand le Sauveur crucifié élargit le Cœur de sa Mère aux dimensions de toute l’humanité par sa Parole créatrice (Jn 19,26-27), il la fait entrer dans une mission universelle inédite où elle devient la Mère de tout homme et de tous les hommes ! Ce qui fera dire à Saint Thomas d’Aquin : « Post esse Deum, esse Matrem Dei » – « Après être Dieu, être Mère de Dieu ! »

          Il nous est donné « aujourd’hui » comme jamais ce mystère de tendresse de la Mère de l’Eglise pour en vivre en plénitude : savoir s’abandonner entre ses mains de tendresse à l’imitation de Jésus qui s’est fait tout petit en son sein maternel… C’est là que nous pouvons trouver en toutes circonstances la protection et la paix de « la Femme » splendide et puissante car « la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ! » (Ap 12,1). Nous avons encore tant à grandir dans cette tendre et intime connaissance vis-à-vis de notre Mère du Ciel. Nous n’avons que si peu découvert sa constante Présence à nos côtés… car « nous ne pensons pas assez au mystère éternel de Marie, à sa vie actuelle, là-haut, dans le Ciel, au sein de la Trinité. Notre attention va souvent aux mystères de sa vie passée… mais le grand mystère actuel de son union à Dieu, de son action dans l’Eglise, on y pense moins. Et cependant, c’est le plus essentiel… Pensez souvent que, du haut du Ciel, le regard de Marie, à tout instant, se pose sur vous. Pensez que son Cœur vous aime et que sa main vous conduit : Marie n’est pas seulement une voie, c’est La voie par excellence [2]! »

          En ces derniers temps redoutables, la « Femme » nous protège face aux horreurs du « Dragon rouge feu » (Ap 12,3) qui déploie son enfer sur la terre avec duplicité… où les lois et les dépravations les plus affreuses se « normalisent » et isolent les résistances du bien. Alors, pour fortifier notre espérance, il nous faut plus que jamais en cette Solennité de l’Assomption contempler la beauté de Marie et reprendre notre chapelet pour expérimenter sa maternelle proximité. Et en priant fidèlement chaque jour son Rosaire, on lui permet d’établir nos âmes et nos vies dans le « Refuge » invincible de son Cœur Immaculé où nous chantons déjà son « Triomphe » qui est proche !

 

                                                                                                                  + M-Mickaël

[1] Cardinal Charles Journet, Entretiens sur Marie, Parole et silence, 2001, p.72.

[2] Père Vayssière, o.p., Le Rosaire, Traditions monastiques, 2018, p.99-100.




Message de Marie à Trevignano Romano le 3 août 2023

Mes enfants,

Merci d’être là et d’avoir écouté mon appel dans votre cœur.

Mes enfants, l’humanité n’accepte pas Dieu dans sa propre vie et ne comprend pas que c’est seulement par Lui qu’on a la vie. Mes enfants, nous sommes au temps de la Révélation et je vous demande d’aimer, d’aimer Dieu, de courir vers lui pour l’embrasser à la source de son amour et de vous laisser embrasser par lui, c’est seulement ainsi cachés dans ses Saintes Plaies que vous pourrez avoir le salut.

Mes enfants, faites attention à vos enfants, faites très attention à cette humanité qui veut renverser les lois de la création et du Créateur, ne tombez pas dans le piège de Satan car maintenant tout va tourner vers l’éternité. Beaucoup de grâces descendront sur vous aujourd’hui.

Maintenant, je vous laisse avec ma bénédiction maternelle, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.




Je prie le chapelet avec mes enfants même quand ils n’en ont pas envie…

En démarrant la voiture, en début d’un trajet je lance : « Allez, les enfants, on dit un chapelet ! » Chaque fois que nous roulons pendant plus de 20 minutes, je me dis que c’est la durée idéale pour prier un chapelet ensemble. Mes enfants se plaignent. Ils préfèrent écouter de la musique, un livre audio ou regarder par la vitre.

« Je sais que vous ne voulez pas prier avec moi », dis-je en souriant. « Je le sais parce que je ressentais la même chose quand j’étais petite. Ma mère et mon père priaient toujours le chapelet avec nous pendant les longs trajets en voiture. Je faisais semblant de dormir pour ne pas avoir à me joindre à eux ! » Mes enfants rient. Puis l’un d’eux répond : « Alors pourquoi tu nous fais prier»? Nous non plus, on ne veut pas prier ! »

J’ai une réponse à cette autre objection : « C’est parce que maintenant que je suis adulte, je comprends certaines choses que je ne comprenais pas quand j’avais votre âge. Je sais que le chapelet sera important pour vous un jour. Il y aura un moment dans votre vie où vous aurez l’impression que le monde s’écroule autour de vous. J’aimerais pouvoir empêcher ça d’arriver, mais ce n’est pas possible. Je ne sais pas la forme que prendra cette épreuve, mais je sais que la souffrance et le chagrin sont des réalités totalement inévitables dans cette vie mortelle et qu’un jour, vous y serez confrontés vous-même.

Ce jour-là, je ne serai peut-être pas là pour vous aider et vous soutenir. Mais quelqu’un d’autre sera là, quelqu’un qui vous aime encore plus que moi : Notre Mère du Ciel, la Sainte Vierge Marie, sera là avec vous. Jamais personne ne s’est réfugié sous sa protection sans être aidé. Son chapelet est un signe de cette protection. Lorsque ce jour viendra, vous serez peut-être tellement ébranlé que vous ne trouverez même pas les mots pour adresser une prière à Dieu. Votre cœur criera peut-être à l’agonie, mais votre esprit ne pourra pas formuler des mots. Parfois la douleur est trop grande pour être exprimée.

Alors quel cadeau ce sera d’avoir les mots du chapelet, appris par cœur, imprimés pour toujours dans votre mémoire. Quand vos propres mots manqueront, les mots de l’Écriture qui composent le Notre Père et l’Ave Maria seront toujours là et à portée de voix. C’est pour ça que je vous enseigne ces prières » ».

Je sais que le Rosaire est une corde de sécurité entre le Ciel et la terre, et j’espère qu’ils garderont ce lien tout au long de leur vie.

Mes enfants cessent de bougonner et acceptent de prier avec moi, et je leur promets que nous pourrons mettre leur musique quand nous aurons fini.

 

Theresa Civantos Barber

www.heraldmalaysia.com

Source : Marie de Nazareth, Une minute avec Marie, du 21 juillet 2023




La rupture de la digue : interview de Peter Seewald

Le journaliste allemand, biographe de Benoît XVI, a donné une  interview passionnante à l’agence germanophone kath.net, nous la reproduisons ci-dessous.

La rupture de la digue !

 

kath.net : Monsieur Seewald, à l’occasion de l’annonce des nouveaux cardinaux nommés et du futur préfet du dicastère de la foi, le magazine Der Spiegel a titré : « Le pape François fait le ménage dans l’héritage de Benoît ». Le Frankfurter Rundschau a écrit : « Franziskus bricht endgültig mit Benedikt » (François rompt définitivement avec Benoît). Avez-vous été surpris par ces gros titres ?

Seewald : Pas vraiment. D’une part, ils correspondent aux souhaits des médias concernés, d’autre part, on a pu observer que le cours du pape François se radicalise ou, disons, se dévoile avec l’âge. Si en plus un collaborateur émérite comme l’archevêque Georg Gänswein est banni du Vatican et qu’en même temps un protégé est nommé gardien suprême de la foi, dont les qualifications pour la fonction la plus importante de l’Eglise catholique semblent douteuses, c’est déjà une annonce.

kath.net : Le futur chef de l’autorité de la foi, l’Argentin Victor Fernández, a défini sa future mission en disant qu’ »une croissance harmonieuse préservera la doctrine chrétienne plus efficacement que n’importe quel mécanisme de contrôle ».

Seewald : C’est non seulement flou, mais aussi grotesque au vu de la crise dramatique que traverse l’Eglise en Occident. Le fait que le pape François déclare en même temps que le dicastère a « utilisé des méthodes immorales » dans le passé doit faire réfléchir. Comment ne pas y voir une allusion à l’ancien préfet de la foi Joseph Ratzinger ? Ainsi que comme une tentative de légitimer le changement de cap.

kath.net : Dans votre dernier livre  « Benedikts Vermächtnis » [L’héritage de Benoît] , vous citez encore les paroles élogieuses que François a gardées pour son prédécesseur. Il l’a qualifié de « grand pape » : « Grand par la force de son intelligence, par sa contribution à la théologie, grand par son amour pour l’Eglise et les hommes, grand par ses vertus et sa foi ».

Seewald : Cela m’a beaucoup ému. Et c’est aussi très juste. Il n’y a aucun observateur averti qui ne reconnaîtrait en Ratzinger l’un des plus grands enseignants sur le siège de Pierre. Mais aujourd’hui, on doit se demander si les confessions de Bergoglio n’étaient pas que des déclarations du bout des lèvres, voire des écrans de fuméeNous nous souvenons tous des paroles chaleureuses de Ratzinger lors de la messe de requiem pour Jean-Paul II, des paroles qui allaient droit au cœur, qui parlaient d’amour chrétien, de respect. Mais personne ne se souvient des paroles de Bergoglio lors de la messe de requiem pour Benoît XVI. Elles étaient aussi froides que toute la cérémonie, qui ne pouvait pas être assez courte pour ne pas rendre une once d’honneur de trop à son prédécesseur.

kath.net : Qu’est-ce que cela signifie ?

Seewald : C’est très simple : si l’on est sérieux, on essaie tout de même de cultiver et d’utiliser l’héritage d’un « grand pape » – et non de l’endommager. Benoît XVI a montré l’exemple. En traitant l’héritage de Jean-Paul II, il a souligné l’importance de la continuité et des grandes traditions de l’Eglise catholique, sans pour autant se fermer aux nouveautés. François, en revanche, veut sortir de la continuité. Et donc de la tradition doctrinale de l’Église.

kath.net : Mais n’y a-t-il pas toujours besoin de changements, de progrès ?

Seewald : L’Église est en chemin. Mais elle ne vit pas d’elle-même. Elle n’est pas une masse de manœuvre au gré des dirigeants du moment. Pour Ratzinger, le renouvellement consistait à redécouvrir la compétence centrale de l’Église – pour redevenir ensuite cette source dont la société a besoin pour ne pas s’enliser spirituellement, moralement et psychiquement. La réforme signifie préserver dans le renouvellement, renouveler dans la préservation, afin d’apporter le témoignage de la foi avec une clarté nouvelle dans l’obscurité du monde. La recherche de l’actualité ne doit jamais conduire à l’abandon de ce qui est vrai et valable et à une adaptation à l’actualité du moment.

kath.net : Et c’est différent maintenant ?

Seewald : On en a l’impression. La nomination du futur préfet de la foi exprime de manière significative ce que les gros titres cités au début veulent dire par la destruction de l’héritage de Benoît. Alors que François a écarté à la première occasion le cardinal Müller, appelé par Benoît, il hisse maintenant à ce poste, avec son acolyte argentin de longue date, quelqu’un qui a immédiatement annoncé une sorte d’autodémolition. Il veut modifier le catéchisme, relativiser les affirmations de la Bible, mettre le célibat en discussion.

kath.net : Victor Fernández est considéré comme le ghostwriter du pape.

Seewald : Oui, pour des discours souvent assez vides de contenu, ou encore pour l’encyclique controversée « Amoris Laetitia ». Avec des éléments que les critiques ont décrits comme « illisibles jusqu’à l’eau de rose » et que les experts considèrent à la limite de l’hérésie.

kath.net : François est toujours considéré comme un « pape réformateur ».

Seewald : Le début a attiré l’attention [note de moi: !!!]. J’ai été impressionné par son engagement pour les pauvres, les réfugiés, pour la protection inviolable de la vie. En même temps, le public étonné a observé que Bergoglio ne tenait pas beaucoup de ses promesses, qu’il se contredisait sans cesse et qu’il créait ainsi une confusion considérable. A cela s’ajoutent les nombreux cas où il a gouverné durement, destitué des personnes mal vues et fermé des institutions précieuses créées sous Jean-Paul II.

kath.net : Bergoglio a certes vu pour lui d’autres tâches que celles de Benoît.

Seewald : On ne peut pas le lui reprocher. Mais les derniers développements laissent entrevoir une véritable rupture de digue. Et au vu du déclin dramatique du christianisme en Europe, cela pourrait se transformer en une inondation qui détruirait ce qui a encore résisté.

kath.net : Ce sont des termes forts…

Seewald : Les dernières nouvelles en provenance du Vatican m’ont rappelé un essai devenu célèbre de Georgio Agamben. Dans son texte sur le « mystère du mal », le philosophe le plus discuté de notre époque met en cause Benoît XVI. En tant que jeune théologien, Ratzinger aurait un jour fait la distinction, dans une interprétation de Saint Augustin, entre une Eglise des infâmes et une Eglise des justes. Depuis le début, l’Église est inextricablement mélangée. Elle est à la fois l’Eglise du Christ et l’Eglise de l’Antéchrist. Il y a cependant, selon Agamben, l’idée du katechon…

kath.net : Comment cela ?

Seewald : En se référant à la deuxième lettre de l’apôtre Paul aux Thessaloniciens, on entend par là le principe de l’arrêt. Un terme qui est aussi interprété comme un « empêchement », pour quelque chose ou pour quelqu’un qui retarde la fin des temps. Selon Agamben, Benoît XVI était en quelque sorte un « stoppeur ». Dans ce contexte, sa démission aurait inévitablement provoqué une séparation de la « belle » et de la « noire » Eglise, cette marge dans laquelle le bon grain se sépare de l’ivraie. C’est une thèse très dure. Mais le pape émérite était apparemment du même avis. Il doit encore rester, a-t-il répondu à ma question de savoir pourquoi il ne pouvait pas mourir. Comme un mémorial pour le message authentique de Jésus, comme une lumière sur la montagne. « A la fin, le Christ vaincra », a-t-il ajouté.

kath.net : L’évolution qui se dessine actuellement au Vatican a-t-elle été une surprise pour vous ?

Seewald : Dès le premier jour de son pontificat, le pape François a tenté de se démarquer de son prédécesseur. Ce n’était un secret pour personne que les deux hommes n’avaient pas seulement des tempéraments opposés, mais aussi des conceptions opposées de l’avenir de l’Eglise. Bergoglio savait qu’il ne pouvait pas égaler Ratzinger dans son éclat et sa noblesse théologiques. Il s’est concentré sur les effets et a eu le vent en poupe grâce aux médias qui ne voulaient pas regarder de trop près pour ne pas devoir voir que derrière le pape décrit comme ouvert et progressiste se cachait un gouvernant parfois très autoritaire, ainsi que Bergoglio était déjà connu en Argentine.

Certains journalistes font carrément de la mise en scène d’un « pape réformateur » un modèle commercial pour leurs livres : le « combattant au Vatican » qui se défend contre les « loups », notamment contre le « pape de l’ombre » Benoît et sa clique réactionnaire. En réalité, il n’y a jamais eu de pape de l’ombre. En tant que pape émérite, Benoît avait évité tout ce qui aurait pu, de près ou de loin, donner l’impression qu’il régnait sur le pontificat de son successeur. Et si l’on voulait chercher les « loups », on voit qu’ils sont tous restés sur le carreau.

Une photo qui se passe de commentaires, pour qui a des yeux pour voir

kath.net : On a dit qu’il n’y avait pas de place pour une feuille de papier entre l’ex-pape et le pape actuel.

Seewald : Eh bien, c’était plutôt un vœu pieux. Il y a eu la photo de la première rencontre. Deux hommes en blanc. Deux papes, et tous deux vivants. C’était un choc qu’il fallait surmonter. Bergoglio a favorisé l’image de l’entente en s’exprimant de temps en temps positivement sur son prédécesseur. Benoît lui faisait confiance. A l’inverse, François n’avait aucun scrupule à rayer d’un trait de plume l’un des projets préférés de son prédécesseur.

kath.net : Qu’entendez-vous par là ?

Seewald : La lettre apostolique « Summorum Pontificum ». Elle libéralisait l’accès à la liturgie classique. Ratzinger voulait ainsi pacifier l’Église sans pour autant remettre en question la validité de la messe selon le missel romain de 1962. « C’est dans l’utilisation de la liturgie », expliquait-il, « que se décide le sort de la foi et de l’Église ». François qualifie en revanche les formes traditionnelles de « maladie nostalgique ». Il y aurait un « danger » de retour en arrière en réaction à la modernité. Comme si l’on pouvait contrôler les tendances, les aspirations, les besoins par des décrets d’interdiction. Les bolcheviks avaient déjà essayé en vain de le faire.

kath.net : Il y aurait eu un sondage selon lequel la majorité de l’épiscopat mondial était favorable à un retrait.

Seewald. Ce n’est pas vrai. D’une part, seuls quelques évêques ont répondu à ce sondage, et d’autre part, à ma connaissance, ils ne se sont pas prononcés majoritairement contre le motu proprio « Summorum Pontificum » de Benoît. Les résultats n’ont jamais été publiés, comme on peut s’en douter. Et quel manque de style que le pape émérite ait dû ensuite apprendre la modification par « L’Osservatore Romano ». Pour lui, c’était comme un coup de poignard dans le cœur. Sa santé ne s’en est pas remise. Peu après sa mort, le monde entier a pu suivre comment Bergoglio a encore durci le ton.

kath.net : Vous faites allusion au cas Gänswein ?

Seewald : Bergoglio ne s’est pas rendu service avec cette affaire. Cela lui ôte toute crédibilité. On ne peut pas parler en permanence, Bible en main, d’amour fraternel, de respect mutuel et de miséricorde et en même temps piétiner ces vertus. La brutalité et l’humiliation publique avec lesquelles un homme aussi méritant que Gänswein a été largué sont sans précédent. Même la coutume d’accorder un mot de remerciement à un collaborateur qui quitte l’entreprise, comme cela se fait dans la plus petite des entreprises, n’a pas été respectée.

kath.net : Les médias parlent d’un « acte de vengeance » à l’encontre de Gänswein.

Seewald : Mais se venger pour quoi ? Parce que quelqu’un a fait preuve ici, tout en respectant la loyauté, non pas d’une mentalité de soumission, mais de cette maturité que Bergoglio revendique toujours ? Parce qu’il a publié un livre qui, au vu des fausses représentations persistantes de l’œuvre et de la personne du pape allemand, est important et nécessaire ? Un livre dans lequel François est d’ailleurs tout sauf malmené ? Le pape a déclassé Gänswein, mais il voulait parler de celui que Gänswein représente. Et dont on veut mettre l’héritage de côté, comme on a mis de côté son plus proche collaborateur. Pour la traduction du livre de Gänswein en allemand, la maison d’édition Herder n’a pas été autorisée à faire appel, comme d’habitude, aux traducteurs du Vatican, m’a-t-on dit dans les milieux de l’édition. Ce travail leur avait été strictement interdit.

kath.net : Revenons à la personnalité de Fernández, le futur préfet de la foi. Lorsqu’il devait devenir recteur de l’Université catholique pontificale d’Argentine, il y avait eu des réserves.

Seewald : La Congrégation pour la doctrine de la foi avait des réserves d’ordre doctrinal et la Congrégation pour l’éducation le jugeait inapte à occuper un poste de direction aussi important. C’est l’archevêque de Buenos Aires de l’époque, Jorge Mario Bergoglio, qui l’a imposé. En tant que pape, Bergoglio lui ouvre désormais la voie vers Rome en redéfinissant les tâches d’un préfet du dicastère de la foi. Il ne s’agirait pas tant de préserver la doctrine que de faire grandir la compréhension de la vérité, « sans s’enfermer dans une seule forme d’expression ». En clair : sans se fixer.

Ce n’est pas tant un rôle de gardien qui est demandé, a écrit François Fernández, mais celui de promoteur du charisme des théologiens, quoi que cela puisse signifier. La réalité est toujours plus importante que l’idée. En clair : ce qui est demandé à un moment donné. Fernández devrait avant tout « tenir compte du magistère le plus récent », c’est-à-dire celui de François. Bergoglio avait déjà édulcoré cet article édicté par Jean-Paul II sur l’ordre du dicastère, qui portait sur la protection de « la vérité de la foi et l’intégrité des mœurs ».

kath.net : Comment faut-il considérer le mot de François sur les « mesures immorales » de la part de l’ancienne Congrégation pour la doctrine de la foi ?

Seewald : Cela renouait avec la lecture que les médias hostiles à l’Eglise faisaient du « panzer cardinal » et de la « ligne dure » Joseph Ratzinger. Le « Spiegel » a immédiatement repris le projet et a parlé une fois de plus de l’ancien « policier de la foi », qui serait également responsable du retrait de l’autorisation d’enseigner à Hans Küng. Une absurdité totale, tout comme la plupart des clichés habituels sur l’ancien cardinal. En tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Ratzinger se considérait tout sauf comme un persécuteur et encore moins comme quelqu’un opérant avec des « méthodes immorales ».

Immédiatement après sa prise de fonction, les évêques, théologiens et prêtres contestés n’ont plus été rabroués, comme c’était le cas auparavant, mais ont été invités à Rome dans les cas importants afin de se confronter personnellement à leurs divergences d’opinion. Ratzinger a renforcé les droits des auteurs et a donné pour la première fois aux théologiens accusés de déviation dogmatique le droit de se défendre. Il n’y a jamais eu non plus, comme le raconte une légende noire, d’obligation formelle de se taire vis-à-vis de Leonardo Boff. La controverse ne portait pas non plus sur la théologie de la libération, mais sur les déclarations christologiques douteuses de Boff.

kath.net : Au lieu d’une Église d’en haut ou d’une Église d’en bas, Ratzinger a recommandé une « Église de l’intérieur ».

Seewald : « C’est justement en période d’instabilité, a-t-il expliqué, que l’Église doit se souvenir doublement de ce qui lui est propre. Ce n’est que par son éthique résolue qu’elle peut devenir un véritable conseiller et partenaire dans les questions difficiles de la civilisation moderne. Contrairement à d’autres théologiens, a jugé le théologien libéral munichois Eugen Biser, « qui ont rejeté pierre par pierre l’ancien édifice parce qu’il ne convenait pas à leur nouvel édifice », Ratzinger est toujours resté « fidèle à l’origine ». Il a pris au sérieux l’éternel avertissement de Jésus à son Église, que le Christ a exprimé, selon l’Évangile de Marc, dans une parole dramatique adressée à Pierre : « Va-t’en, Satan ! Tu veux me faire tomber, car tu n’as pas en vue ce que Dieu veut, mais ce que les hommes veulent ».

kath.net : On dit que Fernández a d’abord refusé la nomination au poste de préfet de la foi.

Seewald : Ce n’est que lorsque le pape lui a assuré qu’il n’avait pas à s’occuper des abus sexuels dans l’Église qu’il a donné son accord. Là encore, une nette différence d’orientation. Alors que Fernández se décharge de la responsabilité des abus, Ratzinger, en tant que préfet, les a attirés dans son domaine, car il voyait qu’ailleurs les délits étaient balayés et les victimes laissées seules. Fernández n’est toutefois pas un inconnu sur ce sujet. Selon le journal argentin « La Izquierda Diario »le futur préfet de la foi aurait, en tant qu’archevêque de La Plata, couvert au moins onze cas d’abus sexuels commis par des prêtres « sous différentes formes ». Le cas le plus connu aurait été celui de l’ancien aumônier de prison Eduardo Lorenzo, qui s’est suicidé en 2019 pour éviter d’être arrêté par la police.

kath.net : Le traitement des abus est-il une face cachée du pontificat de Bergoglio ?  

Seewald : Deux exemples : Le cardinal belge Godfried Danneels a fait les gros titres en 2010 parce qu’en tant qu’archevêque, il avait couvert les abus d’enfants par des prêtres et ensuite couvert un évêque qui avait abusé de son propre neveu. Ce qui n’a pas empêché le pape François de le nommer synode de la conférence sur la famille à Rome à l’automne 2014. Danneels était l’une des forces motrices de la « mafia de Saint-Gall », un groupe de cardinaux qui voulait déjà imposer Bergoglio comme pape lors du conclave de 2005 ; ce qui a d’ailleurs failli réussir.

François n’avait pas non plus de problème à nommer Theodore McCarrick, l’ancien archevêque de Washington, connu pour ses abus, dans les instances vaticanes. Benoît XVI avait pris des mesures contre McCarrick, François lui a en revanche confié des négociations avec la République populaire de Chine. Celles-ci ont abouti à un accord par lequel l’Eglise catholique clandestine, encore encouragée par Benoît XVI, a été subordonnée aux autorités étatiques. Depuis, des banderoles portant des inscriptions telles que « Aimez le Parti communiste » sont accrochées dans les églises chinoises. Début avril de cette année, les communistes ont nommé un nouvel évêque pour Shanghai sans en référer au Vatican. Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat, a protesté, mais le pape François a décidé de « remédier à l’irrégularité du droit canonique », c’est-à-dire d’approuver le cas.

kath.net : Dans quelle mesure l’élection des nouveaux candidats, qui seront créés cardinaux lors du consistoire de septembre, peut-elle avoir un effet durable ?

Seewald : Entre-temps, environ 70 pour cent des futurs électeurs du pape ont été élevés à la fonction par François. « Contrairement à ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI », a analysé l’observateur du Vatican Ludwig Ring-Eifel de la KNA, « François a largement appelé au collège cardinalice des hommes qui sont dans sa ligne théologique ». Le collège cardinalice deviendrait « de plus en plus un reflet de sa pensée et de ses origines ».

Ce qui est frappant, ce n’est pas seulement la forte augmentation de la proportion d’Hispaniques, mais aussi l’âge des nouveaux porteurs de la pourpre. Âgés pour la plupart d’une soixantaine d’années, ils devraient influencer non seulement le prochain conclave, mais parfois aussi celui d’après. Mais comme chacun sait, le Saint-Esprit a encore son mot à dire. Et beaucoup de ceux qui se réjouissent aujourd’hui de voir François balayer l’héritage de Benoît pourraient dès demain en pleurer amèrement.




Faim religieuse chez les russes

En Russie, pays évangélisé dès le Xe siècle, le XXe siècle a été marqué par 70 années de persécution par le régime communiste. Les hécatombes vertigineuses qui en résultèrent sont évaluées à 50 millions de morts en Europe et pas moins en Chine si on inclut les retombées des guerres.

La persécution contre les chrétiens fut plus terrible que celle des empereurs romains pour l’Église des premiers siècles. Ceux qui exerçaient un rayonnement, fût-il clandestin, étaient arrêtés, soumis à des lavages de cerveaux ou détruits par des drogues appropriées dans les hôpitaux psychiatriques. Le KGB jugulait ou infiltrait les Églises.

Pourtant d’innombrables chrétiens ont eu la force de résister. Par leur abnégation malgré la souffrance ou par leur martyre, ils ont souvent été pour les non-chrétiens le signal, le repère et le fondement de la Résistance.

La résistance ouvrière, le mouvement fondé sur Marie, un vaste mouvement de conversion, la faim de Dieu, tout cela indiquait que le communisme n’était pas un mouvement ouvrier, qu’il ne libérait pas et que la religion ne mourrait pas. Il y eut aussi plusieurs évènements marials décisifs : le 13 février 1917, avant même les apparitions de Fatima et la révolution d’octobre, la Vierge se manifesta à Moscou avec une icône de la Vierge Reine(1). Puis il y eut les apparitions de Marie à Fatima que la résistance russe a pu connaître grâce aux réseaux clandestins malgré le black-out de l’information gouvernementale.

Tous ces facteurs ainsi que l’arrivée sur le trône de Pierre d’un pape venu de l’Est, le polonais Karol Wojtyla qui avait vécu sous le communisme et devenait le nouveau Saint Père sous le nom de Jean-Paul II, ont amené la chute du communisme dans l’empire soviétique. Et cela, sans guerre de libération armée ! La victoire s’est produite non pas par l’écrasement du bloc de l’Est, mais par l’amour réconciliateur.(2)

Aujourd’hui, on assiste à une activité grandissante des pèlerins de l’Église orthodoxe des pays de l’ancienne Union Soviétique. Les fidèles se rendent dans les centres qui n’ont pas disparu pendant la période du communisme. Le plus grand nombre de fêtes des icônes de la Vierge Marie a lieu à Moscou (vingt-trois), Saint-Pétersbourg (cinq dont la fête de l’icône de Jasna Góra le 6 mars) et Kiev (cinq).

Les autres centres importants du culte marial sont : Kursk, Smolensk, Wiazniki, Tobolsk, Vitebsk, Vologda, Novgorod et Potchaïov. Certains pèlerinages durent très longtemps, parfois plusieurs mois.

On constate une grande faim religieuse chez les Russes catholiques (une minorité) comme chez les orthodoxes.

 

Adapté de : l’Encyclopédie Mariale

(1) www.egliserusse.eu

(2) Cf. R. Laurentin, Comment la Vierge Marie leur a rendu la liberté, ŒIL, Paris, 1991

Source : Marie de Nazareth, Une minute avec Marie, du 22 juillet 202




22 juillet : fête de Sainte Marie-Madeleine

« Nul n’est trop loin pour Dieu : Marie-Madeleine en est le témoin éloquent dans l’Evangile. Libérée de l’esclavage du démon (Lc 8, 1-3), nous imiterons sa hâte amoureuse à suivre le Christ jusqu’au pied de la Croix avec Marie (Jn 19, 25) et Jean.

Epouse qui cherche son Bien-Aimé dès l’aurore[1] (Ct 3, 1-4), elle est choisie par Jésus pour être le premier témoin de sa Résurrection. A travers elle, nous contemplons l’aurore de la Miséricorde qui en fait l’apôtre des Apôtres[2] (Jn 20, 11-16).

Consumée par l’Amour de son Seigneur, elle se consacre toute à Lui et termine sa vie dans la solitude de la grotte de la Sainte Baume.

Elle sera pour nous un témoin privilégié de l’Amour[3], reçu dans la Miséricorde qui sauve, vécu dans la vie au désert, et répandu par l’ardeur de l’annonce missionnaire. »

Extrait du Livre de Vie de la Communion des refuges du Coeur Immaculé de Marie

 

[1] Mt 28, 1-8 / Mc 16, 1-8 / Jn 20, 1-2.

[2] Mt 28, 9-10 / Mc 16, 9-11 / Lc 24, 9-11 / Jn 20, 17-18.

[3] 1 Jn 4, 7-12.




Saint Louis de Montfort : Marie aidera les chrétiens à la fin des temps

Saint Louis Marie Grignion de Montfort raconte que vers la fin des temps, « le démon, sachant qu’il lui reste peu de temps – beaucoup moins que jamais – pour perdre les hommes, redoublera d’efforts et d’attaques tous les jours. En effet, il provoquera bientôt de cruelles persécutions et tendra de terribles embuscades aux fidèles serviteurs et aux vrais enfants de Marie, qu’il a beaucoup plus de mal à vaincre que les autres ».

Cependant, au milieu des tribulations, « l’humble Marie triomphera toujours de cet orgueilleux, et d’une victoire si complète qu’elle lui écrasera la tête, là où réside son orgueil. (…) Elle vaincra ses plans diaboliques et défendra ses serviteurs de ces griffes mortelles jusqu’à la fin ».

« La puissance de Marie sur tous les démons, décrit saint Louis Grignion de Montfort, brillera cependant d’une manière particulière dans les derniers temps, lorsque Satan tendra des pièges à son talon, c’est-à-dire à ses humbles serviteurs et à ses pauvres enfants qu’elle suscitera pour lui faire la guerre. »

Alors les chrétiens « seront petits et pauvres au jugement du monde, humiliés devant tous, (…) mais, au contraire, ils seront riches en grâces et en charismes, que Marie distribuera abondamment, grands et élevés en sainteté devant Dieu, supérieurs à toute autre créature par leur zèle ardent, et si fortement soutenus par l’aide divine, qu’avec l’humilité de leur talon et unis à Marie, ils écraseront la tête du démon et feront triompher Jésus-Christ ».

Andres Jaromezuk (auteur catholique argentin), 5 mai 2023

www.churchpop.com

Source : Marie de Nazareth, Une minute avec Marie, du 20 juillet 2023.