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Les saints du Carmel : Sainte Elisabeth de la Trinité – 3. O Feu consumant, Esprit d’amour !

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        O Feu consumant, Esprit d’amour, « survenez en moi », afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère !

         Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances… »

En cette troisième partie plus concise, Elisabeth nous ouvre « la porte trinitaire » de notre foi : la Révélation s’est faite dans la venue du Fils qui nous tourne vers Père à travers le don de l’Esprit ! Dans une lettre splendide à un prêtre qui l’éclaire sur le mystère de son nom, Elisabeth se dévoile « être » pour toujours « de la Trinité » :

« Ce que vous me dites sur mon nom me fait du bien ; je l’aime tant, il me dit toute ma vocation ; en y pensant, mon âme est emportée sous la grande vision du Mystère des mystères, en cette Trinité qui dés ici bas est notre cloître, notre demeure, l’Infini en lequel nous pouvons nous mouvoir à travers tout… dire que le bon Dieu nous appelle de par notre vocation à vivre sous ces clartés saintes ! Quel mystère adorable de charité !

Je voudrais y répondre en passant sur la terre comme la Sainte Vierge, « gardant toutes ces choses en mon cœur » (Lc 2,19 et 51), m’ensevelissant pour ainsi dire dans le fond de mon âme afin de me perdre en la Trinité qui y demeure, pour me transformer en elle. Alors ma devise, « mon idéal lumineux » comme vous me dites, seront réalisés, ce sera bien Elisabeth de la Trinité [1]!… »

Comment ne pas signaler ici la proximité de la spiritualité trinitaire de la jeune carmélite avec celle de l’Orient chrétien et de l’orthodoxie où « prière et théologie sont inséparables… car la théologie véritable est adoration de l’intelligence. Elle élucide le mouvement de la prière, mais seule la prière peut lui donner la ferveur de l’Esprit. La théologie est lumière, la prière feu ! Leur union exprime celle de l’intelligence et du cœur. Mais c’est l’intelligence qui doit « reposer » dans le cœur, et la théologie se dépasser dans l’amour[2]… » et comme l’écrit magnifiquement Evagre le Pontique :

« Si tu es théologien, tu prieras vraiment, et si tu pries vraiment, tu es théologien[3] ! »

Remarquons enfin la remarquable proximité spirituelle d’Elisabeth avec un Saint Séraphim de Sarov qui proclamait : « Acquiers l’Esprit-Saint, et avec lui la paix intérieure, et des milliers, autour de toi, trouveront le salut ! » Et plus près de nous encore le Saint Starets Silouane qui nous prévient sur la dangerosité de notre époque : « Le monde subsiste grâce à la prière, mais quand la prière faiblira, alors le monde périra ! » Grâce à des Saints, inconnus du monde, le cours des évènements historiques et même cosmiques se trouve modifié… Les Saints sont le sel de la terre ; ils sont sa raison d’être… Ils sont ce fruit grâce auquel la terre est sauvegardée[4]… »

Elisabeth est si précieuse pour le monde actuel qui dépersonnalise les êtres originaux que nous sommes… car la plupart aujourd’hui veulent ressembler à leurs idoles et en deviennent des « photocopies », alors que chacun est né unique ! Il faut ici encore « écouter » la jeune carmélite qui pressentait l’avancée de ce monde sans Dieu et dont la séduction peut enfermer une vie dans l’éphémère.

En ce sens, elle a été inspirée d’écrire pour Françoise de Sourdon, âgée de 19 ans, un traité spirituel sur « la grandeur de notre vocation ». Elle avait pour cette jeune fille encore immature une amitié profonde en l’appelant « ma Framboise ». De fait, elle se reconnaissait en celle qui avait, comme elle, une nature explosive ! Mais Elisabeth carmélite a dépassé désormais ces états infantiles et elle entraîne son amie vers la liberté intérieure de la maturité chrétienne. En « répondant à ses questions », elle déploie des intuitions remarquables qui sont encore plus prophétiques pour notre combat d’aujourd’hui et elle chuchote à notre cœur le chemin vers la vraie liberté. Alors, à travers quelques extraits, écoutons-là ! Elle s’adresse aussi à nous qui cherchons sur ses traces « le secret du bonheur » :

« Voici enfin Sabeth qui vient s’installer avec son crayon près de sa Framboise chérie ! Je dis avec son crayon, car de cœur à cœur l’installation est faite depuis longtemps… Il me semble que je suis penchée sur toi comme une mère sur l’enfant de sa prédilection : je lève les yeux, je regarde Dieu, puis je les rabaisse sur toi, t’exposant aux rayons de son Amour ! Framboise, je ne Lui dis pas de paroles pour toi… Il préfère mon silence…

Mais je veux répondre à tes questions… Il me semble que l’âme qui a conscience de sa grandeur entre en cette « sainte liberté des enfants de Dieu » dont parle l’Apôtre (Ro 8,21), c’est-à-dire qu’elle dépasse toutes choses et se dépasse elle-même… le secret du bonheur, c’est de ne plus tenir compte de soi, de se nier tout le temps. Voilà une bonne façon de faire mourir l’orgueil : on le prend par la famine !…

Une âme qui vivrait dans la foi sous le regard de Dieu, qui aurait cet « œil simple » dont parle le Christ dans l’Evangile (Mt 6,22), c’est-à-dire cette pureté « d’intention » qui ne vise qu’à Dieu, cette âme-là vivrait dans l’humilité car « l’humilité c’est la vérité[5] !… » Elle rapporte tout à Dieu, comme faisait la Sainte Vierge… et il ne faut pas te décourager, car c’est encore l’orgueil qui s’irrite, mais tu dois « étaler ta misère » comme Madeleine aux pieds du Maître… Dieu étreint ce néant !

Mon enfant chérie, ce n’est pas de l’orgueil de penser que tu ne veux pas de la vie facile ; je crois vraiment que Dieu veut que ta vie s’écoule dans une sphère où l’on respire l’air divin. Oh ! Vois-tu, j’ai une compassion profonde pour les âmes qui ne vivent pas plus haut que la terre et ses banalités ; je pense qu’elles sont esclaves et je voudrais leur dire : secouez ce joug qui pèse sur vous ; que faites-vous avec ces liens qui vous enchaînent à vous-mêmes et à des choses moindres que vous-mêmes ?…

Oui, petite enfant de mon âme et de mon cœur, marche en Jésus-Christ : il te faut cette voie large, tu n’es pas faite pour les sentiers étroits d’ici bas !… Sois affermie en la foi, c’est-à-dire n’agis que sous la grande lumière de Dieu, jamais d’après tes impressions, l’imagination. Crois qu’Il t’aime, qu’Il veut t’aider Lui-même dans les luttes que tu as à soutenir. Crois à son amour, son trop grand amour (Ep 2,4)… C’est si beau la vérité, la vérité de l’amour : « Il m’a aimé, Il s’est livré pour moi » (Ga 2,20), voilà petite enfant, ce que c’est qu’être vrai ! »

                                                                               +Marie-Mickaël

 

[1] Lettre 185, à l’abbé Chevignard.

[2] Olivier Clément, Sources – Les mystiques chrétiens des origines, Stock 1982, p.167.

[3] Evagre le Pontique, De la prière, 61 – Philocalie I, 182.

[4] Archimandrite Sophrony, Staretz Silouane – Moine du Mont Athos, Editions Présence 1989, p.216.

[5] Sainte Thérèse d’Avila, Le Château  intérieur, VI, 10.