Partager la publication "Marie a cru à l’impossible !…"
« Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ! »
Lc 1,45
« L’Eglise vénère en Marie la réalisation la plus pure de la foi… »
Catéchisme de l’Eglise catholique, 149
Il faut se souvenir du « cri » d’Elisabeth à la Visitation : « Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! » Nous sommes ici devant la béatitude fondamentale de « la Foi » qui commence en la Vierge et traverse tous les Evangiles… en effet, l’Annonciation est l’aboutissement de ce grand mystère qui a commencé avec celui qui est « notre père dans la foi » comme l’a contemplé Saint Jean-Paul II :
« Par la foi et l’obéissance de Marie son bénies toutes les familles de la terre, selon la promesse faite à Abraham[1]. »
La foi de Marie a établi un pont entre Dieu et l’homme : le pont « sacré » de l’Incarnation qui se réalise par la venue du Seigneur Jésus-Christ, Fils unique du Père ! Tout était suspendu à ses lèvres… et son « fiat » à fait entrer Dieu chez l’homme. C’est véritablement « le plus beau « oui » que la terre ait jamais dit au Ciel. Et Saint Thomas d’Aquin affirmera[2] : Elle le prononce « au nom » de l’humanité toute entière, depuis le soir de la chute jusqu’à la fin du monde[3] ! »
Pour approcher quelque peu ce mystère de l’Incarnation, il faut revenir au dialogue de l’Annonciation. On y remarquera que l’Ange Gabriel donne à la Vierge des réponses très précises face à sa question fondamentale, pleine de réalisme : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » (Lc 1,34). C’est ici que « la » réponse de l’Archange ouvre à un événement que l’histoire des hommes n’a jamais connu :
« L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’Enfant sera Saint et sera appelé Fils de Dieu ! » (Lc 1,35).
On s’est trop « habitué » à écouter ces textes chaque année, mais s’il y a bien un lieu de la Bible où tout bascule dans l’histoire du salut, c’est l’Annonciation ! Là, Marie enfante Jésus, Fils de Dieu et elle devient Théotokos : « Mère de Dieu ! » On est là face à un dialogue si simple, mais qui laisse deviner un mystère si abyssal : une Vierge enfante un Dieu !
Dans une méditation bouleversante, Saint Ambroise s’est est ému :
« Pour croire à cette naissance incroyable et inouïe, il fallait d’abord en avoir entendu parler : qu’une vierge enfante, c’est le signe d’un mystère divin, et non humain. Aussi, est-il écrit : « Le Seigneur vous donnera un signe : voici, une vierge concevra et enfantera un fils ! » (Is 7,14). Marie avait lu cela ; elle crut donc à l’accomplissement de la prophétie. Mais comment la chose se ferait, elle ne l’avait pas lu, car le « comment » n’avait pas été révélé…
Le mystère d’un tel dessein devait être déclaré par la bouche d’un ange, et non d’un homme. Alors, pour la première fois fut entendue cette parole : « L’Esprit Saint surviendra en toi… » entendue, et crue : « Voici, dit-elle, la servante du Seigneur : qu’il me soit fait selon ta parole ! » Vois quelle humilité, vois quel don de soi ! Elle se dit servante du Seigneur, elle qui est choisie pour être sa Mère…
Elle qui devait enfanter Le doux et L’humble de cœur (Mt 11,29), elle devait faire preuve d’humilité… Qu’elle a vite cru à l’enfantement sans pareil ! Car quoi de moins assorti que l’Esprit Saint et le corps humain ? Quoi de plus inouï qu’une vierge concevant contre la loi, contre la coutume, contre la pudeur… ? Et parce que Marie n’avait interrogé que sur le « comment », non sur la réalité du prodige, elle mérita d’entendre :
« Bienheureuse, toi qui as cru[4] ! » (Lc 1,45)
A travers l’imprévisible dessein du Dieu miséricordieux, c’est bien la béatitude de la foi de Marie, au plus haut degré, qui a permis au Verbe de se faire chair et « d’habiter au milieu de nous » (Jn 1,14). Il s’est revêtu de notre fragilité humaine, Il s’est caché dans le quotidien le plus ordinaire, Il est devenu l’un de nous… sans cesser d’être[5], en secret, la Lumière du monde !
Et cela, en étant d’abord « enfoui » dans le sein de Marie durant neuf mois…
Car, après la secrète Annonciation, « lorsque l’Ange partit de chez elle, Marie se retrouva avec un grand mystère enfermé en son sein ; elle savait que quelque chose d’unique et d’extraordinaire avait eu lieu ; elle se rendait compte qu’avait commencé le dernier chapitre de l’histoire du salut du monde. Mais autour d’elle, tout était resté comme avant et le village de Nazareth ignorait complètement ce qui lui était arrivé[6]… »
C’est encore et toujours pour Marie « un saut dans l’inconnu » dont la béatitude de la foi est le seul chemin…
+M Mickaël
[1] Rome, 6 décembre 1983.
[2] « Loco totius humanitatis » : « En lieu et place de toute l’humanité ! » Somme théologique, III, q.30, a.1c.
[3] Cardinal Charles Journet, Entretiens sur Marie, Parole et silence, 2001, p.22.
[4] Saint Ambroise, II, 14-17, Patrologie Latine 15, 1558.
[5] « Il est devenu ce qu’Il n’était pas, sans cesser d’être ce qu’Il est ! » (Saint Augustin).
[6] Pape Benoît XVI, Rome, 2 juin 2008.