Partager la publication "Les saints du Carmel : Sainte Elisabeth de la Trinité – 2. O mon Christ aimé, crucifié par amour ! "

« O mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous-même », d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit plus qu’un rayonnement de votre Vie !
Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur. O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire toute enseignable, afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière… Ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement… »
Dans cette seconde partie, Elisabeth nous plonge dans sa contemplation unique du Verbe éternel devenu notre Sauveur ! C’est véritablement le « chant nuptial » de l’Epouse qui jaillit ici où se déploie une remarquable théologie spirituelle : à travers son regard enflammé, les élans, les limites et la fascination de son cœur se dévoilent…
Ecoutons d’abord les élans irrésistibles de son amour fou pour Jésus :
« Ô mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir ! »
Comme tous les Saints, Elisabeth a rencontré Dieu en profondeur au pied de la Croix. N’écrivait-elle pas à sa mère : « Le signe que nous reconnaissons que Dieu est en nous et que son amour nous possède, c’est de recevoir non seulement avec patience mais avec reconnaissance ce qui nous blesse et nous fait souffrir. Pour en venir là, il faut contempler le Dieu crucifié par amour, et cette contemplation, si elle est vraie, aboutit infailliblement à l’amour de la souffrance…
Reçois à la lumière qui jaillit de la Croix toute épreuve, toute contrariété… c’est comme cela que l’on plaît à Dieu, que l’on avance dans les voies de l’amour !… Je ne peux pas dire que j’aime la souffrance en elle-même, mais je sens qu’elle me rend conforme à Celui qui est mon Epoux et mon Amour. Oh, vois-tu, cela met dans l’âme une paix si douce, une joie si profonde[1]… »
On est confronté ici à cette « folie des Saints » dans leur amour de la Croix et cela scandalise le monde… et même une majorité de chrétiens qui vivent dans leur tiédeur ! Pourtant, Seule la parole des Saints est crédible et nous donne cette sublime Sagesse inspirée par l’Esprit de Dieu :
« La Croix, c’est le bois qui nous élève et nous rend grands[2] ! »
« La Croix n’est pas la fin de l’histoire ; c’est le début de la victoire[3] ! »
Mais dans son amour enflammé pour le Christ, notre si chère Elisabeth reste à la fois très réaliste et pleine d’espérance sur le sens à donner à sa « faiblesse » :
« Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous-même », d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit plus qu’un rayonnement de votre Vie ! »
Elle a donc vécue ses limites à l’école de la petite et si grande Thérèse de Lisieux : « C’est si bon d’être le petit enfant du bon Dieu, de se laisser porter par Lui tout le temps, de se reposer en son Amour ! Demandons cette grâce de simplicité et d’abandon à Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus[4]… C’est si simple, cette intimité avec Dieu ; cela repose plutôt que de fatiguer… comme une enfant se repose sous le regard de sa mère[5] ! »
Ainsi, du creux de sa petitesse, Elisabeth n’attend sa transformation que de l’Œuvre de Dieu pour que « sa vie ne soit plus qu’un rayonnement de sa Vie ! » Elle le chante avec les accents uniques de sa personnalité si attachante : « Il sait tout, Il peut tout et Il nous aime d’un si grand amour, c’est l’Infini[6] !… car chaque incident, chaque évènement, chaque souffrance comme chaque joie est un sacrement qui nous donne Dieu[7] ! »
La jeune carmélite conclut par une invitation suprême, une sorte de feu d’artifice mystique final qui est un « venite » à son « Christ aimé » :
« Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur. O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire toute enseignable, afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière… Ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement… »
« Je veux passer ma vie à vous écouter… » N’est-on pas ici au cœur du cœur de la vie d’Elisabeth ? Elle, si vivante, si engagée, si rayonnante que tous la suivaient… elle était pourtant cette chrétienne belle et lumineuse qui ne cesse d’écouter Celui pour qui va faire d’elle une « louange de sa gloire ! » N’a-t-elle pas écrit ces lignes reconnaissables entre toutes : « Une louange de gloire, c’est une âme de silence qui se tient comme une lyre sous la touche mystérieuse de l’Esprit Saint afin qu’Il en fasse sortir des harmonies divines… c’est aussi comme un cristal au travers duquel Il peut rayonner[8]… en l’âme de la Vierge, c’est là que nous adorerons la Sainte Trinité[9] ! »
+Marie-Mickaël
[1] Lettre 314 et 317.
[2] Saint Jean Chrysostome.
[3] Saint Léon le Grand.
[4] Lettre 179.
[5] Lettre 301.
[6] Lettre 197 bis.
[7] Le Ciel dans la foi, 10.
[8] Le Ciel dans la foi, 43.
[9] Lettre 199.

