Partager la publication "Les Saints du Carmel : Sainte Thérèse d’Avila – 1 – Le mystère du château de l’âme"
Les écrits de la Madre demeurent pour nous un inestimable trésor dont « l’urgence » pour notre monde d’aujourd’hui devrait éclater à nos yeux ! Certes, devenue Docteur de l’Eglise, Sainte Thérèse continue de toucher et d’illuminer bien des cœurs par sa vie et ses écrits admirables… cependant, sa sublime révélation reçue de Dieu sur le mystère de « beauté de l’âme » est encore si ignorée ? On ne peut l’expliquer que par la terrible obscurité qui règne dans notre civilisation décadente…
Pourtant, Thérèse était aussi aveugle que nous jusqu’à ce que Dieu l’éclaire définitivement en lui révélant ce qui a fait « basculer » sa vie : à savoir que l’âme est « un château composé tout entier d’un seul diamant ou d’un cristal très pur, et qui contient beaucoup d’appartements, ainsi que le Ciel qui renferme beaucoup de demeures [1] ! »
Voici donc la Révélation majeure qui, seule, peut « bouleverser » nos vies enfermées dans le faux confort du matérialiste extérieur ! Nous ignorons le trésor intérieur où Dieu se cache, mystérieusement, et nous y attend… Laissons donc la Madre nous interpeller par la liberté de son regard prophétique :
« L’âme du juste n’est pas autre chose qu’un paradis, où Notre Seigneur, selon qu’Il l’affirme lui-même, trouve ses délices… Pour moi, je ne vois rien à quoi l’éminente beauté d’une âme et sa vaste capacité puissent être comparées… car Dieu nous le déclare, c’est à son image et à sa ressemblance qu’Il nous a créés !… » Or, si par notre faute nous ne pouvions nous comprendre nous-mêmes, ni savoir ce que nous sommes. Quelle ignorance ne serait pas celle d’une personne à qui l’on demanderait qui elle est, et qui ne se connût pas elle-même ou qui ne sût pas quel est son père, quelle est sa mère, ni quel est son pays ! Ce serait là une insigne stupidité ; or la nôtre est incomparablement plus grande, dés lors que nous ne cherchons pas à savoir ce que nous sommes, et que nous ne nous occupons que de notre corps[2] ! »
Quelle description sans concession de « notre civilisation actuelle » enfermée dans le vide mortel du matérialisme athée! N’est-elle pas confrontée sans cesse au drame du non-sens absolu ? N’est-elle pas « perdue » loin de ce trésor intérieur de l’âme humaine où Dieu l’attend ? C’est la terrible évidence de chaque jour… Et la Madre Teresa, Docteur de l’Eglise, poursuit sa remarquable analyse :
« Nous savons bien d’une façon générale que nous avons une âme, parce que nous l’avons entendu dire… Mais quels biens sont renfermés en elle ; quel est Celui qui habite au-dedans d’elle ; quelle en est la valeur inestimable ? C’est là ce que nous ne considérons que rarement… Toute notre sollicitude se porte sur la grossièreté de l’enchâssure du diamant… c’est-à-dire notre propre corps[3] ! »
Alors, Teresa nous ouvre enfin la porte libératrice du mystère de nos vies ! Ce château de l’âme qui est notre propre mystère, notre unique trésor d’où Dieu nous appelle :
« Considérons donc que ce château a, comme je l’ai dit, nombre de demeures, les unes en haut, les autres en bas, les autres sur les côtés ; et au centre, au milieu de toutes, se trouve la principale, où se passent les choses les plus secrètes entre Dieu et l’âme[4]… »
Comment oublier ici le cri sublime de Saint Augustin dans ses « confessions » ? Des siècles avant Sainte Thérèse de Jésus, il a eu aussi cette « révélation » intérieure, lui qui était enfermé dans la laideur de ce qui passe… loin du silencieux Amour de Dieu, seule « Beauté » qui a définitivement ravi son cœur :
« Tard je vous ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je vous ai aimée… Vous étiez au-dedans de moi, et, moi, j’étais en dehors de moi ! Et c’est là que je vous cherchais ; ma laideur se jetait sur tout ce que vous avez fait de beau… Vous étiez avec moi et je n’étais pas avec vous ! Ce qui loin de vous me retenait, c’étaient ce choses qui ne seraient pas, si elles n’étaient en vous…
Vous m’avez appelé, vous avez crié, et vous êtes venu à bout de ma surdité ; vous avez étincelé, et votre splendeur a mis en fuite ma cécité ; vous avez répandu votre parfum, je l’ai respiré et je soupire après vous… Vous m’avez touché, et je brûle du désir de votre paix !… Toute mon espérance est dans l’étendue de votre Miséricorde[5]… »
+Marie-Mickaël
[1] Sainte Thérèse de Jésus, Château de l’âme ou le livre des demeures, Premières demeures, Chapitre I, Œuvres complètes, traduction Père Grégoire de Saint Joseph, Seuil 1948, p. 814.
[2] Premières demeures, chapitre I, p. 815.
[3] Premières demeures, chapitre I, p. 816.
[4] Le Château intérieur, Premières demeures, Chap. 1, Thérèse d’Avila, Œuvres complètes, Traduction Marcelle Auclair, Desclée de Brouwer 1964, p. 872.
[5] Saint Augustin, Les Confessions, Chap. 27 et 28.

