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Les saints du Carmel : Sainte Elisabeth de la Trinité – 4. O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude…

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         O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs ! »

Elisabeth est déjà vraiment sur terre une « louange de gloire », mais cette « étreinte d’infini » s’opèrera « dans cette lumière de foi qui fait les Saints ! » (Lettre 199). Il faut donc « que l’âme soit toute éveillée dans sa foi[1]…», car  réaliste et mature, elle n’oublie pas qu’ici bas : « la foi, c’est le face à face dans les ténèbres… » (Lettre 193) Tel est le réalisme évangélique de sa mission, et elle le chante avec tout l’amour de son cœur : « Voici la foi, la belle lumière de foi qui m’apparaît. C’est elle seule qui doit m’éclairer pour aller au-devant de l’Epoux[2] ! » Elle vivra donc sans cesse de cette « foi qui regarde et qui prie sans cesse[3]… »

Vraie carmélite, Elisabeth en tire toutes les conséquences contemplatives : « Croyons à l’amour » avec Saint Jean ( 1 Jn 4,16) et, puisque nous le possédons en nous, qu’importent les nuits qui peuvent obscurcir notre ciel ! » (Lettre 239). Elle s’appuiera souvent sur Saint Jean de la Croix, le Docteur des nuits et de la Vive Flamme d’amour, qui nous donne, parmi tant d’autres, ces conseils fondamentaux sur le chemin vers la vraie sainteté :

« Pourquoi diffères-tu ? Pourquoi attends-tu ? Puisque tu peux dés à présent aimer Dieu en ton cœur… Je ne te connaissais pas, Toi, mon Seigneur, parce que je voulais encore savoir et goûter les choses !… car le Père n’a dit qu’une Parole : son Fils, et dans un silence éternel Il la dit toujours : l’âme aussi doit l’écouter en silence[4]… » (Jn 1,18).

Aussi, Elisabeth nous donne ce conseil libérateur où la nuit des sens ouvre au pur amour : « Ne tenez pas compte si vous êtes enflammée ou découragée ; c’est la loi de l’exil de passer ainsi d’un état à l’autre. Croyez que Lui, Il ne change jamais… » (Lettre 249). « C’est si bon la foi, c’est le Ciel dans les ténèbres, mais un jour le voile tombera et nous contemplerons en sa lumière Celui que nous aimons ! » (Lettre 162). Et comme elle le rappelle à sa chère Françoise de Sourdon : « C’est le baptême qui t’a faite enfant d’adoption[5], qui t’a marquée du sceau de la Trinité Sainte !… Il faut donc prendre conscience que Dieu est au plus intime de nous et aller à tout avec Lui ; alors on n’est jamais banal, même en faisant les actions les plus ordinaires[6]… »

Voici donc la vraie transfiguration du réel de chaque jour : cette foi qui est encore pour nous un trésor inconnu car « c’est si simple cette intimité avec Dieu ; cela repose plutôt que de fatiguer… (Lettre 301), Je le sens si vivant en mon âme, je n’ai qu’à me recueillir pour le trouver au-dedans de moi, et c’est cela qui fait tout mon bonheur… Il a mis en mon cœur une soif d’infini et un si grand besoin d’aimer que Lui seul peur rassasier : alors je vais à Lui… Il me semble qu’il faut être si simple avec le bon Dieu ! » (Lettre 169).

En cette dernière partie de sa prière, Elisabeth nous entraîne dans le désert divin qu’elle contemple et qui l’emporte : « O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds ! » écrit-elle avec ce sens de Dieu remarquable que lui donne l’Esprit qui  l’emporte « au plus profond d’elle-même… au fond de l’abîme où se produit le choc divin[7] ! » Désormais, elle est « l’heureuse ermite s’ensevelissant dans son désert… » (Lettre 219) N’en avait-elle pas rêvée lors de son passage à la Grande-Chartreuse : « Si vous saviez comme cette route du Désert est belle, comme ces montagnes sont vertes et boisées… C’est la solitude la plus profonde dont on puisse rêver… » (Lettre 18).

Comme l’a prêché magnifiquement le Cardinal Ratzinger à Saint Jean-Paul II, durant une retraite au Vatican : « Le désert est le lieu du silence et de la solitude… On y fuit le bruit et la superficialité. Le désert est le lieu de l’absolu, le lieu de la liberté, où l’homme se trouve affronté à ses ultimes requêtes. Ce n’est pas par hasard que le désert est le lieu de la naissance du monothéisme. En ce sens, c’est le domaine de la grâce. Vidé de ses préoccupations, l’homme y rencontre son Créateur !

Les grandes choses commencent dans le désert, dans le silence, dans la pauvreté. Nous ne saurions participer à la mission de l’Evangile, sans entrer dans cette expérience du désert, de son dénuement, de sa faim… Et n’oublions pas que le désert de Jésus ne s’achève pas avec les quarante jours qui ont suivi son baptême. Son dernier, son ultime désert sera celui qu’exprime le Psaume 21 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est de ce désert que jailliront les eaux de la vie du monde[8]… »

Notre si chère Elisabeth confirme pleinement ce sens « ultime » du désert. N’écrivait-elle pas à Guite, sa sœur tant aimée : « Petite sœur, écho de mon âme… ce soir en t’écrivant mon âme déborde car je sens « le trop grand amour » de mon Maître (Ep 2,4)… Je suis la petite recluse du bon Dieu, et quand je rentre en ma chère cellule… une joie divine s’empare de moi ; j’aime tant la solitude avec Lui seul, et je mène une petite vie d’ermite vraiment délicieuse… c’est si mystérieux, si silencieux, cette petite cellule avec ses murs blancs sur lesquels ressort une Croix de bois noir sans Christ : c’est la mienne, celle où je dois m’immoler à tout instant pour être conforme à mon Epoux crucifié… » (Lettre 298).

Elisabeth est par-dessus tout une femme consacrée « heureuse » et, en notre époque si lourde, son bonheur nous fait tant de bien et nous apporte tant de paix… car, dans sa vie si simple et si lumineuse, est manifestée une « plénitude de sens » où se révèle sans cesse une  mystérieuse Présence :

« Je sens que tous les trésors renfermés dans l’âme du Christ sont à moi, aussi je me sens riche, et avec quel bonheur je viens puiser à cette source pour tous ceux que j’aime…

Je ne trouve pas d’expression pour dire mon bonheur, chaque jour je l’apprécie davantage.

Ici, il n’y a que Lui, Il est Tout, Il suffit et c’est de Lui seul qu’on vit. On le trouve partout, à la lessive comme à l’oraison ! J’aime entre toutes les heures le grand silence… Représentez-vous votre Elisabeth dans sa petite cellule qui lui est si chère : c’est notre sanctuaire, rien que pour Lui… » (Lettre 91).

Et pour découvrir Jésus en plénitude, c’est vers Marie qu’elle nous tourne : « Nul n’a pénétré le mystère du Christ en sa profondeur, si ce n’est la Vierge… car « le secret qu’elle portait dans son Cœur » (Lc 2,19), nulle langue n’a pu le révéler, nulle plume n’a pu le traduire[9]!… »

  +Marie-Mickaël

 

[1] Dernière retraite, 25.

[2] Dernière retraite, 10.

[3] Note intime 14.

[4] Maximes spirituelles, 41-49-147.

[5] Romains 6,1-4 et 8,29.

[6] Grandeur de notre vocation 8 et 9.

[7] Note intime 17.

[8] Cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, Retraite prêchée au Vatican, 1983.

[9] Dernière retraite 2.